samedi, février 24, 2024

European Patrol Corvette : la Bulgarie dans la coopération structurée permanente ?

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Les Forces Navales de la République de Bulgarie (FNRB ou Voennomorski sili na Republika Bǎlgariya) bénéficient d’efforts politiques dans l’optique de pouvoir assurer la souveraineté sur ses eaux (mer territoriale et zone économique exclusive) et d’en sauvegarder la sûreté des atterrages (guerres des mines). Le renouvellement de la flotte de surface composée de trois frégates et quatre corvettes devait débuter dès 2007. La European Patrol Corvette portée par la Coopération Structurée Permanente (CSP ou PErmanent Structured COoperation (PESCO) en anglais) apparaît comme le moyen idoine de faire aboutir le projet.

Evolution de la flotte de surface Bulgare depuis 2004

L’effort naval bulgare depuis l’adhésion à l’Alliance atlantique (29 mars 2004) fut porté sur l’adaptation des matériel aux normes de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). La première priorité stratégique de la marine de la République de Bulgarie fut donc le renouvellement de sa flotte de surface afin de participer aux opérations militaires de l’OTAN. Le livre blanc réorganisait les Forces Navales de la République de Bulgarie entre 2010 et 2014 afin d’en simplifier et centraliser les structures de commandement et prévoyait la modernisation des bâtiments existants.

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Fregate Verni 2009 Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
Trois frégates sur quatre de la classe Wielingen, c’est-à-dire les Wandelaar (1978 – 2004), Wielingen (1978 – 2009) et Westdiep (1978 – 2007) furent vendues à la Bulgarie où elles furent rebaptisées, respectivement, Drazki (2004), Verni (2007) et Gordi (2009).

Le document Vision : La Bulgarie à l’OTAN et dans la Défense européenne 2020 (2014), ambitionnait de moderniser les trois frégates acquises auprès de la Belgique (classe Wielingen (ou type E-71). Le Plan pour le développement des forces armées de la République de Bulgarie 2020 de 2015 complète ces objectifs en ajoutant la volonté d’acquérir des patrouilleurs hauturiers polyvalents. Hormis les capacités de guerre des mines, rien n’est dit dans ces documents quant au sort des corvettes et de la quatrième frégate.

La flotte de surface des Forces Navales de la République de Bulgarie se répartie entre deux stations navales – Varna, au nord, et Atiya, au sud – organiquement rattachées au commandement de la base navale les supervisant toutes deux.

Corvette Mulniya Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
La corvette Mŭlniya (1989) du projet 1241.1M (Tarantul II dans la classification OTAN)

La 4ème division des navires de patrouille (Atiya) comprend les trois frégates Drazki (2004), Gordi (2008) et Verni (2009) qui sont respectivement les anciens Wandelaar (1978), Westdiep (1978) et Wielingen (1978) de la classe Wielingen ou type E-71. L’âge moyen de ces bâtiments est de 41 ans.

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Le document Vision : la Bulgarie à l’OTAN et dans la Défense européenne 2020 avalise la volonté de moderniser ces trois frégates grâce à l’ajout de missiles ant-navires (les MM38 Exocet sont périmés), d’un système de lutte anti-aérienne comprenant missiles et radar 3D, une capacité pour tirer des torpilles, un hélidrone et un système d’informations tactiques navales.

La quatrième unité de cette division est la corvette Mŭlniya (1989) du projet 1241.1M (Tarantul II dans la classification OTAN) dont la principale mission est anti-navire.

Fregate Smeli Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
La frégate Smeli (1990) du projet 1159 (Koni dans la classification de l’OTAN).

La 1ère division des navires de patrouille (Varna) comprend la quatrième frégate bulgare : la Smeli (1990). C’est l’ancienne frégate soviétique Delfin (1975 – 1990) du projet 1159 (Koni dans la classification de l’OTAN). Les corvettes Reshitelni (1989) et Bordri (1990) appartiennent au projet soviétique 1241.2 (Molnyia-2 dans la classification OTAN). Elles servirent dans la marine soviétique (1983 – 1990) avant d’être transférées à la marine bulgare. Leur principale mission est la lutte anti-sous-marine.

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L’âge moyen des 7 bâtiments de la flotte de surface de la marine de la République de Bulgarie est de 36,6 ans en 2019. 6 unités sur 7 ont pour mission principale la lutte anti-sous-marine. Toutes les unités ont des capacités anti-aériennes et anti-navires obsolètes, voire dont les armes sont périmées.

Corvette Reshitelni Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
La corvette Reshitelni (1989) du projet 1241.2 (Molnyia-2 dans la classification OTAN).

Des modernisations contraintes par une importante réduction du budget de La Défense

Un premier rajeunissement de la « ligne » bulgare aurait pu intervenir avec un premier programme d’acquisition de corvettes pour lequel le français DCNS était pressenti pouvoir le remporter (2004 – 2007) en proposant la construction locale de quatre corvettes Gowind 2500 pour 900 puis 780 millions d’euros (2007). L’acquisition des trois frégates Wandelaar (1978), Westdiep (1978) et Wielingen (1978) de la classe Wielingen et du chasseur de mines tripartite amputa cependant l’enveloppe financière dédiée à ce projet de 77 millions d’euros (2004 – 2007), tout en visant le programme de nouvelles corvettes de sa substance. Il est à remarquer que sur cette période, les dépenses militaires bulgares rapportées au Produit Intérieur Brut (PIB) ont chuté de 2,86% (2000) à 1,41% (2010).

