dimanche, novembre 30, 2025
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Pour Erdogan, ce sera F-35 ou S-400, mais pas les deux

Maintenant que le président Erdogan a gagné les élections présidentielles et dispose d’une majorité solide au parlement, le statu quo concernant le cas des F-35 turcs évolue rapidement. Désormais, le gouvernement américain pose clairement les enjeux et les conditions à la livraison des F-35 turcs. Il n’est plus question du pasteur Andrew Brunson, emprisonné par les autorités turcs pour terrorisme alors qu’il rencontrait les représentants kurdes syriens, mais uniquement du choix turc de s’équiper de systèmes de Défense anti-aériens S-400. Ce sera l’un ou l’autre, mais pas les deux, ont prévenu les autorités US.

Pour sa part, le gouvernement turc fait valoir son implication dans le programme F-35 et les relations contractuelles, sans toutefois sembler de faire marche arrière concernant le rapprochement avec la Russie.

Il serait d’ailleurs très surprenant que le président Erdogan, conforté par les dernières élections, accepte de faire machine arrière concernant le choix du S-400, et le rapprochement avec Moscou. La semaine dernière, il annonçait de nouvelles commandes, notamment de missiles Kornet, pour équiper ses forces armées.

Si effectivement les Etats-Unis bloquaient la livraison des F-35 turcs, ce qui semble désormais plus que probable, la crise qui en résulterait entrainerait sans aucun doute la sortie de l’OTAN de la Turquie. Or, en sortant de l’OTAN, le gouvernement Turc bénéficierait d’un regain de popularité nationaliste, suffisante pour soutenir les élans expansionnistes du président Erdogan, que ce soit vers le Sud, le nord, et en méditerranée orientale.  Pour la Russie, cela représentera également une opportunité unique d’affaiblir l’OTAN, et de renforcer considérablement son image et son influence en Europe, au Moyen-Orient, Méditerranée et en Mer Noire. Car si la Turquie changeait de camp, l’accès à la mer noire pour les marines de l’OTAN, afin de soutenir ses alliés Bulgares, Roumains, Ukrainiens, Moldaves ou Géorgiens, serait très largement compromis, laissant les mains libres à la Marine  et forces Russes.

Les conséquences sont telles qu’il semble très improbable qu’il ne s’agisse pas d’un acte parfaitement planifié, avec des objectifs et un calendrier établi de longue date, de la part des autorités turques.

Les standards de Défense américains pour contrer les offres européennes

Après la moisson de contrats concernant les systèmes Patriot PAC-3 en Europe, c’est au tour des commandes de systèmes Aegis de dérouler, en Espagne comme en Australie. Pourtant, les offres européennes, notamment les systèmes PAAMS ou MAMBA de MBDA, basés sur les missiles Aster, sont au moins aussi performants que leurs homologues américains, et beaucoup moins chers. Comment expliquer, dés lors, les succès à répétition de l’industrie US ?

Les raisons de ces succès sont les mêmes que ceux du F-35 ou du P8, qui se taillent la part du lion dans les contrats de défense de leurs marchés respectifs : les Etats-Unis ont réussi à imposer des standards de Défense fermés, mettant les gouvernants face au choix cornéliens d’être in, ou d’être out. Or, être exclu du standard, c’est être, mécaniquement, exclu de l’interopérabilité avec les forces américaines, perçues, à juste titre aujourd’hui, comme les garants de la sécurité, en Europe comme en Asie.

Il serait inexacte que de blâmer le lobbying américain de cette situation, ou la faiblesse des pays qui décident de se rattacher au standard en s’équipant de matériels américains plutôt qu’Européen. En effet, si les Etats-Unis ont pu promouvoir ces standards, c’est avant tout lié au désengagement des grandes puissances européennes de la question Défense à la suite de l’effondrement soviétique. Il serait, en effet, illusoire de demander aux roumains, aux baltes, ou aux polonais, de privilégier l’Europe de la Défense, sachant qu’aujourd’hui, ces pays perçoivent les Etats-Unis comme seul rempart face à la montée en puissance russe. Avec Raisons ! Car ce ne sont pas les 200 Leclercs Français, les 350 Léopard 2 Allemands, et les 180 Challenger britanniques, qui sont capables de dissuader des 2500 chars lourds modernes russes positionnés dans les districts occidentaux.

