Avec la promulgation des sanctions américaines contre elle, l’Iran se retrouve aujourd’hui relativement isolée sur la scène internationale. Pire, les communions de vues entre le président américain, le premier ministre Israélien, et le prince héritier saoudien, sont de nature à faire rapidement monter les tensions dans cette région du globe.
C’est dans ce contexte que les autorités Iraniennes ont décidé de multiplier les annonces concernant les nouveaux systèmes d’armes iraniens, avec parfois des choix contestables quand à leur nature dissuasive, comme la présentation du « nouveau chasseur moderne Kowsar », qui est en fait un F5 modernisé, ce qui n’a rien de très alarmant.
En dépit de leur collaboration étroite en Syrie, la Russie et l’Iran n’a pas, à ce jour, entériné de contrat d’armements significatifs, malgré les demandes répétées des autorités iraniennes, au sujet de S-300/400, de Mig29 ou de Su-30 par exemple.
Mais les récents développements pourraient effectivement changer la donne, comme l’a confirmé le CEO d’Almaz Central Marine, en indiquant que l’Iran était intéressé par une production de la corvette Project 22800 Karakurt. Commandé à 18 exemplaires par la Marine russe, principalement pour les flottes des mers closes, Caspienne, Mer Noire et Baltique, cette corvette de 800 tonnes est spécialisée dans la lutte antinavire et la frappe à terre, grâce à ses missiles de croisières Kalibr et P-800 Oniks. Elle dispose en outre d’un système d’autoprotection antiaérien, Pantsir-M ou Sosna. Rapide (30 kts) mais ne disposant que d’une autonomie à la mer réduite (15j), la Karakurt répondrait très bien aux besoins de la Marine Iranienne, dont le but se limite à protéger les cotes, harceler la navigation des détroits, et mener des attaques sur les installations portuaires ou de commandement dans les zones d’engagement.
Reste à voir si Moscou donnera effectivement son accord, et surtout si cet accord s’accompagne des systèmes d’armes de facture russe. Dans le cas contraire, la puissance de feu des bâtiments iraniens risque fort d’être des plus symboliques.
Dans un rapport remis cet été au gouvernement britannique, le British Defense Comittee estimait que 80% de la puissance de feu de l’OTAN était le fait de sa force aérienne et aéronavale. Un fait qui n’a jamais échappé aux planificateurs de l’Etat-Major russe, avec un corolaire plein de bon sens : Neutraliser la force aérienne de l’OTAN, c’est neutraliser l’OTAN.
Alors que la GPV2008-1017 qui s’est achevé avait mis l’accent sur le renforcement des systèmes de déni d’accès, avec la maturité du S-400 et l’entrée en service prochaine du S-500, la GPV 2018-2027 a identifié la modernisation des systèmes anti-aériens de courte et moyenne portée comme prioritaire. L’objectif est à la fois de remplacer les systèmes anciens qui frisent l’obsolescence, comme les SA-13 qui accompagnent les régiments motorisés russes, mais également d’harmoniser les équipements en services, aujourd’hui très hétérogènes, notamment concernant les canons anti-aériens. Comme à l’accoutumer, les industriels de la Défense russes vont donc redoubler d’efforts et de communication pour décrocher une commande d’Etat.
C’est dans ce contexte, et à l’occasion de l’Army-2018 forum, que HPS présente le Sosna, un système destiné à remplacer les SA-13 Gopher et les quelques SA-8 Gecko restants en service dans les forces russes. Le dispositif, reposant sur un châssis chenillé blindé, est conçu pour accompagner et protéger les unités mécanisées, en mettant en œuvre 12 missiles SA-24 hyperveloce portant à 10 km et à 5000 m d’altitude, efficace aussi bien contre les voilures fixes et tournantes, et contre les missiles de croisières.
Rien ne garantit aujourd’hui que le SOSNA entrera effectivement en service dans les forces russes, et nous verrons probablement de nombreux autres dispositifs présentés dans les jours et les semaines à venir. Mais l’application de la Russie et de la Chine à construire une défense antiaérienne multicouche performante devrait nous inciter, nous occidentaux, à repenser notre extrême dépendance à l’arme aérienne.
