dimanche, novembre 30, 2025
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Démonstration de force réussie par la Russie lors de l’exercice Vostok 2018

Le Général Sergeï Choïgou l’avait annoncé, l’exercice Vostok 2018, qui s’est déroulé dans les plaines sibériennes orientale du 11 au 15 septembre, aura été un exercice massif, regroupant prés de 300.000 militaires russes et leurs 36000 véhicules et 1000 avions et hélicoptères, soit le plus important exercice depuis 1981 pour les forces russes ou soviétiques.

L’exercice s’est déroulé en 2 phases, la première d’une durée de 2 jours, simulant la mise en alerte et le regroupement des forces sur délais courts, et la seconde pour les opérations militaires elles-mêmes. 

Au delà des analyses techniques, l’exercice est d’ores-et-déjà une grande réussite, puisque les forces russes auront réussie à mobiliser et déplacer en 48 heures une force de 300.000 hommes, plus 5000 militaires chinois et mongoles, avec leurs matériels et leurs lignes logistiques. Certes les forces étaient déjà en alerte, mais le résultat n’en est pas moins impressionnant, et a du faire grand effet au siège de l’OTAN, sachant qu’il a fallut plusieurs semaines à l’alliance atlantique pour déployer deux brigades blindées sur la frontière russe et Biélorusse, lors du déclenchement des mesures de réassurance envers les pays Baltes, la Pologne et la Roumanie.

En effet, aujourd’hui, il faudrait probablement à l’occident entre 1 mois et 1 mois ½ pour déployer sur les frontières orientales européenne une force de moins de 100.000 hommes avec leur matériel, et ce admettant un renforcement américain rapide et fluide (non entravé).

Au delà de l’OTAN, le message n’est certainement pas passé inaperçu à Kiev, alors que les tensions en mer d’Azov comme sur la ligne de front du Donbass ne font que s’accroitre ces dernières semaines, comme pour les acteurs du conflit syrien, qui pourraient être tenté de croire que la Russie est un ours aux pieds d’argile.

Parallèlement, Moscou a marqué sa très bonne entente avec Pekin, et sa collaboration étroite avec l’empire du Milieu, là encore un message clair destiné aux occidentaux, et plus spécifiquement aux américains. Implicitement, les forces russes ont également montré qu’elles étaient maitresses de tout le territoire russe, fut-il distant de 7000 km du gros des troupes. Comme le répétait Talleyrand, si cela va sans dire, cela va d’autant mieux en le disant ; en l’occurrence, en le montrant !

Avec cet exercice, la Russie a montré qu’elle avait à nouveau les moyens de faire parti des nations à viser mondiale, et non plus régionale, comme on l’a souvent classé à tort. Si aujourd’hui le Kremlin n’a plus la puissance démographique, économique et idéologique que pouvait avoir l’Union Soviétique, il dispose d’une force militaire mobilisable l’amenant au même niveau que les Etats-Unis et la Chine, sans même faire référence aux capacités stratégiques du pays. 

La consolidation navale européenne face à ses contradictions

Lors de la présentation du plan « MERCATOR », encadrant l’évolution de la Marine Nationale jusqu’en 2030, le chef d’Etat-Major de la Marine nationale, l’Amiral Prazuck, a implicitement confirmé une crainte qui circulait depuis plusieurs années. En effet, avec les errements du plan BATSIMAR, sensé remplacer les avisos et patrouilleurs de la royale, l’ensemble de ces navires sera, à l’avenir, qualifiée de patrouilleur, éliminant de fait la dimension combattante des bâtiments. Il n’est donc pas question de remplacer les 17 avisos de la classe Estienne D’Orves A69, requalifiés patrouilleurs hauturiers en 2000 après la vente de 6 exemplaires à la Marine Turque. Les patrouilleurs fussent-ils hauturiers n’ont, en effet, pas de capacité anti-sous-marine ou antinavire comme les A69, ni aucune capacité d’autodéfense antiaérienne. Ce sont des bâtiments de service public armé, et non des bâtiments de guerre.

Comme si cela ne suffisait pas, le document fait état de la disparition des « frégates de second rang », représentée aujourd’hui par les 5 frégates légères furtives de la classe LaFayette. Or, ces 5 bâtiments de la Marine Nationale représentent un atout important, en permettant à la Marine d’envoyer un navire de guerre significatif dans des zones tendues, sans devoir y consacrer une de ses précieuses et rares frégates de 1errang, dont le rôle (et le nombre) est avant tout d’escorter les navires de projection de force de la Marine, son porte-avions nucléaire et ses 3 bâtiments de Projection et de Commandement. 

