dimanche, novembre 30, 2025
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Moscou renforce la protection aérienne de son allié Syrien

Suite à la destruction par la défense anti-aérienne syrienne d’un appareil Il-20 de renseignement électronique russe, Moscou a annoncé, par l’intermédiaire de son ministre de la Défense Victor Shoigou, le renforcement des capacités de défense anti-aérienne de son allié Syrien avec la livraison d’une batterie S-300. En outre, ce dernier à également déclaré que tout adverse des forces syriennes verrait désormais ses communication et radars brouillés par les systèmes de guerre électronique russes.

La livraison de batteries S300 au régime syrien devait avoir lieux initialement en 2013, mais les protestations et menaces israéliennes avait contraint Moscou à suspendre le projet. Mais l’erreur d’identification ayant entrainé la destruction de son appareil et la mort de 15 de ses militaires, et l’implication des F16 Israéliens dans cet incident, fourni le parfait prétexte désormais pour effectuer la livraison, sans que l’Etat hébreux ne puisse trop ouvertement jouer la carte de la menace syrienne.

Toutefois, si la mesure est symbolique, on ignore sa portée véritable pour le moment. En effet, on ignore pour l’heure quelle version du S-300 sera effectivement livrée aux syriens, sachant que les performances du système sont très variables en fonction des éléments qui le compose. En outre, ce système est très bien connu des israéliens qui a pu l’expérimenté grâce à une batterie prêtée par la Grèce dans les années 2000. De fait, le choix du S-300 est un compromis visant essentiellement à protéger les avions russes d’une nouvelle méprise, le S-300 étant bien plus sophistiqué que le S-200 de ce point de vue.

L’annonce concernant le brouillage systématique des communications et moyens de localisation des « adversaires » du gouvernement syrien est, en revanche, potentiellement plus problématique, et plus dangereuse. En effet, jusqu’à présent, les appareils de la coalition, mais également syriens, russes, israéliens et turcs qui évoluent au dessus de la Syrie, parviennent à éviter les incidents et les accidents grâce a des procédures de séparation parfaitement établies. Le brouillage russe entrainant très probablement, en riposte, un brouillage de la coalition et potentiellement des israéliens, pourra engendrer des écarts de positions et de mauvaises interprétations de la nature des aéronefs évoluant dans le ciel syrien. Et si la défense antiaérienne syrienne, croyant faire feu sur des avions israéliens, venaient à abattre un appareil de la coalition, les conséquences pourraient être rapidement hors de contrôle, dans un espace ou, désormais, la majorité des appareils emportent systématiquement des missiles air-air.

Plus que jamais, le ciel syrien reste donc une zone de tensions intenses, même avec la disparition prochaine de l’Etat Islamique, et les risques de dérapages y sont particulièrement élevés.

Le Rail Gun va-t-il changer le concept de puissance navale ?

Après la Chine, la Russie, et le couple franco-allemand, c’est au tour du Japon de communiquer sur son programme de Rail Gun, ou canon électrique. L’ATLA, l’équivalent nippon de la DGA, a diffusé une vidéo montrant un prototype de Rail Gun et expliquant les objectifs de ce programmede Défense. 

Dans la logique purement défensive de la force d’autodéfense japonaise, le Rail Gun est conçu avant tout pour renforcer le système de défense anti-aérien et antimissile de ses destroyers lourds AEGIS, avec une capacité de frappe contre les bâtiments adverses. Et en effet, avec une vitesse en sortie de bouche de Mach7, un Rail Gun peut atteindre une cible à 200 km de distance en tir balistique, à plusieurs dizaines de kilomètre en tir tendu contre les menaces aériennes, et à une cadence de tir de 10 coups minutes. 

Toutefois, le système souffre d’un besoin d’énergie électrique très important, nécessitant une production de 12 MWh pour soutenir une telle débauche de puissance, et donc des navires conçus spécialement pour ce besoin. En outre, il dégage une importante chaleur, nécessitant un système de refroidissement très performant et énergivore, ce qui nuit très sensiblement à la discrétion du bâtiment porteur.

Ainsi présenté, le Rail Gun apparaît être un système prometteur, mais en rien révolutionnaire pour le domaine du combat naval. C’est toutefois passer à coter de plusieurs aspects spécifiques de cette technologie capable, dans les faits, d’engendrer d’importants bouleversements à ce niveau.

