dimanche, novembre 30, 2025
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Les Etats-Unis déploient leurs atours en Inde pour remporter les contrats de Défense

L’inde représente aujourd’hui le plus important marché mondial pour l’exportation de matériels militaires. A ce titre, elle est courtisée par l’ensemble des industriels et acteurs de cette industrie, de la Russie et la France, partenaires traditionnels depuis des décennies, aux Etats-Unis, qui déploient aujourd’hui des trésors de diplomatie pour séduire les autorités indiennes.

Car si le marché est effectivement alléchant, ce que recherche les Etats-Unis est avant tout un allié susceptible de pouvoir contrer la puissance démographique Chinoise sur le continent asiatique. Or, les relations entre New Dehli et Pékin sont tendues, comme l’a montré l’épisode du plateau du Doklam à l’été dernier. En outre, la Chine s’est considérablement rapprochée du Pakistan, comme du Bengladesh, deux pays entourant l’Inde avec qui les relations sont explosives.

De fait, les autorités américaines sont prêtes à des efforts importants pour amener New Dehli dans leur sphère d’influence. C’est dans ce cadre que Lockheed, le constructeur aéronautique américain, a annoncé l’ouverture d’une ligne de production d’ailes de F-16 en Inde, avec l’industriel local Tata. En agissant ainsi, Lockheed espère bien faire peser la balance à son avantage lors de l’attribution du contrat portant de 110 appareils « légers ou moyens ». Cet appel d’offre, que le constructeur américain pensait acquis, devait initialement n’être ouvert qu’aux appareils légers, et le F16V était arrivé en final face au JAS39 Gripen de SAAB. Sous la pression de l’Etat Major de l’armée de l’Air indien, la compétition a été étendue aux appareils de catégorie supérieure, permettant au Typhoon, Super Hornet et Rafale de participer. Etonnamment, suite à cette décision, l’opposition indienne a décidé d’attaquer violemment le contrat signé par le président Moodi concernant l’acquisition de 36 Rafale. Il est vrais que ce premier contrat permet à l’appareil de Dassault de se présenter lors de l’appel d’offres sont aucun frais d’adaptation aux besoins spécifiques indiens, puisque ceux ci ont déjà été faits. 

De plus, le choix de l’industriel Tata par Lockheed n’est pas anodin. En effet, Dassault avait refusé, lors des négociations concernant le contrat MMRCA, de garantir le bon fonctionnement des Rafales construits en Inde s’ils devaient être construit par Tata, l’industriel français le jugeant incapable de respecter les exigences qualitatives françaises.

Toutefois, tout n’est pas simple pour les Etats-Unis non plus. D’une part parce que l’Inde est très attachée à son statut de pays non aligné, lui permettant d’entretenir des relations équilibrées entre l’ensemble des acteurs de la géopolitique mondiale. Mais surtout, les industriels américains, comme le département d’Etat, se retrouvent piégé par la loi CAATSA qui menace de sanctions les pays faisant l’acquisition de systèmes de Défense sensibles d’adversaires des Etats-Unis, comme la Russie. Or, comme la Turquie, l’Inde a engagé des négociations prévues abouties pour l’achat de 6 régiments de missiles S-400 russes. De fait, pour maintenir leurs chances en Inde, les négociateurs américains doivent jouer sur l’interprétation des textes, ce qui est loin d’être une base solide pour construire un partenariat industriel Défense à long terme. A l’inverse, la présidence américaine ne peut se dédire sur un texte aussi emblématique du président Trump, par ailleurs le principal bras armé dans le bras de faire qui l’oppose à Erdogan.

Quoiqu’il en soit, le dossier indien est encore très loin d’être clos, que ce soit pour les américains, les russes comme les français.

La LPM ne traite pas les besoins en matière de combat de haute-intensité

La Loi de Programmation Militaire 2019-2025 française marque incontestablement une rupture profonde avec les 30 années de déflation des forces armées suite à l’effondrement du bloc soviétique, en redonnant, dans une approche considérée raisonnable, les moyens financiers nécessaires aux armées pour soutenir don format actuel. 

