dimanche, novembre 30, 2025
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Les faiblesses et dangers du programme SCAF

Voilà un article on ne peut plus polémique, tant le programme SCAF est aujourd’hui paré de toutes les vertus, tant par les industriels que les états-majors, et ce programme est devenu l’alpha et l’oméga des programmes de défense. Pourtant, il ne manque pas de risques, de faiblesses et même de dangers pour les capacités de défense françaises et allemandes. 

  1. le calendrier

Le programme SCAF a pour objectif de fournir aux forces aériennes françaises et allemandes un système global de combat aérien à horizon 2040, incluant un appareil piloté de nouvelle génération, un drone de combat, des drones de reconnaissance et de renseignement, et l’ensemble des outils de communication et de traitement des données nécessaires. 

Du point de vu industriel, il y aura donc presque 45 ans d’écart entre le programme SCAF et les programmes précédant, Rafale et Typhoon. Un tel écart engendre des risques industriels très marqués, avec des gap technologiques très importants, notamment en terme de cellule et surtout de moteur, sachant que le dernier moteur conçu par SAFRAN était le M88.

 Du point de vu opérationnel, ce calendrier implique que les Rafales et Typhoon français et allemands devront tenir la ligne jusqu’en 2040, et même 2045 le temps d’avoir les premiers escadrons opérationnels. Or, en dépit des performances des appareils, l’évolution des systèmes de défense anti-aérienne, comme le S-400 et S-500 russes, rendra presque impossible l’exécution des missions. Initialement, la France était engagé avec la Grande Bretagne dans le programme de drone de combat FCAS, devant entrer en service en 2030, pour traiter ce contexte. L’intégration du FCAS au SCAF est certainement une optimisation industrielle, mais laissera les forces aériennes françaises et allemandes sans capacités haute-intensité pendant au moins 10 ans.

  • le paradigme de l’avion polyvalent

Le SCAF repose sur le même paradigme que celui qui prévalu pour le Rafale et le Typhoon, à savoir qu’un unique appareil est pertinent pour l’ensemble des missions de combat. Or, cette logique a montré ses faiblesses ces 20 dernières années. Du point de vu industriel, le fait de ne travailler que sur un unique appareil augmente sensiblement les délais entre 2 appareils, rendant le maintien de compétence très délicat. En outre, avec un unique appareil, qui plus est un bimoteur de 25/30 tonnes, l’industrie se coupe d’une part non négligeable du marché, car l’immense majorité des pays n’ont tout simplement pas les moyens de financer de tels appareils, et doivent se tourner vers des avions plus légers, et moins chers, comme le F16, le JAS39 ou les J-10 et JF-17 chinois. 

Du point de vu opérationnel, cela oblige d’utiliser un appareil pour toute les missions, même lorsqu’il est clairement surdimensionné. Sachant qu’une heure de vol d’un Rafale coute le prix de deux heures de vol de mirage2000, l’intérêt économique pour les armées est évident.

  • Ecarter les autres pays européens

Le SCAF est le symbole de l’initiative franco-allemande en faveur de la Défense, et de la consolidation des industries de Défense des deux pays. Mais, ce faisant, il marginalise les industries aéronautiques des autres pays européens, au premier rang desquels la Grande-Bretagne. La réaction britannique ne s’est pas faite attendre, avec l’annonce coup sur coup du lancement d’un programme d’UCAV et l’ouverture de discussion avec le Suédois Saab en vu de construire un appareil ne nouvelle génération. L’Italie tape également à la porte du projet, et pourrait bien se rapprocher des britanniques si le couple franco-allemand faisait la sourde oreille. 

Certes, plusieurs projets récents ont montré que les projets européens multi céphalées avaient tendance à se convertir en mécano industriel inefficace ; mais il ne faut pas négliger le fait que la Grande-Bretagne, l’Italie et la Suède disposent de qualités industrielles avérées, et de qualités commerciales encore plus marquées, et qu’à eux trois, ils maitrisent de nombreux marchés exports.

  • Penser le SCAF autrement

Une fois ces faiblesses posées, comment les traiter ? Comme souvent, il s’agit avant tout de changer ses paradigmes pour envisager le programme sous un angle nouveau. Il serait par exemple bénéfique de fonctionner sous forme de gamme d’appareils, et non d’appareil unique, et de redéfinir le calendrier et les opportunités industrielles en fonction. 

