Alors que le président américain Donald Trump assure avoir une nouvelle fois vaincu l’Iran, les dernières appréciations de l’Agence centrale du renseignement des États-Unis indiquent l’inverse. Selon des éléments relayés par The Washington Post, Téhéran n’a pas, à ce stade, subi les effets économiques avancés par Washington. Malgré un blocus naval mis en place par les États-Unis, l’Iran disposerait encore de trois à quatre mois avant de ressentir une contrainte financière marquée. Sur le plan militaire, la CIA estime que l’Iran conserve la majorité de ses sites de lancement et environ 70 % de son stock de missiles d’avant guerre.
Les analystes américains décrivent une résilience économique alimentée par des flux qui n’ont pas été totalement interrompus par les sanctions et la pression maritime. Leur estimation, bornée à quelques mois, fixe une période durant laquelle la contrainte pourrait s’accentuer si les mesures actuelles demeurent inchangées. Elle ne vaut pas constat définitif et reste conditionnée par l’évolution du dispositif de contrôle, en mer comme à terre. À ce stade, elle s’oppose à l’idée d’un effondrement rapide et explique la poursuite des activités militaires et industrielles iraniennes.
Sur les stocks et les vecteurs, les évaluations convergent. L’Iran contrôlerait encore plus de 60 % de ses lanceurs balistiques et de croisière, tandis que son inventaire de drones d’attaque conserverait environ 40 % des matériels d’avant conflit, selon des appréciations américaines relayées par la presse. Les autorités iraniennes renforcent parallèlement ces stocks. La CIA indique de son côté que les sites de lancement sont pour l’essentiel intacts et que l’arsenal de missiles reste majoritaire par rapport au niveau d’avant guerre, ce qui maintient des options de frappes régulières depuis le territoire iranien.
Les infrastructures industrielles décrites par plusieurs rapports expliquent en partie cette endurance. Téhéran n’aurait pas interrompu la production de missiles, les principales usines étant souterraines. Presque toutes les villes de missiles, ces complexes enterrés disséminés à travers le pays, auraient conservé leur capacité opérationnelle. Depuis le début d’un cessez le feu de deux semaines le 8 avril, les autorités militaires iraniennes auraient évacué plus d’une centaine de systèmes d’armement qui étaient jusqu’alors enfouis dans des cavernes et des bunkers. La réactivation rapide de chaînes de production de drones est également signalée.
Des responsables militaires des États-Unis reconnaissent que le réseau de bunkers profonds et étendus demeure la clef de la survie de la puissance de frappe iranienne, en dépit des destructions de surface. Des notes de renseignement mentionnent en outre des protocoles de rétablissement accélérés, avec des reprises d’activité en quelques heures après une frappe. Ces caractéristiques compliquent les effets durables d’opérations aériennes répétées et favorisent une remise en service rapide des sites de lancement comme des ateliers, ce qui pèse sur le rythme de dégradation de l’arsenal.
Le segment des drones progresse dans ce cadre. Un officier iranien, le général de brigade Alireza Sheikh, a affirmé que la capacité nationale de production de drones d’attaque avait été multipliée par dix depuis la fin de la guerre de juin 2025. Les chaînes seraient dispersées, très protégées et appuyées par des composants à double usage produits localement, ce qui réduit l’effet des ruptures ciblées. Des retours d’expérience accumulés au fil des engagements récents alimentent par ailleurs la maturation de plateformes déjà éprouvées, à l’image de la famille Shahed.
Les consommations observées au cours du dernier mois de combats suggèrent un usage contenu de l’arsenal. Des éléments préliminaires indiquent qu’au plus 30 % des missiles disponibles auraient été tirés sur cette période, ce qui laisse des marges pour soutenir des séquences de frappes ultérieures. Avec environ 40 % de ses drones kamikazes encore en stock et une production relancée, Téhéran dispose d’un volant de moyens apte à appuyer des salves combinant missiles et aéronefs sans pilote tout en reconstituant progressivement ses réserves.
L’appui en renseignement s’est également étoffé. Les Forces aériennes du Corps des Gardiens de la Révolution islamique ont pris en charge fin 2024 un satellite d’observation chinois, référencé TEE 01B et construit par Earth Eye. En mars, ce satellite a acquis des images de la base aérienne Prince Sultan en Arabie Saoudite les 13, 14 et 15, avant et après des frappes par drones et missiles. Dans le cadre d’un accord avec la Chine, l’opérateur iranien a obtenu l’accès à des stations terrestres commerciales gérées par Emposat, facilitant l’exploitation de la charge utile.
Sur le plan financier, les revenus pétroliers demeurent un ressort central. La Chine absorberait près de 90 % des exportations de brut iranien et le Partenariat stratégique global conclu en 2021 entre Pékin et Téhéran encadre une coopération de long terme dans l’énergie, les infrastructures et la sécurité pour une durée annoncée de 25 ans. Ces flux permettent de payer des ingénieurs, de financer des achats et d’entretenir des lignes industrielles, limitant l’effet immédiat des sanctions économiques sur les secteurs liés à la défense.
Enfin, sur le terrain diplomatique, la position publique de Téhéran s’est précisée le 7 mai, quand le porte parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmail Ibrahim, déclara que l’Iran étudiait la proposition des États Unis sans être arrivé à une conclusion et qu’aucun signal de disponibilité à négocier n’avait été transmis. Cette prise de position diverge avec les déclarations du président Trump, qui affirme que l’Iran souhaite un accord de paix. À ce stade, aucune indication officielle iranienne ne confirme une avancée vers un processus de négociation.