dimanche, novembre 30, 2025
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L’Allemagne joue-t-elle une partition propre dans l’Europe de la Défense ?

Depuis l’élection du président Macron, le lien franco-allemand est devenu le moteur de la politique de Défense française, avec notamment le programme SCAF de chasseur et de drones de combat de nouvelle génération, le programme MGCS de char de combat ou le successeur des Atlantique et P3C Orion de patrouille maritime. Dans la revue stratégique 2017 comme dans la LPM 2019-2025, la France a d’ailleurs inscrit ce lien de dépendance comme consubstantiel de l’effort de Défense.

La stratégie fait effectivement du sens. Ensemble, la France et l’Allemagne alignent une puissance économique, démographique et technologique amenant potentiellement le couple dans le club très fermé des grandes puissances mondiales. Ainsi, il serait capable sans grand effort de neutraliser la puissance militaire russe, principale menace en Europe aujourd’hui, sans grands efforts.

Cependant, comme le révèle Michel Cabirol dans un article, paru ce lundi dans la Tribune, il semble que l’agenda allemand diffère sensiblement des objectifs communs tels que perçu par la France. 

Citant le rapport du député du Finistère Jean-Charles Larsonneur, l’Allemagne mettrait en application une stratégie visant à prendre l’ascendant militaire, technologique et industriel sur une majorité de « petits-pays » européens, de sorte à devenir la nation cadre de l’Europe de la Défense au sein de l’OTAN. Cette stratégie viserait, selon le rapport, a renforcer la mainmise de l’industrie allemande de Défense au niveau Européen, comme à renforcer le rôle central de l’Allemagne dans l’OTAN.

Parallèlement, les autorités françaises ont vu leurs craintes prendre forme concernant la dépendance réciproque stratégique, lorsque Me Merkel annonça que l’Allemagne suspendait les licences d’exportation d’armes à l’Arabie Saoudite suite à l’assassinat du journaliste Kashogghi. Loin de ne toucher que les productions allemandes, cette mesure empêche les européens, donc la France, de livrer les A330 MRTT commandés par le Royaume, comme ses partenaires britanniques, italiens et espagnols concernant la livraison de chasseurs Typhoon. Non seulement l’Allemagne entraine ses partenaires avec elle sans rien n’avoir demandé, mais elle a mis la France, mais aussi l’Espagne et le Royaume-Unis dans l’embarras face à leur opinion publique, en appelant l’ensemble des pays européens à suivre son exemple. Pourtant, le problème de la liberté d’exporter les équipements fut un des premiers dossiers mis sur la table par Paris lors des discussion autour du SCAF, et Berlin s’était engagée à ne pas gêner les décisions d’exportation françaises.

Ajouter à cela l’affaiblissement politique de Me Merkel dans son propre pays, mettant de nombreuses initiatives, notamment concernant l’Europe de la Défense, sur Pause, il n’en faut pas plus pour que les inquiétudes concernant la pertinence de la position française dans ce domaine.

Et aux vus des arguments avancés, il semble en effet avéré que l’Allemagne ne met pas dans le couple franco-allemand la même conviction que la France pour la construction d’une Europe de la Défense forte et indépendante, contrairement aux engagements qui furent pris par Berlin. 

Avec un peu de recul, on ne peu que constater que les autorités allemandes appliquent à la France la même stratégie que celles qu’elles ont toujours appliqué en matière de coopération de Défense : Se rendre indispensable et incontournable par le volume économique promis, pour en tirer le meilleur retour économique.

Malheureusement, la situation aujourd’hui n’est plus celle du début des années 90, et la détérioration des relations internationales en Europe comme ailleurs, ne permet plus de jouer à ce genre de jeu. La problématique aujourd’hui n’est plus de tirer les meilleurs bénéfices industriels des investissements de Défense, mais bien de construire et coordonner une puissance militaire capable de protéger le continent et les intérêts vitaux de l’Union et de ses membres. 

