dimanche, novembre 30, 2025
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L’OTAN organise le plus important exercice depuis la « première » guerre froide

Après les exercices russes ZAPAD2017 ayant rassemblé plus de 100.000 h en Russie et Bielorussie, et l’exercice VOSTOK 2018 en SIberie orientale ayant rassemblé, selon les autorités, presque 300.000 hommes, l’OTAN se devait de réagir et de montrer qu’elle était, elle aussi, capable de rassembler dans un exercice un nombre important de pays et de soldats. C’est aujourd’hui le cas avec l’exercice annuel TRIDENT JONCTURE 2018, qui rassemble pendant une semaine 40.000 hommes, 150 aéronefs et 70 bâtiments de 31 pays.

Si l’on pouvait encore douter du retour d’une situation de type « Guerre Froide », les formats des exercices ces dernières années, sur le Théâtre européen comme Pacifique, et les annonces concernant les programmes de Défense lèvent tout doute à ce sujet.

Mais cette nouvelle guerre froide diffère nettement de la première, et les risques de dérapage vers des conflits ouverts sont plus importants. En effet, là où l’opposition était avant tout idéologique entre les deux blocs, elle est aujourd’hui hégémonique, dans une logique se rapprochant bien d’avantages de la situation au début du XXème siècle que dans les années 50. Les 3 grandes puissances, et leurs alliés, jouent une partition visant à garantir et renforcer leur position sur la scène internationale. 

En Europe, l’élimination du bouclier du Pacte de Varsovie est également de nature à accroitre les risques. Paradoxalement, ces pays formaient un tampon modérateur entre les deux blocs, et Moscou savait qu’il n’était pas envisageable d’exiger de ses « alliés » le même niveau d’engagement que de ses propres forces. Paradoxalement, si l’immense majorité des pays européen ont rejoins l’OTAN et l’UE, la puissance militaire européenne est très inférieure à ce qu’elle était pendant la guerre froide, et le poids relatif des Etats-Unis dans l’Alliance a doublé, passant de 35% à 70%. En revanche, les Etats-Unis ne se sont pas physiquement rapprochés de l’Europe, il reste toujours l’Océan Atlantique entre les deux continents. De fait, les 2 tiers de la puissance militaire de l’Alliance Atlantique sont positionnés à 6000 km de distance, alors que désormais, la Russie partage presque 1600 km de frontière avec les pays de l’OTAN. 

Le théâtre indopacifique, quand à lui, est devenu prépondérant dans la géopolitique mondial, et dans l’opposition entre les Etats-Unis et la Chine. Les forces chinoises se sont adaptées à cette perspective en développant une flotte de guerre de premier plan dans des délais très courts. Au point que, selon plusieurs analystes, les Etats-Unis seront contraints de consacrer l’immense majorité de leur arsenal militaire à ce théâtre si un conflit venait à se déclencher à partir de 2025.

Pour l’heure, les importants échanges commerciaux entre les différents acteurs majeurs de la géopolitique mondiale ont un effet modérateur important sur les risques de dérapage. Malheureusement, comme nous le voyons depuis quelques mois, les tensions géopolitiques semblent prendre le pas sur les échanges commerciaux, et sont même désormais instrumentalisés dans cet affrontement global, au travers des droits de douanes américains sur les produits chinois, ou la loi CAATSA.

Là encore, la situation rappelle dramatiquement celle qui prévalait au début du XXème siècle, et qui entraina les pays Européens dans une logique de guerre qui donnera naissance à la première guerre mondiale.

La Marine Nationale développe ses propres capacités d’engagement coopératif

La Marine Nationale s’est résolument engagée dans la voie de l’engagement coopératif pour ses unités navales et aériennes, permettant à différentes unités d’échanger des données pour disposer simultanément d’une vision globale étendue et précise du champs d’intervention, et d’utiliser les moyens de chaque unité pour répondre au mieux à la menace. 