Les Etats-Unis ne font que récolter les fruits de leurs investissements soutenus de Défense des années 2000, alors que les gouvernements français, allemands, britanniques ou Italiens n’avaient d’autres objectifs en tête que de réduire au maximum les dépenses de Défense.

Pour ramener les pays Européens, dans le giron européen, il faudra bien d’avantages que quelques milliards d’investissements distribués par l’UE. Cela dépendra avant toute chose de la capacité des grandes nations européennes à construire rapidement une alternative de Défense au protectorat américain, préambule indispensable avant de proposer de nouveaux standards de défense.

La frégate Type26 de BAe équipera la Marine Australienne

C’est officiel, le gouvernement australien a attribué au britannique BAe le contrat pour la construction de 9 frégates lourdes pour la marine royale australienne d’ici la fin des années 2020. Cette nouvelle classe de frégate, identifiée comme la classe Hunter, sera basée sur la nouvelle frégate lourde ASM type 26 qui équipera la Royal Navy, au détriment de la F-100 de Navantia, et de la FREMM italienne.

Outre la proximité culturelle et industrielle de très longue date entre la Royal Navy et la Royal Australian Navy, d’autres facteurs expliquent ce choix, somme toute logique.

Si la FREMM Italienne et la F-100 sont de bonnes frégates polyvalentes, elles pèchent dans leur dimension spécialisée, notamment en ASM. C’est assez logique dans la mesure ou ni la Marine Italienne, ni la Marine Espagnole, ne sont spécialement réputées ou expérimentées dans ce domaine, qui reste un domaine d’excellence des marines britanniques et françaises.

Outre ses capacités de détection ASM étendues, la Type 26 dispose également d’un nombre très importants de lanceurs missiles : 24 VLS Mk13 pour missiles longs, comme le Tomahawk, et 48 VLS courts pour le système d’auto-défense Sea Ceptor. Ce dernier, reposant sur le missile CAMM, est le dispositif d’autodéfense à courte portée européen le plus moderne, capable d’intercepter des missiles et avions à 25.000 m ayant un vitesse pouvant atteindre mach 3.

Du coté de la FREMM ou de la F-100, le nombre de VLS proposé était limité à 32. En d’autres termes, la T-26 dispose d’une capacité à résister à des attaques saturantes bien supérieure aux navires italiens et espagnols, tout en conservant 24 silos pour des missiles de croisières et/ou anti-navires. Dans le contexte de la montée en puissance de la Marine Chinoise, qui dispose aujourd’hui de prêt de 200 unités de surface combattantes, 75 sous-marins d’attaque et 1500 avions de combat et bombardiers modernes, la configuration de la frégate britannique semble, en effet, bien plus adapté.

Bien évidemment, les FREMM, de part leurs conception modulaire, pouvaient évoluer pour ajouter des VLS. Mais la Type-26 est, elle, nativement conçue pour se format, ce qui influence la décision. 

D’autre part, la Marine Britannique, comme la Marine Française, patrouille régulièrement dans le Pacifique et l’Océan indien. Possible que cela ai également été un paramètre pris en compte par les Australiens, dans l’attribution de leurs contrats de frégates et sous-marins. 

La Chine lance 2 destroyers lourds Type055 simultanément

La classe Type055 représente le futur de la composante forte de la marine chinoise dans le domaine de la guerre de surface haute intensité. Ces navires, jaugeant 13.000 tonnes, et emportant pas moins de 124 VLS dont 110 VLS longs, sont les plus imposants bâtiments de surface combattant conçu par la Chine, et les mieux armés. Même face aux derniers destroyers A.Burke américains, ou aux destroyers Kongo et Atago japonais, les Type 055 apparaissent comme des géants de mers, ne cédant qu’aux 2 croiseurs de la classe Kirov de la Marine Russe.

Pour l’heure, 5 destroyers Type 055 sont en cours de construction. Le premier a été lancé il y a presque un an jour pour jour, le second au printemps, et les troisièmes et quatrièmes unités ont été lancés simultanément le 3 juin. Les deux dernières unités devraient, quand à elles, être lancées à la fin de l’année prochaine. 

