La Marine hellénique a retenu deux candidats définitifs pour son programme de nouveaux sous marins. Il s’agit du Blacksword Barracuda proposé par Naval Group et du Type 212CD présenté par ThyssenKrupp Marine Systems. La sélection finale n’est pas encore arrêtée et des ajustements restent possibles d’ici la clôture de la procédure. Les deux offres s’appuient sur des architectures et des systèmes récents, conçus pour répondre aux opérations en Méditerranée et au delà. Les délais de réalisation, la participation industrielle en Grèce et les capacités opérationnelles figureront parmi les principaux critères de décision.
Naval Group et TKMS ont chacun signé un protocole de coopération avec les chantiers navals de Skaramangas afin de proposer une construction locale et la modernisation de sous marins de type 214 déjà en service. Skaramangas dispose d’une expérience antérieure en assemblage de coques et d’un hall climatisé dédié au soudage, atouts mis en avant pour le transfert de savoir faire. Une coopération avec Metlen Energy and Metals via l’usine METKA est également évoquée pour la fabrication de la coque sous pression, ce qui renforcerait la base industrielle en Grèce.
Les deux propositions se distinguent d’abord par leur propulsion. Le Barracuda retient une architecture diesel électrique associée à des batteries lithium de nouvelle génération. Le Type 212CD combine diesel électrique, batteries lithium et un système de propulsion anaérobie AIP. Naval Group indique que son sous marin peut rester immergé plus de douze jours avec une autonomie totale dépassant soixante dix jours. Pour le 212CD, la durée d’immersion continue n’est pas publiée à ce stade. Par recoupement, elle pourrait atteindre au moins dix huit jours selon la taille finale et la capacité énergétique.
Le Blacksword Barracuda affiche des caractéristiques communiquées par le chantier français. Le déplacement en surface est de trois mille trois cents tonnes et la longueur atteint quatre vingt deux mètres. La vitesse maximale annoncée est de vingt nœuds et la profondeur opérationnelle dépasse trois cent cinquante mètres. L’autonomie déclarée est supérieure à soixante dix jours avec un équipage d’environ trente cinq marins. L’emport annoncé atteint trente armes mises en œuvre par six tubes à l’avant, incluant torpilles F21, missiles Exocet AM 39 B2, des mines et surtout, le missiles de croisière MdCN, unique en Europe.
Le Type 212CD présente une proue dotée de six tubes lance torpilles disposés à bâbord en deux rangées de trois selon TKMS. La charge d’armement restée confidentielle est communément estimée entre douze et quatorze armes et la plate forme pourrait emporter jusqu’à vingt quatre mines. Le constructeur indique l’intégration de torpilles lourdes DM2A5, de l’arme antiaérienne IDAS et de missiles anti navires comme le NSM de Kongsberg, avec des options modulaires de charge utile. La capacité exacte dépendra des choix de configuration retenus par l’utilisateur grec.
Les philosophies de furtivité diffèrent aussi. Naval Group s’appuie sur une coque dérivée des sous marins nucléaires français de la classe Suffren, réputée pour sa discrétion acoustique, notamment grâce à un pumjet lui conférant une vitesse élevée sans cavitation. TKMS met en avant une coque dite diamant pour le 212CD destinée à réduire les retours des ondes actives. Les données sur les matériaux de construction et la profondeur opérationnelle maximale du 212CD n’ont pas été rendues publiques. À l’inverse, le Barracuda est présenté avec une profondeur dépassant trois cent cinquante mètres, élément qui sera évalué au regard des besoins propres de la Marine hellénique.
Les références contractuelles récemment signées fournissent des repères de coûts. En 2021, l’Allemagne et la Norvège ont engagé six Type 212CD pour environ cinq milliards et demi d’euros. En 2024, quatre unités supplémentaires ont été commandées pour près de quatre milliards et sept cents millions. Le prix unitaire estimé évolue ainsi d’environ neuf cents millions à environ un milliard deux cents millions en 2024. La même année, les Pays Bas ont retenu Naval Group pour quatre Barracuda pour un montant proche de cinq milliards et six cents millions, soit environ un milliard quatre cents millions par unité.
À prix 2024, l’écart unitaire ressort à environ deux cents millions d’euros en faveur du Type 212CD selon ces repères, mais au Pays-Bas, à format comparable (4 navires), l’offre de Naval Group etait sortie 1,5 Md€ moins élevée que celle de tKMS. Les coûts d’acquisition ne résument toutefois pas l’ensemble des dépenses à long terme. L’adoption d’une propulsion anaérobie implique l’approvisionnement en hydrogène de très haute pureté, qui n’est pas produit localement en Grèce. Les estimations disponibles situent le coût de cet hydrogène bien au dessus de celui du diesel marin, ce qui alourdirait les charges d’exploitation et accroîtrait la dépendance aux importations pour l’emploi de l’AIP.
Le calendrier industriel et la localisation des travaux pèseront également. TKMS et les chantiers de Skaramangas ont annoncé le 30 avril 2026 un accord pour la modernisation à mi vie de quatre sous marins de type 214 de la flotte grecque avec la majorité des activités réalisées en Grèce. L’objectif affiché est de créer des emplois qualifiés et de transférer des technologies, tout en garantissant la compatibilité des systèmes et l’accès continu aux données techniques et aux pièces de rechange. Naval Group met de son côté en avant une construction locale progressive. Les deux industriels ont des carnets de commande déjà bien remplis.
Les dossiers diffèrent enfin sur la capacité d’emport et la variété des armes, sujet central pour l’emploi en Méditerranée orientale. Le Barracuda revendique un emport largement supérieur avec trente armes annoncées et des options de missiles antinavires et de frappe dans la profondeur. Le Type 212CD mise sur une charge plus réduite mais sur des intégrations spécifiques comme IDAS ou DM2A5 ainsi que des capacités de minage importantes. La certification des armements retenus par la Grèce et les calendriers d’intégration associés constitueront un point clé du choix final.