La Royale a ainsi mené un exercice d’engagement coopératif, entre le porte-avions Charles de Gaulle, une frégate de défense aérienne Horizon, et une frégate polyvalente FREMM, pour détecter et engager un raid de 8 Rafales.

C’est également dans cette logique que le remplacement des missiles ASTER15 des FREMM Bretagne et Normandie par des ASTER30, disposant d’une portée bien supérieure, prend beaucoup de sens, puisque le radar Herakles des FREMM ne permet pas de tirer partie de la portée de ces nouveaux missiles, alors que celui des Horizon, ou des futurs FTI, en sera largement capable. 

C’est dans cette logique que l’analyse de Thibaut Lamidel prend beaucoup de sens. Dans un article du Blog « Le Fauteuil de Colbert », il analyse la pertinence de déployer des missiles Aster15 et les radars provenant des frégates anti-aériennes Cassard et jean Bart prochainement déclassées lors de la maintenance à mi-vie des Frégates Légères Furtives de la classe La Fayette, afin de doter ces frégates d’un potentiel d’escorte polyvalente caractérisant les frégates de 1errang. En outre, le cout d’une telle opération serait, selon son analyse, relativement faible, autour de 100m€ pour 3 frégates, contre 450 m€ pour une seule FTI.

Cette approche représenterait une solution astucieuse et économique pour répondre à l’augmentation très rapide des besoins en matière de bâtiments de surface combattants, permettant de passer le parc de frégates de 1errang de 15 à 18, voir à 20 unités. La modification de ces FLF et la mise en œuvre de moyens d’engagements coopératifs permettraient d’étendre très sensiblement le potentiel d’action et d’escorte de la Marine Nationale, et d’utiliser enfin le potentiel réel de ces excellents bâtiments malheureusement sous-équipés à la conception pour des raisons économiques.

Les sous-marins russes sont à nouveau une menace crédible

Dans son rapport rendu en juin 2018, le British Defense Comitte estimait que la résurgence de la menace sous-marine russeallait nécessiter l’augmentation rapide du nombre de frégates anti-sous-marines et d’avions de patrouille maritime mises en œuvre la Royal Navy, estimant qu’il serait nécessaire de disposer d’au moins 5 frégates Type31 spécialisées ASM supplémentaires, et d’au moins 6 avions P8 supplémentaires.

Ce constat est aujourd’hui partagé par l’amiral James Foggo, commandant les forces navales de l’OTAN. Selon lui, la flotte sous-marine russe a sensiblement accrue son volume, avec 12 sous-marins d’attaque entrés en service depuis 2014, comme en qualité, avec les nouveaux sous-marins nucléaire d’attaque Iassen et les sous-marins conventionnels Lada et Improved Kilo. En outre, les équipages russes ont gagné en qualité et en aguerrissement, au point d’être aujourd’hui capable de déjouer les dispositifs défensifs mis en œuvre par l’OTAN.

 Ainsi, lors des frappes occidentales contre les installations chimiques syriennes, deux sous-marins conventionnels 636.3 (Improved Kilo) russes auraient empêché un sous-marin britannique de la classe Astute de participer aux frappes et tirant ses missiles Tomahawks. De même, les autorités russes ont fait « fuiter » en 2017 une série de clichés de bâtiments US attribués à un sous-marin de type OSCAR qui, de toute évidence, est parvenu à se rapprocher bien trop prés des unités stratégiques de l’US Navy.

La décision américaine de lancer en urgence le programme FFG/X, visant un construire dans des délais courts une flotte de 20 frégates lance-missiles ASM sur la base de modèles existants, n’est pas sans rapport avec cette accroissement de la pression menée par la sous-marinade russe.

En effet, l’US Navy n’avait pas anticipé le retour d’une menace sous-marine potentielle importante, et avait concentré ses efforts vers une flotte disposant d’une importante puissance de feu de projection, antiaériens et anti-missiles balistiques, avec les programmes de destroyers Alreigh Burke et Zumwalt, et les opérations de faible intensité, avec le concept des Littoral Combat Ship. Le segment intermédiaire, jusque là composé de frégates O.H Perry et Knox,  a été abandonné, l’US Navy estimant que ses sous-marins d’attaque et l’aviation de patrouille maritime suffirait à traiter toutes les menaces de ce type.

