En de nombreux aspects, l’annonce par Athènes des deux modèles retenus pour moderniser sa flotte sous-marine, le Type 212CD allemand et le Blacksword Barracuda, apparait comme une nouvelle édition d’un duel européo-européen déjà observé aux Pays-Bas il y a deux ans. Mais depuis, les lignes se sont distendues, sous l’action d’une concurrence renouvelée avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme la Corée du Sud ou l’Espagne, et d’une accélération globale du tempo technologique, y compris dans le domaine sous-marin.
De fait, les aspects financiers et industriels, au coeur des décisions précédentes, s’ils ne s’effacent naturellement pas, sont renforcés d’autres considérations, bien plus opérationnelles. Et si les deux sous-marins européens évoluent dans des catégories budgétaires et de tonnage proches, ils reposent, en revanche, sur des approches radicalement opposées de l’avenir de la guerre sous-marine. Et c’est probablement cela qu’Athènes va devoir arbitrer, pour déterminer quelles seront les capacités de sa flotte sous-marine pendant les deux à trois décennies à venir.
La modernisation de la flotte sous-marine grecque
Le 30 avril 2026, TKMS et les chantiers de Skaramangas ont officialisé la modernisation à mi‑vie de quatre Type 214 de la Marine grecque, avec une majorité d’activités réalisées en Grèce. L’accord vise la création d’emplois qualifiés, le transfert de technologies, la compatibilité des systèmes et l’accès sécurisé aux pièces de rechange. La participation directe de l’industriel d’origine réduit les risques d’incompatibilités, tout en allégeant la dépendance logistique extérieure.
Skaramangas demeure le seul chantier grec doté d’une expérience de construction sous‑marine et d’un hangar climatisé pour le soudage des coques. Une collaboration avec Metlen Energy and Metals, via l’usine METKA, est évoquée pour la structure externe. Ce socle national prépare l’exécution locale d’activités complexes, renforce les compétences de la main‑d’œuvre et encadre les risques d’intégration, sans prédéterminer, pour autant, la future doctrine d’emploi, pour un chantier bien plus important, le remplacement des Type 209 de la Marine Hellénique.
La grille grecque de décision, dans cette compétition entamée il y a 3 ans, agrège de très nombreux paramètres, comme il est d’usage dans un dossier représentant plusieurs milliards d’euros, de la propulsion à l’autonomie, de la signature acoustique au nombre d’armes, du transfert de technologies à l’autonomie de maintenance, avec, bien évidemment, l’arbitre suprême, le prix, en haut de liste.
Contrairement aux compétitions passées, marquées par une industrie sous-marine allemande omniprésente avec les succès des Type 209 puis Type 214, la densification de l’offre mondiale a construit une offre bien plus étayée. L’émergence récente du S‑80 Plus espagnol, du Taigei japonais ou du Dosan Ahn Changho sud‑coréen, a considérablement durci la compétition en occident, ce qui est à l’avantage du client. Surtout, le français Naval Group, outsider dans les années 80 et 90 avec l’Agosta, fait aujourd’hui jeu égal sur la scène mondiale avec l’allemand tKMS, avec ses Scorpene et ses nouveaux Barracuda.
L’annonce de la short-list des finalistes de cette compétition, il y a quelques jours, n’a pas représenté une surprise. Athènes opérant des sous-marins tKMS depuis plusieurs décennies, personne n’imaginait que l’allemand puisse être absent de cette phase finale avec son nouveau Type 212CD, d’autant qu’Athènes vient d’engager la modernisation de ses 4 Type 214. Quant au français Naval Group, il vient de livrer la seconde frégate classe Kimon à la Marine Hellénique, et son Blacksword Barracuda, proposé à Athènes, s’est récemment imposé au Pays-bas face au… Type 212CD.
Naval Group et tKMS s’affrontent une nouvelle fois en Europe
Les deux propositions transmises à Athènes sont matures, mais contrastées, et présentent chacune de offres industrielles et budgétaires attrayantes. Mais cette confrontation n’est, en fait, ni commerciale, ni industrielle. Il s’agit d’une confrontation entre deux conceptions radicalement différentes de l’avenir de la guerre sous-marine, et de la manière d’employer un sous-marin à propulsion conventionnelle. D’un coté, le 212CD incarne l’ultime AIP, optimisé pour l’affût prolongé à très basse vitesse. Face à lui, le Blacksword Barracuda assume une posture de SSK capable de se battre « à la manière d’un SSN », misant sur une vitesse soutenue discrète, des profondeurs élevées et d’importantes capacités de manœuvre.
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