dimanche, novembre 30, 2025
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La question des exportations, l’épée de Damoclès des programmes franco-allemands ?

La demande allemande concernant la suspension des exportations d’équipements de Défense vers l’Arabie Saoudite de la part des pays européens a immédiatement réveillé des inquiétudes fortes à Paris, vis-à-vis des programmes franco-allemands, comme le SCAF et le MGCS.

Paris craint, en effet, que l’Allemagne soit tenté de s’opposer à des ventes de ces équipements si le client est jugé, a tort ou raison, négativement par son opinion publique. Or, le rôle des exportations d’équipements de Défense en France est très différent de celui en Allemagne, jouant à la fois un rôle économique majeur, presque 50% du volume annuel de production de son industrie de Défense étant dédié à l’export, diplomatique en renforçant le poids de la France dans certaines régions du globe, que budgétaire, les exportations équilibrant budgétairement à peu de chose prés les dépenses en matière d’équipements de Défense pour les armées françaises.

Ce point avait été abordé dès l’entame des négociations concernant le SCAF et le MGCS par Florence Parly, la Ministre des Armées, et son homologue allemande, Ursula von der Leyen, lui avait semble-t-il, donné toutes les garanties que l’Allemagne ne s’opposerait pas aux décisions d’exportations prises par la France.

De fait, lorsque Me Merkel a appelé l’ensemble des pays européens à suspendre leurs livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite suite à l’affaire Koshyggi, et sur fond d’intervention au Yemen, les inquiétudes françaises sont réapparues avec force. 

Il faut dire que les exportations françaises vers les pays engagés dans la guerre au Yemen ont atteint 3,3 Md€ en 2017, pour 3,5 Md€ par an en moyenne sur les 10 dernières années. Mettre sous embargo l’Arabie Saoudite, entrainerait de sérieuses complications avec l’Egypte, financée par Riad, les Emirats Arabes Unis, sont plus proche allié, le Koweit, et même le Maroc. Ce serait donc 40.000 emplois de la filière Défense française qui serait ainsi menacés, entrainant dans leur sillage 200.000 emplois indirects et induits. L’Allemagne, de son coté, n’est exposée qu’à hauteur de 350 millions d’euro, soit 4000 emplois directs, et 20.000 indirects, 10 fois moins qu’en France. On comprend, dès lors, l’embarra dans lequel la déclaration de Me Merkel a mis les autorités françaises.

Reste que cette affaire est révélatrice de l’exposition très importante de la BITD française aux exportations, plus précisément aux exportations hors de l’alliance occidentale traditionnelle. Elle montre également les divergences profondes dans le couple franco-allemand en matière de politique étrangère. 

Que ce soit concernant les programmes de Défense en coopération comme l’Europe de la Défense, ces divergences devront être traitées de manière officielle, au delà des ententes de personnes. Faute de quoi, toutes ces initiatives risquent forts de venir grossir la très longue liste des ambitions européennes avortées.

Sur fond de crise Taïwanaise, le président Xi Jinping appelle les armées chinoises à se préparer à la guerre

Lors d’une visite au commandement sud de l’armée populaire de libération, le président XI Jinping a appelé les militaires à se préparer pour la guerre, et à garder les yeux braqués sur l’ile de Taïwan.

Cette déclaration intervient alors que les Etats-Unis ont consenti à moderniser significativement les armées Taiwanaises, notamment via un plan de modernisation de sa flotte de F16, des transferts de technologies pour concevoir un nouveau sous-marin, et le renforcement de la présence navale américaine autour de l’Ile.

Elle s’inscrit également dans une dynamique de tension entre Washington et Pékin, sur fond de guerre commerciale et financière entre les deux pays, et sur une suite de décalvation émanant du Pentagone ou de son environnement proche, estimant qu’une guerre prochaine avec la Chine était désormais possible, voir probable pour certains.

Si la déclaration du président chinois prend aujourd’hui un écho particulier, elle n’est cependant révélatrice d’un changement de position du leader chinois. S’il avait clairement mis le retour de Taiwan dans le giron de Pékin comme un des objectifs de sa présidence lors de sa prise de fonction, son discours s’est fortement durcit depuis le 19èmecongrès du parti communiste chinois, en octobre 2017, durant lequel le président avait annoncé qu’une option militaire serait envisagé si Taiwan ne rejoignait pas la Chine populaire d’ici 2020. Les menaces se sont depuis succédées, comme en mars 2018, lorsqu’il menaça l’ile « sécessionniste » d’une « punition historique »si elle ne coopérait pas.

Joignant le geste à la parole, l’Etat-Major chinois a annoncé ce printemps la constitution d’une force d’infanterie de marine forte de 6 brigades de 15.000 hommes pour 2020, une force dimensionnée pour un assaut sur  l’ile de Taiwan. D’autant qu’en 2020, la flotte chinoise disposera de ses deux porte-avions opérationnels, de 6 navires d’assaut type 71, et de 4 croiseurs Type 55 pour appuyer une opération amphibie et aéroportée.

Cette rhétorique guerrière est par ailleurs fréquemment utilisée dans les médias chinois, et dans la communication de l’Armée Populaire de Libération, qui n’hésite pas à fréquemment s’inspirer des codes de communication américains et d’Hollywood pour renforcer l’efficacité du message portée.

Enfin, Pékin a pris grand soin d’isoler Taipei de la majorité de ses soutiens occidentaux, la majorité des dirigeants européens étant désormais plus que retissant à apporter leur soutien ou à vendre des équipements de Défense au gouvernement taiwanais, par crainte de représailles économiques.

Avec d’un coté un dirigeant chinois qui a fait de Taiwan l’objectif de sa mandature, un président américain qui entend bien tout faire pour empêcher la Chine de surpasser les Etats-Unis, un premier ministre Japonais également dans une rhétorique agressive, le sort de l’ile sécessionniste risque fort de déterminer le sort de toute la région, et même de la planète.

La Loi de Programmation Militaire 2018-2025 est-elle déjà obsolète ?

Cette semaine se déroule en Norvège l’exercice Trident Juncture, regroupant 45.000 hommes, soit le plus important exercice de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide. Il fait suite à l’exercice Vostok2018, organisé en Siberie orientale par les forces russes, là encore le plus important exercice depuis 1981, avec 300.000 hommes mobilisés.

Ces exercices ne sont pas de simples conjonctions de calendrier, mais sont révélateur d’une aggravation rapide du risque militaire touchant l’Europe et la France. Dans ces conditions, la LPM 2018-2025, qui a été voté il y a juste quelques mois par le parlement, répond-elle à ces évolutions, ou est-elle d’ores-et-déjà obsolète ?

Evolution rapide du contexte géopolitique international

En seulement quelques mois, de nombreuses zones de frictions intenses sont apparues sur l’ensemble de la planète, principalement dans une opposition entre l’occident et le couple sino-russe : guerre commerciale, démonstration de forces, postures agressives. Ces tensions s’ajoutent aux tensions antérieures, comme celles avec l’Iran,  en Afrique Sub-Saharienne, ou au Levant, mais en ont également engendrées de nouvelles, en Afrique, sur la bande indopacifique, et même en Europe. Enfin, certains pays, au grès d’évolutions politiques, se sont éloignés de leurs alliés traditionnels, comme la Turquie, dont la position aujourd’hui sur la scène internationale interroge sur son appartenance à l’OTAN.

A cela d’ajoute des efforts très importants en matière d’équipements et d’entrainement des forces, notamment en Chineet en Russie, dans une dynamique qui n’a rien à envier à la course aux armements durant la guerre froide.

Enfin, ces pays ont entrepris de développer des équipements de Défense très modernes, et proposant des performances dépassant celles des équipements en service dans les forces occidentales, comme des armes hypersoniques, des radars basse fréquence ou quantique, des dispositifs de brouillage de nouvelle génération. 

