Ces 7 technologies qui vont révolutionner le champs de bataille d’ici 2040

Si les dernières années de la guerre froide fut l’occasion de nombreuses et importantes avancées technologiques dans le domaine des armements, avec l’arrivée des missiles de croisière, des avions et navires furtifs et de systèmes de commandement et de géolocalisation avancés, cette dynamique fut stoppée nette avec l’effondrement du bloc soviétique. En l’absence d’un adversaire majeur et téchnologiquement avancé, et en raison des nombreuses campagnes disymétriques auxquelles participèrent les forces armées, bien peu d’avancées significatives furent enregistrées du point de vue technologique entre 1990 et 2020, à l’exception notable de la généralisation des drones aériens de tous types. Mais avec l’émergence, depuis le début des années 2010, d’une Chine déterminée à rattraper son retard et à surpasser téchnologiquement l’ensemble des acteurs mondiaux d’une part, et la reconstruction de l’outil militaire et de la recherche russe, le tempo technologique de défense s’est à nouveau considérablement accru ces dernières années, au point de faire émerger de nouvelles technologies susceptibles de radicalement changer la conduite des opérations militaires et le rapport de force dans les 20 années à venir.

Dans cet article, nous présenterons les 7 technologies en cours de developpement, et qui sont à des stades différents de maturation technologique, mais qui toutes ont le potentiel de transformer en profondeur le champs de bataille d’ici 2040, au point de créer de nouvelles formes de guerre ou de confrontations jusqu’ici inconnues, voire de rendre obsolètes certaines technologies qui aujourd’hui représentent un pivot stratégique de l’organisation de La Défense : les armes à énergie dirigée, les ordinateurs quantiques, les armes hypersoniques, l’intelligence artificielle, les rail gun, la robotique et les controversés détecteurs à neutrino.

1- Les armes à énergie dirigée

2022 sera une année clé dans l’émergence des technologies d’armes à énergie dirigée, à savoir les armes laser et les canons à micro-ondes. En effet, c’est cette année que le Guardian de l’US Army, également appelé DE-SHORAD pour Direct Energy – Short Range Air Defense, entrera au service. Le Guardian sera en effet le premier système de défense anti-aérienne et anti-drone mobile de forte puissance à rejoindre des unités de combat, avec une puissance de 50 Kw suffisante pour prendre à partie les drones de catégorie 1 à 3, c’est à dire de moins de 25 kg, mais également pour intercepter et détruire les obus d’artillerie et de mortier, ainsi que les missiles air-sol les plus légers. Cette même année, le destroyer USS Preble de la classe Arleigh Burke Flight IIA se verra doter lui aussi d’un système laser d’auto-défense, le système Helios, d’une puissance de 60 Kw. En Israël, le premier ministre Naftali Bennet a confirmé, le 1er Février, que les armées disposeront, « dans moins d’une année », d’un système d’arme laser désigné « Laser Wall » employant un laser de 100 Kw pour renforcer et en parti remplacer le système Iron Dome pour défense le pays des attaques à la roquette et au mortier menées par le Hamas.

le DE-SHORAD Guardian de l’US Army entrera en service cette année – remarquez les importants dissipateurs thermiques qui recouvrent la coque du véhicule

Cet engouement pour les armes à énergie dirigée répond à un besoin urgent, afin de contrer les attaques potentielles de drones légers, de munitions vagabondes, de roquettes et d’artillerie, avec une technologie économiquement plus performante que les missiles actuellement en service, et téchnologiquement plus efficace que les systèmes d’artillerie CIWS classiques. En effet, la majorité de ces menaces ont un cout unitaire ridiculement bas, permettant à l’adversaire de mettre en oeuvre des campagnes de saturation à moindre frais, alors que dans le même temps, les missiles employés pour les contrer ont un cout unitaire 10 à 50 fois plus important. En outre, un laser de 100 Kw peut détruire une cible jusqu’à 20 km, là ou un système CIWS d’artillerie ne peut être efficace qu’à moins de 4 km, souvent moins, obligeant à déployer 25 fois plus de systèmes CIWS pour couvrir un périmètre identique. Pour autant, le developpement des armes à énergie dirigée n’en est, aujourd’hui, qu’à ses balbutiements, et de nombreux obstacles technologiques restent à franchir pour utiliser le plein potentiel de ces nouveaux systèmes.