Ceci dit, et contrairement à une idée largement répandue dans la classe politique, cette LPM est très loin de redonner aux forces armées les moyens de ses missions. D’une part, sa progressivité induit un démarrage décaler de nombreux programmes, comme le programme HIL de remplacement des hélicoptères légers des armées, pourtant jugé prioritaire, et dont les premières livraisons n’interviendront qu’en 2028.

Ainsi, de très nombreux programmes ont été limités ou retardés de sorte à respecter l’enveloppe financière globale allouée, nonobstant le besoin opérationnel critique. C’est le cas des avions Rafale, des frégates FTI, des patrouilleurs hauturiers, des hélicoptères NH90 et des véhicules blindés de l’armée de terre.

Mais même une fois l’ensemble de ces programmes exécutés, les armées françaises respecteront toujours le format établi par le Livre Blanc 2013. Et c’est précisément ce format que le général Lecointre qualifie, à très juste titre, d’armée de temps de paix.

Car le Livre Blanc a été rédigé au paroxysme de l’élan vers « les bénéfices de la Paix », soit avant l’annexion de la Crimée et la crise du Donbass, la militarisation de la mer de Chine, ou les interventions au Mali et en République centre-africaine.

De fait, en 2013, l’idée prévalait que la France n’avait plus besoin d’une force militaire pour les combat entre Etats, dite de haute-intensité, et que le périmètre de la Défense se limitait donc à une force expéditionnaire projetable, appuyée sur une dissuasion nucléaire elle même réduite, puisque le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins à la mer en permanence était ramené de 2 à une seule unité.

Dans la logique de ce paradigme, le nombre de chars Leclerc fut ramené à 200 exemplaires, de quoi équiper 4 régiments, et le nombre d’avions de combat à 225, de sorte à pouvoir projeter 15 appareils en permanence. En 2018, l’armée de l’Air a projeter plus de 20 appareils en moyenne sur l’année, sans compter les appareils de l’aéronavales eux mêmes déployés. En outre, toutes les actions militaires n’étaient considérées que dans le cadre de coalition, ce qui posa d’importants problèmes quand aux moyens logistiques disponibles lors de Serval par exemple.

Mais surtout, la situation géopolitique a considérablement évoluée depuis 2013. Non pas que les signes avant-coureurs n’étaient pas perceptibles avant cette date, mais il faut admettre qu’ils étaient moins évidents. 

La montée en puissance des forces militaires de plusieurs pays ont, en quelques années, ramené au premier plan des hypothèses qui semblaient reléguées dans les livres d’histoire, comme la possibilité d’un conflit majeur en Europe centrale, d’un conflit aéronaval dans le Pacifique, ou du retour de la menace nucléaire.

Si l’on ne se compare qu’à la seule Russie, la France ne dispose que de 200 chars lourds modernes contre 2800 coté russe. En outre, les Forces russes réceptionnent chaque année entre 200 et 300 nouvelles unités, là ou la France ne prévoit d’étendre son parc qu’à partir de 2035 (la Russie alignera cette date plus de 6000 chars). Il en va de même pour les avions de combat, les bombardiers, les drones, les systèmes d’artillerie et de défense contre aéronefs etc. Alors qu’elle a un PIB prés de 50% supérieur à la Russie, et une population seulement moitié moindre, les forces françaises sont dépassées par les forces russes dans un rapport évoluant entre 1/5 à 1/10. 

Malheureusement, il en va de même dans toute l’Europe, au point que la Russie est aujourd’hui très supérieure militairement à l’ensemble des forces européennes réunies. 

Au delà de la nécessaire application stricte de la LPM, qui est plus qu’indispensable pour éviter l’effondrement pur et simple de la puissance militaire française à l’image de ce qui se passe aujourd’hui en Allemagne, il sera donc nécessaire, dans un futur proche, de mener une réflexion globale et exhaustive sur les besoins militaires des forces françaises avec et sans le périmètre européen, de sorte à être capable d’assurer la Défense effective du territoire nationale, et de ses intérêts. 

Il faut noter que cette réflexion bénéficierait grandement à être menée conjointement par l’Allemagne, et par les pays européens effectivement désireux d’atteindre l’autonomie stratégique dont parle le président Macron, de sorte a être mesure d’apporter une réponse coordonnée et ambitieuse, garante de la paix sur le continent.

Quel sera le prochain véhicule de combat d’infanterie australien ?