Si aujourd’hui, seuls 6 Type 055 ont été officiellement commandés, il est plus que probable que des commandes supplémentaires interviendront dans le futur. Le Type 055 ayant une production électrique élevée, il est probable que les unités suivantes seront dotées de canon de type Rail Gun, et devront entrer en service à horizon 2025. Il est utile de rappeler que, conjointement au Type 055, les chantiers navals chinois produisent les destroyers anti-aériens Type 052D de 7500 tonnes et 64 VLS longs, les frégates Type 054A (apparition probable d’une nouvelle classe sous peu), et des corvettes type 056A. Dans la doctrine navale chinoise, pour l’heure essentiellement axée vers la protection des zones stratégiques chinoises en mer de Chine, le long de la route de la Soie, et, bien entendu, autour de Taïwan, ces unités navales de faible tonnage, mais bien armées, permettent de renforcer très sensiblement la puissance de feu disponible tout en multipliant les points de présence et d’appuis, de sorte à repousser au plus loin les porte-avions américains, et donc de limiter leurs capacités d’action.

En 6 mois, les chantiers chinois auront donc lancé 14 navires de surface (dont 3 destroyers type 055) pour un total de presque 100.000 tonnes, ¼ du tonnage total de la Marine Nationale, 

Pour autant, la flotte de surface ne perçoit que la moitié des crédits alloués au renforcement de la flotte chinoise, estimée à 106 Md$ en 2018 et 2023, l’autre moitié étant dédié à la flotte sous-marine. Les informations sur les lancements de sous-marins destinés à l’APL sont très parcellaires, mais on estime qu’à horizon 2025, la Marine chinoise disposera de 25 à 30 sous-marins nucléaires d’attaque (contre 14 aujourd’hui, 4 en 2000), 75 sous-marins d’attaque conventionnels (contre 57 aujourd’hui, 38 en 2008), et 12 SNLE (contre 8 aujourd’hui, 1 en 2000).

Ce n’est certainement pas avec une frégate de surveillance ou un PHM que la Marine Nationale pourra peser dans cette zone, ni s’opposer aux prétentions chinoises dans le Pacifique, l’Océan Indien, et bientôt dans le golfe persique et le long des cotes africaines. 

Dans l’hypothèse d’un conflit impliquant Chine et Russie, la flotte américaine, et une part très importante de son aviation, devront être déployées pour contenir la puissance navale chinoise. Dans ces conditions, que restera-t-il pour s’opposer aux sous-marins et bombardiers à long rayon d’action russes cherchant à entraver le renforcement des forces de l’OTAN ?

Les Awacs E7 et E8 seront-ils les derniers représentants de ce type d’appareil ?

Les avions de détection aérienne avancée, connu sur l’acronyme AWACS, ont été des outils indispensables de la puissance aérienne de l’OTAN depuis les années 70. Capables de détecter les appareils adverses à grande distance, même lorsqu’ils volent en trajectoire rasante pour utiliser le masquage terrain, ils peuvent diriger les appareils alliés pour effectuer les interceptions dans les meilleures conditions, et optimiser les ressources disponibles.

Deux appareils sont symboliques dans ce domaine : le E-2 Hawkeye qui équipe la marine américaine et française, mais également les forces d’autodéfense japonaises, et les forces aériennes israéliennes, et l’E-3 Sentry, l’Awacs de l’OTAN et de plusieurs pays alliés des Etats-Unis. Ces appareils arrivent en fin de vie, et la question de leur remplacement se pose. Parmi les offres, l’E-7 Wedgetail semble avoir toutes les qualités nécessaires, et le Royaume-Unis s’y intéresse.

La Russie et la Chine ont eux aussi développé leurs propres awacs, comme le Il-50 Mainstay russe, ou les KJ-500/600 chinois. Mais surtout, ces deux pays ont développé des stratégies et des équipements destinés à éliminer les awacs adverses du ciel dès le début du conflit. Ainsi, la Russie a développé les missiles KS-172 et surtout R-37, dont la portée peut atteindre 400 km, propulsé par un statoréacteur, et spécialement conçu pour éliminer les Awacs et ravitailleurs de l’OTAN. La Chine, elle, a développé le missile PL15, dont la portée atteindrait également 400 km.

