Rheinmetall propose de reprendre la construction des frégates F126 de la marine allemande contre 12 milliards d’euros pour six unités, une demande qui porterait la facture du programme MKS 180 à environ 14 milliards. L’offre intègre une indexation sur l’inflation et annonce une première livraison en 2032, ou au second semestre 2031 si l’Office fédéral BAAINBw accepte des allègements de procédure. Berlin cherche en parallèle à sécuriser ses engagements vis à vis de l’OTAN à partir de 2029, tandis que le ministère allemand de la Défense confirme que les discussions se poursuivent avec deux industriels sans accord à ce stade.
Ce programme très ambitieux vise à doter la Deutsche Marine de huit frégates polyvalentes F126 d’environ 10 000 tonnes, chacune équipée notamment de 64 missiles surface air RIM 162 ESSM ainsi que de capacités anti sous marines et antinavires. La première unité accuse déjà au moins quatre ans de retard et la facture est passée de 8 à 10 milliards d’euros. Près de 2 milliards ont été dépensés. Le ministre Boris Pistorius s’emploie à éviter une annulation pure et simple, malgré une trajectoire industrielle de plus en plus contrainte.
Les difficultés techniques rencontrées par le maître d’œuvre initial, le néerlandais Damen, pèsent lourd. Les interfaces du logiciel de conception et de fabrication ont perturbé le transfert des plans et des nomenclatures vers German Naval Yard pour les proues, Peene Werft pour les poupes et Blohm plus Voss pour l’assemblage et l’armement. Des erreurs relevées dans la modélisation ont imposé des reprises, tandis que des pannes de serveurs ont ralenti les flux de travail. Des sources locales évoquent aussi le refus d’une documentation numérique en anglais par l’agence d’acquisition allemande.
Face à cette impasse, Berlin envisage de se passer de Damen et de confier la direction du F126 à Naval Vessel Lürssen, désormais intégrée à Rheinmetall après un rachat finalisé au premier trimestre 2026. L’industriel allemand confirme être en phase d’évaluation et indique que des travaux de conception complémentaires pourraient s’avérer nécessaires avant le prototype. Armin Papperger anticipe une décision finale dans un délai annoncé de quelques semaines. Un porte parole de la division navale affirme vouloir accélérer la fabrication avec le client et rationaliser les procédures d’acceptation tout en garantissant la pleine capacité.
En parallèle, le ministère allemand de la Défense a exprimé en mars son intention de commander quatre frégates MEKO A 200 DEU auprès de ThyssenKrupp Marine Systems, comme lot initial destiné à sécuriser des capacités si le F126 restait bloqué. Le 18 mars 2026, la commission des Finances du Bundestag a validé des mesures préparatoires accélérées avec 240 millions d’euros prélevés sur le fonds spécial de la Bundeswehr et une prolongation des activités industrielles jusqu’au 30 juin 2026. L’objectif déclaré consiste à préserver une première livraison envisageable avant fin 2029 afin d’éviter un déficit capacitaire.
Selon des éléments communiqués lors de ces échanges, l’échéance visée ne remet pas en cause l’achat de quatre MEKO A 200, la Deutsche Marine en ayant besoin pour tenir ses obligations au sein de l’Alliance à partir de 2029. Cette trajectoire permettrait de couvrir une partie du vide créé par le glissement du F126, tout en laissant la porte ouverte à une relance du programme si les négociations aboutissaient rapidement et si la BAAINBw acceptait des ajustements procéduraux compatibles avec les exigences de certification.
L’Arrow 3 devient opérationnel en Allemagne avec ses limites »]Les efforts de modernisation ne se limitent pas aux frégates. Le 29 avril 2026, la division des Systèmes Navals de Rheinmetall a lancé la corvette LÜBECK sur le site Blohm plus Voss à Hambourg. Il s’agit de la cinquième unité de classe K130 du second lot et de la première cérémonie de lancement conduite par Rheinmetall en propre. Le vice amiral Axel Deertz, l’inspecteur adjoint de la Marine, le directeur de la BAAINBw Jürgen Giefer et le maire de Lübeck ont assisté à l’événement. L’industriel vise la livraison d’EMDEN et KÖLN en 2026.
Le volet sous marin progresse aussi. Le 25 février, à Eckernförde, la Deutsche Marine a pris possession de son premier Blue Whale, véhicule sous marin autonome initialement développé par Israel Aerospace Industries et adapté par TKMS et Atlas Elektronik avec l’intégration d’un sonar remorqué pour la lutte anti sous marine. L’engin mesure 10,9 mètres pour un mètre de diamètre et déplace environ 5,5 tonnes. Selon les industriels, il peut mener des missions de reconnaissance, détecter des cibles en surface et sous l’eau, localiser des mines et collecter des signaux acoustiques sur plusieurs semaines.
Sur le segment de défense aérienne, Washington a approuvé fin avril l’exportation des principaux senseurs et systèmes de combat envisagés pour les futures frégates F127 allemandes. Le paquet comprend des systèmes de combat intégrés ICS MK 6 MOD X fondés sur AEGIS, des radars AN SPY 6 V1 et AN SPQ 9B, des capacités d’engagement coopératif CEC et des modules de lancement vertical MK 41 Baseline VIII. Berlin souhaite commander dès le milieu de l’année 2026, pour une entrée en service au début de la prochaine décennie, dans une cible évoquée de huit bâtiments.
Les études conduites avec TKMS et NVL prévoient une configuration portée à quatre vingt seize cellules de lancement sur F127 avec douze modules MK 41 au lieu de huit, ainsi que des adaptations destinées à contrer des menaces balistiques et hypersoniques. Cette évolution exigerait des modifications de dimensions et de flottabilité. Le programme reste en phase de négociation et d’étude de faisabilité. Son calendrier et son coût exacts seront précisés après finalisation des options d’intégration, alors que l’architecture envisagée doit conjuguer systèmes américains et exigences nationales en matière d’essais et de certification.
Sur le plan industriel, Rheinmetall a finalisé l’acquisition de NVL au premier trimestre 2026 et rapporte un carnet de commandes d’environ 73 milliards d’euros incluant pour la première fois 5,5 milliards pour les Systèmes Navals. Le groupe indique des ventes de 1,9 milliard au premier trimestre 2026. Ces jalons soutiennent la montée en puissance de l’activité maritime, alors que l’entreprise se positionne pour reprendre la maîtrise d’œuvre du F126, lancer les dernières corvettes K130 et proposer des solutions complémentaires sur les autres chantiers engagés par l’Allemagne.
Le ministère allemand de la Défense rappelle pour sa part que les pourparlers autour des frégates n’ont pas encore abouti et que des consultations approfondies se tiennent avec deux grandes entreprises. Cette position confirme qu’aucun contrat formel n’a été attribué à ce stade. L’offre de Rheinmetall prévoit un premier navire au plus tôt en 2031 sous réserve d’assouplissements de certification, sans quoi l’industriel retient l’horizon 2032. La décision à venir devra articuler ce calendrier avec l’arrivée attendue des MEKO A 200 et la poursuite des autres chantiers de modernisation.