L’Australie a lancé depuis 5 ans un important programme visant à moderniser l’ensemble de ses forces militaires. C’est dans le cadre de cette initiative que Naval group a pu signé le « contrat du Siècle » pour la conception et fabrication de 12 sous-marins d’attaque océaniques Shortfin Barracuda, et que la Grande-Bretagne a récemment obtenu la commande de frégates polyvalentes Type26.

Concernant les véhicules blindés, le programme intitulé Land 400, est décomposé en 2 parties. La première a vu, le 18 mars dernier, la commande 211 véhicules de reconnaissance blindée Boxer CRV à l’allemand Rheinmetall. La seconde partie concerne le futur véhicule de combat d’infanterie de l’armée australienne. 3 participants ont été sélectionnés : BAe avec le CV90 MkIV, dernière évolution de cette famille de blindé ayant connu un important succès, notamment en Europe ; le sud coréen HanWha Defense Systems avec le AS21 Redback, et RheinMetall avec le KF41 Lynx, présenté lors du salon EuroSatory 2018. Le contrat devrait porter sur environ 600 unités pour un budget de 10 à 15 Md$. 

Il est intéressant de constater que les 3 IFV retenus par les autorités australiennes ont une architecture très proche, avec une capacité d’emport de 8 ou 9 soldats équipés, et une tourelle lourde équipé d’un canon de 35 mm et de missiles anti-char, à l’image de la tourelle de l’EBRC Jaguar français. La masse de ces blindés s’étale de 42 à 47 tonnes, à comparer au 28 tonnes du VBCI français (32 tonnes pour la version lourde). 

L’Europe devrait-elle prendre en charge la sécurité de l’Ukraine ?

Alors que les tensions ne cessent de croitre autour su Donbass, l’Ukraine et 14 pays alliés ont entamé l’exercice Rapid Trident la région de Lviv, dans l’ouest du pays prés de la frontière polonaise. Si l’exercice implique 9 pays de l’OTAN, c’est essentiellement le soutien des Etats-Unis face à la Russie qui est recherché par Kiev, montrant le peu d’intérêt de V.Porochencko pour les initiatives européennes.

Pourtant, les évènements ayant précipité l’Ukraine dans la situation actuelle étaient uniquement liés à l’Europe, et pas du tout aux Etats-Unis. En effet, c’est lorsque le président Ianoukavitch avait annoncé sa décision d’adhérer à la zone de libre échange avec la Russie, et non avec l’Union Européenne, que les évènements se sont précipités. En quelques heures, Kiev, mais également Lviv et la majorité des grandes villes ukrainiennes, se sont recouverts de drapeaux européens, et des dizaine de milliers d’ukrainiens se rassemblèrent sur la Place du Maidan pour exiger du président Ianoukovitch qu’il respecte son principal engagement de campagne, le rapprochement avec l’UE.

Malheureusement, depuis, l’Europe a surtout brillé par son manque de soutien au gouvernement et au peuple ukrainien, laissant aux Etats-Unis toute latitude pour articuler un nouveau proxy. 

Or, une action européenne, massive et motivée, serait effectivement de nature à empêcher toute dérive du conflit, alors que le soutien américain serait plutôt de nature à encourager le recours à la force. En effet, l’hypothèse d’un conflit ouvert entre l’Ukraine et la Russie pourrait être perçu, à Washington, comme une alternative intéressante pour tenter de déstabiliser le gouvernement de V.Putin, le soutien russe dans le Donbass n’étant pas particulièrement soutenu dans l’opinion publique russe qui, pour beaucoup, a des liens familiaux avec l’Ukraine. 

Pour l’Europe, en revanche, une confrontation entre les deux pays engendrerait d’importants risques de contagions, et la radicalisation des rapports avec Moscou. Une fois encore, le manque criant de moyens des forces militaires européennes engage sensiblement la sécurité de l’Union, de ses alliés, et de l’ensemble du continent. 

Les Etats-Unis, et non l’Europe, viennent en aide à la Grèce face à la Turquie

Lors de son audition en juillet par les députés, le Général Le Cointre, Chef d’Etat Major des Armées, faisait le constat que l’Europe de la Défense n’était malheureusement pas soutenu par beaucoup de membre de l’UE. L’exemple de la Grèce explique, en grande partie, le manque de crédibilité de l’offre soutenue aujourd’hui par la France, pour plus d’autonomie stratégique de l’Europe et moins de dépendance vis-à-vis des Etats-Unis.