Emportés par des appareils furtifs, comme le Su-57 ou le J-20, ou plus simplement par des appareils discrets, comme peut l’être le Rafale, la portée du missile est alors très supérieure à la portée de détection des avions de détection. Or, contrairement à un bombardier stratégique ou un ravitailleur, un avion de détection aérienne avancé ne peut être passif electromagnétiquement parlant, car sa fonction première est de porter un radar, par définition actif.

C’est la raison pour laquelle le concept même d’Awacs peut être amené à disparaître, dans sa forme actuelle, à plus ou moins court terme, et tout cas des spectres d’emploi haute intensité.

Pour les remplacer, militaires et industriels travaillent sur une détection maillée déportée, réalisée par des drones et des avions furtifs, échangeant leurs informations en réseau de sorte à proposer une carte du ciel global, mais disposant d’une manœuvrabilité suffisante pour éviter les missiles longues portés, et d’une discrétion suffisante pour ne pas être engagés sans pouvoir répliquer.

C’est bien là la seule vertu effective du F-35, qui ne justifie cependant pas son tarif exorbitant.

La survivabilité du Typhoon en mission nucléaire est-elle la bonne question ?

Alors que les décisions Belges et Allemandes concernant le remplacement de leurs F-16 et Tornado s’approchent, de nombreux articles et débats apparaissent sur une question qui semble cruciale :

Un avion de 4eme génération peut-il remplir la mission nucléaire dans un environnement fortement contesté ? 

La question porte bien évidemment sur l’emport de la bombe traditionnelle B-61 et de la capacité que peut avoir un Typhoon, un Rafale ou un F-18 à emporter cette bombe, et à la larguer sur sa cible, face à la défense anti-aérienne russe. Avec comme postulat que le F35, lui le peut.

Et nous voyons bien là l’immense hypocrisie et la manipulation qui sous-tend ce problème. En effet, posons le sujet de manière neutre et factuelle :

  • Aucun appareil, pas plus le Rafale que le Typhoon que le F35 ne pourra s’approcher suffisamment d’une cible fortement défendue  pour pouvoir y lâcher une bombe gravitationnelle, qu’elle soit nucléaire, thermo-barrique et conventionnelle. Avec des radars hautes fréquences, le F-35 pourra s’approcher à 20 ou 30 km avant d’être détecté et abattu, dans son profil de vol. Un rafale le sera également probablement aussi à cette distance, car il ne pourra plus bénéficier du masquage du terrain.
  • Les systèmes russes intègre désormais des radars UHF, capables de détecter le F-35 ou le F-22 à des distances très supérieures, rendant la furtivité du F-35 inactive.
  • Les avions de chasse russes, qui protègeront sans aucun doute les sites de valeurs, disposent tous de dispositifs optroniques infrarouges capables de détecter un appareil à 50 km, bien au delà de la portée de la B-61

On le voit, les arguments ne manquent pas pour contrer l’argument développé par le lobby F-35. Mais surtout, il serait nécessaire de s’interroger sur l’efficacité réelle de cette dissuasion tactique à double clé, une approche qui, lorsqu’on la développe, montre très vite ses limites, comme nous l’avons vu précédemment.

Là encore, la France, et son expérience de la dissuasion, et notamment de l’ASMP/A et de son successeur, pourrait porter un discourt pour épauler ses alliés européens face à une opinion publique européenne mal informée de la chose.

Quoiqu’il en soit, un problème apparaît bel et bien, et il devra être traité rapidement : le besoin d’un avion de guerre électronique, outil aujourd’hui indispensable pour assurer l’efficacité de l’arme aérienne dans un environnement haute-intensité. 

Missiles guidées et bombes intelligentes, le retour d’expérience russe en Syrie

Depuis son accession au pouvoir en 1999, V.Poutine a entrepris un vaste programme visant à redonner aux forces armées russes un format, un équipement et une capacité opérationnelle permettant à la Russie de retrouver son rang à la tête du concert des nations.