Or, aujourd’hui, entre les efforts menés par la Russie pour reconstituer une force sous-marine de premier plan, et ceux menés par la Chine pour rattraper son retard technologique en la matière, la menace est bel et bien de retour, et dépasse les capacités de l’US Navy. 

Il faut également remarqué le retour des sous-marins conventionnels dans l’arsenal russe. Bien que ces sous-marins n’avaient jamais disparu comme ce fut le cas dans les marines américaines, britanniques et françaises, remplacés par des sous-marins nucléaires, ils représentent aujourd’hui la majorité des nouveaux sous-marins entrés en service dans la Marine Russe. Et ce n’est pas un simple calcul économique.

En effet, ces petits sous-marins sont réputés très discrets, surtout à faible vitesse, bien d’avantage qu’un sous-marin nucléaire, les rendant difficiles à détecter par l’aviation de patrouille maritime, surtout lorsque celle-ci évolue à moyenne altitude comme le P8, ne permettant pas d’utiliser le détecteur d’anomalie magnétique.

En outre, ces sous-marins Lada et Improved Kilo disposent désormais de la capacité de tirer des missiles de croisière Kalibr, leur permettant de frapper des cibles à plus de 1500 km, étendant sensiblement leur périmètre d’action, alors que parallèlement les batteries de ces submersibles ont également fait d’importants progrès, augmentant leur autonomie en plongée.

En exploitant les faiblesses de l’OTAN en ASM comme sa dépendance à la puissance aérienne avec ses dispositifs de déni d’accès, et en prenant un avantage marqué en matière de force blindée, l’Etat-major russe n’applique-t-il pas les doctrines de guerre asymétrique à la guerre conventionnelle ?

Le Pakistan se rapproche encore de la Chine

Depuis l’intervention en Afghanistan de la coalition occidentale menée par les Etats-Unis, les relations entre l’occident et le Pakistan n’ont cessé de se dégrader, ce dernier étant régulièrement accusé de jouer un double jeu vis-à-vis des rebelles Talibans. La découverte du repère d’Oussama Bin-Laden dans la ville d’Abbottābād, à seulement quelques centaines de mettre d’une des principales académies militaires du pays, n’a certainement pas amélioré la situation.

Conséquence de ces tensions, les autorités Pakistanaises ont cherché de nouveaux alliés, et de nouvelles sources concernant leurs équipements militaires. Et c’est auprès de la Chine qu’Islamabad trouva un partenaire de premier choix, partageant la même défiance de l’adversaire indien. 

Depuis, la coopération militaire et économique entre les deux pays n’a cessé de s’intensifier, au point qu’aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial du pays, et son principal fournisseur d’équipements et de technologies de Défense. Ainsi, la Marine Pakistanaise a acquis récemment 4 frégates Type054A auprès de Pékin, alors que la force aérienne dispose d’une centaine de chasseurs JF-17, plus cinquante en cours de livraison, un chasseur léger monomoteur conçus avec le chinois AVIC.

En outre, Pekin a intégré le Pakistan dans son projet de route de la soie, et dispose depuis 2018 d’une base navale permanente dans le port pakistanais de Gwadar.

Mais ce sont avant tout les tensions indo-pakistanaises qui sont au cœur du rapprochement avec Pékin, selon le veuille adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». L’annonce d’un futur contrat portant sur l’acquisition de 48 drones MALEchinois Wing Loong 2, capables d’emporter jusqu’à 12 missiles et bombes guidées pendant 20 heures, fait écho au renforcement du nombre de drones chinois observé dans la zone himalayenne, et l’annonce du déploiement d’un système lance-roquette électromagnétique sur les plateaux himalayens chinois, capables de frapper en profondeur le dispositif indien.