En tout état de cause, le format de la flotte combattante de haute-mer française connaitra donc une contraction de 25% entre 2025 et 2030, passant de 20 à 15 navires, et sa flotte de corvette aura, elle intégralement disparue. Paradoxalement, en terme de tonnage, l’écart devrait être faible, puisque la Marine devrait recevoir 4 Pétroliers Ravitailleurs Volcano pour remplacer ses 3 Bâtiments de Ravitaillement et de Commandement. Pour une nation se voulant tournée vers la mer, ou l’ultramarin comme il est coutume de dire, et disposant de la 2eme ZEE mondiale, ces chiffres ont quelque chose d’extrêmement contradictoire.

Au delà des aspects purement opérationnels déjà très préoccupants, un autre paramètre doit être pris en compte, qui lui s’oppose à la volonté d’autonomie stratégique du président Macron. En effet, le nouveau format de la Marine ne permettra pas de commander, sur la durée, que 2 navires de combat de surface par tranche de 3 ans, en moyenne. Surtout, avec les 8 FREMM et les 5 FTI qui auront moins de 15 ans, les chantiers de Naval Group vont devoir se limiter à la construction des 6 nouvelles frégates de surveillance et le remplacement des 2 Horizons sur les 20 années de 2030 à 2050. Inutile de dire que ce volume de commande domestique signe l’arrêt de mort du site Naval Group de Lorient.

Car, en effet, là ou DNCS avait compensé la faiblesse des commandes domestiques de 1990 à 2010 par de nombreuses exportations, la situation est toute autre en 2018, et à fortiori en 2030, avec l’apparition de nombreuses offres concurrentes en Europe (Espagne) comme ailleurs (Turquie, Corée du Sud, Afrique du Sud). A cela s’ajoute la montée en puissance des offres chinoises, proposant un rapport performances/prix très attractif, et le retour de la Russie sur ce marché. Enfin, désormais, la majorité des commandes se font dans le cadre d’une construction locale et de transferts de technologies, comme les corvettes Gowind Malaysienne et Egyptienne, ou les sous-marins Scorpènes Indiens. Nul doute que, comme la Corée du Sud l’a récemment montré en lançant son premier sous-marin AIP de construction locale, tous ces pays tenteront de se positionner sur ce marché d’ici 2030.

Le phénomène est aujourd’hui le même pour l’Italien Fincantieri, dont le gouvernement vient d’annoncer qu’il maintiendra son effort de défense à son niveau actuel, inferieur à 1,5% du PIB du pays. En 2030, Fincantieri aura livré à la Marine Italienne ses 10 FREMM et ses 8 PPI, comme le porte-aéronef Trieste, et n’aura donc comme perspective domestique que le remplacement des 2 frégates Horizon à horizon 2045, comme pour la France.

Ce phénomène a été anticipé par les 2 industriels, qui tentent de conjurer le sort par une collaboration qui, espèrent-ils, permettra d’optimiser les conversions sur les marchés exports, en évitant les affrontements fratricides, comme celui qui oppose aujourd’hui le français Naval Group à l’Allemand TKMS en Egypte. Car pour ce dernier, la situation est identique que pour les chantiers français et allemand, avec un portefeuille virtuel domestique sur la période 2030-2050 limité à 4 corvettes et espèrent-ils, 3 sous-marins sur les 6 Type 2014 qui devront être remplacé à partir de 2045.

Les perspectives de commandes domestiques des 3 plus grands constructeurs navals européens ne permettraient de garantir l’activité que d’un seul. Eu égard aux évolutions du marché extérieur, le potentiel d’export sur la même période ne dépassera pas l’activité d’un acteur. En d’autre terme, parmi ces 3 géants industriels, chacun au cœur d’un écosystème de plusieurs dizaines de milliers d’emplois, au moins l’un d’eux devra disparaître dans les 20 à 30 années à venir. Quand aux deux rescapés, rien ne garanti leur pérennité au delà de deux autres décennies. 

C’est probablement conscient de cette situation que le comité d’administration de TKMS a décidé de détacher les activités du chantier naval et bureau d’études, de sorte à pouvoir répondre rapidement à une offre de rachat. 

La consolidation industrielle permettra certainement de réduire, dans une certaine mesure, les évolutions du marché internationale, mais pas de compenser le défaut d’activité majeur du modèle économique actuel. En outre, les tensions entre les acteurs iront grandissantes au fur-et-à-mesure que les difficultés financières et industrielles apparaitront. 

Les gouvernements des 3 pays seraient bien venu de considérer les couts induits par la disparition annoncée de leurs savoir faire industriels, de ses effets sur l’emploi, de l’obligation d’importer des technologies et des bâtiments dans le futur, et de l’abandon de puissance et d’autonomie stratégique que représente les quelques économies à court terme espérées par la planification industrielle et budgétaire actuelle. La doctrine Défense à Valorisation Positive apporte des réponses globales qui permettraient aux 3 chantiers non seulement d’être maintenu, mais de développer leur activité en dépit des nouveaux acteurs internationaux, tout en renforçant la puissance navale européenne, avec un solde budgétaire et fiscal positif pour les Etats. 