Ainsi, en projetant la croissance de la puissance militaire chinoise et russe dans les années à venir, il apparaît qu’une période de grande vulnérabilité apparaitra entre 2030 et 2040, notamment en Europe.

Ces constatations ont amené plusieurs officiers généraux à considérerl’hypothèse d’un conflit majeur entre nations technologiques comme possible, voir commeprobable à moyen terme. On parle alors de conflit de haute intensité.

Des documents cadres contestables et obsolètes

L’hypothèse du conflit haute intensité est presque absente de la LPM 2018-2025, qui concentre ses investissements sur la régénération des forces usées par 10 années d’interventions répétées en Afghanistan, en Lybie, au Mali, en Centre-Afrique, en Irak et en Syrie, pour ne citer que les plus importants théâtres. Or, l’ensemble de ces conflits avait pour point commun d’être de basse intensité, les forces françaises s’opposant principalement à des forces insurrectionnelles comme au Levant ou au Mali, ou dépassées technologiquement comme en Lybie.

La nouvelle LPM est construite sur la base de deux documents cadres, le Livre Blanc sur la Sécurité et la Défense Nationale de 2013 et la Revue Stratégique 2017, deux documents aujourd’hui clairement dépassés par les évolutions du contexte géopolitique mondiale.

Le LBSDN2013 a été rédigé avant l’intervention Russe en Crimée, avant l’avènement de Daesh en Syrie et en Irak, avant l’intervention française au Mali, et avant le coup de force chinois en mer de Chine. De fait, il préconise un format des forces issu des appréciations très en vogues en 2012-2013 dans les milieux politiques et économiques : Les bénéfices de la Paix. Il faut rappeler qu’au moment de sa rédaction, le ministère des Finances poussait pour appliquer le plan « Z », à savoir réduire la force militaire française à une force de dissuasion, et une force expéditionnaire de 30.000 hommes. Fort heureusement, en partie en raison d’un coup de force des chefs d’Etat-Major du moment et du ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, cette hypothèse ne fut pas retenue.

Après son élection en 2017, le président Macron ordonna la conception d’une Revue Stratégique pour servir de cadre à la conception de la nouvelle LPM 2018-2025. Mais deux contraintes entravèrent sévèrement son efficacité, l’impossibilité de remettre en question le Livre Blanc, et la trajectoire financière déjà établit. En soit, la RS2017 n’a donc servit que de pré-cadre à une LPM dont les grandes lignes étaient déjà tracées, et qui ne remettait pas en cause le format, donc les bases de défense, imposés par le Livre Blanc.

Une LPM dépassée 

Tout naturellement, la nouvelle LPM se retrouve en décalage avec les évolutions récentes des contextes géopolitiques et sécuritaires, et ignore en grande partie le retour du risque haute-intensité. Ainsi, les forces terrestres ne disposeront, en 2025, que de 200 chars lourds Leclerc, de 120 systèmes d’artillerie automoteurs, et de moins de 80 hélicoptères de combat tigres. Il s’agit, à titre d’information, de la dotation moyenne d’une seule division blindée russe ou chinoise. 

Les forces navales ne sont pas épargnées, avec 12 frégates de 1errang en 2025 effectivement en fonction sur les 24 réclamés par la Marine pour assurer ses missions, et moins de 20 bâtiments de surface de combat seront en service. L’hypothèse d’un second porte-avions a été repoussée au delà de la durée de vie du Charles de Gaulle, et la flottille d’avisoest tout simplement sortie des inventaires.

L’armée de l’Air, enfin, verra son nombre de chasseur encore diminuer, pour tendre vers les 185 chasseurs prévus par le Livre Blanc, soit undéficit de 90 appareilssimplement pour couvrir la pression opérationnelle actuelle. Parmi ces 185 appareils, 60 Mirage 2000D modernisés à minima, ne pourront être employé en conflit de haute-intensité, en l’absence d’avions de guerre électronique non planifiés.

Enfin, les programmes qui permettraient de renforcer sensiblement les forces pour le combat de haute intensité, comme le SCAF et le MGCS, ont un calendrier prévoyant une entrée en service au delà de 2035, créant de fait une période de grande vulnérabilité entre 2030 et 2040.

Il faut noter que la situation est la même dans la grande majorité des pays européens occidentaux. La planification en cours est pour eux comme pour nous, encore basée sur des considérations économiques, et non sur des considérations opérationnelles et sécuritaires. 

Redéfinir la méthodologie de la programmation militaire française

Le décrochage de la planification de la Défense nationale que nous constatons aujourd’hui n’est pas le seul résultat d’un bouleversement rapide des équilibres géopolitiques. Il est également lié à la méthodologie utilisée pour la conception même de ces documents. 

En effet, une Revue Stratégique doit, par nature, proposer une analyse objective et indépendante des menaces et évolutions probables de celles-ci dans un futur proche, sans devoir respecter un cadre politique ou budgétaire. Le Livre Blanc, quand à lui, a pour fonction de proposer une réponse cohérente à ces menaces, là encore, de façon indépendante et objective. La LPM, elle, effectue les arbitrages jugés nécessaires pour respecter les impératifs politiques et économiques du gouvernement élu.

Si le pouvoir politique encadre les RS/LBSDN lors de leurs rédactions, puis utilisent ces documents pour justifier de ses arbitrages, ils perdent naturellement leurs raisons d’être, à savoir apporter la meilleure perception des enjeux et des besoins au pouvoir politique. 

Vers une nouvelle LPM « Haute-Intensité » Européenne ?

En tout état de cause, il apparait aujourd’hui très hasardeux d’attendre 2025, et la fin de la LPM en cours, pour prendre en compte la problématique haute intensité. Est-ce à dire qu’il faille nécessairement abroger la LPM actuel et en concevoir une nouvelle ?

Pas si sûr …

En effet, la menace de conflit haute intensité est aujourd’hui très spécifique, et ne concerne, peu ou prou, que la menace de conflit avec la Russie, éventuellement, la Turquie, et possiblement un éventuel conflit dans les Balkans. Quoiqu’il en soit, il s’agit de conflits qui seront traités au niveau supranational, par l’OTAN, ou par l’Union Européenne, la fameuse Europe de la Défense.

Or, pour beaucoup de pays européens, la problématique est la même. En outre, la LPM apporte des réponses à des besoins avérés, et qu’elle ne peut donc pas être ignorée. En conséquence, il serait possible d’imaginer une réponse européenne à cette menace, sous la forme d’une Revue Stratégique, d’un Livre Blanc et d’une LPM conçues conjointement par un ensemble de pays européenspour répondre, dans les délais requis, aux besoins de leurs forces armées.

Les initiatives de rapprochement franco-allemanddans les domaines des systèmes de combat aériens et terrestres, comme sur la patrouille maritime et les systèmes d’artillerie, constituent naturellement un socle adapté à la conception d’une telle initiative politique et industrielle européenne dans le domaine du combat haute-intensité en Europe centrale.

Conclusion

La réponse aux risques de conflit haute-intensité, qu’elle soit nationale ou européenne, ne peut attendre l’achèvement de la LPM en 2025, si elle veut assurer un équilibre salutaire des puissances militaires en Europe. Il sera donc nécessaire non seulement d’étendre ou de modifier la LPM actuelle, mais de redéfinir rapidement et « honnêtement » les documents cadres de la planification de Défense nationale. 

Cela représenterait une excellente opportunité pour étendre les champs d’investigation des réponses potentielles à apportées, en y intégrant de nouveaux modèles économiques et sociaux, à l’échelle nationale comme européenne. 

Quoiqu’il en soit, c’est la réponse au défi présenté ici qui définira, très probablement, la position et la sécurité de la France comme dans l’Europe pour les décennies à venir. Un rendez-vous avec l’histoire que les dirigeants européens ne doivent pas manquer !

