SCAF, MGCS : Le politique reprend la main sur la coopération industrielle défense franco-allemande

« Beaucoup de choses ont été dites ou écrites ces dernières semaines, je crois que d’une phrase, nous allons y couper court en disant que le SCAF est un projet prioritaire. […] Il est attendu autant par Berlin que par Paris et ce projet se fera, on ne peut pas être plus direct » En une seule phrase, le ministre des armées français, Sebastien Lecornu, a coupé court à l’ensemble des spéculations concernant l’avenir du programme d’avion de combat de nouvelle génération entrepris par Paris, Berlin et Madrid. Et d’ajouter « Nous avons besoin de réfléchir à ce que sera l’aviation de chasse du futur, puisque nous en avons besoin, et nous devons déjà penser à la régénération de nos équipements en la matière. C’est vrai évidemment pour le SCAF, c’est vrai aussi, bien sûr, pour le char du futur « , afin de mettre sur un pied d’égalité le programme de char de combat de nouvelle génération franco-allemand MGCS. En un mot comme en cent, le politique vient de reprendre la main sur la coopération franco-allemande en matière de programmes industriels de défense, pour mettre fin à presque une année de discussions stériles entre les industriels afin de parvenir à un accord industriel équilibré.

Il faut dire que concernant ces dossiers, le Ministre des Armées n’avait plus guère le choix. Le programme SCAF est en effet à l’arrêt depuis presque un an sur fond de désaccord entre Dassault Aviation et Airbus Défense & Space quant à la portée de la coopération entre les deux avionneurs pour concevoir le pilier NGF du programme visant à developper l’avion de combat lui-même. Pour l’entreprise allemande, il n’est pas question d’agir tel à sous-traitant sur certains sujets comme les commandes de vol ou la furtivité, deux domaines pour lesquels Airbus DS s’estime largement au même niveau que son homologue français. Pour Dassault Aviation, l’industrie de défense française a déjà accepté suffisamment de se mettre en retrait sur l’ensemble des autres piliers du programme, 4 sur 7 d’entre eux étant pilotés par des entreprises allemandes, pour un seul pour une entreprise français. En outre, le français exclut de transférer certains savoir-faire et certaines technologies critiques aux industries allemandes sur fond de coopération industrielle. De fait, le programme est figé depuis de nombreux mois, et le joyau de l’industrie française n’a pas hésité, par la voix de son président Eric Trappier, à évoquer publiquement l’hypothèse d’un échec pur et simple de SCAF.

Le programme MGCS vise à developper une gamme de blindés lourds répondant aux enjeux des conflits de haute intensité au delà de 2040

La situation n’est guère meilleure pour le programme MGCS, bien que les causes des difficultés diffèrent sensiblement. En effet, initialement, ce programme visant à developper le remplaçant du Leopard 2 allemand et du Leclerc français, devait être conçu et réalisé par le français Nexter et l’allemand Krauss Maffei Wegman, dans une coopération strictement équilibrée entre les deux industriels. Dans ce montage, Nexter reprenait, d’une certaine manière, la position qu’avait Rheinmetall au sein du programme Leopard 2. Seulement, pour ce dernier, il n’était pas question de se voir exclure d’un programme aussi important. A force de lobbying et de pressions notamment auprés du Bundestag, Berlin céda à son industriel et finit par imposer à Paris que Rheinmetall rejoigne le programme, chacun des industriels portant alors 3 des 9 piliers technologiques, alors que Berlin assura Paris que l’équilibre industriel franco-allemand serait préservé. Le point d’achoppement qui bloque aujourd’hui ce programme oppose le français Nexter et Rheinmetall, le premier voulant équiper le nouveau char de son canon de nouvelle génération de 140 mm ASCALON, le second voulant qu’il emporte son canon de 130 mm Rh-130 L/52, sans qu’aucun ne soit prêt à reculer sur ce sujet.


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