L’Armée de l’Air Indienne au secours du Rafale

Ce n’est pas un secret que l’Armée de l’Air Indienne aime beaucoup le Rafale. A plusieurs reprises, ses représentants se sont exprimés en faveur de l’avion de Dassault, fut-ce à la place des chasseurs furtifs russes Su-57 ou des chasseurs légers dans la compétition opposant le F16 Viper au JAS-39 Gripen.

Or, le contrat entre gouvernements concernant l’acquisition des 36 premiers Rafale de l’Armée de l’Air Indienne est depuis quelques temps sous le feu de l’opposition indienne et du sénat, avec les élections présidentielles de 2019 en ligne de mire. L’opposition accuse le gouvernement Moodi de corruption, arguant sur le prix unitaire très important des Rafale dans ce contrat. 

Dans les faits, ce premier contrat intégrait effectivement les 36 appareils construits en en France, ainsi que l’ensemble des travaux pour adapter les avions français aux spécificités indiennes, notamment en terme d’armement. En outre, il intégrait la création d’une plate-forme de maintenance permettant l’entretien de 150 Rafales, qui représentait, à terme, le parc souhaité par l’Armée de l’Air Indienne. En outre, ce contrat s’accompagnait d’un engagement d’offset de 50% des industriels français, engagement respectés par les membres du consortium Rafale avec, entre autres, Dassault Aviation, Safran pour les moteurs, Thales pour les équipements électroniques et le radar.

Malgré les réponses et explications répétées du gouvernement indien et de la ministre indienne de la Défense, l’opposition n’en démord pas, usant pour cela de campagnes de presse et internet pour asseoir l’opinion de son point de vue.

C’est la raison pour laquelle l’Etat-Major de l’Armée de l’Air Indienne a tenue à répondre publiquement aux allégations portées, dans une démonstration très efficace en 10 points, écartant toute accusation de corruption, et démontrant même que le contrat d’Etat à Etat entre l’Inde et la France était plus au bénéfice de l’Inde que ne l’était le contrat MMRCA qu’il remplaçait.

Reste que cette question est devenue aujourd’hui un enjeu central des élections à venir, au même titre que la proposition française l’est en Belgique. Et que l’avenir du contrat, et des éventuels contrats qui devaient logiquement suivre, sera déterminé en partie par les électeurs eux-mêmes, et les multiples campagnes d’influence en cours.

On ne peut toutefois pas écarter la possibilité d’une action concertée avec une nation extérieure, les Etats-Unis pour ne pas les citer. En effet, l’administration US n’a pas ménagé ses efforts pour tenter d’amener l’Inde à rejoindre sa sphère d’influence pour contrer la montée en puissance chinoise. En y parvenant, elle porterait également un coup sévère aux exportations d’armes russes, dont l’Inde absorbe presque la moitié chaque année, mais également de ses partenaires européens, comme la France.

Car les Etats-Unis pensaient avoir contrat gagné concernant l’appel d’offre pour le remplacement des Mig21 Indien par un appareil léger monomoteur. La compétition n’opposait plus que le suédois Saab au F16 Viper américain, lorsque le gouvernement Moodi, sous la pression de l’Armée de l’Air, décida d’ouvrir la compétition aux avions polyvalent bimoteurs comme le Typhoon, le F-18 et, bien évidemment, le Rafale. Or, avec les investissements pour adapter l’appareil aux besoins spécifiques indiens, la plate-forme de maintenance déjà en place, et deux escadrons en fonction et disposant des outils de formation, l’offre française partirait avec un avantage certains sur ses concurrents, nonobstant les performances supérieures de l’appareil lui même. En outre, les industriels français ont utilisé leurs investissements contractuels pour préparer la production locale de l’appareil Français, et soutenir l’industrie locale pour augmenter les performances du Tejas, le premier chasseur de facture indienne.

Or, le Président Moodi, s’il est favorable à un accord de Défense avec les Etats-Unis, n’est pas prêt à sacrifier ses relations avec la Russie, ni avec les Européens, pour ce faire. C’est ainsi qu’il a maintenu un contrat visant à acquérir 6 régiments de systèmes de défense antiaérien S-400 auprès de Moscou, en dépit du fait qu’il exposait l’Inde aux sanctions américaines du Countering America’s Adversaries Through Sanction Act, ou CAATSA. 