Ainsi, si la gamme d’appareils intégrait un chasseur léger monomoteur, comme le mirage 2000, un chasseur moyen polyvalent, comme le Rafale, et un chasseur lourd spécialisé dans la défense aérienne, à l’image du F-22 ou du J-20, le planning de développement pourrait être tout autre, avec un premier appareil à horizon 2030, destiné à remplacer les 2000 et F-16 en fin de vie, un second en 2040, pour remplacer les Rafales et Typhoon les plus anciens, et un troisième en 2050, pour amener des capacités jusque là inaccessibles au forces aériennes européennes. En fonctionnant ainsi, le gap technologique entre chaque appareil serait réduit, et les retours d’expériences très pertinents. En outre, le partage industriel avec un nombre d’acteurs supérieur serait plus aisé. Enfin, le marché adressable pour l’exportation serait très étendu.

Du point de vu opérationnel, une telle approche permettrait aux forces aériennes de disposer d’un nouvel appareil dés 2030, donc de traiter le défi des nouveaux systèmes antiaériens. En outre, chaque nouvel appareil apportera des atouts spécifiques, permettant d’optimiser l’utilisation et la performance de la force aérienne, comme ses couts. Enfin, cela permettra de s’adapter aux évolutions technologiques très rapides liées à la reprise de la course aux armements, avec des acteurs, comme la Chine, particulièrement actifs et innovants. 

  • Peut-on le financer ?

Bien évidemment, les objections concernant le cout d’une telle approche ne manqueront pas de se manifester. Pour autant, sont-elles pertinentes ?

Car si, au lieu de conserver le dogme de pilotage par la dépense des investissements de défense, nous appliquions la doctrine Défense à Valorisation Positive, les résultats seraient très différents de la perception instinctive. Plusieurs facteurs clés sont de nature à changer les couts réels d’un tel modèle, comme le lissage de la recherche et développement dans le temps et la baisse du risque technologique, son application aux programmes civils notamment aéronautiques, la cible d’appareils étendues par le nombre d’acteurs mais également par une offre très étendue. 

Une étude approfondie révèlerait, j’en suis certain, que le potentiel fiscal d’un SCAF étendu compenserait très largement les couts supplémentaires, et serait même de nature à réduire le cout effectif pour les finances publiques de chaque état.

On le voit, le SCAF, dans sa forme actuelle, est loin d’être un programme optimum, et les développements actuels, notamment en Grande-Bretagne du point de vue industriel, ou en Russie et en Chine du point de vue opérationnel, devrait inciter à envisager des approches alternatives, tenant compte de ces données. La Défense, et d’autant plus lorsqu’il s’agit de la Défense Européenne, est un exercice en valeur relative, qui se doit d’évoluer concomitamment des évolutions de contexte. Le dogmatisme, qu’il soit industriel ou opérationnel, n’est pas un conseillé pertinent, même s’il est basé sur des décennies de succès

Que se passe-t-il en mer d’Azov ?


L’information est passée relativement inaperçue : la flotte russe à redéployer 6 corvettes lance-missiles de la flotte de mer Caspienne vers la flotte de la Mer Noire, renforçant sensiblement la capacité de feu présente, et notamment la capacité à lancer des missiles Kalibr.

Cette manœuvre s’intègre dans une reprise des affrontements dans le Donbass entre forces régulières ukrainiennes, et forces insurgées pro-russes, ainsi que dans une intensification des manœuvres en mer d’Azov.

Ces éléments laissent craindre une manœuvre amphibie visant à capturer la cote ukrainienne entre le Donbass et la Crimée, de sorte à créer un continuité territoriale. Le sud est de l’Ukraine étant partiellement russophone, les forces russes pourraient s’appuyer sur cette population pour contenir les réactions populaires hostiles, comme ce fut le cas en Abkhazie. En outre, le calendrier est favorable pour Moscou, avec une OTAN affaiblie par les attaques de D.Trump, une UE elle aussi affaiblie par la montée des nationalismes et l’émergence de gouvernements ouvertement favorables à la Russie, et une Turquie sur le point de la crise ouverte avec Washington au sujet des F-35. Et ce ne sont pas les quelques dizaines de Javelin livrés par les Etats-Unis aux forces Ukrainiennes qui seraient en mesure de s’opposer aux forces russes basées sur ce front, par ailleurs très largement renforcées ces derniers mois par des matériels neufs et modernisés, comme les T72B3M.