C’est donc en apportant une réponse rapide, dimensionnée et immédiate aux besoins de Défense de l’Europe que la France pourra, éventuellement, rétablir un rapport de force ramenant l’Allemagne à des disposition plus compatibles avec les objectifs de la France. En montrant qu’elle est capable de trouver les ressources nécessaires pour apporter une réponse aux menaces actuelles, tout en renforçant son industrie de Défense sur la scène Européenne, la France pourra faire évoluer son image dans les capitales européennes, et commencer à fédérer les européens autour de sa propre vision de l’Europe de la Défense.

Le premier drone de combat furtif chinois est présenté au public

Alors que le salon aéronautique de Zhuhai ouvrira ces portes demain mardi, tous les regards sont d’ores-et-déjà braqués sur le prototype du drone de combat CH-7 Rainbow 7 du constructeur CASC.

D’une envergure de 22 m et d’une masse max au décollage de 13 tonnes, ce UCAV furtif est présenté comme s’intégrant dans la suite de drones armés du constructeur, et notamment du CH-5 qui rencontre déjà un vif succès à l’export.

Le drone chinois est présenté comme spécialisé dans la reconnaissance discrète, et la suppression de cibles à haute valeur stratégique, comme les sites de défense anti-aérienne. A noter que l’absence de plan verticaux et la position de l’entrée d’air rendent l’appareil chinois insensible aux phénomènes de résonnance utilisés par les radars UHF/VHF pour détecter les cibles furtives, rendant le drone particulièrement adapté pour cette mission.

Mais c’est surtout la ressemblance flagrante entre le CH-7 et le prototype américain X-47B, utilisé pour les tests sur porte-avions, qui attire lorsque l’on regarde le drone chinois. En effet, les points de similitudes sont à ce point flagrant, qu’il est très improbable que le constructeur chinois soit parti d’une feuille vierge pour concevoir l’appareil.

Mais si l’UCAV chinois s’est inspiré, probablement même plus que ça, du prototype américain, les bureaux d’études chinois sont parvenus à transformer ces informations en un prototype abouti, qui donnera très probablement lieu à une production en série très prochaine.

En outre, la présentation publique du CH-7 laisse imaginer que le modèle sera probablement proposé à l’export, ce qui serait de nature à sensiblement accélérer le phénomène de nivellement technologique entre l’occident et le reste du monde. Rappelons que pour l’heure, en Europe, il n’y a aucun programme visant à concevoir un UCAV furtif dans les années à venir, à l’exception des programmes SCAF et de son homologue britannique Tempest, prévus au delà de 2035.

Ainsi, le CH-7, comme le CH-5 avant lui, comme les nouveaux missiles et radars russes et chinois proposés à l’export, devrait inciter les autorités européennes et françaises à prendre conscience que le tempo des programmes technologiques de Défense actuellement utilisé pour planifier la recherche et l’équipement des forces armées, n’est plus en accord avec celui imposé par la Chine et la Russie.

Faute d’une prise de conscience rapide, l’industrie de Défense Européenne, comme les forces armées européennes seront bientôt technologiquement obsolètes, exposant gravement la sécurité du continent.

Les missiles antinavires modernes vont bouleverser les options de la stratégie navale

Le salon aéronautique de Zhuhai de cette année semble présenter de nombreuses nouveautés concernant les capacités de l’industrie aéronautique et de Défense chinoise. Si les drones et les nouveaux chasseurs chinois accaparent l’attention, l’annonce de la mise sur le marché international de missiles antinavires balistiques par les sociétés CASC et CASIC est de nature à rapidement modifier la nature de l’engagement aéronavale au niveau mondial.

Concrètement, les constructeurs chinois déjà responsables des missiles DF-16 et DF-21, présentés comme des tueurs de porte-avions ayant une portée dépassant les 1000 km, proposent chacun un missile balistique antinavire, aux performances moindres. 

Le missile CM-401 de CASIC affiche une portée de 290 km, probablement pour respecter les accords internationaux, pour une vitesse de Mach 4, et de Mach 6 en pointe. Une telle vitesse interdit l’emploi de très nombreux systèmes de Défense aujourd’hui utilisés pour défendre les bâtiments de combat, et seuls les systèmes les plus performants et les plus modernes, comme l’Aster30, ainsi que les systèmes antibalistiques, comme le SM3, seraient de nature à pouvoir intercepter une telle menace.`

Les nouveaux missiles antinavires chinois, comme leurs homologues russes, engendrent dès aujourd’hui de profond changement dans la stratégie navale. La Chine, pas plus que la Russie, et parfois tout comme nombres de pays occidentaux, ne s’encombrent pas de réservent concernant la vente de ces équipements. De fait, depuis quelques années, nous assistons à la prolifération de la menace que représentent ces systèmes d’armes, tant concernant la navigation commerciale que militaire. 