Il est donc surprenant de voir une campagne nationale pour corruption orchestrée par l’opposition indienne contre le président Moodi, apparaître seulement quelques semaines après l’extension de l’appel d’offre chasseur léger permettant au Rafale de concourir, alors que la cible de ces accusations résiste aux avances américaines…

La Corée se positionne sur le marché des sous-marins AIP

Il n’aura fallut que 2 générations de sous-marins construits sous licences, les 9 type 209 et les 9 type 2014 acquis après de l’Allemagne, pour que les chantiers navals sud-coréens aient assimilé l’ensemble des technologies nécessaires pour développer leurs propres sous-marins à propulsion conventionnelle AIP, une technologie permettant au submersible de rester plusieurs semaines en plongée.

Ce 14 septembre, le premier exemplaire de la classe « Dosan Ahn Chang-ho », ou KS-III, a été lancé par les chantiers navals Daewoo à Okpo. Le bâtiment, long de 83 mètres et jaugeant 3500 tonnes en plongée, emportera des torpilles lourdes, des missiles antinavires et 10 missiles de croisière Hyunmoo-3, qui transporte 500 kg d’explosifs jusqu’à 1500 km, avec un guidage mixte GPS/Inertiel et radar/infrarouge en mode terminal.

Ainsi, les 9 sous-marins KS-III seront parmi les sous-marins à propulsion conventionnelle les plus puissamment armés de ce théâtre d’opération, comparable aux excellents Soryu japonais (13 unités prévus) et ne cédant qu’aux 12 Shortfin Barracuda Australiens construits avec le français Naval Group.

Toutefois, avec son prix unitaire de 900 m$, le nouveau sous-marin coréen se positionne comme un très sérieux concurrent pour les productions européennes, et les autorités de Séoul ont l’ambition de rentabiliser rapidement leur investissement en proposant ce submersible performant et bon marché à ses voisins asiatiques. 

Ainsi, en à peine plus de 30 ans, les industriels européens auront réussi la performance de s’être créé pas moins de 5 concurrents majeurs dans le domaine de l’armement technologique : Turquie, Corée du Sud, Israël, Brésil, et Inde. A cela s’ajoute la Chine et la Russie, qui auront très largement bénéficiés des technologies et licences européennes pour combler leur retard technologique et devenir, aujourd’hui, des adversaires très performants.

Au delà des considérations purement commerciales et économiques qui sont, et seront encore d’avantages dans le temps, liées à la perte de marchés à l’exportation, c’est l’ensemble de l’industrie de Défense Européenne qui est aujourd’hui menacée par cette situation. Car, en France comme partout en Europe, toutes les industries de Défense dépendent des exportations pour leur survis. En acceptant d’exporter des technologies aussi sensibles que celle des sous-marins, des avions de combat, hélicoptères, missiles, radar ou sonar, les européens auront eux-mêmes précipité leur propre chute. 

Pour faire face à ce qui se profile dans les années à venir, les industries de défense n’ont d’autres choix que de dépendre d’abord et avant tout sur le marché intérieur européen, malheureusement sévèrement parasité par les Etats-Unis. Il sera donc indispensable, pour préserver la capacité à tendre vers l’autonomie stratégique, d’augmenter les crédits d’équipement domestique, et les méthodes de commercialisation en Europe comme à l’export. Faute de quoi, ce sera toute la BITD européenne qui périclitera.

L’US Air Force dément s’intéresser à un autre appareil que le F-35

Alors que les deux constructeurs majeurs américains, Boeing et Lockheed avaient tous deux communiqués sur un nouvel appareil pour renforcer les F-22 et les déficiences du F-35, l’US Air Force, par la voix de sa Secrétaire d’Etat, Heather Wilson, a démenti s’être intéressé à aucun des deux appareils proposés.

Selon elle, l’US Air Force n’aurait aucun intérêt à s’intéresser à une appareil comme le F15X de 4eme génération, alors que son objectif est d’augmenter le ratio d’avions de 5eme génération à 50% du parc. Il faut, toutefois, noter que les 1750 F-35A commandés, et les 180 F22 en lignes, représentent potentiellement bien d’avantages que 50% du parc de chasseurs de l’US Air Force de 2500 avions de chasse. En revanche, cela conviendrait à une commande effective de 1150 comme envisagé par le rapport de mars 2018). 

Reste que Boeing comme Lockheed ne se sont pas positionnés sur une telle offre sans raison. Il est clair que de plus en plus de voix s’élèvent outre atlantique pour mettre en doute le bienfondé d’une force aérienne majoritairement composée d’un appareil comme le F-35. Les programmes de pays clients du F-35, comme le Tempest britannique, le F3 japonais, ou le K-FX coréen, répondent tous aux mêmes exigences de performances aéronautiques supérieures, quitte à devoir sacrifier une partie de la furtivité jugée de moins en moins efficace.

En portant ce démenti, l’US Air Force reste avant tout fidèle à la position qu’elle a soutenue depuis 15 ans de soutien inconditionnelle au F35, position qui a joué un rôle déterminant dans le succès de l’appareil en Europe notamment. 

