dimanche, novembre 30, 2025
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Quelles alternatives au F-35A au Canada et en Europe ?

Depuis quelques jours, le F-35A est devenu un enjeu de sécurité nationale pour plusieurs pays de la sphère occidentale. Non pas, comme précédemment, pour garantir l’interopérabilité avec les forces américaines, et pour ses performances de combat, réelles ou supposées, mais pour la dépendance que l’appareil créé avec les États-Unis, alors que la trajectoire de la Maison-Blanche s’éloigne, chaque jour davantage, de celle suivie par la plupart de ses alliés.

Ainsi, le Portugal, d’abord, le Canada, ensuite, ont remis en question leur intention d’acquérir tout ou partie des commandes planifiées de F-35A, pour remplacer leurs F-16 et CF-18, alors que d’autres s’interrogent, à plus bas bruits, à ce sujet.

Si ces pays venaient à se détourner du F-35A, et plus généralement, des avions de combat américains, quelles seraient leurs alternatives, pour moderniser leurs aviations de chasse vieillissantes ? Quelles sont les caractéristiques comparées de ces appareils ? Et quelles sont les entraves qui peuvent les disqualifier de ces compétitions ?

La défiance vis-à-vis des États-Unis menace certaines décisions en faveur du F-35A de Lockheed Martin

Le F-35, dans la version basée à terre, F-35A, est aujourd’hui l’avion de combat occidental le plus produit chaque année, avec de 100 à 120 exemplaires sortis des lignes d’assemblage que Lockheed Martin, et le plus commandé, avec 17 forces aériennes occidentales ayant déjà passé commande de l’appareil, et quatre autres, s’étant engagées à le faire prochainement.

Assemblage F-35 Lockheed-Martin
Le F-35 est l’avion de combat le plus produit dans le monde, avec jusqu’à 155 avions sortis des lignes d’assemblage chaque année.

Au total, ce sont plus de 2750 appareils qui doivent être produits dans la version F-35A, dont 1763 pour la seule US Air Force, d’ici à 2040, sans commune mesure avec ses deux challengers européens, l’Eurofighter Typhoon (750 exemplaires) et le Rafale français (550 exemplaires.

Depuis son introduction, le F-35A rapidement un standard de fait pour toute la sphère occidentale liée à la protection américaine, tant par ses atouts propres, comme la furtivité et la fusion de données, que par l’influence considérable des armées américaines, concernant leur puissance normative.

De fait, jusque il y a quelques semaines, rien ne semblait pouvoir menacer la suprématie de Lockheed Martin et des États-Unis, sur le marché des avions de combat qui évolueront de 2030 à 2060, en Occident. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, a fait dérailler ce plan parfaitement huilé, devant rapporter aux industriels américains plus de 500 Md$, pour le seul volet export.

En effet, à peine arrivé dans le Bureau Ovale, le nouveau président américain a annoncé certains objectifs des plus problématiques, pour ses alliés historiques, parmi lesquels l’annexion du Groenland danois et du canal du Panama, ainsi que la transformation du voisin canadien, en un 51ᵉ État américain.

Au sujet de l’Europe et de l’OTAN, le discours du président américain est également des plus offensifs, faisant peser un doute sur la matérialité de la protection américaine et du bouclier nucléaire hérité de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

F-35A US Air Force
Jusqu’à présent, rien ne semblait pouvoir s’opposer à la déferlante F-35A en occident. Jusqu’à Donald Trump.

Dès lors, le F-35A, que l’on sait structurellement lié aux serveurs de Lockheed Martin, pour de nombreux aspects de maintenance et de préparation de mission, est à présent perçu, par certains alliés des États-Unis, non comme une plus-value garantissant l’interopérabilité avec les forces américaines, mais comme une menace potentielle, celle de se retrouver, plus ou moins rapidement, privé de moyens aériens de combat, en cas de conflit, par exemple, face à un nouvel allié de Washington, comme Moscou.

La semaine dernière a été, à ce sujet, une semaine de bascule. En effet, pour la première fois, deux pays, jusqu’ici liés au programme F-35, ont annoncé qu’ils allaient réévaluer leurs besoins dans ce domaine, avec la possibilité de se tourner vers un autre modèle d’avions de combat.

Ce fut d’abord le cas du Portugal, par la voix du ministre de la Défense Nuno Melo. Dans une interview donnée au site Publico, celui-ci a, en effet, estimé que le nouveau gouvernement américain manquait de la « prévisibilité » nécessaire, pour Lisbonne, pour pouvoir s’y adosser, en particulier en matière d’achat d’équipements militaires.

Ce week-end, c’est le ministre de la Défense canadien, reconduit à ce poste malgré le changement de gouvernement, Bill Blair, qui remit en question l’arbitrage d’Ottawa concernant l’acquisition de 88 chasseurs F-35A, auprès de Lockheed Martin, sur des considérations comparables à celles de Lisbonne, mais exacerbées par les tensions fortes entre les deux voisins continentaux, que ce soit du point de vue politique ou économique.

CF-18 forces aéreinnes canadiennes
Les CF-18 Canadiens doivent être rapidement remplacés, alors que 16 F-35A ont déjà été commandés et payés en partie, par Ottawa.

Bien évidemment, la Canada, attaché à son indépendance, n’a aucune intention de devenir le 51ᵉ État américain. Mais la dépendance canadienne à l’outil militaire américaine, et aux équipements de défense fabriqués et entretenus aux États-Unis, et la menace venue de Russie, au travers du cercle arctique, exposent, à présent, le pays, et sa sécurité, ceci ayant amené le nouveau premier ministre canadien, Mark Carney, à se rendre à Paris et à Londres, quelques jours, seulement, après sa nomination.

D’autres pays, comme l’Allemagne, ou le Danemark, semblent également avoir discrètement engagé une réflexion, plus large, au sujet de leur dépendance aux armements américains, alors que l’alignement géopolitique entre les européens et les États-Unis, semble dorénavant sur une pente divergente.

Quelles sont les alternatives au F-35A en Europe, au Canada et dans la sphère occidentale ?

Dans ce domaine, le F-35A, par son caractère universel et normatif, ainsi que sa structure numérique centralisée, est assurément au centre des préoccupations des dirigeants occidentaux. L’appareil créé, en effet, une dépendance presque absolue vis-à-vis des États-Unis, en matière de puissance aérienne, alors que celle-ci est, au niveau doctrinal, au cœur de l’action militaire occidentale.

De fait, plusieurs pays s’interrogent, à présent, quant à la possibilité d’acquérir non pas des F-35A, mais un autre modèle d’avions de combat, disponible dès à présent dans la sphère occidentale. Ceci exclut les deux appareils en cours de développement en Europe, le Tempest du programme GCAP (2035), et le NGF du programme SCAF (2040), ainsi que le Kaan turc, qui n’entrera pas en service avant 2030.

Quatre appareils répondent à ce cahier des charges : le KF-21 Boramae sud-coréen, le Typhoon du consortium Eurofighter, le JAS 39 Gripen E/F suédois et le Rafale français.

Le KF-21 Boramae sud-coréen

De tous les appareils présentés ici, le KF-21 Boramae est le plus récent, avec un premier vol ne remontant qu’à juillet 2022, et une entrée en service planifiée pour 2026. Il s’agit du premier avion de combat bimoteur conçu par l’industrie aéronautique sud-coréenne, après l’essai réussi du T/FA-50, un chasseur monomoteur d’entrainement et d’attaque ayant connu un certain succès sur la scène internationale.

kf-21 boramae
Si le Boarame a un aspect de 5ème génération, il demeure un appareil de 4ème génération.

Destiné à remplacer les F-16 et les F-5 sud-coréens, le Boramae est un chasseur bimoteur à mi-chemin entre la quatrième et la cinquième génération des avions de combat. Long de 16,9 mètres pour une envergure de 11,2 m, il affiche une masse maximale au décollage de 25,6 tonnes, pour une capacité d’emport de 13,7 tonnes, dont 6 tonnes de carburant interne.

Si le Boramae a été conçu pour avoir une certaine forme de furtivité, il n’est pas équipé d’une soute à armement, pour l’instant, ce qui en limite la discrétion radar. En outre, sa fusion de connées, et ses senseurs, s’apparentent davantage aux appareils de 4ᵉ génération, plutôt qu’à la 5ᵉ.

L’appareil est, par ailleurs, propulsé par deux turboréacteurs F414 de l’américain GE, qui équipe également le F/A-18 E/F Super Hornet, développant ensemble jusqu’à 115 KN en régime normal, et 195 KN avec post-combustion, et lui conférant un excellent rapport poussé poids, une vitesse maximale de Mach 1,8 et un rayon d’action de combat de 1000 km.

L’Eurofighter Typhoon européen

Outre le KF-21, les trois autres modèles pouvant être envisagés par Ottawa ou Lisbonne, appartiennent à la génération des Eurocanard, des avions de combat conçus en Europe à la fin des années 80 et au début des années 90, et apparentant à la 4ᵉ génération.

Le premier d’entre eux est aussi le plus produit et le plus commandé à ce jour. Il s’agit du Typhoon, développé par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, dans le cadre du consortium Eurofighter.

Eurofighter Typhoon RAF en Finlande
Eurofighter Typhoon de la Royal Air Force en Finlande

Entré en service en 2004, le Typhoon est un avion de combat bimoteur en configuration Delta-canard, de 15,96 m de long pour 10,95 m d’envergure, pour une masse maximale au décollage de 23,5 tonnes, et une capacité d’emport de 12 tonnes, dont 5 tonnes de carburant interne.

L’appareil est propulsé par le turboréacteur EJ200, développé par le consortium Eurojet, avec un savoir-faire et des compétences avant tout britanniques, fournies par Rolls-Royce. Ensemble, ces moteurs produisent une poussée sèche de 120 KN, et de 180 KN avec Post-combustion, lui conférant une vitesse maximale de Mach 2,3, et un rayon d’action de combat de 1400 km.

Si le Typhoon est devenu, au fil du temps, un avion de combat polyvalent, il a été conçu, initialement, comme un avion de supériorité aérienne, raison pour laquelle il affiche des performances à haute altitude, sensiblement supérieures à celles des autres modèles, avec notamment un plafond de 20 km.

Le JAS 39 Gripen E/F suédois

Le chasseur suédois JAS 39 est le précurseur de la génération Eurocanard, avec cette même configuration Delta-Canard apparue dès le JAS 37 Viggen des années 70. En effet, le Gripen est entré en service au sein des Forces aériennes suédoises, la Flygvapnet, dès 1996.

C’est aussi le seul chasseur monomoteur, et le plus léger, avec une masse maximale au décollage de 16,5 tonnes, pour une longueur de 14,9 tonnes et une envergure de 8,4 mètres. Pour autant, dans sa version E/F, entrée en service en 2021, l’appareil affiche des performances élevées, avec une vitesse maximale de Mach 1.6 et un rayon d’action de combat de 1500 km, avec réservoirs supplémentaires, et une capacité d’emport de 7,2 tonnes, dont 3,4 tonnes de carburant interne.

Saab JAS 39 Gripen E/F
Le Gripen E a probablement enfin trouvé son second client export après le Brésil : la Thaïlande !

En matière d’électronique embarquée, le Gripen E/F n’a guère à rougir vis-à-vis de ses contemporains, avec un radar AESA et une fusion de données performants, lui conférant une excellente tenue, confirmée lors des exercices internationaux. Ce d’autant que l’appareil affiche un prix inférieur de 20 % au Rafale français, et de 25 à 30% face au Boramae et au Typhoon, qu’il s’agisse d’achat et de mise en œuvre.

Si le Gripen E/F cherche encore son positionnement international, notamment face au F-16V américain, son principal concurrent, n’ayant été acquis que par le Brésil à ce jour, les versions précédentes ont connu un véritable succès international, ayant été acquis par quatre forces aériennes mondiales (Hongrie, République tchèque, Afrique du Sud et Thaïlande).

Le Dassault Rafale Français

Le Rafale, conçu par le Français Dassault Aviation, apparait, aujourd’hui, comme un important succès à l’exportation, avec plus de 300 exemplaires commandés par huit forces aériennes, en Europe (Grèce, Croatie, Servie), au Moyen-Orient (Égypte, Émirats arabes unis, Qatar) et en Asie (Inde, Indonésie). Ce succès s’explique par un appareil très équilibré et performant de 15,3 m de long pour 10,8 m d’envergure, avec une masse maximale de 24,5 tonnes, et une capacité d’emport de 11,5 tonnes, dont 4,7 tonnes de carburant interne.

Ses deux réacteurs M88 propulsent l’appareil à Mach 1,8 à haute altitude, et lui confèrent un rayon d’action de combat atteignant 1800 km, selon les configurations. Son électronique embarquée se compose d’un radar AESA, d’une fusion de données efficace et d’un système d’autoprotection SPECTRA performant.

Rafale B
Le Rafale est l’appareil occidental moderne le plus exporté après le F-35A, avec plus de 300 exemplaires commandés par 8 forces aériennes internationales.

Comme le Typhoon, le Rafale a connu de nombreux standards successifs depuis son entrée en service en 2001, à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, du F1 initial exclusivement porté sur la suprématie aérienne, au F-4 actuel, parfaitement polyvalent et multimission.

Surtout, le Rafale, qui participe à la mission de dissuasion française, est le seul appareil de ce panel à se projeter dès à présent dans la 5ᵉ génération, avec le développement du standard F5, le dotant de nouveaux systèmes de communication et de senseurs, d’une nouvelle fusion de données, et d’un câblage en fibre optique, afin de traiter les flux d’informations produits par les senseurs portés ou déportés.

En outre, concomitamment au F5, Dassault développe un drone de combat furtif capable d’accompagner l’appareil sur l’ensemble de son profil de mission, lui conférant, après 2030, des performances opérationnelles n’ayant rien à envier à un appareil furtif comme le F-35.

Moteurs, électronique embarquée et armements américains, la menace qui disqualifie le KF-21 et le JAS 39

De prime abord, donc, les options sont nombreuses, pour Ottawa comme pour Lisbonne, pour se tourner vers un autre modèle d’avions de combat, en lieu et place de tout ou partie des F-35A. Cependant, en y regardant de plus près, ce choix est beaucoup plus contraint.

En effet, deux des quatre appareils présentés ici, reposent sur des composants américains clés, et notamment sur le turboréacteur F414 de General Electric. Or, l’administration Trump vient de refuser à la Suède, la réexportation de ce turboréacteur en Colombie, pour équiper les JAS 39 E/F Gripen proposés à Bogota, contre le F-16V américain.

JAS 39 Gripen E/F
Le Gripen C s’appuyait, lui aussi, sur un reacteur américain, le F404 du F-18 Hornet.

De toute évidence, pour Trump, si la vente ou la production sous licence de turboréacteurs américains, peut s’entendre s’agissant d’équiper des avions de combat à destination des forces aériennes nationales, la réexportation de ces turboréacteurs, pour venir menacer les offres exclusivement américaines, n’est plus d’actualité.

Or, ni la Suède, ni la Corée du Sud, ont la possibilité de se tourner vers un turboréacteur de facture national, une des technologies la plus discriminante dans le monde aéronautique, alors que se tourner vers un autre modèle importé, comme le EJ200 britannique et le M88 français, obligerait à entièrement redessiner les appareils.

En outre, le F414 n’est pas le seul équipement d’origine américaine embarqué à bord du KF-21 et du Gripen E/F, de sorte qu’il semble, à présent, très difficile pour Stockholm comme pour Séoul, d’envisager l’exportation de leurs avions de combat.

La structure du consortium Eurofighter handicapera certainement le Typhoon

L’Eurofighter Typhoon, lui, a été conçu pour ne pas reposer sur des équipements bloquants hors du consortium, et n’est donc pas exposé au même risque de blocage, venu de la Maison-Blanche, concernant ses exportations.

Toutefois, le consortium se compose de quatre pays, ayant chacun des liens propres avec les États-Unis, mais aussi des risques à traiter, qu’ils soient économiques ou politiques, avec Washington.

Eurofighter Typhoon BAE
Si le Typhoon peut, théoriquement, s’appuyer sur 4 lignes de production, dans les faits, sa Supply chain est structurée comme une unique ligne d’assemblage globale, mais distribuée, ne lui conférant aucun avantage indsutriel, dans ce domaine.

Ainsi, l’Italie est très exposée, pour son industrie aéronautique, aux exportations américaines, ainsi qu’aux autorisations de réexportation, alors que, par exemple, son nouvel hélicoptère de combat, l’AW249 Fenice, propulsé par deux turbines CT7 de General Electric, et son avion d’entrainement M-346, propulsé par deux réacteurs F124 de l’Américain Honeywell.

Plus encore, le constructeur naval Fincantieri et l’entreprise de défense Leonardo, sont très exposés aux États-Unis, dans la construction des frégates de l’US Navy ou l’équipement des blindés de l’US Army. Dès lors, Rome n’est pas en position pour se positionner face à Washington et au F-35, et ne pourrait ne pas avoir d’autres choix que de s’opposer à l’exportation des Typhoon au Canada comme au Portugal. Notons aussi que l’assemblage des F-35 portugais, aurait probablement été fait en Italie, pour peu que le pays ait été considéré comme appartenant à la sphère méditerranéenne.

Il en va de même concernant l’industrie britannique, très exposée, avec BAe, aux États-Unis, ainsi que des industries de défense allemandes et espagnoles, qui reposent sur l’intégration d’équipements US, notamment dans le domaine naval.

Dès lors, si Washington venait à décider d’interdire la réexportation des turboréacteurs américains, pour préserver les marchés de l’industrie aéronautique militaire US, il est très probable qu’il trouverait un bras de levier efficace pour disqualifier le Typhoon.

Le Rafale F5 et son drone de combat, comme alternative la plus crédible

Le Rafale français est, dans les faits, le seul avion de combat pleinement autonome, face aux interdits et vétos des États-Unis, pour se positionner comme une véritable alternative vis-à-vis du F-35A.

Ateliers Rafale Mérignac
Après avoir restructuré sa Supply chain, Dassault a annoncé, recemment, êtr een mesure d’atteindre une cadence de production de 5 appareils par mois.

En effet, conformément aux exigences de la dissuasion française, l’appareil a été conçu de sorte qu’il ne puisse y avoir aucune interférence extérieure sur sa mise en œuvre et sa production, ce qui, naturellement, s’étend au domaine de l’exportation.

En outre, l’expérience de la classification concurrentielle ITAR d’un composant US employé à bord du missile de croisière SCALP-EG, pour faire dérailler la commande de Rafale supplémentaires par l’Égypte, en 2019, a fini de convaincre la BITD française, des précautions à prendre dans ce domaine.

Surtout, le Rafale peut s’appuyer sur trois atouts de taille, aujourd’hui. En premier lieu, l’industriel Dassault Aviation vient d’achever une restructuration de sa ligne d’assemblage, et de sa Supply Chain, pour atteindre une production de trois appareils par mois, et pour, potentiellement, atteindre une cadence de cinq avions de combat par mois.

Ensuite, la road map technologique et capacitaire du Rafale est, à ce jour, la plus aboutie, avec le standard F5 arrivant dès 2030, et celle du drone de combat furtif, peu de temps après. Ce faisant, le Rafale pourra combler une grande partie de ses faiblesses relatives face au F-35A, dans les quelques années à venir, notamment en matière d’exploitation de la furtivité.

Rafale B missile ASMPA
Le Rafale peut emporter le missile de croisière superonique nucléaire ASMPA/R, et permet donc d’envisager une diffuasion distribuée auprès de certains alliés, sur le modèle de la dissuasion OTAN.