En premier lieu, la technologie telle que présentée aujourd’hui n’en ai qu’à ses balbutiements. Si la portée maximum est de 200 km (120 nm) pour une vitesse initiale de mach 7, elle monte à 350/400 km en atteignant Mach9. De même, la cadence de tir de 10 coups par minutes pourra croitre à 60 coups par minutes selon les ingénieurs qui travaillent sur le sujet. Cette cadence sera rendue possible grâce, entre autre, à l’absence de poudre et les gains d’espaces (et de risques) que cela engendre.

En second lieu, le guidage et la nature des projectiles disposent d’une grande marge de progression. Selon les études américaines, il serait d’ores et déjà possible de guider le projectile par GPS, mais d’autres types de guidage terminal sont envisageables, comme le laser, l’infrarouge ou le radar. En effet, en phase terminale, le projectile n’est plus soumis aux effets des solides hypersoniques, comme les hautes températures et la création de plasma. Il sera indispensable, cependant, de développer des technologies capables d’encaisser l’accélération phénoménale du projectile lors du tir, de l’ordre de 20.000 G pour un tir à Mach7, ainsi que des systèmes de contrôle adaptés. 

Le projectile lui-même pourra être spécialisé, selon qu’il soit utilisé contre un navire, un aéronef, une cible terrestre durcie ou non. Mais la capacité à réguler précisément la puissance du tir et la nature du projectile tout en maintenant une cadence de tir très importante ouvre, évidemment, des perspectives d’emplois nouvelles.

De fait, d’une arme à visée défensive et de déni d’accès, le Rail Gun peut rapidement évoluer vers une arme offensive et de soutien, et ramener ainsi les bâtiments de surface dans un rôle qui fut le leurs pendant des siècles, la domination des mers et le soutien des forces débarquées et terrestres. En outre, le potentiel du Rail Gun, et ses besoins spécifiques en matière de production électrique, tend à favoriser le retour des grandes unités de surface combattante, comme les croiseurs, capables de produire l’énergie suffisante pour plusieurs canons électriques, en emportant une panoplie importante de missiles permettant d’étendre les capacités de frappe du bâtiment. Ainsi, le croiseur reprendrait son rôle de bâtiment de première frappe, ou d’entrée en premier, avec pour mission d’éliminer les menaces pour les avions et drones mis en œuvre à distance de sécurité par les porte-avions. 

Cette logique n’est pas éloignée de celle qui prévalut à la conception des destroyers lourds Zumwalt, en l’occurrence une dizaine d’années trop tôt pour la technologie effectivement disponible.

Pour les grandes puissances militaires, la course aux armements est bien relancée

Lors d’une visite à la commission industrielle de Défense, le président V.Putin a déclaré qu’il était désormais temps pour la Russie de développer les armes du futur pour son armée. Cette déclaration peut surprendre de la part du pays ayant développé ces dernières années le char de nouvelle génération T-14, le chasseur de 5eme génération Su-57, ou le système anti-aérien de nouvelle génération S-500, sans parler des missiles hypersoniques Kinjal et de la torpille dronisée Poséidon.

Cette déclaration s’inscrit, pourtant, dans la reprise d’une véritable course aux armements entre les grandes nations militaires, Etats-Unis et Chine en tête, et dont la Russie entend bien rester au contact.

En effet, au delà de l’augmentation très sensible de son budget, les armées américaines ont lancé, ces trois dernières années, un nombre record de programmes de Défense de nouvelle génération, allant du blindé au missile hypersonique, en passant par les armes spatiales et les drones. La Chine est loin d’être en reste, avec un effort particulièrement marqué en matière spatial, de drones de combat, d’électromagnétisme et d’intelligence artificielle. La Russie, elle, a concentré ses moyens pour atteindre rapidement un avantage potentiel important vis-à-vis de l’OTAN, en modernisant massivement des équipements existants, comme les chars T-72 et T-90, les avions de combat dérivé du Su-27, et les sous-marins Kilo. Mais cet avantage décroitra au delà de 2030, lorsque les équipements de nouvelles générations américains entreront en service, comme les drones de combat ou les blindés de nouvelle génération. 

Il est donc indispensable pour Moscou d’anticiper cette évolution technologique en cours, d’autant que le budget US permettra une production massive et rapide des équipements, dont le but essentiel sera de contrer les évolutions chinoises, qui elles aussi seront nombreuses et massivement produites.