En effet, les frictions et incidents militaires entre la Grèce et la Turquie, tous deux membres de l’OTAN, ne cessent de croitre depuis quelques années, accentués par les ambitions nationalistes et expansionnistes du président Erdogan.

On aurait pu penser, naturellement, que par l’intermédiaire de l’article 47-2, et en pleine initiative européenne de Défense, une intervention de réassurance européenne aurait été parfaitement légitime, et même logique. Car, en effet, le déploiement de quelques Rafale ou mirage2000 français, et de quelques Typhoon allemands ou Espagnols, auraient très certainement envoyé un message particulièrement clair sur l’autre rive du Bosphore. Cette initiative aurait eu par ailleurs le mérite de réconcilier la population grecque avec l’Europe, en montrant que celle-ci savait être là lorsque le besoin se faisait sentir, notamment en terme de sécurité et de diplomatie active.

Malheureusement, ce sont les Etats-Unis qui, une fois encore, brillent par leur réactivité et leur décision, en entamant des travaux pour renforcer la présence des forces US en Grèce

Certes, cette annonce s’intègre dans une démarche visant à faire monter, encore d’avantage, la pression sur Ankara. Certes, il ne s’agirait très probablement que de déplacer des forces d’ores-et-déjà présente en Turquie, pour conserver la capacité d’action dans la région. Mais du point de vue symbolique, l’annonce américaine aura un impact fort sur la perception de tous les états européens vivant aujourd’hui sous la pression d’un autre Etat, très souvent la Russie. En outre, cette annonce s’accompagne de mesures très concrètes en matière d’équipements de Défense, enrobé dans un emballage de « bon élève de l’OTAN », puisque malgré ses importantes difficultés économiques, la Grèce a maintenu un niveau d’investissement Défense supérieur à 2%.

Coté  européen, en revanche, et français en particulier, on tergiverse pour trouver les garantis financières pour accorder le crédit concernant les 2 frégates FTI dont Athènes a désespérément besoin.

Si le couple franco-allemand souhaite effectivement donner une véritable impulsion à l’autonomie stratégique et a l’Europe de la Défense, il serait très profitable de s’emparer du problème grecque, et de mettre en place un plan d’action, soit à l’échelle européenne, soit à l’échelle des nations, donnant ainsi de la matière aux propositions très théoriques actuelles. 

Le budget de la Défense du Japon atteindra 47 Md$ en 2019

Comme cela a été abordé à de nombreuses reprises, la Chine a considérablement accrue ses capacités militaires ces 20 dernières années. Non seulement a t elle augmenté ses investissements et modernisé ses équipements, mais elle a profondément modifié sa doctrine et ses objectifs, devenant rapidement une force capable de projection de puissance articulée autour d’une puissante armée de métier, en lieux et place d’une très imposante armée de conscription à forte composante terrestre.

De fait, l’ensemble des pays bordant la mer de Chine et le Pacifique occidental ont été contraints de revoir les propres doctrines et augmenter sensiblement leurs moyens. 

Le Japon est directement touché par ces nouveaux développements militaires chinois, d’autant que les efforts de Pékin portent pour beaucoup sur les moyens navals et aériens, au point de contester et, désormais de dépasser, la puissance navale japonaise. D’autres part, les progrès enregistrés par la Corée de Nord en matière de missiles balistiques sont considérés avec le plus grand sérieux par Tokyo, comme l’est le renforcement de la flotte militaire russe de Vladivostok.

Ajoutons à cela le gouvernement nationaliste de Shinzo Abe, dont certains membres n’ont pas hésité à mettre en doute les massacres de Nankin par les forces d’invasion japonaise pendant la campagne de Manchourie, apparaît dés lors une situation de grande tension dans cette partie du globe.

De fait, le gouvernement japonais a une nouvelle fois annoncé une augmentation du budget de la défense pour la 7èmeannée consécutive, pour atteindre les 5 300 Milliards de Yen, soit 41,25 Md€. A noter que ce budget ne tient pas compte des forces des gardes côtes, bénéficiant de leur propre budget de 1,8 Md€.