Le premier d’entre eux est la puissance même de ces armements, car si un laser de 50 ou 100 Kw peut éliminer effectivement des drones légers ou des roquettes artisanales, il est nécessaire de fournir une puissance bien supérieure, au delà de 300 Kw, pour être efficace contre des missiles de croisière, des aéronefs ou des drones plus lourds. Or, l’augmentation de la puissance des laser de combat est tout sauf un sujet trivial, puisqu’il est non seulement nécessaire de disposer de la technologie pour créer un laser de cette puissance, mais qu’il faut, en outre, être en mesure d’alimenter ces systèmes en énergie électrique. Par ailleurs, qu’il s’agisse de la production de puissance comme du laser lui même, tous produisent une très importante quantité de chaleur qu’il est nécessaire de dissiper pour soutenir un engagement soutenu et répété, ceci posant d’importants enjeux en matière de matériaux, mais également de rayonnement infra-rouge, alors que la furtivité multispectrale est devenue une priorité pour toutes les forces combattantes. Reste que des efforts très importants sont déployés, en particulier aux Etats-Unis, pour répondre à ces difficultés, avec l’objectif annoncé de disposer d’une panoplie complète de systèmes de protection à haute énergie aussi bien pour les forces terrestres que navales et aériennes, avant la fin de la décennie.

2- les ordinateurs quantiques

S’il est un domaine de la physique qui connut d’importantes avancées ces 30 dernières années, c’est bien la physique quantique, et ses nombreuses applications. Il faut dire que l’essentiel des progrès enregistrés dans ce domaine résultent, une foi n’est pas coutume, de la recherche civile, et même de la coopération internationale, en grande partie du fait de sa dimension théorique. Mais les armées ont rapidement pris la mesure de ce que cette physique étrange pouvait apporter en matière de défense, et ces dernières années, de nombreux programmes estampillés « quantiques » ont vu le jour de part le monde : radar quantique, antennes quantiques etc… Si l’effectivité de ces technologies reste encore à démontrer, il est un domaine dans lequel la révolution quantique est belle et bien en marche, avec des conséquences considérables en matière de défense, les célèbres ordinateurs quantiques.

la technologie des radar quantique est prometteuse mais suscite encore de nombreuses interrogations quant à son effectivité

Cette technologie n’est, en soit, pas nouvelle, puisque le premier processeur quantique a été conçu en 2009 par les chercheurs de l’université de Yale. Pour autant, l’arrivée de véritables ordinateurs quantiques opérationnels et non expérimentaux, n’a pas encore eu lieu, en grande partie du fait que pour manipuler des Qubits, il est encore nécessaire d’utiliser des « atomes froids », c’est à dire à -273° c. Pour autant, des investissements colossaux sont réalisés aux Etats-unis, mais également en Chine, en Russie, ainsi qu’en Europe, pour rendre cette technologie opérationnelle et embarquable, en particulier dans les systèmes d’arme. En effet, un ordinateur quantique peut réaliser des opérations bien plus complexes que les ordinateurs actuels en une seule opération, faisant dire de cette technologie qu’elle constitue un mur dont le franchissement ouvrirait des perspectives opérationnelles extraordinaires.

