4 raisons pour accélérer le calendrier des programmes SCAF et MGCS

Alors que la coopération franco-allemande autour des programmes d’avion de combat de 6ème génération SCAF et de celui de char de combat de nouvelle génération MGCS semblait destinée à rejoindre la très longue liste des coopérations industrielles de défense avortées, le Ministre des Armées, Sebastien Lecornu, et la Ministre allemande de La Défense, Christine Lambrecht, ont annoncé lors d’une conférence de presse conjointe la semaine dernière, que ces programmes iront à leur terme, laissant supposer que l’exécutif de part et d’autre du Rhin entendait désormais reprendre la main sur la conduite de ces programmes. Cette volonté politique réaffirmée et déterminée, mais également le contexte géopolitique et budgétaire des deux pays, retracent l’ensemble des contraintes qui s’appliquent à la poursuite de ces deux programmes, et ouvrent de nouvelles perspectives hautement pertinentes si tant est qu’elles soient saisies. La plus importante d’entre elles n’est autre que la redéfinition des calendriers qui aujourd’hui encadrent le developpement de ces équipements majeurs. En effet, il existe 4 arguments en faveur d’une accélération des développements, et du raccourcissement du calendrier des deux programmes : les besoins opérationnels des armées, l’évolution du marché international, les nouveaux moyens dont disposeront les armées des deux pays ainsi que la diminution des risques et contraintes industriels les entourants.

1- Faire face à la nouvelle course aux armements

A en croire Eric Trappier, Pdg de Dassault Aviation, le programme SCAF ne pourra produire, dans son format actuel, de nouvel appareil opérationnel avant la fin des années 2040, alors qu’initialement, il était question que les premiers avions de combat soient livrés à la fin de la prochaine décennie. D’ici là, ce seront donc aux Rafale français et aux Typhoon allemands de tenir la ligne, y compris face à l’arriver de nouveaux appareils comme le Su-57 russe ainsi que les J-20 et J-35 chinois, tous conçus pour appartenir à la 5ème génération des avions de combat, si tant est que cette classification soit pertinente. En outre, Pékin développerait d’autres modèles comme le JH-XX destiné à remplacer les chasseurs bombardiers JH-7, et aurait d’ores et déjà entreprit de concevoir un chasseur de 6ème génération qui devrait entrer en service autour de 2035, conjointement au NGAD américain et au Tempest britannique. Dans le même temps, Moscou et Pékin mettront en oeuvre leurs nouveaux bombardiers stratégiques furtifs Pak-DA et HH-20, aux performances que l’on imagine proches de celles du nouveau B-21 Raider américain. Dans le domaine des défenses anti-aériennes également, de nombreuses avancées sont attendues dans les 20 années à venir, que ce soit avec l’arrivée de nouveaux systèmes sol-air parfois hypersoniques comme le S-500 et le remplaçant du HQ-9 en developpement, ou par la multiplication des armes à énergie dirigée et des drones de combat. En dépit de leurs capacités à être modernisés, ni le Rafale ni le Typhoon ne seront en mesure de faire face efficacement à ces nouveaux systèmes, ou tout au moins d’avoir l’ascendant technologique requis par la doctrine occidentale.

Si le KF-21 Boramae confirme ses ambitions, il pourrait bien s’emparer dans les années à venir de nombreuses parts de marché vis-à-vis de débouchés traditionnels de l’industrie aéronautique européenne

Le problème est strictement identique concernant les blindés lourds, et semble même bien plus pressant, si l’on en juge par l’attrait que génère le K2 Black Panther sud-coréen ces derniers mois, ainsi que le nouveau K51 Panther présenté par Rheinmetall lors du salon Eurosatory 2022. En effet, au delà de la vétusté relative des Leopard 2 allemands et Leclerc français que le programme MGCS vise à remplacer au delà de 2035 dans le meilleur des cas, ni Nexter en France, ni Krauss Maffei Wegman en Allemagne ne dispose d’une ligne de production de grande série pour fabriquer ces blindés, alors même que le besoin de modernisation du parc de chars en Europe et dans le monde a été clairement mis en évidence par la guerre en Ukraine. Si l’on peut raisonnablement douter du fait que les Armées russes seront capables de se doter d’un vaste flotte du nouveau T-14 Armata d’ici 2035, et si aucune information publique ne confirme à ce jour l’existence d’un pourtant probable programme visant à remplacer le Type 099A chinois, l’absence d’une solution européenne de char lourd moderne pèse tout de même gravement sur les équilibres géopolitiques en Europe. Au delà des aspects purement industriels, la guerre en Ukraine a également montré l’absolue nécessité de doter désormais les blindés de première ligne de systèmes de protection de nouvelle génération, en particulier de systèmes Hard-Kill, ainsi que de nouvelles capacités de communication et de détection, pour lesquels les chars de génération antérieure, comme le Leopard 2, le Leclerc mais également l’Abrams ou le T-90, ne sont pas optimisés.

2- Préserver et étendre les parts de marché export


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