Comme l’année dernière, la Russie tiendra un très important exercice militaire au mois de septembre. Cet exercice, qui se tiendra dans l’est de la Sibérie, en collaboration avec les forces chinoises et mongoles, est présenté comme le plus important exercice des forces russes depuis l’exercice soviétique de 1981, au plus haut de la guerre froide, selon le ministre de la Défense de la Fédération de Russie, le général Choïgou.
L’année dernière, Zapad 2017 s’était tenu sur les cotes de la mer Baltique et en Biélorussie, qui participait à l’exercice, et avait mis sous tension les forces et états-majors de l’OTAN et des pays Européens pendant une semaine complète. En outre, des exercices de brouillage avaient rendu inopérant les services GSM et GPS sur une partie du territoire Finlandais, norvégiens, et dans les pays baltes.
En déplaçant l’exercice à l’Est, Moscou montre que son seul point d’intérêt n’est pas l’Europe, et qu’il compte bien être présent dans le rapport de force qui se dessine dans le Pacifique entre Pékin et Washington. La participation des forces chinoises à l’exercice est également un signe de la très bonne entente entre les deux pays, alors même que l’APL n’avait pas été conviée à l’exercice RIMPAC 2018.
Une chose est certaine, si le rapprochement entre Pékin et Moscou se renforçait, la résultante géopolitique serait éminemment problématique pour l’occident. Mais ce rapprochement fait, malgré tout, face à de nombreux obstacles. En premier lieu l’opinion publique russe, très circonspecte sur le sujet, et qui se sent naturellement beaucoup plus « européenne » qu’asiatique. Ensuite, le gradient démographique et économique serait tel entre les deux alliés que la Russie serait rapidement relégué à un rang comparable à celui de la France, de l’Allemagne ou de la Grande-Bretagne pour les Etats-Unis, une perspective très peu engageante pour les dirigeants russes. Enfin, les tensions entre populations russes et chinoises dans les plaines orientales fertiles de la Russie sont déjà exacerbée, et serait renforcée par une telle alliance. En effet, le nombre de ressortissants chinois vivants et travaillants en Russie est déjà supérieur au nombre de russes dans 3 des oblasts de la Sibérie Orientale.
Cette alliance entre les deux grands opposants à Washington apparaît donc d’avantages comme une alliance de circonstance, qu’une alliance de fait. La proximité entre la Russie et l’Inde renforce ce constat, alors que les tensions entre New Dehli et Pékin n’ont cessé de croitre ces dernières années.
Cet exercice à venir sera certainement l’occasion de se faire une idée plus précise sur l’état de coopération des forces sino-russes, comme sur l’effectivité des nouveaux matériels perçus par les forces russes cette année.
Aujourd’hui, la portée des missiles antinavires excède très largement celle des radars de surface, confrontés à l’intangible rotondité de la terre. D’autre part, le développement des systèmes d’écoute et de détection des signaux électroniques, amène les tactiques à privilégier les systèmes passifs, ou déportés. Et c’est là que le drone peut apporter une plus-value intéressante dans la lutte antinavire. Qu’ils soient équipés d’un radar ou d’un simple système optronique, un UAV permet d’explorer une zone distante sans dévoiler la présence du ou des navires alliés, permettant donc des tirs d’artillerie ou de missiles sans risque de tir en retour.
La marine Russe a donc décidé d’expérimenter cette approche dans un lieu particulièrement adapté, la mer Baltique. En effet, entre l’accès direct sur la Baltique de Saint-Pétersbourg, et l’enclave de Kaliningrad, les UAV russes peuvent couvrir en permanence l’ensemble de cette mer stratégique pour la Russie comme pour l’OTAN et l’UE.
Dans un environnement ou les missiles surface-air ont largement gagné en portée, précision et réactivité, l’utilisation d’un hélicoptère pour la désignation de cible navale est aujourd’hui très hasardeuse. Un UAV, au contraire, est très discret, et sa perte n’a pas les mêmes conséquences que celle d’un hélicoptère et son équipage. C’est la raison pourquoi de très nombreuses marines intègrent des drones dans leurs inventaires et leurs tactiques. En France, Naval Group et Airbus Helicopters se sont associés pour développer le VSR700, un drone hélicoptère embarqué de 700 kg pouvant emporter 150 kg de charge utile, et déployable à partir des frégates et corvettes de la Marine Nationale.