On peut également mettre en relation le nombre très important de drones acquis par la Pakistan, et l’officialisation de la commande de 5 systèmes S-400, disposant chacun de 48 missiles. On voudrait éliminer ou saturer la défense anti-aérienne indienne qu’on ne s’y prendrait pas autrement …

Les FREMM Bretagne et Normandie seront équipées d’Aster 30

Les deux dernières représentantes de la classe FREMM, les frégates Bretagne et Normandie, recevront des silos de lancement verticaux SYLVER50 (5 mètres de hauteur) en lieu et place des SYLVER43 (4m30 de hauteur) des exemplaires précédents, permettant aux 2 bâtiments français de recevoir des missiles Aster 30 au lieu des missiles Aster 15. 

L’Aster 30 est une version allongée de l’Aster 15, ce qui lui confère une portée de 120 km contre 30 pour l’aster 15, un plafond de 20 km contre 13 pour l’Aster 15, et une vitesse de mach 4,5, contre mach 3 pour l’Aster 15. 

Cette décision de bon sens a été prise  en vue de combler l’obsolescence des frégates Cassard et Jean Barre équipées du système SM1MR datant des années 70. Toutefois, selon d’autres sources, ces deux frégates vont être prêtées à la Grèce à l’entrée en service des 2 dernières FREMM (2019) afin de renforcer les capacités défensives de la Marine Grecque face aux provocations turques, en attendant la livraison des 2 FTI qu’Athènes s’apprêterait à commander.

En procédant ainsi, la Marine Nationale disposerait bien de 4 frégates disposant de missiles anti-aériens longue portée, conformément à son contrat opérationnel, en attendant l’entrée en service des FREMM à Capacité Aérienne Renforcée Alsace et Lorraine, en 2021 et 2022. 

Contrairement aux FREMM, les FREMM DA ne disposeront pas de missiles de croisière MdCN, mais de 32 missiles anti-aériens, probablement 16 Aster 30 et 16 Aster 15, à moins que la décision ne soit prise de ne les équiper que d’Aster 30, une décision loin d’être absurde eu égard à la faible différence de cout entre les deux missiles. En outre, elle dispose d’un radar Herakles optimisé pour l’utilisation des Aster 30 à leur portée maximale, contrairement aux FREMM 5 et 6, qui conserve le radar Herakles standard.

À terme, avec 11 frégates équipées de missiles Aster 30 (2 Horizons, 2 FREMM, 2 FREMM DA et 5 FTI), et capables d’engagements coopératifs, la Marine nationale va considérablement accroitre sa puissance de feu anti-aérienne, et probablement anti-missiles balistiques lors de l’entrée en service de l’ASTER30 Block1NT.

En outre, il semble raisonnable de penser que les 4 premières FREMM seront elles aussi équipées d’Aster30 lors de leur réfection à vie, comme d’un radar aux performances étendues, conférant aux 15 frégates de 1errang de la marine des performances anti-aériennes longue distance très satisfaisantes.

Vives tensions entre les Etats-Unis et la Russie au sujet d’un nouveau missile de croisière hypersonique longue portée

Le 2 Octobre, l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN a publiquement estimé que la Russie s’exposait à des mesures préventivessi elle persistait à développer son nouveau programme de missile de croisière à longue portée. L’ambassadeur Kay Bailey Hutchinson a même estimé que l’OTAN pourrait « détruire par elle même » ces missiles si Moscou ne coopérait pas.

Même si le lendemain, l’ambassadeur américain est revenu sur ses déclarations en précisant qu’il n’a jamais été question de frappes préventives, la menace à peine voilée de Washington a été parfaitement bien entendu par Moscou, qui a immédiatement réagit par la voix de sa porte-parole Maria Zakharova, qui parle de rhétorique dangereuse et fait allusion à une dérive vers un conflit généralisé, comme aux grands moments de la crise des Euromissiles en 1983.