On peut d’ailleurs s’interroger sur la portée d’une telle opération, car en cas d’effondrement (probable) des forces ukrainiennes, la tentation de pousser jusqu’aux rives du Dniepr, voir jusqu’à la Moldavie, sera certainement importante, avec une ville comme Odessa qui représente un port majeur et un site industriel stratégique pour la construction navale. 

Enfin, on ne peut pas ignorer que la Russie affectionne les opérations militaires en fin d’été, de sorte à profiter d’un front figé par l’hivers, et d’un puissant argument de négociation, le gaz.

En l’absence de données objectives sur le renforcement des forces terrestres à la frontière ukrainienne, il ne s’agit là que d’un concours de circonstances inquiétant. Mais si ce renforcement intervient, il y a fort à craindre qu’un conflit sévère secourra une fois de plus l’Europe.

Le Royaume-Uni financera seul son projet FCAS

Selon un communiqué du ministère de la Défense britannique, BAe s’est vu notifié un contrat pour continuer le développement du Futur Combat Air System, ou FCAS. Il n’est nullement fait mention, dans ce communiqué, d’une quelconque collaboration avec les industries françaises, alors que le projet devait initialement être le pivot de la coopération franco-britannique scellée par les accords de Lancaster-House en 2011.

Lors d’une première phase de ce développement, chaque pays devait développer son propre démonstrateur, de sorte à constituer un catalogue technologique servant de cadre à la future réalisation commune. C’est ainsi que BAe a développé le Taranis, alors que Dassault, avec 4 partenaires européens, développa le Neuron.

Suite au vote du Brexit, la Grande-Bretagne et la France mirent le projet en suspend de sorte à attendre d’y voire plus clair dans la coopération possible. Mais à la suite de l’élection du président Macron, et des annonces concernant le programme FCAS franco-allemand, les britanniques avertirent les français qu’il n’était plus question, pour eux, de développer un drone de combat, et qu’ils développeraient un drone de reconnaissance à la place. De fait, le programme FCAS devenait une simple coopération technologique entre la France et la Grande-Bretagne, et le projet de drone de combat fut rattaché au programme SCAF.

C’est dans ce contexte que cette annonce intervient, et précise les choses. En effet, visiblement, BAe a mandat de développer le programme FCAS, et non un simple drone de reconnaissance. On comprend dés lors que l’exclusion des britanniques du programme SCAF a laissé des traces importantes, et que la collaboration franco-britannique en matière de Défense, pourtant riche de succès, risque fort d’être sacrifiée sur l’autel d’une certaine germanophilie excessive. C’est d’autant plus regrettable que le calendrier du SCAF, qui devait initialement entrer en service en 2030, correspondait à un besoin opérationnel fort, lié à la montée en puissance des systèmes de déni d’accès, empêchant des appareils comme le Rafale ou le Typhoon de s’assurer la supériorité aérienne.

Les armes laser séduisent les anglo-saxons

Les industriels et états-majors britanniques et américains ne cachent pas leur détermination à concevoir et déployer des armes à énergie dirigée, que ce soit dans le domaine naval, terrestre ou aérien. 3 projets ont ainsi été confirmé et détaillés ces derniers jours :

  • Le programme Shield destiné à équiper les avions de combat et les bombardiers de dispositifs laser 
  • Le Dragonfire britannique destiné à équiper les navires de la Royal Navy pour intercepter les drones et petites embarcations
  • Le HEL TVD de Raytheon destiné à intercepter les missiles, drones, roquettes et obus d’artillerie sur le champ de bataille.

Les bénéfices des armes laser sont nombreux, notamment en raison d’une capacité de tir multiple très élevé, l’arme ne nécessitant pas de munition, tout comme le sont ses inconvénients, liés à une production électrique très importante, à la sensibilité à la nébulosité, ou aux effets de certaines peintures réduisant très sensiblement les effets thermiques de l’arme.

Le Rail Gun, ou canon électromagnétique, représente une alternative intéressante aux armes laser. Si lui aussi nécessite une source d’énergie importante, il est insensibles à la météo, ou aux peintures qui peuvent être appliquées. En outre, la destruction de la cible est la conséquence de la libération instance d’une importante énergie cinétique, et non à un effet thermique nécessitant une durée d’exposition. Enfin, le Rail Gun, s’il propulse des projectiles, ne nécessite pas de réaction chimiques, réduisant donc le poids, le volume et le risque lié aux munitions transportées.