S’il est un signe qui ne trompe pas pour évaluer l’état de préparation des forces, c’est le soin porté à l’entrainement des effectifs. Et dans ce domaine, la Chine n’a de leçon à recevoir de personne, contrairement à des idées reçues très ancrées en occident. Ainsi, la formation des élèves pilotes de l’armée de l’air comme de l’aéronavale de l’armée populaire de libération a fait l’objet d’un soin tout particulier, comme le montre l’entrée en service de l’avion d’entrainement et d’attaque JL-10 dans les forces aéronavales chinoises.
Doté d’une avionique très moderne reproduisant celle des J-11/15/16 que ces jeunes pilotes seront appelés à piloter une fois leur formation achevée, il dispose également, fait rarissime pour un appareil d’entrainement, d’un radar a antenne passive à balayage électronique, qui était il y a encore peu le nec plus ultra de la technologie des radars embarqués.
Avec l’entrée en service prochaine du second porte-avions chinois, un modèle à tremplin à l’image de son prédécesseur, le Liaoning, et la construction simultanée de deux porte-avions cette fois équipés de catapultes, les besoins de formation de l’aéronavale chinoise n’ont, évidemment, jamais été aussi important. Mais le plan de formation semble avoir été minutieusement anticipé et appliqué rigoureusement, de sorte que le nombre de pilotes qualifiés, et d’appareils équipant les flottilles, atteindront concomitamment leurs objectifs lorsque le nouveau porte-avions sera déclaré opérationnel.
Cette maitrise de la montée en charge de la marine chinoise devrait nous inciter, nous occidentaux, à plus de circonspection lorsque l’on juge des capacités opérationnelles des forces navales chinoises.
Le programme HIL est destiné à remplacer un nombre très important de voilures tournantes dans les 3 armées, allant de l’alouette III de la Marine Nationale aux Puma de l’armée de l’air, en passant par les gazelles de l’ALAT. Ce programme est sensé être lancé pendant la LPM 2018-2025, pour une première livraison en 2028, et c’est le nouvel H160 d’Airbus Helicopters qui a été retenu. Aujourd’hui, le programme porte sur 165 appareils.
Les récents accidents mortels des gazelles de l’ALAT, et le rapport sur le MCO très préoccupant des voilures tournantes dans les armées françaises, nous rappelle cependant que ce planning est bien trop long, et que les hélicoptères qui doivent être remplacés par ce programme sont d’ores-et-déjà trop anciens, tant du point de vue opérationnel que du point de vu mécanique.
Dans ce cadre, et sachant que la LPM 2018-2025 fait déjà face à des impératifs d’équipement ne laissant aucune marge de manœuvre, comment peut-on envisager d’accélérer ce programme, de sorte à ce que les livraisons démarrent, comme prévue initialement, en 2021, avec un rythme de production efficace pour les armées ?
Rappel : La doctrine Défense à Valorisation Positive appliquée à un programme
La doctrine Défense à Valorisation Positive, est une approche multi-domaine visant à analyser les flux entrants et sortants à l’échelle d’un programme de Défense, du budget de la défense d’un pays, ou d’un ensemble de pays. A l’échelle d’un programme, la DVP repose sur 3 éléments fondateurs :
– le retour fiscalrapide (inf 3 ans) des investissements directs et induits liés au programme. Comme nous l’avons vu dans d’autres démonstrations, ce retour fiscal est supérieur à 75% à 3 ans, et c’est donc cette valeur qui sera prise comme référence.
– L’intégration dans le spectre du programme un volet export garanti par un abondement d’Etat, permettant de proposer à des partenaires clés l’équipement en question à des tarifs très attractifs, et donc de garantir les volumes globaux
– Une société de programme, portant l’investissement initial et la propriété des équipements jusqu’à leurs livraisons aux forces armées, permettant de garantir le plein retour fiscal de l’Etat avant d’avoir à payer l’équipement.
La dynamique ainsi créé permet d’engager les dépenses sans couts immédiats pour les finances publiques, tout en percevant les retours fiscaux dans des délais plus courts.
Application au programme HIL
Les données exactes du programme HIL sont confidentielles. Pour la démonstration, nous utiliserons donc des valeurs extrapolées des appareils de la gamme Airbus. Selon ce principe, nous pouvons déduire que le prix moyen de la version militaire du H160 sera de 18 m€ HT, et que la R&D nécessaire à la militarisation et navalisation des H160 couterait 500 m€.