Eu égard à son économie et sa démographie, la fenêtre d’action russe est donc limitée, et seul un effort important dans ce domaine serait de nature à préserver le statuquo indispensable, selon les autorités russes, pour maintenir le pays dans le concert des très grandes nations.

La problématique du Kremlin n’est, à ce titre, pas très éloignée de celle des européens, ou plutôt de la partie des européens qui souhaitent construire une autonomie stratégique pour le continent. Il sera en effet, nécessaire aux capitales européennes entourant le couple franco-allemand de mobiliser volontés et moyens pour entrer dans cette course sino-américaine, au risque de se voir laisser de coté pour devenir quantité négligeable. En cela, les initiatives comme JEDI ou PESCO sont déterminantes, bien que très insuffisamment financées aux vues des enjeux. 

Une fois encore, c’est avant tout d’une réelle prise de conscience des changements en cours dans le monde dont ont cruellement besoin l’Europe et les Européens. Une fois cette prise de conscience effectuée, les moyens matériels et humains suivront. Les européens ont toujours été à la pointe de l’innovation lorsqu’ils passaient leurs temps à se faire la guerre, on imagine aisément les résultats potentiels d’une telle collaboration si toutes ces énergies étaient coordonnées et soutenues …

La Russie commande 132 Armata à livrer d’ici 2021

C’est à l’occasion du salon Army-2018 se tenant prés de Moscou du 21 au 26 aout que le gouvernement Russe a annoncé la première commande de son nouveau char de combat lourd, le T14 Armata, et du véhicule de combat d’infanterie lourd T-15 de la même famille. 

Ce sont donc 132 T-14, 1-15 et T-16(dépanneur de char et génie) de série qui ont été commandés, de quoi équiper un régiment de char et un régiment d’infanterie motorisée. Ces premiers véhicules, qui devront être livrés avant 2021, seront destinés à évaluer les performances techniques et tactiques de ces nouveaux équipements, et d’élaborer les doctrines d’emplois. Il faut garder à l’esprit que, sur la même période 2018-2021, les forces russes auront également perçu entre 400 et 500 chars lourds modernisés T-72B3M, T80BVM et T90BM, et autant de véhicules de combat d’infanterie Kurganet25, Boomerang, BTR et BMP, portant le total des forces russes opérationnelles à plus de 50 régiments de chars modernes. Rappelons, à toute fins utiles, qu’en 2021, la France n’alignera que 4 régiments de char, l’Allemagne 6 et le Royaume-Uni 3. 

Reste que le T-14, comme le T-15, sont beaucoup plus chers à produire comme à utiliser, que leurs homologues de génération précédente. On avance ainsi le rapport de 1 T-14 pour 5 T-72B3M. Il est donc évident, aux vues des difficultés budgétaires que rencontre la Russie, que la production massive de T-14 n’interviendra pas avant longtemps, d’autant que l’opposition occidentale reste plus que symbolique. On se demande donc si le T-14 (et le T-15) sera réservé à des unités d’élites pour être mis en œuvre à l’échelle de la division ou du corps d’armée, ou si les régiments blindés russes percevront un peloton de T-14, utilisés comme force de rupture, permettant la manœuvre des autres chars moins performants mais beaucoup plus nombreux. 

Faut-il revenir à des porte-avions plus légers ?

Bien que les autorités militaires russes aient fait savoir que, pour l’heure, le projet de porte-avions envisagé par la Marine russe était toujours le concept Shtorm de 60.000 tonnes, le projet de porte-avions de 40.000 tonnes présenté par le bureau d’étude Krylovcontinue d’attirer beaucoup l’attention.

Et pour cause ! Le concept proposé permettrait de déployer 24 avions de chasses (12 Su-33 et 12 Mig29KUB), des avions d’alerte aérienne avancée, et les hélicoptères de lutte ASM et de sauvetages classiques par navire, soit une puissance aérienne largement suffisante pour les besoins de la Marine russe. C’est d’autant plus vrai que son Etat-major estime avoir besoin de 4 porte-avions, 2 pour la flotte de la mer du nord, et 2 pour la flotte du Pacifique, et que les couts d’un porte-avions plus léger aiderait certainement à envisager un tel objectif, parfaitement impossible avec un bâtiment de 60.000 tonnes.

Mais la flotte russe n’est pas la seule à pouvoir bénéficier de revoir ses ambitions de tonnage à la baisse pour ses porte-avions. 

