Face aux tensions persistantes en mer Noire et à la présence navale russe, la Roumanie annonce l’acquisition de deux corvettes légères qui seront construites localement à Mangalia en partenariat avec le groupe allemand Rheinmetall. Présentée par Bucarest comme un levier immédiat pour renforcer la posture maritime du pays, cette décision met l’accent sur une production sur le sol national et sur l’intégration de technologies récentes destinées à améliorer la surveillance et la défense côtières. Les autorités roumaines et Rheinmetall ont confirmé le principe de cette coopération industrielle avec une fabrication en Roumanie.
La construction à Mangalia s’inscrit dans une orientation plus large consistant à consolider l’industrie de défense roumaine et à réduire la dépendance aux fournisseurs extérieurs. Les navires doivent recevoir des équipements de dernière génération afin d’accroître les capacités de patrouille, d’identification et de réaction en mer. Cette trajectoire est cohérente avec les efforts d’interopérabilité conduits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), auxquels la Roumanie participe, même si l’intégration opérationnelle nécessitera des étapes spécifiques d’essais, de formation des équipages et d’ajustements logistiques avant une admission au service actif.
Le partenariat avec Rheinmetall est présenté à la fois comme une acquisition et comme un transfert de production vers le territoire national, avec un ancrage industriel prévu à Mangalia. Pour les autorités, la fabrication locale doit permettre de structurer des compétences pérennes en construction navale militaire, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et d’augmenter la réactivité en maintenance et modernisation. Les responsables roumains évoquent un effet d’entraînement possible sur de futurs marchés, la capacité industrielle acquise facilitant d’autres programmes réalisés en Roumanie lorsque des décisions d’équipement supplémentaires seront arrêtées.
Ce mouvement intervient alors que Bucarest accélère la modernisation de ses forces armées. Le ministère de la Défense a présenté ces derniers jours son plan pour les forces terrestres et poursuit une trajectoire budgétaire à hauteur d’environ 2 pour cent du produit intérieur brut, soit près de 7,8 milliards d’euros par an selon les chiffres couramment évoqués. Cette enveloppe soutient un ensemble de programmes engagés ou en préparation, dont la commande de corvettes, avec l’objectif de renforcer la crédibilité opérationnelle et la capacité de contribution aux missions alliées.
Au cours des dernières semaines, la Roumanie a annoncé l’acquisition de 54 chars lourds M1 Abrams d’occasion auprès des Etats Unis, tandis qu’une enveloppe d’environ dix milliards d’euros a été ouverte pour des équipements majeurs. Elle porte sur 298 véhicules de combat d’infanterie, 41 systèmes de défense antiaérienne à courte portée, une centaine de pièces d’artillerie automotrices de 155 mm et sur 485 missiles air air AIM 120 et AIM 9X destinés aux F 16. Les premières livraisons d’infanterie mécanisée doivent débuter cette année afin de remplacer progressivement les MLI 84 encore en service. Ces véhicules évolueront aux côtés de 227 Piranha V en cours de livraison.
En parallèle, quinze programmes relevant du mécanisme européen SAFE sont transmis à la Commission de la Défense de la Chambre des députés pour approbation, avec un vote final attendu sous peu à la commission spécialisée du Sénat. Ils doivent être signés individuellement d’ici le 31 mai. Leur valeur cumulée approche 8,3 milliards d’euros, dont près de 5,66 milliards conclus avec des entreprises allemandes. Le groupe Rheinmetall représente à lui seul un volume contractuel d’environ 4 950,4 millions d’euros. Radu Miruță a indiqué que la localisation moyenne en Roumanie se situait autour de 50 à 60 pour cent.
Le constructeur naval néerlandais Damen ajuste de son côté son empreinte en Roumanie, en érigeant le chantier de Galați en pôle principal pour ses futurs navires militaires. L’industriel a annoncé un programme d’investissements d’environ 135 millions d’euros s’étalant jusqu’en 2040 afin de moderniser le site, avec un volet renforcé de sécurité industrielle. Une installation presque achevée doit permettre la construction simultanée de deux frégates de 150 mètres et 7 300 tonnes. Gheorghe Savu, de Damen Naval România, a déclaré que dans les 10 à 15 prochaines années la production militaire serait prédominante sur ce site.
Le renforcement de la base industrielle passe aussi par l’électronique et le logiciel, avec l’ouverture annoncée à l’automne 2025 de la facilité IMROD en Roumanie, portée par le groupe IMCO. L’entreprise doit évoluer de l’assemblage vers la recherche et développement locale et la création de propriété intellectuelle, avec une extension de capacités envisagée dans le district d’Ilfov. Selon Ariel Kandel, ces systèmes de contrôle et d’affichage intelligents reposent sur une architecture modulaire compatible avec les normes de l’OTAN, afin d’accélérer l’intégration de nouveaux équipements au profit des forces roumaines.
L’arrivée des corvettes devra s’accompagner d’un travail d’intégration aux standards de l’OTAN, avec des exercices conjoints, des configurations de communication harmonisées et des procédures logistiques alignées. Bucarest présente ces navires comme destinés à accroître la patrouille et la protection de ses approches maritimes en mer Noire. L’effet exact sur l’équilibre régional reste à documenter au regard des capacités déployées et du calendrier de mise en service, mais l’objectif affiché consiste à renforcer la permanence à la mer et la capacité de réaction au plus près des zones d’intérêt roumaines.
Les autorités soulignent enfin l’impact économique attendu de la localisation industrielle. Sur les projets SAFE jugés les plus pertinents pour la production en Roumanie, les estimations font état de 3,5 à 4 milliards d’euros générés directement dans l’industrie nationale, pour un taux moyen de localisation de 50 à 60 pour cent. La construction des corvettes à Mangalia s’inscrit dans cette dynamique, avec une montée en compétences attendue des chaînes navales, une meilleure maîtrise des approvisionnements et une réduction progressive de la dépendance aux fournisseurs étrangers mentionnée par Bucarest.