Enfin, le Rafale F5 (et son drone), sont conçus pour emporter le nouveau missile nucléaire ASN4G, qui remplacera le missile de croisière nucléaire supersonique ASMPA/R, actuellement en service, à partir de 2035.

Or, pour ne nombreux pays de la sphère occidentale, il est urgent de trouver une alternative au bouclier nucléaire américain, et la création d’un escadron nucléaire équipé de missiles français, à l’image de ce qui se passe aujourd’hui, avec les bombes nucléaires B61 à bord des Tornado, F-16 et F-35, en Europe, dans le cadre de l’OTAN. Et la France est, aujourd’hui, le seul pays pouvant proposer une telle alternative, en occident, en dehors des États-Unis.

Conclusion

On le voit, si les alternatives au F-35A américains, en occident, semblent nombreuses, le choix véritablement offerts aux dirigeants et forces aériennes, est beaucoup plus réduit, et contraint, lorsqu’il s’agit de tenir compte de l’ensemble des paramètres restrictifs.

Si l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne, ont la possibilité de se tourner vers le Typhoon, étant admis qu’il serait certainement très difficile à justifier, sur la place publique, de se tourner vers un autre Eurocanard, au-delà de ce périmètre, les chances que Washington joue des coudes, pour amener un des partenaires à poser son véto, sont nombreuses, et constituent même un risque, pour l’acquéreur, au-delà du contrat d’acquisition lui-même.

Rafale armée de l'air Typhoon Royal Air Force
Les Européens peuvet s’appuyer sur deux avions de combat ITAR-Free, mais la structure multinationale du consortium Eurofighter, l’expose aux menaces de Washington.

Pour le Gripen suédois, et le Boramae sud-coréen, la question semble ne plus se poser, depuis l’interdiction de réexportation du turboréacteur F414 vers la Colombie, ordonnée par la Maison-Blanche, pour promouvoir la vente de F-16V à Bogota.

Ne reste donc, dans les faits, que le Rafale français, seul appareil ayant été conçu autour de la nation d’autonomie stratégique, rattachée à la dissuasion française. Fort heureusement, l’avion de combat est performant, et s’inscrit même dans une trajectoire technologique, capacitaire et industrielle, tendant vers l’augmentation des cadences de production, et l’arrivée de nouvelles capacités, comme le standard F5 et son drone de combat, afin de combler l’écart avec le F-35, notamment en matière de furtivité.

Surtout, en ces temps d’incertitudes stratégiques, le Rafale constitue le seul vecteur aérien occidental susceptible de porter une capacité de dissuasion, même pilotée de Paris. Ensemble, ces différents éléments tendraient à faire du chasseur français, l’alternative de prédilection, vis-à-vis du F-35A. Encore faut-il que les annonces, et les postures prises par certains dirigeants occidentaux, résistent aux pressions américaines, et à l’usure du temps…

[En Bref] : des Su-35 en Algérie, le Portugal qui veut se détourner du F-35, et les pontons d’assaut chinois qui apparaissent en vidéo.

L’actualité défense a rarement été aussi dense que ces dernières semaines. En quelques heures seulement, une vidéo montrant un Su-35se algérien, et une autre, montrant l’utilisation des pontons d’assaut chinois, pour constituer un port artificiel, sont apparues sur les réseaux sociaux.

Dans le même temps, l’Amiral Vandier, le SACT de l’OTAN, annonce que 80% des membres de l’alliance ont déjà accepté de doubler les moyens militaires de l’alliance, en préparation du sommet de La Haye.

Enfin, le très médiatique F-35 est au cœur des préoccupations, en Europe, comme aux États-Unis, avec le ministre de la Défense portugais qui annonce envisager de se tourner vers un autre avion de combat, face à l’imprévisibilité de la Maison-Blanche, et les analystes américains qui s’inquiètent des conséquences des tensions actuelles, entre Washington et ses alliés, sur la Supply Chain du chasseur américain.

L’Algérie aurait reçu de nouveaux chasseurs russes. Surprise ! ce sont des Su-35SE

Cela faisait plusieurs années qu’Alger et Moscou discutaient au sujet de l’acquisition de nouveaux avions de combat, comme le Su-35, le Su-34 ou le Su-30. Pourtant, il y a tout juste un mois, c’est une commande de 14 chasseurs de 5ᵉ génération Su-57E, à destination des forces aériennes algériennes, qui était annoncée par les autorités algériennes et reconnues par la Russie.

Su-57E
Su-57E en démonstration.

Il fut précisé, lors de ces annonces, que les livraisons des nouveaux avions de combat algériens, s’étaleraient de 2025 à 2027, un calendrier particulièrement raccourci pour un tel contrat, alors que, dans le même temps, des rapports indiquaient la présence de militaires algériens en Russie pour assurer leur formation, accréditant l’hypothèse d’un contrat signé depuis de nombreux mois, voire plusieurs années, entre les deux pays.

Une vidéo, publiée sur internet ces derniers jours, montre un nouvel avion de combat d’origine russe, faisant des manœuvres de démonstration, dans le ciel nord-africain, certainement en Algérie. Surprise ! Il ne s’agit pas d’un nouveau Su-57E, mais d’un Su-35, probablement SE. Selon ses auteurs, elle aurait été filmée à proximité de la base aérienne algérienne d’Oum el Bouaghi, et montrerait l’un des premiers Su-35se des forces aériennes algériennes.

Le site algérien menadéfense.net, a confirmé l’information, selon laquelle l’appareil serait bien un Su-35se livré par la Russie aux forces aériennes algériennes, sans davantage de détails.

Il semblerait, cependant, que les nouveaux chasseurs auraient été commandés par Alger concomitamment aux Su-57E, à hauteur de 14 exemplaires, un escadron, à nouveau. Certains sites affirment que ces appareils, livrés sur des courts délais, feraient partie des 24 Su-35se commandés par l’Égypte, avant d’être annulés sur fond de sanctions CAATSA américaines, en 2021.

Su-35se version egyptienne
Su-35se aux couleurs des forces aériennes egyptiennes.

Toutefois, rien ne permet de confirmer, ni d’infirmer l’hypothèse, même si, effectivement, rien n’indique que les appareils construits pour le Caire, dont l’existence est avérée par des clichés, aient pu rejoindre les forces aériennes russes, en Ukraine, d’autant qu’ils sont à un standard SE différent, ni qu’ils ont été livrés à un autre client export, comme l’Iran.

Dans l’attente de confirmations d’état, sur l’ensemble de ces affirmations faiblement corroborées, la présence d’un Su-35se en Algérie, montre, en revanche, la volonté de Moscou de donner la priorité aux exportations d’équipements de défense, et en particulier, aux avions de combat, maintenant que la législation CAATSA américaine ne constitue plus, de toute évidence, une menace pour la Russie comme pour ses clients.

Sachant que les besoins de modernisation des forces aériennes russes, demeurent très importants, ce constat tend à faire penser que les ressources financières du ministère des Armées russes, sont loin d’être aussi étendues que l’on peut le penser, et que Moscou est, à présent, en besoin de rentrer, rapidement, des devises, pour équilibrer ses moyens.

L’OTAN obtient de ses alliés le doublement de ses moyens opérationnels, face à la menace russe

Pour de nombreux dirigeants européens, l’OTAN est aujourd’hui dans un état dual qui n’est pas sans rappeler le paradoxe du chat de Schrödinger : alors qu’elle demeure le pilier central et fondateur de la défense européenne, en particulier face à la menace russe, sa dépendance aux États-Unis, et les positions prises par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche, que ce soit au sujet de l’Ukraine, de la Russie, du Groenland, du Canada ou, plus généralement, de la protection américaine accordée à l’Europe, en affaiblissent les fondements.

Sommet de Washington de l'OTAN en 2024
Sommet de l’Alliance Atlantique de Washington 2024

Pour les instances dirigeantes de l’Alliance, et en particulier pour le SACT (Suprem Allied Commander Transformation, prononcez sacti), l’amiral Pierre Vandier, ancien chef d’état-major de la Marine nationale, la solution à ce dilemme, se trouve dans le rééquilibrage des moyens apportés par les européens, avec ceux des États-Unis, dans la planification interalliée.

Pour cela, le N°2 de l’alliance militaire, a déjà obtenu de 4 pays membres sur 5, d’approuver une augmentation de 30 % de leurs engagements militaires théoriques, vis-à-vis de leurs niveaux actuels, en 2025. Toujours selon lui, les plus importants contributeurs européens de l’alliance, se sont tous engagés en ce sens, « même ceux qui n’y sont pas favorables, traditionnellement« .

En outre, l’OTAN entend, à présent, obtenir de ses membres des capacités opérationnelles structurées, brigades de combat, flottes aériennes ou flottilles navale, et non, simplement, des moyens numériques globaux, de sorte à pouvoir, effectivement, planifier une réponse d’emploi.

Pour autant, le pas à franchir sera colossal pour les pays européens. En effet, en 2025, les européens accusent un déficit de 30 % dans les moyens effectivement fournis à l’alliance, selon la planification établie.

Amiral Pierre vandier SACT OTAN
Amiral Piere Vandier, ancien Chef d’Etat-major de la Marine nationale, et nouveau SACT de l’OTAN. Depuis le retour de la France dans le commandement intégré, le poste de SACT, le N°2 du commandement militaire de l’alliance, est confié à un officier général français, traditionellement, un acien chef d’etat-major.

En d’autres termes, l’accord obtenu par l’Amiral Vandier, porte, ni plus, ni moins, que sur le presque doublement des moyens accordés par les européens à l’Alliance, en passant de 70 % de la puissance théorique 2025, à 130 % de celle-ci.

Pour obtenir un tel engagement, dans le cadre des travaux préparatoires au sommet de La Haye de juin 2025, l’OTAN a cependant dû céder sur un point crucial. En effet, l’objectif de 130 % des engagements de moyens des membres non-américains de l’alliance, n’est accompagné d’aucun calendrier.

En d’autres termes, les membres peuvent suivre la trajectoire qui leur semble la bonne, pour y arriver, tant qu’ils n’annoncent pas y renoncer. Cette clause, extrêmement affaiblissante, a probablement été accordée dans le but d’obtenir un accord à l’unanimité, en particulier de la part de pays rétifs à l’augmentation des engagements dans ce domaine, comme la Hongrie, la Slovaquie, ou encore, l’Espagne et l’Italie.

Reste que si l’augmentation des moyens des armées européennes a été, jusqu’il y a peu, un sujet avant tout porté par l’OTAN, sous la pression des États-Unis et de Donald Trump, c’est à présent le domaine de la Commission Européenne, qui déploie d’importants efforts pour amener les dépenses européennes de défense au-delà de 3 % de PIB. Si tel est le cas, nul doute que les deux trajectoires, otaniennes et européennes, parviendront à se rejoindre, si tant est que rien ne vienne faire dérailler l’une, ou l’autre.

Le Portugal pourrait se détourner du F-35A en faveur d’un avion de combat européen

Il y a un peu moins d’un an, le Portugal annonçait qu’il rejoignait la grande tendance européenne, en se tournant vers le F-35A américain, afin de remplacer ses chasseurs F-16. La décision de Lisbonne n’était guère une surprise, dans la mesure où 14 forces aériennes européennes, s’étaient déjà déclarées en faveur du chasseur furtif de Lockheed Martin, faisant de l’appareil, un véritable standard au sein de l’OTAN.

F-16 portugal
Les forces aériennes protugaises mettent en oeuvre 28 des 45 F-16 acquis dans les années 80, et modernisés au standard MLU.

La surprise a donc été de taille, lorsque le ministre de la Défense portugais, Nuno Melo, a annoncé que Lisbonne remettait en question cet arbitrage, et pourrait privilégier l’achat d’un avion de combat européen, pour remplacer ses F-16, dans une interview accordé au site local Publico.

Pour expliquer ce changement de posture, le ministre a expliqué que, jusqu’à présent, les États-Unis avaient été un allié fiable et prévisible, ce qui permettait aux Armées portugaises de s’équiper sereinement en matériel américain, l’Europe et les États-Unis affichant, le plus souvent, une trajectoire alignée en matière de défense.

« La position récente des États-Unis, dans le contexte de l’OTAN… doit nous faire réfléchir aux meilleures options, car la prévisibilité de nos alliés est un atout plus important à prendre en compte » a expliqué Nuno Melo, pointant les différentes prises de position de Donald Trump, au sujet de l’Europe, de sa défense et de la Russie, depuis son retour dans le Bureau Ovale.

Pour autant, la commande d’un avion de combat européen par Lisbonne, est encore loin d’être acquise. En effet, à la suite d’une mise en minorité lors d’un vote au Parlement, le gouvernement portugais du premier ministre Luis Montenegro, a été contraint d’organiser de nouvelles élections législatives, qui fera émerger une nouvelle représentation nationale, donc un nouveau gouvernement de coalition.

Rafale F-35 et Typhoon Royal Air Force et Armée de l'air
Qui du Rafale, du F-35 ou du Typhoon, sera choisi par les forces aériennes portugaises, pour remplacer ses F-16.

En outre, le retour industriel, comme la garantie géopolitique, seront deux des éléments clés dans l’évaluation du modèle qui remplacera les 28 F-16 encore en service aujourd’hui au sein des forces aériennes portugaises.

Si le Rafale est une option crédible, notamment après le discours de Luis Montégro lors de la visite d’Emmanuel Macron au Portugal, au sujet du rôle précurseur et fédérateur de la France dans l’émergence d’une défense européenne, il ne faut nullement écarter les autres modèles européens, comme le Typhoon et le Gripen, ni même le KF-21 Boramae sud-coréen.

Toute la question sera donc de savoir si le nouveau gouvernement portugais, qui émergera à peine plus d’un an après celui de Luis Montenegro, suivra la même direction que celle annoncée par Nuno Melo, au sujet du F-35, et d’un possible arbitrage en faveur d’un modèle européen.

La dépendance de la Supply Chain du F-35 à l’Europe et au Canada, inquiète les analystes américains

Le F-35 a été, depuis son arrivée sur le marché, un sujet de vives polémiques. L’appareil de Lockheed Martin, a, en effet, été conçu sur des paradigmes inédits, conférant à l’industriel une main mise sans précédant sur la gestion du maintien en condition opérationnelle de l’avion de combat, dans le but, annoncé, de réduire les stocks de pièces détachées des utilisateurs, tout en fluidifiant l’efficacité de la maintenance.

Assemblage F-35 Lockheed-Martin
L’essentiel de la chaine de valeur du F-35 est localisée aux Etats-Unis.

De fait, même si la notion de Kill Switch n’est pas d’actualité, telle qu’évoquée par Joachim Schranzhofer, le directeur de la communication de l’électronicien militaire allemand Hensoldt, n’est pas avérée, la mise en œuvre des F-35 vendus sur la scène internationale, pourra très rapidement être limitée, voire interdite, ne serait-ce qu’au travers du logiciel ALIS de maintenance, qui nécessite une connexion directe avec les serveurs de l’avionneur.

En outre, la maintenance du F-35 étant ce qu’elle est, c’est-à-dire très complexe et onéreuse, faisant parfois qualifier la stratégie commerciale de Lockheed de stratégie Xerox, avec un faible prix d’achat, mais des consommables beaucoup plus chers, une rupture de la chaine logistique de l’appareil, entrainerait très rapidement d’importantes contraintes sur l’emploi de cette flotte.

Cela n’empêche toutefois pas plusieurs forces armées européennes, nommément la Pologne, la Suisse, ou encore la République tchèque, de réaffirmer, cette semaine, leur pleine confiance dans leurs futurs chasseurs américains, et dans les déclarations de Lockheed Martin, qui rejette en bloc l’hypothèse de l’existence d’un Kill Switch, ou de rien qui puisse s’en rapprocher.

Outre Atlantique, cependant, la fronde européenne inquiète de nombreux analystes. D’abord, évidemment, parce qu’elle peut remettre en question, les très juteuses commandes passées par une vingtaine de forces aériennes occidentales, ces dernières années, concernant cet appareil, très majoritairement construit et assemblé aux États-Unis.

f-35 simulator
Vue d’un simulateur du F-35.

En effet, si un pays comme l’Allemagne, qui remet en question la crédibilité de la dissuasion américaine sur l’Europe, et par transitivité non évoquée, le besoin d’acquérir 34 F-35A pour participer à la dissuasion OTAN, ou comme le Canada, dont les 88 F-35A commandés pourraient être directement remis en cause, sur fond de guerre économique et politique avec la Maison-Blanche, venait à retirer sa commande, le déficit se chiffrerait à plusieurs milliards, voire dizaines de milliards de $, pour l’industrie US.

Mais cette inquiétude va au-delà de la possible annulation de quelques commandes occidentales. En effet, plusieurs des commandes passées par les alliés des États-Unis, pour le F-35, furent accompagnés d’accords de coopération industrielle, intégrant certaines capacités industrielles locales, à la Supply Chain du F-35.

C’est en particulier le cas du Royaume-Uni, partenaire de premier rang du programme qui a conçu et fabriqué, notamment, la tuyère orientable du F-35B, mais aussi de l’Italie, des Pays-Bas, de la Norvège et du Canada, partenaires de rang 2, et d’autres pays comme l’Allemagne et la Belgique, qui ont obtenu des accords de compensations industrielles autour de l’appareil.

Or, comme l’a montré l’exemple turc, en 2020, après l’expulsion d’Ankara du programme américain, suite à la mise en service de leur première batterie S-400 russe, le remplacement de ces éléments de supply chain est particulièrement long et difficile. Ainsi, Lockheed a été contraint de s’approvisionner auprès de l’industrie aéronautique turque, initialement partenaire de niveau 2, plus de trois ans après qu’Ankara fut exclu du programme par Donald Trump et le Congrès américain.

F-35B USMC
La tuyère orientable du F-35B, a été conçue et est fabriquée par BAe, en Grande-Bretagne.

En d’autres termes, si les États-Unis disposent, en effet, d’un potentiel de nuisance considérable, sur l’utilisation des F-35 européens, au travers du contrôle du logiciel ALIS, et du rôle central de l’industrie US dans ce programme, la mise sous embargo des pièces destinées aux forces aériennes européennes ou canadiennes, concernant le F-35, entrainerait une mesure identique, de la part de ces mêmes européens ou canadiens, pouvant rapidement menacer la mise en œuvre des F-35 de l’US Air Force, de l’US Navy ou de l’US Marines Corps.

Reste qu’il sera, très certainement, beaucoup plus facile et rapide, pour les États-Unis, de relocaliser l’ensemble de la Supply Chain F-35 dans le pays, que pour les opérateurs internationaux du F-35, de s’équiper d’un nouvel appareil. Comme il sera plus facile, pour le Pentagone, de réaliser les stocks nécessaires pour absorber une éventuelle décision de ce type, que pour les flottes de chasse alliées, d’anticiper les décisions de Donald Trump, dans ce domaine.

Les pontons d’assaut développés par l’industrie chinoise pour la Marine chinoise, sont apparus en vidéo

Il y a quelques semaines, des clichés satellites ont montré la construction de plusieurs grandes barges, identifiées comme de probables unités de débarquement et de port artificiel, par les chantiers navals de Guangzhou, près d’Hong-Kong. À ce moment-là, la nature même des clichés, ne pouvaient permettre d’aller au-delà de la conjecture, quant à l’utilisation qui pourrait en être faite.