Pour la Marine Nationale, la prochaine génération de ces navires, dont le lancement a été reporté au delà de 2025 selon la Ministre des armées, doit également jauger plus de 60.000 tonnes, et être capable d’emporter une quarantaine d’avions de combat, contre 24 pour le PAN Charles de gaulle aujourd’hui. Mais est-ce le format le plus pertinent ?

En effet, nous avons vu depuis 20 ans les limites qu’imposent la possession d’un unique bâtiment de ce type, fut-il aussi performant que le PAN français, qui a montré une disponibilité très supérieure aux attentes. Naval Group estime aujourd’hui que le prochain porte-avions français coutera entre 4 et 5 Md€, pour sa conception et sa construction. Pour pouvoir déployer 40 avions de chasse, le parc de chasseur de l’aéronautique naval devra, lui, augmenter de 15 appareils s’il n’y a qu’un seul bâtiment, et de 30 s’il y en a deux. De fait, un bâtiment coutera 6 Md€, et 2 bâtiments couteront 11 Md€, en tenant compte des appareils supplémentaires requis.

En remplaçant le modèle par un PA de 45.000 tonnes comme le Charles de Gaulle, il ne serait pas nécessaire d’augmenter le nombre de chasseurs (45 aujourd’hui) pour un unique bâtiment. Pour deux bâtiments, l’augmentation du parc ne serait que de 10 appareils. Le prix d’un tel bâtiment, conception et construction, serait alors ramené de 4,5 Md€ à 3,5 Md€ pour une unité, et de 8 Md€ à 6 Md€ pour 2 bâtiments. L’enveloppe pour 2 bâtiments, aéronavale incluse, serait donc de 7 Md€, seulement 1 Md€ de plus que l’unique porte-avions de 60.000 tonnes.

En outre, un porte-avions à catapulte et brins d’arrêt de 45.000 tonnes pourrait intéresser plusieurs pays qui cherchent, aujourd’hui, à s’en doter, comme le Brésil, l’Inde, le Japon ou la Corée du Sud. Il ne serait pas exclu, dans un tel cas, de trouver un partenariat avec un ou deux de ces pays pour co-déveloper ensemble la classe, donc réduire les couts de conception, tout en plaçant, au passage, de la valeur ajoutée de la BITD française comme les systèmes de combat, les systèmes de guerre électrique, de protection anti-aérienne et anti-missiles, et, bien évidemment, les avions eux-mêmes.

Du point de vu opérationnel, il est incontestable que le potentiel militaire d’un porte-avions mettant en œuvre 40 avions de combat est supérieur à celui d’un bâtiment n’en disposant que de 24. Mais il faut garder à l’esprit que la majorité des forces aériennes dans le monde ne disposent que de 24 ou 36 chasseurs modernes opérationnels, et qu’une flotte de 24 Rafale représente une capacité de frappe déjà très significative. En revanche, la différence de capacité entre 1 unique porte-avions et 2 porte-avions plus petit est très en faveur du second. Ne parlons même pas de l’option à 3 porte-avions, dont le cout serait identique à celle à deux ‘gros » bâtiments, et qui permettrait de disposer d’un porte-avions à la mer ou en alerte 24h à plein temps, et de 2 navires les trois-quarts du temps.

De fait, pour des pays comme la France, mais également la Russie, le retour à un format de porte-avions plus réduit, de « seulement » 40/45.000 tonnes serait loin d’être une mauvaise option, tant financièrement que du point de vu opérationnel.

Reste la crainte vis-à-vis des politiques, et de leur propension à toujours reporter ou réduire ses engagements de Défense. En France, c’est probablement le seul argument en faveur d’un bâtiment plus lourd, selon la célèbre formule « mieux vaut un tu l’as, que deux tu l’auras » …

Quelles seraient les conséquences d’un renforcement militaire américain en Pologne ?

