F Gouttefarde, JC Lagarde, JL Thériot : ces députés sortants nécessaires à la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées

Au sein de l’Assemblée Nationale française, la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées est loin d’être la commission la plus prisée de la part des députés. La fonction régalienne par excellence étant un domaine réservé de l’Elysée, il est difficile d’y briller, ou de faire valoir une voix alternative ou tout simplement constructive, face à la doxa imposée par la présidence de la République et le Ministère des Armées. De fait, il est rare que des députés, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, y jouent un rôle significatif. Pourtant, lors de la précédente magistrature, plusieurs députés ont su, par leur engagement ainsi que par la pertinence de leurs analyses, mettre en avant cette réflexion stratégique étendue, tout en s’impliquant dans la conception et le suivi de la première Loi de Programmation Militaire respectée depuis la création de cet exercice.

Parmi ces députés, 3 sont aujourd’hui candidats à leur propre réélection, et sont en ballotage à l’issu du premier tour des élections législatives : Fabien Gouttefarde, Jean-christophe Lagarde et Jean-Louis Thériot (ordre alphabétique). Alors que les questions de défense sont redevenues un sujet majeur pour la conduite de l’Etat, et que bien peu de députés ou de candidats peuvent se prévaloir d’une expérience ou d’une expertise avérée dans ce domaine, il semble important de conserver de tels profils au sein de la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale, tant pour en encadrer le fonctionnement alors qu’une révision de la Loi de Programmation est en cours et qu’une probable nouvelle Revue Stratégique ne tardera pas à émerger, que pour, parfois, mettre la planification défense face à ses incohérences.

Pour Fabien Gouttefarde, il serait pertinent de convertir deux des SNLE de la classe Triomphant lors de leur remplacement par les SNLE 3G, en SSGN à l’instar de ce que fit l’US Navy avec certains SNLE de la classe Ohio

Député de la seconde circonscription de l’Eure depuis 2017, Fabien Gouttefarde fait parti de ces nouveaux venus en politique ayant rejoint la dynamique En Marche d’Emmanuel Macron lors de la précédente élection présidentielle. Pour autant, ce juriste avait toujours maintenu des liens étroits avec La Défense et les armées, étant lui-même Lieutenant de Vaisseau de réserve au sein de la Marine Nationale, et en ayant participé à de nombreuses actions et missions pour le Ministère avant son élection. Bien qu’élu de la majorité présidentielle, sous l’étiquette En Marche, le député Gouttefarde n’a pas hésité à porter des propositions n’étant pas dans la droite ligne de la politique gouvernementale dans ce domaine durant sa magistrature, sans pour autant prendre une position dissidente à ce sujet. En particulier, en amont de l’élection présidentielle, il publia dans la presse plusieurs articles en faveur d’une politique défense bien plus ambitieuse, notamment pour être en mesure de faire face aux nouvelles menaces en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et dans la zone indo-Pacifique. Il proposa notamment la conversion de deux SNLE de la classe Triomphant en sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière, mais également la conception d’avions Rafale dédiés à la guerre électronique et la suppression des défenses anti-aériennes, ainsi que l’extension la flotte de SNA à 7 unités. En outre, et comme les deux autres députés de cet article, il défend la possibilité d’augmenter les investissements en matière de défense en s’appuyant, notamment, sur l’efficacité économique de l’industrie de défense nationale.

Si F.Goutterfarde et JL.Theriot étaient des nouveaux venus à l’Assemblée Nationale durant cette magistrature, ce n’était pas le cas de Jean-Christophe Lagarde, qui occupe le poste de député de la 5ème circonscription de la Seine Saint Denis depuis 2002. En outre, il était le seul Président de Groupe Parlementaire, en l’occurence du parti centriste UDI, a avoir choisi de siéger au sein de la Commission Défense Nationale et des Forces Armées, un rôle qu’il prit à coeur dans une opposition constructive. Ainsi, il soutint la Loi de Programmation Militaire ainsi que sa Révision, mais n’hésita pas, à plusieurs reprises, à pointer les incohérences ou le manque d’ambition face à l’évolution des menaces de la programmation militaire française, comme l’absence de programme Rafale dédié à la guerre électronique (encore lui), ou de programme de drone de combat, potentiellement basé sur les acquis du programme de démonstrateur Neuron. Même si le Ministère des Armées n’a tenu aucun compte de ces appels, ceux-ci profitèrent d’une sur-exposition médiatique venue d’une président de groupe mais également du Président du parti politique UDI qui, à force de répétition, commence à porter ses fruits.

Pour JC Lagarde et F Gouttefarde, il est indispensable que la France se dote d’une version du Rafale dédiée à la guerre électronique et à la suppression des défenses anti-aériennes adverses. Une position largement renforcée par les enseignements de la guerre en Ukraine

Maire de Beauvoir depuis 2008 sous l’étiquette UMP puis LR, Jean-Louis Thériot a eu des débuts discrets au sein de l’Assemblée Nationale, élu comme suppléant d’Yves Jego. Il prit la position de député de la troisième circonscription de Seine et Marnes en 2018, lorsque ce dernier annonça son retrait de la vie politique. Cet avocat féru d’histoire militaire et politique, à propos de laquelle il publia plusieurs ouvrages, rejoignit la Commission Défense dans une approche, là encore, d’opposition constructive. C’est toutefois incontestablement son excellent rapport parlementaire sur la guerre de haute-Intensité, co-rédigé avec la député de la première circonscription de l’Héraut Patricia Miralles et publié quelques jours à peine avant le début de l’offensive Russe en Ukraine, qui lui conféra une autorité parlementaire sur les questions de défense, et une exposition médiatique employée à bon escient depuis. Comme F. Gouttefarde et JC Lagarde, Jean-Louis Thèriot soutien l’augmentation des moyens mais également du format des armées, avec plusieurs propositions pertinentes notamment en terme d’exploitation de la Reserve, en s’appuyant là encore sur l’efficacité économique de l’Industrie de défense pour en assurer la soutenabilité.

Pour JL Thériot, les armées françaises souffrent d’importantes défaillances en matière de combat de Haute Intensité, en particulier pour ce qui concerne le Format des forces, et les réserves dont elles disposent, notamment en terme de munitions.

Alors que les élections législatives à venir promettent un scrutin serré, il serait incontestablement plus que profitable aux armées et à La Défense nationale que ces 3 députés soient reconduits dans leurs fonctions par leurs électeurs respectifs, de sorte à constituer, sur la base des convictions partagées plus que des alignements politiques, un socle parlementaire permettant la mise en oeuvre efficace d’une nouvelle politique de défense, politique dans laquelle le Parlement, et en particulier la Commission de la Défense nationale et des Forces Armées, jouerait un rôle plus structurant que lors des mandatures précédentes.

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