L’Europe ne pourra être protégée par les Etats-Unis en cas de conflit avec la Chine

Alors que l’OTAN entame le plus important exercice depuis la fin de la guerre froide, l’exercice Trident Juncture qui regroupe 45.000 hommes sur les côtes norvégiennes, le Général Ben Hodge, qui commandait l’US Army en Europe avant de devenir expert pour le Centre d’analyse de la politique Européenne, a déclaré dans une allocution au sommet de Varsovie, que, selon lui, les Etats-Unis seront très probablement en guerre contre la Chine d’ici 15 ans, puis de revenir sur l’impossibilité actuelle des forces US a assurer ses missions sur deux fronts majeurs, dans le Pacifique et en Europe.

Les déclarations du général Hodges ne sont certainement pas une surprise, et de nombreux articles sur ce site ont traité de ce risque majeur, qui semble malgré tout ignoré par les dirigeants européens. Sans le citer, le général américain envisage clairement une alliance sino-russe comme un scénario de défaite potentielle de l’occident. 

La Chine se met en ordre de bataille

Très largement passé inaperçu jusqu’à il y a peu, la Chine, depuis l’arrivé au pouvoir du président Xi JinPing, s’est progressivement organisée pour se mettre en ordre de bataille. 

En premier lieu, elle a profondément réorganisée son armée, l’Armée Populaire de Libération, pour la mettre aux standards occidentaux, privilégiant les forces professionnelles à son ancienne conception populaire. Elle a également entamé de profonds changements dans la hiérarchie militaire, tant pour mettre fin à la corruption endémique qui touchait les élites militaires, que pour faire émerger de nouveaux leaders en ligne avec les objectifs stratégiques du pays.

En second lieux, le pays s’est doté d’une très puissante industrie de Défense, à la fois moderne et performante, capable désormais de fabriquer des équipements qui souvent n’ont que peu à envier à leurs homologues occidentaux. Surtout, cette industrie a désormais atteint son niveau de production optimum, très supérieur à celui des autres industries de Défense mondiales.

Le pays a porté un effort sans précédant pour accroitre ses capacités technologiques et son potentiel en matière de Recherche et de Développement. Certes, beaucoup de technologies chinoises ont été acquises par voie d’espionnage industriel, ou de retro-ingénierie. Mais le pays ne s’est pas arrêté à cela, et a parallèlement développé une capacité scientifique très importante, qui aujourd’hui non seulement assimile les technologies dérobées, mais les étendent, tout en en développant de nouvelles. Les annonces concernant les radars quantiques, les railguns, ou les lasers de détection sous-marine, en sont l’aboutissement, même si il est impossible aujourd’hui d’en évaluer la véracité.

Enfin, la Chine a patiemment mis en place une stratégie visant à accroitre sa domination territoriale et maritime, soit en appliquant le fait accompli, comme en mer de Chine, soit en usant de sa puissance économique et financière, en Asie comme en Afrique. Elle a par ailleurs développé un premier tissu d’alliances, avec le Pakistan, le Bangladesh et la Russie, pour ne citer que les principaux, lui permettant de sortir de son isolement traditionnel, notamment sur la scène internationale.

L’ensemble de ces éléments créés aujourd’hui une dynamique de croissance de la puissance chinoise très supérieure à celle des occidentaux, notamment des Etats-Unis.

Un pic de puissance en 2030

En extrapolant la croissance de la puissance chinoise dans le temps, jusqu’à son point d’équilibre absolu qui sera atteint en 2040, et en mettant en parallèle les initiatives américaines visant à reconstituer son potentiel militaire, on constate que le point d’équilibre relatif sera atteint à partir de 2030. A partir de cette date, la croissance des puissances chinoises et US sera sensiblement égale. 

En revanche, en observant le théâtre européen, le pic de puissance russe absolu sera atteint peu avant 2030, comme son pic de puissance relatif face aux pays européens. En revanche, au delà de 2035, les nouveaux programmes européens comme le SCAF ou le MGCS seront de nature à réduire voir neutraliser le différentiel de puissance russe. 

De fait, la période 2030-2035 représente, sur la base des données actuelles, le moment optimal pour une éventuelle alliance sino-russe pour affronter et vaincre les Etats-Unis et ses alliés.

Conclusion

Pendant 80 ans, les européens ont toujours pu compter sur une valeur sûre, la puissance de l’industrie américaine pour prendre le pas sur un adversaire en cas de conflit. La Chine aujourd’hui, et demain d’avantages, bouleverse ce paradigme, avec une puissance industrielle au moins comparable à celle des Etats-Unis, et une puissance démographique deux fois supérieure.

De fait, l’Europe doit, très rapidement, réviser ses positions et mettre en œuvre une stratégie visant à neutraliser la puissance militaire russe à partir de 2025. En procédant ainsi, et en limitant le recours à la puissance militaire US sur le théâtre européen, elle permettra à ce dernier de concentrer ses efforts sur le théâtre pacifique, et donc de neutraliser la puissance chinoise. La situation résultante ne sera pas sans rappeler celle de la Guerre froide, une hypothèse somme toute largement préférable à un conflit ouvert entre superpuissances.

Naval Group présente le SMX31, un game changer potentiel dans le monde des sous-marins d’attaque

Depuis le Nautilus, le premier sous-marins nucléaire américain construit en 1954 et entré en service en 1955, le monde des sous-marins n’a pas connu de changements radicaux, comme cela a été le cas des avions de combat, des hélicoptères et même des blindés.

C’est peut-être aujourd’hui le cas avec le concept SMX31 présenté par Naval Group à l’occasion du Salon Euronaval 2018. Plus qu’un simple concentré d’innovations, le concept français ouvre de nouvelles perspectives pour l’utilisation des sous-marins d’attaque afin d’assurer la puissance navale d’un pays. 

Une synthèse de l’innovation navale

Ce qui frappe, de prime abord, avec le SMX31, est l’absence de kiosque, cette superstructure qui émerge lorsque le sous-marin est en surface, et qui contient les mats et le périscope. Cela confère au modèle une forme pure, très hydrodynamique, ressemblant à celle d’un cachalot, comme le souligne Naval Group.

Les bureaux d’études français ont ensuite remplacer le revêtement anéchoique du sous-marin, une sorte de caoutchouc couvrant la coque du navire pour réduire les émissions sonores, par un agencement de tuiles actives disposant de senseurs. En toute hypothèse, ces « écailles » peuvent générer, selon leurs orientations, des micro-tourbillons améliorant très sensiblement la glisse du sous-marin, donc réduire ses besoins énergétiques, à l’image de la peau des requins. De même, l’intégration de senseurs transformerait toute la surface externe du sous-marin en un immense détecteur acoustique, et probablement électromagnétique. La encore, ce n’est pas sans rappeler la ligne latérale des poissons, qui informe l’animal d’une variation de pression même infime sur l’ensemble de sa longueur, et les ampoules de lorenzini, des détecteurs électromagnétiques situées dans le nez des requins et des raies, permettant au prédateur de détecter ses proies dans l’obscurité et sous couvert. On peut d’ailleurs se demander à quel point Naval Group ne s’est pas rapprochée de biologistes marins pour imaginer le SMX31, tant les similitudes avec le monde aquatique sont marquantes.

requin tigre Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
A l’instar de ce requin tigre, le SMX 31 apparait comme un petit chef d’oeuvre de l’évolution concernant les sous-marins

 Mais un sous-marin d’attaque est avant tout une arme de combat, et le SMX31 est également particulièrement bien doté de ce point de vu. Selon Naval Group, il serait capable de mettre en œuvre pas moins de 46 armements différents, du missile de croisière à la torpille acoustique en passant par les mines sous-marines. Le bâtiment de 3000 tonnes est d’ailleurs dimensionné pour emporter beaucoup de ces armements, d’autant que l’équipage est réduit à 15 personnes. Outre les armements, Naval Group a prévu l’emport de nombreux drones, qu’ils soient sous-marins, de surface et aériens, permettant au bâtiment de multiplier par 10 sa surface océanique contrôlée par un navire de ce type par rapport à un sous-marin moderne, dixit le constructeur.

