samedi, novembre 29, 2025

Fin de l’aide américaine à l’Ukraine en 2025 : Zelensky s’y prépare discrètement


L’aide américaine à l’Ukraine a été, depuis le début de l’agression russe, le pilier logistique de la résistance ukrainienne, ainsi que le catalyseur de l’ensemble de l’aide occidentale, revêtant un rôle stratégique pour Kyiv. Cette aide est d’autant plus critique qu’Ukrainiens et Russes savent que la guerre durera plusieurs années, même si les médias et dirigeants occidentaux se focalisent, aujourd’hui, sur l’offensive en cours dans l’oblast de Zaporojie.

Dans ce contexte, le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, comme celle de Ron de Santis, pourrait représenter une menace existentielle pour l’Ukraine, tous deux ayant menacé de supprimer l’assistance militaire américaine à Kyiv. Il semble cependant que, depuis quelques mois, le président Zelensky, ait entrepris d’anticiper un tel cataclysme pour pouvoir poursuivre le combat, même sans le soutien de Washington.

La menace croissante de la fin de l’aide américaine à l’Ukraine

Avec 76,8 Md$ d’aide à l’Ukraine entre le début du conflit et juillet 2023, dont 46,6 Md€ d’aide militaire, les Etats-Unis sont, de loin, les plus importants contributeurs à l’effort de guerre face à l’agression de Moscou. En outre, chaque mois, Washington accorde à Kyiv un nouveau paquet d’aide militaire allant de 250 à 400 m$, contenant notamment de nombreuses munitions, des véhicules blindés, des drones et bien d’autres équipements.

L'aide américaine a l'Ukraine a souvent servi de détonateur aux pays européens, comme lors de la livraison des obusiers légers M777 .
L’aide américaine a l’Ukraine a souvent servi de détonateur aux pays européens, comme lors de la livraison des obusiers légers M777 ayant ouvert la voie aux Caesar, Pzh2000 et autres Archer européens.

Au-delà de cette aide directe, le soutien américain à l’Ukraine a été, en de nombreux exemples, moteur pour « débloquer » certaines réticences en Europe. Ce fut spécifiquement le cas concernant la livraison systèmes d’artillerie puis de chars lourds occidentaux, Berlin refusant de livrer, ou d’autoriser la livraison de Leopard 2 à Kyiv, avant que les Etats-Unis aient annoncé de leur côté la livraison de M1 Abrams.

De fait, lorsque Donald Trump, grand favori des primaires républicaines, mais aussi son dauphin Ron de Santis, le gouverneur de Floride, se déclarent opposés à la poursuite de l’aide américaine à l’Ukraine s’ils venaient à remporter les prochaines élections présidentielles US de 2024, le sujet a évidemment de quoi inquiéter à Kyiv.

C’est d’autant plus le cas qu’aujourd’hui, les sondages mettent Donald Trump et Joe Biden au coude à coude dans la marge d’erreur, alors que 12 à 14 % des Américains se disent encore indécis. En outre, l’âge faisant, la candidature de Joe Biden est soumise à caution, alors que l’hypothèse d’un duel entre Donald Trump et la vice-présidente Kamala Harris donne une nette victoire à l’ancien président.

Une hypothèse au cœur de la stratégie russe en Ukraine

Cette menace n’a d’ailleurs pas échappé à Moscou, qui a, en partie, réorganisé son effort de défense et sa planification, précisément pour être en mesure de profiter de l’affaiblissement ukrainien si Washington venait à mettre fin à son soutien. Ainsi, les armées russes appliquent désormais une posture strictement défensive, visant à éroder les moyens militaires ukrainiens, tout en minimisant ses propres pertes, au prix de pertes de territoire limitées.

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La production industrielle russe menace désormais les équilibres militaires en Ukraine à moyen termes

Dans le même temps, l’industrie de défense russe a été réorganisée de sorte à considérablement augmenter ses cadences de production, notamment en matière de blindés, de systèmes d’artillerie et de munition.

De fait, si le cordon ombilical américain venait à rompre en fin d’année 2024, suite à une éventuelle victoire de Donald Trump, Moscou disposerait alors d’un ascendant considérable sur les défenseurs ukrainiens qui dépendraient, ainsi, du soutien européen pour résister. Or, à ce jour, rien n’indique que les européens aient pris la mesure d’un tel risque, et de la responsabilité qui leur incomberait si le soutien américain venait à se tarir.

Plus spécifiquement, aucun effort dimensionné et comparable à celui entrepris en Russie n’est observé en Europe, que ce soit dans le domaine des blindés, des munitions, ou encore des systèmes d’appui et de protection.

Il est d’ailleurs très possible qu’aujourd’hui, l’inertie européenne, couplée à la possible victoire de Donald Trump en 2024, joue un rôle central dans la planification militaire russe à moyen terme, face à l’Ukraine, mais aussi face à l’OTAN.

Vers une production locale des équipements de défense occidentaux nécessaires

Si les européens, et plus particulièrement les européens de l’ouest, sont en roue libre, ce n’est pas le cas de l’Ukraine. En effet, depuis plusieurs mois, Kyiv a engagé une série d’initiatives visant précisément à modérer le risque d’une défaillance américaine, en appliquant le vieil adage « Aide-toi, et le ciel t’aidera ».

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Le CV90 suédois pourrait être produit en Ukraine, des discussions entre Volodymyr Zelensky et Ulf Kristersson étant engagées à ce sujet.

C’est ainsi que les autorités ukrainiennes ont entrepris des négociations rapides avec plusieurs industriels européens, non pas pour acquérir des matériels produits en Europe, mais pour les produire directement en Ukraine, malgré le risque que représentent les missiles et drones russes.