Quoiqu’il en soit, laser comme Rail Gun, les armes à énergie dirigée, une fois maitrisées et fiabilisées, modifieront profondément la nature des combats militaires, augmentant sensiblement la portée et la puissance de l’engagement. Il s’agit, pour l’un comme pour l’autre, de sujets stratégiques que les industries françaises ne doivent pas négliger, sous peine d’un déclassement rapide et irrémédiable.

Pour approfondir le sujet, la série d’articles en anglais (15 min)

https://ukdefencejournal.org.uk/us-air-force-to-test-fighter-mounted-lasers-in-the-coming-weeks/
https://ukdefencejournal.org.uk/will-the-f-35-have-laser-weapons-in-the-future/
https://ukdefencejournal.org.uk/new-british-dragonfire-laser-weapon-expected-to-be-tested-soon/
https://ukdefencejournal.org.uk/raytheon-designing-laser-to-counter-rocket-artillery-and-mortar-attacks/

La Russie prête à développer un système AIP pour ses sous-marins conventionnels

Alors qu’elle construit des sous-marins conventionnels d’excellente qualité, comme le projet 636 Kilo et 636.3 Improved Kilo, l’industrie russe a longtemps peiné à construire un système AIP (Air Independant Propulsion), permettant aux sous-marins de ne plus devoir refaire surface fréquemment pour recharger leurs batteries avec leurs moteurs diesels. La classe Lada devait être le fer de lance de la nouvelle AIP russe, mais de nombreuses difficultés techniques amenèrent ses concepteurs à revenir à une propulsion classique.

Selon l’agence TASS, les bureaux d’études Malakhit de St Peterburgs auraient enfin développé les technologies et les savoir-faire nécessaire pour pouvoir concevoir un système AIP lié à une turbine à gaz, et de pouvoir entreprendre la construction d’un prototype avec une maitrise des risques suffisante. 

Les phases de développement, prototypage et validation russes n’étant pas particulièrement courtes, il ne faudra pas s’attendre à voir des sous-marins russes équipés de système AIP avant 2025, voir 2028. Toutefois, une fois que la maitrise technologique aura été acquise, les nouvelles unités russes, déjà particulièrement discrètes, représenteront des adversaires de taille pour les systèmes anti-sous-marins occidentaux, surtout dans les mers à faible profondeurs, comme la baltique, la mer Noire, ou les zones côtières méditerranéennes, ou de la mer du nord.

Dans ces conditions, les systèmes de détection acoustiques seront peu efficaces, et il faudra revenir à des moyens de détection plus antiques, comme le détecteur d’anomalie magnétique. Pas certains que le P8, ou un Airbus navalisée, soit la meilleure plate-forme pour ce type de besoin.

L’Inde très proche de concrétiser sa commande de S-400

Alors que de plus en plus de voix s’élèvent aux Etats-Unis contre la livraison des F-35 à la Turquie, du fait de son intention de s’équiper de S-400 russes, l’Inde serait sur le point de signer la commande définitive pour équiper 5 régiments du système de défense anti-aérienne star de l’industrie russe.

Les relations entre l’Inde et la Russie s’étaient tendues ces dernières années, sur fond de livraison à la Chine de S-400 et du nouveau chasseur Su-35, mais le climat semble s’apaiser entre New Dehli et Moscou, au point que l’Inde envisagerait à nouveau de s’équiper du Su-57 russe pour contrer les productions chinoises, comme le J-20 et le FC-31. Ainsi, la Marine Indienne a commandé il y a deux mois 4 frégates russes Amiral Grigorovich projet 11356 pour renforcer les 6 unités de la classe Talwar qu’elle opère déjà.

Les Etats-Unis n’avaient pas ménagé leurs efforts pour séduire le premier ministre Moodi et amener l’Inde à rejoindre l’alliance US, et ce revirement, accompagné de l’annulation de la compétition visant à acquérir un chasseur léger qui opposait, en final, le F-16V et le JAS-39 Gripen, semble indiquer que l’Inde chercherait à conserver son statut de non aligné, et sa capacité à s’équiper aussi bien en Russie qu’en Europe, auprès d’Israël et des Etats-Unis, et donc l’echec de la tentative de séduction américaine.

De nouvelles informations concernant le futur LHD chinois Type 075

Le blog EastPendulum nous livre de nouvelles informations concernant le futur navire d’assaut porte-hélicoptères de la Marine Chinoise, identifié comme le Type 075. Jaugeant 32.000 tonnes en charge, il disposera de 6 sports et 3 ascenseurs, pour mettre en œuvre jusqu’à 28 hélicoptères, et disposera d’un radier pouvant accueillir deux aéroglisseurs d’assaut type 726A. Ainsi paré, le Type 75 pourra projeter l’équivalent d’un régiment renforcé avec ses véhicules, par un assaut héliporté et naval.