Et l’une des applications les plus radicales de cette technologie, une fois maitrisée, sera de décoder presque en temps réel l’ensemble des codes de cryptage utilisés par l’adversaire, quel que soit leur niveau de complexité. On comprend dès lors la pression qui pousse américains, russes et chinois à avancer le plus vite possible dans ce domaine, en particulier aujourd’hui alors que l’engagement coopératif et les reseaux de communication représentent le noeud gordien des doctrines militaires à venir, et reposant sur l’inviolabilité des systèmes de cryptage employés. Ainsi, le premier à franchir le mur opérationnel des ordinateurs quantiques, et même s’il est probable que cette avancée technologique se généralisera très rapidement dans le monde, obligera l’ensemble des armées du monde à barrer d’obsolescence un grand nombre de systèmes de communication et de commandement au coeur des stratégies actuelles, tout en créant une fenêtre d’opportunité exceptionnelle pour profiter de l’avantage limité dans le temps que procurera cette avancée à qui aura su s’en doter le premier.

3- les armes hypersoniques

Depuis quelques années, et plus spécifiquement depuis l’annonce par Vladimir Poutine en 2019 de l’entrée en service du missile aéroporté hypersonique Kh47M2 Kinzhal, le domaine des armes hypersoniques est passé de sujet d’intérêt à priorité majeure pour de nombreux pays, en particulier pour les Etats-Unis, qui jusque là estimaient avoir une avance technologique importante dans ce domaine. Depuis, la technoshpère défense mondiale s’est emballée à ce sujet, poussée en cela par l’entrée en service d’un second missile, le missile antinavire hypersonique 3M22 Tzirkon, par la presentation officielle du missile chinois DF-17 emportant un planeur hypersonique, et même par des tests présentés comme tels par la Corée du Nord. Ainsi, depuis 2019, l’US Army, l’US Air Force et l’US Navy ont entrepris pas moins de 5 programmes d’armes hypersoniques, selon qu’elles sont aéroportées, lancées à terre ou un partir d’un navire, et selon qu’elles utilisent une cinétique balistique classique avec moteur fusée, ou un moteur aérobie de type super-statoreacteur également appelé Scramjet.

le missile Kh-47M2 Kinzhal a été le premier missile hypersonique à entrer en service

Il faut dire que les armes hypersoniques, et en particulier les armes hypersoniques tactiques, changeront considérablement la donne sur le champs de bataille. En premier lieu, il n’existe à ce jour aucun système de défense antimissile capable de s’opposer efficacement à ce type d’armes. Même les très vantés THAAD, SM3 et Patriot PAC-3 américains ne sont pas en mesure, aujourd’hui, d’intercepter un missile ayant le profil de vol d’un Kinzhal, et encore moins de missiles emportant un planeur hypersonique capable de manoeuvre comme le DF-17. En d’autres termes, les nouvelles armes hypersoniques russes et chinoises sont théoriquement capables de neutraliser le bouclier anti-missile occidental positionné en Europe, mais également au Japon et en Corée du Sud. Outre cet aspect déjà plus que problématique, les missiles hypersoniques réduisent considérablement le temps de réaction des défenseurs, du fait de leur grande vitesse et d’une trajectoire surbaissée profitant du masquage de la rotondité de la terre pour se rapprocher de la cible au plus près avant de frapper. Enfin, dernière conséquence de cette vitesse supérieure à Mach 5, les armes hypersoniques sont dotées d’une extraordinaire énergie cinétique, susceptible de détruire un grand navire de guerre ou un bunker fortifié du simple fait de cette seule énergie.

Pour autant, la mise en oeuvre des armes hypersoniques est encore loin d’être vraiment opérationnelle. Ainsi, le blindage nécessaire pour supporter les chaleurs très élevées consécutives du frottement de l’air sur les parties saillantes du missile, constitue une entrave sévère pour y installer un système autodirecteur, et de nombreuses questions perdurent en occident quant à l’effectivité des annonces russes au sujet du missile anti-navire 3M22 Tzirkon, présenté comme hypersonique et opérationnel, mais dont la capacité à frapper à vitesse hypersonique une cible navale en mouvement n’est toujours pas établie. En outre, les armées du monde ont entamé la conception de systèmes destinées précisément à contrer ces menaces hypersoniques, comme c’est le cas en Europe avec le programme TWISTER. Enfin, la technologie des scramjet, le graal dans le domaine hypersonique, est encore loin d’être parfaitement maitrisée, comme le montre les échecs enregistrés par les programmes américains. Reste que la mise en oeuvre des armes hypersoniques représentera incontestablement une étape majeure de l’évolution des capacités militaires offensives et défensives pour de nombreuses armées dans les années à venir, et pourrait creuser un fossé entre les armées disposant de cette capacité, ainsi que des capacités de s’en prémunir, et les autres.