A l’occasion de sa visite à Washington, le 18 septembre, le président polonais Andrzej Duda a réitéré l’offre faite au président Trump pour un déploiement  permanent d’une brigade américaine sur le sol Polonais, moyennant une participation financière de Varsovie de 2 Md$. Si la proposition n’avait pas été relevée lorsqu’elle fut faite pendant le sommet de l’OTAN à Bruxelles, il semble que désormais elle retienne effectivement l’attention du président Trump, dont l’égo a probablement été flatté lorsque le président polonais a proposé de  baptiser la base US « Fort Trump »

Mais ce sont surtout les circonstances entourant cette offre qui amènent le président Trump à changer son fusil d’épaule. D’une part, un tel déploiement se ferait très probablement au détriment des forces permanentes stationnées en Allemagne. Or, les relations entre Washington et Berlin sont aujourd’hui au plus bas. L’administration US reproche fermement aux autorités allemandes leur manque d’implication dans la défense européenne et dans l’OTAN, ainsi que le budget consacré à la Défense par l’Allemagne jugé trop faible. S’il est vrais que les armées allemandes ont, comme l’ensemble des armées européennes, fait face à des restrictions budgétaires sévères, on ne peut s’empêcher de constater la différence de traitement entre l’Allemagne et l’Italie, cette dernière ayant pourtant annoncé qu’elle conserverait un budget de défense inferieur à 1,5% de son PIB, soit moins que l’objectif allemand de 1,5% en 2025.

Du coté russe, il est évident qu’un tel déploiement de forces américaines en Pologne serait de nature à accroitre les tensions sur la ligne de frontière, et que Moscou rétorquera en augmentant lui aussi la présence déjà importante d’unités face à la frontière européenne.

Mais c’est surtout du point de vu européen que la mesure serait la plus effective. En effet, en demandant à Washington de déployer ses troupes en Pologne, Varsovie envoi un message clair portée par le président Macron et la chancelière Merkel, selon lequel la Pologne, comme la majorité des pays d’Europe de l’Est, n’envisagent leur défense aujourd’hui, et dans un futur proche, que dans l’OTAN au travers d’un partenariat intense avec les Etats-Unis. Il faut rapprocher cette position des déclarations italiennes au sujet d’un front « anti-Macron/Merkel » soutenu par le président Trump, ou de celles faites lors du sommet européen du mois derniers, par la « coalition » rassemblant l’Italie, la Pologne et la Hongrie.

De fait, les implications d’un possible déploiement permanent de forces US en Pologne dépassent très largement le cadre polonais, et s’apparente à une alliance de cause pour tenir tête, à l’intérieur de l’UE, aux initiatives visant à amener l’Europe vers une autonomie stratégique.

De fait, l’indispensable construction de l’Europe de la Défense, pour se faire, devra impérativement se faire dans l’Europe, mais pas « par » l’Union Européenne. Elle devra s’appuyer sur un noyau de pays autour du couple franco-allemand, voir sur ce seul couple initialement, et constituer une offre attractive pour fédérer, petit à petit, les autres pays de l’Union, et pourquoi pas d’autres pays comme la Suisse. Mais il faudra, pour cela, aligner les opinions publiques des deux leaders économiques européens de sorte à créer une dynamique solide dépassant les clivages politiques de plus en plus marqués, quitte à devoir écorner la bulle perceptive de sécurité globale des européens, pour la plupart parfaitement inconscients des évolutions géopolitiques en cours.

Si le déploiement de forces américaines en Pologne n’est pas du ressort des européens, il n’en demeure pas moins que ses conséquences affecteraient d’abord et avant l’Union Européenne.  La conclusion de ce dossier, comme son déroulement, nous apportera certainement des éclaircissements sur les motivations de chacun, leurs déterminations et leurs objectifs. A suivre avec grande attention ..

L’enjeu Arctique pour la Russie

Moscou n’a jamais caché son intérêt stratégique pour les zones arctiques sibériennes. Depuis 2010, les forces militaires russes n’ont ainsi construits pas mois de 6 nouvelles bases polaires, et le dispositif militaire en arctique dispose de 14 bases aériennes et 16 ports en eau profonde sur les 18.000 km de cotes arctique que compte le pays.

Ces dernières années, ce sont 6 nouvelles brigades arctiques qui ont, ainsi, été constituées, et qui disposent d’un équipement spécialement développé, comme les systèmes anti-aériens TOR-M2DT et Pantsir-A, le char lourd T80BVM dont la turbine permet de fonctionner a des températures très basses, l’hélicoptère de Transport Mi-8AMTSh-VA spécialement conçu pour le vol dans le grand froid, et une multitudes de véhicules à haute mobilité, allant du blindé à compartiment lourd DT-30PM a la snow-mobile TTM 1901-40. 