Après l’effondrement de l’Union Soviétique, et les années Eltsine, les forces armées russes, comme l’industrie de Défense du pays, étaient dans un état de déliquescence avancé : soldes non payées, matériels non entretenus, contrats d’armement non exécutés. Les armées russes et les entreprises de Défense étaient alors, à l’image du pays, en proie à tous les trafics, et gangrénées par la corruption.

La première guerre de Tchétchénie, en 94, servira de révélateur de l’effondrement de l’outil militaire qui fit face aux forces de l’OTAN pendant des décennies. Symboliquement, la première mesure publique de V.Poutine lorsqu’il fut nommé premier ministre par Eltsine fut d’aller passer le nouvel an, équivalent à noël en occident, avec les militaires russes.

Devenu président, V.Poutine entrepris de reconstruire conjointement les armées russes et l’industrie de Défense Russes, avec succès, puisqu’en moins de 20 ans, les forces russes sont à nouveaux perçues comme une menace plus que sérieuse par les pays de l’OTAN.

Au delà des hausses de crédits et réorganisation du ministère de la Défense et dans les Etats-Majors russes, remplaçant des apparatchiks par des généraux et amiraux jeunes, innovants et fidèles, comme le célèbre général Gerazimov bien connu des occidentaux, la reconstruction de l’outil défense russe s’est basée sur 2 éléments :

  • Les plans d’équipement décennaux, appelés GPV en Russie, qui encadre les programmes de défense et la montée de puissance de l’industrie défense russe sur une période de 10 ans, tout en préparant les 10 années à suivre. Ainsi, militaires et industriels russes disposent d’une visibilité à 20 ans pour dimensionner et organiser leurs activités et investissements. 
  • L’utilisation des conflits régionaux comme zone d’expérimentation et de retour d’expérience pour les doctrines, les équipements et les hommes.

En effet, les forces armées russes auront connu pas moins de 4 conflits majeurs depuis 2000 :

  • La seconde guerre de Tchétchénie, de 1999 à 2000, fut essentiellement un outil destiné à galvaniser les russes dans une fierté retrouvée
  • La guerre de Géorgie, en 2008, les armées russes déployant un corps d’armée blindé pour éliminer l’armée géorgienne, équipée et entrainée par les occidentaux, mais trop modeste pour s’opposer aux forces russes. 
  • L’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass permirent, et permettent encore, d’expérimenter les doctrines de guerres asymétriques, mais également d’expérimenter de nouveaux équipements lourds, la défense anti-aérienne, et la guerre des ondes.
  • Et enfin, la guerre de Syrie, qui servit aussi bien de champs d’expérimentation pour de nombreux nouveaux systèmes, que de camps d’entrainement et d’aguerrissement pour la majorité des militaires russes.

Chaque conflit fut également riche d’enseignements, et donna lieu à de profondes modifications d’équipements et évolution de doctrine. Ainsi, en Tchétchénie, les forces blindées russes montrèrent leur grande vulnérabilité en combat urbain, notamment en raison de la faible élévation des armements. En Géorgie, ce sont les avions d’attaque et hélicoptères qui furent particulièrement exposés. En Syrie comme dans le Donbass, le manque de munition de précision entrava l’efficacité et engendra des dégâts collatéraux très importants, un paramètre important dans des guerres à caractère médiatique.

Et, de fait, les programmes destinés à doter les forces aériennes de bombes intelligentes et missiles guidés se sont multipliés ces dernières années. Parmi eux, le programme 9A-7759 GROMsera destiné à équiper la presque totalité des avions d’attaques et multi rôles de l’armée de l’air et de l’aéronavale russe.

Comme souvent, les russes ont cherché l’efficacité : sans chercher à développer un tout nouveaux système, il ont préféré faire évoluer l’existant, en l’occurrence le missile Kh38, pour étendre ses performances tout en maitrisant les couts. Et comme souvent, l’industrie russe ne s’est pas contentée de réaliser un équipement, mais une famille d’équipements, allant de la bombe planante et missile guidé, disposant d’autodirecteurs multiples, et offrant des charges militaires, une  portée et une précision variables.