L’énergie du sous-marin est fournie par des batteries ion-lithium chargées par des piles à combustible, permettant au submersible de rester 40 jours immergé à 6 nœuds de vitesse de patrouille, là encore des chiffres impressionnant, puisque les technologies AIP actuelles permettent en général de maintenir une plongée à 3 noeuds pendant 3 à 4 semaines. Enfin, Naval Group a fait la synthèse de l’ensemble de ses recherches en matière d’IHM pour réduire l’équipage à seulement 15 membres, soit la moitié d’un équipage de sous-marins comme le Gotland suédois, jaugeant pourtant seulement 1500 tonnes.

Un « Game Changer » potentiel

Prises individuellement, ces innovations technologiques représenteraient déjà des avancées significatives dans la conception de sous-marins d’attaque. Mais en synthétisant ces innovations en un unique navire de nouvelle génération, le SMX31 ouvre la voie à de nouveaux modes opératoires pour les flottes sous-marines de demain. Non seulement le bâtiment serait technologiquement très supérieur à ce qui se fait de nos jours, avec une zone de contrôle très étendues, et des options tactiques aujourd’hui inaccessibles, mais il aurait un prix de revient également beaucoup moins cher qu’un sous-marin conventionnel actuel, entre 30 et 40% moins cher, selon les projections réalisables. En effet, l’équipage représente en moyenne, sur 30 ans, 40 à 50% des couts de possession d’un submersible, pour peu qu’il fonctionne en double équipage, comme en France. En réduisant l’équipage de moitié, ce sont donc 20 à 25% d’économies sur 30 ans qui sont réalisés avec le SMX31. A cela s’ajoute la capacité à contrôler une zone très supérieure, réduisant donc les besoins en matière de sous-marins à la mer simultanément. 

Floreal fregate Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
par son équipage très réduit, le SMX 31 offrirait à la Marine Nationale la possibilité de déployer un SSK par zone outre mer, à l’instar des frégates de surveillance

De fait, faire beaucoup mieux pour beaucoup moins cher, c’est permettre à une marine d’étendre très significativement ses capacités à agir à enveloppe constante. C’est également la définition même d’un Game Changer. Un seul bâtiment de ce type par zone outre-mer française, là ou sont déployées le Frégates de Surveillance, renforcerait sans commune mesure la puissance navale défensive de chacune de ces régions, et étendrait sans comparaison les capacités de détection déjà en place, alors que le cout humain apparait presque comme négligeable, puisque les 5 zones outre-mer en double équipage ne représenterait donc que 150 marins, soit un équipage de frégate.

Commander et financer un démonstrateur, est-ce possible ?

Reste que, pour l’heure, le SMX31 n’existe que sous forme digitale. Or, on le sait, pour convaincre un éventuel client international, il est largement préférable de montrer le bâtiment en fonction. En outre, les multiples avancées technologiques annoncées doivent être fiabilisées avant de pouvoir être intégrées à un bâtiment opérationnel. 

Pour cela, il serait nécessaire de construire un démonstrateur, à l’image du démonstrateur Rafale en son temps, ou du Neuron il y a quelques années. Le bâtiment ainsi conçu servirait tant comme plate-forme de developpement pour la Marine nationale que comme vitrine pour les marines étrangères, clients potentiels d’une version opérationnelle. 

Le financement d’un tel projet peut s’envisager de deux façons, exception faite d’un très hypothétique développement sur fonds propres des industriels, qui apparaît très improbable aujourd’hui. L’Etat Français pourrait jouer son rôle d’actionnaire, et financer le développement du démonstrateur, avec la participation de Thales, également actionnaire de Naval Group, et de Dassault, lui-même actionnaire de Thales. Il s’agirait, pour la France, de donner à la filière sous-marine une coudée d’avance sur la concurrence internationale dans les 20 prochaines années, ce qui est loin d’être négligeable avec l’arrivée des sous-marins chinois, des sud-coréens et des japonais sur ce marché, et le retour des russes avec des sous-marins performants et bon marchés. N’oublions pas que, pour l’Etat, un investissement de ce type engendre un retour budgétaire de 75% à 2 ans. Ainsi, si l’Etat finançait 75% du démonstrateur, laissant aux actionnaires la charge des 25% restant à valoir sur les exportations à venir, l’opération serait, pour ainsi dire, neutre pour les finances publiques à court terme, et positive à moyen terme.

Corvette naval group Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
A l’instar du programme PESCO European Patrol Corvette, le SMX 31 pourrait servir de base à un programme européen de sous-marins de nouvelle génération

La deuxième approche reposerait sur une solution européenne, soit par une coopération multilatérale entre états à l’image du programme NEURON, soit via la coopération permanente structurée européenne, le PESCO. L’avantage évident serait de baisser les besoins d’investissements nationaux, mais les concurrents de Naval Group aujourd’hui sont avant tout européens : les Allemands de TKMS, les Suédois de Kockum et , dans une moindre mesure, les espagnols de Navantia. Une telle approche ne peut, dès lors, s’envisager que dans le cadre d’une consolidation européenne de la filière sous-marine, et plus globalement de la filière Défense navale. Là encore, il pourrait s’agir d’un programme attractif permettant de dépasser les antagonismes existants, notamment entre français et allemands. Rappelons que plusieurs Marines Européennes sont aujourd’hui même en consultation pour remplacer ou étendre leurs flottes sous-marines, comme les Pays-Bas ou la Pologne. Un projet comme le SMX 31, pour peu que la France accepte d’en commander quelques exemplaires elle aussi, et que le calendrier de conception et de construction soit suffisamment court, n’aurait pas de mal à rassembler 2, 3 voir 4 pays européens pour en faire un programme européen majeur.

Enfin, la France pourrait proposer le partenariat à un pays émergent, comme l’Inde, avec les difficultés que l’on connaît. Les russes s’y sont cassés les dents avec le Su-57, et les français avec le Rafale pour le programme MMRCA. En outre, loin de consolider l’industrie navale française à l’échelle internationale, ce modèle ne ferait qu’entrainer l’émergence probable d’un nouvel acteur sur le marché international, à l’image de ce que fit la Corée du Sud avec les sous-marins type 209 et Type 212 allemands, pour être en mesure, aujourd’hui, de proposer ses propres submersibles AIP sur le marché asiatique.

Conclusion

Quoiqu’il en soit, des approches réalistes existent pour entreprendre la réalisation d’un démonstrateur technologique SMX31. A ce titre, la proximité dans l’écosystème nationale entre les entreprises aéronautiques et Naval Group permettrait un transfert de compétence concernant la gestion même d’un tel programme, qu’il soit ou non, européen. Alors que la concurrence commerciale et technologique se renforce chaque jour dans l’industrie de Défense, conserver et étendre un ascendant technologique fort reste une des clés pour garantir la pérennité de la filière française, et par conséquent, de l’autonomie stratégique nationale. Des projets comme le SMX31 n’apparaissent pas fréquemment dans l’industrie de Défense, il est donc indispensable de d’atteler avec énergie à son exploitation, et sa réalisation.

La Défense perd-elle la bataille de l’opinion publique ?