Le missile en question est probablement le système 9M729 Novator, un missile de croisière supposé hypersonique, et dont la portée dépasserait de loin la limite de 500 km imposée par le traité INF de 1987, suite précisément à cette crise des Euromissiles, qui avait vu les deux blocs déployer des missiles nucléaires à portée intermédiaire Pershing II et SS20 en Allemagne Fédérale et Démocratique, faisant vaciller la paix en Europe.

Ce missile, issu du programme Iskander, serait lancé par un lanceur terrestre, et emporterait une charge nucléaire de moyenne puissance. En outre, si le missile est effectivement un missile de croisière hypersonique, les chances et délais d’interception pour les systèmes anti-missiles occidentaux, comme le Patriot PAC3 ou le THAAD, seraient quasi nulles. 

Quoiqu’il en soit, cet épisode est très représentatif des évolutions rapides de la situation géopolitique mondiale, et de la fin de la période post-guerre froide, avec d’un coté le développement de nouveaux systèmes en violation des traités, de l’autre le recours à une sémantique guerrière. 

Les Etats-Unis (et leurs alliés) peuvent-ils faire face à une coalition sino-russe ?

Dans son Index annuel de la puissance militaire US, la fondation Heritage dresse un portrait inquiétantde l’Etat de préparation et du potentiel de défense des forces américaines. Ainsi, si l’US Army s’est résolument tournée vers un programme de modernisation maitrisé et cohérent, et a entrepris de profonds changements en matière d’entrainement et de préparation opérationnel, lui valant une classification « Forte » par le rapport, l’US Navy, l’US Air Force et l’US Marines Corps sont tous 3 classés faibles, sanctionnant les programmes très mal maitrisés d’armement et le manque de cohérence dans la préparation opérationnelle des forces.

Dans les faits, le rapport relève qu’aujourd’hui, les Etats-Unis et leurs alliés européens et asiatiques auraient beaucoup de difficultés pour garder l’avantage face à une coalition sino-russe agissant de concert.

Et la situation n’est pas prête de s’inverser. En effet, la montée en puissance chinoise en matière de forces militaires est telle, que d’ici 2030, il est probable que l’ensemble des forces expéditionnaires américaines serait nécessaire pour s’opposer à la puissance chinoise. Cela laisserait évidemment l’Europe sans protection US, et donc très vulnérable face à la puissance militaire russe, elle aussi en forte croissance. 

A l’inverse, si la situation venait à se dégrader en Europe, le soutien américain nécessaire serait tel que la zone Pacifique serait très exposée à une action chinoise.

Depuis l’arrivée du Général Mattis au secrétariat des armées, de nombreux changements ont été entrepris pour corriger les principales faiblesses des forces US, notamment concernant l’état de préparation et de disponibilité des forces. Mais il faudra plusieurs années, plus probablement une décennie complète, pour que l’armée américaine retrouve un niveau de puissance comparable à celui des années 90. 

De fait, entre 2020 et 2030, l’écart de puissance restera très favorable pour les adversaires potentiels aux Etats-Unis et leurs alliés, et la tentation sera importante d’utiliser ce rapport de force inédit dans l’histoire moderne pour redistribuer les cartes de la géopolitique mondiale.

Or, de tous les théâtres potentiels des Etats-Unis, le plus vulnérable aujourd’hui reste, sans aucun doute, l’Europe. Les armées de européennes restent très largement contraintes dans des considérations budgétaires et idéologiques de fin de guerre froide, et peinent à revenir à la réalité de leur vulnérabilité. A titre d’exemple, la Russie disposera en 2025 de prés de 5000 chars de combat modernes, là ou l’Europe n’en alignera pas 1000. En outre, l’avantage technologique des équipements européens s’est largement déprécié face aux modernisations des systèmes russes, et les forces aériennes de l’OTAN, portant les ¾ de la puissance de feu de l’alliance, seront très exposées face aux nouveaux systèmes de défense anti-aériens S-400/500, Buk M2, SHONA et Pantsir.

