Le Pentagone signe avec sept géants de l’IA pour déployer des modèles sur des réseaux classifiés

Ajouter aux Favoris
Article favoris

Le département de la Défense des États-Unis a confirmé des accords avec sept grands acteurs de l’intelligence artificielle pour déployer leurs modèles au sein de réseaux militaires classifiés, une liste portée à huit dans les heures suivantes selon le Bureau du numérique et de l’IA du Pentagone, le CDAO. Anthropic en est exclu sur fond de contentieux avec l’institution. Cette accélération vise à doter rapidement les forces américaines d’outils de génération et d’orchestration par agents afin d’améliorer la synthèse de données et la décision opérationnelle, tout en affrontant un risque croissant de failles de type zero day et de vulnérabilités de chaîne d’approvisionnement.

Les fournisseurs retenus incluent Amazon Web Services, Google, Microsoft, Nvidia, OpenAI, Reflection, SpaceX et Oracle, autorisés à opérer dans des environnements de réseau de niveau d’impact 6 et 7, c’est à dire des systèmes traitant des informations classifiées. Le Pentagone indique que ces outils seront accessibles via GenAI.mil, sa plateforme centrale. L’objectif affiché est d’unifier l’accès aux capacités et d’éviter un verrouillage vis à vis d’un unique prestataire, l’architecture interne du ministère restant développée en parallèle pour limiter tout risque de perte d’accès ou de restriction imposée par des conditions commerciales.

GenAI.mil a été lancé le 9 décembre et a réuni 500000 utilisateurs en une semaine puis un million en un mois, pour un vivier potentiel allant jusqu’à trois millions de comptes dont plus de 1,3 million actifs. Fin avril, les utilisateurs ont obtenu l’accès au modèle Google Gemini 3.1 Pro, huit semaines après sa disponibilité commerciale. Plus de 100000 agents ont déjà été créés sur la plateforme. Après une phase d’expérimentation d’un mois conduite sous supervision humaine, la restriction limitant les agents aux seuls espaces non classifiés a été levée pour autoriser des usages sur documents classifiés vérifiés a posteriori.

En parallèle, le Centre pour les normes et l’innovation en IA du Département du Commerce, le CAISI, a annoncé un accord avec Microsoft, Google et xAI permettant au gouvernement fédéral d’évaluer leurs nouveaux modèles avant déploiement. Les développeurs fourniront des versions adaptées aux tests, parfois avec garde fous allégés, afin d’explorer des comportements inattendus et des vecteurs d’abus potentiels. Microsoft collaborera avec des scientifiques gouvernementaux et partagera jeux de données et procédures de test. Selon le CAISI, plus de quarante évaluations ont déjà été menées sur des modèles de pointe non publics, dans une optique de sécurité nationale renforcée.

Anthropic a de son côté dévoilé le projet Glasswing, destiné à renforcer les défenses logicielles avant que des attaquants outillés par l’IA n’exploitent des failles dites zero day. Des partenaires industriels comme Amazon Web Services, Apple, Cisco, Google et Microsoft ont obtenu un accès à Claude Mythos Preview, un modèle non publié qui, selon des responsables, a déjà identifié des milliers de vulnérabilités critiques dans les principaux systèmes d’exploitation et navigateurs. L’entreprise a informé la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency ainsi que le centre du NIST dédié aux standards de l’IA. Elle prévient que les conséquences pourraient être sévères.

Les relations entre Anthropic et le département de la Défense se sont dégradées après le refus de lever les restrictions d’usage de ses outils pour la surveillance intérieure et des armes entièrement autonomes. En mars 2025, le Pentagone a qualifié l’entreprise de risque de chaîne d’approvisionnement et la Maison Blanche a ordonné une sortie progressive de ses outils par les agences fédérales. Saisi par Anthropic, un juge a temporairement suspendu le blacklisting fin mars en relevant un caractère possiblement punitif. L’entreprise reste toutefois absente des nouveaux accords, tandis que des startups de défense disent constater un regain d’intérêt des donneurs d’ordre.

La stratégie du Pentagone combine un déploiement rapide sur réseaux classifiés via GenAI.mil et la diversification de fournisseurs pour accroître la résilience. Le département met en avant l’amélioration de la compréhension et de la conscience situationnelle des forces. Un accord avec Google ouvre l’usage de ses technologies pour des activités gouvernementales, y compris sensibles, tout en précisant que les systèmes ne sont pas conçus pour la surveillance de masse intérieure ni pour le ciblage autonome sans contrôle humain. Le ministère rappelle que l’emploi de l’IA s’inscrit dans un cadre d’application opérationnelle légitime, et poursuit en parallèle sa propre architecture.

L’extension d’usage aux documents classifiés s’effectue sous supervision humaine et vérification des résultats, les agents pouvant interagir par interfaces de programmation et enchaîner des tâches complexes de manière autonome. Ces capacités, conjuguées à la détection assistée par modèles de failles critiques dans des logiciels largement répandus, alimentent les préoccupations fédérales sur des exploitations à grande échelle. Le Pentagone affirme ne pas disposer de temps pour une approche graduelle et appuie des évaluations en amont par des organismes comme le CAISI, ainsi que des tests destinés à repérer des comportements inattendus avant toute mise à disposition généralisée.

Sur le versant infrastructurel, l’Armée de terre américaine loue des terrains à des entreprises privées pour bâtir des centres de données dont elle pourra utiliser la capacité pour l’IA et l’informatique en nuage. Fin mars, des responsables ont indiqué avoir sélectionné conditionnellement des sociétés d’investissement pour Fort Bliss au Texas et Dugway Proving Ground dans l’Utah. Dan Driscoll a présenté Fort Bliss comme le premier centre hyper échelle réalisé par le Pentagone. Des documents fédéraux évoquent aussi des projets à Fort Bragg et Fort Hood près de zones résidentielles, un contexte où selon Data Center Watch, près de 64 milliards de dollars ont été retardés ou annulés.

Le mouvement dépasse le périmètre du Pentagone. La Central Intelligence Agency a récemment utilisé l’intelligence artificielle pour produire un rapport de renseignement, une première au sein de l’agence, après environ trois cents projets testés en 2025. Dans les prochaines années, la CIA prévoit d’intégrer des partenaires d’IA à l’ensemble de ses plateformes analytiques. Le vaste Centre de renseignement cybernétique, qui supervise les opérations clandestines de piratage, pilotera l’implémentation et le développement de ces capacités, avec l’objectif déclaré de diffuser l’IA dans les processus d’analyse à mesure que les outils gagnent en maturité.

Accès intégral 72 heures Cet article de la rubrique Actualités Défense est actuellement disponible en version intégrale. Au-delà de 72 heures après sa publication, il sera réservé aux abonnés MetaDefense.
S’abonner à MetaDefense
Publicité

Droits d'auteur : La reproduction, même partielle, de cet article, est interdite, en dehors du titre et des parties de l'article rédigées en italique, sauf dans le cadre des accords de protection des droits d'auteur confiés au CFC, et sauf accord explicite donné par Meta-defense.fr. Meta-defense.fr se réserve la possibilité de recourir à toutes les options à sa disposition pour faire valoir ses droits. 

Pour Aller plus loin

RESEAUX SOCIAUX

MD Super Veille

Derniers Articles