En plein salon Euronaval, le plus important salon naval de Défense au monde qui se tient cette semaine au Bourget, les médias nationaux ne semblent s’intéresser qu’à la requête de l’Allemagne demandant à tous les pays européens de cesser de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, sur fond d’affaire Kashoggi, et d’intervention au Yemen. Le traitement médiatique s’appui sur un biais visiblement hostile à l’industrie de Défense et son écosystème, révélateur de positions très répandues dans l’opinion, qui engendrent un très faible empressement des élus à s’emparer de ces questions.

Alors que l’industrie de Défense française est indispensable aux finances publiques comme à l’autonomie stratégique du pays, comment expliquer ce désamour de l’opinion publique ? Peut-on inverser la tendance ? Ou doit-on se résoudre à laisser la Défense perdre la bataille de l’opinion publique ?

Une hostilité d’origine multiple affaiblissant les fondations de la Défense

Les oppositions vis-à-vis de l’écosystème Défense peuvent être décomposées en 3 grandes familles :

  • Les ‘idéalistes’, basant leur discours sur des arguments moraux issus des mouvements pacifistes des années 70/80.
  • Les ‘informés’, qui considèrent que certaines menaces sont négligeables, et donc ne nécessitent pas d’être traitées technologiquement et militairement. 
  • Les ‘économistes’, considérant que l’investissement dans la Défense est économiquement peu efficace, et qu’il doit donc être limité au stricte minimum afin de privilégier d’autres domaines jugés plus importants.

Il est remarquable de constater que ces hostilités ne se limitent pas à certaines philosophies politiques, et sont représentées dans toute la société française, ainsi que dans tous les partis politiques, bien que des nuances fortes puissent être identifiées : Idéalistes proches de l’extrême gauche, ‘informés’ proches de l’extrême droite etc..

Toutefois, certaines populations se distinguent dans ce panel, comme les jeunes diplômés, et surtouts les jeunes ingénieurs, qui plébiscitent souvent les industries de Défense pour leurs innovations et leurs conditions de travail jugées attractives. A l’inverse, le nombre de journalistes ayant de réelles compétences pour comprendre et expliquer la Défense se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main en France.

Dans l’écosystème Défense, l’industrie concentre la majorité des opinons défavorables, son image ayant été notamment détériorée par le passé avec des contrats exports parfois douteux (Agosta Pakistanais, Frégates Taiwanaises, France-Afrique ..) et par des déclarations, aussi infondées que dommageables, de nombreux politiques en mal de notoriété. Ainsi, de très nombreux français restent convaincus que le Rafale est un appareil beaucoup trop cher, suite aux déclarations d’.H.Morin alors ministre de la Défense.

Les armées semblent épargnées par cette hostilité, avec un taux d’adhésion public très respectable de 84%. Toutefois, cette adhésion importante est limitée dans les faits, puisque les 3 armées peinent aujourd’hui à maintenir leurs effectifs, en rencontrant des difficultés tant à recruter qu’à fidéliser militaires et réservistes. En outre, elles ont eu pendant 20 ans toutes les peines du monde à trouver des soutiens politiques pour soutenir leurs budgets, ceci expliquant la détérioration actuelle de l’outil militaire. 

Une tradition de communication aggravante

Il serait aisé de blâmer politiques et médias de cette situation. S’ils ont effectivement une part de responsabilité, ce serait ignorer celle de la communication de l’écosystème Défense, issue d’une tradition qui fut efficace, mais qui ne l’est plus.

Ainsi, l’industrie de Défense nationale ne considère pas, dans l’absolue, la communication vers le public comme un sujet nécessitant une attention particulière, contrairement aux entreprises anglo-saxonnes, italiennes ou même russes et chinoises. Pour les entreprises de Défense françaises, l’objectif est de concentrer leurs actions de communication vers l’écosystème Défense et vers quelques cibles spécifiques identifiées, comme certains parlementaires ou représentants politiques et industriels, en France comme à l’Export. 

Ainsi, les opinons publiques des pays pou lesquels les entreprises françaises de Défense font face à des concurrents britanniques, suédois, américains ou allemands, considèrent très souvent les équipements français comme moins performants, plus rustiques, ou plus chers. Il suffit de discuter avec des Canadiens ou des Suisses au sujet du Rafale et du Gripen de SAAB pour s’en convaincre. 

Certes, tous les pays n’ont pas de processus démocratiques forts, et mener des opérations de communication vers les populations égyptiennes ou Qatari n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Mais en Europe, comme dans les pays à traditions démocratiques, l’opinion publique prend un poids de plus en plus déterminant dans les processus d’acquisition d’équipements de Défense. Ainsi, en France et partout en Europe, en Inde, ou au Canada, pour ne citer qu’eux, l’opinion publique influence bien souvent les positions des élites politiques, et détermine donc la puissance du réseau d’influence en faveur de l’offre soutenue.

En Belgique, à aucun moment la France n’a cherché à présenter à l’opinion publique les bénéfices de sa proposition, notamment du point de vue des finances publiques. Pourtant, l’offre faite était sans équivalent ! En effet, la proposition française permettait aux forces aériennes belges de s’équiper de 68 Rafales et de les mettre en œuvre sur une période de 20 ans pour un cout 75% inférieur à ceux de 34 F35A sur la même période, soit une économie de 10 Md€ sur 20 ans pour le budget fédéral belge. 

Du coté des militaires et du Ministère des Armées, le discours est plus efficace, mais reste dans un cadre très contraint, interdisant par exemple de désigner des adversaires étatiques potentiels, ou de faire usage de trop d’enthousiasme concernant les équipements et les actions militaires des forces. Pourtant, il y aurait vraiment de quoi dire ! La communication traditionnelle des armées explique-t-elle, en partie, le manque d’enthousiasme pour rejoindre les forces ? …

Gagner le cœur des français pour regagner celui des politiques

Les discours hostiles profitent donc surtout de l’absence d’un contre-discours, dont l’objectif serait de rétablir les faits, et de présenter au grand public l’écosystème Défense de façon positive, dynamique et attractive. Pour ce faire, il serait possible d’envisager une stratégie en 3 volets :

  • Un volet institutionnel, visant à remettre la Défense dans le débat national, en communicant plus explicitement sur les menaces, les besoins des armées, les hommes et leurs équipements. Le documentaire « Serval, une brigade au combat » montre que le savoir faire existe en France. Il suffirait de l’amplifier et d’en étendre la diffusion.
  • Un volet technologique, visant à créer l’attachement des français aux équipements de l’industrie de Défense nationale. Les médias digitaux et audiovisuels sont très adaptés pour cela.
  • Un volet économique, pour expliquer le rôle et le poids de l’industrie de Défense dans l’économie française, son rôle dans les équilibres sociaux, et ses effets en matière d’aménagement du territoire.

Un embargo sur les livraisons d’équipements de Défense à l’Arabie Saoudite, donc s’appliquant à l’Egypte et probablement aux Emirats Arabes Unis, entrainerait une baisse de 3,5 Md€ / an de l’activité Défense, supprimant 40.000 des 200.000 emplois directs, et 70.000 emplois induits. Les 110.000 emplois perdus entraineraient une perte de 3 Md€ en matière de recettes sociales, et une augmentation de 3 Md€ des couts sociaux, ainsi que 1 Md€ de manque à gagner fiscal, soit une facture de 7 Md€ pour l’Etat, plus de 3,5% de son budget annuel. Il faudrait donc augmenter les impôts sur le revenu de presque 8% pour compenser ces pertes.

L’efficacité du discours porté dépendra de son systématisme à proposer un contenu factuel au plus vite et au plus prés des publics ciblés. Les médias digitaux permettent évidemment de porter une part significative de ce discours. Toutefois, il semble nécessaire d’étendre leurs diffusions, ultérieurement, vers des médias traditionnels et notamment audiovisuels, de sorte à en accroitre l’efficacité et la diffusion dans une gestion de dynamique médiatique à long terme. En outre, les médias digitaux comme audiovisuels se prêtent au portage linguistique, permettant d’industrialiser les actions de communication dans une démarche globale visant à engendrer un soutien public des pays dans lesquels l’industrie française propose ses équipements, ou dans lesquels les armées françaises sont déployées.

