dimanche, novembre 30, 2025
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Avec l’APS Hard kill GL-6, les chars chinois aussi, sont dotés d’une protection anti-missile et anti-drone

Depuis leur première utilisation au combat, en 2011, les systèmes APS hard kill (Active Protection System), qui protège les chars et blindés contre les roquettes et missiles antichars, ont régulièrement montré leur immense plus-value opérationnelle, en augmentant très sensiblement la survivabilité des blindés en zone d’engagement.

Si l’actualité autour de ces systèmes Hard-kill s’est surtout articulée autour des modèles israéliens, russes et européens, c’est à présent au tour des chars chinois Type 99, de se voir équiper d’un tel système, conçu pour intercepter l’ensemble des menaces, y compris les drones.

La guerre en Ukraine, et la vulnérabilité des chars et blindés lourds aux roquettes, missiles et aux drones

Si les engagements israélo-arabes depuis 2011, permirent de démontrer l’efficacité des systèmes hard-kill au combat, la guerre en Ukraine a plutôt démontré la grande vulnérabilité des blindés, y compris des chars, que ce soit aux missiles et roquettes antichars, mais aussi, et c’était une nouveauté, aux drones légers.

Merkava IV Trophy tsahal
Char israléien Merkava equipé du système APS Hard kill Trophy. Ce système s’est montré très efficace en 2011, ainsi qu’en 2023 et 2024, pour protéger les chars et vehicules de combat d’infanterie de Tsahal, face aux roquettes et missiles en roquettes antichars tirés contre les blindés israléiens.

Les blindés russes étaient dépourvus de systèmes APS Hard-Kill, en dépit de l’existence du système Arena-M, conçu pour équiper les chars de Moscou, mais non implémenté sur les modèles en unités. De même, les blindés ukrainiens n’en sont pas équipés, et pas davantage les chars et blindés transférés par l’occident.

L’absence de systèmes hard kill a engendré des pertes extrêmement élevées concernant les blindés mis en œuvre par les armées russes comme ukrainiennes. Ainsi, plus de 65 % des T-64M ukrainiens, au début du conflit, ont été endommagés ou détruit, contre 58% des T-72, 45% des T-80, 34% des Leopard 2 et 55% des Abrams. En termes de ratio destruction / endommagé, c’est le T-72 qui mène le bal (76%), devant le T-64% (70%), le T-80 (66%), le Leopard 2 (45%) et le M1A1 (27%).

Dépourvus de système APS hard kill, et ne pouvant se tourner vers Israël pour s’en doter, Jérusalem ayant mis l’Ukraine sous embargo en matière d’armes depuis le début du conflit, les seules parades, pour les militaires ukrainiens (comme russes), sont de recourir à des blindages additionnels, actifs comme les briques Relikt et Kontact, ou passive, ainsi qu’à l’ajout de cope-cage, des cages grillagées rapidement installées sur les blindés, pour se prémunir contre les drones FPV (First Person View) ou les munitions rôdeuses.

Ces statistiques, issues des données OSINT, sont à prendre avec certaines précautions. Toutefois, elles montrent la grande vulnérabilité des chars de combat, sur un champ de bataille moderne, y compris les modèles occidentaux les plus lourds et les plus évolués, comme le Leopard 2A6 ou le Str122.

Char leopard 2A4 en Ukraine
En dépit de leur excelente réputation, les Leopard 2 envoyés en Ukraine, ont connu des taux d’attritions élevés, avec 45% des blindés touchés considérés comme détruits en source ouverte.Il sembelrait, spécialement, que le blindage du char en secteur frontal, ne soit pas capable d’arreter les missiles et obus russes envoyés contre lui, ce qui a constitué une surprise pour les ukrainiens. A l’inverse, le M1A1 Abrams a montré un grande resistance aux dégats, avec seulement 27% des chars touchés, classés comme détruits.

À l’inverse, les pertes de chars Merkava-3 et 4, et de véhicules blindés Namer, mis en œuvre par l’Armée de terre israélienne, dans les territoires palestiniens face au Hamas, et dans le nord Liban, face au Hezbollah, en 2023 et 2024, ont été considérablement plus réduites, et encore plus rarement, la conséquence d’une attaque de missiles, de roquettes et de drones.

Bien que ces deux conflits soient d’une nature et d’une intensité très différentes, la comparaison entre les pertes de blindés ukrainiens et russes, dépourvus de systèmes hard kill, et israéliens, équipés des systèmes Trophy et Iron Fist, sont édifiantes, et confirment les essais et simulations menées, notamment, par l’US Army dans ce domaine.

Les chars chinois Type 99 à présent équipés du système APS Hard-kill GL-6

Ce constat n’a pas échappé aux militaires et planificateurs chinois. À l’instar de la Russie, et de certains pays européens, Pékin a lancé, depuis plusieurs années, des programmes de systèmes de protection active soft kill et hard kill, que l’on pouvait suivre lors de différents salons de l’armement nationaux et internationaux.

Toutefois, jusqu’à présent, très peu d’informations avaient été divulguées, concernant l’installation de ce type de systèmes, à bord des blindés de l’Armée populaire de libération. C’est désormais chose faire, au travers d’une vidéo montrant l’interception d’une roquette et d’une menace à angle d’attaque élevé, par un système APS monté sur un char Type 96.

À l’instar de l’iron Fist l’israélien, le GL-6 se compose de quatre antennes Aesa réparties autour de la tourelle pour assurer une couverture à 360°, et de deux tourelleaux armés chacun de deux munitions d’interception, propulsées vers la menace pour une interception à distance de sécurité. En revanche, contrairement au Trophy, le GL-6 ne semble pas intégrer un système de rechargement automatique des tourelleaux.

Les vidéos diffusées montrent l’interception d’une roquette antichar lancée à partir d’un RPG, probablement le Type 69 chinois, dans une dynamique comparable à celle du Trophy ou de l’Iron Fist. Un second point de vue montre, cette fois, l’interception d’une roquette arrivant avec une incidence de 40 à 50°, indiquant que le GL-6 a certaines capacités de lutte antidrone et contre les munitions tirées de positions surélevées. Rien n’indique, en revanche, qu’il soit capable d’intercepter des menaces plongeantes, comme le missile antichar Javelin.

Type 99 GL-6
Char chinois Type 99 équipé du système APS Hard kill GL-6. Remarquez le tourelleau lance-munition sur le toit (on devide le second à droite), et l’antenne radar au-dessus des pots lance-fumigènes.

Par ailleurs, une photo diffusée en septembre 2024 (ci-dessus), montrait un char Type 99, équipé du système APS GL-6, laissant supposer que la transformation du parc de chars lourds chinois, soit les 1000 Type 99 et les 1000 Type 99A, pour être équipés de ce système APS Hard-kill, a bien débuté. Notons par ailleurs que le GL-6 est également proposé sur le char VT-4 proposé à l’exportation.

La transformation discrète des forces terrestres de l’Armée Populaire de Libération

À l’instar des forces navales et aériennes de l’APL, les forces terrestres chinoises sont engagées dans un vaste effort de modernisation, concernant aussi bien les équipements que la doctrine, et le commandement et l’entrainement.

Toutefois, s’il est relativement aisé de suivre, par l’intermédiaire des clichés satellites, et des photos publiées par les quelques spotters chinois qui osent encore défier l’omerta imposée par l’APL depuis 2019 sur ses programmes militaires, les sources d’information, concernant l’armée de terre, sont beaucoup plus limitées.

En outre, contrairement à la Russie, par exemple, qui tend à surjouer l’entrée en service de nouveaux équipements, Pékin se montre très discret, à ce sujet, en dehors de quelques épisodes savamment dosés, comme les premiers vols observés du J-36 et du J-50, le jour même de l’anniversaire de Mao.

Shenyang J-50
Avec la présentation ocherstrée par l’APL du J-50 et du J-36, fin décembre, Pékin a signifié qu’il était, à présent, à parité technologique avec les Etats-Unis. Cela ne concerne pas l’ensemble des domaines. Toutefois, globalement, l’indsutrie de défense chinoise est parvenue, depuis 1990, à rattraper les 20 années de retard qu’elle avait alors sur l’indsutrie de défense américaine.

De fait, il s’avère particulièrement difficile, en sources ouvertes, de suivre les évolutions de cette force armée, tout comme de ses matériels, ne laissant que quelques photos volés et rapidement publiés sur les réseaux sociaux, les matériels présentés lors des salons (qui le plus souvent sont différents de ceux en service), et les rares communications officielles de l’APL, dans ce domaine, pour orienter ses déductions.

Ainsi, un cliché publié en juin 2024, et montrant ce qui semblerait être un nouveau char de combat moyen, en cours de développement au sein de l’APL, montre que, lui aussi, est équipé du même système GL-6 que celui déployé sur Type 99, sans que l’on sache s’il s’agit d’un modèle de recherche, ou d’un prototype anticipant un nouveau modèle de chars de nouvelle génération.

L’exemple du système GL-6 montre, toutefois, que l’armée de terre chinoise n’a nullement l’intention de se laisser distancer par l’US Army, elle-même ayant décidé de doter une partie de ses M1A2 du Trophy de Rafael, et une partie de ses véhicules de combat d’infanterie M2 Bradley, de l’Iron Fist d’Elbit systems.

Conclusion

Comme évoqué dans plusieurs articles récents publiés sur ce site, la Chine est, à présent, à parité technologique, en matière de défense, avec l’occident, et plus particulièrement, avec les États-Unis.

Interception APS GL-6
Capture d’ecran de l’interception d’une menace à forte incidence par le GL-6, avec une muniton simulant la trajectoire d’une munition rodeuse par exemple. Toutefois, il est peu probable que le GL-6, par al position de ses antennes radar AESA

On trouve des exemples de cette parité dans le domaine aérien, avec l’entrée prochaine du J-35/A, proche du F-35, et l’observation des J-36 et J-50 (noms temporaires), en décembre dernier, qui semblent être une réponse aux programmes NGAD et F/A-XX américains. Dans le domaine naval, les destroyers lourds Type 055, les porte-hélicoptères d’assaut Type 075 et le porte-avions CV 18 Fujian, réduisent chaque jour davantage le pas technologique avec les États-Unis.

Il demeure difficile d’évaluer l’évolution technologique de l’armée de terre chinoise, tant Pékin demeure très opaque sur ses programmes. Toutefois, l’apparition de photos montrant le système hard kill GL-6, à bord du char Type 99, mais aussi de celui équipant un nouveau modèle de char encore très mystérieux, montrent que l’APL est impliquée dans un effort global, concernant ses trois composantes, pour coller, aujourd’hui, aux capacités militaires et technologiques, des armées américaines, et à l’avenir, pour les dépasser.

L’exemple chinois montre, également, que l’association des APS Soft kill et hard kill aux chars de combat, et plus globalement, des blindés de première ligne, s’impose à présent, pour en accroitre la survivabilité, dans un engagement de moyenne à haute intensité, en particulier pour empêcher qu’un scénario ukrainien, avec enlisement des forces, ne se reproduise. Il s’agirait, en effet, du pire des scénarios pour l’APL, si elle devait intervenir contre Taïwan.

En matière de supériorité aérienne, le F-15EX aurait l’avantage sur les avions de combat 5ᵉ génération adverses

Il y a quelques semaines, un rapport de l’IFRI, au sujet des lacunes des forces aériennes françaises en matière de supériorité aérienne, fut largement commenté dans les médias. Celui-ci présentait, en effet, une situation préoccupante, concernant l’efficacité de la chasse française, uniquement équipée de chasseurs Rafale et Mirage 2000 de 4ᵉ génération, face aux autres forces aériennes européennes, ayant entamé leur transition vers le F-35A de 5ᵉ génération.

Comme c’est souvent le cas, le traitement médiatique et les commentaires ayant entouré ce rapport, sont allés bien au-delà des propos tenus dans celui-ci, même s’il est vrai que ce rapport a très certainement durci le trait, de sorte à faire passer son message, appelant à accélérer l’arrivée des drones de combat et d’un chasseur furtif, dans le cadre du programme SCAF, pour ne pas risquer un déclassement des forces aériennes françaises sur la scène européenne et internationale.

Pour les auteurs du rapport, la furtivité, et plus globalement la 5ᵉ génération des avions de combat, avaient un avantage très marqué, sur les appareils de génération précédente, aussi bien dans le domaine des frappes air-sol et de la suppression des défenses aériennes, qu’en matière de supériorité aérienne.

Dans son rapport annuel, l’Office of the Director, Operational Test and Evaluation, ou DOT&E, sur les essais menés concernant les nouveaux équipements militaires américaines, présente des conclusions pourtant très différentes. En effet, le F-15EX Eagle II a démontré, lors de ces essais, qu’il pouvait prendre l’avantage sur des appareils de 5ᵉ génération, en matière de supériorité aérienne.

Le F-15EX, le chasseur lourd de supériorité aérienne acheté du bout des lèvres par l’US Air Force

La Genèse du F-15EX Eagle II, a été pour le moins tumultueuse. L’appareil est dérivé du F-15QA destiné au Qatar, conçu sur la base des études réalisées au début des années 2010 par Boeing, dans le cadre du programme F-15 Advanced Eagle, et du F-15SA acquis plus tôt par l’Arabie Saoudite.

Supériorité aérienne F-15QA
En matière de supériorité aérienne, le F-15EX aurait l'avantage sur les avions de combat 5ᵉ génération adverses 16

Pour Boeing, le F-15EX représentait un programme existentiel pour le maintien de ses compétences en matière de conception d’avions de combat, après les échecs successifs concernant le programme F-22 et F-35, et alors que le programme F/A-XX de l’US Navy, devant remplacer le F/A-18 E/F Super Hornet, n’était pas attendu avant 2035.

Alors que la production industrielle du Super Hornet et du Growler devait toucher à sa fin autour de 2023 à 2027, il était donc indispensable à l’avionneur, de se doter d’une nouvelle offre attractive à l’exportation, pour alimenter la chaine de production de Saint-Louis.

Bien évidemment, la carrière internationale du nouveau chasseur se devait de s’appuyer sur une commande de l’US Air Force. Initialement, celle-ci était plus que rétive à ce sujet, n’ayant d’yeux que pour le F-35A, alors que le congrès, lui, poussait pour l’acquisition du nouveau chasseur en 2019.

Un an plus tard, la situation était radicalement différente. En effet, l’arrivée du Dr Will Roper, à la tête des acquisitions de l’US Air Force, et du général Charles Q. Brown jr à la tête de l’Armée de l’air américaine, soufflèrent un vent nouveau en matière de planification, en faveur d’appareils plus spécialisés et plus industriellement répartis, que précédemment avec un omniprésent F-35A et un surpuissant Lockheed Martin à sa tête.

Frank kendall US Air Force
Frank Kendall, en 2014, lorsqu’il était sous-secrétaire aux acquisitions de l’US Air Force

Toutefois, le départ de Will Roper, suite à victoire de Joe Biden de 2020, et l’arrivée de Franck Kendall jr, comme Secrétaire à l’Air Force, ramenèrent l’Us Air Force à sa position antérieure, hostile au F-15EX et très favorable au F-35A et au programme NGAD, successeur du F-22. Rapidement, celle-ci tenta de réduire au minimum le volume de F-15EX commandés, jugeant l’appareil inadapté aux engagements modernes à venir, par son manque de furtivité passive.

Une nouvelle fois, ce fut le Congrès qui intervint pour sortir le F-15EX de la tourmente, en imposant une commande de 98 appareils (plus 6 prototypes), contre 79 voulus par l’Air Force. Depuis, la position de l’Air Force est devenue plus floue, et moins radicale, en particulier maintenant que l’avenir du NGAD apparait compromis, par manque de crédits.

Le F-15EX Eagle II, un chasseur de génération intermédiaire à hautes performances

À l’instar du Rafale F4, du Typhoon Block III, du Gripen E/F ou du F-16V, le F-15EX appartient à ce que l’on pourrait qualifier de génération intermédiaire entre la 4ᵉ et la 5ᵉ génération, parfois désignée comme génération 4,5 ou 4++.

Concrètement, l’appareil reprend la très éprouvée cellule du F-15E et ses deux puissants turboréacteurs F110 de General Electric, tout en dotant l’appareil de senseurs et de systèmes directement empruntés à la 5ᵉ génération, faisant de celui-ci, un avion de combat de 5ᵉ génération non furtif.

F-15EX Eagle 2 US Air Force
En matière de supériorité aérienne, le F-15EX aurait l'avantage sur les avions de combat 5ᵉ génération adverses 17

Le F-15EX emporte le puissant radar AESA AN/APG-82 V1 ainsi qu’une très performante suite de défense et de guerre électronique AN/ALQ-250 Eagle Passive Active Warning Survivability System (EPAWSS), tous deux alimentant une fusion de données conférant à l’équipage une excellente perception de la situation tactique.

Surtout, l’avion de combat conserve les atouts de son ascendance, avec un rayon d’action de combat de presque 1300 km, et une capacité d’emport de plus de 13 tonnes, deux fois plus élevée que celle du F-35A, avec ses armements en soute pour maintenir sa furtivité. Ainsi, le F-15EX peut emporter jusqu’à 12 missiles air-air AIM-9X Sidewinder et AIM-120 AMRAAM, soit trois fois plus que le F-35A, et deux fois plus que le F-22.

Enfin, le F-15EX conserve les performances aéronautiques du F-15, avec une vitesse maximale de Mach 2,5 (Mach 1.6 pour le F-35A), un plafond de 18,000 m (F-35A : 15,000 m), et un taux de montée de 50,000 pieds/minute (F-35A : 30,000 ft/min), lui conférant un potentiel d’interception très largement supérieur à l’appareil de Lockheed Martin.

Lors des essais, le F-15EX s’est montré plus efficace que certains appareils de 5ᵉ génération en matière de supériorité aérienne.

Pour autant, l’US Air Force continuait de juger l’Eagle II comme un avion dispensable, mal adapté aux combats à venir, son manque de furtivité représentant un handicap que ses performances supérieures ne pouvaient compenser, rejoignant, en cela, les conclusions du rapport de l’IFRI cité en introduction.

Les essais menés en juin 2024, autour du F-15EX, par le DOT&E, semblent pourtant présenter une vision très différente, tout au moins dans le domaine de la supériorité aérienne. Ces essais ont concerné le lot 1B des premiers F-15EX livrés à l’US Air Force, tests qui seront poursuivis sur l’année 2025, en particulier pour les appareils du Lot 2.

Su-57 VKS Russie
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Les conclusions du DOT&E vont, en effet, à l’encontre de certains partis pris, en matière de guerre aérienne, et de supériorité aérienne, tout au moins dans le contexte présent. « Contre le niveau de menaces testé, le F-15EX s’est montré opérationnellement efficace dans l’ensemble des domaines de supériorité aérienne évalués, y compris dans des manœuvres offensives et défensives contre des appareils adverses de 5ᵉ génération simulés » explique-t-il.

Et d’ajouter : « Le F-15EX a été capable de détecter et de suivre toutes les cibles à une portée lui conférant l’avantage, utilisant ses systèmes embarqués ou transportés pour identifier les cibles, et pour les engager avec des munitions tout en assurant sa propre survie« .

En d’autres termes, face aux avions de 5ᵉ génération actuellement en service en Russie (Su-57) et en Chine (J-20), ou tout du moins, des informations concernant ces appareils obtenues par l’US Air Force, pour pouvoir les simuler, le F-15EX a montré qu’il était en mesure de prendre et conserver l’avantage dans le domaine air-air.

La guerre aérienne « passive » et la furtivité « active » diminuent-elles l’effectivité de la furtivité passive des avions de combat de 5ᵉ génération ?

Les conclusions du DOT&E, peuvent surprendre, et même apparaitre contre-intuitives. En effet, le manque de furtivité du F-15EX, devrait permettre à des appareils plus furtifs, comme le J-20 ou le Su-57, d’obtenir une solution de tir radar avant l’appareil américain, et donc, de le détruire avant que ce dernier puisse ne serait-ce que détecter sa cible.

F-35A
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Toutefois, ce scénario est loin d’être le seul envisageable et employable, en matière de supériorité aérienne. En effet, une fois le radar de l’adversaire activé, celui-ci est détectable à une distance très supérieure à celle de ses capacités de détection. De fait, face à un chasseur furtif ayant son radar actif, le F-15EX, bardé de capteurs et d’une très puissante solution de guerre électronique, connait parfaitement l’existence d’une menace, et peut même l’identifier, en comparant l’empreinte des ondes reçues à sa base de données des ondes radars.

Pour autant, jusqu’à présent, il était très difficile d’établir une solution de tir air-air, sur la base d’une détection passive du radar adverse. Pour cela, il est, en effet, nécessaire de connaitre l’azimut de la menace, mais également son altitude, et son vecteur vitesse, de sorte à diriger le missile d’interception vers la position future de l’appareil visé. Ainsi, lorsque l’autodirecteur du missile s’activera, il pourra effectivement détecter et engager sa cible.

Les détails des engagements simulés concernant les essais du F-15EX face aux appareils de 5ᵉ génération adverses, eux aussi simulés, n’ont évidemment pas été divulgués. Toutefois, seules deux hypothèses peuvent expliquer la conclusion du DOT&E.

D’abord, que le système de guerre électronique EPAWSS de l’appareil est jugé suffisamment performant pour permettre de brouiller les capacités de détection de l’adversaire, jusqu’à ce que lui-même arrive à portée de détection, soit en utilisant son propre radar, soit ses systèmes de détection passifs, comme l’IRST.

F-15EX Boeing
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Ensuite, que ce même EPAWSS, a été capable non seulement de déterminer l’azimut de la cible, mais aussi son altitude et son vecteur vitesse, de sorte qu’il lui a été possible de détecter, suivre, identifier et obtenir une solution de tir contre l’adversaire, avant même que ce dernier arrive à portée de détection radar du chasseur américain.

Il est cependant probable qu’ici, ces deux hypothèses aient été habilement articulées, de sorte à prendre l’avantage sur l’adversaire, en neutralisant ses moyens de détection, tout en élaborant une solution de tir passive, pour obtenir un avantage tactique suffisant pour justifier les conclusions publiées.

Face aux défenses anti-aériennes, la furtivité passive continue de représenter un atout indéniable

Concernant les capacités air-sol du F-15EX, les conclusions des essais de 2024, sont beaucoup plus succinctes, en particulier du fait que les appareils du Lot 1, ne sont dotés que d’une partie de celles qui doivent être implémentées par l’appareil à l’avenir.

Toutefois, on peut aisément anticiper que, dans ce domaine, les plus-values comparées du chasseur de Boeing, seront sensiblement moindres vis-à-vis des appareils appartenant pleinement à la 5ᵉ génération et, en particulier, ceux disposant d’une furtivité passive avancée, même si elle n’est que sectorielle.

En effet, contrairement aux avions de combat, qui ne disposent que d’un unique radar, et de moyens de détection plus ou moins complémentaires, les défenses sol-air ou surface-air modernes, mettent en œuvre un ensemble de moyens et différents radars conçus précisément pour prendre en défaut les moyens de défense actifs de l’adversaire.

J-16 PLAAF armé du missile air-air longue portée PL-17
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En d’autres termes, même les plus efficaces des systèmes d’autoprotection et de guerre électronique, comme l’EPAWSS américain, le SPARTAN européen ou le SPECTRA français, seront vite dépassés face à une défense antiaérienne multicouche, sauf à demeurer hors de portée en employant des munitions à longue portée, ou en exploitant le masquage terrain, ce qui, par ailleurs, entraine d’autres contraintes et d’autres risques.

Ainsi, face à ces réseaux de défense, la furtivité passive constitue, aujourd’hui, sans le moindre doute une capacité déterminante, en particulier pour mener des missions de suppression des défenses adverses et l’ensemble des radars qui les constituent, et qui, le plus souvent, partagent leurs informations.

Comment les drones de combat pourront-ils changer la donne de la guerre aérienne ?

Qu’il s’agisse de supériorité aérienne, ou de frappes au sol, l’arrivée prochaine des drones de combat de type Loyal Wingmen, va certainement redistribuer les cartes entre 4ᵉ et 5ᵉ génération, ou, plus précisément, entre les avions furtifs, et ceux qui ne le sont pas.