4- L’intelligence artificielle

Réceptacle de moult fantasmes, l’arrivée de l’Intelligence Artificielle au sein des armées est pourtant en cours depuis prés d’une décennie. Pour l’essentiel, il s’agit avant tout de profiter des capacités de calculs accrues des systèmes, de l’augmentation des sources d’information, et des capacités de l’IA traditionnelle à traiter beaucoup de données très rapidement, afin de disposer d’une analyse la plus exhaustive possible sans être impossible à assimiler par son amplitude pour un cerveau humain, et permettre ainsi une prise de décision performante. L’IA est également employée dans d’autres domaines, comme la maintenance prédictive, la météorologie, la cryptographie et bien d’autres, et ce depuis de nombreuses années. Pour autant, en bien des aspects, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans les armées n’en est, aujourd’hui, qu’à un stade initial, et de nombreuses avancées sont à attendre dans les années à venir.

Le programme Skyborg est l’un des premiers programmes destiné à concevoir une véritable IA combattante adaptative capable de seconder un appareil piloté et les instructions de son pilote

L’un des programmes les plus avancés et les plus ambitieux dans ce domaine est le programme Skyborg de l’US Air Force. Celui-ci développe en effet une IA qui serait capable de piloter de manière autonome plusieurs types de drones, mais également d’interagir avec son environnement, et en particulier avec les appareils pilotés dont elle serait l’extension. La complexité de ce programme est évidente, puisque là ou la majorité des utilisations actuelles de l’IA est monotache, il s’agit ici non seulement de répondre à la mission prioritaire de pilotage, mais également de s’intégrer de manière efficace dans un environnement dynamique, le champs de bataille aérien, et de s’adapter aux instructions et besoins d’autres appareils, en particulier d’appareils pilotés, avec toute la complexité que peut représenter une interface homme machine dans ce contexte. Il en va de même des programmes de navires autonomes de l’US Navy, ou des programmes de drones terrestres développés par l’US Army, alors que Russie et Chine developpement de leur coté des programmes similaires.

L’enjeu à venir des IA de combat, dépasse donc de loin le traitement analytique optimisé, pour devenir une extension de la force combattante humaine, une sorte de sur-multiplicateur des performances d’un combattant, quel qu’il soit. Toutefois, le developpement de tels systèmes représente une étape importante et un palier significatif à franchir vis-à-vis de l’existant dans ce domaine. Ainsi, il n’existe toujours pas à ce jour d’IA capable de se déplacer efficacement en tout terrain, ce fait constituant une entrave importante dans le developpement de drone de combat terrestres. En outre, tous les militaires, qu’ils soient occidentaux, russes ou chinois, exigent d’être en mesure de contrôler et de prédire le comportement des IA qui seront utilisées, de sorte à empêcher toute dérive, ce qui entrave, d’une certaine manière, l’implémentation de certaines approches algorithmiques innovantes. De fait, il reste encore d’importantes étapes à franchir avant de voir apparaitre de vrais drones de combat autonomes mais controlés et fiables.