Une telle mécanique pourrait, enfin, s’avérer être un relais efficace porter les propositions françaises en matière d’Europe de la Défense, directement auprès des opinions publiques européennes, sans filtre médiatique et/ou politique national.

Conclusion

La Défense se réforme en profondeur depuis quelques années, mettant en avant l’innovation, de nouvelles solutions de maintenances, l’analyse prospective et bien d’autres domaines. Toutefois, sans le soutien de l’opinion publique, son image continuera de se dégrader, fragilisant avec elle la base de ses soutiens politiques. Par un léger changement de stratégie de communication des industries et des autorités militaires et civiles de la Défense, il serait possible, à moindre frais, d’apporter un discours alternatif positif aux discours hostiles, et d’entamer ainsi un profond changement dans la perception et l’adhésion du public envers l’écosystème Défense. Le dispositif qui en résulterait permettrait, en outre, de porter ces mêmes messages, ou des messages dédiés, vers les opinions publiques des partenaires de la France.

Pour un écosystème de représentant plus de 50 Md€ par an pour l’économie française, une telle initiative, très limitée, présenterait un rapport bénéfices sur investissements très positif, à court, moyen et long terme. Il faudra, néanmoins, accepter de faire évoluer les paradigmes de communication actuels, ce qui est toujours un exercice complexe.

Europe de la Défense : Pourquoi la France ne parvient-elle pas à convaincre ?

C’est (presque) officiel désormais, la Belgique a choisit, sans surprise, pour remplacer ses F16, l’offre américaine basée sur le F35A de Lockheed. Et même si le gouvernement belge prend les plus immenses précautions pour ne pas froisser son voisin français qui proposait le Rafale, en annonçant simultanément le lancement du programme CAMO visant a acquérir 450 VBMR Griffon et 50 EBRC Jaguar à la France, les commentaires assassins n’ont pas tardé, dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Comme ce fût le cas lors des choix polonais ou suédois en faveur du Patriot PAC-3 face au MAMBA SAMP/T franco-italien, c’est avant tout la faible adhésion à l’Europe de la Défense qui est pointée du doigt, avec le rôle de l’OTAN et l’asservissement supposé des pays à la puissance américaine en corolaire. Etonnamment, très peu s’interrogent sur les raisons de cette faible adhésion, et encore moins sur ce qu’il serait nécessaire de modifier, coté français, pour effectivement créer cette dynamique européenne.

Un contexte « idéal » pour l’émergence de l’Europe de la Défense

Force est de constater que le contexte international et économique actuel est particulièrement porteur pour faire émerger une initiative européenne de Défense. D’un coté, le retour de la puissance militaire Russe, soutenue par son allié chinois, génère des tensions proches de celles de la guerre froide, créant un besoin impérieux d’investissements en faveur de la défense pour tous les pays européen. De l’autre, les Etats-Unis apparaissent de plus en plus comme un partenaire n’ayant plus leur fiabilité d’antan, et dont les décisions sur la scène internationales sont parfois plus que douteuses. Enfin, malgré la crise de 2010, l’Europe est économiquement plus solide et plus riche que jamais, avec un PIB global dépassant celui des Etats-Unis.

Les divergences européennes pointées du doigt

Pourtant, il semble que les états européens privilégient aujourd’hui leurs divergences à leurs convergences pour ce qui concerne l’Europe de la Défense. Souvent désignées comme le principal frein pour le rapprochement du couple franco-allemand en matière de Défense, les divergences concernant la politique internationale sont présentées comme incompatibles par de nombreux commentateurs.

Au demeurant, si tous les gouvernements se disent favorables à l’Europe de la Défense, l’immense majorité d’entre eux préfèrent rester sous l’aile protectrice de l’OTAN et des Etats-Unis, la jugeant plus fiable et réaliste que le projet porté par la France et l’Allemagne.

La comparaison avec les Etats-Unis au cœur du problème

C’est en effet dans la comparaison entre l’offre de Défense US et celle du couple franco-allemand, et non dans les divergences internationales européennes, que se situe le principal point bloquant vis-à-vis de l’Europe de la Défense. En l’absence d’une offre de Défense alternative pouvant se substituer à celle des Etats-Unis, la majorité des pays Européens acceptent de privilégier l’harmonisation opérationnelle et industrielle avec les forces américaines, plutôt que de chercher à faire émerger une puissance européenne autonome.

Pas d’offres de défense alternatives à la protection US

Si le couple franco-allemand veut créer cette dynamique, il ne dispose pas d’une puissance militaire suffisante pouvant représenter une alternative à la protection US, pourtant distante de 6000 km. Ainsi, les forces militaires allemandes sont aujourd’hui très affaiblies par des coupes budgétaires consécutives et répétées durant la période post-réunification, ayant profondément désorganisé l’outil militaire de Berlin. Coté français, si les armées ont préservé une efficacité opérationnelle reconnue et démontrée, elles ont évolué vers une force de type corps expéditionnaire, adaptée pour les missions en Afrique ou au Moyen-Orient, mais manquent de moyens matériels et humains adaptés aux potentiels combats de haute-intensité en Europe centrale.

Aujourd’hui, les armées franco-allemandes réunies ont un potentiel militaire équivalent à 20% du potentiel militaire russe mobilisable, dans le meilleur des cas. En outre, elles ne sont pas totalement autonomes, et dépendent des Etats-Unis pour certains aspects opérationnels et technologiques, comme pour le ravitaillement en vol, le brouillage, le renseignement, la logistique …

Au delà de la faiblesse militaire déjà rédhibitoire, le couple franco-allemand n’a pas montré de front unis systématique ces dernières années en matière de Défense. Ainsi, la chancellerie allemande n’a pas exclu l’achat d’un appareil américain concernant le remplacement de ses tornado, alors que l’hypothèse Rafale n’a pas même été évoquée. De même, alors que des rapprochements franco-allemands sont en cours dans le domaine des armements terrestres, et aériens, l’Allemagne semble prendre grand soin à ne pas privilégier les équipements français, quitte à se tourner vers des solutions non-européennes, comme les missiles et drones israéliens. 

La France, quand à elle, ne semble pas se précipiter pour envisager un rapprochement de Naval Group avec TKMS, privilégiant un rapprochement « mou » avec Fincantieri, en dépit des très mauvais signaux envoyés par le gouvernement de Rome. Surtout, elle ne montre aucun empressement à participer au renforcement des frontières européennes, notamment face à la Russie.

Conclusion

On le comprend, si le projet d’Europe de la Défense tel que présenté par Paris ne séduit pas en Europe, c’est avant tout lié à un problème d’exemplarité et d’unité des autorités françaises et allemandes, et à la faiblesse des forces militaires du couple dans le domaine du combat haute-intensité. De fait, les chancelleries européennes privilégient la protection de l’OTAN, donc des Etats-Unis, et choisissent à l’unisson des équipements outre-Atlantique alors même que l’industrie de Défense européenne tente de se consolider pour faire face aux bouleversements à venir.

Si Paris et Berlin souhaitent vraiment promouvoir l’Europe de la Défense, et visent effectivement l’Autonomie stratégique européenne, les deux capitales devront, avant tout, présenter aux européens une offre attractive et sécurisante dans le domaine. Faute de quoi, les déceptions ne cesseront pas.

Pourquoi le partage industriel autour du SCAF est-il si compliqué ? Et comment résoudre le problème ?

