Censée remplacer la M4 au sein des forces terrestres des États-Unis, la carabine M7 fait l’objet de critiques alors que des pressions budgétaires et des tensions sur l’approvisionnement en munitions poussent le Pentagone à revoir ses priorités, selon des médias occidentaux. Dans ce contexte, des analyses évoquent la possibilité d’une révision du programme NGSW qui encadre le rééquipement de l’infanterie. Le New York Times estime en outre que la forte demande en munitions pourrait conduire Washington à ajuster sa posture extérieure, ce qui placerait les programmes les plus coûteux sous un examen renforcé.
L’US Army avait lancé en 2018 le développement de son arme d’escouade de nouvelle génération. En 2022, elle désignait SIG Sauer pour fournir plus de 111 000 fusils XM7, dérivés du MCX-Spear, et environ 13 000 mitrailleuses d’infanterie. Le plan prévoyait de remplacer progressivement la carabine M4, la mitrailleuse légère M249 SAW et, potentiellement, certaines mitrailleuses M240 de 7,62 x 51 mm, à mesure de l’introduction du nouveau calibre commun de 6,8 x 51 mm au sein des unités de combat rapproché.
Le choix du couple M7 et munition 6,8 x 51 mm, également désignée 277 SIG FURY, s’appuie sur des performances revendiquées supérieures en puissance, trajectoire et portée par rapport aux 5,56 x 45 mm et 7,62 x 51 mm de l’OTAN. Associée au viseur numérique XM157, la M7 a été présentée comme offrant une précision efficace jusqu’à 500 mètres. Un cadre de l’École d’infanterie de l’US Army affirmait que cette munition de 6,8 mm arrête l’ennemi, soulignant la recherche d’une meilleure capacité de pénétration face aux protections individuelles modernes.
Plusieurs griefs portent toutefois sur la masse et la signature du système. Avec un modérateur de son et l’optique de conduite de tir XM157, l’ensemble approche 13 livres, ce qui alourdit la charge individuelle. La cartouche 6,8 x 51 mm fonctionne à des pressions de chambre très élevées, de l’ordre de 80 000 psi, un paramètre qui alimente les réserves sur l’usure potentielle et sur la complexité du soutien en unité. Ces caractéristiques nourrissent les interrogations récurrentes sur la tenue dans la durée en emploi intensif.
La capacité nominale du chargeur de la M7 est de 20 cartouches, contre 30 pour la M4. À dotation identique de sept chargeurs, les soldats passeraient ainsi de 210 à 140 cartouches. Des officiers relèvent que cette réduction affecte mécaniquement la quantité de munitions immédiatement disponible au niveau du combattant et impose des rechargements plus fréquents. Les retours d’évaluation indiquent par ailleurs que les conclusions varient selon la structure des scénarios d’essais, ce qui entretient un débat sur l’adéquation de cette capacité en opérations soutenues.
Le 29 avril à Washington, lors du salon Modern Day Marine, le capitaine Braden Trent a présenté un travail académique critiquant la bascule vers la M7. Il y met en doute l’efficacité et la fiabilité du système, cite des risques d’usure accélérée et évoque une complexité accrue d’utilisation. Il insiste sur l’autonomie de combat réduite liée à la capacité des chargeurs. Selon ses observations, l’agrégation du poids de l’arme, de l’optique obligatoire et des munitions supplémentaires pèse sur la mobilité des fantassins durant les marches et en terrain difficile.
SIG Sauer et l’US Army relativisent ces préoccupations et rappellent que le programme a fait l’objet d’essais gouvernementaux extensifs. Des fusils XM7 ont été introduits dans des unités comme la 101e division aéroportée pour des évaluations opérationnelles. Les responsables du programme soulignent des gains en précision, en portée et en pénétration par rapport au M4A1. Les critiques persistent toutefois autour du différentiel de masse et de la dotation en munitions au niveau individuel, des points régulièrement relevés par des militaires engagés dans les cycles d’expérimentation.
Le passage au 6,8 x 51 mm rompt l’interopérabilité immédiate avec les alliés OTAN restés au 5,56 x 45 mm. Un rapport de l’Assemblée nationale s’était inquiété dès 2020 d’un tel changement de standard conduit par les États-Unis. Le Corps des Marines a pour sa part conservé le M27 en 5,56 mm pour ses unités de combat rapproché, tandis que SIG Sauer affirmait en 2024 entrevoir un intérêt accru de partenaires alliés pour le 6,8 mm. L’ampleur d’une éventuelle convergence au sein de l’Alliance reste à confirmer.
Parallèlement, l’US Army a annoncé la semaine dernière avoir reçu une première livraison de carabines XM8, version plus courte et plus légère du nouveau fusil, selon un communiqué. Le service avait indiqué en décembre sa décision d’acquérir ce système après des mois d’essais. Chambrée en 6,8 mm et dotée d’un système à piston, l’XM8 reçoit des commandes ambidextres proches du M4A1, un modérateur de son, une poignée d’armement latérale non réciproque, une crosse rétractable et un garde-main M-LOK flottant développé par Magpul, à l’issue de points de contact soldat menés en 2025.
Des médias occidentaux relient ces débats techniques au contexte stratégique. La guerre en Iran et la guerre en Ukraine amènent, selon eux, le Pentagone à hiérarchiser à nouveau ses priorités. Le New York Times anticipe qu’une forte demande en munitions pourrait contraindre à ajuster la présence militaire américaine, y compris par des réductions locales de troupes. Dans ce cadre, le NGSW apparaît parmi les programmes susceptibles d’être réexaminés, voire retardés ou redimensionnés, si ces contraintes d’approvisionnement et budgétaires se confirment dans la durée.