En dépit du caractère incertain de ces spéculations, il était raisonnable d’envisager que ces unités, disposant d’un pont basculant de plusieurs dizaines de mètres, avaient été conçues pour permettre à l’APL de mettre en place un port artificiel, à l’instar des fameux Mulberry de l’opération Overlord, afin de permettre à l’immense flotte de RoRo navigant en mer de Chine sous pavillon chinois, de participer à une hypothétique opération amphibie, contre Taiwan.

ponton chine Algérie | Assaut amphibie | Aviation de chasse
Cliché de la barge de débarquement chinoise. Remaquez les pilones amovibles permettant de stabiliser le navire, près de la cote, afin d’aborber la marée et la houle.

Cette hypothèse vient de prendre beaucoup de crédibilité, alors qu’une vidéo montrant au moins deux de ces barges d’assaut, assemblées pour former un port artificiel, a été diffusée sur les réseaux sociaux chinois.

La vidéo montre, effectivement, et comme envisagé initialement, que ces unités ont été conçues pour agir de concert, afin de former un port artificiel permettant à des navires commerciaux comme les RoRo (Roll-In, Roll-Out), de débarquer leur chargement mécanique de manière fluide et rapide, tout en leur permettant d’enjamber la zone humide, pour atteindre la terre ferme.

Bien évidemment, ce type de navire prend tout son sens, dans l’hypothèse d’une opération amphibie contre Taïwan, sachant qu’il faudra, au mieux, plusieurs jours, aux forces d’assaut de l’APL, pour s’emparer du ou des grands ports en eau profonde de Taichung, Mailiao, An Ping ou Kaosiung, pour soutenir la conquête militaire de l’ile.

Pour peu que les forces aériennes, navales et amphibies chinoises parviennent à assurer une bulle de protection suffisamment efficace, pour protéger ce port artificiel pendant quelques jours des frappes de missiles, bombes planantes et roquettes, une telle installation permettra de débarquer des dizaines de milliers d’hommes, des milliers de véhicules et de blindés, et des centaines de milliers de tonnes d’équipements, nourriture et munitions, le temps de s’emparer des deux ports nécessaires, pour garantir le succès militaire de l’opération.

Ponton assaut chine Algérie | Assaut amphibie | Aviation de chasse
Les barges ont été conues pour pouvoir s’associer, afin de permettre d’atteindre un fon suffisant pour parvenir au tirant d’eau necessaire au debarquement de navires de type RoRO.

Surtout, ces barges permettent à l’APL de disposer d’une solution alternative si les assauts contre les ports visés n’étaient pas couronnés de succès, s’ils prenaient plus de temps que prévu, ou si les destructions constatées, lors de leur capture, empêchait le bon fonctionnement de ces ports, dans les délais planifiés.

Quoi qu’il en soit, la simple existence de ces unités d’assaut, fait à présent peser une nouvelle pression sur Taïwan et sur ses armées, qui devront disperser leurs forces et leurs moyens, pour couvrir une très large partie du littoral de l’ile faisant face à la Chine continentale, pour s’assurer que les armées chinoises ne puissent déployer ces barges, dégarnissant, ainsi, la protection des ports existants. En d’autres termes, l’APL accroit ses options tactiques, tout en réduisant celles de l’adversaire, avec la construction de seulement 3 à 5 barges.

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Quelle sera la menace russe contre l’Europe en 2030 ?

La menace russe contre l’Europe est, depuis quelques semaines, dans tous les esprits, sur le vieux continent. Le retrait des forces et de la protection américaine, à présent inévitable dans les quelques années à venir, met les européens face à une réalité qu’ils n’avaient plus eue à affronter depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’obligation de se défendre, par eux-mêmes, contre toutes les menaces, y compris celles venues de Moscou.

Si le pivot vers le Pacifique des États-Unis et de leurs armées, était engagé par Washington depuis le début des années 2010, il aura fallu le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2025, pour que les Européens comprennent le caractère inévitable et complet de ce basculement américain, et le nécessaire retrait des garanties de sécurité américaines envers l’Europe, sur un calendrier, à présent, raccourci.

Depuis quelques semaines, les européens multiplient les rencontres et les initiatives, pour tenter de faire émerger cette capacité européenne de défense, pour assurer la protection de l’ensemble des pays de la sphère européenne, et de leurs intérêts stratégiques, sachant qu’aucun pays du vieux continent n’a le potentiel militaire, économique et humain, pour contenir, à lui seul, la menace que vont faire peser les armées russes sur le continent, dans les années à venir.

Au-delà des polémiques politiciennes qui ont émergé, ces derniers jours, parfois de la part d’anciens ministres,dont le palmarès inviterait à davantage de discrétion, au sujet de la réalité de la menace russe, et des arbitrages budgétaires qui devront être faits pour la contenir, il est important de qualifier, et de quantifier, la réalité de cette menace, que ce soit en matière de puissance militaire et stratégique, ainsi que de la volonté de s’en servir.

À l’été 2022, la menace russe contre l’Europe devient le pivot de la politique de Vladimir Poutine

Pour beaucoup, le grand basculement belliciste russe est intervenu en amont de la guerre d’Ukraine, soit en 2008, sur la base des défaillances constatées lors de la campagne de Géorgie, soit en 2012, avec le retour de Vladimir Poutine à la tête du pouvoir, soit en février 2022, lors de l’entame de la campagne militaire contre l’Ukraine.

menace russe contre l'Europe
Après l’echec de l’offensive eclair sur Kyiv, les armées russes ont été contraintes de se replier sur la ligne Surovikine, pour stabiliser le front, et reconstituer et réorganiser leurs forces.

Si effectivement, la reconstruction des armées russes a subi plusieurs inflexions sensibles en 2008, en 2012 ou en 2014, la société russe, elle, demeurait relativement préservée des conséquences de ces efforts.

Après l’échec de l’offensive du Kyiv, et après l’humiliante retraite vers la ligne Surovikine, au printemps et à l’été 2022, les autorités russes étaient face à un possible désastre militaire, qui les auraient certainement eux-mêmes emportées, sans une réaction forte, non sur le champ de bataille, mais dans la société russe.

C’est ainsi qu’au début de l’automne 2022, le Kremlin engagea une série de transformations visant à modeler une nouvelle société russe, entièrement tournée vers l’effort de guerre, autour d’un discours plus nationaliste que jamais. À ce moment-là, l’aspect le plus visible de cette transformation brutale, était la première mobilisation de 300,000 réservistes, destinés à être engagés en Ukraine.

Début janvier 2023, les premiers signes d’une transformation de l’économie russe, pour donner la priorité à la production de matériels militaires, commencèrent à émerger, alors que dans les 18 mois à venir, l’industrie de défense russe allait passer de 1 à 2 millions de salariés, entrainant une transformation radicale de ses capacités de production, dont les effets se feront sentir, en Ukraine, à partir du début de l’été 2023.

Uralvagonzavod
Après l’été 2022, la Russie a entrepris de restructurer son indsutrie de défense, dans l’objectif de soutnir un conflit de longue durée, mais aussi pour se doter d’une puissance militaire suffisante face aux pays européens.

C’est également à partir de 2023, que le discours russe, sur la scène internationale, mais aussi nationale, se transforma rapidement, avec la montée en puissance d’une posture agressive vis-à-vis de l’occident, y compris dans le domaine nucléaire, et une volonté, affichée, de redonner à Moscou son statut de super-puissance, aux côtés des États-Unis et de la Chine.

Alors que les armées en Ukraine se transformaient pour s’adapter aux nouvelles réalités tactique et stratégique sui s’imposaient à elles, la société russe, elle, entrait dans une profonde mutation, pour donner naissance à un pays entièrement tourné autour de son effort de défense, avec le Kremlin, les armées et l’industrie de défense russe, en son centre.

C’est ainsi que, dès la fin de l’année 2023, les premiers rapports, venus de certains services de renseignement européens, commencèrent à pointer la menace potentielle que pourraient représenter les armées russes, quelques années seulement après la fin du conflit Ukrainien.

Début 2024, le constat était incontournable : en dépit des très lourdes pertes enregistrées sur le front, les armées russes parvenaient, à présent, à compenser leurs pertes, en hommes comme en équipements, ne laissant aucun doute au sujet de ses capacités de reconstruction, si le conflit ukrainien devait prendre fin.

Soudain, la possibilité d’une attaque russe contre l’OTAN, ou plutôt, contre certains de ses membres, comme les très appétants pays Baltes, redevenait une hypothèse de travail crédible, alors que, dans le même temps, la montée en puissance des armées chinoises, exigeait des États-Unis, un transfert de forces et de compétences, du théâtre européen au théâtre Indo-Pacifique.

armée estonienne
Les armées européennes sont nombreuses, et souvent bien armées. Toutefois, leur structure nationale engendre un puisssant coeifficient modérateur de forces, lorsque comparées avec les forces armées russes, unifiées sous une bannière unique, et une decision politique centralisée.

De fait, aujourd’hui, la Russie, si elle reste engagée dans la très couteuse guerre en Ukraine, en a pris les rênes, militairement, alors que Moscou est à présent assuré de disposer des moyens militaires et politiques, ainsi qu’une d’une société entièrement transformée pour les soutenir, afin d’imposer, si besoin par la force, ses ambitions, y compris en Europe.

Pire, encore, cette transformation sociétale est si radicale, qu’un retour en arrière semble hors de portée, pas sans venir menacer directement le pouvoir russe, en tout cas, entrainant le Kremlin dans une course en avant qui nécessite, en permanence, une guerre ou un adversaire mortel, pour maintenir le pays et la population dans le carcan dans lequel il les a placés.

Les armées russes en 2030, une puissance militaire remarquable et aguerrie par plusieurs années de guerre intensive en Ukraine

Aujourd’hui, le Kremlin dispose d’une force armée renouvelée, aguerrie et étendue, d’une industrie de défense optimisée pour la production massive d’équipements de première ligne et de frappe à longue portée, et d’une société russe dans l’obligation économique, doctrinale et coercitive, de les soutenir.

Pour autant, jusqu’il y a peu, la réalité de la menace russe, sur les pays européens, et en particulier sur les membres de l’OTAN, semblait très lointaine. En effet, toutes, plus performantes et efficaces que pouvaient être les armées russes, vis-à-vis de ce qu’elles étaient, au début du conflit en Ukraine, celles-ci ne peuvaient espérer remporter la décision, en Europe, si les États-Unis intervenaient.

T-80BVM russie
Les armées russes ont été construites sur des arbitrages entre technologies et couts différents de ceux en occident, permettant de s’équiper de materiels modernes et performants, mais beaucoup moins chers que leurs homologues européens ou américains.

Pourtant, depuis plusieurs mois, maintenant, les services de renseignement européens, du Mi-6 britannique au BnD allemand, ont multiplié les rapports alertant sur le potentiel d’agression dont disposera Moscou, d’ici à quelques années, si la guerre en Ukraine devait prendre fin, alors que, comme évoqué précédemment, le Kremlin a, à présent, un besoin structurel d’être engagé dans un conflit direct ou induit, pour garder le contrôle de la société russe.

Les déclarations de Donald Trump, au sujet du retrait rapide de la protection américaine aux Européens, redistribuent les cartes, pour ces derniers, qui doivent à présent se préparer à devoir contenir et dissuader, à eux seuls, les armées russes, comme les appétits du Kremlin.

Une puissance militaire de 1,5 million d’hommes et plus de 500,000 réservistes opérationnels en 2030

Toute la question, à présent, pour les européens, est de savoir quelle sera la puissance militaire russe qu’il faudra contenir et dissuader, dans les années à venir, afin de dimensionner eux-mêmes leurs propres efforts de Défense, et leurs armées.

Et la tâche ne sera pas simple, car d’ici à 2030, il est probable que l’outil militaire sera on ne peut plus formidable, alors Vladimir Poutine a signé, en 2024, un décret pour amener les Armées russes de 1,2 million d’hommes, à 1,5 million de soldats, dont 500,000 conscrits, alors que la réserve opérationnelle russe, y compris la Rosgvardia (la Garde nationale), dépassera largement des 600,000 hommes.

La dissuasion russe, une formidable puissance de défense, et de coercition internationale

La puissance de la force nucléaire russe suffit, à elle seule, à conférer au pays le statut de super-puissance mondiale. En effet, avec 12 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, dont au moins trois en patrouille, de type Delta-IV et Boreï/A, avec 12 à 16 missiles SLBM chacun ; 118 missiles ICBM en silos ; 243 missiles ICBM mobiles ; ainsi qu’une soixantaine de bombardiers stratégiques Tu-95 Bear et Tu-160/M, Moscou dispose de la même puissance stratégique intercontinentale, que les États-Unis.

SSBN Borei-A
En 2030, la flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Borei et Borei-A de la marine russe, atteindra 10 unités. En 2035, elle aura atteint son format final de 14 navires.

À cela, s’ajoutent un grand nombre de systèmes régionaux, comme le missile IRBM Oreshnik, employé pour la première fois en Ukraine à des fins de démonstration, et surtout les missiles à courte et moyenne portée et à capacités nucléaires, comme les SRBM Iskander-M, les missiles de croisière navals Kalibr et les missiles de croisière aéroportés Kh-BD et Kh-102, Moscou dispose de plus de 1700 têtes nucléaires embarquées dans des vecteurs, avec une réserve totale de 5,580 ogives.

Les capacités stratégiques intercontinentales russes ne sont appelées à évoluer qu’à la marge d’ici à 2030, avec le remplacement des derniers SSBN Delta-IV par les nouveaux Boreï-A, l’entrée en service de l’ICBM RS-28 SARMAT pour remplacer les RS-36M2 et les RS-2PM, et l’arrivée de plusieurs Tu-160M pour remplacer des Tu-95MS, sans évolution radicale de la puissance de feu et du rapport de force, y compris contre l’Europe qui dispose de huit sous-marins SNLE britannique et français, dont deux ou trois en patrouille, pour contenir cette menace.

En revanche, la production très rapide de missiles tactiques, comme l’Iskander-M, le Kalibr et les Kh-101/102, permettra probablement à Moscou d’accroitre considérablement, dans les années à venir, les options russes dans ce domaine, pour articuler une menace contre laquelle les européens ne peuvent répondre qu’avec deux escadrons et une cinquantaine de missiles de croisière supersoniques ASMPA-R, des forces aériennes françaises.

En outre, l’arrivée du missile IRBM Oreshnik, un missile spécialement conçu pour menacer l’Europe sans menacer les États-Unis, renforcera le découplage stratégique potentiel entre les dissuasions européennes et américaines, d’ici à 2030, tout en préservant, côté russe, l’ensemble des moyens ICBM et SLBM, pour contenir la puissance stratégique américaine, voire chinoise.

Les forces terrestres et aéromobiles russes en 2030

Selon les éléments communiqués par l’état-major, l’Armée de terre russe s’organise, aujourd’hui, autour de 21 divisions, soit 18 divisions mécanisées et trois divisions blindées, pour former le corps de manœuvre russe. Seule une douzaine de ces divisions sont aujourd’hui pleinement structurées, et équipées, alors que beaucoup de brigades et de bataillons engagés en Ukraine, continuent d’intervenir en dehors de cette structure organique.

T90M en Ukraine
Ce n’est pas le T-14 Armata, qui a fait beaucoup d’encre de 2015 à 2022, mais le T-90M, qui représente aujourd’hui le char de bateaille standard moderne des armées russes. Dérivé du T-72, il en corrige beaucoup de faiblesses, tout en conservant une qualité essentielle, un prix d’achat inférieur à 4 m$.

Si la guerre en Ukraine venait à prendre fin en 2025, la Russie disposerait de quatre ans pour restructurer cette force terrestre, composée de militaires sous contrat et de réservistes mobilisés, et la seule susceptible, aujourd’hui, d’être engagée en dehors du territoire russe. En effet, comme c’était le cas en France, les conscrits russes ne peuvent pas être déployés en dehors du pays, sauf état de guerre.

Avec l’arrivée de plus de 200,000 militaires sous contrat supplémentaires à destination de l’Armée de terre, avec le passage de 1,2 à 1,5 million d’hommes annoncé par Vladimir Poutine en 2024, ces objectifs seront certainement accrus, pour atteindre 30 divisions, dont 5 blindées et 25 mécanisées, d’ici à 2030.

Cette force de manœuvre serait alors forte de 450,000 à 500,000 hommes, et alignerait 3,250 chars de combat, 4500 véhicules de combat d’infanterie, plus de 5,000 véhicules blindés, 1,500 canons automoteurs, 750 systèmes lance-roquettes multiples et 1200 hélicoptères, dont 400 hélicoptères de combat, sur la base des formats de division engagés en Ukraine.

Le remplacement des matériels encore en service, y compris en Ukraine, par des matériels neufs, comme le char T-90M, le VCI BMP-3M, les canons automoteurs Msta-S et Koalitsyia-SV, et les LRM Tornado, permettra, en outre, d’équiper les unités de conscrits et de regarnir les stocks, avec des matériels plus datés, comme les chars T-72 et T-80, les VCI BMP-2, les canons automoteurs 2S3 et les LRM Smerch et Grad, donnant aux forces russes une résilience stratégique accrue.

En matière de défense antiaérienne, cette force de manœuvre disposera de 60 à 90 batteries à longue portée S-400, de 120 à 180 batteries S-350 et Buk, et de plus de 600 systèmes SHORAD Tor, Sosna, Pantsir, etc.

2S35 Koalitsya SV
Le canon automoteur 2S35 Koalitisya-SV, constitue la réponse de la Russie aux canons automoteurs et portés à tube long européens, employés en Ukraine, comme le Caesar, le Pzh2000 ou encore l’Archer.

Si les forces terrestres russes sont appelées à croitre, dans les années à venir, rien n’indique, en revanche, que ce soit le cas des troupes aéroportées. Ces unités d’élite ont, en effet, montré certaines limites en Ukraine, en échouant à prendre l’aéroport de Hostomel, lors de l’offensive contre Kyiv, ce qui condamna la manœuvre principale de l’offensive russe en entrée de conflit, et engagea le pays dans une guerre d’usure.

En outre, ces forces n’ont pas montré des résultats opérationnels particulièrement efficaces, après cet échec, lorsqu’engagées, enregistrant de très lourdes pertes, sans jamais peser directement sur la bataille, contrairement, par exemple, aux forces de mercenaires de Wagner. Depuis 2023, elles sont employées comme des forces d’infanterie classiques, sans avoir la possibilité de redorer leur blason.

De fait, tout laisse à penser, aujourd’hui, que les forces aéromobiles russes pourraient, au mieux, d’ici à 2030, reconstituer leurs effectifs et leurs moyens, ne recevant probablement pas la priorité, dans ces domaines, sur les forces mécanisées.

Pour contenir une telle puissance offensive, les Européens devront alors être en mesure de déployer une puissance terrestre de plus de 300,000 militaires et 30 brigades, avec plus de 1500 à 2000 chars de combat, autant de VCI, plus de 500 canons d’artillerie et plus de 200 LRM, et de disposer d’une capacité de rotation et de régénération suffisante pour conserver ce dispositif dans la durée.

Les forces aériennes et spatiales russes en 2030

Si les forces terrestres sont appelées à croitre, et à sensiblement se renforcer et se moderniser, d’ici à 2030, les forces aériennes russes, elles, seront probablement engagées dans un effort de modernisation et de concentration, sans possibilité d’extension quantitative.

Su-57 VKS Russie
Comme le T-90M, le Su-57 est un avion de combat de 5ème génération, construit sur des paradigmes différents de ceux ayant donné naissance au F-22 ou au F-35 américain. Moins furtif, moins informatisés, il est en revanche beaucoup plus performants, en terme de vitesse, de plafond et de rayon d’action, et beaucoup plus manoeuvrant. Il est aussi beaucoup moins cher, les forces aériennes russes payant l’appareil entre 35 et 40 m$.