Pourtant, les programmes de modernisations des équipements européens, indispensables pour préserver le rapport de force suffisant pour interdire toute initiative malheureuse, ne sont pour la plupart prévu d’entrer en service qu’au delà de 2030, voir 2040 pour le SCAF franco-allemand, et aucune initiative visant à renforcer numériquement les forces actuelles n’est pour l’heure planifié, contrairement à ce qui se passe au Japon, en Australie ou en Corée du Sud.

Ainsi, l’Europe a devenir le ventre mou du dispositif US, et l’on comprend dès lors la pression mise par les autorités américaines au gouvernants européens pour combler le gap. Toutefois, on peu s’interroger sur les raisons qui amènent la deuxième puissance économique mondiale à se mettre elle-même dans une telle situation de vulnérabilité, et à parier son avenir sur la protection américaine sans avoir la clairvoyance d’anticiper le scénario sino-russe. 

La législation CAATSA en pleine contradiction

Le 2 aout 2017, le président Trump promulguait la loi CAATSA, pour Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act, une loi permettant à l’administration US de mettre en œuvre des sanctions économiques et technologiques lorsqu’un pays acquière des équipements de défense de pays considérés comme hostiles aux Etats-Unis, plus particulièrement la Russie.

Depuis, cette législation est devenue autant une arme de pression qu’une épine dans le pied du département d’Etat des Etats-Unis. Ainsi, la Turquie est menacée d’être exclue du programme F35 du fait de son intention de commander le système S400 russe. De même, Washington a récemment déclenché une série de sanctions contre le Chine pour avoir commandé des chasseurs Su-35 et des systèmes S-400 à Moscou.

Dans ces deux exemples, l’utilisation de CAATSA permet aux Etats-Unis d’étendre un régime de sanctions et de pressions économiques déjà engagées pour d’autres raisons.

Mais cette législation est à double-tranchant, comme avec l’Inde, qui vient de confirmer la commande de 5 systèmes S-400, et qui entend bien garder et même étendre ses bonnes relations avec Moscou, avec la prochaine commande de frégates Krivak par exemple. Or, les Etats-Unis ne négligent aucun effort aujourd’hui pour faire de l’Inde un partenaire militaire, et un client pour l’industrie de Défense US, avec en ligne de mire un contrat de plus de 100 F16 et de 57 F18, largement disputé par ailleurs. 

Cependant, avec l’exemple chinois, Washington a montré que le CAATSA peut être appliqué de manière rétroactive, les commandes de Su35 et de S400 datant de 2015, 2 ans avant la promulgation de la loi. En conséquence, New Dehli sait qu’à tout moment, l’administration US peut décider de mettre le pays, et ses équipements militaires, sous un régime de sanction très sévère, ce qui, évidemment, n’est pas de nature à favoriser la confiance réciproque indispensable dans les contrats d’armement.

De même, les pays du Golfe, comme l’Egypte, ont rétabli des relations avec Moscou, et ont commandés des équipements de Défense aux industries US. Le Caire a par exemple commandé 50 chasseurs MIG29 M/M2, ainsi que des hélicoptères de combat Kamov en 2017. Ryad a pour sa part signé en 2017 un contrat d’une valeur de 3 Milliard de dollar pour des missiles antichars et d’autres équipements, tout en négociant, comme Doha, une possible  acquisition de S400. 

CAATSA apparaît donc comme une loi extrêmement contraignante à manipuler, sans discernement dans sa formulation entre les possibles adversaires des Etats-Unis, et ses alliés, ou possibles alliés. Pire, son application pleine de contradiction font peser d’importants risques à tout pays qui n’est pas intégralement dans la sphère d’influence US. 

En cela, CAATSA représente assez précisément la vision internationale de l’administration US actuelle, allant vers un monde bipolaire avec d’un coté les Etats-Unis et ses alliés, et de l’autre le couple sino-russe, une fidèle réitération de la guerre froide à ses débuts. Mais là ou l’affrontement idéologique avait formé le ciment des deux blocs de les années 50, il ne s’agit aujourd’hui que d’affirmation de puissances hégémoniques, bien moins fédératrice, tant pour Washington que pour Moscou ou Pekin.