5- les canons électriques ou Rail Gun

Certains pourront se montrer sceptiques quant à la présence de la technologie du canon électrique dans cette liste des technologies de rupture à horizon 2040. Après tout, l’US Navy elle-même a jeté l’éponge concernant son programme de Rail Gun, jugé trop peu prometteur pour être poursuivi, et ce après plus de 10 années d’investissements importants. Mais il est important de se rappeler que le jugement des militaires américains n’est pas infaillible, et qu’à plusieurs reprises, ils avaient abandonné le developpement de technologies qui pourtant se sont révélées efficaces par la suite, comme dans le cas du statoréacteur. Et le fait est, plusieurs pays continuent, pour leur part, à investir et developper la technologie du canon électrique, ou Rail Gun, dont la France au sein d‘un programme européen baptisé Pilum.

l’ISL de saint-louis, à coté de Mulhouse, est au coeur du developpement du programme de rail gun européen Pilum

Il faut dire que la promesse théorique du Rail Gun a de quoi séduire, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de remettre l’artillerie au coeur du dispositif offensif et défensif des armées, en lieu et place des onéreux et vulnérables missiles actuellement en service. Schématiquement, un rail gun est canon qui utilise un puissant champs électromagnétique pour propulser un obus à très grande vitesse, au delà de Mach 4 en sortie de bouche, de sorte à atteindre des portées et des altitudes aujourd’hui inaccessibles à l’artillerie classique. En outre, en faisant fi de la réaction thermochimique qui propulse traditionnellement les obus d’artillerie, le Rail gun simplifierait la logistique, et limiterait le risque d’explosions secondaires en cas d’attaque. En tant que tel, le Rail Gun représenterait une alternative economique et très efficace aux missiles anti-aériens, anti-missiles, ainsi qu’aux missiles et roquettes d’artillerie à longue portée.

Pour autant, la technologie du Rail Gun est encore loin d’être opérationnelle, si tant est qu’elle le soit dans un avenir plus ou moins proche. En effet, les contraintes mécaniques et thermiques qui entourent l’accélération extraordinaire que subit l’obus dans le tube créées aujourd’hui une fatigue très rapide des éléments constitutifs du rail gun, et entrave l’utilisation de systèmes de guidage dans les projectiles. En outre, et comme pour les armes à énergie dirigée, le Rail Gun nécessite une alimentation électrique conséquente pour fonctionner. De fait, les prototypes existants de canons électriques buttent tous, aujourd’hui, sur ces problèmes, avec une fatigue trés rapide des éléments constitutifs du canon obligeant à les remplacer après seulement quelques tirs, l’impossibilité d’embarquer des systèmes de guidage dans les projectiles susceptibles de frapper à plus de 200 km, et la nécessité de disposer d’une petite usine électrique à proximité du canon pour alimenter celui-ci. Est-ce suffisant pour abandonner les recherches ? Les américains pensent que oui, d’autant qu’ils se concentrent aujourd’hui sur deux autres domaines clés, les armes à énergie dirigée et les armes hypersoniques. Européens, japonais, turcs et chinois, en revanche, pensent que ces problèmes ne sont pas insurmontables, et qu’il est effectivement possible, dans des délais relativement courts, moins de 10 ans pour le programme Pilum, de developer un système Rail Gun opérationnel et efficace.

6- La robotique

De toutes les technologies de ruptures présentées ici, la robotique est indiscutablement celle qui va le plus profondément tous les champs de bataille dans les années et décennies à venir. Qu’il s’agisse de developper des drones de combat aériens, des navires et sous-marins autonomes ou des robots de combat terrestres, qu’ils soient utilisés pour la reconnaissance, la logistique ou le combat, qu’ils soient pilotés par l’homme, autonomes ou directement implanté sur l’humain dans le cas des exo-suits, la robotique entre chaque jours davantage dans le quotidien de tous les militaires, et ce à tous les échelons, pour toutes les missions et tous les champs de bataille, y compris dans l’espace. Et si les années 2000 et 2010 ont été celles de la numérisation du champs de bataille, les années 2020 et 2030 seront incontestablement celles de sa robotisation.

le drone MQ-1 Predator fut incontestablement le déclencheur de la généralisation des drones de combat et de surveillance à longue endurance dans les armées mondiales