Ces augmentations doivent permettre de renforcer la défense anti-aérienne et anti-missiles nippone basée sur un double bouclier, le premier naval grâce à ses destroyers Aegis mettant en œuvre des missiles SM3, et un bouclier terrestre équipé lui de Patriot PAC-3. Le pays du Soleil Levant ambitionne également de développer et construire un chasseur lourd de 5eme génération pour prendre la relève de ses F-15, jugeant le F-35 trop limité dans cette mission. Plusieurs consultations sont en cours sur le sujet aux Etats-Unis comme en Europe.  

Si l’Allemagne avait été au cœur des préoccupations lors de la guerre froide face à l’Union Soviétique, il est très probable que ce rôle revienne désormais au Japon face à la montée en puissance chinoise, révélant s’il en était besoin, le basculement du centre de gravité mondial de l’Europe vers l’Asie.


Pourquoi la France perd-elle la confiance de l’Egypte ?

Ces 5 dernières années, l’Egypte a été un partenaire clé de l’industrie de Défense française, en commandant une frégate FREMM, quatre corvettes Gowind2500 dont 3 construites sur place, 24 Rafale et en se portant acquéreuse des 2 BPC Mistrals que le gouvernement français refusa de livrer à la Russie suite à l’annexion de la Crimée. 

Mais depuis un an, la situation semble se dégrader entre Paris et Le Caire, et plusieurs contrats qui semblaient acquis sont aujourd’hui en balance. Parmi eux la commande de 24 Rafale supplémentaires équipés de missiles SCALP, qui fut longtemps en suspend en attendant l’accord de Bercy, pour finalement être bloquée par l’administration Trump utilisant la loi sur l’exportation de matériels sensibles ITAR, dont certains composants équipent les missiles SCALP français.

Concernant la navale, il était question pour le Caire d’acquérir deux nouvelles corvettes Gowind2500 et peut-être une nouvelle frégate FREMM, de sorte à bénéficier de deux flottes homogènes en mer rouge et méditerranée composée chacune d’un BPC d’une FREMM et de 3 Gowind2500.

Malheureusement, comme souvent en France, des atermoiements politiques et financiers risquent forts d’avoir raison de ces dernières commandes Egyptiennes, pourtant indispensables à l’industrie de Défense française. En effet, outre le volet ITAR des SCALP, la France ne parvient pas à sécuriser les emprunts potentiels égyptiens pour ces nouvelles commandes. Ces difficultés auront permis à TKMS, le constructeur naval allemand, de proposer deux frégates MEKO 200, pourtant beaucoup plus chère que les 2 GOWIND2500 de Naval Group, et d’être en négociation finale pour remporter la commande.

Pourquoi la France serait-elle incapable de sécuriser une commande de 500 m€ là ou l’Allemagne peut en sécuriser une de 1 Md€ ? Il y a évidemment une question d’encours, la France étant déjà « exposée » vis à vis des Rafales, BPC et Corvettes. Mais pas uniquement ! Comme l’a montré son offre à la Norvège lui ayant permis de rafler la commande de 4 sous-marins face à Naval Group, l’Allemagne sait parfaitement prendre en compte le retour social et fiscal de ces commandes dédiées à l’exportation dans l’évaluation de son cout résiduel ou de son risque résiduel. En effet, contrairement aux Gowind2500 de naval Group, les Meko200 proposées par TKMS seraient intégralement construites en Allemagne. En outre, une grande partie des équipements seraient d’origine allemande, contrairement à la Gowind2500 , dont seuls 10% des équipements sont d’origine française. De fait, les autorités allemandes peuvent déterminer la valeur du retour fiscal d’une frégate dont la chaine de valeur est presque intégralement allemande. Dans le cas d’une MEKO 200 à 500 m€, ce sont donc au moins 400 m€ qui sont issus de la BITD allemande, auxquels d’appliquent le taux de retour fiscal hors export à 3 ans de 50% en Allemagne. L’Etat allemand et les Landers récupèrent donc 200 m€ de recettes fiscales par corvette, qui n’offrent dés lors qu’une exposition au risque de 300 m€ par unité, 600 m€ au total. En tenant compte d’un acompte de 20% indispensable dans le cas d’un tel contrat, le risque résiduel n’est que de 400 m€, soit 40% de la valeur effective du contrat, et surtout 600m€ peuvent être garantis au paiement par l’Etat lui même, puisque celui-ci est assuré de les récupérer fiscalement…

