À SAHA 2026, la Turquie a exposé un modèle du missile balistique Yıldırımhan avec une portée annoncée d’environ 6 000 km, des vitesses comprises entre Mach 9 et Mach 25 et une charge utile pouvant atteindre 3 tonnes, sans calendrier ni essais publiquement détaillés. Cette présentation intervient alors que des vecteurs comparables se multiplient, de l’Oreshnik russe au Hyunmoo 5 sud coréen, en passant par les programmes IRBM, SLBM et ICBM nord coréens. Les paramètres affichés et l’absence d’indications opérationnelles entretiennent une incertitude sur l’emploi envisagé et la préparation à l’entrée en service.
Le missile a été dévoilé sur le stand du ministère de la Défense nationale de la République de Türkiye pendant l’exposition qui se tient à Istanbul du 5 au 9 mai. Le projet est porté par le centre de recherche et développement du ministère. Les fiches visibles sur place présentaient le système comme un missile balistique intercontinental au regard de sa portée. Aucun élément n’a été communiqué sur l’architecture de commandement, la doctrine de tir, les plateformes de déploiement ou l’articulation avec les capacités existantes de l’armée turque, terrestres ou navales.
Les caractéristiques techniques publiées restent parcellaires. Elles mentionnent quatre moteurs fusées à propergol liquide utilisant le tétraoxyde de diazote comme oxydant et un carburant de type hydrazine, l’ensemble suggérant une propulsion hypergolique. Les documents évoquent des trajectoires à haute énergie compatibles avec les vitesses communiquées. La masse emportable annoncée atteint jusqu’à trois tonnes, en configuration ogive unique ou multiple, sans précision sur la nature des charges ni sur la présence éventuelle de véhicules de rentrée manœuvrants. Aucune donnée n’a été fournie sur le guidage, la navigation ou la précision attendue en cible.
L’usage de propergols liquides comme le tétraoxyde de diazote et l’hydrazine impose des contraintes de stockage, de ravitaillement et de sécurité qui conditionnent les modes de déploiement et la disponibilité en alerte. Aucun site de basage ni concept d’opérations n’a été détaillé lors de l’exposition. Les développeurs mettent en avant des régimes de vol hypersoniques, ce qui, s’ils sont réalisés, réduit les fenêtres d’interception des défenses actuelles. En l’absence d’informations sur des essais au sol ou en vol, ces performances restent à documenter par des étapes programmatiques qui n’ont pas encore été annoncées publiquement.
Présent à la présentation, le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a qualifié Yıldırımhan de puissant facteur de dissuasion et a affirmé que le pays l’utiliserait si nécessaire. Il a également présenté le système comme le missile à propergol liquide le plus longue portée jamais développé par la Turquie et capable de vol hypersonique. Aucun budget, jalon industriel ni calendrier de qualification n’a toutefois été communiqué. Cette communication s’inscrit dans un cadre d’exposition où d’autres munitions, drones d’attaque et matériels de surface produits par l’industrie turque étaient aussi mis en avant.
Le programme s’insère dans la progression des portées balistiques turques. Le missile Tayfun, annoncé en version Block 4, a été admis au service en 2023 pour des frappes à environ 800 km. Roketsan a par ailleurs lancé en 2023 le développement du système Cenk avec une portée envisagée autour de 2 000 km. Avec 6 000 km affichés, Yıldırımhan ouvrirait potentiellement la capacité de frapper la majeure partie de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie orientale depuis le territoire turc, si ces paramètres étaient confirmés par des essais et une mise en service.
Armes Hypersoniques : du Mythe à la Réalité »]En Asie, la Corée du Sud a engagé fin 2025 le déploiement du Hyunmoo 5 vers ses unités de combat, avec une montée en puissance attendue jusqu’en 2030 après un développement achevé en 2023. Ce missile met en œuvre une charge très lourde annoncée entre 8 et 9 tonnes. L’exemple sud coréen illustre l’option d’un vecteur balistique conventionnel destiné à frapper en profondeur des objectifs durcis sans composante nucléaire déclarée. Les trajectoires, les masses utiles et les profils d’emploi communiqués montrent que plusieurs pays investissent dans des capacités balistiques lourdes à longue portée.
Le 21 novembre 2024, la Russie a tiré pour la première fois l’Oreshnik, missile balistique à portée intermédiaire. Lors de l’attaque contre l’usine Pivdenmach à Dnipro, le vecteur emportait six têtes, chacune dotée de six sous munitions inertes. Des images satellites publiées début décembre ont montré une répartition des impacts sur environ 1,4 km de long et 400 m de large, avec 19 groupes d’impacts identifiés sur un site de 2 km par 1,3 km. Les vitesses associées à une ogive de portée intermédiaire sont estimées autour de 6 000 mètres par seconde.
Ces profils, conjugués à des missiles russes Iskander et Kinzhal, ont mis en difficulté les défenses déployées en Ukraine. Dans la nuit du 23 mars 2026, environ 40 missiles dont plusieurs Kinzhal et 500 drones ont visé Lviv et aucun Kinzhal n’a été intercepté. Le taux d’interception des Iskander et Kinzhal, qui avoisinait 37 pour cent en juillet, est tombé autour de 6 pour cent en quelques semaines, contraignant Kyiv à réclamer des systèmes supplémentaires et à prioriser les sites protégés. La forte demande en intercepteurs, notamment Patriot, pèse en parallèle sur les calendriers de livraison.
Dans ce paysage, les programmes IRBM, SLBM et ICBM nord coréens constituent d’autres références récentes en matière de portées et de vecteurs, avec des présentations publiques régulières par Pyongyang. SAHA 2026 a servi de vitrine à la diversification industrielle turque et a offert au Yıldırımhan une première exposition internationale. Les inconnues demeurent nombreuses concernant les essais, le guidage, la production et l’emploi militaire du système. La combinaison d’une portée de 6 000 km et d’une charge annoncée de 3 tonnes nourrit enfin des interrogations sur la finalité exacte que lui assigne Ankara.