Les enseignements de la guerre en Ukraine : La vulnérabilité des blindés de première ligne

Selon le site Oryx, qui fait référence quant aux pertes documentées par les deux camps depuis le début du conflit, les armées russes ont perdu à ce jour plus de 550 chars lourds, dont plus de la moitié a été détruite par des missiles antichars, des frappes d’artillerie ou par des chars adverses. Le constat est sensiblement le même concernant les véhicules blindés de combat (350 dont 150 détruits) et les véhicules de combat d’infanterie (600 dont 350 détruits), ce qui représente la moitié de l’ensemble des blindés de première ligne déployés par la Russie autour de l’Ukraine avant le début des combats. De fait, en dépit d’un avantage numérique et technologique supposé flagrant, les armées russes ont perdu 25% de leur parc total de blindés d’assaut en deux mois de conflit, et le bilan est comparable pour les armées ukrainiennes, même si les pertes sont proportionnellement moins importantes. Si aucune statistique n’est encore disponible quant aux causes exactes de ces destructions, l’étude des photos documentées concernant les blindés identifiés comme détruits montre qu’une majorité d’entre eux a été détruite par des armes antichars et des frappes d’artillerie, en dépit de leur blindage et des systèmes de protection dont ils disposaient.

Cette vulnérabilité des blindés, y compris des chars lourds, aux systèmes d’arme modernes, n’est pas en soit une nouveauté. Déjà, lors de la guerre du Haut-Karabakh, les forces arméniennes avaient perdu 255 chars dont 146 détruits et 160 blindés de première ligne, soit la moitié de son parc blindé, en seulement 44 jours de combat. On remarque, à ce titre, une évidente cohérence concernant les pertes dans ces deux conflits, en qualité comme en quantité, une fois ramenées sur une même échelle de durée et de format des armées. De fait, la vulnérabilité des blindés constatée en Ukraine n’est en rien une surprise, et ne semble pas être liée à la posture offensive ou défensive des forces ni au rapport de force initial, mais plutôt à l’emploi de certaines technologies et doctrines. En effet, la doctrine employée par les forces azerbaïdjanaises, pourtant à l’offensive lors de la guerre du Haut-Karabakh, peut se rapprocher de celle mise en oeuvre par les forces ukrainiennes contre la Russie, alors que les armées arméniennes, en posture défensive, employaient pour leur part une doctrine et des tactiques héritées de l’époque soviétique, comparables à celles mises en oeuvre par les forces russes en Ukraine.

Les missiles antichars, munitions vagabondes et frappes d’artillerie dirigées par drone Azeris détruisirent plus de 500 blindés de première ligne arméniens lors des 44 jours de la guerre du Haut-Karabakh de 2020

Il s’agit donc du second conflit qui montre une importante vulnérabilité des blindés de première ligne face aux armes antichars modernes et aux frappes d’artillerie dirigées par drone, ainsi que la vulnérabilité des lignes logistiques sensées approvisionner ces blindés en munitions et carburant nécessaire à la conduite des opérations, puisque dans les deux cas, un nombre important de blindés a été abandonné par leurs équipages après une panne sèche. Et si la qualités des materiels peut être mise en cause, en comparaison des performances des blindés modernes mis en oeuvre au sein des armées européennes et américaines par exemple, il semble toutefois peu probable que ces blindés occidentaux, si employés au sein d’une même doctrine, aient obtenu de meilleurs résultas face aux armées ukrainiennes ou azerbaïdjanaises, le Leopard 2 ou l’Abrams ne résistant pas beaucoup mieux aux missiles antichars modernes que les T72 ou T80, comme en firent l’amère experience les forces turques face aux combattants kurdes en 2019. Il en va de même concernant les véhicules de combat d’infanterie occidentaux vis-à-vis de leurs homologues russes. Il existe, cependant, dans l’histoire récente, un contre-exemple significatif à cette vulnérabilité des chars de combat et blindés de première ligne face aux armes antichars modernes.


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