mardi, février 27, 2024

Comment les drones d’attaque dotés d’une IA vont-ils bouleverser l’équation stratégique mondiale ?

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Ces derniers mois, les annonces se sont multipliées concernant le développement d’une nouvelle génération de drones d’attaque dotés d’une intelligence artificielle, pour en renforcer l’efficacité, que ce soit en Russie, en Chine, en Iran et même en Corée du Nord.

Loin d’être anecdotique, l’arrivée de cette nouvelle génération de drones militaires à longue portée, dont l’efficacité a été démontrée en Ukraine avec le Shahed 136, va créer une nouvelle capacité de frappe contre les infrastructures stratégiques adverses, comme contre son dispositif défensif, avec des effets proches de ceux que l’on peut obtenir par l’utilisation d’armes nucléaires.

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Alors que les systèmes d’arme susceptibles d’apporter une défense efficace contre ces nouveaux drones, sont encore à découvrir, on peut s’attendre à ce que leur potentiel tactique comme stratégique, et un ticket d’entrée budgétaire et technologique particulièrement faible, vont provoquer un profond bouleversement de l’équation stratégique mondiale établie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sur les seules armes nucléaires.

L’emploi des drones d’attaque à longue portée Shahed 136 contre les infrastructures civiles Ukrainiennes

Dès septembre 2022, une nouvelle arme a été lancée par les forces russes, aux côtés des traditionnels missiles balistiques et de croisière, pour frapper les villes ukrainiennes de Kyiv, Dnipro, Kremetchouk, Zaporojie ou encore Kharkiv. Loin des armes technologiques que l’occident commençait à livrer aux forces ukrainiennes, il s’agissait d’un drone peu onéreux, facile à produire, et acquis en grande quantité par la Russie auprès de l’Iran, le drone d’attaque Shahed 136.

drones d attaque Shahed-136
Le drone d’attaque à longue portée iranien Shahed 136 a été révélé pour la première fois en decembre 2021, et employé au combat en Ukraine à partir de septembre 2022.

Pour la première fois, des drones ont été employés pour mener des missions stratégiques, à savoir frapper des infrastructures civiles, et même la population de l’adversaire. Il avait seulement 2,5 m d’envergure et de 200 kg, mais il était capable de parcourir jusqu’à 2 000 km à l’aide de son moteur à piston MD-550, et de frapper avec précision une cible grâce à son guidage satellite, pour faire détoner sa charge militaire de 30 à 50 kg.

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Surtout, son prix de production, estimé autour de 20 à 40 000$, était sans commune mesure avec celui des missiles de croisière employés jusque-là par Moscou, comme le Kalibr et le Kh-55, mais aussi avec celui des missiles employés pour le contrer.

Alors que les stocks de munitions à longue portée russe tendaient à se vider, les quelque 800 Shahed 136 livrés par l’Iran à la Russie, permirent aux forces russes de maintenir une pression importante sur les défenses antiaériennes ukrainiennes, obligées d’être déployées, et employées, pour protéger les infrastructures stratégiques du pays. Ils ont par ailleurs engendré une importante consommation de munition et la dispersion des forces de DCA pour les armées ukrainiennes.

Depuis, le Shahed 136, et sa version produite localement en Russie, baptisée Geran-2, sont employés systématiquement en complément des frappes de missiles de croisière et de missiles balistiques contre les infrastructures civiles et militaires ukrainiennes, souvent afin d’attirer le feu de la DCA censée les protéger, et ainsi augmenter l’efficacité des missiles eux-mêmes, bien plus destructeurs.

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Vers une seconde génération de drones d’attaque équipés d’une IA et plus performants

De nouveaux modèles de drones d’attaque à longue portée, ont été employés depuis, que ce soit en Ukraine, ou par les rebelles Houthis et les forces supplétives iraniennes, au Yémen comme en Irak. C’est le cas du Shahed 238, une évolution du 136 dotée d’un petit réacteur, lui conférant une vitesse de croisière estimée entre 600 et 800 km/h, contre seulement 185 km/h pour l’ancien modèle.

drone d'attaque Shahed 238
Le drone Shahed 238 est doté d’un turboreacteur, et disposerait d’une IA embarquée, selon téhéran. la Russie a developpé sa propre version du drone, baptisée Geran-3, elle aussi dotée d’une IA.

Si ces nouveaux drones améliorent certaines capacités, et parfois accroissent la difficulté à les intercepter, ils n’en changent pas, cependant, le contexte d’utilisation. Toutefois, face au potentiel opérationnel démontré par le Shahed 136 en Ukraine, plusieurs pays, dont l’Iran, mais aussi la Russie avec le Geran-3, la Chine et d’autres, ont entrepris de developper une nouvelle génération de ces drones d’attaque, dotée cette fois d’une Intelligence Artificielle, leur conférant des performances sans équivalents.

En effet, si la Shahed 136 est adapté pour frapper des infrastructures, il est incapable de viser autre chose que des coordonnées géographiques préalablement établies. Impossible, donc, pour lui, d’être utilisé pour frapper dynamiquement des défenses antiaériennes, par nature mobiles.

Surtout, son utilisation suppose de disposer d’informations très précises quant à la position et la disposition de la cible, comme concernant la trajectoire à suivre pour y parvenir. Enfin, le guidage satellite de ces drones, au cœur de leur précision, constitue également leur plus grande faiblesse. En effet, un puissant brouillage, par exemple, sous la forme de spoofing, suffit à les faire dévier de leur trajectoire, et d’aller frapper des champs de colza, plutôt que la grille électrique.

L’embarquement d’une intelligence artificielle, même relativement peu évoluée, viendrait non seulement renforcer la résistance des drones d’attaque au brouillage, mais il leur conférerait une adaptabilité très importante, pour frapper des cibles potentiellement mobiles, ou pour combler les trous de renseignement dans la navigation ou concernant la cible elle-même, afin de déterminer la meilleure trajectoire à suivre.

Essaim de drones
Les essaims de drones permettent de coordonner l’action de chacun des drones le composant, avec celle des autres, pour un effet optimisés global.

L’utilisation d’une IA permet, également, de coordonner le schéma d’attaque d’un ensemble de drones, pour le faire évoluer en essaim, de sorte à saturer les défenses adversaires en exploitant au mieux les limites des systèmes employés.

Selon les autorités russes, qui semblent ne plus se soucier des considérations de fiabilité concernant l’utilisation de l’IA dans les drones, comme avant-guerre, cette phase d’embarquement d’une IA dans les drones d’attaque et munition rôdeuse, aurait déjà débuté, et devrait arriver sur le champ de bataille, dans les mois à venir.

Une arme stratégique accessible, peu onéreuse et contre laquelle il est difficile de se protéger


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Fabrice Wolf
Fabrice Wolfhttps://meta-defense.fr/fabrice-wolf/
Ancien pilote de l'aéronautique navale française, Fabrice est l'éditeur et le principal auteur du site Meta-defense.fr. Ses domaines de prédilection sont l'aéronautique militaire, l'économie de défense, la guerre aéronavale et sous-marine, et les Akita inu.

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