Ces drones, contrôlés directement par les avions de combat, seront furtifs eux-mêmes, avec une furtivité souvent plus multiaspect que celle employée des avions de combat. Ce faisant, ils pourront évoluer en amont des appareils, que ce soit pour établir une Kill Chain permettant de repérer, suivre et diriger l’engagement contre les cibles aériennes, terrestres ou navales adverses, ou pour directement les engager, le cas échant, sans qu’il soit nécessaire à l’avion piloté de pénétrer dans la zone de détection adverse.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
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De fait, ces drones vont représenter un appendice furtif permettant à des appareils ne l’étant pas, de reproduire la plus-value des avions furtifs, créant un nivellement capacitaire, un temps au moins, même si les avions de 5ᵉ génération seront, eux aussi, accompagnés de ces mêmes drones.

En effet, concomitamment à l’arrivée des drones de combat, se dessine une autre révolution, celle de la portée et de la vitesse des missiles antiaériens, qu’ils soient air-air ou sol/surface-air. Certains missiles, comme le PL-17 chinois et le HQ-9 chinois, ou encore le R-37M et le 40N6 du système S-400 russe, peuvent déjà atteindre des cibles distantes de 400 km, pour peu qu’une solution de tir existe.

À l’avenir, l’US Air Force anticipe même que la portée de ces missiles air-air et sol-air pourra atteindre et dépasser les 1500 km, grâce notamment à une nouvelle kill chain s’appuyant à la fois sur des drones et des moyens spatiaux. À de telles distances, l’autodirecteur final du missile jouera un rôle déterminant pour retrouver une cible dans un espace de recherche élargi, s’appuyant, pour cela, sur un radar AESA embarqué, et parfois sur un guidage infrarouge complémentaire.

Face à ces missiles, la furtivité passive représentera à nouveau un atout de taille, permettant à l’appareil visé d’avoir les quelques secondes supplémentaires pour activer ses systèmes de défense afin de contrecarrer un missile arrivant à une vitesse de Mach 4, voire à une vitesse hypersonique, alors que rien n’avait alerté la cible de la menace jusqu’à l’activation du radar du missile.

J-20 PL15
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Toutefois, si concevoir des missiles d’une portée de plus de 500 à 1000 km, peut être envisagé à court termes, la Chine travaillant d’ores et déjà sur un programme PL-XX d’une portée « doublée » vis-à-vis du PL-17, soit 800 km, la mise en œuvre d’une Kill Chain efficace, pour exploiter ces missiles, prendra beaucoup plus de temps, et peut difficilement s’imaginer avant 2035.

Conclusion

On le voit, les conclusions publiées par le DOT&E, au sujet des essais du F-15EX en matière de supériorité aérienne, tendent à modérer certaines certitudes de supériorité absolue des avions de combat de 5ᵉ génération, dans ce domaine, grâce à une furtivité passive souvent perçue comme une cape d’invulnérabilité qu’elle n’est pas.

Plus spécifiquement, les progrès réalisés concernant la détection passive et la guerre électronique, sont susceptibles de niveler l’écart de performances entre les deux générations d’appareils, en particulier face à des appareils comme le Su-57 et le J-20.

Toutefois, l’arrivée conjointe des drones de combat, susceptibles d’étendre les performances des avions non furtifs, et de créer une kill chain autrement efficace pour des engagements à des distances bien plus élevées, va profondément transformer la réalité de la guerre aérienne dans les années à venir, sans que l’on sache, aujourd’hui, avec certitudes, qu’elles seront les capacités les plus déterminantes, entre la furtivité passive, les performances aéronautiques, les moyens de guerre électronique et les capacités de traitement numérique.

J-36 Avion de combat de 6ᵉ génération CAC chine
En matière de supériorité aérienne, le F-15EX aurait l'avantage sur les avions de combat 5ᵉ génération adverses 24

Pour la prochaine génération d’avions de combat, deux options se dessinent à présent, entre deux écoles de pensée. Pour la première, il sera nécessaire d’embarquer toutes ces capacités de haut niveau dans un unique aéronef, choix qui semble avoir conduit les ingénieurs chinois à concevoir le J-36, et qui semblaient être au cœur de la conception du programme NGAD américain, jusqu’à sa mise en stase.

Pour l’autre école, il serait, au contraire, possible de trouver un équilibre subtil et efficace entre ces différentes exigences, y compris en distribuant chacune d’elle au sein de différentes plateformes pilotées ou non, pour en réduire les couts de conception, de fabrication et de maintenance, de sorte à préserver la masse. C’est notamment ce que soutenait le Dr Roper, lorsqu’il présidait aux acquisitions de l’US Air Force, et que l’on retrouve dans le programme de drones de combat CCA de l’US Air Force.

Une chose est certaine, cependant : les arbitrages qui seront faits, dans ces quatre domaines, pour les programmes d’avions de combat de 6ᵉ génération des grandes nations aéronautiques, ont, ou auront le potentiel de profondément redessiner la hiérarchie mondiale dans ce domaine, dans les années à venir. Et les acquis obtenus par des programmes d’essais comme ceux autour du F-15EX, vont certainement doter celles qui les feront, de compétences et de clés de décision stratégiques à ce sujet.

Rafale F5 Marine : C’est le moment parfait pour proposer un partenariat à la Belgique

En marge du salon Euronaval 2024, la Marine nationale française avait confirmé qu’elle se doterait de Rafale F5 Marine, ainsi que d’une version navalisée du drone de combat qui accompagnera ce nouveau standard, à partir de 2030.

L’effort, pour la France, sera aussi important qu’il est indispensable, pour continuer à bénéficier d’une force aéronavale embarquée de premier rang, capable de rivaliser avec les meilleures forces aériennes et systèmes de défense basés à terre, et porteuse d’une composante crédible de la dissuasion française.

Pour autant, il est peu probable que la Marine nationale parvienne à se doter de plus d’une flottille du nouvel appareil, d’autant qu’elle ne pourra pas faire évoluer ses propres Rafale M, au-delà du standard F4.x, et de sa divergence. Ceci limitera, en conséquence, le nombre de Rafale F5 Marine, et de drones de combat, disponibles au sein du groupe aérien embarqué, à seulement 4 à 6 exemplaires.

Il existe pourtant une solution pour combler cette faiblesse, tout en permettant à notre voisin le plus proche, et le plus actif en termes de partenariat défense, la Belgique, de sensiblement renforcer sa propre force aérienne, et son industrie aéronautique. Pour cela, Paris pourrait proposer à Bruxelles, d’embarquer à bord du programme Rafale F5 et de son drone combat, et d’acquérir, en retour, une flottille de la version navale des deux aéronefs.

Les armées belges aujourd’hui, après 30 années de sous-investissements chroniques

Comme nombre de pays européens, la Belgique avait considérablement réduit ses investissements de défense, après la fin de la guerre froide et l’effondrement du bloc soviétique. Ainsi, en 1990, le budget des armées belges atteignait 4,65 Md$, et 2,36 % de son PIB.

F-16 composante air  Belgique
Si la Composante terre belge n’aligne qu’une unique brigade mécanisée, la Composante Air est encore forte de 2 escadrons de chasse équipés de F-16, en transition vers 34 F-35A, le 2eme Wing tactique de Florennes, et le 10ème Wing tactique de Kleine Brogel.

En 2014, il n’atteignait que 4,20 Md$, pour seulement 0,9 % du PIB du pays, classant la Belgique parmi les 10 nations membres de l’OTAN, qui consacraient moins de 1% de leur PIB, à leurs armées, parmi lesquels figuraient la Lituanie, la Lettonie, la Hongrie la Slovaquie ou encore l’Espagne.

Dix ans plus tard, en 2024, 21 des 28 membres européens de l’OTAN, dépassaient le seuil visé depuis le sommet de Cardiff de 2014, de 2 % PIB. Toutefois, cinq d’entre eux restaient sous la barre des 1,5 %, dont l’Italie à 1,49%, la Slovénie à 1,29 %, et l’Espagne, bonne dernière, à 1,28 %. La Belgique, quant à elle, n’a évité la dernière place que grâce à un violent sursaut, à partir de 2020, permettant de passer le budget de ses armées de 4,76 Md$ et 0,89% PIB en 2019, à 7,9 Md$ et 1,3 % en 2024, ne surpassant, dans ce classement européen, que le Luxembourg (1,29%) et l’Espagne (1,28%).

Bien évidemment, les premières victimes de ce désinvestissement massif et durable, de la part des autorités belges, ont été les forces armées belges, elles-mêmes. En effet, celles-ci n’alignent plus que 25,000 militaires d’active et 6500 réservistes aujourd’hui, soit une densité moitié moindre, vis-à-vis de la population, par rapport à son voisin français.

La Composante terre, ou Landcomponent en néerlandais, n’est forte que de 10,000 militaires et un peu plus de 2000 réservistes, répartis au sein d’une brigade motorisée, en pleine restructuration et modernisation dans le cadre du programme franco-belge CaMo et d’un bataillon des forces spéciales et parachutistes.

Armées belges et françaises coopération
Dans le cadre du programme CaMo, la composante terre a entamé une profonde transformation pour se rapprocher, tant du point de vue des equipements que des doctrines d’emploi, de l’Armée de terre française.

La composante air, ou Luchtcomponent, est composée d’un peu plus de 6500 militaires d’active, et aligne plus d’une centaine d’aéronefs et de drones, parmi lesquels 46 F-16 en cours de remplacement par 34 F-34A, mais aussi 7 avions de transport A-400M, ainsi que 12 hélicoptères de reconnaissance AW209, qui seront remplacés par 15 H145M, et 8 NH-90, quatre en version TTH pour l’assaut terrestre, et quatre en version NFH navale, bientôt transformé en version de lutte anti-sous-marine.

Quatre systèmes MQ-9B Skygardian ont également été commandés, la livraison devant débuter en 2025, alors qu’elle participe, dans le cadre de l’OTAN, à la mise en œuvre d’une flotte de 10 avions ravitailleurs A330 MRTT.

La composante marine, ou Marinecomponent, enfin, n’a un effectif que de 1,300 militaires. Ceux-ci mettent en œuvre deux frégates de la classe Karell Doorman, bientôt remplacées par 3 frégates du programme M-fregat, codéveloppé avec les Pays-Bas ; de deux OPV classe Castor, rejoint par un troisième navire en 2027 ;et par cinq chasseurs de mines classe tripartite, remplacés à partir de cette année, par le premier des six grands navires de guerre des mines de la classe City, programme conjoint rassemblant la Belgique, la France et les Pays-Bas (pour six navires chacun).

Theo Francken, le nouveau ministre de la Défense belge, donne une nouvelle impulsion à ses armées

Si la première impulsion donnée par le gouvernement belge, en 2020, a permis d’entamer la modernisation des armées du pays, avec plusieurs programmes clés (F-35A, CaMo, Caesar, M-Fregat, City), et de passer de 19,000 soldats en 2019, à 29,000 militaires, en 2029, celle-ci ne satisfaisait pas le nouveau ministre de la Défense Theo Francken, du parti nationaliste flamand N-VA.

Le ministre vient, en effet, de tracer une nouvelle trajectoire, bien plus ambitieuse, pour les armées belges avec, en premier lieu, une hausse historique du budget leur étant consacré, qui passera de 1,3% à 2% PIB en 2029, et même 2,5 % PIB en 2034, soit qui reviendra, rien de moins, qu’à doubler cet effort, relatif au PIB, en 9 ans.

Theo Francken
le nouveau ministre de la défense belge, Theo Francken (qui, en dépit de sn nom, est flamand), a tracé une très ambitieuse trajectoire, pour les armées belges, qui devraient voir leurs moyens multipliés par 2 en 9 ans, d’ici à 2034, pour atteindre un effort de défense de 2,5% PIb à cette date.

Alors que la commande d’une troisième frégate ASM M-Fregat à d’ores-et-déjà été annoncée, Theo Francken a indiqué qu’il entendait, à présent, doubler et moderniser la composante terre, au travers de la création d’une seconde brigade motorisée, et par le renforcement des moyens qui leur seront alloués, notamment par l’acquisition d’une capacité de frappe dans la profondeur, comme l’HIMARS, mais aussi en durcissant ses équipements, le programme franco-allemand MGCS ayant été cité à ce sujet.

Pour les industries de défense françaises comme belges, engagées dans le programme CaMo, cela signifie, très probablement, une prochaine hausse des volumes de commande venant de Bruxelles. Pour autant, avec 2,5 % et plus de 16 Md€ de budget annuel, en 2034, les armées belges vont pouvoir considérablement renforcer d’autres composantes, voire en initier de nouvelles.

On pense particulièrement à la composante Marine, qui pourrait être tentée par l’acquisition de sous-marins conventionnels, très efficaces pour une empreinte humaine réduite, à la défense aérienne et antimissile, qui pourrait être renforcée au-delà des seuls systèmes à très courte portée Mistral, ainsi qu’à la flotte de chasse belge, pour qui les 34 F-35A seront, très certainement, insuffisants face à la pression opérationnelle.

Le Rafale F5 et son drone de combat, une hypothèse plus séduisante qu’il n’y parait, pour la Belgique

Rationnellement, Bruxelles devrait se tourner vers une extension de flotte de F-35A, pour compléter sa flotte de chasse dans les années à venir. En effet, la composante Air aura déjà réalisé l’ensemble des investissements nécessaires pour recevoir et mettre en œuvre l’avion américain, et les couts d’acquisition de nouveaux appareils seront donc sensiblement inférieurs à ceux du contrat initial.

programme T-REX Rafale
Le standard F5 sera une évolution structurelle et doctrinale majeure pour le Rafale français, qui entrera, pour l’occasion, en partie dans la 5ème génération des avions de combat.

Pour autant, dans le contexte présent, avec Washington de plus en plus véhément et de moins en moins investi aux côtés des européens, d’un côté, et les partenariats opérationnels et industriels défense, entre Paris et Bruxelles, qui se déroulent sans accrocs, de l’autre, il est possible que Paris puisse s’inviter dans ce débat, en faisant une proposition attractive et mutuellement profitable, concernant le Rafale F5, et son drone de combat aérien.

Rappelons que, dans le cadre de la LPM 2024-2030, la France a lancé le développement d’une nouvelle version du Rafale, baptisée Rafale F5. Celle-ci intégrera, outre un nouveau réacteur T-REX bien plus puissant, et de nouveaux armements, comme les missiles FMAN-FMC, un nouveau réseau numérique en fibre optique, permettant à l’appareil d’embarquer et d’exploiter une puissance de traitement numérique démultipliée, dans le cadre de sa fusion de données.

Cette puissance de traitement digital permettra au Rafale F5 de contrôler et coopérer avec un nouveau drone de combat furtif, en cours de conception par Dassault Aviation, et dérivé du programme Neuron. Ce faisant, le couple Rafale F5 / Drone, disposera de capacités attendues uniquement dans la fin de la prochaine décennie, par la plupart des forces aériennes mondiales, avec l’arrivée des avions de combat de 6ᵉ génération des programmes NGAD, F/A-XX, GCAP et SCAF, en particulier concernant l’élimination des menaces sol-air et les frappes profondes.

Par ailleurs, l’industrie aéronautique belge n’a guère été sollicitée, dans le cadre du programme F-35A, même si certaines avancées ont été enregistrées ces dernières années à ce sujet, en dépit des ambitions de Bruxelles à son égard, le pays ayant, pour cela, rejoint le programme SCAF en qualité d’observateur, l’année dernière.

Une flottille de Rafale F5 Marine et de drones de combat navalisés belges, pour renforcer la composante air et participer aux déploiements du porte-avions français

Si le choix du Rafale F5 aurait quelques atours, vue de Bruxelles, que ce soit vis-à-vis de l’évolution de la position américaine en Europe, et de son industrie de défense, ceux-ci manquent certainement de substances, face à l’efficacité d’une simple extension de flotte du F-35A. Ce ne serait, en revanche, pas le cas du Rafale F5 Marine !

Rafale M
En s’équippant d’une flotille de Rafale F5 Marine, la composante air renforcerait non seulement sensiblement ses moyens en matière de chasse, mais pourrait, par ailleurs, integrer le groupe aérien embarqué du porte-avions charles de gaulle.

En effet, si Bruxelles venait à acquérir non pas un escadron de Rafale F5, mais une flottille de Rafale F5 Marine, accompagnés de son drone de combat, les bénéfices et plus-values, pour les armées belges, ainsi que pour le poids international du pays, seraient considérablement accrus.

Il s’agirait, ici, pour la composante Air, d’acquérir une flottille de Rafale F5 Marine, soit 16 à 20 appareils, et autant de drones de combat en version navalisée. En temps normal, ces appareils renforceraient la flotte de chasse du pays, le Rafale affichant notamment une disponibilité et des performances supérieures à celles du F-35A, notamment pour réaliser les interceptions et la police du ciel.

En outre, ces appareils, comme leurs drones de combat, pourront collaborer très activement avec la flotte existante de F-35A, pour produire un effet synergique très efficace en matière de frappes profondes, de suppressions des défenses anti-aériennes, voire des frappes navales.

Surtout, la flottille ainsi constituée, pourrait envoyer une partie de ses éléments à bord du porte-avions Charles de Gaulle, puis de son successeur, la PANG, afin de participer aux missions et déploiements du navire amiral français et de son escorte. Notons que les frégates belges participent déjà très fréquemment à l’escorte du porte-avions français.

Après le programme CaMo pour la composante terre, un rapprochement structurel et stratégique, entre la défense belge et française ?

Ce modèle prendrait alors tout son sens, alors que les deux nouvelles flottilles françaises et belges, montées sur Rafale F5 Marine, pourraient travailler de concert pour former une flottille reconstituée à bord du porte-avions, dotant celui-ci d’une puissance opérationnelle sensiblement accrue, en passant de 25 à 50 % de Rafale F5 Marine, à son bord.

Rafale M armé d'un missile ASMPA nucléaire au catapultage
L’acquisition de Rafale F5 Marine par la Belgique, permettrait à Paris et Bruxelles d’entamer des discussions autour de l’extension de la dissuasion frnaçaise vers la Belgique, et de la mise en oeuvre d’une dissuasion partagée, comparable au modèle OTAN, permettant aux Rafale belges, de mettre en oeuvre le missile ASN4G.

Ce lien structurel et capacitaire, pourrait même être élevé au rang organique, en intégrant des deux flottilles à un commandement intégré franco-belge, permettant en particulier de mutualiser différents aspects allant de la formation des équipages et des personnels de maintenance, à la gestion des stocks de pièces, la maintenance des aéronefs comme des drones, voire en offrant à l’OTAN, une capacité de frappe vers la mer d’alerte, en mer du Nord, en Manche et dans l’Atlantique nord.

Cette coopération pourrait alors compléter celles déjà mises en œuvre dans le domaine des forces terrestres entre les deux pays, pour servir de socle à d’autres domaines, comme la défense antiaérienne, antimissile et antibalistique.

Elle ouvrirait alors la possibilité, pour Paris et Bruxelles, d’entamer des discussions au sujet d’une dissuasion partagée, sur le modèle de la dissuasion OTAN, permettant à des Rafale F5 Marine belges, d’embarquer le futur missile nucléaire ASN4G, sous commandement et activation française, dans le cadre d’un accord strict d’extension du périmètre de dissuasion français, à son voisin et allié.

Sans se substituer à la dissuasion partagée OTAN, cette construction permettrait à Bruxelles de se garantir contre un retournement de situation venu de Washington, sans jamais créer de porte-à-faux vis-à-vis de ses engagements envers l’OTAN, dans ce domaine.

Outre les aspects opérationnels, cette coopération permettrait aux industries aéronautiques des deux pays d’accroitre leurs liens et leur coopération, en embarquant directement les entreprises belges à bord du programme F5 et du drone de combat, les préparant ainsi à la transition vers le programme SCAF, sur un calendrier souple et progressif, tout en allégeant la charge budgétaire, côté français, concernant le développement de la version navale pour une unique flottille.

Conclusion

On le voit, l’hypothèse d’inviter Bruxelles à embarquer à bord du programme Rafale F5 Marine et de son drone de combat navalisé, toute saugrenue qu’elle puisse paraitre, de prime abord, pourrait bien représenter un potentiel de coopération opérationnel et industriel, entre les deux pays, bien plus attractif qu’il n’y parait.

RAfale F-35A
La coopération entre des avions de combat de 5ème génération, comme le F-35A, et des appareils non furtifs, comme le Rafale, a montré d’excellentes synergie lors des exercices aux Etats-unis et au sein de l’OTAN.

Tout d’abord, la Belgique est à présent engagée dans un effort sans précédent pour reconstruire ses armées et sa puissance militaire de ses trois composantes, en visant dorénavant un effort de défense de 2,5 % de son PIB d’ici à 2034, libérant ainsi d’importants crédits pour cela.

Ensuite, le format en devenir de sa chasse, est notoirement insuffisant pour répondre aux exigences présentes et à venir. Enfin, si l’extension de la flotte de F-35A serait, sans le moindre doute, la solution à privilégier pour la Composante Air, les tensions et incertitudes entourant la position de Donald Trump et de Washington au sujet de l’Europe, dans les mois et années à venir, tendent à modérer l’enthousiasme des européens, dans ce domaine.

Candidat malheureux de la compétition belge en 2018, Le Rafale pourrait, cette fois, représenter une opportunité pour Bruxelles, ses armées et son industrie aéronautique. En effet, avec l’arrivée du standard F5 et de son drone de combat, l’avion de combat français se verra doter, à ce moment-là, de capacités très étendues, surpassant même le F-35A dans certaines d’entre elles.

C’est cependant la version navale de l’appareil français, le Rafale F5 Marine, et son drone de combat navalisé, qui représenterait la plus grande opportunité pour la Belgique, dans le cadre d’un rapprochement entre la composante air et l’aéronautique navale.

Rafale M Marine nationale
Le Rafale F5 Marine pourrait représenter le chainon manquant, entre Paris et Bruxelles, pour lancer l’Europe vers davantage d’autonomie straégique.

En se dotant d’une flottille du nouveau chasseur embarqué français, la Belgique pourrait, à la fois, étendre ses moyens de chasse traditionnels, avec un appareil très performant et moderne, doté de capacités uniques, mais aussi embarquer à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, et de son successeur PANG, le seul porte-avions CATOBAR et nucléaire en Europe.

Le choix du Rafale F5 Marine permettrait, par ailleurs, à Bruxelles et Paris d’engager des discussions autour de l’extension de la dissuasion française à la Belgique, et la participation de ces appareils, à une dissuasion partagée franco-belge, inspirée de la discussion OTAN. Ceci afin de doter le pays d’un filet de sécurité stratégique, face aux incertitudes américaines, tout en ouvrant un tout nouveau volet dans la coopération stratégique entre les deux pays, et en faisant émerger un nouveau modèle, potentiellement extensible, en Europe.

Avec l’A321 MPA de patrouille maritime, la France et Airbus peuvent-ils défier le P-8A Poseidon américain ?

Vainqueur de la compétition qui l’opposait au Falcon 10X de Dassault Aviation, l’A321 MPA d’Airbus sera donc bel et bien le futur avion de patrouille maritime, de la Marine nationale, alors que l’avionneur européen vient de confirmer la notification d’un contrat d’étude de risques, pour developper le nouvel appareil.

Une fois en service, l’A321 MPA qui, espérons-le, recevra un nom de baptême plus plaisant dans les années à venir, conférera à l’Aéronautique navale française, des performances et des capacités d’un tout autre niveau, que l’actuel Atlantique 2.

En choisissant l’offre d’Airbus, la France a également choisi d’aller directement défier Boeing et l’US Navy avec le P-8A Poseidon, déjà commandé à plus de 170 exemplaires par neuf forces armées, avec un appareil très proche en capacités comme en doctrine.

Alors que les exportations constituent une composante essentielle du modèle de soutenabilité de l’industrie de défense française, quel marché l’A321 MPA français peut-il adresser, et quelles sont ses chances de succès, face au P-8A américain ?

La France arbitre en faveur de l’Airbus A321 MPA pour remplacer ses Atlantique 2 de patrouille maritime

C’est donc fait. Avec l’attribution à Airbus d’un second contrat, cette fois pour l’étude des risques, annoncée le 4 février par le ministère des Armées, la France signifie donc que ce sera bien l’A321 MPA, basé sur le nouveau A321 XLR d’Airbus, qui servira de plate-forme, pour remplacer les avions Dassault Atlantique 2 de patrouille maritime, au sein de la Marine nationale.

À présent, et durant 24 mois, l’avionneur européen va devoir étudier l’ensemble des paramètres et risques, liés à la conception, la construction et la mise en œuvre de ce nouvel appareil, qui sera employé avant tout en milieu maritime, avec des contraintes bien plus importantes que celles rencontrées par la flotte commerciale.