Pour autant, la trajectoire qu’a suivi cette transformation est interessante et originale à plus d’un titre. En effet, si l’impulsion initiale concernant l’utilisation de drones au combat fut donnée par les Etats-Unis au Vietnam, puis par Israel dans les années 80, et enfin par l’arrivé du MQ-1 Predator américain, nombre de première operationelle dans ce domaine sont issues d’origine beaucoup plus modestes. Ainsi, l’utilisation de drones légers pour des attaques de saturation fut initiée par l’Armée Syrienne Libre, qui avait transformé des drones commerciaux pour transporter de petites charges explosives et frapper les adversaires, d’abord de manière isolée, puis de manière groupée et coordonnée de sorte à saturer les capacités défensives de l’adversaire. De même, ce furent les rebelles Houthis qui les premiers utilisèrent un navire autonome pour attaquer une frégate saoudienne. Enfin, ce furent les israéliens, et leurs clients azerbaïdjanais, qui les premiers utilisèrent les drones de type munition vagabonde à l’échelle d’un champs de bataille pour venir à bout des défenses anti-aériennes et des bunker adverses.

De fait, alors que dans le domaine des innovations de rupture en manière de défense, le schéma traditionnel est de type Top-Down, avec une poignée de grandes nations technologiques développant les technologies clés, puis les distribuants à leurs alliés et clients, la trajectoire suivie par une partie de la robotisation du champs de bataille en cours est de type Bottom-Up, avec des applications, et mêmes des développements technologiques critiques, en provenance de groupuscules isolés, ou de pays n’étant pas réputés pour leurs avancées technologiques. C’est notamment aujourd’hui le cas dans le Golfe Persique avec l’Iran qui a développé un grand nombre de drones aériens et navals de tailles et de fonctions différentes, et qui les emploie contre les monarchies du Golfe par l’intermédiaire des rebelles yéménites Houthis, sans qu’ils puissent s’en prémunir.

Economiques, efficaces et accessibles technologiquement, les drones, et plus globalement, la robotique, représentent aujourd’hui une manne pour certains pays comme l’Iran, afin de contrer les hautes technologies de défense

Si la révolution robotique a eu du mal à s’implanter dans les esprits de nombreux états-majors, en particulier en Europe, elle est désormais parfaitement intégrée, et il faut s’attendre, dans les quelques années à venir, à ce que la réalité robotique devienne aussi commune à tous les échelons d’une armée, que les systèmes numériques aujourd’hui, ou les systèmes d’arme traditionnels. Pour autant, et comme l’on montré les rebelles syriens, yéménites et les militaires azerbaïdjanais, le champs d’application de cette révolution en cours est encore perçu de manière très superficielle, et tout reste aujourd’hui à inventer dans ce domaine, aussi bien pour les forces terrestres que navales et aériennes. Et il est probable que le champs d’application de la robotique militaire dans une quinzaine d’années différera très sensiblement de la vision étriquée que l’on en a aujourd’hui.

7- les détecteurs à neutrino

Remise au devant de la scène en France par un candidat à l’élection présidentielle, les détecteurs à neutrino ont la réputation d’être un serpent de mer technologique. Non sans raison il est vrai, puisque les premières références à ce système qui serait théoriquement capable de détecter le rayonnement émis par un réacteur nucléaire en fonction, y compris sous l’eau, et donc de localiser les sous-marins et les porte-avions à propulsion nucléaire, furent publiées au début des années 90, et que les premiers travaux de recherches ont, quant à eux, débutés au début des années 2000. A plusieurs reprises, en outre, des avancées limitées dans ce domaine donnèrent lieu à des spéculations excessives sur la fin de la composante sous-marine de la dissuasion nucléaire, pourtant le pilier indéfectible de la stratégie de seconde frappe au coeur des doctrines de dissuasion des 5 membres permanents du conseil de sécurité.

jusqu’à présent, les chambres de détection de neutrino ressemblent à cela, et ne son pas vraiment « embarquables »