Le Chef d’Etat-Major de la Marine Nationale, l’amiral Prazuck, avait d’ailleurs déclaré en 2017 à l’Assemblée Nationale, que le temps ou un bâtiment français serait ciblé par ce type de menace était désormais très proche.

Si le risque est déjà marqué sur les océans de la planète, il prend toute sa mesure dès lors qu’il s’agit de mers fermées, comme la Mer Noire, la Baltique, la Méditerranée, le Golfe Persique et la Mer Rouge. La portée et la puissance de ces systèmes permettent désormais à certains pays, disposant de territoires stratégiquement placés, de verrouiller intégralement la navigation sur ces mers, pourtant indispensables au commerce mondial. 

Ainsi, les systèmes Bastion russes déployés en Crimée, comme à Kaliningrad, et protégés par des systèmes anti-aériens de déni d’accès, comme le S-400, peuvent verrouiller avec un délai extrêmement court les mers baltiques et noires, baignant chacune des pays de l’OTAN.

Si la Chine venait à livrer ces systèmes au régime iranien, comme ce fut le cas des missiles balistiques actuellement utilisés par les forces iraniennes en Syrie et en Irak, et les rebelles Houtis au Yémen, permettrait à Téhéran de bloquer toute navigation dans le Golfe Persique et le Golfe d’Oman, sans même devoir déployer de navires.

Dans ce contexte, les choix architecturaux de certains pays pour leur flotte, comme les F125 allemands, paraissent très hasardeux, tant ils manquent de puissance de feu et de capacités d’autodéfense. De même, si la future FTI française disposera de missiles Aster30 assurant une protection aérienne et antibalistique très convenable, le choix de limiter, pour des raisons budgétaires, le nombre de silos à 16, comme la suite de guerre électronique, apparaît désormais comme une économie très contestable.

La logique française consistant à garder des espaces pour de possibles ajouts ultérieurs n’est plus d’actualité, tant les délais d’engagements sont devenus courts désormais.

L’effondrement capacitaire des armées françaises est-il en cours ?

Pendant de nombreuses années, les armées françaises firent face à un dilemme crucial : Les crédits sont elles disposaient ne permettaient pas de renouveler et d’entretenir le parc des matériels conformément à leur utilisation. Pour compenser ce déficit, les états-majors durent se résoudre à entamer le potentiel de leurs forces, en en surexploitant certains (comme les mirage 2000D, les frégates et sous-marins, les hélicoptères de tous type), en cannibalisant le parc (Chars Leclerc, hélicoptères Tigres, C160..), ou en acceptant d’utiliser des équipements dépasséset potentiellement dangereux pour leurs opérateurs (Hélicoptères gazelles et puma, Alouette III, VAB, ERB90, C160, KC135 ..)

Les conséquences de ces décisions, sans pour autant qu’il n’y en ai eut d’’autres possibles, se révèlent depuis quelques années, avec un effondrement capacitaire très important, sensible dans toutes les armées.

La LPM 2019-2025 propose, et c’est une première en 20 ans, une trajectoire budgétaire pour revenir à une situation d’équilibre d’ici 2025. Et en effet, si elle est intégralement appliquée (ce qui n’est pas du tout acquis), le Budget des armées en 2025, et notamment celui dédié au renouvellement des programmes majeurs, auront atteint des niveaux suffisants pour renouveler progressivement le parc sur 30 ans, et les moyens suffisants pour entretenir convenablement ces équipements.

Malheureusement, ce retour à l’équilibre ne permettra de venir à bout des 20 ans de déflation qu’au bout d’une vingtaine d’années. Pire, pendant les 4 premières années de la LPM, celles connexes au mandat présidentiel, le point d’équilibre ne sera pas atteint, et le déficit opérationnel des armées continuera, de fait, à se creuser.