Les missions de la Patrouille maritime de l’Aéronautique navale française

La mission de patrouille maritime est, le plus souvent, méconnue du public. Elle est pourtant d’une importance stratégique pour la France, sa dissuasion, la sécurité de son groupe aéronaval et amphibie, et pour le soutien apporté à de nombreuses missions militaires et de renseignement.

Atlantique 2 patrouille maritime Marine nationale
L’Atlantique 2 de Dassault Aviation a longtemp été l’appareil de patrouille maritime le plus évolué et le plus performant de la planete, jusqu’à l’arrivée des P-1 japonais, puis du P-8A américain. Il reste un des rares appareils de patrouille maritime à avoir été conçu spécifiquement pour cette mission, et non dérivé d’un modèle commercial.

Aujourd’hui, l’Aéronautique navale met en œuvre 22 avions Atlantique 2, conçus par Dassault et entrés en service à partir de 1991, pour cette mission. Ces appareils bimoteurs sont imposants, longs de presque 32 m pour 37,5 m d’envergure, et avec une masse au décollage de 45 tonnes.

Ils emportent des senseurs puissants, avec, pour les Atl 2 standard 6, le radar Searchmaster AESA de Thales, un système électro-optique Wescam MX-20, des bouées acoustiques sonar actives et passives, ainsi qu’une suite d’écoute et de guerre électronique et un détecteur d’anomalie magnétique, pour détecter la masse métallique d’un sous-marin en plongée, en le survolant à basse altitude.

L’Atlantique 2 peut rester en vol jusqu’à 18 heures, à une vitesse moyenne de 200 nœuds, et ainsi assurer un grand nombre de missions, allant de la lutte anti-sous-marine, qui a longtemps été sa mission principale, et qui le redevient aujourd’hui, à la lutte anti-surface, en passant par la surveillance des espaces maritimes et le renseignement électronique. Cette polyvalence lui vaut, parfois, le qualificatif de frégate volante.

En particulier, un Atlantique 2 est systématiquement mobilisé, aux côtés d’une frégate et de son hélicoptère de lutte ASM, et d’un sous-marin nucléaire d’attaque, pour nettoyer la zone de toutes présences navales et sous-marines, adversaires et même alliées, lors de la procédure de dilution des SNLE (Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) français, qui portent la capacité de riposte nucléaire du pays.

La Marine nationale et la DGA séduites par les atouts de l’A321 MPA face au Falcon 10X de Dassault Aviation

Lancé à la fin de l’année 2022, après l’échec du programme franco-allemand MAWS (Maritime Airborn Warfare System) annoncé en 2017, le programme visant à remplacer les 18 Atlantique 2 modernisés de la Marine nationale, a débuté par une étude préalable, confiée à Airbus, d’un côté, et à Dassault Aviation, de l’autre.

A320 NEO MPA maws
Dans le cadre du programme MAWS, Airbus présentait l’A320 NEO MPA, un appareil plus compact, et disposant d’une plus faible autonomie que l’A321 MPA.

À cette occasion, l’avionneur européen proposa non pas une version basée sur l’A320 Neo, comme c’était le cas dans le cadre du programme MAWS, mais sur l’A321, son nouveau fleuron, dont plus de 300 exemplaires ont été livrés, pour la seule année 2023. Plus long et emportant plus de carburant que l’A320, l’A321 MPA (Maritime Patrol Aircraft), dû faire face à une version navalisée du nouveau Falcon 10X, un avion d’affaires haut de gamme en développement chez Dassault Aviation.

Chacune des offres avaient ses propres atouts. Le Falcon 10X avait des performances plus élevées, en termes de vitesse de croisière et d’autonomie, et présentait l’intérêt d’être entièrement développé et construit en France, avec un retour budgétaire optimal pour la France. En outre, l’appareil avait un positionnement relatif plus marqué, vis-à-vis du P-8A Poseidon de Boeing, qui s’est déjà imposé auprès de plusieurs forces européennes, y compris l’Allemagne.

De son côté, l’A321 MPA pouvait s’appuyer sur un appareil déjà commandé à plus de 7000 exemplaires, ceci réduisant de nombreux risques de développement, et garantissant une maintenabilité très étendue, alors qu’un très grand nombre de compagnies aériennes dans le monde, exploite ou exploitera l’A321.

Surtout, la configuration de l’appareil d’Airbus, permet d’y installer une vaste soute à armement, là où le Falcon 10X devait emporter ses munitions longues, comme le futur missile anti-navire, ou FMAN, sous les ailes. En outre, il dispose d’un potentiel d’évolution plus étendu, avec un espace intérieur largement supérieur.

En revanche, la cellule de l’A321 n’est que partiellement construite en France, autour de 40 %, si les répartitions traditionnelles d’Airbus entre la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l’Espagne, sont conservées, alors que le moteur LEAP de Safran, n’est produit qu’à 50 % en France.

Airbus A321 MPA Euronaval
L’un des principaux atouts de l’A321 MPA, face au Falcon 10X, réside dans sa grande celulle, permettant d’accueillir une vaste soute à armement, suffisante pour embarquer le futur missile antinavire FMAN.

Sachant que la cellule et les moteurs ne représentent, en moyenne, que 65 à 70 % du prix final d’un avion de patrouille maritime, et que les 30 à 35 % restants, représentant les systèmes embarqués, seront pour l’essentiel, de conception et fabrication française, la part produite par l’industrie française, pour l’A321 MPA, devrait représenter 55 à 60%, contre 80 à 85%, pour le Falcon 10X, propulsé par le turboréacteur Pearl 10X du britannique Rolls-Royce.

Au final, ce furent les atouts de l’A321 MPA, qui finirent de convaincre le ministère des Armées, d’arbitrer en faveur de l’appareil d’Airbus, et notamment la soute interne et l’évolutivité jugée supérieure de l’aéronef, à en croire les déclarations de la Marine nationale à ce sujet.

Notons que l’A321 MPA présente un dernier atout, jamais évoqué, même s’il est de taille. En effet, celui-ci permettra à ses pilotes, comme pour les équipes de maintenance, de recevoir la qualification machine Airbus, ce qui représente un atout considérable, pour la reconversion en fin de carrière, pour rejoindre une compagnie aérienne. Ce faisant, la patrouille maritime française deviendra un canal de formation très prisé pour les jeunes pilotes, créant un appel d’air pour les recrutements, parfois difficiles, rencontrés par les Armées françaises.

Les chiffres clés de l’A321 MPA d’Airbus

L’arrivée de l’A321 MPA, dans l’aéronautique navale française, va représenter un changement capacitaire radical, en matière de patrouille maritime. En effet, l’appareil dispose d’une autonomie lui permettant de franchir 8700 km, à une vitesse de croisière de 450 nœuds, soit 830 km/h.

Ce faisant, il peut rejoindre une zone de patrouille distante de 3000 km en seulement 3 heures 30, y maintenir une patrouille pendant 3 heures, puis revenir à sa base de départ, là où l’Atlantique 2 mettrait, aujourd’hui, plus de 8,5 heures pour atteindre cette zone, et n’aurait, dans le meilleur des cas, qu’une heure de patrouille disponible.

A321 MPA patmar
Contrairement au P-8A Poseidon, l’A321 MPA semble être équipé d’une queue MAD (Magnetic Anomaly Detector), ce qui signifierait que l’appareil serait également conçu pour évoluer à très basse altitude, pour détecter les sous-marins, ou plutot, la variation du champs magnétique terrestre engendrée par la masse métaliqque de ceux-ci.

En outre, le nouvel appareil disposera d’un profil de vol bien plus étendu, pouvant notamment effectuer ses transits à haute altitude, pour éviter les contraintes météorologiques. Surtout, il emportera des systèmes de détection, mais aussi de traitement numérique, considérablement plus évolués, avec une puissance électrique décuplée vis-à-vis de son prédécesseur, indispensable pour alimenter les systèmes numériques du bord.

En termes d’armement, peu d’informations ont été divulguées, jusqu’à présent. On sait toutefois que la soute de l’A321 MPA permettra d’accueillir le Futur Missile Anti-navire, ou FMAN, codéveloppé avec la Grande-Bretagne et l’Italie, dans le cadre du programme FMAN/FMC.

La soute devrait, également, pouvoir accueillir des drones libérés pour mener les missions à très basse altitude, de sorte à ne pas s’exposer à la détection visuelle, voire à être engagé par des systèmes antiaériens basse couche.

En revanche, pour l’heure, aucune information n’a été révélée concernant le largage des torpilles anti-sous-marines. Aujourd’hui, pour larguer une torpille ASM Mu90, l’Atlantique 2 doit évoluer à basse altitude. La torpille, elle-même, est ralentie par un parachute, jusqu’à sa transition, après quoi elle s’active et se met en recherche de sa cible.

En évoluant à moyenne altitude, cette procédure n’est pas applicable, ne serait-ce que par le délai et le manque de précision, entre le largage et l’arrivée dans l’eau. Il sera donc nécessaire de developper, concomitamment à l’A321 MPA, un système de largage de torpille, adapté à cet usage, peut-être en s’inspirant du planeur portant du système HAAWC, mis en œuvre à bord du P-8A, pour larguer une torpille anti-sous-marine MK54.

L’A321 MPA, un concurrent direct du P-8A Poseidon de l’américain Boeing et de l’US Navy

Au-delà du remplacement des Atlantique 2 français, le choix, par Paris, de se tourner vers l’A321 MPA, annonce une confrontation directe entre l’avion franco-européen, et son concurrent direct, le P-8A Poseidon, de l’américain Boeing.

P-8A Poseidon US Navy
Le P-8A s’est déjà imposé dans presque toutes les armées occidentales dotées d’une aviation de patrouille maritime océanique, dont l’Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la Norvège et les Etats-Unis, pour l’OTAN, ainsi que l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde et la Nouvelle-zelande, dans la zone indo-pacifique.

Or, celui-ci part avec une grande longueur d’avance, sur le marché mondial. En effet, le P-8A, conçu pour remplacer les Lockheed P-3 Orion de l’US Navy, est entré en service il y a déjà 12 ans, en 2013. Conçu sur la base du Boeing 737 max, il demeure aujourd’hui le seul appareil de patrouille maritime lointaine occidental, en dehors du Kawazaki P-1 japonais, arrivé cinq ans plus tôt, mais qui n’a jamais convaincu sur la scène internationale.

Comme le futur A321 MPA, le P-8A s’appuie sur un modèle d’avion de transport commercial, le Boeing NG 800, largement répandu dans les compagnies aériennes, bien que plus ancien et moins moderne que l’A321 XLR.

Les deux appareils sont, par ailleurs, proches en termes de performances, et de capacités d’emport, avec un avantage, cependant, pour ‘l’avion European, qui dispose de moteurs LEAP plus évolués, offrant une consommation plus réduite, ainsi qu’une maintenabilité supérieure et moins onéreuse, que le CFM-56 franco-américain du 737 NG 800.

Cependant, le P-8A peut s’appuyer sur une base de 130 appareils livrés et 9 commandés, pour l’US Navy, et de 45 appareils livrés, et de 27 appareils commandés, par huit forces armées internationales, dont quatre appartiennent à l’OTAN (Allemagne, Canada, Norvège et Royaume-Uni).

Ce faisant, Airbus et Paris auront fort à faire, pour tenter de trouver des possibilités d’exportation pour le nouvel appareil, sur un marché contrôlé depuis près de 20 ans par Boeing et par les États-Unis, lorsqu’il entrera en service, après 2030. Ce, d’autant plus que les deux solutions seront proches, technologiquement comme en matière de performances, et que tous connaissent la puissance de persuasion, des constructeurs américains, soutenus par le Foreign Military Sales et par le Département d’État, pour convaincre en Europe et en Asie.

Un positionnement relatif étroit sur un marché potentiel encore étendu

Toutefois, en dépit de la position dominante incontestable de Boeing, dans le domaine du renouvellement des flottes de patrouille maritimes dans le Monde, le marché demeure, aujourd’hui, prometteur et ouvert, pour peu que l’offre d’Airbus et de Paris, puisse se positionner de manière agressive, en particulier sur le plan des tarifs.

Le marché du renouvèlement de la patrouille maritime européenne encore très ouvert

En Europe, Paris semble encore espérer un ralliement tardif de Berlin à son programme, ceci ayant peut-être, d’ailleurs, joué un rôle dans le choix d’Airbus au détriment de Dassault. Néanmoins, cette hypothèse est très peu probable.

L’hypothèse allemande est très improbable

D’une part, la Bundeswehr a déjà commandé 8 P-8A, officiellement pour remplacer les P-3C les plus anciens encore en service, afin d’assumer son contrat opérationnel vis-à-vis de l’OTAN. La Marine allemande n’aurait, dans ce contexte, que très peu d’intérêts à diversifier sa flotte dans ce domaine, avec un besoin total de l’ordre de 14 à 16 appareils seulement.

P-3 Bundeswehr
Berlin s’est tournée dès 2020 vers le P-8A Poseidon, initialement pour 5 exemplaires destinés à remplacer les P-3C Orion les plus anciens, puis en 2023, avec la commande de 3 appareils supplémentaires. L’Allemagne n’a, à présent, que très peu d’interets de rejoindre le programme A321 MPA franco-européen, d’autant que le site Airbus de Hambourg fabriquera certaineemnt de 30 à 35 % de l’avion français.

D’autre part, Berlin n’a pas besoin de soutenir son industrie aéronautique dans ce programme, puisque, dans tous les cas, les A321 seront construits de 35 à 40 % à Hambourg. Rejoindre le programme français, ne permettrait que d’augmenter à la marge cette activité industrielle.

Enfin, l’Allemagne va devoir donner des gages commerciaux à Washington, afin de diminuer son excédant commercial de 70 Md$ par an, vis-à-vis des États-Unis, maintenant que Donald Trump est à nouveau dans le Bureau Ovale. Dans ce domaine, la commande d’équipements militaires américains, sera certainement privilégiée par la Chancellerie et le Bundestag, s’agissant, sans le moindre doute, de la meilleure option budgétaire, politique et économique, pour apaiser l’ire de Washington.

Dès lors, l’option allemande, espérée par la France, est certainement caduque. Pour autant, d’autres pays européens peuvent devenir des partenaires potentiels pour le programme A321 MPA. C’est notamment le cas des Pays-Bas et de la Belgique, deux pays avec lesquels la France a sensiblement augmenté ses liens en matière de défense et d’industrie de défense, ces dernières années.

Pays-Bas et Belgique, dans une dynamique de coopération navale renforcée avec la France

La Haye n’a plus d’aviation de patrouille maritime, depuis le retrait de ses P-3 Orion CUP, en 2006. Le pays a été, cependant, un partenaire du programme Breguet Atlantic, et son industrie aéronautique est intégrée, à présent, au groupe Airbus.

En outre, les Pays-Bas ont multiplié les partenariats industriels de défense avec la France, ces dernières années, avec la fabrication, conjointement avec la Belgique, et désormais la France, de 6 grands bâtiments de guerre des Mines, par Naval Group et ECA, et la commande de 4 sous-marins Blacksword Barracuda de Naval Group, pour la Marine néerlandaise, ainsi que la commande de 12 hélicoptères H225M Caracal, pour les forces spéciales du pays.

Breguet Atlantic Pays-Bas
Les Pays-Bas ont été un des 4 pays ayant participé à la conception du Breguet Atlantic, un programme de patrouille maritime developpé dans le cadre de l’OTAN, à la fin des années 60.

La Belgique, pour sa part, n’a pas de composante historique de patrouille maritime. Toutefois, le pays est engagé dans un partenariat défense dynamique et prolifique, avec la France, dans les domaines terrestres (programme CaMo, programme VBAE, Caesar, Mistral), aériens (participation SCAF) et navals (Programme guerre des mines). L’annonce récente, par Bruxelles, de la commande d’une troisième frégate de lutte anti-sous-marine, démontre une volonté politique, d’étendre le potentiel opérationnel de sa Marine et de ses capacités.

Grèce et Portugal, pour remplacer une patrouille maritime vieillissante

Au-delà de La Haye et Bruxelles, d’autres pays européens peuvent représenter des partenaires clés, pour le programme de patrouille maritime de nouvelle génération français. C’est le cas de la Grèce qui, aujourd’hui, n’aligne plus qu’un unique P-3B Orion pour cette mission, alors qu’Athènes est exposée à la montée en puissance très rapide de la Marine turque en mer Égée, et spécialement de sa flotte sous-marine.

C’est aussi le cas du Portugal qui doit assurer la protection d’un vaste espace maritime Atlantique. Le pays aligne, aujourd’hui, 9 P-3C Orion, pour cette mission, une flotte composée d’appareils achetés d’occasion auprès des Pays-Bas et de l’Allemagne, alors qu’ils avaient déjà très largement consommé l’essentiel de leur potentiel, et devront donc être remplacés, dans un avenir relativement proche.

Lockheed P-3C Orion Portugal
Le Portugal met encore en oeuvre une flotte de patrouille maritime composée de P-3 orion américain. Ces appareils sont, cependant, des modèles acquis d’occasion auprès des Pays-bas en 2005 (5 exemplaires), et de l’Allemagne en 2023 (4 exemplaires), et devront bientot être remplacés.

Enfin, plusieurs pays européens n’ayant pas disposé, jusqu’ici, d’aviation de patrouille maritime, pourraient, à présent, se montrer intéressés par cette option, face aux tensions croissantes avec la Russie.

C’est le cas de plusieurs pays bordant la mer Baltique, comme la Suède, la Finlande, le Danemark et la Pologne, en particulier pour assurer la surveillance et la traque des moyens sous-marins russes qui menacent les câbles et gazoducs européens dans cette espace maritime. En mer Noire, la Roumanie pourrait, elle aussi, être amenée aux mêmes considérations, face à la Russie, même si l’exposition relative aux actes de guerre hybride, est plus faible sur ce théâtre.

Notons, à ce titre, que les tensions entre l’Europe et la Maison-Blanche, depuis l’arrivée de Donald Trump, pourraient jouer en faveur de l’avion de patrouille maritime français, à forte dimension européenne, auprès de ces différents partenaires potentiels européens, tant ce dernier envoie des messages inquiétants, concernant le soutien américain à la défense du vieux continent, et l’OTAN.

Le potentiel asiatique de l’A321 MPA est élevé

L’Asie, elle aussi, présente plusieurs opportunités pour l’A321 MPA français, même si, dans ce domaine, le principal partenaire de Paris, New Delhi, s’est déjà tourné vers le P-8A américain.

C’est notamment le cas de l’Indonésie, qui vient de commander deux sous-marins Scorpene Evolved auprès de Naval Group, et qui avait, précédemment, commandé 42 avions Rafale, à Dassault Aviation. Ce pays, composé de 1800 iles, dont la moitié seulement est habitée, possède plus de 110,000 km de côtes, et 6 millions de km² d’espace maritime, en partie revendiqué par Pékin, concernant la Mer de Chine du Sud.

CN-235 MPA Indonésie
L’Indonésie met en oeuvre une vaste flotte de Casa CN-235 pour la surveillance et la patrouille maritime. Ces appareils n’offrent cependant pas la plus-value opérationnelle d’un A321 MPA, très supérieur dans tous les domaines à l’appareil espagnol.

Les forces navales indonésiennes alignent, aujourd’hui, une flotte de patrouille maritime composée de 8 Casa CN-235, sont 6 en version MPA, et de 13 Casa C-212, dont 5 en version MPA, complétée par 2 C-235 MPA et un C-295 MPA, mis en œuvre par les forces aériennes. Bien que dense, cette flotte est loin d’avoir l’allonge, la vitesse, et le potentiel opérationnel de l’A321 MPA, qui pourrait trouver, dès lors, une oreille attentive auprès de Jakarta.

La Malaisie est dans la même situation que l’Indonésie, avec 3 CN-325 MPA en service, et deux ATR-72MP récemment commandés auprès de l’Italie, pour assurer la surveillance des 350,000 km² d’espace maritime malais, par ailleurs, l’un de ceux accueillant la plus grande densité de trafic commercial en Indo-pacifique.

La Thaïlande, quant à elle, n’a qu’une flotte limitée et relativement datée, en matière d’aviation de patrouille maritime, avec 7 Do-228 et 2 Fokker 27, malgré ses 300,000 km² de ZEE, accueillant également un trafic dense, et faisant l’objet de tensions régionales sensibles.

L’Amérique du Sud dans le viseur d’Airbus

Enfin, l’Amérique du Sud peut aussi représenter un potentiel commercial d’importance, pour le futur avion de patrouille maritime français. Si le Brésil se tournera, très certainement, vers un avion Embraer dans ce domaine, le moment venu, l’Argentine a un important besoin, couvert par un unique P-3C Orion et deux S-2T Traker, encore en état de vol. Si Buenos Aérés s’engage effectivement dans le renouvellement de sa flotte sous-marine, il serait alors très possible que le pays s’ouvre, également, à une offre française pour renforcer ses moyens de patrouille maritime.

S-2T Traker Argentine
L’Argentine ne dispose plus que d’un P-3 Orion et de deux S-2T Traker en état de vol, pour assurer les missions de patrouille maritime. Ces appareils serviaent, dans les années 50 et 60, à la lutte anti-sous-marine à bord des porte-avions américains, avant d’être remplacé par le S-3 Viking, luim-meme, à présent, retiré du service.

Le Chili, lui aussi, va voir ses besoins croitre rapidement dans les années à venir. En effet, ses 6500 km de côtes baignent l’océan Pacifique, qui fait l’objet de nombreuses tensions et convoitises, spécialement de la part des deux super-puissances américaines et chinoises. Comme pour l’Argentine et ses 5000 km de côtes, disposer d’un appareil de patrouille maritime rapide, endurant et moderne, comme l’A321 MPA, représenterait une grande plus-value dans la surveillance de l’espace maritime chilien, et compléter les moyens sous-marins et de surface du pays, pour cette mission.

Conclusion

On le voit, l’arrivée de l’A321 MPA, pour remplacer les Atlantique 2 de la Marine nationale, va considérablement accroitre le potentiel opérationnel de la Patrouille maritime française, avec un appareil disposant de performances et de capacités de détection et de traitement, très largement supérieures à celles de l’appareil actuel.

Pour soutenir le poids du développement d’un appareil aussi évolué, Paris fait, très certainement, le pari de l’exportation, même si, dans ce domaine, son principal concurrent, le P-8A Poseidon américain, dispose d’une très importante avance commerciale, sur le modèle franco-européen.

Ce dernier disposera toutefois de quelques atouts, vis-à-vis du modèle américain, avec notamment une consommation et une maintenance plus réduites et moins onéreuses, et une conception plus récente et moderne, de l’avion comme de ses systèmes embarqués. Son marché potentiel, bien que déjà sensiblement entamé par le P-8A, demeure important, tant en Europe qu’en Asie, et en Amérique du Sud.

Il faudra toutefois aux représentants de Paris et d’Airbus, se montrer des plus convaincants, spécialement en Europe, pour passer au-dessus des sirènes américaines, et séduire certains partenaires, afin de rejoindre ce programme pourtant décisif et stratégique, en particulier pour assurer la protection des marines européennes, militaires comme civiles, ainsi que des infrastructures sous-marines du vieux continent, dont on reconnait, à présent, la sensibilité.

La Chine développe-t-elle un missile air-air hypersonique d’une portée de 800 km ?

Depuis quelques semaines, les réseaux sociaux spécialisés chinois sont en émois, au sujet du développement d’un nouveau missile air-air à très longue portée, qui serait deux fois plus performant que le tout nouveau PL-17, et ses 400 km de portée.

En effet, selon certaines informations publiées dans les revues scientifiques du pays, ce nouveau missile, baptisé pour l’heure PL-XX, doté d’une portée pouvant atteindre les 800 km, et d’une vitesse hypersonique, le rendant potentiellement redoutable, en particulier pour les flottes aériennes de soutien américaines, aurait franchi une étape déterminante, dans sa conception.

Ces affirmations, qui manquent encore de substances, sont-elles plausibles ? Quelles seraient les conséquences, et les difficultés rencontrées, avec la mise en œuvre d’un tel missile ? Et pourquoi la Chine semble-t-elle prendre les devants, depuis quelques mois, sur l’occident, en matière de développements de technologies militaires ?

Petite histoire des missiles air-air modernes chinois

Si nombre d’équipements militaires chinois, développés des années 60 aux années 2000, étaient largement influencés de modèles soviétiques ou russes, dans le domaine des missiles air-air, Pékin est allé trouver son inspiration, pendant près de quarante ans, en occident, même si, dans le même temps, les avions de combat chinois ont aussi été équipés de missiles soviétiques.