Il semble que ce ne soit pas 3 mais 5 exemplaires de ce navire qui aurait été déjà commandé, mais il serait très surprenant qu’un 6eme exemplaire ne soit pas commandé, de sorte à disposer de 2 Type 75 par flotte. 

Ainsi, chaque flotte chinoise (qui en a 3), devrait aligner 2 LHD Type 075, 2 TCD type 072, et au moins deux porte-avions, d’ici 2030, pouvant déployer chacune une brigade d’infanterie de Marine avec la couverture navale et aérienne requise.

Nul doute que cette puissance navale, associée aux forces aéroportées et aériennes venues du continent, pourront faire peser une menace très importante sur Taiwan, et sur tous les voisins de l’empire du milieux.

Importante baisse des ventes Défense françaises en 2017

Selon un rapport du ministère des armées, les prises de commande des exportations d’équipements de défense français ont connu un net ralentissement en 2017, passant de 14 Md€ en 2016 à moins de 7 Md€ en 2017.

Plusieurs facteurs techniques expliquent en parti cette chute, notamment l’influence des élections présidentielles qui aura brisé la dynamique mise en place par JY Le Drian au cours des années précédentes, comme la faiblesse relative des cours du brut alors que les clients du Moyen-Orient représentent une part importante des exportations françaises, ou encore un phénomène de rattrapage après 2 années exceptionnelle en 2015 et 2016.

Mais sont-ce là les seules raisons pour expliquer cette baisse ?

S’en convaincre, c’est faire l’impasse sur plusieurs autres facteurs clés, qui eux aussi jouent un rôle non négligeable dans cette baisse :

  • La perte de clients importants, au premier rang des quels l’Arabie Saoudite, dont les commandes ont fondu comme neige au soleil depuis quelques années,
  • La concertation de plusieurs grands industriels sur des projets européens, comme le SCAF ou le rapprochement Naval Group- Fincantieri, laissant d’autres acteurs plus opportunistes se positionner avec aplomb, comme Damen.
  • La baisse de l’offre concurrentielle française sur les marchés défenses, liées à 15 ans de sous-investissements domestiques, compensés souvent par des programmes européens, 

L’arrivée prochaine des nouveaux blindés du segment intermédiaire comme le griffon ou le jaguar, de nouveaux missiles comme le MMP, ou d’une frégate FTI aux dimensions plus aisément exportables que les FREMM vers les clients traditionnels de la France, résoudra en partie ce problème. Mais il reste que, dans plusieurs domaines, la France se retrouve sans offre aucune, que ce soit celle des chasseurs légers, des UCAV, des systèmes d’autodéfense anti-missiles, ou des blindés chenillés lourds.

Or, la LPM ne prévoit aucune solution dans ces segments, concentrant son action sur le renforcement des besoins jugés immédiats par les armées : blindés intermédiaires, patrouilleurs, ravitailleurs …

Il faut également constater que les industries françaises peinent de plus en plus à s’imposer en Europe, pourtant sensément son terrain de prédilection. Or, c’est précisément dans ces pays que ce type de besoins est le plus marqué. 

Une première vision du projet de chasseur coréen KF-X

Comme le Japon, et la Turquie, la Corée du Sud a lancé son propre programme d’avion de combat sur le spectre de la 4/5ème génération. Destiné à entrer en service autour de 2030, le projet coréen KF-X repose sur une cellule à faible image radar, mais ne présente pas de soute d’armement interne, ce qui le positionne d’avantage dans la génération 4,5 que dans la 5eme génération. 

La décision coréenne, comme japonaise, de développer son propre appareil est liée au refus des Etats-Unis d’exporter le F-22, et de ne proposer comme alternative que le F-35. Or, ce dernier reste un appareil monomoteur ayant un faible rayon d’action. Pour la Corée du Sud, comme pour la Japon, il fallait un remplaçant aux flottes de F-15, un appareil très apprécié par les pilotes et les états-majors des deux pays. En outre, le prix du F-35 pose d’importants problèmes, tant en Corée qu’au Japon, d’autant que ces couts avaient initialement été très encadrés par contrat.