En outre, ce point d’équilibre est déterminé sur la base du format issu du Livre Blanc de 2013. Or, là encore, ce format n’est pas cohérent avec l’utilisation réelle faite des forces armées françaises aujourd’hui. De nombreuses catégories d’équipements, comme les avions de chasse, les hélicoptères de manœuvre et de combat, les navires de combat de surface, les canons Caesar pour n’en citer que qu’elles une, continueront d’être très nettement sous-capacitaires eu égard aux besoins opérationnels des forces. Pour la seule composante chasse de l’Armée de l’Air, le format de 185 chasseurs définit par le Livre blanc laisse apparaître un déficit de 90 appareilspour maintenir une pression opérationnelle telle qu’actuelle. 

Ce phénomène risque de se retrouver très largement accentueravec l’augmentation des tensions à l’Est avec la Russie, les frictions avec la Chine, et l’émergence possible d’une alliance sunnite au Moyen-Orient.

En dehors d’une révision de la LPM et des documents de références, déjà traitée dans cet article, il serait possible d’accélérer et d’éteindre les programmes urgents en utilisant conjointement les sociétés de programmes, portant le financement, et les mécanismes de Défense à Valorisation Positive, pour en limiter très significativement le poids budgétaire, en le ramenant à des montants pour ainsi dire négligeables. Dans le cadre du programme HIL, dont les premières livraisons en 2028 posent de nombreux problèmes aux 3 armées, une approche de ce type permettrait de financer et livrer l’ensemble des appareils hors de la planification LPM tout en générant un boni budgétaire de presque 800 m€.

De même, plutôt que de passer les frégates françaises en double équipage tout en réduisant le format de la flotte de surface, il serait possible d’amener le nombre defrégates de 1errang à 24, et de reconstituer une flotte de corvettes de 12 exemplaires, avec un résidu budgétaire là encore positif, toujours hors de la planification budgétaire de la LPM. La méthodologie présentée dans ces 3 exemples peut s’appliquer à de nombreux domaines, allant des canons automoteurs aux Rafales de guerre électronique, dans une logique de reconstitution des réserves opérationnelles des forces.

Alors que l’application même de la LPM n’est pas garantie eu égard aux indicateurs économiques, et une situation internationale qui se détériore rapidement, et des forces armées en rupture capacitaire, la résistance dogmatique à l’innovation économique n’est probablement pas la meilleure des postures pour assurer la sécurité du pays et de ses concitoyens.

Les hélicoptères de nouvelle génération entreront en service lors de la prochaine décennie

La vitesse semble bien devenir la préoccupation majeure des concepteurs d’hélicoptères de combat de nouvelle génération. Aux Etats-Unis, le programme Futur Vertical Lift en a fait un des facteurs clés de décision, et les deux finalistes sélectionnés, Bell avec le S-97 Raider à rotor contrarotatif et hélice propulsive, comme le V280 Valor de Sikorski avec ses rotors basculants, offrent des gains de vitesses substantiels en matière de vitesse comme de rayon d’action.

En Europe, bien qu’aucun programme de ce type n’ai encore été annoncé, Airbus Helicopters a entrepris la réalisation de l’E-Racer dérivé du démonstrateur X3, disposant de 2 hélices propulsives montées en nacelles, et permettant là encore, un gain significatif de performance.

Les industriels russes étaient restés discrets dans le domaine jusqu’à la semaine dernière, lorsque des photos montrant un nouveau concept en provenance de Kamov apparurent sur les réseaux sociaux. Ce concept, qu sujet duquel aucune communication officielle n’a été faite, montre un hélicoptère à rotors contrarotatifs, la spécialité de Kamov, entrainés par deux turbines faisant également office de propulseurs horizontaux.  L’appareil dispose en outre d’une structure aérodynamique qui n’est pas sans rappeler celle de Burt Rutan, le fameux concepteur d’avions à plan canard des années 80. Selon des sources chez Kamov, l’hélicoptériste espère que cette configuration permettra a l’appareil d’atteindre les 700 km/h, soit la vitesse des plus rapides chasseurs à hélice de la seconde guerre mondiale.