Du point de vue des quantités, les 165 appareils du programme HIL sont évidemment une valeur « à minima ». Je prendrais dans mon calcul un format plus étendu, soit 100 appareils pour l’ALAT, 60 pour la Marine Nationale et autant pour l’Armée de l’Air, soit 220 appareils pour les armées françaises. L’objectif d’exportation sera, lui, de 150 appareils, avec un tarif très attractif pour inciter les armées étrangères à rejoindre le programme HIL étendu. Nous ne prendrons pas en considération les couts des demandes spécifiques des clients exports. Nous aurons donc un format total de 370 appareils, soit 3 appareils par mois pendant 10 ans. Un tel volume permettra, à lui seul, de faire baisser le prix unitaire des H160M de 18 m€ à 16m€, hors demandes spécifiques export.
Etudes des équilibres financiers
Nous allons étudier successivement les recettes fiscales et les dépenses pour l’état français d’un tel programme.Du point de vu des recettes, nous avons : 370 appareils à 16 m€ + 500 m€ de R&D avec un retour fiscal de 75% soit 4,815 Md€.
Du point de vu des dépenses, nous aurons : 220 appareils à 16 m€ + 500 m€ R&D soit 4,02 Md€
Le programme ainsi monté génère donc 795 m€ de boni fiscal.
Comme nous l’avons vu, le financement de ce programme reposera sur une société de programme, qui portera l’effort financier avec une différence de 4 ans sur la facturation effective. Cela représente, pour le budget français et à 1,5% de taux d’intérêt annuel, un cout de 75 m€ sur les 12 ans d’exécution du programme. Le reste du boni fiscal, soit 720 m€, sont utilisés pour l’abondement incitatif des appareils exportés (150), soit un abondement de 4,8 m€ par appareil.
De fait, dans ce programme, le prix unitaire de H160M export est ramené de 18m€, prix catalogue, à 16-4,8 = 11,2 m€, un tarif très inferieur à celui du H145.
Du point de vu social, l’exécution du programme HIL sous cette forme et ce format permettra de générer environs 5000 emplois directs et indirects, répartis entre Airbus Hélicopters (emplois localiser en France, évidemment), Safran pour les moteurs, et Thales pour l’électronique de bord. Il sécuriserait le site de Marignane pour 12 ans , tout en positionnant le H160, en version civil comme militaire, comme un des hélicoptères les plus vendus du marché, garanti de longévité de l’appareil.
Conclusion
Il est remarquable de constater que, dés lors que l’on change le paradigme d’analyse macro-économique, des solutions claires et efficaces apparaissent pour reconsolider les armées et leurs équipements. Ainsi, le programme HIL peut effectivement être lancé dans des délais bien plus court que prévu, sans impacter les finances publiques ni l’effort de Défense, puisque l’Etat n’investit que des recettes qui n’auraient pas existé dans le cas contraire. Par ailleurs, l’utilisation de l’abondement d’état pour sécuriser les exportations permet de proposer des appareils à des tarifs très compétitifs, même vis-à-vis de la concurrence russe ou chinoise, sans entrer dans des notions complexes et destructrices à moyen terme de compensation industrielle, et surtout, sans impacter les marges de l’industriel, lui permettant ainsi d’investir dans son outil industriel et sa R&D.
Il faut noter que dans le cas très particulier d’Airbus Helicopters, et du H160, qui est un appareil civil et militaire, le retour fiscal absolu sera très probablement sensiblement supérieur à 75%, car un tel programme dimensionnera l’ensemble de l’outil industriel, permettant des tarifs optimisés. En outre, avec 220 exemplaires en services dans les armées françaises, tous les clients potentiels, militaires comme civiles, auront la garantie d’une qualité et d’une durée de vie étendue de l’appareil. Cumulés, ces facteurs sont de nature à accroitre sensiblement les commandes ultérieures de l’appareil, donc des recettes fiscales et sociales sur l’activité des entreprises concernées.
Le 4 mai 1982, un missile Exocet AM39 tiré par une patrouille de 2 super-étendards argentin coula le destroyer britannique Sheffield. Avant la fin de la guerre des Malouines, les 9 missiles Exocet disponibles aux forces argentines auront fait deux autres victimes, le navire logistique Atlantic Conveyor le 25 Mai, emportant avec lui la quasi totalité des Chinnok britannique, et le destroyer Glamorgan, et le destroyer HMS Glamorgan, lourdement endommagé le 12 juin.