On ne peut s’empêcher de remarquer l’important décalage qui se créé entre les forces occidentales et sino-russes, en matière de répartition entre avions de supériorité aérienne et avions polyvalent et d’attaque. Pour les forces russes, les appareils d’attaque (Su-24/25/34) ne représentent que 20% du parc, alors que les chasseurs de supériorité aérienne (Su27/30/35) représentent prés de 65% des 1300 chasseurs en service. Les chiffres sont sensiblement similaires en Chine, avec 60% d’avions de supériorité (Su27-30-35, J-11-16 et J-20). A l’inverse, pour l’US Air Force, seuls 20% des appareils (F-22 et F-15C) sont dédiés à la supériorité aérienne. En Europe, grâce au programme Typhoon optimisé pour la défense aérienne, les appareils de supériorité aérienne représentent 40% du parc (Typhoon, mirage2000 C/-5), le reste étant majorité composé d’avions polyvalents (F16, F35, JAS39 et Rafale). Les avions d’attaque sont, aujourd’hui, très peu nombreux (Tornado, harriers, et quelques Su22 fitter)

Au final, les forces aériennes de l’OTAN disposent, aujourd’hui, de moins d’appareils de supériorité aérienne que le couple sino-russe, un facteur très étonnant lorsque l’on sait a quel point la supériorité aérienne est jugée stratégique et critique dans les plans de défense de l’OTAN.

Il ne serait pas étonnant, dans un avenir plus proche qu’on ne l’imagine, que les projets de Boeing et de Lockheed reviennent sur l’avant de la scène pour combler ce décalage croissant.

La Marine Nationale va perdre 25% de ses bâtiments de combat de surface d’ici 2030

Le Chef d’Etat Major de la Marine, l’Amiral Prazuck, a présenté le plan « MERCATOR ». Avec ses 4 piliers, et ses superlatifs à chaque paragraphe, ce plan n’a rien à envier à ceux qui foisonnent dans les grandes entreprises aujourd’hui. On s’attendrait presque à voir la présentation du prochain gadget à la mode en dernière page …

Vous l’aurez compris, sous ses apparats très attractifs, le plan « MERCATOR » n’est autre qu’un bel enrobage pour cacher la misère à laquelle la Marine Nationale va devoir faire face.

En effet, dans une habille présentation des chiffres entre 2018 et 2030, on comprend que le nombre de « frégates de 1errang » va passer de 17 aujourd’hui à 15. Jusqu’à présent, ces 15 frégates devaient remplacer les navires de puissance équivalente qu’étaient les Suffren (2), Tourvilles (3), Georges Leygue (7) et Cassard (2) . Le classement temporaire des 5 frégates légères furtives en 1errang n’avait pour seul objet que de , soit disant, respecter le format à 15 bâtiments de 1errang du Livre Blanc de 2013, les frégates redevenant des frégates de 2ndrang une fois la dernière FTI livrée en 2018. 

Or, dans le format 2030 présenté, il n’est plus question de frégates de 2ndrang. Le concept a tout simplement disparu, laissant sous-entendre que les 5 FLF ne seront pas remplacées. Nous passerons donc de 20 frégates de haute mer (15 de 1errang et 5 de 2ndrang) à 15 régates de 1errang, soit une baisse de 25% des capacités d’action de Marine Nationale dans ce domaine.

Le cas des avisos, reclassés patrouilleurs hauturiers, est tout aussi critique. Initialement, la Marine Nationale disposait de 17 de ces petits de navires de combat, équipés pour la lutte anti-sous-marine et antinavire. La France cèdera 6 de ces bâtiments à la Turquie en 2000, et requalifiera les navires restant de « Patrouilleurs Hauturiers » en 2011, les classant au niveau des patrouilleurs P400. Avec cette reclassification, les missions des 10 A69 restant devait être confiées au 8 FREMM AVT qui composaient une partie des 17 FREMM initialement commandées. Mais lorsque les FREMM AVT ont été annulées, les avisos n’ont pas récupéré leur statut de navire combattant. En 2018, et à fortiori en 2030, le concept d’aviso, ou de corvette, a totalement disparu des plans de la Marine Nationale. 

Nous voyons dans ces deux exemples la dérive capacitaire telle qu’elle fonctionne depuis 40 ans pour la Marine Nationale, usant de requalifications et d’éliminations de référence pour présenter les choses de façon plus positives.

Aux vus du développement de nombreuses marines dans le monde, et des risques que cela fait peser sur les intérêts français, réduire le format de la Marine Nationale aujourd’hui est très préoccupant. En faisant ainsi, la France ne contribue certainement pas à donner l’impulsion nécessaire pour que l’Europe de la Défense émerge et dépassent les freins courants. En d’autres termes, elle ne fait que renforcer notre subornation à la protection américaine.