Il faut dire que les contrées arctiques revêtent un intérêt triple pour la Russie. En premier lieux, c’est la zone de navigation de prédilection des sous-marins lanceur d’engin de la marine russe, experte dans le domaine de la navigation sous les glaces polaires. En second lieu, le nord sibérien est un ancien plateau sédimentaire, et contient aujourd’hui un part très importante des réserves mondiales de gaz naturel, indispensable à l’économie russe. Enfin, les autorités russes parient sur le réchauffement climatique en cours, pouvant augmenter la navigabilité de la route nord reliant le pacifique à l’Atlantique. Selon certaines prévisions, cette route pourrait même devenir praticable toute l’année par la navigation commerciale, ce qui évidemment serait un atout important pour Moscou, et une extraordinaire alternative à la route de la Soie de Pékin.

Il ne faut pas négliger la proximité des cotes nord américaines dans ce tableau, la route par les pôles permettant aux bombardiers russes d’atteindre l’Amérique du Nord et d’espérer pouvoir en revenir. En l’absence de bases américaines, comparables aux bases américaines en Europe, au Japon ou en Corée du Nord, la route polaire est de fait l’unique alternative pour la dissuasion aérotransportée russe de pouvoir menacer le territoire américain.

La remilitarisation de l’arctique par les forces russes n’est pas passée inaperçue, et entraine désormais une réponse des pays concernés, en premier plan desquels le Canada qui a intégré des conditions de navigations polaires à sa flotte de destroyers en cours d’acquisition, et a lancé un programme de patrouilleurs arctique dont le premier exemplaire vient d’entrer en service. Les pays scandinaves sont également en train de moderniser leurs forces militaires, et de renforcer leurs capacités de combat hivernal, pour pouvoir contrer, le cas échéant, une opposition avec les forces russes.

Plus étonnant, la Chine développe elle aussi une force militaire arctique, et ambitionne de devenir un acteur majeur de ce théâtre d’opération dans les années à venir.

Quoiqu’il en soit, en disposant d’une supériorité avérée dans les zones arctiques, la Russie, ou le couple sino-russe le cas échéant, bénéficierait d’une mobilité exceptionnelle pour atteindre l’ensemble des mers du globe, et pour déplacer rapidement troupes et matériels. Il est donc indispensable, pour les américains comme les européens, d’être en mesure de contrôler voir d’entraver cette mobilité dans des cas extrêmes. Pour l’heure, nous en sommes loin.

La seconde phase du conflit Irako-Syrien a démarré

Le traitement médiatique du conflit irako-syrien ayant largement diminué, on pourrait être tenté de considérer que la situation est en voie de normalisation. Sur le terrain, cependant, les tensions et risques d’embrasement généralisés sont encore très important, voir le sont d’avantages aujourd’hui, alors que les lignes se brouillent avec la disparition annoncée de l’Etat Islamique.

C’est ainsi que lundi soir, un avion de renseignement électronique des forces aériennes russes Il-20 a été abattu alors qu’il approchait de la base russe de Hmeimim, en Syrie. Le gouvernement russe, par la voix de son ministre de la Défense russe, a mis en cause la frégate française « Auvergne », patrouillant au large des cotes, l’accusant d’avoir abattu l’appareil russe. Assez rapidement, toutefois, le navire fut mis hors de cause, et la destruction de l’appareil attribuée à un tir de missile S-200 syrienqui tentait de repousser une attaque menée par 4 F-16 Israéliens contre des installations militaires syriennes prés de Lattaquié.

Peu de temps auparavant, en Irak, les forces iraniennes avaient lancé une série de missile sol-sol contre les forces Kurdes dans le nord du pays.

Ces deux évènements montrent que, non seulement le conflit irako-syrien est loin d’être terminé, mais qu’il entre désormais dans une nouvelle phase, ou les alliés de circonstance d’hier peuvent rapidement devenir antagonistes du fait d’intérêts très divergents. 

Cela montre également avec quelle célérité une situation perçue comme sous contrôle peut se détériorer sous l’action de forces exogènes. Que se serait-il passé si, persuadé de l’implication de la frégate française, les batteries côtières de missiles antinavires Bastion basée à Tartous avaient ouvert le feu ? Ou si un missile du système S-200 tiré vers les F-16 Israélien, avait été identifié comme hostile par le bâtiment français, qui dispose, rappelons le, de missiles de croisière MdCN ?