Aujourd’hui, celles-ci alignent autour d’un millier d’avions de combat, pour moitié composée d’appareils modernes Su-30, Su-34 et Su-35, ainsi qu’une poignée de Su-57, et pour moitié, d’appareils plus anciens, Su-24, Su-25, Mig-29 et Su-27.

À cela s’ajoute plus d’une centaine d’intercepteurs MIG-31, relativement datés, mais disposant d’attributs spécifiques, et un peu plus d’une centaine d’avions de combat de l’aéronautique navale, essentiellement des MIG-29, des Su-33, Su-24 et Su-30, ainsi que des MIG-31 et des Su-27. Enfin, elle aligne une cinquantaine de bombardiers à long rayon d’action Tu-22M3M.

À cela s’ajoutent une flotte de soutien limitée, avec une dizaine d’avions d’alerte aérienne avancée A-50, une vingtaine de ravitailleurs en vol Il-78, une cinquantaine de PC volants et une trentaine d’avions de transport.

L’effort industriel, dans ce domaine, depuis le début de la guerre en Ukraine, a essentiellement visé à compenser les pertes enregistrées au combat, par accident ou par bombardement, et ce faisant, à moderniser la flotte, notamment de chasse, avec autour de 25 nouveaux avions de combat livrés chaque année, dont 5 à 7 Su-57, 6 à 8 Su-35, une dizaine de Su-34 et quelques Su-30 modernisés. La production d’avions de soutien et de transport est, en revanche, très ponctuelle depuis trois ans.

Rien n’indique, à ce jour, que cette dynamique sera transformée dans les années à venir, si ce n’est que le nombre de Su-57 livrés chaque année, pourrait légèrement croitre pour atteindre 10 à 12 exemplaires, au détriment d’autres modèles.

Su-35s
Bien que no furtuf, le Su-35s est considéré comme un excellent avion de combat, par les forces aériennes occidentales, en raison de ses performances, de sa manoeuvrabilité, et de sa capacité d’emport.

Si la production d’avions militaires pourrait augmenter, avec la fin de la guerre en Ukraine, et un allègement des sanctions américaines, tout indique que Moscou privilégiera la livraison d’appareils à l’exportation, après plusieurs années de vaches maigres dans ce domaine, du fait des besoins internes, et surtout de la législation CAATSA américaine.

En outre, la guerre en Ukraine a surtout montré que les défenses aériennes sont très efficaces pour interdire le ciel au-dessus du champ de bataille, à l’aviation de combat, éliminant la possibilité de mener des frappes de soutien de type CAS (Combat Air Support), et limitant leur utilisation à l’emploi de munitions dites Stand-off, comme les missiles de croisière ou les bombes planantes.

En tout état de cause, tout porte à penser qu’en 2030, les forces aériennes russes auront un format comparable, voire même inférieur à celui de 2025, tout en disposant de davantage d’appareils plus modernes, dont, environ, une centaine de chasseurs lourds de 5ᵉ génération Su-57, et de 500 à 600 chasseurs de 4ᵉ génération modernisés Su-30SM, Su-34/M et Su-35s, et toujours d’une force d’une centaine d’intercepteurs Mig-31, en charge de la protection du ciel intérieur russe et des frappes Kinzhal.

La flotte de soutien, et notamment les avions d’alerte aérienne avancée et ravitailleurs, ne devrait pas évoluer en nombre ni en capacités, de manière notable, alors que la flotte de transport restera embryonnaire, les armées russes privilégiant un très efficace réseau ferré, pour déplacer leurs forces dans le pays, alors que la projection de puissance restera secondaire, pour Moscou, d’ici là.

Les forces navales russes en 2030

Les forces navales n’ont jamais été la priorité de l’état-major de Moscou, depuis l’humiliante défaite de Tsushima, en 1905, face à la flotte nippone de l’Amiral Togo. Si, sous l’influence de l’Amiral Gorshkov, la flotte soviétique a connu une croissance rapide, du début des années 70 à la fin des années 80, tant du point de vue capacitaire que technologique, la dimension continentale du pays a rapidement convaincu les dirigeants russes de ne pas faire de la modernisation de la Marine, la priorité dans le réarmement du Kremlin.

frégate admiral Gorshkov
Les frégates Admiral Gorshov sont, aujourd’hui, les navires de surface de haute mer les plus modernes produits par l’indsutrie navale russe.

De fait, aujourd’hui, la Marine russe n’est plus que le fantôme de ce qu’était la Marine soviétique à la fin des années 80, employant encore un grand nombre de navires conçus et construits, à ce moment-là, alors qu’une grande partie des capacités industrielles navales soviétiques, était positionnée en Ukraine.

Ainsi, la flotte de surface de haute-mer russe est, aujourd’hui, en déliquescence, avec un porte-avions ne parvenant plus à reprendre la mer, un croiseur lourd nucléaire en modernisation depuis 6 ans, deux croiseurs dont la vulnérabilité a été démontrée par le naufrage du Moskva en mer Noire en 2022, et une flotte de destroyers et de frégates, n’alignant que 7 unités ayant moins de 15 ans.

Pour autant, la Marine russe n’est pas désarmée. Elle s’est simplement recentrée sur ses compétences les plus utiles, avec une flotte dense de corvettes et de patrouilleurs lance-missiles pour assurer la défense côtière, et surtout une importante flotte sous-marine, composée d’une vingtaine de sous-marins à propulsion nucléaire SNA et SSGN de classe Akula, Anteï et Iassen, et une trentaine de sous-marins conventionnels Kilo, Improved Kilo et Lada.

Si les chantiers navals russes ont été modernisés à la fin des années 2010, notamment pour leur permettre de produire de nouvelles unités de surface de plus fort tonnage, comme les frégates de la classe Admiral Gorshklov de 5000 tonnes, rien n’indique que le Kremlin envisage de produire un effort spécifique pour accroitre sa flotte de surface de haute-mer dans les années à venir, au-delà du remplacement des unités les plus anciennes, par des navires plus modernes, mais aussi, plus petits.

chantier naval Admiralty saint-petersbourg 636.3 Improved Kilo
Contrairement aux Etats-Unis, à la Grande-bretagne et à la France, la Marine russe n’a pas abandonné la mise en oevure de sous-marins à propulsion convetionelle, au profit d’une flotte uniquement composée de sous-marins nucléaires.

De même, si la production de corvettes côtières se poursuit, avec la livraison de plusieurs nouveaux petits bâtiments comme les Karakurt, cet effort vise, avant tout, à remplacer le retrait des unités les plus anciennes, comme les Grisha et les Nanushka.

L’effort est sensiblement le même, au sujet des sous-marins, avec la livraison prévue de nouveaux SSGN classe Iassen-M, pour remplacer le retrait de plusieurs SNA, et celle de sous-marins conventionnels Improved Kilo et Lada, pour remplacer les derniers Kilo de l’époque soviétique.

L’industrie de défense russe pourra-t-elle suivre la trajectoire visée par Vladimir Poutine ?

Les forces évoquées, pour 2030, pour les armées russes, dans cette analyse, peuvent être qualifiées de théoriques. En effet, il n’est pas du tout acquis que la Russie puisse produire les efforts budgétaires et industriels nécessaires, pour parvenir à donner corps à cette ambition stratégique et conventionnelle, tout au moins, sur un calendrier aussi contraint.

Ainsi, l’inventaire des forces terrestres russes, aujourd’hui, ne se compose que d’autour de 2000 chars de combat, et pas plus de 2500 VCI. Pour atteindre un format de 30 divisions de manœuvre, d’ici à 2030, il serait donc nécessaire de produire, au moins, 1500 chars et 2500 VCI modernes, soit 300 chars neufs et 500 BMP-3, chaque année. Aujourd’hui, la production des industries russes, concernant ces équipements, ne dépasse pas 150 chars neufs, et autant de VCI, chaque année.

Or, pour atteindre des productions telles, il sera indispensable, pour le Kremlin, de déployer de nouvelles usines, ce qui ne pourra pas se faire sans avoir accès à certaines technologies importées, comme les machines outils lourdes, alors que la formation du personnel, sera nécessairement chronophage.

industrie de défense russe
L’industrie russe produit, aujourd’hui, de 10 à 15 chars T-90M neufs par mois. C’est toutefois très insuffisant pour armer pleinement les divisions russes en constitution, d’ici à 2030.

L’alternative, pour les armées russes, pourraient être de faire comme en Ukraine, et d’employer, conjointement, des équipements modernes, ainsi que des matériels plus anciens, hâtivement modernisés, pour constituer de la masse.

Ces équipements ont pu remplir certaines missions, face aux armées ukrainiennes qui, elles aussi, ont recouru à cette même méthode. Toutefois, se confronter aux forces européennes, beaucoup plus modernes, avec ces équipements, risquerait fort d’engendrer de véritables désastres militaires. Et cela, l’état-major russe ne l’ignore pas.

Il faudra donc se montrer très attentif, dans les années à venir, sur les évolutions des capacités de production des industries de défense russes, pour évaluer à quel point, l’objectif de puissance théorique, construit autour des annonces de constitution d’unités de manœuvre, ainsi que par les évaluations parfois diffusées par certains services de renseignement européens, s’avèrera pertinent, pour 2030, ou si, au contraire, il ne pourra être atteint que quelques années plus tard.

Un rapport de forces difficile à compenser pour les européens

Pour autant, les difficultés que pourraient rencontrer les planificateurs russes, pour atteindre cette puissance opérationnelle suffisante pour, éventuellement, engager des opérations militaires contre les alliés européens, s’appliquent pareillement à ces derniers qui sont, eux aussi, exposés à des contraintes et difficultés similaires, sur le même calendrier.

KNDS Deutschland Krauss-Maffei Wegmann
La chaine de production de KNDS Deutschland, ex-Krauss-Maffei-Wegmann, pour le Leopard 2A8, est aujourd’hui la seule ligne d’assemblage de chars de combat en Europe. Elle produit autour de 60 blindés par an.

En outre, les européens devront trouver, sur un calendrier particulièrement réduit, la manière dont il sera possible de coordonner l’engagement de leurs forces multinationales, alors que l’avenir de l’OTAN, qui assure aujourd’hui cette fonction, est pour le moins incertain, avec le retrait des États-Unis du théâtre européen, et que la création d’un état-major européen prendrait nécessairement plusieurs années.

Surtout, il convient de garder à l’esprit que les forces armées européennes n’engageront jamais la totalité de leurs forces, pour participer à une force de defense collective, le taux de participation étant à l’appréciation de chaque chef d’État.

Ainsi, si les baltes, finlandais, suédois ou polonais, pourraient effectivement engager l’ensemble de leurs moyens, si exposés à une offensive russe, il est très peu probable que ceux-ci viennent à dégarnir leurs propres défenses, si l’offensive russe venait à se concentrer sur un autre pays.

De la même manière, les pays du second rideau défensif européen, comme les Pays-Bas, l’Allemagne, la Roumanie (pour l’instant), la République tchèque, le Danemark ou la Norvège, ne pourront jamais employer plus de 30 à 35% de leurs forces, pour défendre un pays allié, afin de conserver une force suffisante pour défendre leurs frontières, si leurs alliés venaient à être défaits.

Enfin, plusieurs pays pourraient tout simplement être tentés par une position en retrait, soit parce que suffisamment distants de la menace, pour s’estimer en position de sécurité, soit par opportunisme politique, ou par proximité politique avec la Russie.

Rafale B
Les forces européennes sont desavantagées au sol, face aux armées russes, ces dernières disposant d’un avantage numérique certain, mais conserve l’ascenddant dans le domaine aérienne, si tant est qu’elle parviennent à neutraliser la puissante défense antiaérienne multicouche de l’adversaire.

De fait, les Européens devront être en mesure de déployer 300,000 hommes, 1500 chars ou encore 400 avions de combat, pour sécuriser les frontières européennes, tout en respectant l’ensemble de ces contraintes et de ces risques, ce qui implique de disposer, au moins, de 1 million d’hommes dans les unités de combat terrestre, plus de 2500 à 3000 chars, et plus de 1200 avions de combat, tout en disposant d’un avantage technologique, opérationnel et doctrinal, pour compenser un rapport de forces défavorable.

Atteindre une telle capacité de manœuvre, va requérir un effort colossal de la part des européens, ce d’autant que, pour être suffisamment dissuasive, cette force militaire doit pouvoir s’appuyer sur une base industrielle défense européenne dimensionnée pour soutenir une telle force au combat, et compenser son attrition.

Y parvenir d’ici à 2030, semble hors de portée, tant la transformation des armées et de l’industrie de défense européenne, nécessaire pour cela, apparait inaccessible, sur les délais requis.

Conclusion

Nous voilà au terme de cette analyse, plus longue qu’à l’accoutumée, pour ce site. Il était, en effet, impossible de survoler les sujets, qui composent la problématique, sans entrer dans un minimum de détails, afin de parvenir à une compréhension de l’ensemble des paramètres, qui entrent en jeux, ici.

Ukriane russie BMP Algérie | Assaut amphibie | Aviation de chasse
Les chars russes n’entreront certainement pas dans Paris demain. Cela dit, on ne peut exclure qu’en 2030, elles puissent parvenir à défiler dans les rues de Tallin, de Riga et d’Helsinki, si les européens ne relèvent pas, à temps, le defis capacitaire posé par le rearmement russe.

Premier constat : la Russie et ses armées, sont d’ores-et-déjà engagées dans une transformation visant à pouvoir défier la puissance militaire européenne, que ce soit au travers de l’augmentation des effectifs annoncée par Vladimir Poutine en 2024, de la restructuration de la force de manœuvre russe engagée depuis 2023, et de la transformation de l’outil industriel militaire russe, entamée à l’été 2022.

Second constat : la société russe a été transformée, dès la mi-2022, par Vladimir Poutine, pour pleinement soutenir l’effort de guerre russe, en Ukraine d’abord, puis au-delà, donnant naissance à une doctrine d’État qui nécessite, en permanence, de pouvoir identifier un adversaire militaire de premier plan, pour conserver sa stabilité politique.

Troisième constat : si atteindre les objectifs de forces militaires visés par la réorganisation des armées russes, semble difficile d’ici à 2030, ce n’est pas impossible. À l’inverse, si les européens ont le potentiel pour contenir cette menace, tant du point de vue conventionnel que stratégique, il semble hors de portée d’atteindre les forces et les moyens industriels nécessaires pour cela, d’ici à 2030.

Il ressort de ces trois constats, qu’Européens et russes sont, à présent, engagés dans une course industrielle et capacitaire, dont l’objectif est d’atteindre, le plus rapidement possible, le seuil d’efficacité requis, afin de prendre l’avantage militaire, ou, au contraire, de le dissuader, sur le théâtre européen.

Production CV90
L’Europe possède des capacités de production significatives, mais tend à avoir d’importants doublons, dans certains domaines, et de profonds déficits, dans d’autres. Si la concentration des grandes entreprises de défense ne représente certainement pas l’urgence, aujourd’hui, pour peser sur le marché international, la rétionalisation des moyens de production, pour couvrir l’ensemble des besoins, au niveau requis, s’impose urgement.

Quoi qu’il en soit, les européens n’ont, à présent, ni le choix, ni le temps, pour ne pas s’engager massivement et pleinement, dans la trajectoire nécessaire afin d’atteindre, au plus vite, les objectifs capacitaires et industriels suffisants pour dissuader Moscou de toute initiative contre un ou plusieurs des pays membres et alliés.

De cette célérité, et de la détermination dont feront preuve chacun des deux camps, dépendra l’avenir de l’équation sécuritaire en Europe, et, probablement, l’avenir de l’Europe, telle que nous la connaissons aujourd’hui.

[En Bref] : La Bundeswehr en sous-effectif de plus de 10 %, les États-Unis qui se retirent progressivement des exercices OTAN, et l’Australie qui doute du programme SSN-AUKUS…

Un survol rapide des actualités défense les plus marquantes et les plus significatives de ces derniers jours, avec la Bundeswehr qui affiche de grandes ambitions, mais qui reste exposée à un déficit de personnels militaires dépassant les 10 % ; l’annonce, par le Pentagone, du retrait des États-Unis de la planification des exercices de l’OTAN ; Airbus qui annonce son intention d’augmenter les cadences de production des Eurofighter Typhoon ; ou encore la présidente de la commission européenne, qui établit à 3 %, le plancher de l’effort des européens, dans les années à venir.

Bien évidemment, il était impossible de passer à côté des deux tribunes publiées par le site The Guardian, l’une de l’Amiral Peter Briggs de la Royal Australian Navy, l’autre de l’ancien premier ministre australien Malcolm Turnbull, au sujet de la trajectoire de plus en plus incertaine du programme SSN-AUKUS.

Fin 2024, il manquait presque 22,000 soldats sur 203,000, dans la Bundeswehr

L’Allemagne reconstruira une puissante Bundeswehr, « quoiqu’il en coute ! ». C’est en ces termes de Friedrich Merz, le futur chancelier allemand, a présenté son ambition pour le réarmement allemand, dans les années à venir, alors que ce dernier s’est rapproché de ses homologues britanniques et français, Keir Starmer et Emmanuel Macron, pour poser les bases d’une future extension des dissuasions de ces deux pays, à l’Allemagne, et aux autres pays européens.

Friedrich Merz
[En Bref] : La Bundeswehr en sous-effectif de plus de 10 %, les États-Unis qui se retirent progressivement des exercices OTAN, et l'Australie qui doute du programme SSN-AUKUS... 50

Épaulé dans sa tâche par Boris Pistorius, le ministre de la Défense allemand sortant, mais très certainement réentrant au même poste, dans la nouvelle coalition CDU-CSU/SPD qui se dessine, le futur chancelier, n’a posé aucune limite sur l’effort budgétaire que l’Allemagne devra faire pour retrouver un outil de défense suffisant, ayant déjà proposé de faire sauter la clause de limitation du déficit public à 0,3% PIB, qui entrave les options de Berlin dans ce domaine.

Pour autant, reconstruire la Bundeswehr, ne sera pas une simple affaire de crédits. En effet, alors que le budget des armées allemandes atteignait 73 Md€ en 2024, plus de 2,5 fois son niveau de 2017, et que les recrutements avaient augmenté de 8 % sur un an, celles-ci affichaient, en début d’années 2025, un déficit de 21,826 militaires, sur un effectif théorique de 203,000, et pour une population totale de 82,3 millions d’habitants.

L’origine de ce déficit de personnel remonte à plus d’une décennie, alors que la Bundeswehr, comme l’ensemble des armées européennes, ne disposaient pas des crédits de fonctionnement suffisants vis-à-vis de son format, ceci entrainant une profonde démotivation de ses cadres et personnels, exprimés par un taux de réengagement très faible.

Depuis, les crédits supplémentaires, injectés par le Bundestag, ont amélioré la situation, sans toutefois juguler les départs. Pire encore, si les recrutements progressent, ils sont exposés à un taux de confirmation de l’engagement, qui intervient après six mois de contrat, de seulement 75 %, un quart des jeunes recrues préférant quitter la Bundeswehr à ce moment-là.

Leopard 2 Bundeswehr
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De fait, si la Bundeswehr veut, effectivement, retrouver un format cohérent avec son ambition de première force armée conventionnelle du continent, celle-ci n’aura certainement d’autres choix que de recourir, à nouveau, à la conscription, tant pour disposer des effectifs instantanés pour défendre le pays, que pour créer des canaux privilégiés pour accroitre les recrutements dans les forces d’active comme dans la réserve.