Enfin, avec le format annoncé, la Marine française ne sera en mesure de commander qu’un unique navire de surface par an à Naval Group, et un sous-marin tous les 4 ans. Ce format ne permettra pas de maintenir l’activité, ni de soutenir les exportations, dans le contexte de concurrence internationale qui s’annonce. 

Il est donc difficile, voir impossible, de considérer le plan présenté comme une bonne nouvelle, ou simplement comme allant dans la bonne direction. 

Surtout, les « économies » escomptées par le ministère des Armées, et Bercy, seront très loin de la réalité. Car la réduction des commandes d’Etats va entrainer une contraction profonde du marché, probablement un glissement vers l’Italie de ces savoir-faire et moyens industriels. Cela représente la perte de 10 à 15.000 emplois industriels directs, pour Naval Group, Thales et MBDA, 5000 liés à la perte des marchés exports, 15.000 emplois de sous-traitance et 15.000 emplois induits, soit un total de 40 à 45.000 emplois détruits, représentant 2,5 Md€ par an de recettes fiscales et sociales non perçues, soit le même de ce que couterait le maintien de la flotte à son format 1995, un format qui serait loin d’être excessif considérant les développement géopolitiques récents. L’Etat va donc perdre 2,5 Md€ par an (et 1,5 Md€ de recettes sociales qui creuseront les déficits), pour économiser 2,5 Md€ sur le budget équipement de la Marine Nationale …

Il est nécessaire de revoir dans le détail les paradigmes de planification budgétaires de la Défense, pour la Marine comme pour les autres armées, et de cesser ce pilotage par la dépense qui détruit l’autonomie stratégique et la puissance militaire de la France comme de l’Europe sur la scène internationale.

Pour approfondir le sujet, article en français avec lien vers le plan « Mercator »

L’arme nucléaire redevient un sujet prioritaire, et c’est préoccupant

Avec la fin de la guerre froide, le rôle de la dissuasion, et de ses armes nucléaires, se sont lentement effacés au même titre que le risque de conflit majeur entre états technologiquement avancé. En effet, parmi les puissances nucléaires, la Russie semblait empêtrée dans une crise économique insoluble qui laminait son outil de Défense, et la Chine semblait bien davantage concerner par sa croissance économique que par sa puissance militaire. Seule les programmes nucléaires secondaires, comme ceux de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Libye, étaient de nature à créer une menace, bien que toute relative en l’absence de vecteur intercontinentaux, et concernaient d’avantage une logique de non-prolifération que de dissuasion.

Mais depuis le milieu des années 2010, la problématique de la dissuasion s’est petit à petit retrouvée à nouveau au cœur des priorités des Etats-Majors de tous les membres permanent du conseil de Sécurité de l’ONU. La Russie a été la plus prolifique dans le domaine, en développant de nombreux vecteurs nucléaires en très peu de temps, allant du missile hypersonique Kinjal au missile sol-sol à courte portée Iskander dont il est dérivé, aux missiles intercontinentaux Boulava lancés de sous-marins ou Sarmat lancés à partir de véhicule terrestre.

Au total, c’est prêt d’une dizaine de vecteurs nucléaires de nouvelle génération qui ont été développés par l’industrie russe ces dix dernières années. En outre, le gouvernement russe a annoncé un programme de modernisation de sa flotte de bombardiers stratégiques à long rayon d’action Tu-160 Blackjack et de 60 bombardiers navals à long rayon d’action Tu-22M3, chacun pouvant mettre en œuvre des missiles de croisières à charge nucléaire. En outre, elle a annoncé le développement d’un nouveau bombardier stratégique furtif, connu sous le code PAK DA, qui doit entrer en service d’ici 2030. 

La Chine n’est pas en reste, avec le développement du nouveau missile balistique intercontinental DF-41 lancé, comme le Sarmat, depuis un véhicule terrestre, et du JL-2, son homologue lancé de sous-marin. Elle a également entrepris, il y a déjà une dizaine d’année, de développer un bombardier stratégique furtif destiné à remplacer les H-6 actuellement en service, dérivés du vénérable, mais très ancien, Tu-16 russe.

Coté occidental, la France a récemment mis en œuvre un nouveau, vecteur, le missile intercontinental M51 qui équipe désormais une partie des sous-marins lanceur d’engin de la Marine nationale. En outre, elle a annoncé les travaux pour développer un successeur au missile nucléaire aéroporté ASMPA  avec le projet ASN4G, qui n’entrera cependant pas en service avant 2035. Quand aux Etats-Unis, la modernisation de sa dissuasion s’est limitée à celle de ses missiles balistiques Tridents lancés de sous-marins, et le développement d’un nouveau bombardier stratégique furtif B-21 Raider destiné à prendre la relève des B1 Lanceur.