Pour l’heure, les informations concernant les performances ou le prix des projets des pays asiatiques sont parcellaires et peu fiables. Toutefois, il semble clair qu’en 2030, l’offre d’avions de combat européenne sera obsolète face à la concurrence mondiale, et ce jusqu’au SCAF, en 2040. Et même à cette date, il est plus que probable que, pour les 5 premières années au moins, les productions de SCAF seront destinées aux forces aériennes françaises et allemandes, ainsi qu’aux partenaires européens du projet.

Il ne s’agit pas de remettre en cause le projet SCAF, qui est évidemment un projet phare de l’aéronautique européenne. Mais en s’interdisant toute flexibilité autour du projet, il risque d’avoir les mêmes effets négatifs sur l’industrie de défense européenne que le F-35. Pire, il risque, malgré lui, d’affaiblir très sensiblement la puissance aérienne européenne et française pendant une quinzaine d’années.

La conception et la fabrication d’un chasseur monomoteur à horizon 2030 permettrait de traiter les risques, tout en étendant le marché potentiel adressable par l’industrie défense européenne, et en réduisant les risques liés technologiques en ventilant les développement sur 2 projets, et non un seul.

Le FC-31 GyrFalcon équipera les porte-avions chinois

L’information avait déjà circulé depuis quelques mois, voilà qu’elle est, semble-t-il, confirmée. L’avion furtif FC-31 a été choisi par l’aéronaval chinoisecomme chasseur embarqué furtif. Plus léger que le j-20, le FC-31 a une masse au décollage de 25 tonnes, comme le Rafale français. Son allure n’est pas sans rappeler le F-35, mais sa configuration bi-moteur apparaît comme étant un avantage important pour un chasseur embarqué.

Peu d’informations sont disponibles sur l’appareil aujourd’hui, d’autant que les prototypes ont subit d’importants changements depuis le premier vol, en 2013. Mais la configuration globale de l’avion, sa masse, et la présences des J-15 et J-15D en cours de déploiement dans les unités de l’aéronavale chinoise, laisse penser que l’avion sera dédié aux missions d’attaque alors que les missions de combat aérien resteraient la spécialité du J-15.

En outre, il ne faut pas négliger le développement simultané de pas moins de 7 projets de drone de combat par l’industrie chinoise, dont au moins 2 sont destinés à être embarqués sur porte-avions. Le FC-31, qui sera renommé J-XX (J-21?) lors de son entrée en service dans l’APL, sera donc très probablement spécialisé dans les missions d’attaque en interaction/contrôle avec les UCAV embarqués, de sorte à éliminer les défenses anti-aériennes et les radars adverses.

Avec cette annonce, l’industrie aéronautique chinoise maintien son rythme d’un nouvel appareil tous les 5 ans. Le prochain appareil, qui devrait être annoncé d’ici 2 à 3 ans , sera sans aucun doute le remplaçant du JH-7, l’avion d’attaque de l’armée de l’air chinoise inspiré du Su-24 (lui même inspiré du F-111. L’appareil, qui sera, dés lors, le premier avion d’attaque dit de 5ême génération, semble avoir une configuration très innovante, avec des entrées d’air sur l’extrados, selon les indiscrétions qui circulent sur les sites spécialisés. Quand à la Chine, elle prendrait une avance psychologique importante sur ces adversaires, avec 3 avions de 5eme génération en fabrication simultanée, là ou les Etats-Unis et la Russie n’en auront qu’un, et l’Europe, aucun.

A horizon 2025, ce sera très probablement le successeur du J-10 qui arrivera, bien qu’aucune information publique ne filtre pour le moment à ce sujet. Alors que le J-10 avait pour principale mission d’assurer une montée en puissance rapide de l’APL, son successeur aura très certainement d’importantes ambitions à l’export.

Quoiqu’il en soit, avec un chasseur furtif en dotation, bimoteur qui plus est, un chasseur bombardier lourd et sa version de guerre électronique, et un ou deux drones de combat embarqués, le groupe aérien embarqué chinois à horizon 2025 n’aura absolument rien à envier aux GAE américains , britanniques ou français.

Avec le Su-57 qui entrera en service en 2019, il devient évident que le planning du projet SCAF est trop long, avec une entrée en service prévue en 2040. Si le remplacement des Typhoon et Rafale avant cette date n’aurait pas beaucoup de sens, le développement d’un appareil monomoteur bénéficiant des caractéristiques de la « 5eme génération » permettrait de remplir le vide industriel et militaire sur la période 2025-2040.