En effet, pour résister à la menace russe en devenir, les armées ukrainiennes devront, elles aussi, percevoir certains équipements à des cadences élevées, de l’ordre de plusieurs dizaines par mois, alors que de telles capacités de production n’existent pas en Europe.

Le KF51 Panther de Rheinmetall

Le premier industriel européen à avoir relevé le défi ukrainien n’est autre que l’allemand Rheinmetall. En effet, le groupe de Düsseldorf et son bouillant CEO, Armin Papperger, ont annoncé il y a quelques semaines que la construction d’une usine de production de blindés allait prochainement débuter en Ukraine, après un accord avec les autorités du pays.

Les ambitions de Rheinmetall et de Kyiv sont à la mesure des enjeux. Il s’agit, en effet, de faire sortir de terre une capacité industrielle pouvant produire 400 blindés par an, et ce, en quatre mois seulement. L’objectif de 400 blindés est, à ce titre, comparable à celui annoncé par le russe Uralvagonzavod, qui désormais annonce produire 30 à 40 chars lourds T-90M, T-80BVM et T-72B3M chaque mois.

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Pour Armin Pappeger, le CEO de Rheinmetall, la production en Ukraine de KF51 Panther pourrait être le marchepied indispensable pour le succès de son nouveau char sur la scène internationale.

Bien que le sujet n’ait pas, pour l’heure, été explicitement évoqué ni par les autorités ukrainiennes, ni par Rheinmetall, tout porte à croire qu’il s’agira, ici, de produire des blindés lourds, et plus particulièrement le nouveau char KF51 Panther.

En effet, les marges concernant la livraison des Leopard 2 et autres chars européens, tendent à se réduire, alors que, pour résister à la montée en puissance russe et l’arrivée de chars plus modernes, les armées ukrainiennes doivent désormais s’appuyer sur les chars occidentaux évolués.

Pour Rheinmetall, ce serait non seulement l’occasion de produire son nouveau char, mais surtout de lui permettre de faire ses preuves au combat. Le KF51 Panther a de nombreux atouts à faire valoir sur le champ de bataille, en particulier face à ses homologues russes, tout du moins du point de vue théorique. L’on sait, par ailleurs, l’engouement que peut générer une campagne militaire réussie sur le succès commercial d’un armement.

Le CV90 suédois et le Patria AMV finlandais

Si Rheinmetall aura été le premier à défricher la production d’équipements européens en Ukraine, il pourrait bien ne pas être le seul. Ainsi, il y a quelques semaines, le premier ministre suédois, Ulf Kristersson, et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, ont entamé des discussions en vue de produire en Ukraine le véhicule de combat d’infanterie CV90, dont les 50 exemplaires transférés de Suède sont très appréciés des militaires ukrainiens.

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Le Patria AMV suédois, lui aussi, pourrait être produit en Ukraine.

Quelques jours plus tard, c’était au tour de la ministre des Affaires étrangères finlandaise Elina Valtonen, d’annoncer que des discussions avaient été ouvertes pour céder à Kyiv une licence permettant une production locale de véhicules blindés AMV Patria.

Cette plate-forme 8×8 blindée est réputée performante et fiable, et peut être déclinée en de nombreuses versions allant du transport de troupe blindé au véhicule de combat d’infanterie, en passant par le véhicule de commandement, le véhicule médical avancé, la defense antiaérienne ou la guerre électronique.

Si Kyiv parvenait à effectivement lancer, avant 2025, la production simultanée de chars KF51 Panther, de VCI CV90 et de Patria AMV, ses armées seraient alors en mesure de relever le défi russe en préparation.

Surtout, cette nouvelle puissance industrielle ukrainienne priverait Moscou de l’avantage escompté suite au retrait de l’aide américaine, et pourrait même, dès lors, amener Donald Trump à réviser ses positions sur le sujet, le cas échéant.

Artillerie, drones et munitions

Bien évidemment, la seule production de blindés serait insuffisante pour briser la détermination russe, et d’autres accords pourraient voir le jour dans les mois à venir, sur le même modèle. En particulier, il sera indispensable pour les armées ukrainiennes de renforcer ses capacités d’artillerie, qu’il s’agisse de l’artillerie automotrice de 155 mm, comme des capacités de frappe dans la profondeur.

Si, dans ce dernier domaine, les industriels ukrainiens disposent de savoir-faire susceptibles d’apporter des solutions nationales, la production de systèmes d’artillerie de 155 mm sera critique, qu’elle ait lieu en Europe ou directement en Ukraine.

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Mobile, performant, économique et produit en série par Nexter, le Caesar français pourrait représenter la solution idéale pour Kyiv afin de renforcer son artillerie.

Il se trouve cependant que dans ce domaine, les capacités de production des industriels européens ont sensiblement augmenté ces derniers mois, et il pourrait être possible aux européens de soutenir Kyiv sans en passer par une production locale.

On pense naturellement au Caesar français, dont la mobilité, l’allonge et la précision sont très appréciés des artilleurs ukrainiens, d’autant que le système est économique et relativement simple à maintenir, mais aussi à l’Archer Suédois ou au récent RCH-155 allemand, par ailleurs commandé par Kyiv.

En revanche, Kyiv ne fera probablement l’économie d’une augmentation massive de la production de munition sur son sol, qu’il s’agisse d’obus de 155 mm, comme de roquettes à moyenne et longue portée. De même, mais de façon moins contraignante, l’Ukraine a déjà entrepris de produire des drones en grande quantité.

Le rôle stratégique des européens

Si, de toute évidence, Kyiv s’est engagé dans un colossal effort pour accroitre rapidement et de manière considérable la production nationale de systèmes d’arme, plus particulièrement de systèmes européens, il est de nombreux domaines pour lesquels les armées ukrainiennes devront toujours s’appuyer sur les livraisons occidentales.

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