Gerald E. Brown, 65 ans, ex‑pilote de chasse de l’US Air Force et ancien instructeur de simulateur F-35, est poursuivi pour avoir formé des pilotes de l’armée de l’air chinoise et transmis des secrets d’État. Arrêté le 25 février, il a été libéré sous caution de 200 000 dollars le 23 avril et placé sous surveillance électronique chez sa sœur dans le Minnesota, d’après des dépôts judiciaires à Washington. Les procureurs l’accusent d’avoir exporté des tactiques américaines sensibles et d’avoir cherché à se soustraire à la surveillance fédérale, faits qu’il devra désormais contester devant la justice.
Selon les documents, Brown a accepté un poste en Chine auprès de Stratos Aviation, rémunéré 250 000 dollars par an et plus de 18 000 dollars par mois avec avantages. Depuis une base d’entraînement des forces aériennes de l’Armée populaire de libération PLAAF à Shijiazhuang, au sud‑ouest de Pékin, il a dispensé des cours de guerre électronique et de suppression des défenses aériennes et a animé des briefings sur des capacités américaines. Les procureurs situent ces activités entre fin 2023 et début 2026 et affirment qu’il envisageait une retraite en Chine après plusieurs années passées à ce poste.
Avant son départ, Brown avait travaillé aux États‑Unis sur un programme de simulateur du chasseur furtif F-35. Bien qu’il n’ait jamais piloté cet appareil, les procureurs estiment que la gestion du simulateur lui a donné accès à des informations opérationnelles sensibles. L’ancien pilote de F‑16 John Rain Waters a résumé cette position en affirmant que Brown avait les clés de l’avion. Dans des messages chiffrés obtenus par le FBI, Brown proposait de jouer le rôle d’adversaire Red Air et confiait avoir regardé des interceptions de J‑10 et trouvé le J‑11 « génial« .
Les poursuites décrivent également un déplacement en mai 2024 en Corée du Sud, où Brown avait exercé auparavant comme instructeur de simulateur A‑10. Selon les procureurs, il y a rencontré du personnel des forces aériennes des États‑Unis et a collecté discrètement des documents recherchés par le renseignement militaire chinois. À son retour en Chine, il aurait été interrogé par des responsables locaux et remis ses appareils électroniques pour exploitation. Ces éléments, présentés dans les dépôts récents, s’ajoutent aux accusations de transmission de méthodes de combat aérien et de tactiques contre les défenses sol‑air.
Revenu aux États‑Unis début 2026 afin de vendre un appartement dans l’Indiana, Brown a été placé sous surveillance par le Federal Bureau of Investigation. Les agents décrivent une conduite routière jugée erratique lorsqu’il semblait se savoir suivi. Après son arrestation le 25 février, une perquisition a permis de saisir de la fausse monnaie et un faux passeport dans son bureau, selon un affidavit. Les procureurs affirment encore qu’il a menti aux services douaniers en se présentant comme consultant pour des compagnies aériennes commerciales et qu’il a effacé des messages d’interlocuteurs étrangers.
Âgé de 65 ans, Brown a quitté les forces aériennes des États‑Unis en 2007 après vingt‑quatre années de service. Il a ensuite été licencié d’UPS en 2016 à la suite d’une plainte évoquant une altercation physique. Employé plus tard comme instructeur de simulateur F-35 par un entrepreneur de défense, il a été congédié en 2023 après une enquête sur des accusations de harcèlement sexuel visant des femmes pilotes. Les dépôts judiciaires indiquent qu’il a alors recherché des opportunités en Asie et approché Stephen Su Bin, décrit dans ses échanges comme un maître espion.
De la théorie des dominos à la contagion des conflits : un risque systémique mondial en 2026-2030″]L’embauche chez Stratos Aviation lui aurait apporté plus de 18 000 dollars mensuels et des avantages, dont des vacances en Thaïlande. Les mêmes pièces indiquent qu’il savait la société surveillée par les autorités américaines. Un ancien pilote de l’armée de l’air équatorienne, présenté comme son collègue en Chine, l’a exhorté en janvier 2024 à supprimer leurs échanges sur Threema et WeChat. « Frère ne réponds pas je te contacterai bientôt supprime moi ici et WeChat aussi nous en discuterons plus tard« , lui écrivait‑il, selon des messages versés au dossier.
Le 23 avril, un juge fédéral à Washington a confirmé sa libération sous caution de 200 000 dollars assortie d’un placement à domicile chez sa sœur dans le Minnesota avec suivi GPS et vidéo. L’avocate commise d’office de Brown n’a pas répondu aux demandes de commentaires mentionnées dans les dossiers. Les procureurs voient un risque de fuite, invoquant ses pratiques de dissimulation et ses projets formulés dans des messages chiffrés. « J’espère que le programme se poursuivra pendant au moins cinq ans et ensuite je prendrai ma retraite en Chine ou en Thaïlande ou au Vietnam« , y écrivait‑il.
Selon les poursuites, la formation et les informations transmises pourraient aider des unités de la PLAAF à adapter leurs tactiques face à des aéronefs et défenses aériennes américaines, une conséquence à confirmer par l’enquête. Ces allégations surviennent alors que des médias britanniques ont signalé la présence en Chine d’environ trente anciens pilotes britanniques employés comme instructeurs pour l’Armée populaire de libération avec des rémunérations d’environ 240 000 livres. Les autorités du Royaume‑Uni ont conseillé à ces contractuels de cesser leur activité tout en indiquant qu’ils n’avaient pas enfreint la loi.