LPM 2023 : La Marine Nationale face au défi indo-pacifique

Interrogé le 27 juillet par les députés de la commission Défense de l’Assemblée nationale, l’Amiral Pierre a répété ce qu’il ne cesse de dire depuis sa nomination au poste de Chef d’Etat-major de la Marine nationale en septembre 2020 « Le réarmement massif observé dans le Monde fera de la mer une zone de conflit dans les années à venir ». En effet, en quelques années seulement, la Marine française est passée d’une posture de paix, certaine que la meilleure défense dont disposait ses bâtiments était le pavillon qu’ils arboraient, à une préparation active à des engagements de haute voire de très haute intensité. Le fait est, le contexte stratégique naval a considérablement évolué en deux décennies, avec d’une part une dépendance accrue des états au transport maritime sur fond de mondialisation galopante, et d’autre part l’émergence conjointe de grandes puissances navales comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon ou la Corée du Sud, ainsi que la dissémination de nombreuses technologies critiques comme les sous-marins, les frégates armées de missiles et même des porte-aéronefs, au sein de marines qui, jusque là, se limitaient à des fonctions de garde cotes. Dans ce contexte, quels pourraient être les arbitrages menés par la prochaine Loi de Programmation Militaire, alors que les contraintes budgétaires restent très fortes dans le pays ?

La Marine nationale aujourd’hui

Si la Marine Nationale et son format font l’objet d’une grande attention, et de nombreuses attentes, force est de constater que des 3 armées françaises, c’est elle qui, aujourd’hui, a su le mieux se préserver face aux ravages budgétaires de ces 20 dernières années. Elle a bien perdu un porte-avions avec son unique navire de la classe Charles de Gaulle contre deux navires de la classe Clemenceau dans les années 80, mais le navire est autrement plus performant, avec un groupe aérien embarqué moderne et d’une grande efficacité pour l’ensemble des missions, ce qui n’était pas le cas du Foch ou du Clemenceau. Elle a cependant conservé ses 3 grands navires d’assaut, remplaçant très avantageusement les TCD Orage et Ouragan ainsi que le porte-hélicoptères Jeanne d’arc, par 3 Porte-hélicoptères d’assaut de la classe Mistral.

Les PHA de la classe Mistral offrent des capacités opérationnelles démultipliées vis-à-vis des navires qu’ils ont remplacé

Elle est également parvenue à préserver sa flotte de 6 sous-marins nucléaires d’attaque, les 6 Rubis devant être remplacés par 6 Suffren au cours de la décennie, alors que sa flotte de frégates de premier rang a également été maintenue, avec 2 frégates de défense aérienne Horizon et 2 frégates FREMM anti-aériennes Alsace pour remplacer les 2 destroyers classe Suffren et les 2 frégates Cassard d’une part, ainsi que 11 frégates de lutte anti-sous-marine, 6 frégates FREMM Aquitaine et 5 FDI Amiral Ronarc’h, pour remplacer les 3 F67 classe Tourville et les 7 F70 Georges Leygues. Et si les 17 avisons A69 ne seront remplacés que par 9 Patrouilleurs de Haute Mer, l serait question qu’une commande de 3 FDI supplémentaires soit annoncée afin de remplacer les 5 Frégates Légères furtives Lafayette, celles-ci ayant par ailleurs remplacé les 8 A69 retirés du service pour être vendues à l’export au début des années 90. Seule l’aéronautique navale, qui est passée de 80 à 40 chasseurs embarqués, de 38 à 18 avions de patrouille Maritime, et de plus de 120 hélicoptères à 70; ainsi que la flotte de guerre des mines, qui ne recevra que 6 nouveaux Bâtiments de Guerre des Mines contre 13 chasseurs de mines Eridan, ont connu des coups de rabot comparables à ce qu’ont subi l’Armée de Terre ou l’Armée de l’Air, mais également d’autres marines comme la Royal Navy qui aura perdu la moitié de ses frégates et destroyers entre 1985 et 2030.

les deux frégates de défense aérienne Forbin et Chevalier Paul sont aujourd’hui les navires de surface combattant les plus puissamment armés de la Marine nationale avec 48 missiles anti-aériens Aster

Dans le même temps, et au delà des progrès technologiques eux-mêmes, les nouveaux navires et aéronefs dont dispose et disposera la Marine nationale lui offre d’importants gains capacitaires, comme c’est le cas des FREMM Aquitaine et des SNA Suffren, tous deux armés de missiles de croisière MdCN permettant de frapper des cibles terrestres à plus de 1200 km, ou de l’ensemble des frégates qui sont désormais équipées de missiles anti-aériens Aster, et notamment de l’Aster 30 d’une portée de plus de 100 km, capable de developper une stratégie de déni d’accès dont seuls les 4 navires spécifiquement anti-aériens de la génération précédente étaient capables, au prorata des capacités technologiques du moment. De même, les PHA Mistral offrent une panoplie de capacités opérationnelles bien plus étendue que celle dont disposaient les TCD précédant, tant pour mener un assaut amphibie qu’aéroporté, ou pour soutenir au combat une flotte ou un corps expéditionnaire. L’aéronautique navale, enfin, aligne désormais des avions Rafale capables de se mesurer aux meilleurs appareils adverses y compris basés à terre, mais également de mener des missions anti-navires ou des frappes vers la terre à grande distance, bien au delà que ce que la couple Super Etendard et F8 Crusader pouvait offrir précédemment à la chasse embarquée.

Un format hérité de la guerre froide mais daté


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