De part leur dépendance à la puissance militaire US, les européens risquent de se retrouver emporter dans une opposition qu’ils ne souhaitent pas, sans possibilité de faire valoir leurs positions propres. Plus que jamais, l’Europe de la Défense est un enjeu d’avenir pour l’Europe, mais également pour la paix globale.

Pour étendre le sujet, article en Français (8 min)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/sanctions-et-armement-la-realpolitik-des-etats-unis-792531.html

La bombe nucléaire B61, l’argument choc américain pour vendre le F35 en Allemagne, a-t-elle un intérêt opérationnel ?

5 Pays de l’OTAN, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et la Turquie, disposent de bombes nucléaires traditionnelles B61 américaines, héritées de la guerre froide, qui sont mises en œuvre par leurs F16, Tornados et Harrier II selon le principe de la double-clés, chaque tête ne pouvant être armée qu’avec l’accord simultané du pays hôte et des Etats-Unis. 

Ce dispositif est aujourd’hui au cœur des pressions exercées par les Etats-Unis sur l’Allemagne, mais également la Belgique, pour la sélection du F35 de Lockheed pour remplacer respectivement leurs Tornado et F16. En effet, pour être capable d’emporter la B61, un appareil doit être spécialement modifié, et l’administration US ne prévoit pas aujourd’hui de convertir un autre appareil que le F35, en plus des F16/16/18 déjà convertis. En d’autres termes, pour conserver leur potentiel nucléaire, les deux pays européens doivent s’équiper d’avions US, et plus précisément du F35, et tant pis si l’Allemagne dispose d’un avion moderne parfaitement capable comme le Typhoon.

Les Etats-Unis justifient leur décision en avançant le fait que dans les prochaines années, seul un appareil furtif comme le F35 aura la possibilité de pénétrer le dispositif adverse pour larguer une bombe gravitationnelle comme la B61.

Outre la fait que cette position soit évidemment contraire aux règles de concurrences, elle est surtout absurde. 

En premier lieu, on peut raisonnablement douter des capacités d’un appareil comme le F35 à pénétrer un dispositif de défense comme le dispositif russe, sans être accompagné d’un brouillage extrêmement puissant fourni par des appareils spécialisés. En effet, la furtivité du F35 est inefficace vis-à-vis des radars à basse fréquence, comme les radars VHF et UHF, et bien évidemment, les russes déploient aujourd’hui un réseau de radars de ce type pour détecter les tentatives d’intrusion de l’OTAN. En outre, c’est vite oublier les capacités de la chasse russe, et plus particulièrement des systèmes  infrarouges qui équipements les Su30, 35 et 57, qui détectent un chasseur à prés de 50 km sans que ce dernier ne le sache. Enfin, de nombreux travaux portent aujourd’hui sur des technologies capables de détecter des avions furtifs, qu’ils utilisent ou non la technologie furtive du F35, comme les radars passifs, et les radars quantiques. En tout état de cause, lorsque le F35 sera enfin capable d’emporter la B61, il y a fort à parier que la furtivité de l’appareil sera totalement obsolète.

D’autre part, la doctrine d’emploi de la B61, largué à partir de chasseurs tactiques, est celle d’une arme nucléaire tactique. Cette doctrine suppose qu’il existe 2 palliés de guerre nucléaire : le pallié tactique, ou les armes sont de « faible puissance » et limitée à l’utilisation contre les forces adverses, et stratégiques, avec l’emplois des missiles balistiques intercontinentaux contre des cibles civiles. Or, cette logique est purement théorique, car rien de garantie que l’adversaire acceptera de ses limiter lui-même aux armes tactiques, sachant que son belligérant a déjà franchit le cap de l’utilisation des armes nucléaires.