À ce sujet, Boris Pistorius avait mené, il y a quelques mois, une évaluation concernant le modèle de conscription choisie, appliquée en Norvège et en Suède, le jugeant efficace et adapté aux besoins allemands. On peut donc s’attendre, dans les mois à venir, à ce que cette conscription obligatoire, mais sélective, soit appliquée au sein de la Bundeswehr par la nouvelle coalition de gouvernement à Berlin.

Les armées américaines ne participeront plus à la planification des exercices de l’OTAN

L’OTAN n’est guère en odeur de sainteté, ces jours-ci, à la Maison-Blanche, au Congrès et par extension, dans les armées américaines. Ainsi, il y a quelques jours, Elon Musk, dont on connait la proximité avec le président Trump, avait publiquement appelé à ce que les États-Unis se retirent de l’alliance atlantique, dans un tweet sur X des plus laconiques.

Pour autant, jusqu’à présent, si les européens avaient compris la menace que peut représenter la nouvelle administration américaine, sur les garanties de sécurité offertes par les États-Unis, aucun d’eux n’avait, dans les faits, touché du doigt les conséquences immédiates de cette nouvelle posture de l’exécutif américain.

C’est désormais chose faite, alors que le Pentagone a informé ses partenaires de l’OTAN, que dorénavant, les États-Unis ne participeraient plus à la planification des exercices dans le cadre de l’Alliance, pour concentrer leurs moyens sur le théâtre indo-Pacifique.

NATO Steadfast 2021 exercice
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Cette annonce, choisie dans ses termes et son périmètre, envoie un message, on ne peut plus audible, aux chancelleries européennes. Si les unités américaines pourront toujours participer aux exercices de l’OTAN, le retrait de la planification des États-Unis, en limitera nécessairement et sensiblement l’implication, les européens ne pouvant pas, à priori, envisager la mobilisation de moyens autres que ceux déjà disponibles en Europe.

Ce faisant, les moyens dont disposeront les européens, dans leur planification d’exercices, seront sensiblement réduits, la logistique et le renseignement américain jouant, traditionnellement, un rôle très important dans ces manœuvres, alors que la participation directe des unités américaines, va rapidement se réduire.

Ainsi, lors du dernier exercice Steadfast Dart, entamé le 10 février dernier, et qui n’est autre que le plus important exercice annuel de l’alliance, aucune force américaine n’a été mobilisée, l’exercice ayant été mené par plus de 10,000 militaires bulgares, britanniques, espagnols, français, grecs, roumains, slovènes et turcs.

Rappelons qu’en 2023, le Congrès américain fit voter une loi exigeant un préavis de six mois, et un vote des deux chambres avec une majorité des deux tiers, pour engager une procédure de retrait des États-Unis de l’Alliance. Toutefois, rien ne peut empêcher l’exécutif de diminuer, voire d’arrêter la participation des forces américaines aux exercices, ni de retirer l’essentiel des forces US déployées en Europe. Et pas davantage, de répondre à une sollicitation européenne, en application de l’Article 5 de l’alliance.

Airbus veut aussi augmenter les cadences de production de l’Eurofighter Typhoon

Pour Airbus comme pour Dassault Aviation, les bouleversements à l’œuvre aujourd’hui, entre Washington et l’Europe, ouvrent certaines opportunités concernant la production de leurs chasseurs bimoteurs respectifs, le Rafale et l’Eurofighter Typhoon, tous deux étant dépourvus de technologies critiques venues des États-Unis.

Eurofighter Typhoon forces aériennes espagnoles
Eurofighter Typhoon Forces aériennes espagnoles

Ainsi, pour répondre à un carnet de commandes de plus de 200 appareils, à livrer dans une fenêtre de temps relativement réduite, face aux tensions internationales, l’avionneur français avait entrepris, dès 2023, d’atteindre un rythme de production mensuel de 3 appareils, en 2026, alors que la très attendue commande de 22 Rafale M par la Marine indienne, est à présent annoncée pour avril 2025, et que Paris semble prêt à commander une trentaine d’appareils supplémentaires.

Face à l’évolution potentielle de la demande européenne, il a annoncé, la semaine dernière, être prêt à passer à quatre, voire cinq appareils produits par mois, si le besoin était là, pariant sur un éventuel basculement de certaines commandes européennes de F-35A, vers le chasseur français en version F5 et son drone de combat furtif, le couple étant conçu pour offrir des performances de combat comparables à celles d’un avion de combat furtif de 5ᵉ génération, comme le F-35.

Si le Typhoon européen ne peut pas s’appuyer sur le même carnet de commande que Dassault, ce dernier s’est considérablement regarni, ces deux dernières années, avec la commande de 45 Typhoon par Madrid, de 24 appareils pour Rome, et de 58 chasseurs pour la Luftwaffe, alors que les négociations autour de 40 avions pour la Turquie, semblent proches d’aboutir, et que la commande de 52 Typhoon supplémentaires par l’Arabie Saoudite, demeure sur la table des négociations.

Il n’est guère surprenant, dans ce contexte, qu’Airbus ait annoncé, en Espagne, son intention d’accroitre les cadences de production du Typhoon, l’avionneur européen pouvant également espérer voir ses commandes européennes croitre, sur fond de craintes autour du F-35, notamment auprès des pays appartenant au consortium Eurofighter.

Chaine d'assemblage Typhoon BAE
Chaine d’assemblage BAE de l’Eurofighter Typhoon

Reste que si plusieurs annonces ont été faites, ces derniers mois, autour du Typhoon, celles-ci l’ont souvent été en ordre dispersé, l’Allemagne annonçant son intention de concevoir un drone de combat avec Airbus, l’Italie faisait de même, mais avec Leonardo et le turc Baykar.

Quant à Londres, qui est pourtant l’acteur industriel et technologique majoritaire dans ce consortium, elle brille pas son manque d’ambitions, la ligne d’assemblage de BAe étant même menacée par manque d’activité, à court termes, si les contrats à l’exportation, en Turquie et en Arabie Saoudite, n’étaient pas conclus rapidement.

Ce capharnaüm apparent ne plaide probablement en faveur du Typhoon en Europe, les quatre membres d’Eurofighter étant dans l’incapacité de présenter une trajectoire industrielle, technologique et, surtout, opérationnelle, cohérente, sur un calendrier raccourci, comme l’exige la situation.

Il sera probablement nécessaire, aux européens impliqués dans les programmes SCAF et GCAP, d’analyser les raisons et les conséquences de ce manque de synchronicité et de cohésion, autour du programme Eurofighter, afin de ne pas reproduire le même contexte dans leurs programmes de 6ᵉ génération, qui seront sans le moindre doute déterminants pour la sécurité du vieux continent lors des 2 à 3 décennies les plus tendues du siècle.

Pour Ursula von der Leyen, l’effort de défense planché en Europe sera de 3% PIB

« Le temps des illusions est révolu !« . C’est en ces termes que la présidente de la Commission Européenne, s’est exprimée ce 11 mars, au sujet de la passivité et de la nonchalance avec laquelle les européens ont délaissé leur outil de défense, ces vingt dernières années.

Ursula von der leyen présidente de la commission européenne
Ursula von der Leyen

Mais là où certains pays européens demeurent engagés dans une trajectoire ne visant qu’un effort de défense de 2% d’ici à la fin de la décennie, pour l’ancienne ministre de la Défense allemande, « Toutes les analyses s’accordent à présent pour atteindre un seuil de 3% » au niveau des pays européens, contre un effort de defense moyen de seulement 2%, aujourd’hui, au sein de l’Union.

Pour y parvenir, la Commission a présenté un plan en deux parties, avec une enveloppe de crédits à taux réduits de 150 Md€, pour investir dans le développement de certaines capacités stratégiques et urgentes, en Europe, comme la défense antiaérienne et antibalistique, et un assouplissement des règles budgétaires européennes, permettant de ne plus décompter du déficit de calcul, les investissements de défense excédant les 1,5 % PIB.

Selon me von der Leyen, cette seconde mesure permettra d’amener la moyenne des efforts de defense, en Europe, au-delà de 3 % PIB, d’ici à 2030, pour une enveloppe globale de 650 Md€ supplémentaires, sur les quatre années à venir.

Pour certains pays, comme la France, les mesures annoncées ne sont pas suffisantes pour répondre à l’urgence industrielle et opérationnelle. Paris plaide, en effet, pour la création d’un fonds d’investissement purement européen, doté de plusieurs centaines de Md€, qui serait employé exclusivement pour developper et acquérir des équipements de défense européens.

Lecornu voeux
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Néanmoins, les ambitions françaises, dans ce domaine, ont peu de chances d’aboutir. En effet, plusieurs pays refusent de s’engager d’un nouveau modèle de mutualisation de la dette, comme lors de la crise Covid, et estiment, probablement à raison, que chaque pays doit piloter, et assumer, son effort de defense de Défense, même si certaines adaptations, notamment au niveau des plafonds de déficits, peuvent être mises en œuvre.

Rappelons qu’en France, l’objectif actuel de la LPM 2024-2030 est d’atteindre 67 Md€ en 2030 pour la mission défense (hors pensions), soit un effort de defense de 2,25%, et que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a déclaré il y a quelques jours, que la France devait à présent viser un budget de 90 à 100 Md€, en 2030, soit un effort de defense de 3,0 à 3,3 % du PIB, conforme aux objectifs européens.

Du point de vue de la soutenabilité budgétaire, la France aurait certainement beaucoup plus intérêt à négocier avec Berlin et Bruxelles, une adaptation spécifique de l’accès à certains taux préférentiels, via la BCE, une compensation partielle de l’effort consenti par la France en matière de dissuasion depuis les années 60, plutôt que de dépenser de l’énergie, en pure perte, pour lancer une réplique du fonds Covid, qui n’arrivera jamais.

Dans tous les cas, les Européens semblent, à présent, bel et bien engagés, dans leur immense majorité, vers un effort de defense de plus de 3 % PIB, ce qui constitue un objectif raisonnable et suffisant pour contenir les menaces, y compris la menace russe, Moscou devant maintenir un effort de defense à 10 % PIB pour faire jeu égal, en termes de moyens (et non de budget), avec l’alliance des pays européens.

Des doutes émergent en Australie autour du programme SSN-AUKUS, et l’hypothèse des Suffren français refait surface

Lorsque Scott Morrison, le premier ministre Australian, annonça de manière unilatérale, l’annulation du contrat des sous-marins de la classe Attack, confié en 2016 à Naval Group, pour se tourner vers l’acquisition et la construction de sous-marins à propulsion nucléaire auprès des États-Unis et de la Grande-Bretagne, le soutien à ce basculement brutal, teinté d’une duplicité évidente de sa part, comme de celle de Boris Johnson, et de Joe Biden, semblait toutefois faire l’unanimité, en Australie.

SSN-AUKUS sous-marins
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il est vrai que depuis plusieurs années, les australiens étaient régulièrement matraqués, médiatiquement, d’informations très souvent déformées, et parfois infondées, autour de l’exécution du contrat par l’industriel français. Si ce dernier ne s’est pas défendu, c’est qu’il lui était interdit de le faire, contractuellement, la communication autour de ce programme étant du ressort exclusif des autorités australiennes.

En Australie, l’enthousiasme semblait de rigueur, pour se doter de huit sous-marins nucléaires d’attaque, trois classe Virginia américains, et cinq SSN-AUKUS conçus par la Grande-Bretagne et l’Australie, avec l’aide des États-Unis, notamment pour remplacer les Astute de la Royal Navy.

Pourtant, dès l’annonce de ce programme, l’analyse attentive des informations transmises, pouvaient faire naitre de réelles inquiétudes, que ce soit concernant son calendrier, alors que les sous-marins classe Collins de la Royal Australian Navy, rencontraient déjà d’importants problèmes de fiabilité, ou de couts, le programme s’appuyant sur des prix d’acquisition extraordinairement élevés, vers les États-Unis et la Grande-Bretagne, parfois pour des sous-marins d’occasion, sans parler des investissements industriels pour construire seulement trois sous-marins en Australie, sans aucune chance de pouvoir les exploiter sur la scène export.

Quoi qu’il en soit, et pour des raisons connues des seuls dirigeants australiens, l’ensemble de ces aspects ont été ignorés, pour s’engager sans réserve dans cette aventure dont les risques opérationnels contestent aux risques financiers et industriels. Même les alertes répétées des organismes d’audit du congrès américains, et de leur homologue britannique, ne furent pas pris en considération, tant l’élan politique semblait déterminant, pour Canberra qui se voyait déjà comme l’allié privilégié des États-Unis dans le Pacifique.

US navy Lancement d'un SNA Virginia Block IV
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L’arrivée de Donald Trump, à la Maison-Blanche, a fait l’effet d’une douche froide en Australie. Celui-ci s’est, en effet, plusieurs fois montré sceptique, pour ne pas dire hostile, vis-à-vis du programme SSN-AUKUS, et plus spécifiquement concernant la vente de SSN classe Virginia à la Marine australienne, sachant que cela ne pourrait se faire qu’au détriment de la modernisation et de la masse de l’US Navy, qui constitue l’un de ses marqueurs politiques historiques.

Et si l’Australie semble, jusqu’ici, avoir été plus ou moins préserver des mesures expéditives du nouveau président américain, notamment du fait d’un déficit commercial chronique de l’Australie vis-à-vis des États-Unis, ses démonstrations de forces, notamment envers le Canada et le Royaume-Unis, deux membres des 5 Eyes, font craindre le pire à Canberra, et à l’exécution de ce programme.

C’est dans ce contexte que plusieurs fois se sont élevées, ces derniers jours, en Australie, pour appeler à abandonner « la folie que représente le programme SSN-AUKUS« . C’est notamment le cas de l’amiral Peter Briggs, une des personnalités les plus respectés, en matière de sous-marins, en Australie, qui s’est exprimé dans les colonnes du site the Guardian.

Pour l’amiral australien, qui servit à bord de 4 sous-marins différents, et en commanda deux autres, de 1967 à 1980, « La proposition de nous vendre des sous-marins de l’inventaire de la Marine américaine comme une solution intérimaire est un rêve. Non seulement le mélange de différents types de SSN est logistiquement peu pratique pour la petite marine australienne, mais les États-Unis ne seront pas en mesure de construire des sous-marins supplémentaires à temps pour répondre à leurs propres besoins et combler l’écart entre la retraite du Collins et l’arrivée d’Aukus-SSN.« .

classe Suffren
[En Bref] : La Bundeswehr en sous-effectif de plus de 10 %, les États-Unis qui se retirent progressivement des exercices OTAN, et l'Australie qui doute du programme SSN-AUKUS... 56

Le 12 mars, c’était au tour de Malcolm Turnbull, qui fut premier ministre de l’Australie de septembre 2015 à aout 2018, de s’exprimer sur le sujet, et sur le même site. « La réalité est que les Américains ne vont pas aggraver leur déficit de sous-marins qu’il ne l’est déjà en donnant ou en vendant des sous-marins à l’Australie et la législation Aukus l’énonce de manière très spécifique« , explique-t-il.

Et d’ajouter « Sur le pilier 1 d’Aukus, nous sommes effectivement en conflit avec les besoins de la Marine américaine, et vous savez aussi bien que moi que le gouvernement américain, lorsqu’il s’agit de choisir entre les besoins de la Marine américaine et de la Marine australienne, va privilégier ses propres besoins« .

L’ancien premier ministre australien ne s’aventure pas sur la très savonneuse des alternatives au programme SSN-AUKUS. En pour cause, comme le fait remarquer l’amiral Briggs, celle-ci ne peut que se tourner vers la classe Suffren française, un sous-marin nucléaire d’attaque « plus petit, moins cher et plus facile à équipage« , et surtout, le seul SSN disponible, en dehors des Virginia américains qui, de toute évidence, ne le sont pas tant que ça.

Il précise « Le SSN de classe Suffren, actuellement en production pour la Marine française, {..} serait beaucoup moins cher à construire, à posséder et à équiper que le Virginia ou l’Aukus-SSN. La plus petite taille et la meilleure maniabilité de Suffren le rendent plus capable dans les eaux peu profondes et confinées qui nous intéressent le plus dans le nord de l’Australie.« .

Objectivement, la classe Suffren répondrait très certainement bien mieux aux besoins de la Marine australienne, que les navires britanniques ou américains. Pour autant, le traumatisme subi par Naval group et la diplomatie française, en 2021, semble encore bien trop frais, pour pouvoir passer outre, même dans le contexte d’urgence qui se dessine pour l’allié australien.

Surtout, il ne faut pas surestimer la portée de ces deux tribunes, dont les positions demeurent marginales dans l’opinion du pays, et totalement absentes, de celles des autorités et d’une grande majorité de la classe politique australienne. Elles ne sont pas fausses pour autant…

Le SAMP/T accusé de performances inférieures au Patriot en Ukraine par la presse US

Quelle surprise ! Alors que les européens prennent conscience du risque géostratégique que représente leur dépendance aux armements américains et étrangers, les articles se multiplient, dans la presse internationale et européenne, pour faire l’article des performances des armements américains, notamment en Ukraine, et spécialement face aux équipements européens.

Il y a quelques semaines, c’était le char allemand Leopard 2 qui était visé, à grand renfort de statistiques montrant une plus grande survivabilité des chars américains Abrams, face au modèle allemand, sans tenir compte de la réalité de l’utilisation des deux modèles, dans les combats.

C’est à présent au tour du très stratégique système antiaérien et antibalistique SAMP/T Mamba, envoyé en Ukraine par l’Italie, avec le soutien de la France, dont les performances ont été écornées par un article du Wall Street Journal, face à un Patriot américain paré de toutes les vertus.

Quels sont les faits avérés, et ceux qui le sont moins, dans ce dossier ? Quelles sont les performances comparées du SAMP/T face au Patriot, aujourd’hui ? Et quel est l’objectif poursuivi par ces attaques incessantes par voie de presse, concernant la crédibilité des équipements militaires européens en Ukraine ?

Victime de problèmes logiciels, le système antiaérien européen SAMP/T aurait été inférieur au système Patriot américain en Ukraine, selon le WSJ

Selon l’article du Wall Street Journal, le système antiaérien et antibalistique franco-italien SAMP/T aurait donc démontré des performances sensiblement inférieures à celles du Patriot américain, en particulier face à la menace balistique russe.

SAMP/T Mamba
Le système SAMP/T Mamba est le seul système de défense de zone antiaérien et antibalistique conçu et produit en Europe. Alors que les européens semblent vouloir prendre leurs distances avec leur dépendance maldive à la protection américaine, le SAMP/T pourrait être appelé à remplacer les Patriot américians dans les armées européennes.

Selon l’article américain, en effet, le système européen souffrirait de défaillances logicielles, ceci entravant son utilisation. Ce manque de performances du système, face au Patriot américain, aurait convaincu les ukrainiens de faire reposer la défense de ses villes stratégiques uniquement sur le Patriot, seul système capable d’intercepter le missile balistique aéroporté russe Kinzhal, selon le WSJ.

L’information, bien que secondaire dans l’article américain, n’est pas passée inaperçue dans la presse mondiale et européenne, plusieurs articles de sites spécialisés, pas nécessairement mieux informés, rebondissant sur la remise en cause des performances du système antiaérien européen, pour encenser le Patriot américain.