Dans une interview donné à la Tribune, Dirk Hokke, le directeur général de Airbus Defense & Space, a estimé que sa société devrait prendre en charge le pilotage du programme « Système de Systèmes » du SCAF franco-allemand, provoquant immédiatement l’émotion dans les rangs français, ministère et DGA en tête, qui verraient bien d’avantages Thales en charge de cet aspect.

Le problème récurant du partage industriel dans les coopérations de Défense

Comme pour la majorité des programmes en coopération, la question du partage industriel est cruciale dans le projet SCAF. Mais la nature même du programme rend ce partage beaucoup plus épineux, et les réactions rapidement épidermiques.

En effet, le SCAF est aujourd’hui l’unique programme visant à concevoir un système de guerre aérienne en France comme en Allemagne pour les 50 années à venir. Or, les deux pays disposent d’une industrie pouvant, à peu de chose prés, concevoir le système. De fait, l’arbitrage qui sera rendu condamnera presque à coup sûr une industrie à s’effacer de ce secteur stratégique, pour lequel elle aura préalablement investit des sommes importantes afin d’acquérir les savoir-faire et processus nécessaires à son positionnement.

On retrouve, alors, les mêmes difficultés vis-à-vis du SCAF, que celles rencontrées par Naval Group et Fincantieri pour leur rapprochement, avec Leonardo et Thales comme arbitre : le marché résultant est trop faible pour soutenir l’activité intégrale des deux écosystèmes.

Un Rafale F3 de la composante aerienne de la dissuasion francaise equipe dun missile ASMPA Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
Rafale de l’Armée de l’Air en mission Poker de pénétration nucléaire, un des besoins spécifiques de la France

Une extension européenne très délicate

Si tant est que l’on étende le problème à l’échelle européenne, la difficulté est encore accrue, puisque la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède disposent d’industrie et de bureaux d’études aéronautiques qui, eux aussi, voudront préserver leur avenir si l’Etat de tutelle venait à adhérer au SCAF. On comprend alors le manque d’empressement du couple franco-allemand à ouvrir le programme vers d’autres partenaires. Pourtant, une approche différente permettrait, très probablement, de résoudre ces tensions, et d’optimiser à la fois les couts, les performances, l’attractivité à l’export et les besoins opérationnels européens. Pour ce faire, il est nécessaire de cesser de concevoir le SCAF comme un « système de systèmes », mais d’en faire un « programme de programmes », et de répartir les travaux d’étude et de production sur plusieurs modèles d’appareils ayant des caractéristiques et des missions différentes. 

Une vue dartiste du programme SCAF Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
Le SCAF est imaginé aujourd’hui comme un système de systèmes

Un calendrier opérationnel problématique

Rappelons que le SCAF n’est prévu d’entrer en service, pour ce qui concerne le nouvel appareil piloté, qu’à compter de 2035/2040 (donc 2040, soyons réaliste). Cela aura pour conséquence de laisser les européens sans offre ‘pertinente » sur le marché aéronautique pendant au moins 15 années, de 2030 à 2045, les premières années de production étant évidemment consacrée exclusivement à l’équipement des forces européennes. Malgré tout le bien que je pense du Rafale, il sera très difficile de trouver preneur au delà de 2030, l’appareil ayant déjà 40 ans d’âges. En outre, sur le plan opérationnel, les armées européennes perdront leur avantage technologique face aux productions russes, et même chinoises. Rappelons que le rythme de production chinois est d’un appareil tous les 4 ans ! D’ici 2040, la Chine aura donc renouvelé 2 fois sa gamme d’appareils principaux (JH-7/J10/J15/J20), et il en sera de même de ses drones de combat. Quand aux systèmes anti-aériens russes et chinois, leur cycle technologique étant de 15 à 20 ans, là encore, l’aviation de chasse européenne risque fort d’être déclassée pendant de nombreuses années. En conséquence, le planning actuel du SCAF est bien trop long du point de vue opérationnel comme du point de vue technologique.

Le J20 chinois lors dun passage 22soute ouverte22 Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
Le successeur du J20 chinois est d’ores-et-déjà à l’étude

Du point de vu purement commercial, le SCAF risque fort de faire face à un marché limité à quelques rares pays européens pouvant se permettre une telle acquisition, et d’âpres compétitions face aux américains, russes et chinois en Asie et au Moyen-Orient. La configuration de l’appareil, devant être comme le Rafale, « super-polyvalent », entrainera des arbitrages impactant le prix de l’appareil, et de ses systèmes, et mettant le « ticket d’entrée » au delà des moyens de la majorité des pays.

Peut-on, dés lors, concevoir le SCAF selon une logique différente, qui permettrait de résoudre les problèmes identifiés ?

Une alternative conceptuelle au SCAF

La solution relève, comme souvent, d’un changement de paradigme, malheureusement le plus difficile à admettre pour les tenants d’un projet. D’un « Système de systèmes », le SCAF devrait évoluer vers un « Programme de programmes », liés entre eux par une logique de système de systèmes. Plutôt que de chercher à produire la solution technologique et opérationnelle ultime en 2040, il serait ainsi possible de concevoir un progression technologique reposant sur 3 appareils, un chasseur léger monomoteur, un chasseur moyen pouvant être embarqué, et un chasseur lourd, ayant chacun des objectifs technologiques plus limités, donc plus accessibles, et un calendrier propre et consécutif : Chasseur léger en 2030, moyen en 2040, lourd en 2050. En outre, la composante drones serait positionnée entre ces balises technologiques : MALE 2025, UCAV 2035, UEAAV 2045. Chacun de ces grands jalons serait piloté par un industriel stratégique et un pays, tout en garantissant la répartition industrielle sur l’ensemble du programme et dans la durée, tant pour les pays participants que pour les industriels. 

Conçu comme un cycle industriel de 30 ans, la logique voudrait qu’en 2050, un nouveau cycle prenne le relais avec un nouveau drone MALE (ou son équivalent de 2050) à livrer à partir de 2055, etc. Cette approche résout l’ensemble des points clés préalablement identifiés comme bloquant : le partage industriel et technologique, le volet opérationnel, le volet commercial, et même le volet politique, chaque pays ayant son « moment de gloire ».

Rafale Typhoon Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
Il est indispensable de ne pas reproduire le gâchis d’un double programme européen similaire

En outre, contrairement au SCAF qui est, par nature, exclusif, nous avons vu pourquoi, une telle approche est au contraire inclusive, et favorise la consolidation industrielle européenne dans ce domaine. Les technologies ainsi développées au fil du temps trouveront très probablement des applications dans l’aviation civile, domaine plus que stratégique pour l’économie européenne et française.

Comment financer le SCAFext ?

Reste la question du financement d’un programme de programmes aussi ambitieux. Développer 3 appareils et 3 drones coutera nécessaire plus cher que de ne développer qu’un seul appareil, et deux drones (MALE et UCAV). Rappelons nous cependant que le programme est inclusif, et qu’il est conçu pour éviter que des BAe, SAAB ou Léonardo ne s’associent a des Boeing ou Lockheed pour concevoir et produire un appareil concurrent du SCAF, comme c’est d’ores et déjà le cas avec le programme TEMPEST britannique, et comme ce fut le cas entre le Rafale, le Typhoon et le Gripen dans les années 80. L’approche présentée permettrait de ne pas investir deux ou trois fois en Europe pour développer la même technologie, et, au contraire, de cumuler les investissements disponibles pour concevoir et produire un ensemble d’équipements, systèmes et technologies très supérieur à la somme de deux ou trois programmes concurrents. En d’autres termes, l’enveloppe globale d’un projet SCAF Etendu serait identique à celle du SCAF et d’un éventuel Tempest. En outre, dans une approche beaucoup plus linéaire que celle retenue actuellement, l’optimisation des retours budgétaires et fiscaux permettrait des gains importants pour les finances publiques des Etats, sans impacter l’outil industriel.