Pourtant, dés l’entame du conflit, les autorités françaises mirent sous embargo les équipements de défense argentins, et plus particulièrement le missile exocet. Car si la marine argentine avait disposé d’une trentaine d’exocet AM39 comme il était prévu, le déroulement de la campagne des Malouines aurait très probablement connu une fin toute autre.
Cet exemple, qui date un peu certes, expose parfaitement la puissance que représentent aujourd’hui les missiles antinavires. Les frégates saoudiennes et émirati frappées au large des cotes yéménites montrent que la menace est toujours aussi d’actualité, mais surtout, que le missile antinavire n’est plus réservé aux seuls états majeurs.
Ainsi, les modèles chinois, mais également russes, turcs, coréens et occidentaux, ont été massivement vendu dans le monde, à des régimes parfois peu regardant, ou tout simplement corrompus. De fait, la menace que représentent les missiles antinavires n’est plus exclusive aux seuls conflits de haute intensité.
Or, s’il est une marine qui n’a pris en compte cette menace, c’est bien la Marine Nationale !
Il est de notoriété publique que les navires français sont, en général, faiblement armés. Il suffit de regarder une Frégate Légère Furtive pour s’en convaincre. Les FTI à venir, capables d’emporter 32 silos verticaux, ne seront, elles, livrées à la Marine Nationale qu’avec 16 de ces silos, donc de missiles.
Mais surtout, la Marine Nationale n’a jamais pu équiper ses bâtiments de systèmes de défense à très courte portée, ou CIWS, comme le Phalanx américain, le Goalkeeper néerlandais. Au mieux sont ils équipés de canons télé-opérés, bien incapables d’intercepter un missile antinavire, et de missiles mistrals, dont l’efficacité face à des missiles rapides est très discutable.
Cette faiblesse, issue d’arbitrages financiers issues de la fin de la guerre froide, risque fort, aujourd’hui, d’avoir des conséquences tragiques …
Le 28 juin 2011, le dernier avion de patrouille maritime Nimrod britannique était mis à la retraite sans remplaçant, la compétence étant sacrifiée sur l’autel des économies budgétaires et de la fin de la guerre froide.
5 ans plus tard, les armées britanniques durent commander en urgence le nouvel appareil de lutte anti-sous-marine P8 Poseidon de Boeing en 9 exemplaires, pour faire face à la monter en puissance de la sous-marinade russe.
Le P8 dispose de performances très supérieur au Nimrod MR2 retiré quelques années auparavant, dont un rayon d’action très supérieur, et une capacité de détection largement améliorée. Ces gains de performances permettaient, selon l’Etat-major britannique, de compenser la réduction de format du nombre d’appareils, passant de 21 à 9.
Malheureusement, la réalité opérationnelle est un peu plus complexe qu’une simple règle de 3, et l’article du vice-amiral Roberts (en retraite), montre que les 9 appareils commandés seront très insuffisantspour assurer les missions dévolues à la patrouille maritime, au premier rang desquelles la protection des sous-marins nucléaires lanceur d’engins de la Royal Navy, colonne vertébrale de la dissuasion britannique.
Ce raisonnement nous invite à remettre en cause les formats définis durant la période succédant à la crise de 2008, avec une évidente volonté de réduire au maximum les dépenses des armées, considérées comme une dépense inutile par bien des gouvernements.
Ainsi, le passage de 60 F-16 à 34 appareils de nouvelle génération envisagé par l’armée de l’air Belge , comme ce fut le cas au Danemark et aux Pays-Bas, va poser des problèmes opérationnels majeurs en terme de disponibilité et de capacités de projection de ces membres de l’OTAN.
En France, la réduction du nombre de chasseurs de l’Armée de l’Air pose d’ores-et-déjà des problèmes de capacité de projection, et d’entrainement, alors que le format est encore très supérieur aux 185 chasseurs visés par le LBDSN 2013.
Le problème n’est d’ailleurs pas spécifique aux aéronefs. Le format insuffisant du nombre de frégates de la Marine nationale, lié également à la disparition de la flotte d’avisos, a amené l’Etat-major de la Marine à décider de fonctionner en double équipage par frégate. Si en temps de paix la mesure est évidemment efficace, en temps de guerre, le nombre de frégate restera très insuffisant et la moindre attrition entamera de beaucoup les capacités opérationnelles de la Marine nationale.