Quoiqu’il en soit, la planification Défense russe est exemplaire, comme l’est d’ailleurs celle de la Chine, et devrait inspirer des réflexions en occident, en alliant une vision et des engagements sur le temps long, à une souplesse opérationnelle et conceptuelle avérée, pour conserver, malgré des moyens plus restreints, une capacité militaire très significative.

C’est une des raisons qui explique qu’aujourd’hui, malgré un budget 4 fois inferieurs au budget des pays européens en mati ère de Défense, la Russie dispose d’une force militaire telle que l’Europe doit se ranger sous la protection des Etats-Unis.

Airbus menace de quitter la Grande-Bretagne selon la dureté du Brexit

Alors que les points de frictions avec les Etats-Unis ne cessent de s’accumuler, le gouvernement britannique se retrouve dans une situation bien complexe dans l’application du vote concernant le Brexit. Car au delà des postures politiques de campagne, la mise en œuvre de la sortie de l’union, et ses conséquences économiques, commencent à poser de sérieux problèmes.

A ce sujet, le cas d’Airbus est révélateur des difficultés qu’il faudra surmonter pour éviter un départ pur et simple de l’avionneur européen du sol britannique. En effet, Airbus est la plus importante industrie au Royaume-Unis, avec 14.000 collaborateurs, et génère 4000 emplois de sous-traitance sur le territoire. Or, la ligne défendue par les partisans de la ligne « dure » du Brexit inquiète clairement l’industriel, et tout l’écosystème Défense et Aéronautique britannique et européen. Ainsi, ces derniers militent pour qu’aucun accord global économique ne se substitue à l’adhésion à l’UE, ceci engendrant des délais très importants pour ré-établir une législation et les infrastructures pour traiter des échanges avec l’UE. L’avionneur Européen estime que ces délais pourraient générer 5 Md de Livres Sterling de perte, un montant évidemment inacceptable pour l’industriel.

Le cas d’Airbus n’est cependant pas isolé. De nombreux industriels technologiques partagent ces craintes, car très exposés au Royaume-Unis, parmi lesquels MBDA et Thales.

La trajectoire actuel des Etats-Unis, tant du point de vu économique que politique et militaire, pourrait adoucir les positions des plus fervents défenseurs du Brexit. Mais il faudra, en Europe, savoir tendre la main au bon moment …

Moins d’un tiers des équipements de défense allemands est disponible

Alors que le président Trump ne cesse de faire des déclarations fracassantes sur l’Europe et l’Allemagne concernant la faiblesse de son investissement de Défense, à la veille du prochain sommet de l’OTAN, un rapport du ministère allemand des armées renforcera le sentiment de sous-investissement de l’effort de défense allemand. En effet, selon, lui, seulement 1/3 des équipements de défense majeurs des armées allemandes seraient effectivement disponibles au premier semestre 2018, dont la majorité de sa flotte de chasse composée de Typhoon et de Tornados, sa flotte sous marine forte de 6 Type 212 à quai, et plus des deux tiers de ses 300 Leopard 2. Et il faut reconnaître que les chiffres sont éloquents : 65 avions de chasse sur 220, 40 hélicoptères sur 190, moins d’un char sur 2, d’une frégate sur 3, et aucun des six sous-marins allemands ne sont disponibles.

Mais, à mieux y regarder, les problèmes de disponibilités sont loin de n’être liés qu’à des problématiques budgétaires. Comme pour la Grande-Bretagne, dont seulement 1,5 de ses 6 destroyers anti-aériens Type45 auront été disponibles sur le premier semestre 2018, la problématique semble bien d’avantage liée à un défaut des prestataires privés qu’à de simples défauts de crédits. En Allemagne, comme en Grande-Bretagne, et en France, le maitre-mot de la décennie passée fut le partenariat public-privé, et le recours aux prestataires privés pour tenter de faire des économies sur la dépense de défense. 