Mais quelles sont les réalités, derrière ces affirmations ? Renseignements pris auprès des principaux concernés, en Europe, il apparait que la batterie SAMP/T Mamba, envoyée en Ukraine, a bien connu certains problèmes logiciels, lors de sa mise en œuvre. Ceux-ci ont été la conséquence de la manière dont la batterie envoyée en Ukraine par Rome et Paris, avait été assemblée, alors que les deux pays européens ne disposaient que d’un nombre strictement nécessaire de systèmes, pour assurer la protection de leurs moyens propres.

Quoi qu’il en soit, le problème fut réglé en quelques semaines seulement, et la batterie SAMP/T ukrainienne est depuis parfaitement opérationnelle, et remplit sa mission contre l’ensemble des menaces aériennes et balistiques, dans la zone dans laquelle elle a été déployée par Kyiv.

Quels sont les faits derrière ces affirmations ? Le SAMP/T est-il vraiment inférieur au Patriot américain, en particulier dans la mission antibalistique ?

Cela posé, il est cependant incontestable que les Ukrainiens s’appuient avant tout sur leurs batteries Patriot, pour assurer la protection de leurs grandes villes et positions stratégiques, en particulier face aux missiles balistiques russes.

Le SAMP/T rempli parfaitement sa mission en Ukraine, mais souffre de livraisons insuffisantes de missiles européens

Les causes de cet arbitrage de Kyiv sont multiples. En premier lieu, le flux de réassort de missiles Aster venus de France et de l’Italie, est considérablement plus limité que ne l’est celui venu des États-Unis et d’Europe, concernant les missiles Patriot.

Aster 30 MBDA
Le missile Aster 30B1 est conçu pour realiser des interceptions aérodynamiques et balsitiques avec un très haut taux d’impact, permettant la mise en oeuvre d’une doctrine Shoot-See-Shoot, et non Shoot-Shoot-See, consommant presque deux fois plus de missiles, employée par les systèmes américains comme le Patriot et le SM-2/SM-6.

En effet, la production des missiles Aster 30B1 de MBDA qui équipent le SAMP/T, demeure réduite, presque embryonnaire, en Europe, bien loin des capacités de production de RTX et de Lockheed Martin, concernant les missiles Patriot PAC-2, PAC-3 et PAC-3 MSE. Ainsi, il n’existe, à ce jour, que 15 batteries SAMP/T dans le monde, contre plus de 120 batteries Patriot en service, alors que plus de 10,000 missiles ont été produits par RTX et Lockheed Martin jusqu’ici.

Ce faisant, la batterie Mamba européenne, a été positionnée dans une zone stratégique mais moins exposée, de sorte à consommer ses missiles à un rythme soutenable par les livraisons européennes.

En outre, contrairement au Patriot, qui est un système reposant sur un radar sectoriel et qui nécessite la protection d’une batterie à courte portée, comme l’IRIS-T SLM allemand, pour couvrir l’ensemble des menaces, le SAMP/T est capable de traiter l’ensemble des cibles aérodynamiques – avions, hélicoptères, missiles de croisière et drones d’attaque – ainsi que les missiles balistiques d’une portée inférieure à 600 km, comme c’est le cas de l’Iskander-M. Il ne nécessite donc pas la présence d’une batterie antiaérienne de protection à ses côtés.

D’autre part, les allégations selon lesquelles, contrairement au Mamba, le Patriot aurait démontré son efficacité face au missile balistique aéroporté russe Kinzhal, dont la classification de missile hypersonique dépend avant tout de la définition même que l’on veut bien employer à ce sujet, sont elles aussi très contestables. En effet, le seul missile Kinzhal engagé et détruit de manière certaine par la défense antiaérienne ukrainienne, avait été engagé à la foi par des missiles Patriot et des missiles Aster 30B1, sans que l’on sache établir lequel avait effectivement réalisé l’interception.

batterie Patriot Pologne
Plus d’une quarantaine de batteries Patriot ont été exportés sur la scène internationale, alors que l’US Army aligne plus d’une soixantaine de batteries à elle-seule. Plus de 10,000 missiles Patriot ont été livrés par RTX et LM à ce jour.

À ce sujet, les représentants de RTX, présents au selon Paris Air Show de 2023, s’étaient montrés sceptiques, lorsque interrogés sur le sujet par un spécialiste français, au sujet des allégations ukrainiennes d’un missile Kinzhal abattu par des batteries Patriot, jugeant que les systèmes envoyés et surtout la formation donnée aux opérateurs ukrainiens, ne permettaient pas de réaliser une telle interception.

En réalité, il est très difficile de valider ou d’infirmer, de manière certaine, les allégations faites, ci par les Ukrainiens, là par les industriels et militaires américains dans ce domaine. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le missile Aster 30B1 a montré des performances remarquables, face aux missiles balistiques antinavires Houthis en mer Rouge.

Le SAMP/T NG corrige les défaillances d’un SAMP/T conçu pour une utilisation différente de celle du Patriot.

S’il est indubitable que ces missiles de conception iranienne n’ont pas les mêmes caractéristiques que l’Iskander-M russe, capable de manœuvres, il convient de rappeler que ni la frégate Alsace française, ni les destroyers britanniques Type 45 ont été conçus pour contrer des menaces balistiques, leurs radars Herakles (Fr) et SAMPSON (UK) n’étant pas spécialisés dans cette mission.

Pour autant, les navires français et britanniques ont abattu plusieurs missiles balistiques antinavires, s’appuyant sur cela sur l’excellente tenue du missile Aster 30B1, avec une consommation de munitions très inférieure à celle des destroyers AEGIS Arleigh Burke de l’US Navy, pour un nombre d’interceptions identique face à ces mêmes menaces.

Radar ground Fire 300 de Thales
L’arrivée du SAMP/T NG, et de son radar ground Fire 300 ou Kronos, va considerablement accroitre les performances du système antiaérien européen.

Pour autant, il est vrai que le radar Arabel des batteries SAMP/T Mamba, n’est pas optimal lorsqu’il s’agit mener des interceptions antibalistiques, au-delà des missiles SRBM. C’est pour cela que, dans le cadre du programme SAMP/T NG, ce radar est remplacé pour le Ground Fire 300 de Thales pour les nouvelles batteries françaises, et par le Kronos GM HP de Leonardo en Italie.

Bien plus performants, en particulier dans le domaine antibalistique, ces radars permettent de mettre en œuvre le missile Aster 30 B1NT, ayant une portée et un plafond largement accrus par rapport au B1, avec un potentiel d’interception étendu aux missiles MRBM d’une portée de 1500 km, pour une empreinte au sol protégée plus que doublée.

Rappelons, à ce titre, que les limites présentées ici, contre les missiles balistiques d’une portée inférieure ou égale de 600 km, pour l’Aster B1 et le SAMP/T, et de 1500 km, pour le B1NT et le SAMP/T NG, ne signifient nullement que ces missiles sont incapables d’intercepter des missiles balistiques de portée supérieure.

En effet, cette limite concerne le contrat d’interception garanti par MBDA et Thales/Leonardo, envers leurs clients, les armées françaises et italiennes, avec un taux d’interception supérieur ou égale à un seuil permettant la mise en œuvre d’une doctrine Shoot-See-Shoot, reposant sur le tir d’un unique missile à la fois par cible, contre 2 missiles pour le SM-2 américain. Le niveau du seuil n’est pas public, mais il est probable qu’il soit supérieur à 90 %.

Aster 30 frégate alsace
Lancement de trois missiles Aster contre des missiles balistiques Houthis par la frégate Alsace. La frégate française a abattu trois missiles balsitiques antinavires en une seule sequence en 2024.

En tout état de cause, le SAMP/T NG, qui représente aujourd’hui le standard proposé par Eurosam dans les négociations européennes et internationales, n’a strictement rien à envier au système Patriot dans sa version la plus aboutie, bien au contraire, puisque offrant un potentiel qualitatif d’interception bien plus étendu que le système américain, et donc une consommation sensiblement moindre de munitions, à menace identique.

Une campagne pour décrédibiliser les équipements de défense européens au bénéfice des offres US ?

Dès lors, les mises en cause portée discrètement, mais très efficacement, par le WSJ contre le système européen SAMP/T Mamba, ne sont pas fondées, nonobstant les réelles difficultés que rencontre MBDA et les armées européennes pour soutenir, aujourd’hui, les cadences de production que les besoins en Ukraine nécessitent.

Pour autant, les causes de ce faible niveau de production, peuvent aussi (surtout ?) se trouver dans l’appétence des européens pour les systèmes américains ou israéliens, plutôt qu’européens, ceci limitant de fait les besoins de production de missiles Aster 30B1 par l’industriel MBDA.

La question se pose, cependant, au sujet de l’apparition répétée, dans la presse américaine et européenne, d’articles remettants en question l’efficacité des équipements militaires européens, comme le SAMP/T, le Leopard 2 ou les avions de combat Rafale, Typhoon et Gripen, face aux équipements américains concurrents.

Char leopard 2A4 en Ukraine
Les performances et la survivabilité du Leopard 2 allemand en Ukraine, ont été remises en cause dans de récents articles face à l’Abrams américain, sans tenir compte de la realité des engagements de ces systèmes et de la durée de présence sur le sol ukrainien.

En effet, depuis que les dirigeants européens se sont engagés, dans le discours tout au moins, vers davantage d’autonomie stratégique envers les États-Unis, que ce soit du point de vue opérationnel, ainsi que des équipements de défense, les industriels militaires américains, mais aussi israéliens et sud-coréens, s’inquiètent de voir le juteux marché européen leur échapper, en particulier alors que, dans le même temps, les européens se dirigent vers une augmentation historique de leurs investissements de défense.

Traditionnellement, les entreprises de défense françaises, et plus généralement, européennes, ne réagissent pas, ou peu, face à de telles remises en question publiques, jugeant que la décision repose avant tout sur les performances démontrées, et les négociations entre décideurs et industriels, alors que l’opinion publique n’a que peu d’influence sur le sujet.

Or, on peut raisonnablement douter de la pertinence de cette posture, aujourd’hui, alors que ces sujets sont de plus en plus activement débattus par les opinions, notamment sur les réseaux sociaux, et que les dirigeants politiques sont de plus en plus sensibles et contraints par cette opinion publique instantanée, dans leurs décisions.

Conclusion

On le voit, la petite bombe lancée par le WSJ, au sujet du système SAMP/T, seule alternative aujourd’hui au Patriot américain, dans un contexte alliant forte hausse de la demande européenne et remise en question du lien transatlantique, a toutes les caractéristiques d’une habile manœuvre de communication.

Industrie de défense française MBDA
La production de missiles Aster par MBDA devrait s’accelerer dans les mois à venir, alors que la France, l’Italie et la grande-Bretagne viennent d’annoncer une nouvelle commande conjointe de plus de 200 missiles.

D’abord, parce qu’elle est construite sur deux faits avérés : la batterie SAMP/T italienne envoyée en Ukraine, a bien rencontré des problèmes logiciels à son arrivée, et celle-ci est bien positionnée dans une zone de moindre intensité, vis-à-vis des batteries Patriot américaines.

Toutefois, l’article entraine le lecteur vers des conclusions plus que douteuses, selon lesquelles ces deux problèmes attesteraient de performances inférieures du SAMP/T européen face au Patriot américain. Dans le même temps, l’article passe sous silence le caractère très transitoire et contextuel des difficultés logicielles rencontrées, et n’évoque pas le poids de la production européenne insuffisante de missiles Aster 30B1, en Europe, sur la décision ukrainienne de positionnement de la batterie SAMP/T.

Malheureusement, la presse spécialisée, notamment en Europe de l’Est, s’est rapidement emparée du sujet, créant un phénomène d’emballement médiatique, alors que, dans le même temps, Eurosam, MBDA, Thales et Leonardo, n’ont pas démenti les mises en cause du WSJ, en tout cas, pas suffisamment rapidement pour arrêter la contagion.

Une analyse factuelle du contexte, des éléments pris auprès de sources de première main, et de l’environnement industriel et technologique européen, donne naturellement une lecture très différente de cette non-actualité : non, le SAMP/T n’est pas inférieur ou moins performant que le Patriot, et le SAMP/T NG, qui représente l’offre cadre franco-italienne dans ce domaine depuis un an, est certainement supérieur au système américain, dans de nombreux domaines, tout en proposant un prix de possession sensiblement inférieur à celui-ci.

SAMP/T TEL
Le missile Aster a initialement été conçu pour la protection des porte-avions français et italiens (Aster 15), avant d’être décliné en version Aster 30 puis 30 B1NT, pour le système SAMP/T et les frégates et destroyers français, italiens et britanniques.

Pour autant, cet épisode met le doigt sur la faiblesse de la production de missile Aster par MBDA, un enjeu désormais déterminant dans la décision d’équipement de nombreuses armées européennes et internationales. Il montre aussi qu’à leur habitude, les industriels français et européens ont manqué de réactivité pour juguler l’émergence d’une information tronquée, pour ne pas dire fallacieuse, alors que le poids de l’opinion dans les décisions de defense des démocraties occidentales ne cesse de s’accroitre.

Si MBDA s’est engagée, récemment, à accroitre sa production industrielle, s’appuyant notamment sur les nouvelles commandes de missiles Aster venues de France, d’Italie et de Grande-Bretagne, un changement de doctrine de communication sera certainement bien plus difficile à mettre en œuvre.

10 programmes franco-européens pour bâtir l’autonomie stratégique européenne 2/2

Si l’autonomie stratégique européenne est à présent un objectif partagé par la plupart des chancelleries européennes, la France apparait comme toute désignée pour amener les européens vers ce Graal désormais recherché de tous, par son antériorité sur le sujet, mais aussi par l’expérience acquise par ses armées et son industrie de défense, pour doter le pays de cette caractéristique.

Y parvenir ne sera cependant pas chose aisée. Non seulement l’écart séparant les européens, leurs armées et leur industrie de défense, de cet objectif, est considérable, mais les européens, habitués qu’ils sont à céder à la facilité, font déjà preuve d’une certaine porosité, pour laisser les systèmes étrangers, intégrer le marché européen, qui promet d’être le marché le plus actif, dans le domaine de l’armement, dans le monde, pour les années à venir.

Pour contenir cette tendance naturelle, mais mortifère, des européens, la France peut s’emparer de certains sujets clés, en matière de programmes européens, pour fédérer, programme par programme, les pays les plus pertinents, et les plus intéressés, et ainsi, diluer le manque de résilience des européens dans ce domaine.

Après une première partie consacrée aux programmes relatifs à l’effort de dissuasion, ainsi qu’au domaine aérien, cette seconde partie traitera des programmes navals et terrestres, qui peuvent aider Paris à structurer et consolider cette trajectoire, au profit de l’autonomie stratégique européenne, de la sécurité collective, ainsi que de la sécurité et des intérêts nationaux du pays.

E-MedBT : Char de combat moyen européen pour renforcer l’autonomie stratégique européenne

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – De – ItBe – Sv – Fin – Gr2030-2035

Le domaine des véhicules blindés est, sans le moindre doute, l’un des moins exposés à la dépendance pathologique des européens, aux équipements américains. Avec le Leopard 2A8 allemand d’ores-et-déjà disponible, le Leopard 3 allemand et le KF51 Panther germano-italien à venir, et plusieurs modèles de véhicules de combat d’infanterie déjà disponibles (Puma, Lynx, CV90, Borsuk, VBCI…), les armées européennes ne manquent pas d’offres strictement européennes pour s’équiper.

autonomie stratégique européenne Leopard 2A-RC 3.0 par KNDS Deutschland
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 75

Il est toutefois un domaine qui, aujourd’hui, fait défaut dans ce domaine, celui des chars moyens. En effet, le Leopard 2A8, comme le Leopard 3 et le KF51 Panther, sont des chars lourds, avec une masse au combat de 55 à 60 tonnes, et un prix unitaire très largement supérieur à 20 m€. Un tel prix tend à réduire le format des flottes de chars européens, là où la Russie ne paie son T-90M de 48 tonnes, moins de 4 m$ l’exemplaire.

Au-delà du prix, la masse des MBT (Main Battle Tank), aujourd’hui, représente également un handicap en matière de mobilité sur les ouvrages d’art en Europe centrale et de l’Est, ainsi que sur sol meuble.

Les européens auraient, dès lors, tout intérêt à developper un char moyen, d’une masse allant de 35 à 48 tonnes, faisant reposer sa survivabilité sur sa mobilité et ses systèmes de défense actifs passifs, plutôt que sur des couches de lourd blindage successif, dont la puissance de feu n’aurait rien à envier aux MBT modernes, mais dont le prix serait bien moins élevé.

Dans ce domaine, la France a incontestablement des compétences industrielles, mais également doctrinales, à faire valoir, notamment au travers des expériences Leclerc et surtout AMX30, le char moyen français des années 60 à 90, alors que la plupart des armées européennes était passée sur un char lourd (M60 et Leopard 2).

Plus que le Leclerc Evo, qui reste encore pleinement ancré dans le principe du char lourd, KNDS France peut s’appuyer sur le démonstrateur E-MBT, et sa tourelle automatisée, par nature plus légère, pour developper un tel blindé, en s’associant, pour l’occasion, à l’allemand Rheinmetall (KF41-120) et à l’Italien Leonardo (Centauro II), pour developper ce char moyen de haute intensité, qui pourrait, par ailleurs, prendre place au sin de programme MGCS.

Les pays les plus proches de la France en matière de capacité terrestre, comme la Belgique, ainsi que les pays les plus exposés à un éventuel conflit direct contre la Russie, en milieu meubles, comme la Suède et la Finlande, pourraient également participer au programme.

E-LRM : Lance-roquettes multiples européen

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – UK – BePt – Fin -Cz2030-2035

Les armées européennes ont parfaitement retenu, ces trois dernières années, la grande plus-value que pouvaient apporter les systèmes lance-roquettes multiples, en Ukraine. Aujourd’hui, pas moins de 10 forces armées européennes se sont tournées vers le système HIMARS américain ces dernières années, alors que cinq autres se sont tournées vers le PULS israélien, et une, la Pologne, vers le K239 Chunmoo sud-coréen.

HIMARS
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 76

En effet, il n’existe, à ce jour, aucun système de type LRM en Europe. Pire encore, aucun pays européen n’a, à ce jour, annoncé de programme visant à developper une solution technologique exclusivement européenne, dans ce domaine.

Des initiatives ont bien été lancées, cependant. En Allemagne, d’abord, KNDS s’étant rapproché de l’israélien ELBIT système, pour concevoir un EuroPULS, selon la martingale déjà employée par les industriels allemands autour du missile EuroSPIKE et du système EuroTrophy, tous deux israéliens, aussi, et tous deux, strictement interdits de réexportation vers Kyiv, depuis le début de la guerre en Ukraine. Visiblement, les allemands ne veulent pas apprendre.

Les Polonais ne sont pas meilleurs, dans ce domaine, s’étant tourné par le K239 Chunmoo sud-coréen, alors que, comme Jérusalem, Séoul a toujours strictement interdit de réexporter des équipements de défense de conception sud-coréenne, vers l’Ukraine.

Il apparait donc plus qu’indispensable de concevoir, dans les plus brefs délais, un système de type LRM, ainsi que ses différentes munitions allant de la roquette légère à courte et moyenne portée, au missile balistique à courte portée, comme l’ATACMS de l’HIMARS.

En effet, la guerre en Ukraine a montré que disposer de LRM en nombre suffisant est indispensable pour conduire les opérations terrestres et les frappes à moyenne portée, mais également qu’il fallait pouvoir s’assurer du remplacement des munitions consommées et des systèmes détruits, sur des délais très courts.

PULS Elbit
Le lance roquettes multiple PULS israélien a déjà été choisie par le Danemark, les Pays-Bas et l’Espagne, en Europe.