Le paradigme selon lequel la technologie compense le nombre semble donc bien atteindre ses limites …
Si, comme nous l’avons déjà abordé ici-même, la planification navale russe est, aujourd’hui, quelque peu imprévisible, la planification concernant les grandes unités hauturières, appelées « Blue Water Navy », est pour sa part, totalement chaotique. Entre les problèmes industriels, le manque de fiabilité des unités produites, les difficultés à remplacer les turbines ukrainiennes, et les financements volatiles, ces dernières années furent très compliquées pour la flotte de haute mer de la Marine Russe.
Toutefois, aujourd’hui, l’horizon semble se dégager, grâce à des financements plus solides liés à la GPV 2019-2028, un prix du pétrole et du gaz redevenu rentable, et des chantiers navals et bureaux d’étude qui se sont modernisés. De fait, le remplacement des unités navales de haute mer issues de l’ère soviétique semble se dessiner, et un planning cohérent commence à se dessiner.
Si les deux grands croiseurs de la classe Kirov n’auront probablement pas de remplaçant, les croiseurs Slava, et les destroyers lourds de la classe Udaloy seront remplacés par la classe Lider, un destroyer lourd de 14.000 tonnes, très lourdement armés avec 200 VLS, et à propulsion nucléaire, alors que les Sovremenie seront remplacés par les frégates lourdes 22350M Super Gorshov, version alourdie et renforcée du projet 22350 actuellement sur le point d’entrer en service, équipées de 64 VLS pour 6000 tonnes en charge.
Les nombres d’unité à construire reste encore soumis à variation, mais la GPV 2019-2028 a d’ores-et-déjà acté la construction de 8 frégates lourdes 22350M super Gorshov d’ici 2025, et le nombre de Lider semble évoluer entre 8 et 12, 12 étant la valeur la plus souvent retenue. A noter qu’avec 20 navires de combat lourds de nouvelle génération, la Marine Russe remplacera à 1 pour 1 les navires de génération précédente.
Il est intéressant de noter qu’en revanche, la localisation de ces navires changera sensiblement par rapport à aujourd’hui. En effet, il n’est plus question de déployer des unités lourdes en mer Noire ou en Baltique, mais uniquement en mer du Nord et dans le Pacifique. En outre, il est souvent fait référence d’une attribution identique entre les 2 flottes hauturières, ce qui constituerait un changement important, avec un renforcement très notable de la flotte du Pacifique.
Pour la Marine Russe également, semble-t-il, le théâtre pacifique devient une zone de première importance…
Pour approfondir le sujet, lire les 2 articles en anglais (4 min chacun)
Grosse déception en Suède, car la Slovaquie a annoncé commander 14 F-16Và l’américain Lockheed pour remplacer ses Mig-29 hérité de l’ère soviétique. Les autorités slovaques ont justifié leur décision sur des considérations de couts sur la durée, argumentant que le F16V était sensiblement moins cher à l’usage jusqu’en 2040 que le Gripen.
Et c’est une surprise, car l’argument principal de Saab a toujours été un prix à l’usage particulièrement attractif, annoncé à 6000$ par heure de vol, soit sensiblement le même que celui du mirage2000.
Pour autant, la Slovaquie s’acquittera tout de même d’une facture de 1,2 Md€ pour ses 14 F16V, soit 85 million d’euro par appareil. Ce n’est évidemment pas le prix unitaire d’un F16V (estimé à 65 m$), le contrat intégrant très probablement des pièces détachées, des munitions Air-Air et Air-Sol, de la formation.
Reste que l’industrie US aligne les succès en Europe depuis quelques temps, au détriment des offres européennes, pourtant tout aussi compétitives. Ce fut le cas des hélicoptères en Pologne, des systèmes Sol-Air en Pologne, Roumanie, Allemagne et Suède, d’avions de combat en Pologne, Slovaquie, Roumanie..
Alors que l’Europe est sous le feu du président Donald Trump, il semble clair que les pays d’Europe de l’Est ont choisi leur camp dans cet affrontement. Et peut-on les en blâmer, étant donné l’incapacité des pays européens à assumer par eux mêmes leur propre Défense ?