Le gouvernement roumain a transmis au Parlement un projet d’Accord cadre portant sur l’acquisition de 298 véhicules de combat d’infanterie Lynx KF41 et dérivés. Le document précise que 232 engins seront financés via le mécanisme SAFE de l’Union européenne Instrument pour la Sécurité de l’Europe. L’opérateur retenu est Rheinmetall Automecanica SRL, entité implantée en Roumanie. Il s’agit du programme le plus important inscrit dans SAFE pour Bucarest, destiné à équiper des unités mécanisées des forces terrestres roumaines et à remplacer les parcs hérités, avec des livraisons organisées par tranches selon un calendrier pluriannuel.
Selon le projet soumis, la tranche SAFE portant sur 232 véhicules affiche une valeur estimée à 2 598,4 millions d’euros. La différence de 66 véhicules et dérivés fera l’objet de contrats subséquents distincts, chiffrés à 738,6 millions d’euros et attendus sur le budget national. Des documents officiels et des médias ont néanmoins relayé des chiffrages globaux divergents, certains évoquant 3,33 milliards d’euros, d’autres environ 3,4 milliards d’euros. Ces écarts sont mentionnés dans les pièces parlementaires, sans harmonisation à ce stade, et ne modifient pas la répartition annoncée entre financement SAFE et financements nationaux.
La procédure d’attribution indiquée dans le projet recourt à une négociation sans publication préalable d’un avis de participation, en application de l’article 4 alinéa 2 de l’OUG 62 2025. Des sources spécialisées signalent que le Ministère de la Défense nationale envisage une attribution prochaine à Rheinmetall, tandis que le ministre Radu Miruță a publiquement dénoncé des hausses de prix de l’ordre de 30 pour cent dans plusieurs programmes SAFE en faisant référence au volet VCI. Une telle variation sur un programme voisin de 3 milliards d’euros représenterait environ un milliard d’euros supplémentaires selon les mêmes sources.
La production est prévue à Mediaș, au sein de Rheinmetall Automecanica SRL, avec un objectif annoncé de 40 pour cent de localisation industrielle. Les opérations d’assemblage concerneront principalement le châssis et les sous ensembles mécaniques intégrables en Roumanie. La tourelle Lance sera fournie depuis l’Allemagne. La documentation consultée indique qu’un transfert de technologie permettant sa production locale a été jugé impossible à ce stade. L’intégration de fournisseurs nationaux est présentée comme une priorité pour les autres composantes, afin de constituer une chaîne de valeur pérenne autour du site de Mediaș.
Le calendrier transmis au Parlement décrit une montée en puissance par étapes avec une réalisation visée d’ici 2030. L’exécution devra composer avec des tensions de capacité déjà relevées dans la région, au regard de la multiplication des commandes et des implantations industrielles de Rheinmetall en Europe centrale. Ces paramètres imposent une planification industrielle précise pour prévenir des goulots d’étranglement et sécuriser les jalons de livraison. Ils conditionnent également la formation des équipages et des maintenanciers, qui devra suivre la cadence d’arrivée des véhicules et l’installation des moyens de soutien sur le territoire.
Les Lynx KF41 remplaceront en Roumanie les anciens MLI 84 Jderul au sein des unités mécanisées. La plateforme adopte la tourelle Lance armée au choix d’un canon de 30 ou 35 millimètres et peut intégrer un lanceur de missiles antichar selon les besoins. La protection annoncée couvre les tirs de 30 millimètres à l’avant et de 14,5 millimètres sur les flancs, avec une résistance du plancher à une explosion équivalente à 10 kilogrammes de TNT. Le groupe motopropulseur Liebherr de 850 kilowatts offre une vitesse maximale d’environ 70 kilomètres par heure et une autonomie proche de 500 kilomètres.
Le projet d’Accord cadre précise que l’acquisition vise des VCI sur chenilles et des dérivés nécessaires à l’accomplissement des missions de combat et de soutien des unités qui en seront dotées. La liste SAFE adressée aux commissions parlementaires comprend quinze programmes destinés aux forces armées roumaines. Leur valeur agrégée avoisine 8,3 milliards d’euros. Près de 5,66 milliards d’euros y associent des entreprises allemandes. Le groupe Rheinmetall concentre à lui seul environ 4,95 à 5 milliards d’euros de contrats prévus, ce qui place l’industriel au centre du volet terrestre de la modernisation financée par SAFE.
Sur le plan politique, une motion de censure doit être soumise au vote le lundi 5 mai. Le Premier ministre Ilie Bolojan a déclaré que les programmes relevant de SAFE ne seraient pas bloqués en cas de chute du gouvernement. Il a ajouté qu’un accord sur la composante défense avait été exprimé à l’issue des consultations conduites au Palais Cotroceni avec les partis. La date limite communiquée pour la signature des contrats individuels SAFE est fixée au 31 mai, ce qui impose un rythme soutenu aux administrations concernées durant le mois en cours.
Selon des informations publiées par Defence Industry Europe, Rheinmetall aurait été la seule entreprise destinataire d’une demande d’information au titre du programme VCI. D’autres compétiteurs potentiels n’auraient pas été sollicités pour cette étape préparatoire, ce qui a suscité des critiques relayées par des sources qui évoquent une décision prédéterminée. Ces éléments n’altèrent pas le cadre formel retenu qui repose sur une négociation sans publicité préalable, mais ils alimentent les observations sur la concurrence et le contrôle parlementaire autour de ce marché de grande ampleur.
L’implantation de Mediaș doit permettre d’augmenter la valeur ajoutée locale par l’intégration de composants produits en Roumanie et par l’accroissement des capacités de soutien en service. La dépendance à des sous ensembles importés, en particulier la tourelle, limite toutefois cette intégration industrielle à court terme. La montée en cadence annoncée requiert la mobilisation de fournisseurs nationaux et la conclusion d’accords de sous traitance pour atteindre les objectifs de localisation. Le suivi de ces engagements sera un point d’attention pour les commissions parlementaires au fil des tranches d’exécution.