Du PL-2 au PL-9, la Chine s’inspire des modèles américains, français et israéliens, pour acquérir les compétences requises en matière de missiles air-air

Il faut dire que l’aventure des missiles air-air chinois a débuté avec un certain retard, vis-à-vis des États-Unis, de l’Union Soviétique et des Européens. En effet, ce ne fut qu’en 1958 que l’APL put mettre la main sur un missile AIM-9B Sidewinder américain, lorsqu’un J-5 revint à sa base, un missile taïwanais, non explosé, planté dans sa tuyère.

J-8F
beaucoup de missiles air-air chinois de 1ere génération, comme le PL-5 et le PL-4, étaient dérivés de modèles occidentaux.

La rétro-ingénierie chinoise de ce missile à courte portée et guidage infrarouge, donna naissance au PL-2, le premier missile air-air de facture chinoise. Le PL-2 fut rapidement remplacé par le PL-5, qui intégrait des éléments de rétro-ingénierie de l’AA2 Atoll soviétique, et du Sidewinder.

Peu de temps après, Pékin appliqua la même stratégie pour developper le PL-4, un missile à guidage radar semi-actif, en s’inspirant de missiles AIM-7 Sparrow, retrouvés au Nord-Vietnam. Toutefois, les développements furent à ce point long qu’en 1984, le programme dut être annulé, car jugé obsolète face à l’arrivée des AIM-120, R-77 et autres Super 530D.

Au milieu des années 80, Pékin entama le développement du PL-7, sur la base du R550 Magic du français Matra, du PL-8, sur la base du Python-3 israélien, puis du PL-9, qui reprenait la cellule du PL-8, et intégrait un autodirecteur, un système de propulsion et de contrôle, cette fois de facture entièrement chinoise.

PL-10, PL-12 et PL-15, les missiles air-air chinois rattrapent la technologie occidentale et russe

Le développement de la nouvelle génération de missiles air-air chinois, débuta à la fin des années 90, avec le lancement des programmes PL-10, un missile air-air à courte portée et guidage infrarouge comparable aux évolutions récentes du Sidewinder et du R-72, et avec celui du PL-12, un missile à moyenne portée et guidage radar actif, comparable au R-77 russe, et à l’AIM-120 AMRAAM américain.

Ces missiles forment, aujourd’hui, l’essentiel de l’arsenal air-air des J-10, J-11, J-15, J-16 et J-20 des forces aériennes et aéronavales chinoises, et sont considérés comme équivalents aux modèles occidentaux ou russes, dans leurs performances.

J-16 PL-17 PL-17 PL-12 PL-10
deux J-16 des forces aériennes chinoises, armés d’un missile PL-17 (aile gauche), de quatres missiles PL-15 (cellule entre les reacteurs et sous les reacteurs), d’un missiles PL-12 (aile droite) et de 4 missiles air-air PL-10 à courte portée (ailes exterieures)

Au début des années 2010, l’APL communiqua sur le développement d’un nouveau missile air-air à longue portée. Baptisé PL-15, celui-ci est doté d’un système de guidage actif radar, avec liaison de données montante et descendante vers l’appareil de combat. Surtout, il atteindrait une portée de 200 à 300 km, en fonction de l’altitude de lancement, et une vitesse initiale de plus de Mach 5, le classant dans la catégorie des missiles hypersoniques.

Le PL-15 est entré en service en 2016, et équipe à présent les modèles d’avion de combat les plus évolués de l’APL : J-10C, J-11B, J-15, J-16 et J-20. S’il est souvent comparé au Meteor européen, il repose cependant sur un propulseur à carburant solide à double impulsions, et non d’un statoréacteur.

Ce faisant, le PL-15 ne maintient pas sa vitesse tout au long du vol, comme c’est le cas du Meteor, et voit celle-ci diminuer après l’impulsion initiale l’amenant à plus de Mach 5, avant que la seconde impulsion ne le propulse à Mach 4, pour la phase finale. Pour autant, il s’agit d’un missile très performant, représentant une menace considérable, en particulier pour les avions de soutien de l’US Air Force, comme les ravitailleurs, les Awacs ou les SIGINT.

Le PL-17, un missile air-air d’une portée de 400 km, conçu pour engager les avions de soutiens adverses

Le dernier missile air-air chinois, à être entré en service, a été le PL-17, en 2022. Très imposant, avec une longueur de 6 mètres, ce missile a été conçu pour étendre la portée du PL-15 jusqu’à 400, voire 500 km, selon les sources. Il utilise, comme le PL-15, un moteur à carburant solide, et un système de guidage reposant sur une navigation inertielle corrigée par géolocalisation satellite, et par une liaison de données bidirectionnelle.

illustration pl-17
représentation du missile PL-17.

Le guidage terminal est assuré par un radar à antenne AESA, couplé à un autodirecteur infrarouge, censé disposer d’une capacité de reconnaissance de la cible (ceci semble exclure le vol hypersonique en phase terminal). Le PL-17 et fréquemment comparé au programme AIM-260 américain qui, lui, n’est pas entré en service à ce jour.

Le PL-XX, un nouveau missile annoncé comme hypersonique et d’une portée deux fois plus grande que le PL-17

Traditionnellement, le développement d’un missile air-air chinois, dont la désignation demeure inconnue, est représenté par le code PL-XX. Celui-ci avait ainsi, en son temps, servi à designer ce qui deviendra le PL-15, puis, plus tard, ce qui deviendra le PL-17.

Aujourd’hui, ce code fait référence à programme qui serait actuellement en cours de développement par la Shanghai Academy of Spaceflight Technology (SAST), et qui viserait à developper un nouveau missile air-air à très longue portée, capable de soutenir, sur l’ensemble du vol, une vitesse hypersonique, et qui verrait, seront certains analystes, sa portée atteindre le double de celle du PL-17, soit 700 à 800 km.

De récentes publications dans le journal scientifique universitaire chinois, Equipment Environment Engineering, indiquent que ce programme aurait franchi une étape décisive, en 2024, lors des tests de matériaux, pour résister aux températures et contraintes du vol hypersonique.

vol hypersonique
le vol hypersonique entraine d’importants dégagements de chaleurs sur les zones de contact, en particulier lorsque l’atmopshère se densifie, necessitant des materiaux à la fois très resistants, mais non opaque aux ondes radars de l’autodirecteur.

Pour cela, les ingénieurs chinois ont eu accès à une soufflerie spéciale de chauffage à arc, simulant des environnements de flux d’air à haute température atteignant des dizaines de milliers de degrés Celsius, jusqu’ici réservée aux essais de matériaux et d’électronique destinés aux missions spatiales.

Ce faisant, le programme a pu valider la résistance des matériaux, comme de l’électronique embarquée qui assurent l’intégrité et le guidage du missile, tout au long de son vol à une vitesse supérieure à Mach 5. Il est probable, à présent, que le programme PL-XX puisse passer à l’étape suivante, avec les essais en vol, ce qui laisse supposer, au regard des délais du programme PL-15, une entrée en service pour la fin de la décennie.

Les enjeux du tir antiaérien à très longue portée, préoccupation stratégique de l’US Air Force, pour la décennie à venir

L’entrée en service du PL-XX, comme celle du R-37M russe, et des versions les plus évoluées des missiles armant les systèmes sol-air S-400 et HQ-9, constitue une préoccupation majeure, pour les stratèges de l’US Air Force.

En effet, les forces aériennes et aéronavales américaines, font reposer une grande partie de leur efficacité opérationnelle, sur la puissante flotte de soutien qui accompagne la chasse américaine. Ces appareils, qu’il s’agisse de ravitailleurs en vol comme le KC-46A, d’avions radar comme l’E-7A Wedgetail et l’E-2D Hawkeye, ou d’appareils de renseignement et d’écoute électronique, permettent, en effet, d’étendre les performances opérationnelles des chasseurs, de façon considérable.

E-7 Wedgetail USAF
La portée annoncé du radar MESA du E-7A Wedgetail, qui vient d’être retenu par l’US Air Force, n’atteint que 600 km, contre des cibles de grande taille, évoluant à une altitude supérieure à celle de l’appareil. On comprend que si celui-ci devait évoluer à plus de 800 km de la ligne d’egagement, sont efficacité serait considerablement diminuée, en matière de controle de l’espace aérien.

L’arrivée du PL-17 oblige déjà ces appareils à évoluer à plus de 400, voire 500 km, de la ligne d’engagement et des chasseurs chinois, le cas échéant. À cette distance, les ravitailleurs voient leur efficacité réduite de 70 %, puisque l’avion de combat doit effectuer jusqu’à 1000 km de trajets aller-retour, pour récupérer du carburant, soit presque autant que l’autonomie supplémentaire que lui confère un ravitaillement en vol.

De même, les Awacs, qui assurent une bulle de détection air-air de l’ordre de 600 km de rayon, sont presque à la limite de leur portée opérationnelle, dans un tel scénario, alors qu’un appareil comme le Rivet Joint, et ses 400 km de portée de détection, devient de fait, inutilisable.

Si le sujet est déjà complexe et riche de conséquences, au sujet de l’emploi de la force aérienne, sur un théâtre comme en Europe, il devient un handicap majeur, autour du théâtre Pacifique, sachant que les appareils américains ne pourront intervenir qu’à partir de bases aériennes, ou de porte-avions, déjà distants de plus de 1000 km de la zone d’intervention, soit le rayon d’action opérationnel maximum de nombre de modèles d’avions américains, comme le F-16, le F-18, le F-22 et le F-35.

Le tir air-air à très longue portée, un défi technologique qui va bien au-delà du missile lui-même

Pour autant, le tir air-air à très longue portée demeure, aujourd’hui encore, un exercice particulièrement difficile et contraint. En effet, la plupart des avions de combat ne dispose d’une portée radar efficace que de 80 à 150 km, en fonction de la taille (radar) de la cible, et de sa position relative. Ce faisant, il est impossible à un chasseur d’employer des missiles comme le PL-15, le PL-17 ou le R-37M, au-delà de cette distance, sans l’assistance d’autres systèmes de détection et de guidage.

Su-35s R-37M
Si, avec le R-37M, la Russie dispose d’un missile suceptible d’atteindre des cibles à plus de 350 km, les forces aériennes russes ne disposent pas, en revanche, de la Kill chain suffisante pour depasser les 150 à 200 km de portée, dans le meilleur des cas.

Au sein de l’OTAN, cette fonction peut revenir aux avions radars Sentry, Hawkeye et Wedgetail, qui peuvent alimenter l’avion de combat, et même le missile, en informations de ciblage et de trajectoire, y compris une fois le missile tiré, à l’aide d’une liaison de données, comme la Liaison 16. D’autres capacités radars, qu’elles soient terrestres ou navales, peuvent également assurer cette fonction, pour peu qu’elles disposent, elles aussi, de la même liaison de données.

Or, tout système émitif, qu’il s’agisse du radar d’un chasseur, d’un awacs, ou d’un destroyer, désigne immédiatement celui-ci à l’adversaire, qui peut détecter son origine pour mener des frappes de riposte, et l’éliminer. En outre, plus la cible est furtive, plus le radar de détection devra être proche de celle-ci, pour la détecter, et plus il sera exposé à des tirs de riposte, avant même d’avoir pu détecter sa cible.

Bien évidemment, le problème est exactement le même, pour l’utilisation des missiles PL-15, PL-17 et PL-XX chinois, et plus la distance vers la cible est grande, plus il sera difficile de la localiser pour employer ces missiles, sans subir de riposte adverse.

Cependant, des alternatives émergent à présent, pour contourner ce handicap sévère. En effet, les awacs comme les tanker, sont, eux aussi, émitifs, et peuvent donc être localisés, de manière passive, dès lors que plusieurs systèmes radio-goniométriques évolués, par exemple transportés par des drones, eux-mêmes furtifs et très faiblement émitifs, peuvent coopérer pour déterminer l’azimut, l’altitude et le vecteur vitesse de la cible.

KC-46 ravitaille C-5M
les avions ravitalleurs américains seraient des cibles prioritaires pour les forces aériennes chinoises, dans l’hypothèse d’une confrotnation autour de Taiwan. Avec la Kill chain adapté, la chasse chinoise pourrait contraindre ces appareils à évoluer à plus de 800 km de la ligne d’engagement, soit au delà de la portée efficace de ravitallement de l’immense majorité des avions de combat américains, en dehors du F-15E et du F-15EX.

La renaissance optique, par des drones, voire par des satellites, peut également servir à contourner les contraintes actuelles du tir à très longue portée, même si cela exige des conditions météorologiques favorables.

Dans ces conditions, un missile évoluant à vitesse hypersonique, capable de réduire la durée de temps de vol jusqu’à la cible à une poignée de minutes, peut rapidement arriver sur la zone probable d’interception, pour activer son propre autodirecteur, avant que la cible ait pu s’en soustraire, ce d’autant qu’ici, celle-ci n’aura conscience d’être visée, qu’une fois l’autodirecteur du missile activé, trop tard pour sortir de la zone d’échappement.

Il faut donc s’attendre à ce que la Chine developpe, concomitamment au PL-XX, une Kill Chain de nouvelle génération, susceptible de lui permettre, effectivement, d’employer ce missile à son plein potentiel.

Les armées chinoises multiplient les annonces de technologies militaires de rupture, depuis 2 ans

Les annonces entourant le PL-XX, un missile qui, pour l’heure, ne semble pas avoir de programme équivalent en développement, en occident, s’inscrivent un contexte technologique militaire très dynamique de la part de la Chine.

Ces deux dernières années, en effet, la Chine a développé un nombre impressionnant de technologies de défense de nouvelle génération, allant du sous-marin Type 041 classe Zhou, aux chasseurs de 6ᵉ génération baptisés J-36 et J-50 par la presse, en passant par un système orbital de bombardement fractionné, un nouveau char de bataille, ou encore, des barges de transbordement géantes, probablement destinées à un assaut amphibie sur Taïwan.

Shenyang J-50
En devoilant simultanment le J-36 et le J-50 (ddésignations non officielles), la Chine a signifié qu’elle était parvenue à réttraper l’indsutrie aéronautique américaine.

Sachant que Pékin maitrise parfaitement les informations qui émergent à ce sujet, il est probable que de nombreux autres programmes soient également en cours de conception, aux seins des entreprises et laboratoires chinois, au point qu’il est raisonnable, à présent, d’attribuer à l’Armée Populaire de Libération, le contrôle du tempo technologique défense mondial, si pas encore, d’une avance sur l’occident.

Ce constat n’a rien de surprenant. En effet, de 1990 à 2025, la Chine a rattrapé les 20 années de retard sur l’Europe et les États-Unis, qui étaient les siens, dans le domaine des équipements de défense. Ce faisant, elle fait à présent jeu égal, dans ce domaine, avec les technologies occidentales, et surpasse même la Russie, dans presque tous les domaines.

Dit autrement, depuis 1990, la Chine a parcouru 55 années de développements technologiques défense, là où les occidentaux, eux, n’ont progressé que de 35 ans. Maintenant que les deux sont au même niveau, la Chine peut s’appuyer sur une dynamique presque 60 % plus soutenue, quelle celle des États-Unis et de leurs alliés.

Toute la question, désormais, est de savoir si les occidentaux auront les ressources, les compétences, et surtout la détermination, pour se hisser au niveau de ce tempo technologique, ou si les équipements de défense chinois sont destinés à prendre le large, avec une progression 60 % plus soutenue, dans ce domaine.

Conclusion

On le voit, si l’arrivée du missile air-air à longue portée PL-17, au sein de l’APL, constitue d’ores-et-déjà une menace et une contrainte de première importance, pour les États-Unis et ses alliés, en particulier autour de Taïwan, Pékin parait déterminé à exploiter autant que possible, les possibilités offertes par ce type de capacités, afin de creuser son avantage sur l’US Air Force et l’US Navy.

NGAD CCA Loyal Wingmen
L’utilisation des drones de combat furtifs, s’avèrera rapidement indispensable à toute manoeuvre aérienne en environnement hostile, avec l’augmentation de la portée des systèmes air-air et sol-air.

C’est précisément pour cela que serait développé le PL-XX, un missile capable d’atteindre une portée « deux fois plus élevée », que celle du PL-17, et de maintenir une vitesse hypersonique sur toute la durée du vol.

Ce faisant, et pour peu que l’APL développe, conjointement, la Kill Chain nécessaire pour des tirs à de telles distances, les avions de soutien de l’US Air Force et de l’US Navy, seraient repoussés au-delà de leur distance d’efficacité, et ne joueraient plus, dès lors, le rôle de multiplicateur de forces, sur lequel les forces aériennes occidentales s’appuient pour exploiter leur puissante flotte de chasse.

Plus généralement, cette annonce s’inscrit dans une série de révélations, venues de Chine, laissant apparaitre qu’à présent, l’APL fait jeu égal, technologiquement parlant, avec les meilleures technologies américaines et européennes de défense.

Face à ce constat, l’occident n’a désormais qu’une fenêtre de réaction très étroite, pour s’aligner sur le tempo technologique chinois, 60 % plus soutenu que celui des États-Unis depuis 35 ans. Faute de quoi, la Chine pourrait bien, dans les quelques années à venir, prendre le large, dans le domaine des technologies de défense, sur l’occident dans son ensemble, qui pourtant était convaincu, jusqu’il y a peu, d’avoir un ascendant technologique suffisant, pour être irrattrapable par qui que ce soit, sur la planète.

Il manquerait 45,000 militaires à l’Armée de terre italienne !

Ces derniers mois, l’armée de terre italienne a souvent fait les gros titres de la presse spécialisée défense, en Europe. En effet, à l’instar de la Marina Militara, la Marine italienne, et de l’Aeronautica Militare, les forces aériennes, l’Esercito Italiano a fait l’objet de plusieurs annonces retentissantes, concernant d’importants et ambitieux programmes de modernisation.

Ce fut notamment le cas, il y a quelques jours, avec les annonces concernant l’acquisition de 380 chars KF51 et plus d’un millier de VCI KF41, déclinés en 16 versions et sous-version, pour un total avoisinant les 34 Md€, soit davantage que le budget annuel de toutes les armées italiennes, aujourd’hui.

Cette boulimie d’investissements industriels a de quoi laisser perplexe, n’étant ni accompagnée d’une hausse annoncée des effectifs, ni même d’une hausse massive des crédits, en dehors d’une trajectoire visant à atteindre un effort de 2% PIB d’ici à la fin de la décennie (contre 1,6 % aujourd’hui).

Visiblement, cette perplexité ne touche pas que les observateurs avertis. En effet, lors de son audition face à la Vᵉ commission de défense de la chambre des députés, le 29 janvier 2025, le chef d’état-major de l’Armée italienne, le général Carmine Masiello, a présenté un état des lieux, et une trajectoire, des plus inquiétantes, pour cette force structurante de l’OTAN.

L’Armée de terre italienne aujourd’hui, entre ambitions affichées et difficultés cachées

Pourtant, sur le papier, l’Armée de terre italienne a de quoi séduire. Avec un effectif d’active de 96,000 hommes et femmes, elle dispose d’une force opérationnelle de 56,000 militaires, armant la 132ᵉ brigade blindée « Ariete« , la brigade de cavalerie « Pozzuolo del Friuli« , la brigade parachutiste Folgore, les brigades alpines Taurinense et Julia, les quatre brigades mécanisées (Aosta, Garibaldi, Pinerolo et Sassari) et la brigade aéromobile Fruili, ainsi que différents commandements et unités organiques (Artillerie, Forces spéciales, défense anti-aérienne…).

armée italienne
L’Armée de terre italienne est forte, aujourd’hui, de 10 brigades, pour un effectif toital combattant de 56,000 soldats d’active.

En termes d’équipements, elle dispose, notamment, de 200 chars lourds Ariete, de 250 chasseurs de char Centauro, de 200 VCI chenillés Dardo et 237 Frecchia 8×8, de 2200 transports de troupe blindés de différents modèles, de 64 canons automoteurs Pzh-2000 ou encore de 21 lance-roquettes multiples M270A1. Elle assure, en outre, elle-même la défense aérienne, avec 5 batteries SAMP/T et 24 batteries Aspide.

L’armée de terre italienne est, par ailleurs, engagée dans un vaste programme de modernisation, portant, en partie, sur l’acquisition de 380 chars lourds KF51 et de 1050 véhicules blindés chenillés KF41, conçus par l’allemand Rheinmetall, et cofabriqués avec l’Italien Leonardo, pour respectivement 10 et 24 Md€ d’investissements. Elle a également commandé 21 systèmes HIMARS pour remplacer les M270, 6 batteries antiaériennes Grifo (CAAM-ER) pour remplacer les Aspide ainsi que 48 hélicoptères de combat AW249 pour remplacer les A129 Mangusta.

Pour autant, l’Esercito Italiano est sous pression, et ne parvient plus à remplir efficacement ses contrats opérationnels. Ainsi, avec seulement 56,000 militaires formant sa force de manœuvre, celle-ci doit, aujourd’hui, déployer plus de 20,000 militaires, en permanence, que ce soit pour répondre aux missions de l’OTAN en Hongrie et Bulgarie, pour laquelle l’Italie est nation cadre, pour déployer ses effectifs dans le cadre des missions de l’ONU, comme au Liban, mais aussi pour participer à la mission de service publique « Routes sures ».

En outre, beaucoup de ses matériels étant âgés de 25 ans ou plus, et face au déficit de personnels et de crédits de maintenance, la disponibilité de la plupart des équipements de l’armée de terre italienne, n’atteint pas les 30 %.

Ce faisant, cette armée structurante de l’Alliance atlantique, n’a pas les moyens humains et matériels pour former et entrainer efficacement ses personnels, faisant d’elle une force incapable, aujourd’hui, de soutenir, même temporairement, un engagement de haute intensité.

Il manquerait 45,000 miltiaires à l’Armée de terre italienne, pour remplir efficacement son rôle, selon le général Carmine Masiello, son chef d’état-major

Ce constat n’est pas le fruit d’un commentateur de l’actualité défense, mais du général Carmine Masiello, son chef d’état-major, à l’occasion de son audition devant la commission défense de la chambre des députés italiens. Il faut dire qu’à cette occasion, le général italien n’a pas mâché ses mots, ni présenté une situation plus édulcorée qu’elle ne l’est vraiment.

general Carmine massiello armee de terre italienne
Le chef d’état-major de l’Armée de terre italienne, le général Carmin Maciello, a joui d’une grande liberté de parole, lors de son audition devant les députés de la Vème commission de défense. Ce n’est pas exceptionnel en Italie.

Ainsi, selon lui, il manquerait, aujourd’hui, de 40,000 à 45,000 militaires, à l’Armée de terre italienne, pour pouvoir, effectivement, s’engager aux côtés des forces de l’OTAN, en respectant son contrat opérationnel, ainsi que les standards attendus par l’Alliance Atlantique.

Ce chiffre représente pas moins de la moitié des effectifs actuels de l’Esercito Italiano, et 80 % des effectifs de sa force combattante, ce qui en dit long sur l’état de tension dans laquelle se trouve, aujourd’hui, cette force armée. La planification militaire italienne, quant à elle, ne prévoit d’augmenter ces effectifs que de 3700 postes, d’ici à 2033.

Ceci n’a rien de surprenant. Comme dit précédemment, celle-ci déploie, en moyenne, 20,000 à 25,000 militaires, pour les différentes missions lui revenant, soit un quart de ses effectifs globaux, et 40 % de ses effectifs combattants.

On comprend aisément, alors, que sous une telle pression opérationnelle, pourtant en temps de paix, les missions de formation, d’entrainement et régénération, sont réduites à leur stricte minimum, entraînant pertes d’efficacité des effectifs, et baisse de la disponibilité des équipements, largement sous le seuil du raisonnable.

Les armées italiennes doivent travailler sur un budget stable et sécurisé pour atteindre leurs objectifs

Le général italien ne se contente pas, lors de son audition, de faire un tableau, certes des plus préoccupants, de la situation dans laquelle se trouve effectivement, aujourd’hui, son Armée. Il désigne également, de manière induite, les raisons ayant engendré cette situation, que l’on peut aisément qualifier de catastrophique, nonobstant la qualité des militaires italiens eux-mêmes.

Ariete C1 italie OTAN
une centaine de C1 Ariete italiens seront modernisés vers le standard C2. Cependant, les equipements italiens souffrent d’une très faible disponbilité, de seulement 30 %.