Malheureusement, cette approche n’est pas réalisable pour les Gowind2500 proposées au Caire, puisqu’elles sont assemblées à Alexandrie, et que 80% des équipements de la corvette ne sont pas issus de la BITD française. En revanche, elle le serait concernant la FTI qui, elle, a une exposition à la BITD nationale très supérieure, et qui d’ailleurs serait beaucoup plus proche de la MEKO 200 en terme de prix et de capacité, tout en bénéficiant du taux de retour fiscal en France de 75%, très supérieur aux 50% allemands.

Dans tous les cas, l’utilisation de la notion de retour fiscal des commandes Défense, domestiques ou exports, ouvrirait de nouvelles possibilités en matière de financement et d’adressage du marché, permettant aux industries françaises de mieux faire valoir leurs savoir-faire et produits sur le marché.

Regain de tensions en Ukraine dans un moment critique

Les tensions opposant forces loyalistes et forces rebelles pro-russes ne cessent de croitre ces derniers jours en Ukraine, et plus précisément sur la ligne de front séparant les forces en présence dans le Donbass. 

La fin de l’été et le début de l’automne ont toujours donné lieu à une augmentation des tensions dans cette région. Et pour cause, c’est une période très favorable pour une action militaire russe, ou pro-russe, en Ukraine, puisque bordée par l’arrivée de l’hiver et de la dépendance ukrainienne au gaz russe, empêchant ainsi tout enlisement du conflit.

Au delà de ce facteur annuel, plusieurs facteurs conjoncturels accroissent le risque cette année, comme les tensions entre les Etats-Unis et la Russie et le risque de guerre monétaire contre le rouble menée par Washington, et qui pourrait bien induire Moscou à une action militaire afin de conserver une marge de manœuvre diplomatique et, surtout, une crédibilité en matière de politique intérieure pour faire face à la crise sociale et économique qui en résulterait. D’autre part, le Kremlin pourrait être tenté d’une action militaire visant à affaiblir la crédibilité du gouvernement ukrainien, de sorte que les élections de 2019 puissent amener au pouvoir un nouveau président ayant le mandat pour négocier une fin de conflit, ce qui n’est pas du tout le mandat donné à P.Poroshenko. Enfin, le Kremlin pourrait décider qu’il dispose désormais des moyens suffisants pour saisir les territoires s’étalant du Donbass à la Crimée, afin de relier cette dernière au territoire russe, de russiser intégralement la mer d’Azov, et de renforcer sa position militaire en Europe. 

C’est dans ce contexte déjà très tendu que l’assassinat d’Alexandre Zakhartchenko, un des chefs de la rébellion dans le Donbass, intervient. Comme souvent dans ce cas, les dénégations se suivent et se ressemblent, chacun accusant l’autres du meurtre pour encourager le recours à la force armée.

Quoiqu’il en soit, entre la démonstration de force russe qui aura lieux en Sibérie orientale la semaine prochaine avec l’exercice Vostok 2018, et la montée en puissance des forces armées ukrainiennes, qui n’ont plus grand chose à voir aujourd’hui avec la force désorganisée et faiblement armée de 2015, nous avons désormais deux belligérants prêts au combat, et bien peu d’initiatives en faveur de la paix dans cette région. Or, si une guerre opposait véritablement les forces ukrainiennes et russes, ce serait très probablement une catastrophe sans précédant en Europe depuis 50 ans.

Il est regrettable que l’Europe, plus particulièrement le couple franco-allemand, n’ait pas encore pris l’initiative de déployer une force d’interposition destinée à empêcher tout  débordement de situation aux conséquences dramatiques. Une opération qui, soit dit en passant, pourrait également s’appuyer sur la Chine, pour qui une crise en Europe aujourd’hui serait très néfaste, et qui ne manquerait pas une telle opportunité de jouer un rôle majeur dans la diplomatie mondiale avec l’Europe.

La Russie et la Turquie peuvent-elles coopérer pour produire un avion de combat de nouvelle génération ?