C’était oublier que, contrairement aux militaires et civils de la Défense, dont la mission prioritaire est, ou devrait être, de proposer une disponibilité maximum, les entreprises civiles cherchent avant tout à faire de la marge. Et pour cela, bien évidemment, il convient de réduire au maximum les compétences disponibles, comme le stock de pièces détachées. Ce calcul est évidemment on ne peut plus douteux, d’autant que là ou les militaires ne prennent en considération dans la masse salariale que le cout effectif de cette masse, les entreprises privées, elles, doivent s’acquitter de davantage de taxes, et de charges sociales bien plus importantes. 

En d’autres termes, le recours aux PPP n’est pas pertinent pour traiter un besoin récurrent à long terme, car la masse salariale privée est supérieure, et ne l’est pas pour traiter les pics d’activités, par définition très opérationnel et donc nécessitant des personnels militaires. Et les situations présentes démontrent que les gains de productivité par passage au privé ne sont pas au niveau de ceux espérés. Pour avoir vécu plusieurs, en escadrille et en flottille, au contact des personnels techniques de l’aéronautique navale, je dois dire que je n’imagine pas, dans le civil, une productivité supérieure, ni même équivalente.

Peut-être serait-il bon de poser les bonnes équations, et d’étudier dans le détail les fondements du paradigme PPP appliqué à la Défense.

L’Allemagne veut adapter les bombes nucléaires de l’OTAN sur Typhoon

Les Etats-Unis, et plus particulièrement l’US Air Force et Lockheed, ne sont pas prêts à laisser le marché européen et le contrôle des forces aériennes européennes leur échapper. Et pour cela, ils utilisent l’argument massue, la dissuasion nucléaire.

En effet, plusieurs pays européens, comme l’Allemagne et la Belgique, dispose d’un stock de bombes nucléaires tactiques B-61, pouvant être larguées par F-16 et Tornado, dont le contrôle opérationnel reste cependant aux mains des Etats-Unis.

Cette procédure avait été mise en place pour pouvoir faire face, si besoin est, à un assaut massif de l’Union Soviétique contre l’OTAN, empêchant une riposte des Etats-Unis dans les délais trop courts. 

Aujourd’hui, les autorités américaines « jouent la montre » en signifiant très officiellement que l’adaptation des B-61 aux appareils européens, comme le Typhoon, ou le Rafale, prendrait beaucoup de temps, d’autant qu’il sera nécessaire d’adapter cette munition au F-35 dans un premier temps. 

S’ajoute un argument très discutable sur la capacité de survie du F-35, furtif, présentée comme très supérieure à celle des appareils non furtifs, comme le Typhoon, alors que l’Allemagne a demandé de certifier celui-ci pour emporter la B61. Cet argument est très relatif, que ce soit en raison du très faible rayon d’action du F-35 en version furtive (donc sans réservoirs supplémentaires), des radars basse fréquence et passifs, et des capacités de brouillage des appareils modernes, surtout dans un profil de vol très basse altitude.

Au delà de la mauvaise foi évidente des autorités US, on peut s’interroger de la pertinence aujourd’hui d’une bombe gravitationnelle nucléaire. Car les sites nécessitants une telle puissance de feu seront évidemment très fortement défendus, par les meilleurs systèmes d’armes adverses. Or, aujourd’hui, les S-400 et futurs S-500 russes disposent de radars UHF capables de détecter les F35 et F22, comme le sont les nouveaux Mainstay de détection aéroportée. En outre, même en l’absence de ces systèmes de détection, un F-35 ou un F-22 ne sera indétectable que jusqu’à 30 ou 40 km d’un radar moderne AESA, soit très au delà de la portée de frappe de la B61.

Enfin, il est indispensable de s’interroger sur la notion d’arme nucléaire tactique, soit disant des armes nucléaires permettant de contrôler la conflictualité pour rester en dessous du seuil d’emploi des armes stratégiques. 

Au final, l’argument des armes nucléaires tactiques est particulièrement ambigu. Il serait probablement bien plus performant de trouver, avec la France, et éventuellement la Grande-Bretagne, des accords de défense sur ‘l’utilisation des armes nucléaires et la protection de l’intégrité territoriale. Peut être que l’adaptation de l’ASMP, avec des procédures similaires à celle de l’emploi des B-61, serait la réponse indispensable pour la création du socle pour la construction de l’Europe de la Défense ?