Ainsi, à plusieurs reprises, le général Masiello insiste sur les besoins, à présent impératifs, pour les Armées italiennes, de pouvoir s’appuyer sur une programmation militaire et industrielle ferme, ainsi que sur la certitude, la profondeur et la stabilité des allocations budgétaires promises. Il est intéressant de noter que ces trois termes sont répétés à plusieurs reprises, dans le même ordre, par l’officier général italien, au cours de son allocution.

Selon lui, en s’appuyant sur une progression budgétaire respectant ces trois impératifs, il sera alors possible, à l’état-major italien, de mettre en place les processus pour accroitre les recrutements, y compris en s’ouvrant bien davantage qu’aujourd’hui, aux forces de réserve, mais aussi de négocier, avec les industriels impliqués, des partenariats allant « bien au-delà de la relation client-fournisseurs« , spécialement pour réduire les délais et les lourdeurs qui, aujourd’hui, handicapent considérablement les processus d’acquisition et d’évolution des matériels.

Le général Masiello insiste, également, sur le fait qu’il sera impossible aux armées italiennes, de respecter leurs contrats opérationnels respectifs, en particulier dans le cadre de l’OTAN, si le budget des armées devait simplement viser l’objectif de 2% PIB, comme c’est le cas aujourd’hui.

Baisser les investissements industriels, pour accroitre les crédits d’entrainement

Au-delà de l’enveloppe budgétaire globale, le chef d’état-major de l’Armée de terre italienne, a aussi formulé une très vive critique, étonnante à ce niveau, de la manière dont le budget est aujourd’hui ventilé. Il ne s’agit nullement, ici, de critiquer les crédits de la Marine, ou des Forces aériennes, mais de désigner la répartition entre les investissements de personnels, les investissements industriels, et les investissements consacrés à l’entraînement et le maintien des troupes et des équipements.

CH-47 armée de terre italienne
A l’Instar de la France, l’italie dispsoe de très efficaces forces légères, comme la brigade parachutiste Folgore, la brigade aérmobile Fruilli, et les deux brigades alpines Taurinense et Julia

En effet, et sans surprise, l’Italie a une structure excessivement déséquilibrée, dans ce domaine, avec 50 % consacrés aux dépenses de personnels, 40 % aux acquisitions industriels, et seulement 10 %, à l’entrainement.

Cet aspect, éminemment politique, avait déjà été abordé sur ce site. En effet, Rome concentre ses investissements de défense, dans ce qui lui confère la plus grande plus-value politique et économique, et en particulier, dans son industrie de défense, sans grandes considérations pour les besoins des armées, elles-mêmes.

Ainsi, la structure de ventilation classique, pour une armée occidentale professionnelle, s’établit à 50 % pour les effectifs, 25 % pour les investissements industriels, et 25 % pour l’entraînement, et même 40 %, 25 %, 35 %, pour des armées très opérationnelles, comme la France et la Grande-Bretagne.

Or, pour les autorités italiennes, la plus grande plus-value économique et politique, se situe dans l’investissement industriel, qu’il s’agisse de soutenir le développement de sa propre industrie de défense, par ailleurs en progression rapide sur le marché des exportations, ou de respecter les exigences de l’OTAN, avec un investissement d’équipement exigé de plus de 20 %.

Pour autant, on comprend, aisément, à quel point 10 % de crédits dédiés à l’entraînement et la régénération des forces, sont excessivement insuffisants, en particulier dans un contexte de tensions à développement très rapide, exigeant à la fois reactivité et compétences, de la part des armées européennes.

Conclusion

On le voit, l’audition du général Carmine Masiello, devant les députés italiens, s’avère aussi édifiante, qu’elle est révélatrice d’un mal-être qui touche, aujourd’hui, probablement la majorité des militaires du pays.

PZH-2000 armée de terre italienne
L’Armée de terre italienne va acquerir des systèmes d’artillerie RCH-155 pour completer son parc de 64 Pzh-2000 de 155 mm.

En effet, alors que les autorités multiplient les annonces, autour de programmes d’investissements industriels des plus ambitieux, leur quotidien est, au contraire, rempli d’une pression opérationnelle bien au-delà du supportable, et d’une réalité opérationnelle à mille lieux de l’image véhiculée par le discours officiel.

Ainsi, en dépit des annonces concernant l’achat de chars, de systèmes antiaériens et de systèmes d’artillerie, l’Armée de terre italienne n’est pas, aujourd’hui, une force de combat, et la trajectoire qui a été tracée, pour elle, ne permettra surement pas qu’elle le devienne, avant longtemps.

Pour y parvenir, celle-ci va devoir non seulement augmenter massivement son budget, mais également le ventiler de manière radicalement différente, de sorte à pouvoir recruter les 40 à 45,000 militaires qui lui font défaut, aujourd’hui, pour répondre à ses besoins, et surtout pour pouvoir les former pour combattre dans un contexte de haute, ou très haute intensité, ce dont elle est, maintenant, incapable.

Toute la question, à présent, est de savoir si les autorités politiques sauront écouter le message, empreint de réalisme, du général Maciello, ou si elles continueront à privilégier les retours politiques et économiques, aux impératifs de défense, comme c’est le cas depuis de nombreuses années ?

Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent

En dépit de la perte d’une grande partie de son domaine colonial, la France, comme la Grande-Bretagne, était parvenue à conserver le statut de Grande Puissance, sur la scène internationale, tout au long de la guerre froide.

Pour cela, Paris s’est avant tout appuyé sur sa puissance militaire, et sur celle de son industrie de défense, hissant progressivement le pays dans la hiérarchie des puissances mondiales après la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, si, à la fin des années 60, la France avait perdu presque la totalité de ses colonies africaines et asiatiques, l’arrivée de la dissuasion française, d’abord avec le Mirage IV en 1964, puis des MRBM S3, des SRBM Pluton et des SNLE de la classe le Redoutable, au début des années 70, et les progrès de l’industrie de défense française, suffirent à préserver, au pays, ce statut alors partagé uniquement par la Grande-Bretagne et la Chine, et surclassé par les deux super-puissances, l’Union Soviétique et les États-Unis.

À ce moment-là, et jusqu’à la fin de la guerre froide, la voix de la France ne pouvait être ignorée, dans le Monde, pas même à Washington et Moscou, d’autant que Paris suivait une politique occidentaliste, mais autonome, sur la scène internationale. La fin de la guerre froide, et la doctrine des bénéfices de la Paix, ont marqué le début d’une régression rapide du pays, et de son influence, sur la scène mondiale.

Se pose donc, à présent, la question de savoir si la France est, ou pas, en mesure de retrouver ce statut de grande puissance, à l’échelle mondiale, en s’appuyant à nouveau sur ses armées et son industrie de défense ? Quels seraient, alors, les efforts à produire, pour y parvenir ? Et combien de tels efforts, pourraient couter à un budget de l’État déjà sous très forte tension ? La réponse est certainement bien plus accessible, que vous ne l’imaginez…

Europe, Afrique, Ukraine…: La France n’est plus une puissance qui compte à l’international

Si la régression française, sur la scène internationale, a été progressive, depuis le début des années 90, ses effets sont devenus particulièrement sensibles, ces dernières années et derniers mois, alors que Paris a succédé les échecs et les humiliations, à l’international, depuis 2019.

courbet marine nationale
En juin 2020, la frégate FLF Courbet de la Marine nationale, a été éclairé par le radar de tir d’une frégate turque, alors qu’elle menait une mission ddans le cadre de l’OTAN, pour empecher le transferts d’armes vers la Libye.

En effet, si le dernier « grand moment » de la France, sur la scène international, remonte au refus de Paris de soutenir l’intervention US contre l’Irak, avec le fameux discours de Dominique de Villepin aux Nations-Unies du 14 février 2003, la première grande humiliation de la France, sur la scène internationale, peut être attribuée au refus des alliés de l’OTAN, de prendre position contre la Turquie, en juin 2020, après qu’un navire militaire turc a éclairé de son radar de tir la frégate Courbet de la Marine nationale, pour l’empêcher d’aborder un navire transportant hommes et matériel militaire vers la Libye.

En dépit de l’ire de Paris, l’OTAN conclut que le sujet était « trop sensible » pour être débattu en public, et Ankara ne fit l’objet d’aucune sanction liée à cet incident. Depuis, les épisodes montrant la faiblesse croissante de la France, sur la scène internationale, n’ont cessé de se multiplier.

D’abord en Afrique, alors que les forces françaises de la mission Barkhane, déployée au Mali, sont restées l’arme au pied, lors d’un putsch militaire en mai 2021, amenant à la tête du pays une junte qui, un an plus tard, exigera le départ des troupes françaises, celle-là même qui avaient sauvé le pays de la menace AQMI, 8 ans plus tôt. Une opération qui couta la vie à 58 militaires français, et près de 10 Md€ de crédits aux armées françaises.

La volte-face de Bamako fut rapidement imitée par ses voisins. Le Burkina Faso exigea le départ des troupes françaises en janvier 2023, le Niger en octobre de la même année, puis le Sénégal et le Tchad, en fin d’année 2024. Ainsi, début 2025, Paris avait perdu six de ses huit emprises militaires en Afrique, ne laissant que Djibouti et la République Démocratique du Congo, pour accueillir des troupes françaises sur ce continent.

Armée de terre Niger
58 militaires français ont perdu la vie en protégeant le Mali.

La situation ne fut guère plus glorieuse en Europe, mais de manière moins visible. En effet, depuis le début du conflit en Ukraine, Paris s’est très régulièrement retrouvé esseulé sur les dossiers internationaux en Europe, comme avec l’Allemagne qui, coup sur coup, annonça le lancement prochain de satellites de reconnaissance électro-optiques, en violation des accords bilatéraux avec la France, puis qui lança le programme European Sky Shield, une défense antiaérienne et antimissile européenne, sans y intégrer la France, et ses systèmes antiaériens.

En outre, les ouvertures faites par le Président Macron, concernant la possibilité d’une extension de la dissuasion française en Europe, a été, par deux fois, plus que fraichement accueillie par des européens plus attachés que jamais à la protection américaine, quitte, pour cela, à accepter de construire un pont d’or aux entreprises de défense américaines, pour accéder au marché du renouvellement des équipements des armées du vieux continent.

Enfin, alors que la France, et l’Europe, ont été des acteurs très actifs du soutien occidental à l’Ukraine, depuis le 24 février 2022, le nouveau président américain, Donald Trump, se dirige avec détermination vers une négociation bipartite avec Vladimir Poutine, pour tenter de trouver une option pour mettre fin à ce conflit, qui se fera sans l’Europe, et sans la France, pourtant une nation nucléaire.

Reconstruire les Armées françaises pour retrouver le statut de grande puissance

Dès lors, qu’on le veuille ou non, la France n’a plus, aujourd’hui, un poids suffisant, sur la scène internationale, y compris sur la scène européenne, pouvant justifier du statut de grande puissance.

Caesar Mali
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Ceci explique les nombreux échecs et humiliations apparus depuis le début des années 2020, dont on voit, à présent, à quel point ils peuvent contrevenir aux intérêts stratégiques de la France, que ce soit pour contenir la menace terroriste et les flux migratoires, en Afrique, pour contenir le comportement de certains pays devenus agressifs, hors du droit international, ou pour peser sur des décisions sécuritaires qui concernent jusqu’au continent européen.

Si la puissance économique, budgétaire et industrielle d’un pays, contribue à raffermir son poids international, le retour des tensions internationales font, à présent, reposer l’influence internationale d’une nation, avant tout sur sa puissance militaire, et sur sa capacité à prendre, en autonomie, toutes les décisions concernant l’utilisation de ses armées.

Dès lors, pour refaire de la France, une grande puissance sur la scène internationale, ne pouvant être ignorée, pour les sujets qui la concernent, il est indispensable de reconstruire un outil de défense suffisant, capable de peser sur l’équation stratégique régionale et mondiale. C’est précisément le pari fait par Vladimir Poutine, à partir de 2012, et par la Chine, au début des années 2000, et qui, à présent, a remis Moscou et Pékin, au centre de l’échiquier international.

Mais quelle doit être la puissance militaire de la France, et celle de son industrie de défense, pour retrouver ce statut, et permettre à Paris de reprendre les rênes de son destin, et de sa trajectoire internationale ? Pour cela, il convient de se tourner vers plusieurs articles publiés ces derniers temps, sur Meta-defense.fr

La dissuasion française face au retour des tensions et menaces nucléaires

Aujourd’hui, la dissuasion française est construite sur le paradigme de la stricte suffisance. Avec quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, sa composante océanique conserve, à chaque instant, un SNLE en patrouille, avec un second navire en alerte, prêt à prendre la mer en cas de besoin sous 24h.

Écosystème défense français Missile SLBM M51 France
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Chaque SNLE emporte 16 missiles balistiques stratégiques SLBM M51.3 d’une portée de plus de plus de 9000 km, équipés chacun de 4 à 6 véhicules de rentrée atmosphérique TNO, manœuvrants et protégés, eux-mêmes armés d’une tête nucléaire de 100 kt. De fait, un sous-marin français peut frapper 80 à 100 cibles différentes avec une puissance destructrice valant, à chaque fois, six fois la bombe d’Hiroshima.

À cette composante océanique, s’ajoutent deux escadrons, formant la Force aérienne stratégique, équipés de Rafale B, et armés de missile de croisière supersonique ASMPA-R. D’une portée de 500 km (sources ouvertes), ce missile transporte une charge nucléaire stratégique de 300 kt. Enfin, la flottille 12 F de l’aéronautique navale, est également qualifiée pour mettre en œuvre le missile ASMPA-R, à partir de ses Rafale M déployés du porte-avions Charles de Gaulle, dans le cadre de la FANU (Force Aéronavale NUcléaire).

Ces composantes permettent à la France de disposer d’une capacité de frappe en première intension, par exemple, pour signifier à l’adversaire que ses intérêts stratégiques sont menacés, avec la force aérienne, et d’une capacité de riposte, ou seconde frappe, garantissant des destructions colossales, contre tout adversaire ayant déclenché le feu nucléaire contre la France.

Toutefois, comme démontré dans un précédent article, si la dissuasion française, aujourd’hui, est suffisante pour assurer la sécurité du pays, voire, pour assurer celle de ses voisins européens, le cas échéant, même si elle est sensiblement inférieure, en nombre, à la triade nucléaire russe, celle-ci pourrait bien voir son efficacité se réduire au-delà du seuil raisonnable, dans les années à venir.

SNLE 3G Naval Group
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En effet, l’arrivée des drones de patrouille sous-marins, de petits engins sous-marins, économiques, et donc disponibles potentiellement en grand nombre, déployés pour surveiller l’activité sous-marine dans un secteur, va considérablement augmenter les risques de compromission d’un SNLE en patrouille, même dilué, et ce, en dépit des progrès réalisés en matière de discrétion acoustique sur les futurs SNLE 3G.

De même, les progrès réalisés, en Russie comme en Chine, dans le domaine des missiles air-air, sol-air et antibalistiques, vont, eux aussi, considérablement réduire les taux d’impact probable, des missiles emportant des charges nucléaires, en particulier concernant les missiles de croisière comme l’ASMPA-R, ou les SRBM/MRBM non mirvés, ainsi que sur les vecteurs eux-mêmes.

Ce faisant, pour atteindre le même effet dissuasif, il sera certainement nécessaire, dans un avenir proche, d’augmenter la flotte de SNLE pour atteindre 5 ou 6 navires, comme c’était le cas avec la classe Le Redoutable dans les années 70 et 80, de sorte à maintenir, en permanence, non pas un, mais deux navires en patrouille, plus un en alerte.

En effet, si la densité des drones de patrouille sous-marins, fait croitre le risque de compromission d’un SNLE de 0,1 % à 1 %, cela représente, tout de même, 3,5 jours par an, pour une permanence opérationnelle d’un navire à la mer, durant lequel la capacité de riposte française, serait neutralisable. Avec deux navires à la mer, ce risque est réduit à 45 minutes par an, soit un délai trop court, pour espérer pouvoir déployer des moyens anti-sous-marins, afin de neutraliser simultanément les deux navires.

Dissuasion française Rafale ASMPA
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De même, la densité de la composante aérienne, qu’il s’agisse de l’Armée de l’Air et de l’Espace, comme de la FANU, devrait, elle aussi, être accrue, avec un escadron stratégique supplémentaire, et certainement une flottille de chasse embarquée pleinement dédiée à cette mission. Ces formations devraient, en outre, être prioritaires pour recevoir les derniers modèles d’avions de combat, Rafale F5, SCAF ou Super-Rafale, ainsi qu’un nombre suffisant de drones de combat, pour pouvoir défier les défenses aériennes adverses.

Enfin, bien que cela ne soit pas indispensable, la création d’une composante terrestre mobile, au sein de la dissuasion française, apporterait une grande plus-value à la dissuasion dans son ensemble, surtout si elle venait à être étendue en Europe.

Armée de missiles balistiques MRBM, eux-mêmes équipés de MARV ou de planeurs hypersoniques, et montés sur un TEL (Transporteur Érecteur lanceur) mobile, cette capacité serait mise en œuvre par certains régiments d’artillerie, comme c’était le cas des Pluton et des Hadès durant la guerre froide.

Si le potentiel de destruction de cette composante, n’apporterait pas de grande plus-value, vis-à-vis de la composante aérienne, l’utilisation de véhicules mobiles, et de missiles balistiques, renforcerait à la fois la grammaire nucléaire française, d’un vocabulaire « ostentatoire », car parfaitement visible de l’adversaire, tout en réduisant les délais de frappe, voire de l’instantanéité de la riposte, le cas échéant.

Cette composante contribuerait, alors, à accroitre sensiblement la puissance française perçue, mais également à renforcer la détermination perçue de Paris à protéger ses alliés, en particulier si ces missiles devaient être déployés, par exemple, sur un sol européen non français. Ce faisant, la promesse française de protection, à ses alliés européens, aurait considérablement plus de poids, et de crédibilité, sans devoir remettre en question le contrôle, exclusivement national, de cette capacité stratégique.

L’Armée de terre française : retour vers un futur

La reconstruction de l’Armée de terre française constituerait, certainement, le plus important défi, pour un retour vers le statut de grande puissance. Le sujet a fait l’objet d’un article du 3 février intitulé « L’Armée de terre française et la révision de la revue stratégique 2022, face au défi de la masse et de la haute intensité« .

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Sur la base de cette analyse, l’Armée de terre retrouverait alors un format proche de celui qui était le sien, en 1985, avec une Force d’action Rapide de 45,000 soldats d’active, calquée sur la FAR des années 80, et composée des quatre brigades moyennes et légères de la FOT actuelle (6ᵉ BLB, 11ᵉ BP, 27ᵉ BIM et 9eme BIMa), de la 4ᵉ Brigade Aéromobile et de la 19ᵉ brigade d’artillerie.

Le corps de manœuvre serait, quant à lui, composé d’un premier Corps d’armées de 30,000 hommes, alignant les deux brigades blindées d’active de la FOT (2ᵉ et 7ᵉ BB), ainsi que d’une troisième brigade d’infanterie mécanisée, à recréer, et également formée de militaires d’active. La FAR et le 1er Corps blindé formeraient la FOT, avec 80,000 militaires d’active, et 40,000 réservistes opérationnels, directement intégrés et formés par les unités.

Deux autres corps d’infanterie mécanisée, seraient formés par six brigades, deux blindées et quatre d’infanterie mécanisée, pour une soixantaine de régiments appartenant à la Garde Nationale, pour un effectif total de 80,000 Gardes nationaux.

Enfin, 6 brigades territoriales, trois mécanisées et deux d’assaut en France métropolitaine, et une d’infanterie de Marine pour les territoires ultramarins, avec une cinquantaine de régiments, seraient constituées pour accueillir et former les quelque 40,000 conscrits issus du modèle de conscription choisie chaque année. Elles seraient encadrées par 2500 militaires d’active, ainsi que 2500 gardes nationaux ou réservistes, sous forme de rotation.

24eme regiment d'infanterie garde nationale
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Contrairement au 24ᵉ RI qui, aujourd’hui, est le seul régiment constitué de réservistes en France, ces nouvelles unités seraient toutes des unités de combat, et seraient donc équipées comme telles. Comme évoqué dans l’article en référence, cette approche permettrait de redéployer une défense à trois niveaux, concernant les forces terrestres, tout en s’assurant de disposer, en permanence, des réserves en hommes, comme en matériels, pour soutenir un combat de longue durée, et donner le temps aux industriels, de s’adapter pour compenser l’attrition, le cas échéant.

Avec modèle, l’Armée de terre française retrouverait une puissance relative supérieure à celle qui était la sienne en 1985, avec des effectifs d’active qui ne progresseraient que de 6000 postes, de 120,000 à 126,000, dont 80,000 pour la FOT, 46,000 appartenant aux états-majors, écoles et forces de soutien, et 40,000 réservistes opérationnels déjà intégrés à ses unités.

À cela s’ajouteraient 82,500 Gardes nationaux, et 40,000 conscrits par an, pour un total de 288 500 personnels en uniforme, très proche des 296,000 de 1985. En matière d’unités combattantes, celle-ci disposerait de 16 brigades dont quatre blindées, cinq brigades d’infanterie motorisées, quatre brigades d’assaut, une brigade aéromobile, une brigade d’artillerie et une brigade du génie, contre 9 aujourd’hui, ainsi que de six brigades territoriales, trois mécanisées et trois d’assaut, pour un total de 180 régiments.

EBRC Jaguar SCORPION
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En matière d’équipements, sur la base des dotations régimentaires actuelles, elle alignerait 800 chars de combat ; 1000 véhicules blindés de reconnaissance, chars légers et chasseurs de char ; 1800 véhicules de combat d’infanterie ; 6500 transports de troupe blindés et 2500 VBAE.

En outre, la dotation en artillerie pourrait être revue à la hausse, à cette occasion, avec 18 Caesar 6×6, 12 MEPAC, 12 Caesar 4×4 (105 mm), 4 LRM et 12 SHORAD par régiment d’artillerie, soit 432 Caesar 6×6, 288 MEPAC, 288 caesar 4×4, 96 LRM et 288 SHORAD.

Enfin, outre la 4ème BAM, chaque corps disposerait de son propre RHC, soit 48 hélicoptères de combat, 72 hélicoptères de manœuvre et 72 hélicoptères moyens supplémentaires.

La Marine nationale doit retrouver les moyens de ses missions

Les besoins de transformation de la Marine nationale ont été étudiés dans l’article du 29 janvier 2025, intitulé « Marine Nationale : les défis et opportunités de la Révision de Revue Nationale Stratégique 2022« .

Celui-ci montrait que pour répondre aux défis navals qui se profilent, aujourd’hui, la Marine française devait accroitre sensiblement son format planifié, afin de garantir la disponibilité en permanence du groupe aéronaval, du groupe amphibie, et d’une flottille de surface.

Porte-avions nouvelle génération
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 80

Pour cela, la Marine nationale devrait passer le format de sa flotte de porte-avions d’une à deux unités, s’agissant du PANG, ou à un PANG, et deux porte-avions moyens conventionnels, pour soutenir les exportations, pour un cout final identique de 10 Md€. Il en irait de même de la flotte amphibie, qui passerait de 3 à 5 grands navires d’assaut, LHD ou LPD.

La flotte d’escorteurs, elle, devrait passer de 15 à 24 unités, avec notamment quatre nouveaux destroyers antiaériens et cinq nouvelles FDI armées de 32 silos VLS, dont huit pouvant accueillir le missile de croisière MdCN. De même, la flotte de SNA passerait de six à huit navires, alors que la flotte logistique recevrait deux BRF supplémentaires, passant de quatre à six navires, et la flotte de guerre des Mines, quatre nouveaux navires de guerre des mines, pour un total de dix unités.

L’Aéronautique navale recevrait vingt-cinq avions de combat, deux avions radars et une trentaine de drones de combat, supplémentaires, un total de 24 avions de patrouille maritime (le nombre de successeurs à l’ATL2 n’étant pas défini), six systèmes MALE de patrouille maritime, ainsi que quinze nouveaux hélicoptères de lutte anti-sous-marine, et quinze hélicoptères moyens navals. Enfin, la flotte entamerait sa transformation vers les unités robotisées, avec un format restant à définir.

Pour mettre en œuvre ces nouvelles unités, la Marine nationale devra intégrer 10,000 marins d’active supplémentaires, passant de 38,500 à 48,500 militaires d’active, tout en recevant 5000 réservistes supplémentaires (10,000 au total) et autant de conscrits, pour un effectif total de 58,500 militaires.