Il apparaît dès lors qu’un important gradient technologique est en train de se former au niveau de la dissuasion entre le bloc sino-russe, et le bloc occidental. Ce gradient est d’autant plus important que la Russie comme la Chine ont d’ores et déjà testé des planeurs hypersoniques de rentrée atmosphérique destinés à remplacer les MIRV, et rendant l’interception beaucoup plus difficile, tout en développant simultanément des systèmes antibalistiques de grande qualité. Par ailleurs, la Russie semble également avoir développé de nouveaux vecteurs, comme la torpille nucléaire autonome océanique Poséidon capable de traverser l’océan Atlantique, et le missile de croisière Burevestnik capable de faire plusieurs fois le tour de la terre .

C’est la raison pour laquelle à Washington comme à Paris ou à Londres, la problématique de la Dissuasion redevient une préoccupation centrale des Etats-Majors, et que les budgets et les programmes destinés à renforcer et moderniser cette dissuasion vont être augmentéset accélérés, afin de combler rapidement l’écart technologique qui semble se dessiner dans les années à venir. Car la dissuasion n’a, rappelons le, qu’une unique fonction avérée : empêcher l’adversaire potentiel d’y avoir recourt, ou de menacer de le faire. 

La croissance de la force navale chinoise continue d’être soutenue

Que la Chine soit en train de développer une puissante marine de haute mer n’est plus une surprise pour personne. Nous le savons, en 2025, la Marine de l’Armée Populaire de Libération aura dépasser la somme de toutes les marines Européennes, et en 2035, elle aura, si elle respecte son rythme de production actuel, rattrapé l’US Navy. 

Il faut noter qu’il n’y a que 5 ans, émettre l’hypothèse qu’une puissance mondiale serait en mesure de rattraper l’US Navy en 20 ans, aurait laissé plus que sceptique l’ensemble des spécialistes du sujet. Aujourd’hui, le débat s’articule non pas sur la capacité de la Chine à rattraper la puissance navale américaine d’ici 2035, mais de sa volonté, ou non, de le faire. Les plus sinophiles estiment que la Chine ne cherchera pas à étendre sa puissance d’intervention au delà de son projet de Route de la Soie. Dans ce cas, sa Marine se limitera à 6 ou 7 porte-avions, soit 2 par flotte (Nord, Est, Sud) et éventuellement un bâtiment en spare pour maintenir la capacité lors des indisponibilités périodiques (1 an ½ tous les 10 ans, soit 1 spare pour 6 bâtiments en lice).

Pour les plus pessimistes, la Chine n’a nullement l’intention de se limiter au Pacifique occidental et à l’Océan Indien, et entend bien développer une flotte susceptible de protéger ses intérêts sur l’ensemble des océans et mers de la planète. Le dimensionnement de l’outil de production chinois, capable de produire 2 porte-avions par tranche de 5 ans, tend à accréditer cette hypothèse, avec un format évoluant entre 12 et 14 bâtiments, selon qu’ils soient conservés 30 ou 35 ans. Au delà des porte-avions eux-mêmes, la production des navires d’escorte, indispensables au groupe aéronaval, respecte également ce format, avec en moyenne 3 à 4 destroyers, 4 frégates, 1 sous-marins nucléaire d’attaque et 1 pétrolier ravitailleur par an. 

Il serait peu probable qu’au bout de 8 ou 10 ans de production soutenue, comme actuellement, l’industrie Chinoise soit soudain contrainte de passer à un mode « lent », axé sur le seul remplacement des bâtiments, comme en occident. Cela supposerait qu’une période de vache maigre d’au moins 10 ans attendrait les chantiers navals chinois, alors qu’il eu été bien plus simple de lisser la production sur 30 ans, de sorte à maintenir un plan de charge constant, et de pouvoir optimiser le maintien et le développement des compétences industrielles.

Les autorités de l’empire du milieux sont expertes pour brouiller les cartes, et rendre ses objectifs obscures jusqu’au dernier moment. Mais l’analyse des données purement industrielles, eu égard au formidable effort actuel pour développer une infrastructure de construction navale moderne et performante, l’hypothèse de très grandes ambitions chinoises en matière navale a effectivement beaucoup de crédibilité. 

Dans l’histoire des sociétés humaines, il n’y a jamais eu deux grandes puissances navales qui ont cohabité pacifiquement. Dans le cas de deux super puissances navales comme la Chine et les Etats-Unis à l’horizon 2035, les perspectives sont pour le moins préoccupantes. 

Or, si les Etats-Unis sont contraints de mettre toutes leurs forces dans un hypothétique conflit face à la Chine, que restera-t-il de la capacité de renforcement de l’OTAN en cas de tensions sur le territoire Européen ? 

