Faut-il accroitre le soutien militaire européen à l’Ukraine ?

Bien peu, même parmi les mieux informés, avaient imaginé qu’au bout de 5 semaines de combat, l’Operation Spéciale Militaire russe serait à ce point contenue par les défenseurs ukrainiens, et que les armées russes auraient souffert de pertes matérielles et humaines aussi importantes. Pourtant, aujourd’hui, en dépit de sa puissance de feu extraordinaire et de sa force aérienne, c’est bien l’armée russe qui passe en position défensive sur de nombreux fronts, et qui reculent même face à certaines contre-attaques ukrainiennes, notamment autour de Kyiv. Pour autant, cette perception donnée tant par les médias occidentaux que par la très performante communication de guerre ukrainienne, ne permet pas d’appréhender les difficultés réelles auxquelles font aujourd’hui face les armées ukrainiennes qui, si elles disposent de combattants désormais aguerris et en grand nombre, voit ses réserves de materiels lourds se réduire inexorablement, là ou les forces russes disposent de quantités d’équipement surnuméraires, et d’une Garde Nationale prête à combler les pertes humaines.

Dans ce contexte, on comprend pourquoi le Président Zelensky, en dépit des succès récents enregistrés par ses armées, continue de mener une intense activité diplomatique pour tenter de mettre fin au conflit par la négociation, quitte à accorder à la Russie des revendications jusque là exclues, comme le renoncement à l’adhésion à l’OTAN, la reconnaissance de la Crimée et la négociation d’un statut d’autonomie pour le Donbass. En chef d’état bien plus avisé comme nombre de commentateurs improvisés spécialistes de la chose sur les réseaux sociaux, y compris en Ukraine d’ailleurs, Zelensky sait qu’aujourd’hui, les armées russes peuvent appliquer une stratégie défensive contre laquelle il lui serait très difficile de lutter, et qui pourrait, à terme, couter à l’Ukraine son armée puis son indépendance. En d’autres termes, aujourd’hui, et de manière contre-intuitive, c’est bel et bien le Kremlin, et non Kyiv, qui est en position de force pour les négociations en cours. Pour autant, il existe une alternative au renoncement territorial ukrainien qui ne serait, à terme, que la reconnaissance d’une immense victoire stratégique pour Poutine, même au prix de plusieurs dizaines de milliers de ses soldats et de plusieurs milliers de véhicules de combat. En effet, si les Européens venaient à accroitre leur soutien militaire à l’Ukraine, le rapport de force, même dans une stratégie offensive, pourrait effectivement basculer en faveur des ukrainiens. Dans cet article, nous étudierons ces alternatives venues d’europe, mais également leurs risques en matière d’extension du conflit, ainsi que leurs conséquences sur la situation sécuritaire post-guerrière sur le vieux continent face à la Russie.

Les pertes ukrainiennes en terme de matériel lourd sous très probablement structurellement sous-estimées par la communauté OSINT, alors que le pays n’a pas capacité à reconstituer son inventaire, contrairement à la Russie

Alors que l’attention médiatique et politique s’est longtemps concentrée sur l’hypothèse d’une livraison de chasseurs Mig-29 polonais à l’Ukraine, il est aujourd’hui nécessaire de constater que dans le présent contexte opérationnel, il s’agit probablement d’un des équipements offrant le plus mauvais ratio bénéfices-risques pour l’Ukraine et les Européens. En effet, il est désormais évident que l’ensemble du ciel ukrainien est verrouillé par les défenses anti-aériennes des deux camps, et que l’aviation de chasse et d’assaut ne peut jouer qu’un rôle superficiel dans le déroulement des opérations militaires. Qui plus est, s’il s’agit de donner à l’Ukraine des capacités offensives, de nouveaux avions de combat auraient bien peu d’efficacité face au dispositif défensif que les russes n’auront pas manqué de mettre en place pour défendre leurs positions. En revanche, les armées ukrainiennes bénéficieraient largement d’un surcroit de puissance de feu, de mobilité et de protection, en recevant de nouveaux blindés venus d’Europe.

Rappelons que si les pertes documentées font aujourd’hui principalement état de materiels russes, cela ne préjuge en rien des pertes réelles ukrainiennes dans ce domaine, du fait que les soldats et la communication russe sont beaucoup plus parcimonieux de leurs publications sur la scène publique que les combattants et la population ukrainienne. En d’autres termes, sans remettre en question la réalité des pertes russes, on peut objectivement douter de la faiblesse relative des pertes ukrainiennes en terme de blindés ou de défense anti-aérienne par exemple telle que rapportée par les analystes OSINT, qui d’ailleurs alertent eux-mêmes sur ce biais d’analyse. En outre, comme dit précédemment, la Russie dispose d’une reserve de matériels bien plus importante que n’en dispose l’Ukraine, ainsi que d’un complexe militaro-industriel non impacté par les combats, même si il semblerait que les sanctions occidentales handicapent cette production. En d’autres termes, au jeu de l’attrition réciproque, la Russie a les reins beaucoup plus solides qu’une Ukraine isolée et combattant sur son propre sol. Et c’est précisément là que le soutien des européens peut s’avérer déterminant.

Aprés 5 semaines de guerre, les armées russes ont perdu entre 10 et 15% de leurs effectifs et materiels au sein des forces terrestres et aéroportées. Une partie importante de ces pertes touche des unités d’élite de l’armée russe.

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