La maquette du programme Tempest presentee en 2018 lors du salon de Farnborough Air Independant Propulsion AIP | Analyses Défense | Constructions Navales militaires
Le Royaume-Unis veut lancer le Tempest comme alternative au SCAF, et l’Italie s’y intéresse

Un programme optimisé

Concernant le volet opérationnel, il propose des appareils de nouvelle génération dès 2030, donc des solutions européennes pour contrer les progrès technologiques de ses adversaires potentiels. En divisant le programme en 3 volets, les besoins en terme de polyvalence seront atténués, et il sera possible de voir apparaître des appareils spécialisés, comme des avions de guerre électronique ou des intercepteurs par exemple.

En outre, la concomitance entre les travaux de R&D et la production industrielle permettra d’accroitre et de linéariser les retours fiscaux et sociaux des acteurs du programme, en augmentant et sécurisant dans la durée les capacités dédiées. Par ailleurs, l’application de la doctrine Défense à valorisation positive permettrait d’optimiser les retours budgétaires sur les investissements des Etats, de sorte à équilibrer recettes et dépenses pour les finances publiques, grâce, notamment, à un marché export plus accessible, à une production industrielle plus linéaire dans la durée, et au ruissèlement technologique vers les composantes civiles des industries mobilisées. 

Enfin, du point de vu commercial, le SCAFExt permettrait à de nombreux pays européens de pouvoir acquérir une ou plusieurs des solutions proposées, en particulier la version chasseur léger, très adaptée pour les pays au PIB faible comme le Portugal, les pays d’Europe de l’Est ou des Balkans, tout en ouvrant la porte à un élan européen en faveur de l’Europe de la Défense.

Conclusion

Albert Einstein avait coutume de dire que c’était folie que d’espérer des résultats différents lorsque les causes sont les mêmes. Si, dans sa dimension actuelle, le SCAF pourra effectivement aboutir à un système franco-allemand, son dimensionnement et ses paradigmes lui interdisent une dimension européenne globale. Pour cela, et pour concomitamment traiter les faiblesses opérationnelles et commerciales européennes qui apparaitront des 2030, il est nécessaire d’envisager un modèle alternatif, plus ambitieux, plus innovant, mais plus efficace.

C’est à cette condition que l’Europe restera effectivement un grand continent aéronautique, et un acteur majeur de la géopolitique mondiale.

Références :

La Tribune – Michel Cabirol : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/programme-scaf-la-france-tient-bon-le-manche-794348.html

Le missile de croisière à propulsion nucléaire « Burevestnik » serait entré en service

Selon le quotidien russe Izvestia, le ministère russe de la Défense aurait publié une nouvelle procédure visant au transport protégé de deux nouveaux équipements, le système laser Perevest et un système compact nucléaire de production d’énergie, présenté comme le cœur du missile de croisière Burevesnik à très longue portée. Or, selon le quotidien, la promulgation de ces procédures signifie que les deux équipements ont été déployés dans les unités des forces russes. 

Si l’annonce concernant le système Laser Perevest était relativement attendue, les informations disponibles sur le sujet étant parcellaires, mais la maitrise de la technologie par l’industrie russe ne faisant pas de doute, l’entrée en service du Burevestnik est beaucoup plus surprenante.

Rappelons que le missile de croisière Burevesnik utiliserait un mini-centrale nucléaire pour assurer sa propulsion en ionisant les gaz et en les chauffants de sortes à provoquer une très forte détente engendrant une poussée. L’utilisation de cette technologie permettrait de concevoir des missiles de croisières capables sensément de faire plusieurs fois le tour de la planète avant d’épuiser son carburant nucléaire, et d’atteindre des vitesses de croisière très élevées, entre le supersonique élevé et l’hypersonique (mach 4 à mach 6). En revanche, le missile laisserait dans son sillage une trainée radioactive très notable, et même en l’absence de charge nucléaire, la contamination liée à la destruction de l’appareil propulsif lors de l’impact en ferait à coup sur une arme radiologique, si non nucléaire.

De fait, cela positionnerait le Burevestnik en complète contradiction avec les traités de non prolifération des armes nucléaires de courtes et moyennes portées, déjà mis à mal par les versions améliorées de la famille Iskander. 

De fait, si l’information était confirmée, il ne fait aucun doute qu’elle donnera lieu à une nouvelle crise avec la Russie. Or, les autorités russes ne peuvent raisonnablement espérer mettre en service un tel équipement de façon confidentiel, et la crise qui ne manquera pas d’avoir lieu a donc été donc anticipée et acceptée par le Kremlin, ce qui ne présage rien de bon quand aux relations entre la Russie et ses voisins européens. 

Cette information intervient également alors que pour la première fois depuis 2002, dans un sondage officiel, les opinions défavorables au président Putin dépassent les opinions favorables, et laisse craindre la tentation d’aller vers une crise avec l’occident pour remobiliser le nationalisme russe.

Quoiqu’il en soit, l’entrée en service du missile Burevestnik, si elle était avérée, serait un très mauvais signal envoyé par la Russie aux européens et aux américains, et à coup sur, une très mauvaise nouvelle pour les chances de paix en Europe.

Le Chine veut détecter les sous-marins par satellite jusqu’à 500 m de profondeur

La Chine ne cesse de faire des annonces en matière de technologies de Défense, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Après le radar quantique et le lance-roquette électromagnétique, voici que Pekin a décidé de financer un programme visant à concevoir un satellite sensé être en mesure de détecter un sous-marin jusqu’à 500 m de profondeur.

Pour ce faire, le satellite utiliserait un laser de grande puissance, capable, selon les chercheurs chinois, de dépasser le seuil de 200 m au delà desquels aucune lumière du jour ne pénètre plus les océans.

Les réserves sont nombreuses quand à la viabilité de la technologie, même en Chine, ou certains scientifiques estiment que cet objectif est inaccessible. Il n’en demeure pas moins que, même si la profondeur des 500 m n’était pas atteinte, les expérimentations de cette approche apporteront probablement des informations plus qu’intéressante pour le domaine de la lutte anti-sous-marine, d’autant que d’autres technologies sont à l’étude, comme un MAD (détecteur d’anomalies magnétiques) beaucoup plus sensible que ceux utilisés jusqu’ici, permettant de détecter des masses métalliques plus profondément, ou à plus haute altitude.

Or, une percée dans ces domaines serait de nature à bouleverser l’équilibre des forces de dissuasion à l’échelle de la planète. Aujourd’hui, l’essentiel des moyens de dissuasion sont constitués par des sous-marins nucléaires lanceur d’engins, ou SNLE, qui évoluent dans les profondeurs de façon très discrète de sorte à pouvoir faire feu si l’ordre venait, sans risquer d’être intercepter ou détruit par l’adversaire. S’il venait à être exposé, un SNLE perdrait une très grande partie de son intérêt.

De même, la puissance navale occidentale, reposant en grande partie sur les flottes de sous-marins conventionnels et nucléaires très performantes des Etats-Unis, de l’OTAN et des alliés de la ceinture Pacifique, se retrouverait largement entamée, et même potentiellement désavantagée face à la flotte chinoise. 

Il est trop tôt pour évaluer les capacités avérées de ces technologies, d’autant que la Chine n’hésite pas à volontairement brouiller les cartes afin de ne pas être lisible. Cependant, eu égard aux efforts consentis par l’Etat chinois en matière de recherche fondamentale, on ne peut douter que parmi toutes ces avancées technologiques annoncées ces derniers mois par les autorités chinoises, certaines sont valides et se retrouveront prochainement aux mains de l’APL.

Dans ces conditions, l’auto-persuasion quand aux performances médiocres de la technologie chinoise va vite montrer ses limites, et le décrochage technologique risque d’être on ne peut plus violent.