Le Royaume-Uni et neuf alliés européens ont présenté une déclaration d’intention pour créer une force navale commune afin de sécuriser l’Atlantique Nord et la région arctique, avec un état‑major envisagé à Northwood près de Londres. L’initiative, parfois qualifiée de Marines du Nord, intervient alors que Londres affirme avoir récemment dévoilé une opération sous‑marine russe clandestine autour de la Grande‑Bretagne. Les pays concernés souhaitent améliorer l’interopérabilité et la préparation opérationnelle en multipliant les entraînements conjoints, tout en renforçant la protection des infrastructures sous‑marines considérées comme des cibles potentielles.
Selon Londres, la coalition regrouperait des partenaires d’Europe du Nord qui coopèrent déjà étroitement. Sont évoqués le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Suède, la Norvège, les pays baltes et les Pays‑Bas aux côtés du Royaume‑Uni. La proposition est décrite comme un complément aux structures de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, avec un ancrage dans des cadres existants de coopération, notamment les Forces expéditionnaires conjointes britanniques (Joint Expeditionary Force, JEF), qui rassemblent dix nations de la région.
Le projet prévoit la mutualisation d’équipements, de munitions et de personnels, ainsi que l’usage coordonné de plateformes navales, de réseaux numériques et de capacités logistiques partagées. Il inclut également un partage accru du renseignement maritime et sous‑marin. Gwyn Jenkins, chef d’état‑major de la Royal Navy, a résumé l’objectif poursuivi en indiquant vouloir des forces navales qui s’entraîneront, réaliseront des exercices et se prépareront ensemble, afin d’accroître la disponibilité et l’aptitude à opérer en coalition dans les eaux du Nord.
Ce signal intervient après plus d’un mois de suivi de plusieurs sous‑marins russes par les forces britanniques en coopération avec des alliés, dont la Norvège, dans le Grand Nord et autour du Royaume‑Uni. Le ministère britannique de la Défense a fait état de la présence d’un sous‑marin d’attaque nucléaire de classe Akula et de navires associés au programme GUGI. Selon Londres, cette activité aurait servi de diversion tandis que d’autres unités opéraient à proximité de câbles et de pipelines sous‑marins critiques en mer du Nord et en Atlantique Nord.
La Royal Navy a engagé la frégate HMS St Albans, le pétrolier ravitailleur RFA Tidespring et des hélicoptères Merlin, appuyés par des avions de patrouille maritime P‑8 de la Royal Air Force, avec déploiement de balises acoustiques et une surveillance persistante. Le secrétaire à la Défense John Healey a déclaré que les équipages russes avaient été informés qu’ils étaient observés et que leurs mouvements n’étaient pas secrets. Les sous‑marins russes ont depuis quitté la zone, a‑t‑il indiqué, tout en soulignant la vigilance maintenue sur les approches maritimes britanniques.
En parallèle, les exercices Tamber Shield’26 ont débuté mardi dans la région de Bergen et doivent se poursuivre jusqu’au 14 mai, réunissant des moyens britanniques et norvégiens. Pour la première fois, une unité britannique récemment créée et équipée de drones d’observation y participe. Les manœuvres mobilisent notamment des hélicoptères Wildcat, des corvettes norvégiennes de type Skjold et la frégate Fridtjof Nansen, avec des séquences dans les fjords et en zone côtière. Le commandant de flottille Kyrre Haugen a souligné que cet entraînement renforçait la préparation et les capacités défensives communes.
La Royal Navy a par ailleurs engagé la phase préparatoire du prochain déploiement du groupe aéronaval vers le Haut Nord et l’Atlantique Nord sous la mission Arctic Sentry de l’OTAN. Le porte‑avions HMS Prince of Wales a quitté Portsmouth après des travaux de maintenance et d’amélioration des systèmes, avec plus de neuf cents marins à bord. Des hélicoptères Merlin, des Wildcats embarqués et des drones légers Malloy doivent constituer l’aile aérienne initiale. Le bâtiment doit conduire un entraînement combiné dans les eaux britanniques avant d’achever l’embarquement de munitions en Écosse.
Le contexte stratégique arctique reste marqué par des capacités russes en progression et des contraintes liées au conflit en Ukraine. L’Évaluation Annuelle des Menaces 2026 du Bureau du Directeur du Renseignement National américain indique que Moscou a amélioré sa préparation au combat dans le Haut Nord en s’appuyant sur des technologies et des infrastructures à double usage. Le même document précise toutefois que la guerre en Ukraine a limité la faculté de la Russie à concrétiser pleinement ses ambitions arctiques, ce qui n’empêche pas la poursuite d’efforts de modernisation et d’entraînement.
Gwyn Jenkins a évoqué une période charnière pour la marine britannique, citant les tensions au Moyen‑Orient et des difficultés de disponibilité qui ont affecté six destroyers. Il a indiqué vouloir préparer la Royal Navy à un éventuel conflit avec la Russie à l’horizon 2029, en renforçant l’entraînement et la coordination avec les alliés. La perspective d’un état‑major commun à Northwood et d’exercices réguliers apparaît, dans ce cadre, comme un moyen de consolider rapidement la préparation collective dans l’Atlantique Nord et l’Arctique.
La question des moyens destinés à la surveillance et à la protection des approches nordiques revient au premier plan. Dans des éléments remis à la commission parlementaire britannique chargée de la défense dans le Haut Nord, le groupe Kraken Technology a plaidé pour une masse significative de navires sans équipage afin d’assurer une veille persistante dans le GIUK Gap. L’entreprise a récemment obtenu un contrat d’environ 12,3 millions de livres pour fournir vingt unités à la Surface Flotilla de la Royal Navy dans le cadre du projet Beehive, avec des plateformes modulaires K3 SCOUT adaptées aux conditions sévères.
Les promoteurs de la force navale nordique présentent l’initiative comme un complément aux plans de l’OTAN et une extension naturelle des coopérations existantes. Les mesures annoncées portent sur des systèmes de gestion harmonisés, des réseaux partagés, des réserves communes et un partage régulier de renseignement. Les capitales concernées envisagent aussi des procédures d’interaction afin de réduire le risque d’incident en mer lié à l’intensification des activités coordonnées dans les eaux du Nord. L’hypothèse d’un élargissement de la coalition est évoquée sans calendrier confirmé.