L’intrication aussi forte de forces antagonistes mais non belligérantes, et de forces belligérantes n’hésitant pas à user du feu militaire, est potentiellement très risquée, et l’incident dramatique de ce lundi  17 septembre, qui aura couté la vie à 15 militaires russes, aurait pu avoir des conséquences bien plus lourdes. 

Les forces militaires américaines se préparent à des conflits majeurs et simultanés

Comme la majorité des armées occidentales, les forces armées américaines ont connu une période de flottement après l’effondrement du bloc soviétique. Non seulement durent-elles faire face à des restrictions budgétaires,  mais elles furent largement mises à contribution dans des conflits à structure asymétrique, comme en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Il s’en est suivi une certaine désorganisation de l’outil militaire qui perdit, en partie, l’intégrité structurelle qui faisait la force des armées américaines. En outre, elles se sont aventurées dans des projets technologiques très hasardeux, ayant connu des résultats très mitigés, allant du Sea Wolf au LCS, des F22 aux F35, des Zumwalt aux Comanches.

Au final, les équipements des armées US aujourd’hui sont étonnamment proches de ce qu’ils étaient 25 ans auparavant, au détail prés de diverses phases de modernisation plus ou moins réussies. 

Sur la même période, deux nations ont, elles, considérablement accru les performances de leurs forces militaires. La Russie est parvenue, ainsi, à reconstituer une puissance militaire de premier plan, dépassant largement la qualification de « puissance régionale », alliant une imposante force blindée et conventionnelle à une composante stratégique très dynamique et innovante. La Chine, quand à elle, a su rattraper en deux décennies le retard technologique très important qu’elle avait face à l’occident, et développe aujourd’hui, grâce à sa vitalité économique, démographique et scientifique, une puissance militaire susceptible de faire jeu égal avec les Etats-Unis dans à peine plus d’une décennie.

C’est face à ce constat, et avec les ressources financières supplémentaires promises par le président Trump, que les 4 armées Américaines s’emploient, aujourd’hui, à se préparer à répondre aux nouveaux contextes stratégiques mondiaux, comme la possibilité de devoir être engagé simultanément dans deux conflits majeurs, en Europe et dans le Pacifique, ou de voir apparaître une multitude de conflits régionaux ayant des physionomies très différentes. 

Pour l’US Army, ce plan repose sur un axe de développement en 5 points prioritaires : le renouvellement des véhicules blindés, de la composante héliportée, des systèmes de commandement et de contrôle, des systèmes anti-aériens à courte portée et des systèmes d’artillerie.

L’US Navy a, pour sa part, lancé le programme de frégate d’escorte FFG/X destiné à remplacer une partie du décevant programme Littoral Combat Ship, pour augmenter rapidement le nombre de bâtiments de combat. La composante aéronavale continue d’être renouvelée avec le remplacement des porte-avions de la classe Nimitz par la classe G.Ford et l’augmentation de leurs nombres à 12 contre 10 aujourd’hui, l’entrée en service prochaine du drone de ravitaillement MQ-25 Stingray, et le développement d’un nouvel avion de combat destiné à remplacer le F18, programme qui bénéficie d’un budget de 5 Md$ par an sur les 5 prochaines années. Les sous-marins nucléaires d’attaque et lanceurs d’engins sont d’ores et déjà en cours de remplacement, cette composante ayant été particulièrement bien protégée ces 30 dernières années. Le remplacement des croiseurs de la Navy était, quand à lui, incertain, mais l’Etat-major a fait savoir qu’il avançait rapidement sur la définition d’un bâtiment destiné à remplacer les Ticonderoga vieillissants, et que les premières commandes devraient intervenir en 2022 ou 2023. 

Le croiseur sera plus grand que les Destroyers A.Burke Flight III déjà en production, et sera conçu pour répondre aux évolutions rapides des besoins de la guerre navale, que ce soit en matière de production électrique, de capacité de traitement informatique, du refroidissement corolaire du point précédent, et de l’emport d’armements et de drones.

La description donnée n’est pas sans rappeler celle des destroyers lourds Type 055 chinois, ou du Lider russe (si ce dernier voit effectivement le jour). Elle est surtout révélatrice d’un retour à ce qui fit le succès de l’ingénierie US pendant des décennies, un pragmatisme absolu et la recherche du meilleur rapport performance / cout.