Transformer l’Armée de l’Air et de l’Espace pour faire face à la nouvelle guerre aérienne

L’Armée de l’Air et de l’Espace, va devoir, dans les années à venir, faire face, comme l’Armée de terre et la Marine nationale, à une transformation capacitaire, mais aussi à une transformation technologique et doctrinale profondes, spécialement si Paris entend retrouver son statut international.

Armée de l'air Rafale en patrouille serrée
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 81

le sujet a été traité dans l’article L’Armée de l’air et de l’espace va-t-elle entamer sa grande mutation avec la révision de la revue stratégique 2022 ?, publié le 31 janvier. Celui-ci montre qu’outre les questions de formats, l’AAE va également devoir réadapter l’ensemble de son dispositif, et de ses moyens, face à l’évolution des besoins et des menaces, intervenues ces dernières années, et qui se prolongeront dans les années à venir.

Pour cela, elle devra étendre, et en partie, transformer sa flotte de chasse, pour retrouver une certaine liberté d’action et de manœuvre, spécialement face à des défenses antiaériennes denses et intégrées, comme concernant la Russie.

Cela passe nécessairement par un nouveau modèle d’avions de combat, qu’il s’agisse du SCAF, si l’appareil est disponible en 2035, du couple Rafale F5 / Rafale de guerre électronique, si le SCAF arrive entre 2035 et 2040, ou sur un avion de génération intermédiaire, de type Super-Rafale, si le SCAF ne peut arriver avant 2040.

En outre, l’AAE va devoir considérablement renforcer ses moyens de défense antiaériens, antimissiles et antibalistiques, pour aborder la prochaine décennie avec la crédibilité requise, maintenant qu’elle assure, simultanément, la défense de ses bases aériennes, des forces françaises déployées, ainsi que des infrastructures critiques et grandes agglomérations françaises.

E-3F sentry
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 82

L’évolution des menaces va, par ailleurs, entrainer une révision profonde de la flotte de soutien (ravitailleurs, avions radars et SIGINT), ainsi que du rôle des drones, dans les toutes prochaines années, alors que la fin de l’aventure africaine française, invite à repenser le format de la flotte de transport.

Enfin, en changeant de format, l’Armée de l’Air et de l’Espace va, également, pouvoir réviser sa stratégie et ses moyens dédiés à la formation des équipages, ainsi qu’au maintien des compétences des personnels détachés, voire à se tourner vers des unités de combat formées de gardes nationaux, comme c’est le cas, aux États-Unis.

Ceci mis bout à bout, pour retrouver la puissance aérienne nécessaire au soutien des forces évoquées précédemment, et pour redonner à la France, le statut de grande puissance, on peut anticiper qu’une augmentation de la flotte de chasse de 150 appareils s’impose, épaulés par au moins 150 drones de combat.

La défense antiaérienne, elle aussi, doit être considérablement renforcée, passant des 12 batteries SAMPT/NG et 12 VL MICA, planifiées, à 36 batteries de chaque. La flotte de soutien devrait être accrue, avec 20 A330 MRTT et 5 avions de veille aérienne avancée, sachant toutefois que la question de leur vulnérabilité, à partir de 2035, devra rapidement être posée.

SAMPT Aster 30
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 83

La flotte de transport, elle, pourra être maintenue à 35 A400M, avec l’acquisition de 35 avions de transport tactique, successeur des Casa et hercules encore en service. En revanche, la flotte d’entrainement et de formation devra sensiblement être revue à la hausse, avec le besoin très probable de developper, ou d’acquérir, un avion d’entrainement et d’attaque hautes performances, successeurs de l’Alpha jet, tant pour finaliser la formation chasse des jeunes pilotes, que pour permettre aux abonnés de maintenir leurs compétences, sur un avion moins onéreux que l’avion d’arme (sans parler de la patrouille de France).

En termes d’effectifs, comme la Marine nationale, l’AAE devrait, ici, voir ses effectifs militaires d’active progresser de 10,000 hommes, pour atteindre 52,000 militaires, tout en faisant passer le nombre de réservistes de 5,000 à 10,000, et en accueillant 5,000 conscrits.

Comment un effort de défense à 3,6 % PIB est équilibré par une hausse de 2,3 % de la TVA

Nous voilà donc au terme d’une magnifique liste au Père Noël. En effet, selon ce qui précède, pour retrouver le statut de grande puissance, les armées françaises devraient :

  • voire leurs effectifs d’active progresser de 25,000 hommes et femmes (+ 2 Md€/an de couts RH)
  • recruter 90,000 à 100,000 Gardes nationaux (+ 2 Md€/an de couts RH)
  • Accueillir et former 50,000 conscrits chaque année (+ 2 md€/ an de couts RH)

À cela s’ajoutent les acquisitions de matériels pour la Dissuasion (30 Md€ soit + 2 Md€/an sur 15 ans), de l’Armée de terre (85 Md€ soit +5,5 Md€/an sur 15 ans), de la Marine nationale (45 md€ soit +3 Md€/an sur 15 ans) et de l’Armée de l’Air et de l’Espace (65 Md€ soit + 4,5 Md€/an sur 15 ans), pour un total 225 Md€, ou 15 md€/an sur 15 ans.

SNA Tourville et FDI lors essais à la mer naval Group

Enfin, il convient d’accueillir et d’entrainer ces militaires, soit 18 md€ par an, pour un total annuel de 39 Md€, soit 1,6 % du PIB français. Vis-à-vis de l’effort de défense 2025, à 2,1 % PIB, cela mettrait donc l’effort de défense nécessaire et suffisant, pour ramener la France aux premiers plans de la scène internationale, et pour lui redonner le contrôle de son destin, à un effort de défense de 3,7 % PIB. On notera qu’il s’agit, exactement, de l’effort de defense de calcul requis par Mark Rutte, le Secrétaire général de l’OTAN, ainsi que l’effort de défense consentit, aujourd’hui, par les États-Unis.

Reste que dans la situation actuelle, avec un déficit public encore supérieur à 5 % du PIB, augmenter l’effort de défense français de 2,1 à 3,7 % PIB, peut apparaitre illusoire, et hors de portée.

Pourtant, en appliquant les coefficients de retours budgétaires évoqués à plusieurs reprises sur ce site, on s’aperçoit vite que le cout résiduel, pour les finances publiques françaises, ne serait que de (15 Md€x (1-90%)) + (18 md€x (1-50%)) + (6 Md€ x (1-30%)) = 14,7 Md€, que nous arrondirons par excès à 15 Md€.

Or, aujourd’hui, augmenter de 1% l’indice de TVA, génère 6,5 Md€ de recettes supplémentaires pour l’état. De fait, il suffirait d’augmenter la TVA de 2,3 points, pour entièrement financer le changement évoqué ici, et pour transformer les armées, afin de redonner à la France, le poids qui doit être le sien, sur la scène internationale.

Quel parti politique français pour se saisir de cette promesse à fort potentiel de séduction populaire ?

L’équation ainsi posée, présente un immense avantage, du point de vue politique : elle est extrêmement lisible, et parfaitement compréhensible, par l’opinion publique du pays. Elle pourrait se résumer ainsi :

Accepteriez-vous de voir la TVA augmenter de 2,3 %, pour, en retour :

  • Disposer de la plus puissante armée, de la plus puissante marine et de la plus puissante force aérienne du continent européen, pour assurer la défense du pays contre toute forme d’agression militaire, de manière autonome
  • Disposer d’une dissuasion prête pour les enjeux technologiques et politiques à venir
  • Remettre la France au cœur de l’échiquier international, et ne plus tolérer les humiliations étrangères
  • Former 500,000 jeunes conscrits en 10 ans, à défendre leur pays et ses valeurs
  • Créer une centaine de bases ou casernes supplémentaires, dans le pays, soit une par département
  • Avoir une defense aérienne et antimissile globale
  • Créer 250,000 emplois industriels et technologiques dans le pays
  • Réduire le déficit de la balance commerciale nationale (par l’augmentation des exportations de systèmes de défense)

Étonnamment, jamais un parti politique, en France, a fait un tel pari. Pourtant, celui-ci se rapproche, dans le fonds, des promesses de grandeurs nationales, qui ont ramené Donald Trump dans le Bureau Ovale, et qui alimentent la popularité politique de personnages comme R.T Erdogan, ou V. Poutine, nonobstant leurs tendances agressives et hégémoniques.

Donald trump bureau ovale
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 84

Toute la question, en France, aujourd’hui, est de savoir si un parti politique d’importance nationale, de LFI au RN, en passant par le PS, le Modem, Renaissance, Horizon et LR, est prêt à faire de cette question, un enjeu électoral, en s’appuyant, précisément, sur cette promesse simple, accessible et, surtout, inévitable, pour qui souhaite redonner à la France, le poids international digne de son histoire, ainsi que l’autonomie stratégique indispensable à sa sécurité et son indépendance.

Conclusion

On le voit, par contraste entre le format actuel des armées françaises, et celui qui serait nécessaire pour assurer pleinement sa défense et son autonomie stratégique, la France n’est plus, aujourd’hui, une grande puissance militaire. Même sa dissuasion, l’excellence de ses militaires, et de son industrie de défense, ne suffisent pas à contrebalancer la faiblesse capacitaire de ses trois armées, en situation sous-capacitaire avancée, dans tous les domaines.

Cette situation, reconnue par tous les militaires, résulte de décisions politiques très dommageables, pour l’héritage d’un pays qui, à la sortie de la guerre froide, était pourtant parvenu à se hisser à nouveau dans la hiérarchie des grandes puissances mondiales, en dépit de la décolonisation qui avait très lourdement entamé son envergure mondiale.

L’empressement des dirigeants français, de jacques Chirac à François Hollande, pour déstructurer l’outil de défense national, se paie à présent en échecs et humiliations à répétitions, sur la scène internationale, et sur d’immenses difficultés, ne serait-ce que pour préserver ce qui reste de l’autonomie stratégique, héritée du général de Gaulle.

autonomie stratégique Mirage IV
Pour refaire de la France une grande puissance, +2,3 % de TVA suffisent 85

Pour redonner à la France sa place dans le Monde, et dans l’Histoire, l’effort à produire serait considérable, en passant les armées de 250,000 militaires d’active et de réserve, aujourd’hui, à 410,000, dont 50,000 conscrits, 120,000 Gardes nationaux, et 240,000 militaires d’active, tout en investissant 225 Md€ en 15 ans, pour équiper ses nouvelles forces.

Pour y parvenir, le surcout, vis-à-vis du budget des armées 2025, serait de 39 Md€/an, soit 1,6 % de PIB. Toutefois, une fois déduis de cet investissement colossal, les recettes directes et induites qu’il engendrait, sur les finances publiques, le solde à financer, par l’état, ne serait que de 15 Md€/an, soit à peine l’équivalent d’une augmentation de 2,3 % de la TVA.

Reste à voir, maintenant, si un grand parti de gouvernement français, est prêt à s’emparer du sujet, pour présenter aux français une alternative soutenable, et ne nécessitant qu’un effort modéré, pour ramener le pays, sur sa trajectoire historique, ou si, comme l’Espagne, les Pays-Bas ou le Portugal avant elle, la France est condamnée à rejoindre la longue liste des pays qui furent, un temps, une grande puissance mondiale…

L’Armée de terre française et la révision de la revue stratégique 2022, face au défi de la masse et de la haute intensité

Des trois armées françaises, l’Armée de terre est celle qui connut la réduction d’effectifs la plus radicale depuis la fin de la guerre froide, passant de 296,000 hommes en 1985, à 120,000 aujourd’hui, dont seulement 77,000 forment la Force des Opérations Terrestres, ou FOT, la composante combattante de cette force.

Pour autant, par l’efficacité qu’elle a montré ces dernières années, notamment lors des opérations extérieures en Afrique sud-saharienne, celle-ci continue de jouir d’une réputation d’excellence, en particulier auprès un exécutif qui n’a de cesse que de répéter sa confiance à son sujet.

Avec le retour des tensions internationales et les bruits de bottes qui ne cessent de s’accroitre aux frontières de l’Europe, l’Armée de terre française doit, à présent, entamer une transformation structurelle profonde, pour retrouver à la fois la masse qui lui fait défaut, mais aussi une structure de forces répondant aux défis qui arrivent avec vélocité.

La révision de la Revue Nationale Stratégique 2022, annoncée par Emmanuel Macron le 21 janvier 2025, sera certainement l’occasion de poser une nouvelle réflexion sur l’adaptation supposée entre l’Armée de terre, son format et ses moyens, tels que définis par la LPM 2024-2030, et les évolutions de menaces qui se rapprochent, chaque jour davantage, de celles qui existaient dans les années 80.

L’Armée de terre a conservé la Force d’Action Rapide de la guerre froide, mais a perdu 90 % de ses autres unités.

Dans ce contexte, il est probablement intéressant de tourner son regard vers l’Armée de terre française, telle qu’elle était en 1985, alors que la menace, sur l’Europe, s’approchait de celle qui risque d’émerger à nouveau, dans les quelques années à venir, tout au moins, à en croire les cris d’alarme que certains services de renseignement européens ne cessent de lancer.

L’ordre de bataille de l’Armée de terre française en 1985

En 1985, et en pleine crise des Euromissiles, l’Armée de terre française se composait, principalement, de trois grandes forces : la Défense Opérationnelle du Territoire, ou DOT, la 1ʳᵉ Armée et la Force d’Action Rapide, ou FAR.

Force d'action rapide
L’Aéeromobilité était au coeur du concept d’emploi de la FAR, avec la 4ème division aéromobile.

La FAR, créée en 1983, constituait le corps de réaction rapide de l’Armée de terre, afin de répondre, au plus vite, à une éventuelle initiative militaire du Pacte de Varsovie, contre l’OTAN, et en particulier, contre la République Fédérale d’Allemagne.

Forte de 47,000 hommes, avec un très haut taux de professionnalisation, elle était constituée de troupes légères et aéroportées, très mobiles, rapidement mobilisables et déployables, avec la 6ᵉ division légère blindée, la 9ᵉ division d’Infanterie de Marine, la 27ᵉ division alpine, la 11ᵉ division parachutiste et la 19ᵉ brigade d’artillerie, organisées autour de la 4ᵉ division aéromobile, et ses 3 régiments d’hélicoptères de combat.

La 1ʳᵉ Armée, elle, représentait le corps de bataille et de manœuvre de l’Armée terre. Elle se composait de 3 corps d’armées : le 1ᵉʳ Corps d’Armée (7ᵉ et 10ᵉ DB, 15ᵉ DI et 12ᵉ DLB) basé dans l’Est de la France ; le 2ᵉ Corps d’Armée (1ʳᵉ, 3ᵉ et 5ᵉ DB) basé dans le sud de la République Fédérale d’Allemagne ; et le 3ᵉ Corps (2ᵉ DB, 8ᵉ DI et 14ᵉ DLB), en région parisienne.

La Défense Opérationnelle du Territoire, enfin, se composait pour sa part de 6 régions militaires, armées chacun d’une ou deux brigades de zone : 1ʳᵉ RM (7 régiments) de Saint-Germain en Laye : 2ᵉ RM (7 régiments) de Lille ; 3ᵉ RM (7 régiments) de Rennes ; 4ᵉ RM (10 régiments) de Bordeaux ; 5ᵉ RM (19 régiments et bataillons) de Lyon et la 6ᵉ RM (12 régiments) de Metz.

Au total, l’Armée de terre alignait alors 181 régiments de combat, et 53 régiments de commandement et de soutien, appartenant, notamment, à 6 divisions blindées, 3 divisions légères blindées, et 6 divisions d’infanterie, infanterie de Marine et d’infanterie parachutiste.

La FAR conservée, la 1ʳᵉ Armée laminée, et la Défense Opérationnelle du Territoire éliminée

On retrouve, dans le format 2025 de l’Armée de terre, l’influence profonde de cet ordre de bataille de 1985. Celle-ci se compose, aujourd’hui, de deux divisions fortes de trois brigades de combat. Rappelons que pour répondre aux exigences de l’OTAN, les divisions (1985) ont été renommées brigades, pour des effectifs et nombre de régiments sensiblement similaires (7 régiments, 7500 hommes).

Armée de terre leclerc
La FOT aligne 2 divisions et 6 brigades de combat, dont 2 blindées, la 2ème DB et la 7ème DB. Ce sont les seules unités de la 1ere Armée, et ses 10 divisions, ayant évité la dissolution depuis 1985.

Ainsi, la 1ʳᵉ division se compose de la 7ᵉ Brigade blindée (7ᵉ division blindée du 1ᵉʳ corps d’Armée de 1985), de la 27ᵉ brigade d’Infanterie de Montage et de la 9ᵉ brigade d’Infanterie de Marine (respectivement 27ᵉ DA et 9ᵉ DIMa de la FAR). Elle intègre également la brigade franco-allemande qui, côté français, ne concerne que deux régiments (1ᵉʳ Ri et 3ᵉ RH) et un bataillon de commande et de soutien, ainsi que deux régiments et un bataillon organiques (1ᵉʳ RA, 1ᵉ RG, 132ᵉ BCAT) .

La 3ᵉ division, elle, est forte de la 2ᵉ Brigade blindée (2ᵉ division blindée du 3ᵉ corps d’Armée), de la 11ᵉ brigade parachutiste et de la 6ᵉ brigade légère blindée (respectivement la 11ᵉ DP et la 6ᵉ DLB de la FAR), ainsi que trois régiments organiques (2ᵉ dragon, 54ᵉ RA et 31ᵉ régiment de génie d’appui divisionnaire).

Outre ces deux divisions, la FOT se compose également de la 4ᵉ brigade aéromobile (4ᵉ DAM de la FAR), de la 19ᵉ Brigade d’Artillerie (19ᵉ BA de la FAR), de la brigade du génie, du Commandement des Forces Spéciales terre, ainsi que de quelques régiments organiques (9ᵉ et 33ᵉ RIMa, 2ᵉ RPIMa, deux Régiments d’infanteries de marine pacifique (Polynésie et Nouvelle-Calédonie), 3ᵉ REI et 5ᵉ RE), pour un total de 53 régiments de combat, et 31 régiments de soutien et de commandement.

On remarque que toutes les unités formant la FAR ont été préservées. Toutefois, alors qu’elle ne formait que 16 % des forces combattantes de l’Armée de terre en 1985, celles-ci représentent à présent 65 % de la FOT.

Dans le même temps, la 1ʳᵉ Armée a vu 8 de ses 10 divisions dissoutes, ne subsistant de cette puissante force de manœuvre que la 2ᵉ et la 7ᵉ brigades blindées. La DOT, quant à elle, a été entièrement supprimée.

Une force terrestre expérimentée et rapidement déployable, sans soutien et sans defense territoriale

De fait, des trois forces qui constituaient, en 1985, le dispositif défensif français, ne subsiste que la force de réaction rapide, épaulée de deux brigades blindées et de brigades organiques. Cette force n’a, cependant, pas la réactivité globale de la FAR de 1985, qui avait un contrat opérationnel de mobilisation à 30 jours, contre 1 à 2 brigades à 30 jours aujourd’hui pour la FOT.

VBCI Déploiement armées françaises Mali
La FOT est à la foi mobile, expirimentée et aguerrie. Cependant, elle reprend, à 65 %, les forces de la Force d’Action Rapide, mais n’a presque plus d’unités lourdes de mnaoeuvre, et plus aucune réserve provenant de al Défense opérationelle Terrestre.

Surtout, la FAR avait pour fonction de bloquer rapidement, mais temporairement, la progression adverse, le temps nécessaire pour que la 1ʳᵉ Armée puisse rejoindre la ligne d’engagement, pour fixer l’offensive, voire pour exploiter certaines failles. En effet, par sa structure et ses équipements légers, la FAR ne pouvait effectuer qu’une manœuvre défensive dynamique, érodant le potentiel de l’adversaire, contre une perte minimale de terrain.

Aujourd’hui, la FOT a conservé, et même étendue, les atouts de la FAR, avec ses effectifs professionnels très bien entrainés et aguerris, des matériels plus évolués et infocentrés, et une intégration plus poussée de la doctrine d’engagement collaboratif global.

Pour autant, même avec l’appui des deux brigades blindées, elle ne dispose pas de la masse suffisante, pour relever les forces légères qui représentent les 2/3 de sa force combattante.

Surtout, sa faiblesse numérique interdit à la France de déployer la FOT comme une force combattante globale, devant nécessairement la diviser entre des forces envoyées combattre aux côtés de ses alliés, en Europe de l’Est, et des forces maintenues en France, pour assurer un rideau défensif ultime, si l’adversaire venait à s’approcher des frontières. Cette force déployée n’aura, par ailleurs, pas les forces de relève indispensables, pour assurer la rotation des unités combattantes, du fait de l’absence de réserves en matériels comme en effectifs.

Ce faisant, la FOT n’a pas la masse suffisante pour représenter, à elle seule, une force susceptible de tenir un front, même limité, sur la durée, ni pour asséner un coup d’arrêt à une progression rapide d’un adversaire du niveau du corps d’armée, et encore moins d’assurer la défense de ses frontières, faisant reposer sur sa seule dissuasion, la défense de l’intégrité territoriale du pays.

L’Armée de terre face au défi des effectifs

La situation décrite précédemment, n’est évidemment pas une surprise. Avec la fin de la conscription, l’Armée de terre a perdu 150,000 recrues chaque année, dont une partie non négligeable effectuée un Service Long, pour pouvoir être déployée en Allemagne. Pire encore, les réductions budgétaires ont également très sensiblement réduit ses effectifs professionnels, perdant plus de 30,000 hommes de 2000 à 2015.

infanterie
Les effectifs de l’Armée de terre sont passés de 740,000 h en 1985, à 120,000 h en 2025. Même les effectifs professionels ont perdu 40 % de leur volume, vis-à-vis de cette période.

Ce faisant, la part relative de la FOT a sensiblement diminué au sein des effectifs de l’Armée de terre, celle-ci devant conserver ses écoles, centres de formation et d’entrainement, ainsi que ses état-majors, afin de conserver les compétences et savoir-faire qui étaient les siens. Le nombre total de régiments de combat fut divisé par 3,4, et celui des régiments de commandement et de soutien, par 1,7.

Il n’est donc pas étonnant que les questions portant sur la masse de l’Armée de terre, focalisent l’essentiel des débats autour de l’avenir de cette force, depuis plusieurs années, en particulier depuis que la réalité de la menace s’est considérablement transformée, avec la réduction rapide et sensible des besoins de projection de forces en Afrique, et, dans le même temps, l’augmentation des besoins en Europe, face à une armée russe en progression rapide.

Le rôle central de la Garde Nationale, encore sous-évaluée par l’Armée de terre

Toutefois, augmenter la masse de l’Armée de terre, au-delà des contraintes budgétaires, est beaucoup plus facile à dire, qu’à faire. En effet, les difficultés de recrutement, et les couts élevés des militaires d’active, rendent irréalistes tout espoir d’augmenter de plus de 10 ou 15 %, ces effectifs, dans les années à venir, si tant est que ce soit effectivement possible.

Pour répondre à ce défi, identifié par la Revue nationale stratégique 2022, la LPM a mis l’accent sur la montée en puissance des forces de réserve opérationnelle, et plus particulièrement de la Garde Nationale, avec l’objectif de faire passer ses effectifs de 40,000 à 80,000 hommes et femmes, d’ici à 2030.

24eme regiment d'infanterie garde nationale
le 24ème RI est aujourd’hui le seul régiment exclusivement composé de réservistes. Toutefois, celui-ci ne dispose d’aucun materiel lourd, ce qui en limite le rôle en tant qu’unité constituée.

La Garde nationale présente plusieurs atouts de taille. D’une part, le recrutement semble plus aisé, puisque les contraintes, pour les militaires, sont sensiblement moins lourdes. En outre, un garde national coute, en termes de solde et d’entrainement, quatre à cinq fois moins cher qu’un militaire d’active, à grade et fonction égaux.

Toutefois, la trajectoire visée par la LPM 2024-2030, concernant la montée en puissance de la garde nationale, semble déjà difficile à atteindre, après seulement un an et demi, les recrutements, et le maintien sous contrat, des réservistes, étant plus difficiles qu’anticipé.

Surtout, la répartition de ces effectifs de réservistes, est des plus délicates, en particulier alors que l’Armée de terre n’a pas constitué de nouveaux régiments de gardes nationaux, pour les accueillir. Le seul régiment de ce type, le 24ᵉ Régiment d’infanterie, s’il a la structure organique, ne dispose d’aucun équipement lourd, pour entrainer ses réservistes.