La Vision : la Bulgarie à l’OTAN et dans la Défense européenne 2020 (2014) visait à augmenter de 0,1% par an le budget militaire bulgare jusqu’à atteindre 2% en 2020, soit l’objectif défini par l’OTAN. L’annexion de la Crimée par la Russie (2014) et son corollaire, l’ingérence russe dans la guerre civile ukrainienne (2014), ont catalysé des volontés politiques en Bulgarie pour soutenir cet effort militaire, notamment sur le plan naval. Le budget militaire bulgare s’établissait à environ 887,23 millions d’euros en 2018 (soit 1,6% du PIB) et 979,22 millions d’euros en 2019.

Le projet d’acquisition de corvettes fut relancé en 2016 avec une cible maintenue à quatre unités. L’expression du besoin a cependant été remanié en 2017, avec une cible réduite de 4 à 2 corvettes. Naval group proposait toujours la Gowind 2500 (400 millions d’euros) dont il fut question lors du voyage du président de la République française Emmanuel Macron en Bulgarie en 2017.

Parallèlement, le programme d’acquisition de deux patrouilleurs hauturiers polyvalent (Plan pour le développement des forces armées de la République de Bulgarie 2020 (2015) devant entrer en service en 2023 et 2024 fut lancé en 2016 avec une enveloppe de 454,1 millions d’euros. Les missions visées dont la lutte anti-sous-marine et anti-navire assimilent finalement ces futurs bâtiments à des corvettes. Outre Naval Group associé au bulgare SNC(Gowind 2500), Lürssen (OPV 80/85/90), Fincantieri (corvette de la classe Abu Dhabi du programme Protector) et MTG Dolphin (corvette K-90 : illustration de la brève) ont candidaté pour ce programme depuis 2018. L’acquisition des 8 F-16V Block 70 Viper, confirmé par le parlement bulgare il y a quelques semaines, oblige cependant le gouvernement bulgare à réduire le budget affecté au programme de 25 à 30%. Les trois candidats européens ont dès lors abandonné la compétition, l’entreprise bulgare MTG Dolphin semblant pressentie pour remporter le contrat.

Corvette Gowind2500 Egyptienne de Naval Group Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
DCNS avait proposé depuis 2008 la Gowind 2500 à la Bulgarie pour moderniser sa flotte de corvette, mais Sofia semble désormais privilégier un design local de la société MTG Dolphin

Le format de la flotte de surface des Forces Navales de la République de Bulgarie augmenterait jusqu’à quatre corvettes dans les années 2020 afin de remplacer les trois corvettes aujourd’hui en service plus très probablement la frégate Semli pour laquelle aucune modernisation ne paraît devoir être menée. Les trois anciennes frégates belges doivent être modernisées et demeurer au service jusque la seconde moitié des années 2020.

L’European Patrol Corvette comme solution

Dans un cadre budgétaire très contraint et avec des bâtiments hors d’âge (36,6 ans en 2019), la marine bulgare ne peut que demeurer pressée d’aboutir. Sofia semble désirer favoriser le développement des compétences et capacités industriels des chantiers navals de MTG Dolphin en couplant son propre projet de corvettes avec des transferts technologies à négocier dans le cadre de l’acquisition de deux corvettes de facture étrangère. D’où l’apparente division du besoin d’acquérir quatre corvettes (2004) en deux projets différents.

La coopération structurée permanente European Patrol Corvette peut répondre aux impératifs politiques de valorisation de l’industrie navale bulgare, car il s’agit de participer à la définition d’une corvette, d’en partager les frais d’études et d’imaginer les coopérations industrielles entre les États participants. Les études menées par MTG Dolphin sur la K-90 sont une manifestation de ce que cette entreprise peut apporter sur le sujet. Ces coopérations industrielles ne sont pas obligatoires dans la phase d’industrialisation du programme, mais les proposer à de potentiels partenaires, comme la Bulgarie qui cherche la construction locale de corvettes depuis 2004, aiderait à susciter leur adhésion.

Corvette naval group Analyses Défense | Bulgarie | Constructions Navales militaires
Comme pour la Grèce, la Bulgarie pourrait avoir intérêt à rejoindre rapidement le programme European Patrol Corvette du SCP/PESCO afin de participer à la configuration des navires, tout en bénéficiant du soutien financier de Bruxelles.

Cette coopération est aussi compatible avec le calendrier de la programmation navale bulgare car au moins l’un des deux protagonistes de cette coopération européenne – l’Italie – est pressée d’aboutir pour remplacer ses unités à désarmer entre 2020 et 2025. La participation de marins bulgares à la définition du « prototype » de la European Patrol Corvette permettrait, dès lors, la prise en compte dans l’architecture de base des besoins opérationnels de cette marine, et d’imaginer les dispositions nécessaires à leur matérialisation dans l’optique de choisir des matériels adaptés, ou de négocier avec les partenaires des versions communes de l’EPC pour en réduire autant que possible les frais d’études et obtenir des économies d’échelle.

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Fabrice Wolf
Fabrice Wolfhttps://meta-defense.fr/fabrice-wolf/
Ancien pilote de l'aéronautique navale française, Fabrice est l'éditeur et le principal auteur du site Meta-defense.fr. Ses domaines de prédilection sont l'aéronautique militaire, l'économie de défense, la guerre aéronavale et sous-marine, et les Akita inu.

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