Rappelons enfin que le Président Trump s’est engagé à augmenter le format de l’US Navy, et notamment le nombre de bâtiments de combat, qui doit passer de 360 à 450 selon lui (Les projections industrielles donnent une flotte chinoise à 550 bâtiments en 2035, avec un tonnage moyen toutefois inférieur à l’US Navy)

L’US Air Force a, quand à elle, annoncé qu’elle ambitionnait de faire croitre de 24% le nombre de ses escadrons, qui passeraient de 312 aujourd’hui à 386 en 2030. Ainsi, les escadrons de bombardiers stratégiques, qui vont recevoir le nouveau B-21 Ranger, passeraient de  9 à 14, ceux de ravitaillement de 40 à 54, et ceux de C2ISR (Command and Control Intelligence, Surveillance and Reconnaissance) de 40 à 62. Les escadrons de chasse passeraient eux de 55 à 62, alors que ceux de drone de reconnaissance et d’attaque ne croitraient que de 2 escadrons, passant de 25 à 27. 

Elle devra recruter prés de 40.000 nouveaux militaires, passant de 685.000 à 725.000, alors que son budget devra, pour faire face à une telle croissance, augmenter de 13 Md€, pour atteindre 66 Md$ en couts de fonctionnement (hors acquisitions des équipements).

Les autres commandements des armées américaines sont dans une dynamique comparable, que ce soit l’US Marines Corps en pleine mutation avec l’entrée en Service des LHD de la classe America et de ses F35B, ou le nouveau commandement de l’Espace.

L’ensemble de ces augmentations capacitaires indique, sans qu’il n’y ait le moindre de doute, que désormais les Etats-Majors anticipent une période de très importantes tensions, avec la possibilité de devoir intervenir simultanément et massivement sur plusieurs théâtres. On peut, dés lors, comprendre, tout au moins en parti, l’agacement de l’administration US face aux Européens qui rechignent à augmenter leurs dépenses de Défense, pariant sur le soutien US en cas de besoin.

Surtout, les capitales occidentales devraient anticiper le fait que le soutien US pourrait être largement plus contraint qu’elles ne l’espèrent, pour peu que la situation dans le Pacifique soit également tendue.  En 2030, la situation géopolitique pourrait bien d’avantages ressembler à celle de la seconde guerre mondiale, plutôt que celle de la guerre froide.

La Marine chinoise maintien son effort de croissance

Les performances de l’industrie de défense navale chinoise ne sont plus à démontrer aujourd’hui, si ce n’est auprès de quelques irréductibles persuadés que les bâtiments chinois ne sont que de pâles copies de leurs homologues occidentaux et russes.

Alors que le second porte-avions chinois, identifié Type 001A, vient d’effectuer sa deuxième sortie à la mer, une 53eme corvette type 056Avient d’être lancée par les chantiers navals Hudong-Zhonghua, amenant à 9 le nombre de lancement de bâtiment de ce type cette année. Sur la même période, ce sont 18 bâtiments qui auront été lancé, dont 3 destroyers Type 055, et le 6eme bâtiment de débarquement(LPD) de Type 071. Coté mise en service, ce sont également 4 destroyers, type 052D cette fois, 3 frégates, 3 corvettes et le sistership Type 071 qui auront d’ores-et-déjà été admis, parmi 15 bâtiments de surface lancés.

Nous remarquons d’ailleurs que 4 destroyers, 3 frégates et 3 corvettes correspond, a peu de chose prêt, à 50% de la flotte de surface combattante française en 2030, avec 10 destroyers, 5 frégates et 6 frégates de surveillance (assimilables à des corvettes).

Si ce rythme industriel est désormais connu et documenté, on parle beaucoup moins de l’extraordinaire effort en matière de formation et de validation des savoir-faire de la Marine Chinoise. En effet, sur ces 15 bâtiments livrés à l’armée populaire de libération, seuls 3 remplacent des bâtiments devenus obsolètes. Il aura donc fallut constituer 12 équipages ayant les compétences techniques et militaires pour mettre en œuvre des navires modernes, ainsi que les moyens aéronavals qui vont avec. C’est d’autant plus remarquable que la Marine Chinoise ne s’est que très peu appuyée sur des transferts de compétence issus de ses partenaires alliés. La Marine Russe, par exemple, a très peu interagit avec son homologue chinoise durant cette phase de transformation et de croissance profonde.

Difficile, dans ces conditions, de penser que cet effort intense soit appelé à être modulé lorsque la puissance atteinte sera suffisante pour protéger et contrôler la route de la Soie, qui devrait arriver dans moins de 10 ans à ce rythme.