De fait, l’utilisation de la B61 comme arme « tactique » est un pari extrêmement risqué qui entrainera, a coup sur, le conflit vers une dérive stratégique et une destruction mutuelle assurée.

Or, si le feu nucléaire est stratégique par nature, l’allonge d’un F35 en configuration lisse pour respecter sa furtivité ne lui permettra pas d’atteindre les centres stratégiques russes par exemple.

On le voit, la pertinence même de l’utilisation de l’arme nucléaire B61 est aujourd’hui très largement soumise à caution, et nul doute que les Etats-Majors US n’envisagent pas, de manière raisonnable, l’utilisation de ces armes, quelques soient les scenarii de conflits, et le chantage à la bombe B61 en faveur du F35 n’est rien d’autre qu’une forme de manipulation d’Etat.

Il n’en demeure pas moins que l’Allemagne, comme la Belgique, et les autres pays Européens, sont légitimes à vouloir assurer leur défense face aux armes stratégiques. Il est donc du ressort de la France, ou du couple franco-britannique, d’élaborer une solution permettant à ces pays d’assurer, pour partie, la dissuasion à l’échelle européenne, dans un mécanisme qui reste à définir.

Pour étendre le sujet, article en anglais (5 min)

https://www.defensenews.com/space/2018/10/01/americas-newest-nuclear-gravity-bomb-completes-design-review/

L’artillerie automotrice russe aura des performances remarquables

L’industrie de Défense russe est surtout connue pour ses systèmes anti-aériens comme le S-400, ses avions comme le Su-35 et Su-57, ou ses chars de combat comme le T-14 Armata. 

Mais s’il est bien un domaine dans laquelle l’industrie, comme les forces terrestres, excellent, c’est l’artillerie, et plus précisément l’artillerie automotrice. Ainsi, si aujourd’hui les forces russes disposent de 4 fois plus de chars lourds que leurs homologues européens, elles disposent surtout de 12 fois plus de systèmes d’artillerie mobile qu’il n’y en a dans toute l’Union Européenne, et 3 fois d’avantages qu’il n’y en a dans l’OTAN.

Les systèmes d’artillerie automoteurs russes n’ont pas que le nombre, ils sont également performants. Ainsi, les quelques 500 canons automoteurs blindés de 152 mm 2S19 en fonction dans l’armée de terre russe soutiennent une cadence de tir de 8 coups par minutes, avec une portant allant de 45 à 62 km selon les munitions utilisées. En outre, la Russie utilise depuis une dizaine d’année des obus guidés, d’une très grande précision. A titre de comparaison, le M109 Paladin qui équipe les forces de l’US Army n’atteint que 24 km avec des obus standards, et 40 km avec des obus à portée additionnelle (non encore en fonction).

Le nouveau canon automoteur russe, le 2S35 Koalitsiya-S V15, en cours de livraison dans les unités, dispose lui d’une portée dépassant les 70km, et d’une vaste palette d’obus de précision, allant du guidage laser pour cible mobile au guidage GLONAS pour les cibles fixes, avec une précision métrique.

Parallèlement aux nouveaux canons et lance-roquettes multiples qui arrivent en dotation, les forces russes déploient un nouveau système d’échange de données Nabrosok, permettant à l’ensemble des systèmes d’un même théâtre d’échanger des données, à l’image des réseaux de défense anti-aérienne, et d’optimiser les moyens pour faire face à la menace. Ce système a part ailleurs bénéficier des retours d’expérience de l’emploi des systèmes d’artillerie par les forces russes, que ce soit en Syrie ou dans le Donbass, ou de nombreux tests d’emplois de munitions de précision guidées par drone ont été menées. 

Le renforcement des systèmes d’artillerie de l’OTAN, et plus particulièrement en Europe, est de fait indispensable, pour garder un niveau de crédibilité suffisant : avec 30 km d’écart entre la portée des systèmes russes et européens, la vulnérabilité des batteries occidentales sera telle qu’elles ne pourront être utilisées pour soutenir les engagements alliés.