À Berlin, l’incertitude entourant l’arrivée du système américain Typhon ravive la question des frappes de longue portée allemandes. De nouveaux rapports indiquent que l’administration du président Donald Trump envisage de retirer environ cinq mille militaires des forces des États-Unis stationnées en Allemagne et aurait mis de côté un déploiement temporaire de missiles Tomahawk et Standard Missile 6 prévu sous Joe Biden. À Munster, le ministre de la Défense Boris Pistorius a estimé que cette évolution rouvrait un vide capacitaire. Il a rappelé qu’il s’agissait d’un dispositif passerelle et a affirmé que Berlin devait désormais compenser ce manque.
En juillet 2024, l’administration Biden avait annoncé le stationnement transitoire en Allemagne d’une force opérationnelle interdomaines des forces terrestres des États-Unis, US Army, équipée du système Typhon, aussi désigné Mid Range Capability. Ce dispositif tire des missiles de croisière Tomahawk et des intercepteurs Standard Missile 6 depuis des remorques lanceurs, pour assurer une frappe terrestre de précision dans l’attente d’alternatives européennes. Les signaux récents venus de Washington mettent cette perspective en doute, selon ces mêmes rapports, sans qu’un calendrier ni une décision formelle n’aient été rendus publics.
Après un exercice majeur de la Bundeswehr près de Munster, Boris Pistorius a décrit une situation sans solution arrêtée. Il a expliqué que l’accord conclu à l’époque par Joe Biden et le chancelier Olaf Scholz avait valeur de pont temporaire en attendant des systèmes européens. Il a ajouté que son abandon possible recréait un vide capacitaire. « Il y a des idées, mais aucune solution pour le moment », a-t-il dit. Le ministère de la Défense a précisé qu’aucune annulation définitive d’un déploiement américain de missiles n’avait été notifiée.
Comment les européens préparent-ils leur pays au choc russe, de l’Allemagne à la Suède ? »]Lors de la conférence de presse régulière du gouvernement à Berlin, le secrétaire d’État à la Défense Kornelius Müller a détaillé une démarche en trois volets pour doter l’Allemagne d’une capacité de frappe à longue portée. Premier axe moderniser les stocks de missiles de croisière Taurus et accélérer le développement de leur successeur Taurus Neo, dont le développement a été approuvé par la commission des budgets du Bundestag fin 2025. Deuxième axe acquérir des systèmes disponibles sur étagère, avec une demande formelle de lanceurs Typhon adressée au secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth en juillet 2025.
Selon Kornelius Müller, cette seconde piste reste officiellement en cours, sans commentaire sur une éventuelle réponse américaine. À Berlin, les deux voies envisagées pour accéder à Typhon, via une unité de l’Armée des États-Unis stationnée en Allemagne ou par un achat direct pour la Bundeswehr, sont toutefois désormais présentées comme des impasses. Dans l’immédiat, le ministère met l’accent sur l’actualisation du parc national. Müller a affirmé que les plans de défense de l’Alliance atlantique intégraient les contributions alliées, limitant l’impact à court terme au niveau de l’OTAN.
Le Taurus, d’une portée d’environ cinq cents kilomètres, constitue le socle de cette réponse nationale. Berlin a annoncé la modernisation de ses stocks et prépare la reprise de développement avec le programme Taurus Neo. Les autorités présentent ce chantier comme le premier pilier disponible, en attendant les bénéfices d’un effort européen commun. Selon les indications communiquées à ce stade, le Taurus Neo vise une augmentation notable de portée et n’apparaîtrait qu’après 2030. Aucun calendrier détaillé n’a été publié, les responsables invoquant la dépendance aux capacités industrielles et aux jalons technologiques.
Troisième volet, l’European Long Range Strike Approach, conduit avec le Royaume-Uni. Ce programme vise des frappes au-delà de deux mille kilomètres avec un accent initial sur des versions terrestres et des déclinaisons futures possibles pour l’air et la mer. Londres a indiqué une entrée en service au cours des années 2030. La France a signalé son intention de rejoindre l’initiative. Interrogé sur la disponibilité de capacités issues d’ELSA avant 2030, Kornelius Müller a déclaré « Je ne peux rien dire sur un calendrier », citant la maturité technologique et la disponibilité industrielle.
À Munster, Boris Pistorius a rappelé que l’Allemagne avait lancé en 2023, avec le Royaume-Uni, des travaux européens sur des systèmes d’attaque de précision et que la France souhaitait désormais s’y associer pour aller le plus vite possible. Il a en parallèle répété la nécessité de disposer d’un instrument de transition, avec l’aide des États-Unis ou par d’autres voies, afin de combler rapidement le vide capacitaire. « Nous devons voir comment nous pouvons compenser cela », a-t-il insisté, en attendant des clarifications américaines encore non confirmées.
Sur le plan allié, Kornelius Müller a cherché à relativiser les risques opérationnels. Il a déclaré que la planification conjointe de l’Alliance atlantique tenait compte des apports de chaque nation, en indiquant que la seule contribution allemande en matière de frappe de précision ne conditionnait pas à elle seule la dissuasion et la défense de l’Europe. « Ce ne sont pas seulement les capacités de frappe de précision de l’Allemagne qui déterminent la capacité de dissuasion et de défense de l’Europe », a-t-il affirmé, alors que l’incertitude demeure autour de Typhon.
Le contexte régional reste tendu. Moscou a déployé des missiles balistiques Iskander dans l’enclave de Kaliningrad en 2018, allongeant sa portée de frappe au voisinage immédiat des frontières de l’Union européenne. Parallèlement aux démarches allemandes, la France a budgété un milliard d’euros pour initier le développement d’un missile balistique terrestre d’environ deux mille cinq cents kilomètres de portée, avec un objectif annoncé en 2035 et une accélération évoquée vers 2030. ArianeGroup a indiqué étudier une fabrication en Allemagne, ce qui confirme l’émergence d’options industrielles européennes pour des capacités de longue portée.