Pour autant, et comme souvent dans ce domaine, il arrive un moment ou les promesses technologiques avancées commencent à prendre corps, et c’est précisément ce qui s’est passé lors de la publication d’un article de l’institut Oakridge, pionnier dans ce domaine, en début d’année 2022. Concrètement, cet institut déclare être parvenu à miniaturiser un détecteur à neutrino opérationnel de sorte qu’il soit « embarquable », et laisse supposer que cette technologie critique en bien des aspects, pourrait effectivement atteindre une maturité suffisante pour un emploi opérationnel dans les 10 à 20 années à venir. Ces déclarations méritent évidement éclaircissements et confirmations, mais elles font peser un doute sur la pérennité des technologies utilisées aujourd’hui pour propulser les sous-marins participants à al dissuasion nucléaire, ainsi que les sous-marins d’attaque et porte-avions nucléaires, qui seraient dès lors localisables de part le rayonnement de neutrino par ailleurs unique et valant signature de leurs réacteurs.

Le problème est d’autant plus de taille que la conception de ces navires est à la fois très couteuse, entre 6 et 12 milliards d’euro pour les SNLE et les Porte-avions nucléaires, et entre 1,5 et 3 md€ pour les SNA, et très longue, la France ayant justement annoncé l’entame du projet SNLE 3G visant à moderniser sa composante de dissuasion sous-marine, ainsi que le programme PANG pour remplacer le porte-avions Charles de Gaulle, les deux devant entrer en service à la fin de prochaine décennie, précisément lorsque, selon Oakridge, la technologie de détecteurs à Neutrino deviendra opérationnelle. La France n’est d’ailleurs pas la seule dans ce cas, les britanniques ayant eux aussi entamé la construction de leurs nouveaux SNLE de la classe Dreadnought, les Etats-Unis des SNLE classe Columbia et des porte-avions nucléaires de la classe Ford, la Russie des SNLE Boreï M et la Chine du futur SNLE Type 096 alors qu’elle développe parallèlement une nouvelle classe de porte-avions Type 004 à propulsion nucléaire, tous visant une entrée en service dans les 20 années à venir, et une durée de vie opérationnelle de 30 à 40 ans.

Il subsiste toutefois de très nombreuses inconnues dans ce dossier, qu’il s’agisse de la fiabilité de la détection elle-même vis-à-vis du niveau d’utilisation du réacteur nucléaire, de la précision effective de cette détection, et bien évidemment du contexte d’utilisation opérationnelle de cette technologie pour être efficace. Reste que même si celle-ci devait être peu efficace, peu précise, et très contraignante d’emploi, elle pourrait faire peser une menace significative sur l’efficacité de la composante sous-marine de la dissuasion, obligeant potentiellement les nations nucléaires à multiplier le nombre de sous-marins à la mer pour accroitre la resilience opérationnelle, soit à renforcer les autres composantes de sorte à prendre, potentiellement, le relais du ou des sous-marins compromis. En revanche, il est plus que probable que dans avenir relativement proche, cette technologie bouleversera la conception de la dissuasion nucléaire héritée des années 60 et qui, aujourd’hui encore, fait loi.

Conclusion

De toute évidence, l’accroissement récent des tensions internationales, et la compétition militaire relancée entre grandes puissances, a largement stimulé la recherche technologique ces dernières années. Et comme il était presque impossible à un soldat en 1955 d’imaginer l’arrivée des F-15, F-16 et autres M1A1 en 1975, il est aujourd’hui présomptueux de penser être en mesure d’anticiper avec certitude le panel technologique qui sera la base du rapport de force militaire en 2040. Ce constat invite à reconsidérer le calendrier de certains programmes majeurs, comme dans le cas de SCAF et MGCS, certes très ambitieux, mais qui se projette avec une vision immédiate dans un avenir beaucoup plus incertain, et avec des contraintes opérationnelles que l’on est en peine d’imaginer aujourd’hui. A l’instar du tempo technologique qui servait de référence dans les années 50 et 60, autre période d’innovations et de transformation rapides de l’environnement technologique de défense, il pourrait être efficace, et utile, de viser des objectifs technologiques moins ambitieux mais moins hypothétiques, et d’accélérer la succession et l’enchainement des programmes, comme le font, soit dit en passant, russes et chinois aujourd’hui.

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