Alors que les tensions entre la Turquie et les Etats-Unis semblent ne pas vouloir décroitre, le gouvernement turc cherche à évaluer quelle serait sa position internationale s’il venait à rompre avec l’allié américain et l’OTAN. Et parmi les dossiers qu’il faudra rapidement traiter, se trouve le remplacement de la flotte de chasse turque, aujourd’hui équipée de F-16 américains et de quelques F-4 Phantom, et qui devait justement acquérir une centaine de F-35 A et B auprès de Lockheed.

Ceci dit, il n’y a pas beaucoup d’acteurs capables de produire des avions de chasse moderne sur la planète, d’autant que les Européens seront bien peu enclin à soutenir le régime Erdogan en risquant le courroux américain. Dans les faits, seule la Russie et la Chine seraient en mesure de remplacer les Etats-Unis dans ce domaine. Les relations entre Ankara et Pékin sont assez discrètes, en tout cas publiquement. En revanche, ce sont précisément les relations entre Ankara et Moscou, jugées bien trop chaleureuses, qui auront été un facteur déterminant dans la crise avec Washington.

C’est la raison pour laquelle les déclarations de Viktor Kladov, directeur des relations internationales de Rostec, qui bien que n’ayant aucun caractère officielle, soit loin d’être dénuées de fondements ni de contextes. Pour Moscou, l’hypothèse de trouver un nouveau partenaire pour remplacer New Dehli, est certainement déterminante. Mais les bénéfices pour le Kremlin iraient bien au delà de cet aspect financier. En effet, en procédant ainsi, les autorités russes s’assureraient d’un contrôle très avancé sur la puissance militaire turque, en en contrôlant l’intégralité de la défense aérienne. De fait, la Turquie basculerait de fait dans le périmètre des alliés très proches de la Russie, avec tous les avantages que cela constitue sur ce théâtre d’opération (Mer noire, Méditerranée orientale, Moyen-Orient, contrôle des détroits, contrôle des gazoducs..)

En outre, La Turquie constituerait un excellent relais pour l’industrie russe vers les marchés moyen-orientaux, notamment en matière d’armement. Rappelons que les industries de Défense Turques ont connus une croissance très importante ces 10 dernières années, et qu’elles ont signé de très nombreux contrats de partenariats avec la plupart de monarchie du Golfe, ainsi qu’avec l’Egypte, dans des domaines variées allant des munitions à la fabrication de véhicules blindés.

Enfin, l’industrie Turc évolue depuis des décennies dans le cercle des industries occidentales, d’ou elle a acquis l’essentiel de son savoir-faire. Certes elle n’a pas encore atteint un statut d’autonomie stratégique, mais les technologies acquises, notamment autour du F-35, seront très certainement d’un grand intérêt pour l’industrie russe.

De fait, Moscou a de très nombreuses raisons pour encourager la rupture de ban d’Ankara, et à lui proposer un partenariat comme celui-ci.

Il faut cependant noter que ces raisons seraient également transposables à la Chine, qui, en revanche, serait en mesure d’apporter dans le panier bien plus que des technologies militaires. En effet, pour Pékin, la Turquie représenterait le parfait aboutissement de sa route de la Soie, et un point d’entrée idéal vers l’Europe et le Moyen-Orient, tant pour ses forces militaires que pour son commerce. En outre, cela limiterait la puissance militaire de la Russie, ce qui ne serait certainement pas pour déplaire aux autorités chinoises. Enfin, la Turquie représenterait un parfait vase d’expansion pour les investissements chinois, avec une population nombreuse, éduquée, riche et une culture industrielle ancienne et forte. Du point de vu militaire, la Turquie représenterait enfin un allié important pour contrôler les intensions européennes au Moyen-Orient, sans s’exposer directement. Bien évidemment, la Chine est également parfaitement capable d’assister la Turquie dans la construction d’un avion de nouvelle génération, elle même en ayant déjà un en service (le J-20), et deux en développement (FC-31 et JH- ??)

Si l’hypothèse de la rupture entre l’OTAN la Turquie venait à se confirmer, il n’est donc pas du tout certain que cette dernière basculerait systématiquement dans une alliance forte avec Moscou, et si la diplomatie chinoise est moins visible, elle n’en est pas moins efficace. 