Avec la multiplication des systèmes antiaériens à courte distance, ou SHORAD, tant des les armées occidentales que russes ou chinoises, la vitesse devient un facteur clé de la survit d’un hélicoptère sur le champs de bataille. Elle le sera d’autant plus que le masquage terrain, l’atout principal des hélicoptères de combat aujourd’hui, risque fort de perdre rapidement en efficacité avec la multiplication des systèmes de détection par drones, permettant aux forces terrestres d’avoir un point de vue beaucoup plus difficile a contrer qu’aujourd’hui.

En outre, l’extension de la portée des systèmes d’artillerie, couplée à l’amélioration de leur précision, tendra à repousser les terrains de ravitaillement des hélicoptères plus profondément dans le dispositif allié, imposant une vitesse (et un rayon d’action) plus importante pour maintenir la réactivité requise.

Si russes et américains se sont d’ores et déjà engagés dans cette voie, peut-être serait-il pertinent pour les armées françaises et européennes de se pencher également sur le problème ?

Avec le blockbuster « Hunter Killer », l’US Navy espère obtenir un effet comparable à « Top Gun »

Comme la majorité des armées occidentales, l’US Navy rencontre des difficultés à susciter les vocations. Mais elle espère bien que le nouveau film aura un effet similaire à celui du film « Top Gun » de tony Scott en 1986, mettant en scène un jeune pilote de F14 Tomcat joué par Tom Cruise. Dans les années qui suivirent le film, le nombre de candidats pour rejoindre l’US Navy, et plus particulièrement l’Aéronavale, grimpa en flèche. Mais ces effets se firent également ressentir dans l’US Air Force, comme dans la majorité des armées occidentales. 

Le nouveau film sur lequel repose les espoirs de l’US Navy met en scène Gerard Butler qui, après avoir sauvé Sparte et le président des Etats-Unis, prendra les rênes d’un sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Virginia, les submersibles les plus modernes en service dans la Navy, pour affronter des rebelles russes ayant mené un coup d’Etat et menaçant la paix mondial. Il ne faut pas chercher dans ce film un scénario fouillé, comme celui de « A la Poursuite d’Octobre Rouge » de John Mac Tiernan, adapté du roman de Tom Clancy, ou de celui de l’USS Alabama, de Tony Scott encore une fois.

Dans le nouveau film, qui a reçu un soutien appuyé de l’US Navy, tout est conçu pour mettre en scène l’action et, selon ses promoteurs, faire ressentir au public ce qu’est la vie dans un sous-marin américain. 

De l’autre coté du Pacifique, en Chine, l’industrie cinématographique s’est également mise au service de la promotion de l’image des forces armées. En 2017, l’Armée de l’air chinoise était ainsi mise en scène dans le Film Sky Hunter (titre international), mettant en scène le nouveau chasseur léger J10 de l’APL. Dans la série à succès Wolf Warrior, ce sont les forces spéciales de l’APL qui sont mises en avant, comme sa marine. 

L’univers des séries TV est également devenu, ces dernières années, un média utilisé pour la communication de Défense. Dans « The Last Ship », c’est un Destroyer de la classe A.Burke et son capitaine qui sauve l’humanité d’un virus mortel, et du chaos qui résulte de l’effondrement des Etats. 

Et en France ?

Bien que le cinéma français soit très dynamique, très rares sont les films qui traitent du fait militaire, et cherche à mettre en avant les forces françaises pour susciter des vocations. L’échec du film « Les chevaliers du Ciel » associant des images époustouflantes et un scénario d’une platitude extraordinaire, a certainement laissé des traces, tant du coté des producteurs que des autorités militaires. Quelques rares films, comme « Force Spéciale », ont tenté d’apporter un traitement intéressant du fait militaire, mais là encore, le public ne fut pas au rendez-vous. Mais le prochain film de Mathieu Kasowitz, « Le chant du loup », lui aussi se passant dans le monde des sous-marins, risque bien de redonner de l’intérêt à ce type de long métrages.