L’indispensable retour d’une forme de conscription obligatoire partielle

De fait, ni la force d’active, ni la garde nationale, aujourd’hui, semblent en mesure d’effectivement, résoudre le problème de masse de l’Armée de terre, en raison d’un nombre trop réduit de candidats, et d’une fidélité trop faible, en particulier en raison des abandons précoces, lors des formations initiales.

Ce mur RH n’est pas l’apanage de l’Armée de terre, la Marine nationale comme l’Armée de l’air et de l’Espace y étant également exposées, ni même des armées françaises, les armées européennes, américaines et même japonaises, faisant face à de fortes tensions dans ce domaine.

Conscription norvège
la consscription choisie appliquée en norvège rencontre un étonnant succès auprès des jeunes du pays, avec, chaque année, davantage de volontaires, que de postes proposés.

Par ailleurs, le retour à une conscription obligatoire globale, comme dans les années 80, est à présent hors de question. En effet, le bouleversement alors engendré, par le retour au service national, viendrait déconstruire pour de nombreuses années, l’efficacité des armées françaises, dans un contexte géostratégique ne permettant pas de faire montre d’une telle faiblesse.

Pour résoudre cette quadrature du cercle, la Norvège a mis en place, depuis 2014, une forme de conscription spécifique obligatoire. Si le service militaire est obligatoire pour l’ensemble des jeunes norvégiens, seule une partie d’entre eux, est effectivement appelée à l’effectuer. La sélection est réalisée par les armées elles-mêmes, sur la base des compétences (dossier scolaire, périscolaire, volontariat) et de ses propres besoins.

Cette conscription, choisie, présente de nombreux avantages. D’abord, elle permet aux armées de réguler l’afflux progressif de conscrits, en fonction de leurs capacités d’accueil, de formation, et de leurs besoins. Ce faisant, les jeunes conscrits ont, effectivement, un poste et une mission, clairement défini, au début de leur période.

Cette sélection a, par ailleurs, engendré un effet induit surprenant. En effet, pour les jeunes norvégiens, être sélectionné pour effectuer son service national, constitue une plus-value importante, dans leur parcours scolaire et professionnel, signifiant leur appartenance à une forme d’élite de la nation.

armée croate
La Croatie pourrait, elle aussi, se tourner vers la conscription choisie, pour accroitre ses effectifs, et résoudre les difficultés RH rencontrées par ses armées.

Par ailleurs, les jeunes conscrits, brassés pendant une année dans l’environnement militaire, affichent un taux d’engagement, pour la réserve comme pour l’active, très supérieur aux jeunes ne l’ayant pas effectué, avec, et on l’imagine aisément, des taux d’abandon précoces presque réduits à 0, les concernant.

On ne peut qu’espérer qu’une étude autour de ce modèle, déjà retenu par d’autres pays (Suède, Danemark, Croatie, peut-être Allemagne), soit recommandée par la révision de la revue stratégique 2022, tant elle répond, potentiellement, aux contraintes qui entourent la problématique RH des armées françaises, et de l’Armée de terre en particulier, et qu’elle apporte une réponse à l’ensemble des défis RH qui s’y appliquent.

L’Armée de terre face au défi de la Haute Intensité

Pour autant, une solution aux défis concernant les effectifs, ne constituerait qu’une réponse partielle aux besoins de l’Armée de terre. En effet, même en renforçant les effectifs de la garde nationale, et en se dotant d’une conscription choisie, celle-ci ne retrouverait pas la capacité d’action, de manœuvre et de défense du territoire, qui étaient les siennes dans les années 80.

En admettant que les stratèges des années 80 avaient une perception réaliste et raisonnable des besoins pour assurer la défense du pays et la participation des armées françaises à la défense collective de l’OTAN, et que les progrès technologiques, tous radicaux qu’ils puissent être, ne changent pas les données de cette équation, il serait donc nécessaire, à l’Armée de terre, de retrouver à la fois, un corps de bataille, et une force assurant la Défense opérationnelle du territoire.

La création d’un corps de bataille autour de la Garde Nationale

Comme évoqué précédemment, la FOT, telle que structurée aujourd’hui, constitue, en quelque sorte, une super Force d’action rapide, intégrant deux divisions blindées supplémentaires, aux 4 brigades légères, et deux brigades d’appui, qui formait la FAR 85.

char Leclerc France
La Garde Nationale représente le format le plus adapté pour reconstituer un corps mécanisé de manoeuvre au sein de l’Armée de terre.

Pour être efficace, cette force doit donc être réactive, et agir en unité constituée, afin de disposer, à nouveau, du pouvoir d’arrêt que représentait la FAR dans les années 80. Elle doit, pour cela, être employée globalement, sur des courts délais. Toutefois, elle souffre des mêmes limitations que la FAR initiale, ne pouvant soutenir, dans la durée, un engagement de haute ou très haute intensité.

Dans le cas contraire, les forces françaises seraient rapidement très exposées à l’attrition humaine comme matériel, privant le pays d’une partie bien trop significative de sa capacité de manœuvre terrestre, comme ce fut le cas des forces aéroportées russes, employées au début du conflit ukrainien.

Ces forces d’élite de l’Armée russe, ont perdu, en 3 mois de combat, plus de la moitié de leurs effectifs (30,000 des 60,000 hommes), et la presque totalité de leur équipement aéroporté. Ne pouvant pas remplacer les pertes par des personnels formés, les troupes aéroportées russes ont été, depuis, employées comme des forces d’infanterie classique, composées principalement de volontaire et de mobilisés, rapidement formés, et subissant des pertes d’autant plus lourdes qu’elles conservent leur image d’unité d’élite.

Pour prévenir ce scénario, l’Armée de terre doit se doter, à nouveau, d’un corps de manœuvre mécanisé, destiné à prendre la relève des forces légères déployées en urgence, face à une offensive adversaire.

Armée de terre Niger
Les réservistes sont des miltiaires sous contrat. En tant que tel, ils peuvent être déployés sur des théatres exterieurs, contrairement aux conscrits.

Contrairement aux forces légères, qui par ailleurs peuvent être employées sur de nombreux théâtres, en Afrique, au proche et Moyen-Orient, en Méditerranée, voire dans le Pacifique, le Corps de manœuvre de l’Armée de terre, lui, n’aurait pour seule fonction que d’intervenir, le cas échéant, en Europe.

Ce faisant, cette force serait destinée à un théâtre de haute, ou très haute intensité, mais avec un risque relativement peu élevé de devoir être employé. À l’instar de la 1ʳᵉ Armée, elle devrait donc, avant tout, être constituée d’unités blindées et mécanisées, et disposer des forces de soutien nécessaires.

Pour armer cette force, la Garde nationale semble la meilleure alternative : moins onéreuse et plus rapide à constituer que les forces d’active, celle-ci demeure une force professionnelle, pouvant donc être déployée hors de France, notamment pour intervenir en Europe. Elle est, en outre, sensiblement moins onéreuse que les forces d’active, du point de vue RH, et constitue autant une force de manœuvre, qu’une force de rotation et de traitement de l’attrition, pour la FOT.

Cela dit, n’ayant pas le même niveau de formation que les forces d’active, appliquer des doctrines complexes d’engagement coopératif étendu, parait certainement hors de portée de ce corps de manœuvre de la Garde National. Dès lors, des équipements plus lourds, mieux protégés, et plus en adéquation avec ceux mis en œuvre, par les autres forces européennes, s’imposent probablement pour cette force.

La récréation d’une DOT autour de la conscription choisie

Pour retrouver une défense multi-échelon, comme en 1985, l’Armée de terre doit, enfin, se doter à nouveau d’une Défense opérationnelle du territoire. Celle-ci serait constituée de régiments formants des brigades territoriales, qui accueilleraient les conscrits issus de la conscription choisie, avec un encadrement mixte formé par des gardes nationaux et des militaires d’active.

armee de terre odre serre
la conscription pourrait bien représenter la seule alterntive pour l’Armée de terre, si celle-ci veut effectivement retrouver la masse necessaire à sa mission.

Dans ce modèle, la DOT aurait deux fonctions. La première serait de constituer une dernière ligne de défense, suffisamment dense, si les frontières françaises venaient à être menacées.

Ce risque est très faible, ceci permettant de le confier à des régiments de conscrits. Toutefois, en l’absence de défense territoriale, l’intégrité territoriale française reposerait uniquement sur la dissuasion, alors qu’il existe plusieurs scénarios dans lesquels la France ne serait pas en capacité d’employer cette arme, si elle était effectivement menacée à ses frontières (comme un président refusant de franchir le seuil nucléaire, cela s’est déjà vu).

En outre, ce faisant, l’Armée de terre aurait alors toute latitude pour employer effectivement la FOT et le corps de manœuvre de la Garde nationale, pour porter le combat en Europe, avant qu’il n’atteigne le sol national.

La seconde fonction de la DOT, serait précisément de former et canaliser les futures recrues de la garde nationale et de la FOT. Comme évoqué précédemment, cette approche permet d’augmenter sensiblement le nombre de candidats, ainsi que de réduire drastiquement le nombre d’abandons précoces, tout en permettant aux armées, d’avoir une vision plus abouties, des qualités de chacun.

Sur la base d’une FOT de 80,000 h, et d’un corps de manœuvre identique de 80,000 h projetable, et avec un taux de professionnalisation en sortie de service national auprès de la garde nationale de 25 % avec un taux de rétention à 8 ans, la DOT doit donc concerner 40,000 jeunes français chaque année, pour les besoins de l’Armée de terre, soit 50,000 jeunes gens, en prenant en compte les besoins de la Marine nationale, de l’Armée de l’air et de la Gendarmerie.

L’Armée de terre face au défi de la dissuasion

En appliquant les points évoqués jusqu’ici, l’Armée de terre française retrouverait, outre sa force d’action rapide, un corps de manœuvre de deux divisions mécanisées, ainsi que cinq ou six brigades de défense territoriale (cinq en métropole plus une brigade ultramarine).

canon caesar batterie
La DOT et la conscription choisie permettrait de représenter une réserve humaine et materiel, pour la FOT et la Garde nationale, mais aussi une ultime ligne de défense, pour le territoire français, avant l’emploi de l’arme nucléaire.

Toutefois, pour retrouver le périmètre défensif et capacitaire qui était le sien, en 1985, celle-ci doit retrouver une dernière capacité, et non des moindres : la composante terrestre de la dissuasion.

À ce moment-là, l’Armée de terre mettait en œuvre les missiles balistiques à courte portée Pluton, armant cinq régiments d’artillerie (3ᵉ, 4ᵉ, 15ᵉ, 32ᵉ et 74ᵉ RA) appartenant aux trois corps d’Armée de la 1ʳᵉ Armée, et dotés chacun de huit lanceurs, dont deux de réserve.

Aujourd’hui encore, ce type de missiles SRBM et MRBM continue de faire l’actualité, comme les Iskander russes, les KN-23 nord-coréens, les Fateh iraniens ou les DF-21 et DF-17 chinois, la plupart étant capables d’emporter une charge nucléaire ou conventionnelle.

Dotés d’une trajectoire semi-balistique, et d’une ogive manœuvrante MARV ou d’un planeur hypersonique (D-FZ du DF-17), ces missiles demeurent beaucoup plus difficiles à intercepter que les missiles de croisière, tout en disposant d’une grande vitesse et d’une durée de vol réduite.

Doter à nouveau l’Armée de terre d’une capacité balistique de dissuasion, permettrait d’accroitre considérablement le caractère dissuasif des forces françaises déployées, et participerait à durcir sensiblement la dissuasion globale française et européenne. En outre, cela réintégrerait l’Armée de terre au sein de la dissuasion, alors qu’elle en a été exclue en 1997, avec le retrait des missiles Hadès, puis en 2010, lorsqu’elle transféra le contrôle de la défense antiaérienne à l’Armée de l’Air.

Conclusion

On le voit, la perception du besoin, pour la France, concernant son armée de terre, ses moyens et sa doctrine, est aujourd’hui radicalement différente, de ce qu’elle était, en 1985. Aujourd’hui, celle-ci se compose, avant tout, d’une reproduction de la Force d’action rapide d’alors, permettant de disposer d’une capacité de déploiement et d’intervention rapide et puissante, sur différents théâtres.

6ème BLB AMX-10RC
6 des 10 unités organiques formant la FOT, appartenaient à la Force d’Action Rapide, dont la 6ème brigade légère Blindée.

Toutefois, alors que la FAR ne représentait que 16 % des effectifs combattants de l’Armée de terre en 1985, ses unités constituent, aujourd’hui, 65 % de l’ensemble de la FOT, alors que les 10 divisions qui formaient la 1ʳᵉ Armée, ont été ramenées à seulement deux brigades. Enfin, les huit brigades territoriales qui formaient alors la DOT, ont toutes été dissoutes.

Or, la menace, aujourd’hui, se rapproche bien davantage de ce qu’elle était en 1985, de ce qu’elle a été de 1995 à 2015, des années marquées par l’absence de menaces perçues dans le domaine de la haute intensité, et plus spécifiquement, de la part de la Russie.

Dans ce contexte, l’Armée de terre aurait tout intérêt à s’inspirer de l’organisation qui était la sienne au milieu des années 80, avec une FAR professionnelle, un corps de manœuvre reposant, cette fois, sur la Garde nationale, et proportionné à la menace (80,000 h vs 300,000 h en France, 1,5 m vs 6 mh en Union Soviétique/Russie). Elle devrait, enfin, reconstituer une DOT sur la base d’une conscription choisie, tant pour ressusciter la defense conventionnelle ultime du territoire, que pour former et alimenter la garde nationale, voire une partie des effectifs d’active, en effectifs formés.

Reste que pour atteindre un tel objectif, les défis sont à la fois très nombreux, et difficiles à surmonter. Au-delà des questions budgétaires (+ 5 Md€/a RH, + 3 Md€/a entrainement, + 6,5 Md€/a équipements, pour une montée en puissance sur 15 ans), il serait nécessaire de retrouver des implantations pour la formation d’une soixantaine de régiments supplémentaires, dont 45 de combat, ainsi que pour pouvoir les entrainer.

KNDS Leclerc Evolution Eurosatory 2024
Leclerc Évolution de KNDS présenté au salon Eurosatory (Photo F. Dosreis)

En outre, la montée en capacité nécessiterait des prélèvements sur les forces d’active, pour assurer, en partie, l’encadrement et le transfert de compétences, pour former les cadres de ces nouvelles unités.

Enfin, une telle évolution nécessiterait, certainement, une certaine évolution des paradigmes de l’Armée de terre, de sorte à s’appuyer sur une doctrine assimilable et applicable par des forces de réserve, celles-là qui même qui devront venir relayer les forces d’active, une fois leur mission d’arrêt effectuée, ainsi que pour remplacer l’attrition au sein de ces unités professionnelles, le cas échéant.

Reste à voir, à présent, si la révision de la Revue stratégique 2022, annoncée par le président Macron, aura suffisamment de latitude, pour aborder ces problèmes de fond, qui conditionnent l’efficacité de l’ensemble de l’outil militaire français, alors que, comme l’a montré la guerre en Ukraine, les combats se mènent, avant tout, au sol, et que c’est au sol que se détermine la victoire, ou la défaite.

L’Armée de l’air et de l’espace va-t-elle entamer sa grande mutation avec la révision de la revue stratégique 2022 ? (2/2)

La révision de la Revue Stratégique 2022, qui se déroulera jusqu’à mai 2025, représente un enjeu stratégique et déterminant pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, qui s’apprête à entamer une profonde mutation technologique et capacitaire.

Dans la première partie de cet article, nous avons abordé l’ensemble des questions relatives à l’évolution et la transformation des flottes de chasse, de soutien et de transport, de l’AAE. Bien que déjà riches et complexes, celles-ci ne représentent qu’une partie de la mutation globale que doivent entreprendre les forces aériennes françaises, pour être au rendez-vous capacitation de la prochaine décennie.

Dans cette seconde et dernière partie, d’autres aspects seront abordés, dont la défense aérienne, le domaine spatial, la formation et l’entrainement des équipages et personnels, mais également l’arrivée des drones, et la transformation qu’engendrera le combat collaboratif. Enfin, alors que 2030 marquera l’arrivée de plusieurs nouveaux systèmes très onéreux, et une nouvelle étape du programme SCAF, comment fera l’Armée de l’Air, pour franchir le mur budgétaire, qui se dessine à cette échéance ?

Défense aérienne, spatial, formation : autant de défis pour l’Armée de l’Air et de l’Espace et la révision de la Revue stratégique 2022

Le défi de la défense antiaérienne, antibalistique et antidrone

Si la guerre en Ukraine a démontré une chose, dans le domaine de la guerre aérienne, c’est bien le rôle d’une defense aérienne multicouche, pour contenir la puissance aérienne de l’adversaire.

SAMP/T NG depart missile aster
L'Armée de l'air et de l'espace va-t-elle entamer sa grande mutation avec la révision de la revue stratégique 2022 ? (2/2) 107

Largement surpassée en nombre comme en qualité, la flotte de chasse ukrainienne, et sa soixantaine d’appareils opérationnels en début de conflit, n’aurait pas pu, longtemps, résister à la puissance aérienne russe, et ses 1200 avions de combat. Kyiv disposait, cependant, d’une défense aérienne particulièrement dense et efficace, sur l’ensemble du territoire, avec plus d’une vingtaine de batteries S-300, autant de batteries BUK, et de très nombreux systèmes à courte portée TOR et SA-8.

Cette défense antiaérienne, qui disposait par ailleurs de nombreuses munitions, a totalement interdit le ciel ukrainien aux avions de combat russes, y compris les plus modernes comme le chasseur bombardier Su-34 et le chasseur lourd Su-35s, pendant plus de deux ans, abattant plus d’une centaine d’avions de combat russes pour l’occasion.

Les forces aériennes russes reprirent un certain poids opérationnel à partir de l’hiver 2024, avec l’arrivée massive de bombes planantes et de munitions stand-off, qui ont joué un rôle décisif dans le déblocage du statuquo qui s’imposait sur la ligne de front depuis septembre 2022, alors que, dans le même temps, les stocks de missiles ukrainiens s’étaient épuisés, et que les livraisons de missiles et systèmes occidentaux, étaient très insuffisantes, pour compenser.

Au-delà, de l’exemple ukrainien, les performances des systèmes antiaériens, aujourd’hui, en font les véritables maitres du ciel, faisant dire aux stratèges de l’US Air Force, que la notion de supériorité aérienne ne pouvait, à présent, plus s’évaluer que de manière limitée dans l’espace et le temps, dans le cadre d’une opération.

VL MICA Armée de l'air et de l'Espace
Les nouveaux VL MICA de l’AAE ont été déployés pour assurer la défense aérienne de certains sites des jeux olympiques, comme à Marseille.

Pour l’Armée de l’Air et l’Espace, le sujet est d’importance stratégique. En effet, c’est elle qui, à présent, a la charge non seulement de défendre ses bases aériennes, et le ciel français, mais également de protéger les déploiements de forces françaises au sol, contre les menaces aériennes et balistiques.

Elle disposera, pour cela, d’ici à 2035, de 12 batteries SAMPT/NG équipées du missile Aster 30B1 et Aster 30B1NT, à capacité antibalistique, ainsi que de 12 batteries VL MICA, à courte portée, pour remplacer les batteries Crotale NG encore en service.

Or, lorsque l’on compare avec les moyens d’autres forces armées, comme les Pays-Bas, il apparait que les capacités de défense antiaérienne, antimissile et antidrone aux mains de l’Armée de l’Air et de l’Espace, souffrent d’une densité relative extraordinairement faible, de 2,5 à 13 fois inférieure, selon les couches, avec les armées bataves.

Les moyens actuellement prévus pour cette mission par la France s’avèrent, dès lors, insuffisants pour assurer une protection efficace des moyens déployés et des sites militaires stratégiques français.

Surtout, aucun système de défense n’est prévu pour protéger certains sites sensibles dans le pays, comme les centres de décision politique, les grandes agglomérations urbaines, et pas davantage les centrales nucléaires ou hydroélectriques, créant une vulnérabilité critique, y compris face à des attaques massives de drones d’attaque, à la portée budgétaire de très nombreux pays.

Une offre spatiale à étendre et à durcir, pour répondre aux besoins de communication et de renseignement face à la possible mise en retrait des États-Unis

En septembre 2020, l’Armée de l’Air est devenue l’Armée de l’Air et de l’Espace, avec la création du commandement de l’Espace, ou CDE. Ce faisant, l’AAE recevait la charge exclusive des moyens spatiaux militaires du pays, s’agissant des satellites de communication, ou les satellites de renseignement.

satellites CERES
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Cette flotte se compose aujourd’hui de trois composantes, et de 7 satellites, avec 3 satellites CERES (Capacité de Renseignement Électromagnétique Spatial) lancés en 2021, et en charge de détecter les signaux de communication ou radar ; 2 satellites d’observation électrooptique OBSERVER, lancés en 2018 et 2020 (+ 1 à venir) ; et 2 satellites de communication à très longue distance SYRACUSE IV, lancés en 2021 et 2023.

Elle est renforcée, par ailleurs, de certaines capacités embarquées à bord de satellites civils, ou partagés avec d’autres nations, comme les satellites d’observation Pleiades, les satellites de communication Sicral et Athena-Fidus, ou les satellites de géolocalisation Galileo.

Toutefois, cette densité de moyens spatiaux est très insuffisante pour exploiter des liaisons satellites en temps réelles permanentes, indispensables au déploiement de certains drones, ou pour créer un flux suffisamment riche de renseignement, même en associant les capacités comparables des autres pays européens. Dès lors, l’OTAN demeure extrêmement dépendante des États-Unis, dans ce domaine, que ce soit pour le renseignement et pour les moyens de commandement et de communication.

L’hypothèse d’une mise en retrait des États-Unis du théâtre européen, voire de tensions entre l’Europe et Washington, ne pouvant à présent plus être écartées, ni même ignorées, la France va, comme ses voisins européens, devoir combler ce puissant déficit capacitaire, indispensable à la conduite des opérations de guerre moderne, pour lesquelles les armées françaises sont entrainées.

Retrouver les moyens pour former et qualifier les équipages et les personnels de maintenance

L’extension de la flotte de chasse et de la défense aérienne, la transformation des flottes de transport et de soutien, et le rattrapage, à marche forcée, des moyens spatiaux, évoqués jusqu’ici, ne peuvent voir le jour qu’accompagner d’une évolution et d’une transformation des effectifs de l’Armée de l’Air et de l’Espace.

Alpha jet cazaux
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Au-delà des besoins de recrutement et de fidélisation auxquels elle sera exposée, comme la Marine nationale et l’Armée de terre, du reste, l’AAE va devoir, également, repenser son potentiel de formation, qu’il s’agisse des infrastructures, des moyens technologiques comme des moyens humains, pour retrouver un format qui pourrait bien passer de 40,000 aviateurs, aujourd’hui, à 50,000, en 2035.

Au-delà des formations initiales des équipages et personnels de maintenance et de soutien, l’AAE devra, également, faire évoluer ses moyens, pour s’assurer de disposer des forces permettant une rotation des effectifs, voire un traitement de l’attrition, qui ne peut être exclue.

Cela pourrait passer par une intensification des vols de maintien de qualification, pour les officiers détachés en état-majors par exemple, de sorte à conserver, en permanence, un potentiel humain susceptible d’absorber les contraintes des déploiements et engagements, sans jamais renoncer au très haut niveau de technicité exigé par la mission.

Pour cela, le redéploiement d’une flotte d’avions d’entrainement à hautes performances, comme l’étaient les Alpha Jet auparavant, permettant aux abonnés de conserver leurs compétences, sans devoir immobiliser ou consommer le précieux (et très onéreux) potentiel de vol des avions d’arme, pour cette mission, constituerait certainement une hypothèse à méditer, dans le cadre de la révision de la Revue Stratégique 2022.

Engager rapidement la transformation du combat collaboratif

Et les drones, alors ? C’est, logiquement, la question qui devrait s’imposer au lecteur, à ce niveau de l’analyse. En effet, la révolution des drones, ou plutôt du combat collaboratif, comme le désigne très justement l’US Air Force, représente certainement l’enjeu capacitaire le plus décisif, pour les années à venir, pour l’Armée de l’Air et de l’Espace. Suffisamment décisif, pour justifier une tête de chapitre, en tout cas.