Le F-35 est encore loin d’être opérationnel

C’est à grand renfort d’articles de presse que le F-35C, la version embarqué sur porte-avions de l’avion de Lockheed, a effectué ses premiers tests d’embarquement opérationnel à bord  du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln. Malheureusement, et comme souvent avec cet avion, des problèmes sont venus ternir les essais. Ainsi, le très technologique casque à visée intégrée de l’appareil s’est montré fort peu pratique, et même dangereux, pour les opérations de nuits sur porte-avions.

En effet, même éteint, le système LED qui affiche les données sur la visière du pilote continue d’émettre un halo verdâtre rendant très difficile la vision nocturne naturelle du pilote, et donc son positionnement spatial. Au point que seuls les pilotes ayant déjà effectué plus de 50 appontages de nuits sont autorisés à effectuer des manœuvres de nuit sur cet appareil. Le remplacement de l’écran LED par un écran OLED semble être en mesure de résoudre le problème.

Comme Samsung nous l’avait mainte fois clamé, les écrans OLED offrent des noirs « intenses », sans aucun rayonnement parasite, comme les LED. Mais concernant un casque qui coute 400.000 $ pièce, et un problème identifié depuis 2012, on aurait pu s’attendre à ce qu’il fut réglé avant d’arriver sur porte-avions..

Mais il semble ce cet exemple soit la règle, et non l’exception, au sujet de la correction des défaillances techniques de l’appareil de Lockheed. Dans un article très détaillé, le think tank POGO a analysé plusieurs aspects très problématiques du programme, et en particulier la correction des défaillances techniques. Ainsi, en 2017, il restait 111 défaillances critiques sans solutions. Ce Chiffre a été ramené à 90 aujourd’hui, mais seulement en requalifiant 19 de ces défaillances de défaillances « critiques » (catégorie 1), en défaillances graves (catégorie 2), sans qu’elles ne soient réglées. Parmi ces défaillances critiques « décalées », on trouve par exemple un problème liée à la crosse d’arrêt d’urgence du F-35A qui peut abimer gravement l’empennage arrière, ou le retour des coordonnées de visée des armes qui n’apparaît pas, ne permettant pas au pilote de vérifier les coordonnées GPS des armes qu’il va larguer. Quand aux défaillances graves, elles sont au nombre astronomique de 888. 

De fait, comme le souligne le POGO, les 90 appareils qui sont livrés chaque année, comme les 300 appareils déjà livrés, le sont dans une version incomplète et dangereuse, au point que l’US Air Force aurait déjà provisionné plus d’un milliard de dollars pour remettre à niveau ses appareils, positionnant le retrofit des appareils livrés neufs dans la catégorie administrative des programmes d’investissement majeur.

L’enquête pointe également les couts de possession opaques mais très élevé de l’appareil, avec un contrat annuel passé avec Lockheed de 5 millions de dollars par appareil, soit 25.000 $ par heure de vol pour le simple entretien industriel de la cellule et des systèmes centraux, en dehors des couts d’entretien du très puissant mais très complexe réacteur F-135, de son tout aussi puissant et tout aussi complexe radar AN/APG-81, et de l’ensemble de ses multiples systèmes secondaires, Au demeurant, l’estimation faite du prix de possession à l’heure de vol de 62.000$ semble correcte, sans avoir intégré, cependant, les éléments de maintenance évolutive ni les couts purement militaires.

Pour tenter de réduire ces couts, un plan d’action a été mis en place, avec plus de 800 propositions. Il semble toutefois qu’un nombre important de ces propositions soient soit irréalistes, comme réduire le nombre d’heure et la durée des vols de qualification, soit aux effets très modérés, comme l’achat par Block, qui devait permettre une économie de 1,2 Md$ pour au final ne pas excéder 300 m$. En outre, comme le souligne l’enquête, les surcouts liés au solutions apportées pour résoudre les défaillances, risquent fort bien d’égaler voir d’excéder les économies espérées.

En conclusion, l’enquête s’interroge sur les raisons qui ont mené les décideurs à persévérer dans ce programme manifestement hors de contrôle, et dont les performances technologiques sont de moins en moins évidentes que le programme prend du retard, et s’interroge sur la pertinence de donner à Lockheed la capacité à garder au sol la majorité de l’US Air Force et du Marines Corps grâce au système ALIS. 

Si la question se pose objectivement lorsque l’on est américain, elle devrait être un point critique de décision en tant qu’Européen !