On peut espérer que, si « Hunter Killer » ou « le Chant du loup » remportent un succès commercial et qu’il atteint ses objectifs en terme d’images pour l’US Navy, de nouveaux projets apparaitront en France pour mettre en scène de manière positive la technicité et la détermination des militaires qui servent le pays. 

Le Royaume-Unis injecte 1 milliards de Livres dans la Défense pour soutenir son effort face à la Russie

De tous les pays Européens occidentaux, la Grande-Bretagne est aujourd’hui celui qui semble réagir avec le plus de force et de détermination à l’augmentation de la menace perçue de la part de la Russie. Cette semaine, Le Ministère de la Défense britannique a ainsi annoncé le déblocage d’un milliard de livres sterling supplémentairespour financer, sur la fin du budget 2018 et le début du budget 2019, 3 programmes majeurs, à savoir le renforcement des capacités anti-sous-marines, de la cyber-défense, et l’accélération du programme « Dreadnought », le futur sous-marin lanceur d’engins de la Royal Navy.

Ces 3 axes sont, on le comprend, directement liés à la montée en puissance militaire de la Russie. Cet été, le comité stratégique britannique avait ainsi estimé, dans son rapport, que le nombre d’avions de patrouille maritime P8 Poséidon, seulement 8 appareils, était très insuffisant vis-à-vis des besoins effectifs pour contrer la sous-marinade russe. Rappelons que la Russie a mis en service 12 sous-marins entre 2014 et aujourd’hui, avec des bâtiments modernes et performants, comme les projets 636.3 Improved Kilo, ou les nouveaux sous-marins nucléaires lance missiles Iassen. 

Le rapport appelé également à augmenter le périmètre du programme de frégates légères Type 31, avec 5 bâtiments supplémentaires spécialisés dans la lutte anti-sous-marine.

L’opinion publique et la classe politique britannique, marquée par l’affaire Skripal, cet ancien agent russe venu en Angleterre et victime, selon Londres, d’un empoisonnement au Novitchok avec sa fille par des agents du GRU, les services secrets militaires russes, soutien dans sa majorité l’augmentation des moyens à destination des armées britanniques, même en ces temps d’incertitudes liées au Brexit.

A la suite des interventions en Afghanistan et en Irak au coté des américains, les armées britanniques se sont retrouvées à cours de potentiel et exténuées au début des années 2010. Le gouvernement lança un vaste plan doté de 250 Md£ sur 10 ans pour reconstituer ce potentiel, avec l’acquisition de nombreux équipements nouveaux, comme les P8 et F35 américains, les sous-marins de la classe Astute et les frégates type 26 et 31, et les véhicules de combat d’infanterie Boxer acquis a plus de 500 exemplaires.

Cet effort porte également sur le volet cyber, avec l’ouverture en 2017 du National Cyber Security Center dans la banlieue de Londres.

Le planeur hypersonique russe Avangard entrera en service l’année prochaine

Après le missile hypersonique Kinjal et le missile de croisière Burevesnik à propulsion nucléaire, c’est au tour du planeur hypersonique de rentrée atmosphérique Avangard d’entrer en service en 2019. Sur les 4 armes stratégiques révolutionnaires annoncées lors de l’intervention télévisée du président Putin en pleine campagne électorale, c’est donc la 3eme dont l’entrée en service est annoncée, ou annoncée comme imminente.

Seul la torpille dronisée transocéanique Status 6 n’est pour l’heure pas officiellement annoncée, bien que certains officiels russes aient annoncé son entrée en service avant 2025.

Le planeur hypersonique Avangard est un véhicule d’entrée atmosphérique mis en œuvre par un missile intercontinental balistique, emportant une charge nucléaire, et dont les caractéristiques lui permettant de conserver une vitesse hypersonique jusqu’au couches basses de l’atmosphère, tout en conservant des capacités de manœuvre. Ainsi, le véhicule est quasiment impossible à intercepter en l’état de la technologie du moment.

Cette annonce intervient alors que le Président Putin vient de tracer une ligne doctrinale très précise concernant l’emploi du feu stratégique par la Russie. Lors d’une conférence d’experts donnée à Sochi le 26 octobre, le président Putin, en réponse à une question d’un journaliste de l’AFP concernant la sorti des Etats-Unis du traité INF, a ainsi indiqué que la Russie ne prévoyait pas d’employer ses armes nucléaires, sauf si elle faisait elle-même l’objet d’une attaque de ce type, et que la réponse de la Russie serait, dans ce cas, massive.