Se reposer sur des systèmes étrangers, israéliens ou sud-coréens, ne feraient que reproduire la faiblesse constatée aujourd’hui, concernant la dépendance technologique militaire des européens vis-à-vis des États-Unis.

Comme précédemment, au sujet du E-MedBT, la Belgique serait un partenaire de choix pour la France dans ce domaine, tout comme le Royaume-Uni, les trois pays ayant une culture d’engagement mobile sensiblement proche, pouvant former le ciment fédérateur autour de ce programme. Les pays ne s’étant ni engagé au sujet de l’HIMARS, ni du PULS, ni du K239, peuvent également y voir un intérêt, comme le Portugal, la Finlande ou la République tchèque.

SSK-EN : module AIP nucléaire pour sous-marin conventionnel

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – De – SvEs – UK –2035-2040

S’il est bien un domaine dans lequel les européens ne dépendent pas des États-Unis, c’est bien celui des sous-marins à propulsion conventionnelle et AIP. En effet, quatre des dix constructeurs mondiaux de ce type de navires, sont européens (France, Allemagne, Suède et, depuis peu, Espagne), alors que trois autres n’existent que grâce aux transferts de technologies européens (Chine, Corée du Sud et Turquie).

Globalement, aujourd’hui, les européens s’imposent sur 70 à 80 % du marché international dans ce domaine, et sont entièrement autonomes, du point de vue technologique, en tour cas pour ce qui concerne la France, l’Allemagne et la Suède. L’Espagne, pour sa part, a intégré de nombreuses technologies et savoir-faire venus des États-Unis, pour developper son S-81 Plus.

batteries lithium-ion sur Type 212A
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 77

Toutefois, en matière de combat navale, les sous-marins européens, comme tous les sous-marins à propulsion conventionnelle, manquent d’allonge et d’autonomie de plongée, en particulier pour s’opposer aux navires russes, et à la flotte de plus d’une vingtaine de sous-marins nucléaires d’attaque et lance-missiles de la Marine russe. La France et la Grande-Bretagne n’alignent, ensemble, que 13 SNA.

De fait, les européens sont aujourd’hui dans l’impossibilité de mener des missions pour tenter de débusquer les SNLE russes, et pas davantage de mener des projections distantes de longue durée, sauf à affaiblir considérablement les dispositifs de protection des SNLE et des groupes aéronavals français et britanniques, ne pouvant être assurés que par des SNA.

Les chinois ont, semble-t-il, choisi une alternative intéressante dans ce domaine, sachant que la fabrication de SNA est à la fois longue et onéreuse, et qu’ils nécessitent un équipage trié sur le volet, qu’il est difficile de constituer, pour les mettre en œuvre.

Avec le Type 041, appelé classe Zhou par l’US Navy, Pékin a pris le parti de remplacer le système AIP qui étend l’autonomie de plongée de ses sous-marins conventionnels, par un mini-réacteur nucléaire. Contrairement aux SNA, ces réacteurs n’ont pas pour vocation d’assurer la propulsion à grande vitesse du navire, mais simplement d’alimenter le bord, les batteries, et les moteurs électriques du navire, pour patrouiller à vitesse réduite.

Type 041 classe Zhou
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 78

Cette architecture présente de très nombreux avantages. D’abord, elle s’intègre de manière presque similaire à un système AIP, à bord d’un sous-marin à propulsion conventionnelle. En s’appuyant sur un mini-réacteur produisant de 1 à 1,5 Gw, le navire peut évoluer à 8 nœuds, tout en fournissant l’électricité du bord, et sans consommer la charge des batteries.

En outre, et contrairement à un système AIP, celle-ci permet d’employer les batteries, idéalement Lithium-ion, pour prendre rapidement de la vitesse, et se repositionner, ou se sortir d’une situation dangereuse, avant de reprendre une vitesse de patrouille permettant la recharge des batteries, sans devoir faire plonger.

Surtout, le pilotage d’un mini-réacteur nucléaire, est beaucoup plus aisée que celle d’un réacteur de SNA ou de SNLE, qui nécessite une tranche nucléaire complète. Certes, le navire n’a pas la souplesse d’emploi d’un SNA, pouvant parcourir de très grandes distances à grande vitesse et grande profondeur, en toute discrétion, mais il s’avèrerait considérablement plus efficace que les sous-marins conventionnels AIP et/ou lithium-ion, actuels.

Il ne fait aucun doute que les trois pays les plus expérimentés en matière de conception et de construction de sous-marins à propulsion conventionnelle en Europe, la France, l’Allemagne et la Suède, seraient prêts à s’engager dans un tel programme, qui pourrait, par ailleurs, faire office de socle pour une consolidation européenne dans ce domaine, d’autant que tous trois ont des compétences dans le domaine du nucléaire civil, et que Paris, de son côté, à l’expérience des sous-marins à propulsion nucléaire.

L’Espagne pourrait également y voir un intérêt pour son S-81 Plus, alors que, pour la Grande-Bretagne, ce serait l’occasion de reprendre pied sur le marché des sous-marins à propulsion non nucléaire, si tant est qu’ils résistent au possible effondrement du programme AUKUS-SSN, qui semble de moins en moins avoir les faveurs de l’exécutif américain.

SYLVER NG : VLS naval polyvalent de nouvelle génération

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – It – UK De – Es – PB – Sv – Ng2030-2035

Dans le domaine des navires de surface combattants, les Européens ne manquent pas non plus de compétences, et d’offres. Pas moins de 7 chantiers navals proposent, en effet, des navires de ce type en Europe (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède), allant du destroyer lourd comme les futurs DDx italiens, Type 83 britanniques et Type 126 allemands, aux corvettes comme les K 130 allemandes, les Gowind 2500 françaises, les SIGMA néerlandaises ou les Visby suédoises.

missile de croisière naval MDCN
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 79

Pourtant, en dépit de cette offre surabondante en Europe, en matière de navires de combat, une majorité d’entre eux sont équipés de missiles d’origine américaine ou étrangère, comme les missiles surface air ESSM et SM-2, qui équipent les navires allemands, espagnols, néerlandais, danois, norvégiens, belges, portugais ou encore, en partie, grecques.

Pourtant, les européens ne manquent pas de missiles très capables en la matière, comme le CAMM et le VL MICA à courte portée, l’Aster 15 et l’Iris-T SLM (dont la version navale est en cours de développement), et surtout l’Aster 30, que l’on sait sensiblement plus efficace que le SM-2 américain.

L’appétence des européens pour les missiles américains vient, en grande partie, d’une caractéristique du système de lancement vertical VLS Mk 41 de Lockheed Martin. En effet, si celui-ci n’est, fondamentalement, pas plus performant que le système Sylver franco-italien, il permet d’embarquer quatre missiles antiaériens à moyenne portée ESSM (Raytheon), dans une seule cellule.

Ce faisant, deux systèmes VLS, soit 16 cellules, peuvent accueillir jusqu’à 64 missiles ESSM d’une portée de 50 km, ou 32 missiles ESSM et 8 missiles à longue portée SM-2, d’une portée de 150 km (pour peu que le navire soit équipé pour mettre en œuvre ce missile).

À l’inverse, les frégates équipées de seulement 2 Sylver 50, le système VLS franco-italien, peuvent accueillir uniquement 16 missiles Aster 15 ou 30. C’est notamment le cas des frégates FREMM françaises et italiennes, hors classe Alsace, et des FDI classe Amiral Ronac’h, de la Marine nationale.

Mk 41 ESSM
Les différents missiles pouvant prendre place dans les silos du VLS Mk41

Or, comme l’ont montré les engagements navals en mer Rouge, face aux drones d’attaque navals et les missiles antinavires Houthis, 16 missiles sont loin de suffire, dans un engagement naval de haute intensité, même si l’Aster 15 et 30 est sensiblement supérieur à l’ESSM et au SM-2, permettant de ne tirer qu’un missile par cible en mode Shoot-See-Shoot, et non deux missiles par cible, en mode Shoot-Shoot-See, comme c’est le cas des missiles américains.

De fait, le développement d’un système VLS Sylver de nouvelle génération, s’impose en Europe. Celui-ci devra permettre d’embarquer tous les missiles anti-aériens de conception strictement européenne, comme la famille Aster, le VL MICA, le CAMM et l’IRIS SLM/SLX naval, ainsi que, potentiellement, les missiles de croisière et antinavires navals européens.

Surtout, les missiles les plus compacts, comme le VL MICA NG et le CAMM, devront pouvoir être embarquer en quad pack, permettant aux navires européens de faire jeu égal, en termes de missiles, avec les bâtiments américains, mais aussi russes, qui disposent de la même caractéristique.

La France, la Grande-Bretagne et l’Italie étant les trois opérateurs historiques du système SYLVER, ils sont évidemment désignés pour mener le programme, alors que les autres grandes nations navales européennes, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et la Suède, devraient également y participer. La Norvège étant un acteur européen important dans le domaine des missiles navals, sa participation serait, également, une plus-value.

Système de Catapulte et brins d’arrêt électromagnétiques navals

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – UKIt – Es –2035-2040

Le dernier des programmes franco-européens, abordé dans cet article, peut paraitre, à priori, comme étant, avant tout, franco-français. En effet, il s’agit, ici, de developper un système de catapultes et de brins d’arrêt électromagnétiques, pour équiper les porte-avions.

Rafale M
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 80

Or, en Europe, un seul porte-avions est équipé de catapultes et de brins d’arrêt, de conception américaine, le porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle. Et aujourd’hui, selon la planification actuellement en cours, le seul navire de ce type, en Europe, qui naviguera en Europe, sera, à nouveau, le PANG français.

Ce dernier sera, en effet, équipé de trois catapultes et d’un système de brins d’arrêt électromagnétiques, identiques à ceux qui équipent les porte-avions américains de la classe Ford. Ces catapultes sont une des rares entorses françaises à la règle d’autonomie stratégique.

Pourtant, le porte-avions étant intégré à la dissuasion française au travers de la FANu, l’arrêt de l’assistance de maintenance de la part de Washington, concernant ces systèmes, pourraient rapidement avoir des conséquences sévères sur la posture de dissuasion projetée française, et sur les capacités navales et aéronavales européennes en général.

De fait, pour la France, developper une solution autonome, pour continuer de mettre en œuvre son porte-avions et son groupe aérien embarqué, s’avère indispensable. Deux solutions se présentent, dans ce cas. D’abord, la moins chère, et la plus simple, n’est autre que d’équiper le porte-avions français d’un Skijump, comme les navires britanniques, russes, chinois et indiens.

Si le Rafale peut parfaitement être mis en œuvre à partir de porte-avions STOBAR, raison pour laquelle la Marine indienne va commander 22 Rafale M le mois prochain, ce n’est pas le cas des avions de veille aérienne Hawkeye (même si ceux-ci pourraient bien être cloués au sol, faute de pièces, dans cette hypothèse). Surtout, rien ne garantit que le futur drone de combat français, accompagnant le Rafale F5, puisse lui aussi, décoller à partir d’un Skijump, avec le carburant et la charge utile nécessaire pour la mission.

HMS Queen Elizabeth Royal Navy
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 2/2 81

Toutefois, dans le même scénario, la France ne serait pas la seule à perdre son aéronavale embarquée. En effet, les cinq autres porte-avions et porte-aéronefs européens, deux classe Queen Elizabeth Britannique, le Trieste et le Cavour italien, et le Juan Carlos espagnols, sont équipés exclusivement d’avions de combat américains, F-35B ou Harrier II.

Il est donc envisageable de fédérer tout ou partie de ces nations, afin de préserver la chasse embarquée européenne. Pour cela, le développement d’un chasseur à décollage et atterrissage court, apparait probablement surdimensionné, et trop onéreux, d’autant qu’au moins deux, peut-être trois autres programmes d’avions de combat vont consommer déjà des crédits considérables.

En revanche, developper un système de catapultes électromagnétiques, permettant d’embarquer une vaste gamme d’avions et de drones, à bord des porte-avions européens, mais aussi de mutualiser certains moyens de sorte à permettre à des flottilles d’un pays, d’embarquer à bord du porte-avions de l’autre, pourrait créer une dynamique européenne autour de cette capacité que l’on sait dimensionnante sur la scène internationale.

La France et le Royaume-Unis, La Royal Navy envisageant déjà d’ajouter une catapulte électromagnétique à bord de ses deux porte-avions, semblent tout indiqués pour lancer ce projet, tout en y invitant l’Italie et l’Espagne, si ceux-ci souhaitent, effectivement, protéger leurs capacités aéronavales embarquées.

Conclusion

On le voit, la France ne manque pas d’options, pour tenter de fédérer les européens autour de la construction pratique de l’autonomie stratégique du vieux continent. Naturellement, la Grande-Bretagne apparait comme le partenaire privilégié de Paris dans cette perspective, Londres étant la seule autre nation nucléaire en Europe, et sa BITD étant la plus étendue, en moyens comme en compétences, avec celle de la France.

EMBT version 2024
Le démonstrateur E-MBT version 2024 au salon Eurosatory

Toutefois, l’objectif d’un super-programme, est certainement de ne laisser personne sur la touche, et la presque totalité des pays européens, et de leur BITD, apparait, au moins une fois, dans cette liste indicative.

Reste que, ce que montre également cette liste, c’est qu’atteindre l’autonomie stratégique, nécessitera encore de nombreux efforts et une grande détermination, de la part des européens, certains, comme l’Allemagne, cédant déjà à la facilité, en appelant à pouvoir se tourner vers l’intégration d’équipements non européens, comme c’était le cas avec EuroSpike.

On a pu voir les résultats de cette stratégie en Ukraine : si les États-Unis n’avaient pas envoyé de très importants stocks de missiles Javelin, les ukrainiens n’auraient eu que des HOT et des MILAN de génération antérieure, pour arrêter les chars russes aux portes de Kyiv en 2022, Israël s’étant fermement opposé à l’utilisation d’armes israéliennes contre la Russie.

Toute la difficulté, pour la France, sera certainement de convaincre les européens qu’il n’y a pas de raccourcis vers l’autonomie stratégique, et que les ajustements que l’on peut faire avec cette réalité, se paient un jour où un autre, quand on en a le plus besoin. Et Paris est bien placé pour le savoir, son aéronautique navale embarquée étant directement menacée, aujourd’hui, par les basculements stratégiques américains.

10 programmes franco-européens pour bâtir l’autonomie stratégique européenne 1/2

L’autonomie stratégique européenne est, depuis quelques semaines, sur toutes les lèvres dans les chancelleries du vieux continent. En quelques semaines, seulement, Donald Trump a fait voler en éclat la confiance bâtie entre les États-Unis et les Européens, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, privant ces derniers de leurs repères en matière de défense et de sécurité.

Soudain, les européens ont compris à quel point ils étaient entièrement dépendants, en matière de défense, des États-Unis, que ce soit au sein de l’OTAN, comme dans la maintenance et la mise en œuvre d’une grande partie de leurs équipements militaires, achetés outre-Atlantique avec le secret espoir d’acheter, par là-même, l’intangibilité de la protection US.

Tous les européens ? Non, un petit pays, près de l’Armorique, avait résisté aux sirènes de la protection américaine, et après avoir été décrié pour son côté rebelle, vis-à-vis du grand protecteur américain, voilà que les européens trouvent en la France, les bases de l’autonomie stratégique tant désirée, maintenant qu’elle est devenue indispensable.

Pour autant, si la France veut effectivement donner corps à l’autonomie stratégique européenne, qu’elle appelle de ses vœux depuis plusieurs décennies, elle va devoir organiser efficacement, et subtilement, la transformation qui attend les européens, tout en évitant que les vieux schémas confortables, car profitables à court terme, mais ô combien dangereux, le moment venu, ressurgissent.

Pour y parvenir, Paris pourrait engager un vaste super programme franco-européen, visant à donner corps, à l’échelle industrielle, mais aussi stratégique et opérationnelle, à cette autonomie stratégique de fait, en écartant, une à une, les tentations exogènes. Cet article, en deux parties, présente certains de ces programmes, qui ont le potentiel d’amener effectivement les européens, vers une réelle autonomie stratégique, tout en préservant les intérêts stratégiques et sécuritaires de la France.

La France au cœur de la construction potentielle de l’autonomie stratégique européenne

Depuis quelques semaines, la France a changé de statut sur la scène européenne défense. De pays peu fiable à visée hégémonique, tel que la plupart des chefs d’État européens percevaient la France et son ambition d’autonomie stratégique européenne, elle est devenue, pour nombre d’entre eux, un exemple, aujourd’hui.

autonomie stratégique européenne Macron Starmer
Emmanuel Macron et Keir Starmer.

En effet, la France a déployé d’immenses efforts, ces 60 dernières années, pour conserver son autonomie stratégique, et ainsi dépendre le moins possible d’acteurs extérieurs, et spécialement d’acteurs non-européens, pour équiper ses armées.

En effet, le pays est le seul, en Europe, à détenir une dissuasion pleinement autonome et indépendante, le seul à mettre en œuvre des avions de combat de conception et facture nationale, y compris pour les moteurs, et le seul à déployer des flottes de sous-marins à propulsion nucléaire, ne reposant pas sur certaines compétences et savoir-faire américains.

Dans le même temps, son industrie produit l’ensemble des véhicules blindés, des hélicoptères, des satellites, des navires et des munitions technologiques, employées par les armées, à quelques très rares exceptions près, comme les missiles antichars Hellfire de l’hélicoptère Tigre.

Cette singularité française, longtemps perçue, en Europe, comme lié à un caractère frondeur français lié au refus de reconnaitre la protection américaine, apparait à présent comme salvatrice dans de nombreuses chancelleries européennes, alors que l’appui des États-Unis, en cas de conflit, notamment contre la Russie, n’est plus du tout garanti.

Les européens sont à présent ouverts à l’émergence d’une véritable autonomie stratégique sur le vieux continent. Toutefois, seule la France dispose de toutes les compétences technologiques pour y parvenir. De fait, elle a, à présent, tant une opportunité qu’une responsabilité historique, pour créer le cadre permettant à celle-ci d’émerger.

Rafale armée de l'air Typhoon Royal Air Force
Le Rafale et le Typhoon sont les deux seuls avions exclusivement européens produits en Europe.

Pour y parvenir, Paris pourrait s’engager dans un vaste super-programme franco-européen, visant à créer les pôles de compétences technologiques et industriels européens qui, aujourd’hui, font défaut, face aux menaces, dans une démarche volontairement inclusive, conçue pour fédérer autour d’une dépendance technologique européenne réciproque, sans pour autant menacer la sécurité du pays.

Les dix programmes franco-européens abordés, ci-après, n’ont pas pour objectif de montrer une liste exhaustive et suffisante, de ce qu’il conviendrait de faire, pour atteindre cet objectif, mais de montrer, au travers de ces exemples, comment cette approche peut créer une dynamique solide en Europe, vers l’autonomie stratégique.

Missile balistique SLBM de nouvelle génération

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – UK2040-2045

Comme évoqué dans un précédent article, si la dissuasion britannique n’est pas, à proprement parler, immédiatement menacée par un éventuel retrait des États-Unis du théâtre européen, sa dépendance vis-à-vis des missiles balistiques à changement de milieux SLBM Trident II D5, conçus, fabriqués et entretenus par Lockheed Martin, représente à présent un sujet de préoccupation majeur pour une partie de la classe politique britannique.

