L’Espagne se rapproche du chasseur furtif Kaan turc face aux incertitudes de SCAF

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Lors du salon SAHA 2026 à Istanbul, Mehmet Demiroğlu, PDG de Turkish Aerospace Industries, a indiqué à InfoDefensa avoir reçu une demande officielle des forces aériennes et spatiales espagnoles pour son chasseur Kaan de cinquième génération. « Nous avons reçu une demande, nous sommes aux premières étapes de la discussion », a‑t‑il déclaré, évoquant une question intergouvernementale. Cette initiative intervient alors que Madrid hésite à engager une commande de F‑35 américains et cherche à sécuriser le renouvellement d’une partie de sa flotte de combat. Le recours au programme turc Kaan devient une hypothèse de travail, sans calendrier public ni volumes évoqués.

Ces dernières années, l’Ejército del Aire y del Espacio a défendu l’acquisition de F‑35A pour remplacer une partie des F/A‑18 Hornet et de F‑35B pour relever les EAV‑8B Harrier II de la Flota de Aeronaves, en complément des programmes Halcón 1 et Halcón 2 portant sur quarante‑cinq Eurofighter supplémentaires. Le général Francisco Braco, alors chef d’état‑major de l’armée de l’Air et de l’Espace, avait justifié le maintien de deux flottes. « Nous avons toujours eu deux flottes d’avions, si une défaillance structurelle touche l’une, la première mesure consiste à l’immobiliser au sol », expliquait‑il, écartant l’option d’un tout Eurofighter.

Pour la marine espagnole, l’enjeu est de conserver une capacité aéronavale après les Harrier. En juillet dernier, l’amiral Teodoro Esteban López Calderón, chef d’état‑major de la Défense, avait soutenu publiquement l’achat de F‑35, qualifié d’« avion qui fait la différence ». Il estimait ne pas voir d’autre solution immédiate pour disposer d’une technologie furtive avancée, sinon prolonger les avions de quatrième génération en attendant le Système de combat aérien du futur. Le programme franco‑germano‑espagnol FCAS a depuis glissé vers les années 2040, s’il voit le jour effectivement, ce qui repousse et teinte d’incertitudes une alternative européenne crédible à moyen terme pour ce besoin.

Le cadre budgétaire avait pourtant été posé. En 2023, le gouvernement espagnol a réservé 6,25 milliards d’euros pour remplacer Harrier et Hornet. En avril 2025, il a approuvé un plan de 10,471 milliards d’euros et confirmé l’objectif d’allouer 2 pour cent du PIB à la défense. D’après El País, des sources officielles jugeaient toutefois incompatible avec ces orientations la commande d’un modèle américain, l’exécutif ayant décidé d’investir 85 pour cent des crédits en Europe. Cette ligne, portée par la majorité emmenée par Pedro Sánchez, explique la réserve affichée vis‑à‑vis d’un achat F‑35A ou F‑35B.

Dans ce contexte, le rapprochement industriel avec Ankara a pris de l’ampleur. Madrid a commandé trente Hürjet destinés à remplacer les F‑5 Tiger, dans un schéma de coopération entre Airbus et Turkish Aerospace Industries. Interrogé à Istanbul, Mehmet Demiroğlu a déclaré, « je ne peux pas m’exprimer ouvertement car il s’agit d’une question intergouvernementale », tout en confirmant que « des discussions sont en cours » et qu’après le Hürjet, « le prochain projet sera le Kaan ». Selon InfoDefensa, un montage proche de celui du Hürjet pourrait ouvrir des transferts de technologie en Espagne, hypothèse absente du cadre proposé pour le F‑35.

Le Kaan a réalisé son vol inaugural le 21 février 2024, suivi d’un second en mai, lançant la phase d’essais en vol du programme également désigné TF‑X. Conçu pour remplacer les F‑16 de la force aérienne turque à partir des années 2030, l’appareil vise une faible observabilité avec deux soutes d’armement internes et une architecture avionique développée en Turquie, comprenant radar à antenne active, capteurs électro‑optiques et systèmes de guerre électronique. Sa montée en puissance reste progressive, TAI ayant poursuivi l’assemblage de nouveaux prototypes et les essais statiques à pleine échelle pour corréler conception et sécurité de vol.

La motorisation constitue un point d’attention pour tout partenaire potentiel. Les premiers prototypes emploient deux turboréacteurs General Electric F110 d’origine américaine, soumis à des contrôles d’exportation. En septembre 2025, le ministre turc des Affaires étrangères avait indiqué que le Congrès des États‑Unis bloquait des licences d’exportation pour ces moteurs. La Turquie développe en parallèle le TF35000 pour viser une propulsion nationale, avec une maturité annoncée sur plusieurs années, et d’immenses défis techniques qui restent encore à relever. Toute option espagnole impliquerait donc une période transitoire à clarifier et des exigences industrielles précises si Madrid souhaite réduire une dépendance initiale à des composants américains.

Un choix en faveur du Kaan ne couvrirait pas tous les besoins espagnols. L’avion n’existe pas en version à décollage court et atterrissage vertical. Or la marine doit remplacer ses EAV‑8B Harrier II, et seule la variante F‑35B offre cette capacité à ce stade. À défaut d’une décision spécifique pour sa flotte embarquée, la Flota de Aeronaves verrait se profiler une rupture capacitaire lorsque les Harrier atteindront leur limite, indépendamment du calendrier retenu pour moderniser l’aviation de combat basée à terre avec l’Eurofighter et une éventuelle solution de cinquième génération d’origine turque.

À ce stade, aucune des parties ne précise de calendrier ni de volumes pour un éventuel accord, les échanges restant décrits comme préliminaires par TAI. La trajectoire du programme Kaan doit encore franchir plusieurs jalons, avec une intensification des essais en vol attendue en 2026 grâce à de nouveaux prototypes assemblés à Ankara. Pour Madrid, la décision s’inscrira en parallèle des livraisons Halcón d’Eurofighter et des arbitrages budgétaires déjà annoncés. Le gouvernement a exprimé la volonté d’un investissement majoritairement européen, ce qui maintient l’intérêt pour des formules incluant une coopération industrielle en Espagne.

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