Cette annonce constitue un tournant dans la stratégie russe de ces dernières années, qui n’avait jusque là pas hésité à mettre en scène son arsenal nucléaire, notamment dans un but de déconfliction. Aujourd’hui, certaine de sa supériorité conventionnelle, la Russie n’a plus besoin d’agiter la menace nucléaire. En revanche, elle cherche à interdire l’emploi de cette option par l’OTAN, pour qui l’arme nucléaire tactique constitue toujours une alternative.

En traçant une telle ligne, V.Putin fait savoir aux occidentaux qu’en cas de conflit, l’utilisation d’une arme nucléaire, qu’elle soit tactique ou stratégique, sera interprété comme un tir stratégique par Moscou, qui y répondra avec toute la puissance de son arsenal.

Notons toutefois que si, pendant la guerre froide, l’Union Soviétique disposait d’un avantage conventionnel très significatif, aujourd’hui, l’Europe dispose d’une population 4 fois plus importante, et d’une richesse 12 fois supérieure, à la Russie. La neutralisation des forces conventionnelles russes n’est donc plus du tout inaccessible, même sans l’aide des Etats-Unis, pour peu que les Européens se décident à prendre le problème en main, et non d’espérer comme aujourd’hui qu’il soit principalement compensé par la puissance américaine.

L’US Navy devra accroitre son format de 35% pour faire face à la Chine en 2039

En 2018, l’industrie navale chinoise aura lancé plus de 20 bâtiments de surface, dont 5 destroyers, autant de frégates, et 7 corvettes, ainsi que, estime-t-on, 4 sous-marins dont 2 à propulsion nucléaire. Ce rythme de production est appelé à se pérenniser puisque les mises sur cales laissent penser que les lancements pour les années à venir seront sensiblement équivalents en nombre, si pas en nature.

 Sur 30 ans, soit la durée de vie moyenne d’un bâtiment de guerre aujourd’hui, cela représente une flotte de 600 bâtiments de surface, et de 120 sous-marins. 

Aux bâtiments chinois devront s’ajouter les nouveaux bâtiments russes, soit une flotte de 120 à 150 bâtiments de surface et de 50 à 60 sous-marins, alors que les principaux chantiers navals russes achèveront leurs efforts de modernisation d’ici 2020, leur permettant de reprendre la construction de bâtiments de haute mer, comme les destroyers Lider ou les frégates lourdes 22350M.

C’est précisément ce calcul qu’on fait les chercheurs de la fondation Heritage, pour appeler les autorités américaines à ne pas viser une flotte de 355 bâtiments, mais de 400 navires, à horizon 2039. Il s’agit d’une augmentation de presque 35% vis-à-vis des 290 bâtiments en service aujourd’hui dans l’US Navy.

Le rapport de la fondation préconise la construction d’un 13eme porte-avions nucléaires, d’une vingtaine de bâtiments de combat de surface, de 7 bâtiments amphibies, et de 22 bâtiments logistiques. Il fait notamment suite aux annonces du Naval Sea Lift Command, selon lesquelles les Etats-Unis seraient aujourd’hui dans l’incapacité de soutenir un pont logistique vers l’Europe si un conflit venait à éclater, et que l’US Navy serait elle dans l’incapacité d’escorter les quelques bâtiments logistiques si elle devait être engagée conjointement contre la Marine Chinoise.

Ce rapport s’inscrit dans un ensemble de déclaration montrant que l’aura d’invulnérabilité qui entourait les forces américaines pendant presque 30 ans s’est désormais largement fissurée, et que le Pentagone prenait très au sérieux les forces chinoises et russes, qu’ils envisagent désormais comme des alliés réciproques.

La Marine Nationale va-t-elle (encore) réduire son format ?

Dans le plan « MERCATOR », présenté par le chef d’Etat-major de la Marine, l’amiral Prazuck, l’observateur attentif aura remarqué que le format de la Marine, en matière de bâtiments de combat de surface, était sensiblement inferieur à ce qu’il n’est aujourd’hui.

