Le 14 avril 2026, MBDA et Safran Electronics & Defense ont réalisé le premier tir de la roquette longue portée Thundart depuis l’île du Levant, avec l’appui de la Direction générale de l’armement Essais Missiles, DGA EM. Les industriels indiquent que l’essai a validé la conception, l’intégrité structurelle et la tenue du kit de guidage AASM sur toute la séquence de vol. Cette démonstration inscrit Thundart dans la compétition Frappe Longue Portée Terrestre. En cas de sélection, une première capacité est visée à partir de 2029, avec des livraisons annoncées au plus tard en 2030.
Selon Hugo Coqueret de MBDA, le tir a « surpassé toutes nos attentes » en dynamique de vol et en performances. Safran rapporte que « le kit de guidage a bien tenu l’ensemble du vol » et que l’ensemble des données de télémesure a été récupéré. La configuration tirée associait le kit AASM et des instruments dédiés afin de documenter précisément les efforts et marges disponibles. Les équipes soulignent que la collecte complète des paramètres sécurise les étapes suivantes du développement et de la qualification.
Entre la feuille blanche et cette démonstration, dix huit mois se sont écoulés. Le projet s’est mené en partenariat avec la Direction générale de l’armement, la Section technique de l’armée de Terre et le 1er régiment d’artillerie de Bourogne. MBDA rappelle qu’une centaine de collaborateurs des deux entreprises travaillent aujourd’hui sur un plateau commun. Cette organisation vise à réduire les cycles de mise au point, à accélérer les boucles essais calcul puis essais réels, et à préparer en amont la transition vers une production en série.
Dévoilée en 2024, Thundart combine des briques matures de la bombe AASM et un nouveau propulseur développé par Roxel. Le rattachement de Roxel à MBDA en janvier 2025 a raccourci le développement du moteur, bouclé en moins de dix mois selon l’industriel. MBDA salue « une des pierres angulaires de cette réussite », l’intégration rapprochée ayant facilité la maîtrise des interfaces propulsion guidage et la tenue mécanique de l’ensemble durant la phase propulsée comme en vol libre.
Les performances communiquées mentionnent une charge militaire d’environ cent kilogrammes, une portée pouvant atteindre cent cinquante kilomètres et une précision de l’ordre de quelques mètres. La vitesse se situe dans le haut supersonique et la fin de trajectoire n’est plus totalement balistique. Thundart utilise l’autodirecteur actuel de l’AASM et bénéficiera du nouvel autodirecteur laser infrarouge. Ce dernier a fait l’objet début mars de trois tirs réussis à Biscarrosse sous égide de la DGA et a été qualifié, avec une mise à disposition des forces annoncée pour 2027.
Le système complet inclut un lanceur monté sur camion 8×8 fourni avec Scania France, capable d’emporter jusqu’à huit roquettes. Essonne Sécurité fournit la cabine blindée, Palfinger la grue de rechargement et CMAR le système de pointage. MBDA et Safran décrivent une conduite de tir intégrée et des effets modulables selon la mission. La mobilité du porteur autorise des séquences tir puis décrochage rapides afin de réduire la vulnérabilité face aux contre batteries d’artillerie longue portée adverses.
Thundart s’inscrit dans la compétition FLP T face à la proposition FLPT 150 de Thales et ArianeGroup. Les partenariats d’innovation ont été notifiés fin 2024. Le délégué général pour l’armement a indiqué le 15 avril que les premiers tirs s’étaient bien passés et qu’une décision était attendue avant l’été 2026. La loi de programmation militaire 2024 à 2030 évoque une enveloppe théorique de six cents millions d’euros qui pourrait permettre entre treize et vingt six lanceurs et, selon la DGA, environ trois cents munitions d’ici fin 2030 si l’actualisation est confirmée.
MBDA annonce deux milliards d’euros d’investissements prévus entre 2026 et 2030 pour accroître ses capacités, avec une hausse attendue de la production de missiles en 2026 par rapport à 2025. Safran indique avoir fortement augmenté les cadences de production des kits AASM depuis 2022. La ligne commune AASM et Thundart a déjà monté en puissance. Ces mesures visent à sécuriser une montée en cadence rapide si l’administration retient Thundart et à soutenir la constitution d’une première capacité dans les délais annoncés par les industriels.
Le calendrier se heurte à un besoin pressant. Le retrait des Lance Roquettes Unitaires M270 est programmé entre 2027 et 2030 et le parc français modernisé compte treize lanceurs, dont quatre ont été transférés à l’Ukraine, ce qui laisse neuf systèmes opérationnels. Les stocks de roquettes approchent de seuils critiques. Des sources publiques rapportent par ailleurs que les Etats Unis ont refusé l’intégration de missiles GMLRS aux projets Foudre et Thundart, décision susceptible d’accroître les coûts et les risques et de peser sur l’interopérabilité attendue au sein de l’Alliance.
Les industriels mettent en avant une réponse souveraine, intégralement européenne, produite en France et appuyée sur un maillage existant incluant EURENCO et Aresia pour la charge militaire. MBDA et Safran projettent la création d’une coentreprise dédiée afin de porter le programme et ses évolutions, avec des pistes à l’étude sur des extensions de portée et de nouveaux milieux d’emploi. La compatibilité MFOM avec M270 et HIMARS n’est pas exclue. Les industriels soulignent que la France conservera seule la décision pour l’export et évoquent des perspectives déjà identifiées.