Rafale neuron
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En effet, l’arrivée conjointe de systèmes sol-air et air-air à l’efficacité croissante, d’aéronefs dont les couts ne cessent de croitre, ne permettant plus d’en construire et entretenir des flottes de plusieurs centaines d’exemplaires, et les tensions en matière de recrutement, sur l’ensemble des spécialités, imposent, à présent, de s’en remettre à des systèmes robotisés, pilotés par intelligence artificielle, mais contrôlés par l’humain, pour atteindre la masse critique et l’efficacité opérationnelle recherchées.

Plusieurs programmes sont en cours, dans ce domaine, en France, dont le drone MALE Eurodrone RPAS, pour remplacer les MQ-9A Reaper, le drone de combat dérivé du programme Neuron, pour accompagner le Rafale F5, et le drone MALE Aarok, qui pourrait représenter une alternative économique à l’Eurodrone dans de nombreux domaines.

Pour autant, en comparaison des pays leader en la matière, comme les États-Unis, la Chine ou la Russie, la dynamique française, dans ce domaine, demeure de faibles ambitions. Ainsi, La France n’a aucun programme de drone d’attaque à très longue portée, comme le Shahed 136 / Geran-2, en dépit du potentiel offensif et dissuasif que représente une telle capacité, pour un cout exceptionnellement peu élevé.

De même, il semble que la France ait fait le choix, comme la Russie, de developper préférablement un unique drone de combat à hautes performances, plutôt qu’une flotte de drones plus ou moins spécialisés, produits en séries plus réduites, avec un pas technologique raccourcie, comme c’est aujourd’hui le paradigme du programme CCA de l’US Air Force.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

Surtout, l’arrivée de ces nouveaux drones, et de leurs sous-systèmes, qui peuvent également être des drones, va radicalement changer la manière de mener la guerre aérienne, dans une fenêtre de temps qui sera, nécessairement, très réduite, avec une charge et une intensité de travail et d’adaptation qui seront, elles, exceptionnellement élevées.

De fait, outre le développement des programmes en cours, ainsi que des programmes et sous-programmes qui ne manqueront pas d’apparaitre dans les mois à venir dans ce domaine, l’Armée de l’Air et de l’Espace va devoir, dans les quelques mois et années qui lui restent, anticiper une transformation doctrinale, capacitaire et opérationnelle sans précédant, pour rendre, le plus rapidement possible, ces systèmes opérationnels, afin qu’ils jouent leurs rôles, notamment dans l’équation dissuasive européenne.

Anticiper le mur budgétaire de 2030, avec l’accélération du programme SCAF

Il n’est pas question, dans cet article, d’estimer les besoins budgétaires supplémentaires, pour l’Armée de l’Air, qui résulteraient de l’application de certains des points évoqués, comme l’augmentation du format de la flotte de chasse. Il ne fait, en revanche, aucun doute qu’un changement de format, et une évolution des capacités attendues sur la période 2030-2040, nécessiterait plusieurs milliards d’euros supplémentaires, chaque année, au budget de l’équipement comme à celui des ressources humaines de cette armée.

Toutefois, contrairement à la Marine nationale, traitée précédemment, qui demeure aujourd’hui sur une trajectoire de dépenses linéarisées, hors extension de format, l’Armée de l’Air et de l’Espace, elle, va devoir faire face, à partir de 2030, à une hausse inévitable, et très importante, de ses besoins de crédits.

Neuron Rafale
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En effet, celle-ci va devoir, simultanément, financer l’arrivée du Rafale F5 et de son missile ASN4G, ainsi que du drone de combat qui l’accompagnera. Surtout, dans le même temps, le programme SCAF verra ses besoins de crédits décuplés, pour financer la construction et les essais des prototypes, puis pour financer les premières tranches d’appareils et de systèmes.

De l’avis de certains experts au cœur du sujet, le surcout annuel sera de plusieurs milliards d’euros, dès 2031, et continuera de croitre jusqu’au début de l’apurement du carnet de commande. En d’autres termes, ce n’est pas une, mais deux marches budgétaires, que l’AAE doit s’apprêter à franchir, en 2030, alors qu’à ce moment-là, la LPM 2024-2030 n’aura laissé aucune marge budgétaire, ni la concernant, ni concernant les deux autres armées.

Cette double marche budgétaire, perçue comme un mur se rapprochant à grande vitesse, par nombre de ceux au cœur de la planification de l’Armée de l’Air et de l’Espace, sera certainement un des sujets clés qui émergera lors de la clause de revoyure de la LPM, en 2027, à moins qu’il ne soit abordé, dès à présent, dans le cadre de la Révision de la Revue nationale stratégique 2022, ce qui ne serait certainement pas un luxe superflu.

Conclusion

On le voit, quels que soient les aspects, l’Armée de l’Air et de l’Espace se trouve, aujourd’hui, au pied d’une montagne dont le franchissement sera aussi difficile qu’il sera indispensable, dans les quelques années à venir.

En effet, outre les questions de format, communes aux trois armées, l’AAE doit également absorber une profonde révolution capacitaire et technologique, dont les contours demeurent encore flous, et qui, pourtant, va jouer un rôle déterminant, dans l’équilibre des forces, spécialement en Europe, dans les années à venir.

RAfale maintenance
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Elle n’est pas la seule, dans cette situation. La très puissante US Air Force, elle aussi, fait face aux mêmes défis, devant absorber simultanément la révolution technologique et capacitaire du combat collaboratif, les conséquences des menaces sur la flotte de soutien, et l’évolution rapide des performances des systèmes air-air et sol-air, le tout dans un contexte budgétaire contraint (pour les États-Unis), et face à un adversaire, la Chine, qui semble avoir bien mieux anticipé ces transformations.

Dans ce contexte, la trajectoire encore incertaine du programme SCAF, en particulier en termes de calendrier, agit comme un facteur aggravant et déstabilisant, d’autant qu’une arrivée anticipée du programme, pour 2035, tendrait, au contraire, à sensiblement lisser les aspérités des difficultés à venir.

On ne peut qu’espérer que, face à ces enjeux qui dépassent largement le seul cadre de la compétition industrielle entre européens, Paris, Berlin, Madrid et Bruxelles, sauront se montrer à la hauteur des enjeux, pour revenir sur le calendrier initial du programme, et s’y tenir, de manière certaine.

Dans le cas contraire, des mesures intermédiaires, comme un Rafale de guerre électronique, voire un Super-Rafale furtif, devront rapidement être étudiées, et lancées, faute de quoi, l’efficacité même des forces aériennes françaises, sur lesquelles repose pleinement l’efficacité des armées du pays, serait sévèrement compromise.

L’Armée de l’air et de l’espace va-t-elle entamer sa grande mutation avec la révision de la revue stratégique 2022 ? (1/2)

Pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, la révision de la Revue Stratégique 2022, annoncée par le président Macron, constitue, plus que pour toute autre armée française, un enjeu décisif, tant les défis auxquels elle va devoir se confronter, dans les quelques années à venir, sont immenses.

Dans la première partie de cet article en deux volets, les questions porteront sur l’évolution du parc aérien de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Outre les questions de format et de capacités de sa flotte de chasse, évoquées dans un rapport de l’IFRI, celle-ci va devoir, en effet, adapter sa flotte de soutien, à la nouvelle donne opérationnelle et technologique.

La flotte de transport va également devoir se transformer, alors que le besoin des déploiements africains, qui sous-tendait son développement et son dimensionnement, jusqu’à présent, s’est considérablement réduit. Autant de questions, et de sujets, qui ne devront pas être ignorés, par la révision de la Revue Nationale Stratégique 2022.

Le contrat opérationnel et le contexte technologique de l’Armée de l’air et de l’espace, en pleine transformation

À l’instar de la Marine nationale et de l’Armée de terre, le format de l’Armée de l’Air et de l’espace résulte d’arbitrages menés lors de la conception du Livre Blanc sur la Défense de 2014, qui s’appuyait alors sur une stratégie française à deux niveaux : une composante aérienne stratégique, pour la dissuasion, afin de garantir la sécurité ultime du pays, et une composante aérienne tactique destinée à assurer la sécurité du ciel français, et le soutien du corps expéditionnaire français.

Dassault Rafale montagne
L'Armée de l'air et de l'espace va-t-elle entamer sa grande mutation avec la révision de la revue stratégique 2022 ? (1/2) 123

À ce moment-là, les risques de voir émerger un conflit potentiel en Europe, qui plus est de haute intensité face à la Russie, étaient jugés négligeables, alors que, dans le même temps, la tendance demeurait à diminuer le poids budgétaire relatif des armées, sur les finances publiques.

Si les deux revues nationales stratégiques de 2017 et 2022, et les deux LPM qui suivirent, en 2019 et 2024, permirent d’améliorer sensiblement certains aspects devenus critiques, au point de mettre en danger le respect du contrat opérationnel de 2014, le format de l’Armée de l’air, lui, n’a que presque pas évolué. Au mieux, constate-t-on une accélération ou une extension capacitaire dans certains domaines, et l’amélioration sensible de la disponibilité opérationnelle des aéronefs.

Dans le même temps, le contexte sécuritaire, lui, s’est radicalement transformé, avec le retour d’une confrontation à bas bruits entre l’OTAN et la Russie, autour du conflit Ukrainien, la redistribution des cartes en Afrique, et la montée en puissance de certaines puissances régionales, comme la Turquie, l’Azerbaïdjan ou l’Iran.

Surtout, pour la première fois de son histoire post Seconde Guerre mondiale, l’Europe doit faire face à un possible retrait de la protection américaine, voire à une antagonisation des relations transatlantiques, alors que, dans le même temps, les tensions dans la zone indo-pacifique progressent, elles aussi, très rapidement, faisant peser des menaces sensibles sur certains territoires ultramarins français.

A400M Armée de l'air et de l'espace
Détachement Air 278 AMBERIEU EN BUGEY_ 17 octobre 2018, Essai A400M ATLAS sur piste en herbe

Enfin, cette transformation géostratégique a relancé une course aux armements, avec l’apparition de nouveaux moyens, comme les drones, venant radicalement bouleverser les doctrines d’emplois, l’amélioration et le durcissement rapide des bulles de défense aérienne adverses, l’arrivée de nouveaux missiles à longue portée, et l’émergence de nouvelles puissances technologiques, venant pleinement rivaliser avec l’occident, comme la Chine.

Dès lors, aujourd’hui, ni le format, ni la doctrine, ni les moyens dont dispose effectivement l’Armée de l’Air et de l’Espace, semblent suffisants, ou adaptés, pour répondre aux défis qui se dessinent.

Les défis à relever par l’Armée de l’air et de l’espace, face à un calendrier trop serré

C’est dans ce contexte, ô combien difficile, qu’intervient la Révision de la Revue Nationale Stratégique 2022, annoncée par le Président Macron le 21 janvier 2025. Pour rappel, celle-ci doit permettre de traiter les évolutions de menaces, et de besoins, apparus au sein des armées françaises, depuis la rédaction de la RSN 2022.

Une flotte de chasse trop réduite et manquant de certaines capacités clés

De besoins et de nouvelles menaces, la flotte de chasse de l’Armée de l’air et de l’Espace, n’en manque pas. Celle-ci se compose, aujourd’hui, de 185 avions de combat, dont 55 Mirage 2000D modernisés, 20 Mirage 2000-5F, et 110 Rafale B et C, avec l’objectif d’atteindre 130 Rafale et 55 M2000D en 2030, puis 185 Rafale, en 2035.

La flotte de chasse de l’AAE a été dimensionnée pour 15 avions en OPEX, pas pour les 40 avions de combat promis à l’OTAN

Or, comme évoqué précédemment, ce format est hérité du Livre Blanc de 2014, avec l’objectif, alors, d’assurer 4 missions principales : la posture de dissuasion avec deux escadrons nucléaires sur Rafale équipés de missiles ASMPA, la sécurité du ciel français, la formation et l’entrainement des équipages, et la capacité à déployer, en permanence, 15 avions de combat, en mission extérieure.

Mirage 2000-5F EAP Baltic
Deux Mirage 2000-5F effectuent un vol suite à un tango scramble le 21 août 2018 sur la base aérienne d’Ämari en Estonie.

En 2014, déjà, la France devait garantir à l’OTAN, la mise en œuvre de 40 avions de combat, en cas de besoin. Toutefois, les risques qu’un tel besoin apparaisse vraiment, étaient jugés suffisamment faibles, par les planificateurs français, et sur des délais suffisamment longs, que la France aurait les moyens, alors, d’adapter son dispositif, afin d’y répondre.

Bien évidemment, aujourd’hui, la perception est toute différente, et les risques, pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, de devoir effectivement déployer ces 40 avions de combat, pour s’opposer à la menace russe en Europe, sont beaucoup plus probables, et sur des préavis beaucoup plus courts.

En outre, celle-ci doit, à présent, s’assurer de disposer du nombre suffisant d’appareils, disposants eux-mêmes d’un potentiel de vol, lui aussi suffisant, pour répondre à cette menace, ce qui bouleverse radicalement la gestion de la flotte. Ce d’autant qu’un nouveau facteur probable et important doit, à présent, être pris en compte, l’attrition, comme l’ont montré les exemples de la perte de 2 Rafale par collision en 2024, et l’envoi de M2000-5F vers l’Ukraine, venus déstabiliser l’équilibre bien trop instable, de cette flotte.

Dès lors, quel que soit le point de vue choisi, il apparait, sans aucun doute possible, que le format de la flotte de chasse française est aujourd’hui très insuffisant, que ce soit face aux menaces, comme face aux exigences du contrat opérationnel.

Super Rafale ou Rafale F5
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L’état-major de l’AAE estime ce besoin à 40 appareils supplémentaires. Toutefois, dans une analyse précédente, nous avons, pour notre part, évalué ce besoin à 95 avions de combat, pour un format total de 280 avions de combat, pas très éloigné, au final, des 286 Rafale qui devaient, initialement, être commandés pour l’Armée de l’Air, aux côtés de 60 appareils pour la Marine nationale, dans un contexte international pas très différent, non plus, d’aujourd’hui.

Guerre électronique, antiradar, furtivité : des capacités indispensables qui font défaut à la chasse française

Au-delà de cet enjeu quantitatif, la révision de la Revue Nationale Stratégique devra, également, s’attaquer aux capacités mêmes de cette flotte de chasse, ou plutôt, à son manque de capacités, dans certains domaines.

Le dernier rapport de l’IFRI, publié il y a quelques jours, au sujet de la défense aérienne, représente une bonne synthèse de ces besoins non couverts. Ceux-ci avaient été détaillés, précédemment, dans plusieurs articles publiés sur ce site.

C’est notamment le cas de la détection et suppression des moyens de défense aérienne de l’adversaire, domaine dans lequel l’Armée de l’Air manque cruellement de moyens, n’ayant ni appareil dédié spécifiquement à la guerre électronique offensive, comme peut l’être le EA-18G Growler de l’US Navy, ni même de missile antiradar.

RAfale F-35A
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Ce faisant, la chasse française ne peut s’appuyer que sur la pénétration à très basse altitude, un exercice dans lequel elle excelle, mais qui n’en est pas moins risqué, et sur les munitions stand-off, comme le missile de croisière SCALP ou la bombe Hammer, efficaces mais onéreuses, et donc disponibles en quantité limitée, pour frapper l’adversaire dans la profondeur, pour appuyer les troupes engagées au sol, ou pour, éventuellement, tenter de détruire certains sites antiaériens ennemis.

Par ailleurs, aucun des appareils français actuellement en service est furtif, qu’il s’agisse de furtivité passive, comme le F-35A, ou de furtivité active, par brouillage. Ce défaut de furtivité pèse sur les performances air-air et air-sol de la chasse française, selon le rapport de l’IFRI.

Il convient toutefois de modérer certaines interprétations parfois radicales des propos tenus dans cette étude. D’abord, parce que l’adversaire du Rafale, dans les 15 à 20 années à venir, ne sera pas le F-35A, mais le Su-35, le Su-30 ou le Su-34, alors que le Su-57 peine à rejoindre les régiments de chasse russe, et que le J-35/A n’est toujours pas en service, en Chine.

Ensuite, parce que si le F-35A a des atouts évidents, comme la furtivité et la fusion de données, il souffre également de faiblesses significatives, comme en matière de disponibilité, avec un cout de maintien en condition opérationnel plus de deux fois plus élevés que pour le Rafale.

Enfin, parce que les deux principales faiblesses relatives du Rafale vis-à-vis du F-35A, seront en partie atténuées avec l’arrivée du standard F5 et de son drone de combat, à partir de 2030, alors que le développement d’un missile antiradar a également été lancé, dans le cadre de la LPM 2024-2030.

L’échéance 2035 du programme SCAF plus indispensable que jamais

Pour autant, nonobstant les avancées relatives qui arriveront avec le Rafale F5, la chasse française est, aujourd’hui, dans l’obligation de franchir, dans les quelques années à venir, le pas générationnel vers ces avions de combat furtifs, à long rayon d’action, et disposant d’une vaste panoplie de puissants senseurs adossés à une toute aussi puissante fusion de données.

NGF SCAF
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C’est, précisément, le cahier des charges du programme SCAF, co-développé conjointement par Paris, Berlin et Madrid. Ce programme, lancé en 2017, prévoit de concevoir un avion de combat de nouvelle génération, baptisé NGF, ainsi que l’ensemble des systèmes évoluant autour de cette nouvelle capacité, comme des drones de combat, un cloud de combat, un puissant volet de simulation et une multitude de senseurs et de munitions de nouvelle génération.

Initialement prévu pour 2035, le programme SCAF semble, à présent, devoir glisser vers 2040, voire au-delà, en raison des difficultés qu’ont rencontrées les industriels pour se partager équitablement les tâches, ainsi que des atermoiements des puissances politiques de chaque pays participant.

Or, un calendrier visant 2040, voire 2045, représenterait dorénavant une menace directe pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, sa flotte de chasse, ainsi que, probablement, pour la composante aéroportée de la dissuasion française, même avec l’arrivée du missile ASN4G, qui remplacera le ASMPA-R, en 2035, sur Rafale F5.

Pour répondre à ces enjeux stratégiques, plusieurs options peuvent être envisagées. S’il est possible d’accélérer le programme SCAF, pour recoller au calendrier initial de 2035, il ne fait aucun doute qu’il s’agirait, alors, de l’option à privilégier, pour Paris, comme pour Berlin, Madrid et pour Bruxelles, qui a obtenu, en 2024, le statut d’observateur.

NGF programme SCAF
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Dans le cas contraire, si la livraison du SCAF devait intervenir entre 2035 et 2040, une solution serait, pour la France, de concevoir une version du Rafale dédiée à la guerre électronique et la suppression des défenses aériennes, en vue d’ouvrir la voie pour ses Rafale B et C, voire pour ses Mirage 2000D, dans les défenses aériennes adverses. Adossée au standard F5 et à son/ses drones de combat, cette capacité, relativement économique, constituerait une trajectoire intermédiaire efficace, dans l’attente de l’arrivée du SCAF.

En revanche, si les livraisons de SCAF ne peuvent intervenir avant 2040, voire 2045, la France devrait se poser la question du développement d’un Super-Rafale, une extrapolation du Rafale F5 qui serait conçue pour être furtive, dotée de super-croisière, ainsi que d’une production électrique et d’un rayon d’action étendus, pour précisément, servir de chainon manquant, dans le haut du spectre des capacités de la chasse française, avec le SCAF.

Rappelons, à ce titre, que la décennie qui arrive, promet d’être d’une intensité jamais égalée en Europe depuis la crise des euromissiles, avec un risque, très présent, de conflit avec la Russie, voire avec certains de ses alliés et proxys. Dans ces conditions, la France n’a pas le luxe de jouer la patience et la montre, dans l’attente du SCAF, comme elle semble aussi vouloir le faire, avec le programme MGCS.

Une flotte de soutien en plein renouvellement, face à un avenir proche très incertain

La flotte de chasse française n’est pas la seule à devoir faire l’objet d’une nouvelle évaluation capacitaire, technologique et quantitative, face à l’évolution de la menace. C’est également le cas de la flotte de soutien, formée des appareils qui améliorent et étendent les capacités offensives et défensives de la flotte de chasse.

A330 MRTT Rafale ravitaillement
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Il s’agit des avions ravitailleurs, avec le remplacement des derniers KC-135 par 15 A330 MRTT phœnix, des avions de veille aérienne avancée AWACS, alors que les 4 E-3F Sentry doivent prochainement, eux aussi, être remplacés, ou des avions de surveillance et de guerre électronique, avec l’arrivée prochaines des 3 Falcon Archangel.

Ces appareils jouent un rôle déterminant dans l’utilisation optimale de la flotte de chasse, en étendant l’autonomie et le rayon d’action des avions de combat, en dirigeant les interceptions, et en rapportant de nombreuses informations de guerre électronique, notamment pour configurer les systèmes d’autodéfense SPECTRA des Rafale.

Ce rôle n’a pas échappé aux adversaires potentiels de la France et de l’OTAN. C’est ainsi que la Russie a développé des systèmes antiaériens, comme le S-400 et le S-500, d’une portée respective de 400 et 550 km, spécialement pour repousser ces avions de soutien, et ainsi, en réduire l’efficacité.

Parallèlement, l’Armée de l’air russe a relancé le programme de missile air-air à très longue portée R-37M, d’une portée de plus de 400 km, en fonction de l’altitude de lancement. Celui-ci permet à la chasse russe, et notamment aux Su-35S et intercepteurs MIG-31, d’attaquer directement ces avions de soutien, à très longue portée, tant pour les détruire que pour les repousser encore davantage.

Su-35s
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La Chine a suivi le même chemin, d’abord avec le missile PL-15, d’une portée de 300 km, qui arme l’ensemble de la flotte de chasse moderne de l’APL, puis avec le PL-17, un missile air-air de 6 m de long, donné pour atteindre les 500 km de portée. Récemment, les ingénieurs chinois ont annoncé le développement d’un missile air-air à très longue portée, doté d’une vitesse hypersonique et d’une portée « deux fois supérieure à celle du PL-17« .

De fait, c’est toute la capacité de soutien aéroporté à la flotte de chasse qui, aujourd’hui, doit être repensée, spécialement pour les opérations en temps de guerre, sachant que l’US Air Force estime que d’ici à une dizaine d’années, la portée des systèmes air-air et sol-air, dépassera très largement les 1000 km, soit plus que la portée d’efficacité des avions radars, avions ravitailleurs et avions SIGINT.

Si, pour certains d’entre eux, le recours à la furtivité peut représenter une alternative, pour d’autres, des solutions distribuées, s’appuyant sur des drones assumant le risque, et plus aisément remplaçable, devront être envisagées, à moins de s’en remettre à des moyens spatiaux.

Le contrat opérationnel de la flotte de transport bouleversé par la fin de l’aventure africaine

Le transport aérien représente, lui aussi, une composante stratégique de l’Armée de l’Air et de l’Espace. C’est lui qui permet le déploiement rapide de moyens aériens et terrestres, sur un théâtre d’opération distant, et qui en assure le soutien logistique par la suite.

A400M
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Les années 2010 furent, pour ainsi dire, les grandes heures du transport militaire français, avec l’entrée en service de l’A400M, premier appareil de portée stratégique en service au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace, et de très nombreuses missions en soutien des forces françaises déployées en Afrique et au proche et Moyen-Orient.

Les années 2020, ainsi que les suivantes, risquent, en revanche, d’avoir une tonalité très différente. En effet, le retrait des forces françaises de 6 des 8 pays africains qui les accueillaient, aura considérablement diminuer la pression opérationnelle sur cette composante, alors que celle-ci aligne, à présent, 21 A400M Atlas, pour la projection stratégique.

En outre, les tensions internationales faisant, les trajectoires utilisables par l’aviation militaire française, par exemple, pour rejoindre le théâtre indo-pacifique, sont plus complexes et longues, alors que, dans le même temps, l’attention se porte davantage vers l’Europe de l’Est, pour qui le transport routier et ferroviaire est possible, voire privilégié.

On comprend, dans ce contexte, l’intention de Paris de réviser le format initialement visé d’une flotte de 50 A400M, pour s’en tenir à seulement 35 ou 37 appareils, ce qui n’est pas sans menacer la chaine d’assemblage de l’avion européen, à relativement court termes. La France envisagerait, à présent, le développement, en partenariat européen, d’un avion de transport tactique, plus compacte, et plus économique, évoluant entre la catégorie du C-130 ou du C-390, et celle du C-160.

Fin de la première partie – la seconde partie de l’article est accessible ici