Après avoir supprimé la notion d’aviso ou de corvettes, c’était au tour des frégates de second rang, aujourd’hui représentée par les 5 frégates légères furtives de la classe Lafayette, de disparaître des inventaires. En effet, le plan présente une flotte composée de 15 frégates de 1errang, et 6 frégates de surveillances, mais il n’e fait plus état des 5 frégates légères de 2ndrang.

Rappelons que pour conserver ce format de 15 frégates de premier rang préconisé par le Livre Blanc de 2013, la Marine modernisera 3 frégates légères furtives pour les doter d’un sonar d’étrave, et d’un système anti-aérien SADRAL, les qualifiants ainsi de frégates de 1errang en attendant la livraison des FTI entre 2024 et 2029. 

Or, la semaine dernière, la Marine brésilienne a annoncé être intéressée par les 2 Frégates légères furtivesqui ne seraient par modernisées, à savoir la Lafayette et l’Aconit. De fait, la notion de frégate de 2ndrang disparaitra de l’inventaire de la Marine,  ce après la disparition des 17 avisos. Le format de navire de guerre de surface sera donc passer de 41 en 1990 à 21 en 2030, à supposer que les FLF modernisées soient retirées du service avec l’entrée des 3 dernières FTI.

Cette réduction de format est compensée par deux facteurs principaux :

En premier lieu, les nouveaux bâtiments de la Marine nationale sont très sensiblement plus puissant que les bâtiments qu’ils remplacent, tant du point de vu de la puissance de feu que de la capacité de détection.

En second lieu, l’amiral Prazuck avait annoncé que les frégates FREMM passeraient progressivement en équipage double, à l’image des sous-marins de la Marine nationale, permettant qu’augmenter la présence à la mer des bâtiments de 50 à 60% tout en préservant les besoins de repos et d’entrainement à terre des équipages.

De fait, les grandes unités de la Marine, le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle et les 3 BPC, disposeront en permanence d’une frégate anti-aérienne et d’une frégate anti-sous-marine pour leur escorte, tout en libérant 6 à 8 bâtiments pour les missions isolées ou en coalition. 

En outre, les bâtiments déployés en zone tendue disposeront tous de capacités défensives suffisantes pour assurer leur protection face aux menaces modernes, comme les missiles antinavires. 

Ce nouveau format engendrera également des effets négatifs. Ainsi, s’il permet effectivement d’augmenter les capacités de la marine en temps de paix, le double équipage éteindra rapidement ses limites en temps de guerre, ou le nombre de bâtiments importe autant que leurs disponibilités à la mer. L’attrition aura également un impact beaucoup plus significatif, réduisant la résilience et la capacité d’action de la Marine nationale en format dégradé. En outre, dans le cas d’un conflit majeur, avec de nombreuses zones à couvrir, la Marine Nationale se retrouvera rapidement à cours de moyens, ne serait-ce que pour assurer la protection militaire de ses propres cotes.

D’autre part, ce format aura un impact important sur l’activité industrielle en France, et ce dans un moment critique, alors même que la Chine et d’autres acteurs comme la Corée du Sud ou la Turquie, se positionneront sur le marché international. Avec un format de 21 frégates (15 de premier rang et 6 de surveillance), et une durée de vie moyenne de 30 ans, Naval Group verra son activité domestique extrêmement contrainte, augmentant sensiblement son exposition aux risques exports. En outre, cela obligera l’industriel français, dont le rôle est pourtant stratégique pour le pays disposant de la 2ndZEE mondiale, à réitérer ses développements sur fonds propres une gamme dédiée à l’export, comme ce fut le cas pour la gamme Gowind.

Ce nouveau format est donc le résultat d’une optimisation intense des moyens dont dispose la Marine nationale, mais ses effets négatifs peuvent entrainer des conséquences importantes, tant du point de vu industriel qu’opérationnel. Pourtant, comme nous l’avons plusieurs fois démontré, les contraintes budgétaires ayant conduit à sa conception peuvent être contournées par un modèle alternatif innovant comme la Défense à Valorisation Positive.