La guerre électronique investit le champ de bataille terrestre

Lors de l’exercice Zapad-2017, qui s’est tenu au début du mois de septembre de l’année dernière proche des frontières entre la Russie, la Biélorussie, la Finlande et les pays Baltes, les unités russes de guerre électronique sont parvenues à brouiller les systèmes GPS et GSM de tous les pays frontaliers. Cette capacité de brouillage puissante et performante a également été constatée en Syrie, et dans le Donbass.

A la différence des systèmes de brouillage passés, les dispositifs russes étaient terrestres, et non aéroportés ou navals, et avaient pour fonction de brouiller les signaux électroniques des unités terrestres.

Dans les faits, aujourd’hui, les forces terrestres dépendent de plus en plus de leurs capacités à recevoir et transmettre des informations, que ce soit via satellites ou réseaux hertzien. Et ce phénomène va aller en se renforçant avec l’émergence de systèmes d’infovalorisation du champ de bataille, comme celui autour duquel est construit le programme SCORPION français. 

Or, dès lors que le conflit se déplace dans un registre plus lourd, entre états technologiquement avancés, cette dépendance aux échanges de données peut devenir une faiblesse, voir un moyen de neutraliser une force, grâce aux dispositifs de brouillage.

Dans ce domaine, la Russie, qui a développé une réelle virtuosité pour exploiter au mieux toutes les faiblesses et les incohérences des forces de l’OTAN, a développer dès 2005 de nouveaux dispositifs de brouillage montés sur véhicules terrestres, et n’a cessé de les améliorer depuis. 

A l’inverse, pour les occidentaux, le besoin était nettement moins flagrant, notamment en raison de la nature des conflits en cours comme l’Afghanistan, l’Irak ou le Mali, avec un adversaire technologiquement faible. Comme cela a été plusieurs fois abordé ici, la France comme la majorité des pays occidentaux avaient relégué l’hypothèse de la guerre entre états, ou haute-Intensité, dans les livres d’histoire. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie, et des iles Paracelles et Spratleys par la Chine, cette hypothèse a fait un retour retentissant. C’est ainsi que les systèmes de défense anti-aérienne à courte portée, d’artillerie à portée étendue, et de blindés modernisés ont fait leur retour dans les priorité d’équipement des forces. 

Bien évidemment, les dispositifs de brouillage font parti de ces besoins urgents, et les armées investissent désormais dans ce domaine, comme le sont les équipements capables de continuer à fonctionner dans un environnement de brouillage intense. 

Dans l’avenir, la victoire sur le champ de bataille sera déterminée autant par des affrontements physiques qu’électromagnétiques.

Intelligence Artificielle, communication et robotisation, les trois piliers du combat aéroterrestre de demain

On a coutume d’appeler l’Armée de l’Air et la Marine des « Armées technologiques », laissant supposer que, pour l’Armée de Terre, ce n’est pas le cas. S’il est vrais qu’il y a encore quelques dizaines d’années, les technologies de pointe se retrouvaient bien d’avantages dans un cockpit d’avion de chasse ou derrière le panneau de commande d’un sous-marin, cette situation est en rapide évolution et, bientôt, les « biffins » n’auront rien à envier aux « matafs » et aux « piafs » pour ce qui concerne la technologie employée.

Dans l’article « les 12 innovations qui vont définir le champs de bataille de demain », 9 de ces innovations concernent les équipements qu’emploiera (ou devrait employer) l’Armée de Terre dans les années à venir. Aujourd’hui, la DGA a donné le départ pour les travaux concernant trois de ces innovations : l’Intelligence artificielle pour analyser les données massives générées par la multitudes de capteurs et d’effecteurs connectés sur le champs de bataille, la connexion et l’interaction entre le fantassin et le réseau d’information, et enfin, l’utilisation accrue de drones et de robots dans les différentes missions que rencontre l’Armée de terre.

Ces 3 technologies seront effectivement au cœur de la conduite des opérations sur le champs de bataille aéroterrestre de demain, qui se caractérisera par une très grande mobilité et des engagements distants, donc le besoin d’acquérir et de distribuer le plus rapidement et fidèlement possible  les positions et informations sur les unités amies comme ennemies, afin d’exploiter au mieux les moyens disponibles, et d’éviter le tir ami, dont le risque croit justement avec l’accroissement de la mobilité et la distance d’engagement. 

La robotique, quand à elle, répond à un impératif relativement nouveau dans la conduite de la guerre : le faible nombre de combattant. Il n’est plus possible, aujourd’hui, de dédier un soldat à des missions secondaires qui pourraient être attribuées à des drones ou robots, comme de faire prendre des risques inutiles à un homme ou une femme lorsqu’un robot peut s’en acquitter.

Quoiqu’il en soit, l’ensemble des armes de l’Armée de Terre, de la cavalerie au génie, en passant par l’infanterie de marine et les troupes de montagne, auront une dimension technologique très importante.