En outre, le remplacement des Trident américain, par des M51 français, n’est guère une solution. D’abord, parce que les deux missiles ont des dimensions et une masse sensiblement différentes, de sorte que passer de l’un à l’autre, à bord des SNLE britanniques, nécessiterait une refonte globale, très longue, et très couteuse, des navires.

SSBN Dreadnought
Sous-marin nucléaire lanceur d’engin SNLE classe Dreadnought (vue d’artiste)

Ensuite, parce que Londres n’a aucun intérêt à remplacer une dépendance stratégique dangereuse, vis-à-vis des États-Unis, par une non moins dangereuse française, à moyen terme, sachant que Paris n’est pas immunisé contre les basculements démocratiques comme ceux ayant amené Trump à la Maison-Blanche.

Sachant que la dissuasion britannique est indispensable à l’émergence d’une autonomie stratégique européenne, pour des questions de neutralisation des risques démocratiques, et que Londres manque cruellement d’expérience et de compétences, dans la conception et la fabrication de missiles de ce type, la seule solution envisageable, repose sur un programme commun franco-britannique, pour la conception d’un missile SLBM stratégique de nouvelle génération.

Celui-ci serait conçu pour pouvoir intégrer les futurs SNLE des classes Dreadnought britannique et SNLE3G français, avec une empreinte la plus réduite possible, sachant que ces navires seront probablement équipés des Trident et M51 des Vanguard et Triomphant, à leur entrée en service, mais qu’étant encore en phase de conception et de construction, il est encore possible d’intégrer, dès à présent, cette procédure de basculement.

M51.3 SLBM
Missile SLBM M51.3 français

Surtout, le programme serait conçu pour qu’une fois la production entamée, les deux pays disposent, indépendamment, de l’ensemble des moyens pour maintenir leur flotte de SLBM, sans dépendre de l’autre, en dehors de possibles évolutions qui, elles, seraient menées de concert.

Ce programme participerait à consolider la pérennité de la dissuasion accordée par Paris et Londres à leurs alliés européens, de manière indépendante, tout en renforçant les liens stratégiques entre les deux pays, pour faire face à la menace stratégique russe.

Missile balistique MRBM hypersonique

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – UKPl – De – Gr2030-2035

Comme montré dans un précédent article, au sujet de l’efficacité de la dissuasion franco-britannique face à la menace russe, Paris et Londres disposent déjà d’une puissance de feu nucléaire largement suffisante pour neutraliser la menace stratégique russe, contre eux-mêmes, mais également contre les européens, le cas échéant.

En effet, l’efficacité d’une dissuasion ne repose pas sur un éventuel rapport de force en matière de têtes nucléaires ou de vecteurs, ni du périmètre à protéger, mais du dépassement d’un seuil de dégâts potentiels insupportables pour le pays à dissuader.

Avec 2×4 SNLE, emportant chacun 16 missiles SLBM armés de 4 à 10 têtes nucléaires chacun, Paris et Londres peuvent frapper et détruire, sans échappatoire possible, les 100 à 120 plus grandes villes russes, faisant plus de 80 à 90 millions de morts. Un tel niveau de destruction inévitable est largement suffisant pour dissuader n’importe quel adversaire non profondément suicidaire, ce que les dirigeants russes ne sont pas.

Missile oreshnik
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 1/2 94

Pour autant, comme évoqué dans un article publié il y a quelques jours sur le site allemand hardpunkt.de, la dissuasion franco-britannique manque de moyens, dans le domaine substratégique. Or, la Russie dispose d’une importante puissance de feu nucléaire dans ce domaine, notamment au travers de plusieurs missiles pouvant emporter une charge nucléaire comme conventionnelle, tels l’Iskander-M, l’Oreshnik, le Kalibr et le Kh-101/102.

Pour répondre à cette menace, qui peut viser certaines infrastructures ou des concentrations de forces, Londres ne dispose que de sa frappe stratégique, ce qui entrainerait immanquablement une riposte russe et une destruction mutuelle assurée. La France, pour sa part, peut éventuellement s’appuyer sur ses deux escadrons nucléaires formés de Rafale B armés de missile de croisière supersonique ASMPA-R.

Cependant, même s’il peut réduire sa puissance de détonation, ce missile n’a pas été conçu pour les frappes substratégiques, avec une puissance de 300 kt. Surtout, la France n’a pas de doctrine substratégique à proprement parler, du simple fait qu’elle se situe au troisième échelon de la défense européenne, hors de portée de la plupart des moyens russes tactiques, et que les chances qu’un conflit conventionnel pouvant nécessiter une frappe substratégique russe, sont très faibles, du moins, sans que le seuil stratégique ait déjà été franchit.

Dans l’hypothèse d’une extension du périmètre défensif des dissuasions françaises et britanniques, en revanche, ce besoin apparaitra très rapidement, ne serait-ce que pour être en mesure de déployer ce type de moyens en miroir de l’adversaire, et pour disposer d’une couche substratégique à large potentiel de dispersion, pour renforcer son potentiel dissuasif.

Rafale B missile ASMPA
10 programmes franco-européens pour bâtir l'autonomie stratégique européenne 1/2 95

Pour cela, la conception d’un missile balistique à moyenne portée MRBM, transportant un planeur hypersonique susceptible de neutraliser les défenses antiaériennes et antibalistiques adverses, s’imposera rapidement, pour Paris, comme pour Londres, le plus efficace étant de le concevoir conjointement.

Les deux principales armées conventionnelles en devenir du théâtre européen, l’Allemagne et la Pologne, pourraient également participer au programme, que ce soit pour accueillir les missiles français et britanniques sur leur sol, et pour, éventuellement, en acquérir pour disposer d’une capacité de frappe conventionnelle dans la profondeur. La Grèce, pour sa part, a besoin de ce type de missiles, pour contenir la menace MRBM conventionnelle turque.

Ce faisant, sans jamais mutualiser ou céder la décision nucléaire, ce qui constituerait une violation flagrante du traité de non-prolifération, et entrainerait, ce programme permettrait aux deux grandes armées conventionnelles européennes, d’intégrer en partie la doctrine de dissuasion européenne, comme acteur technologique.

Drone d’attaque à longue portée

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – Pol Fin – Est – Lv – Let – Cz – Ro – Gr2030-2035

Pour être efficace, la posture de dissuasion des européens doit être en mesure de mener des frappes de riposte plus destructrices que les bénéfices attendus pour les frappes menées par l’adversaire. Jusqu’à présent, ce terme s’entendait exclusivement autour des armes de destruction massives NRBC pour Nucléaire, Radiologique, Biologiques et Chimiques.

La guerre en Ukraine a montré, qu’à présent, une nouvelle dimension dans les frappes stratégiques est apparue, les drones d’attaque à très longue portée. C’est le drone iranien Shahed-136, livré par Téhéran à Moscou à partir de l’été 2022, qui a caractérisé ce changement de paradigme.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
Drone d’attaque Shahed 136 russe envoyé en Ukraine en 2022

Non seulement le drone est-il capable d’atteindre des cibles à plus de 2000 km, sur la base d’une simple navigation par point clés GPS, mais il coute une fraction du prix d’un missile de croisière, de l’ordre de 20 à 30,000 $ l’exemplaire, et peut-être très rapidement produit, la seule usine russe construisant les Geran-2, une évolution du Shahed-136, en fabriquant plus de 500 exemplaires chaque mois, contre une vingtaine seulement de missiles de croisière Kh-101, à plus de 1 m$ l’exemplaire.

Si les ukrainiens ont été les premiers à comprendre le potentiel des drones FPV dans le combat tactique, avant d’être copié par les russes, ce furent les russes, plus expérimentés en matière de frappe stratégique, qui comprirent les premiers, le potentiel de frappes massives de drones à longue portée contre les infrastructures civiles ukrainiennes, avant, à leur tour, d’être copié par les ukrainiens.

Quoi qu’il en soit, à présent, il est certain que les armées russes produisent de manière intensive ces drones d’attaque à longue portée, contre l’Ukraine, mais aussi pour être employé contre l’Europe et ses infrastructures, le cas échéant.

Or, il n’existe à ce jour aucun système antiaérien suffisamment léger, économique et versatile, pour qu’il puisse être déployé efficacement pour contrer ce type de menace. La piste la plus prometteuse, dans ce domaine, est certainement le canon électrique de petit calibre, capable d’atteindre es portée très supérieures à celles des canons à poudre actuels, pour une fraction du prix d’un missile antiaérien.

Usine drones d'attaque Geranium-2
Production en grande série des drones Geranium par la Russie

Quoi qu’il en soit, en attendant de disposer d’une protection suffisamment étanche et performante, pour contrer cette menace, la meilleure réponse, pour les européens, n’est autre que de se doter d’une capacité de frappe en miroir, c’est-à-dire de concevoir un drone d’attaque à très longue portée, économique et rapide à produire.

Ce type de capacité s’avèrerait particulièrement utile pour les pays de première ligne, c’est-à-dire la Pologne, les pays Baltes, la Finlande, la République tchèque, et la Roumanie, face à la Russie, ainsi que la Grèce, face à la Turquie.

Le ticket d’entrée technologique et industriel étant relativement peu élevé, un tel programme constituerait un parfait socle pour intégrer des pays ne disposant pas d’une veste BITD, comme les pays baltes.

Avion de combat monoréacteur de 5ᵉ génération

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – SvCz – Gr – Nl – Be2030

L’un des plus importants problèmes, et des plus largement distribués, au sein des forces armées européennes, concernant la possible distanciation avec les États-Unis, concerne, sans le moindre doute, le chasseur furtif F-35A.

L’appareil a, en effet, été choisi par pas moins de 15 forces aériennes en Europe, pour une flotte de presque 500 appareils, en 2035. Or, ces derniers jours, la confiance que peuvent avoir les européens, dans cet appareil pouvant être maintenu au sol depuis Washington, au travers du système ALIS, se trouve très exposée, même en Allemagne.

F-35 us air force
F-35A de l’US Air Force.

Malheureusement, le F-35 n’est pas qu’une menace potentielle pour les forces aériennes européennes qui en seront dotées. C’est aussi le seul avion de combat de 5ᵉ génération, disponible sur le marché occidental aujourd’hui. En effet, si le Rafale français, ou le Typhoon européen, sont incontestablement des avions de combat performants, ils ne bénéficient pas de la sacro-sainte furtivité qui, quoi qu’en disent souvent les français, représente bel et bien un sérieux avantage en matière de guerre aérienne.

Les européens sont déjà engagés dans deux programmes visant à concevoir des avions de combat furtifs, potentiellement encore plus évolués et performants que le F-35 le Le Tempest du programme GCAP qui rassemble Italie et Japon, autour de la Grande-Bretagne, et le programme SCAF et son avion de combat NGF, entrepris par la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique.

Toutefois, le Tempest n’entrera en service, au mieux, qu’en 2035, et le NGF, en 2040, alors que le pic de tensions, avec la menace Russe, pourrait intervenir dès 2030. Surtout, l’un comme l’autre ont été conçus comme des appareils relativement lourds, conçus pour mener des missions à longue distance, avec son corollaire, un prix d’achat comme de mise en œuvre, qui promet d’être élevé, le mettant hors de portée de nombreuses forces aériennes européennes.

Or, comme le montre la guerre en Ukraine, le besoin de chasseurs à long rayon d’action, pour un engagement en Europe, est loin de pleinement se justifier, alors que les F-16 et Mirage 2000-5 ukrainiens, jouent d’ores-et-déjà un rôle dans ce conflit, et que les Su-34 et Su-35 russes, en dépit de leur rayon d’action très supérieurs aux deux avions ukrainiens, ne peuvent exploiter leur plus-value dans ce conflit.

Cela posé, on comprend qu’un chasseur monomoteur, relativement léger pour être économique, mais disposant des attributs principaux de la cinquième génération, comme la furtivité et une fusion de données efficace, répondrait parfaitement aux besoins de nombreuses forces aériennes européennes, qu’il s’agisse de pouvoir se payer une chasse efficace, ou de prendre de la masse en matière de guerre aérienne.

Saab JAS 39 Gripen C Flygvapnet
JAS 39 gripen de la flyvapnet

Deux pays européens ont développé une véritable compétence pour ce type d’avions de combat monomoteurs à hautes performances, la France, avec les Mirage, et la Suède, avec les Draken, Viggen et Gripen, et constituent le socle technologique et industrielle nécessaire pour concevoir un appareil de ce type, dans les délais les plus courts.

Quatre pays européens disposent, par ailleurs, de certaines compétences industrielles ciblées, pouvant intervenir dans ce domaine : la République tchèque qui conçoit les avions d’entrainement et d’attaque Aero, ainsi que la Grèce, les Pays-Bas et la Belgique, qui participent à la fabrication du F-16.

La rapidité de développement de cet éventuel programme constitue le point essentiel pour son éventuel succès. Cela suppose que l’appareil de combat soit conçu, développé et testé d’ici à 2030, de sorte à prendre le relais, en Europe, des F-35, F-16 et, potentiellement, des Gripen, à partir de cette échéance.

Drone aérien furtif de ravitaillement en vol

Pays leadersPays associésÉchéance
Fr – UKDe – It – Sv2030-2035

Le second équipement aérien, indispensable aux européens, à relativement court terme, n’est autre qu’un drone aérien lourd. Mais il ne s’agit d’un drone de combat de type Loyal Wingmen, comme il y a, aujourd’hui, pas moins de cinq programmes différents en Europe à ce jour, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Suède et, depuis peu, en Italie, Leonardo s’étant associé avec le turc Baykar autour du drone supersonique Kizilelma, il y a quelques jours.

Il est peu probable que tous ces programmes arrivent à leur terme. Toutefois, il semble perdu d’avance de tenter de fédérer les européens dans ce domaine. Paradoxalement, aucun n’a entrepris de developper un autre drone aérien lourd, pourtant au moins aussi indispensable qu’un drone de combat furtif.

NGAS US Air Force
Même l’US Air Force est contrainte d’abandonner la conception d’un avion ravitailleur furtif

En effet, l’une des plus grandes vulnérabilités qui se dessine, en matière de guerre aérienne, dans les années à venir, ne porte pas sur les avions de combat eux-mêmes, mais sur les avions de soutien, comme les avions ravitailleurs, les avions d’écoute électronique ESM, et les avions d’alerte aérienne avancée, ou AWACS.

L’extension de la portée et de l’efficacité de la Kill Chain et des missiles antiaériens, air-air ou sol-air, dans les années à venir, va contraindre ces appareils à évoluer beaucoup plus loin des zones d’engagement, faisant perdre, en grande partie, la valeur ajoutée qu’ils apportent, en matière de guerre aérienne et, par extension, en matière de conduite des opérations et de rapport de forces.

Developper un avion ravitailleurs furtif, comme envisagé par l’US Air Force, serait à ce point onéreux, que même le Pentagone semble devoir jeter l’éponge à ce sujet, en tout cas à court terme. L’alternative, pour les européens, qui dépend bien plus de la puissance aérienne que les russes, serait de concevoir un drone aérien lourd et furtif, faisant office de livreur de carburant avancé, pour les avions de combat.

Ce drone aurait pour fonction de transporter le carburant au plus près de la ligne d’engagement, de sorte que les avions de combat maximisent leur présence opérationnelle sur zone, avant d’aller lui-même refaire le plein auprès de l’avion ravitailleur.

MQ-25 Stingray F/A-18 F Super Hornet
Un MQ-25 Stingray de l’US Navy ravitallie un F/A-18 F Super Hornet lors des vols de qualification

Ce faisant, les ravitailleurs lourds, comme l’A330 MRTT, conserveraient une posture à une distance de sécurité, sans que les avions de combat aient besoin de consommer la presque totalité du carburant emporté, et du temps de mission, simplement pour faire les aller-retour jusqu’au ravitailleur.

Le développement d’un tel drone serait confié aux deux nations les plus expérimentées en matière aéronautique, la France et la Grande-Bretagne, mais inclurait les pays participants aux programmes aéronautiques européens, comme l’Italie, l’Espagne, la Belgique, la Suède, et peut-être, d’autres.

Article en deux parties – La seconde partie est accessible ici.

Épargne Défense : Pourquoi est-ce utile ? Pour financer quoi ? Et comment le faire ?

Depuis plusieurs semaines, le ministère des Armées a fait de l’appel à l’épargne des français, un sujet récurrent de sa communication, au point que le président de la République, et le premier ministre, ont aussi évoqué la possibilité, dans leurs interventions récentes respectives au sujet des questions de défense.

Comme c’est souvent le cas, en particulier lorsque l’annonce est générale et sans cadre précis, ces déclarations ont été appréhendées de manière très différente en fonction des individus. On a aussi pu lire beaucoup de choses, plus ou moins cohérentes, à ce sujet, ces derniers jours, dans la presse comme sur les réseaux sociaux.

Cet article trace un cadre sur ce qu’il est possible de faire, en matière d’appel à l’épargne défense, et ce qu’il ne l’est pas, ainsi que sur les domaines pouvant potentiellement être financés, au sein de l’effort de defense, par un appel à l’épargne, et la manière dont cette épargne pourra être collectée.

Quels sont les atouts et les limites de l’appel à l’épargne en matière de défense ?

L’appel à l’épargne, pour financer l’effort de défense, est une martingale qui refait cycliquement son apparition dans le débat public français. Bien souvent, cependant, les porteurs projets se concentrent davantage sur la manière dont cette épargne peut être collectée, et éventuellement sur l’utilisation réelle ou fantasmée des fonds ainsi récoltés, que sur la réalité de ce qu’implique un tel mécanisme.

épargne défense assemblée nationale
Le financement des armées est devenu, depuis quelques semaines, un sujet clé dans le débat national.

En effet, si l’appel à l’épargne présente certains atouts, un tel mécanisme est souvent difficile à mettre en œuvre, et très contraint, pour être employé à des fins de défense, dans la manière dont l’état, ou les armées, peuvent, ou ne peuvent pas, espérer employer les fonds ainsi collectés.

Du cotés des atouts, on trouve l’origine exclusivement nationale des fonds, ce qui offre, potentiellement, une plus grande flexibilité dans les flux entrants et sortants, en jouant, par exemple, sur certaines incitations fiscales et certains plafonds. Or, dans un produit financier, rien n’est pire que le manque de fonds, en dehors de l’excès de fonds, qui engendre des couts non compensés par le modèle économique.

Les promoteurs des produits d’épargne défense mettent également en avant, le potentiel de l’outil pour renforcer le lien entre la société civile et les armées, et avec la mission défense, y compris en créant, artificiellement, des événements locaux ou régionaux, pour créer une relation entre un territoire et, par exemple, un équipement des armées.

Pour autant, un appel à l’épargne, pour l’effort de défense, a également de très nombreuses contraintes, la première étant que celui-ci ne peut financer les équipements des armées, sauf à entrer dans un montage extrêmement complexe. En outre, les produits d’épargne peuvent, souvent, s’avérer plus chers que le simple appel aux marchés, une fois les couts financiers (frais de distribution des banques), les taux d’intérêts et les couts de réserve de liquidités légalement requis, intégrés au calcul du taux de fonctionnement.

Lecornu assemblée nationale
Sébastien Lecornu, le ministre des armées, a plusieurs fois évoqué la possible création d’un produit d’épargne défense pour les français.

Ainsi, ces 20 dernières années, alors que la France pouvait emprunter à des taux particulièrement bas sur les marchés financiers, l’intérêt d’un tel mécanisme était très marginal, et ne se justifiait que dans certains montages très spécifiques, générant leur propre plus-value.

Enfin, les mécanismes budgétaires étant ce qu’ils ont, la dette française est traitée de manière globale, de sorte que l’on ne peut pas, en son sein, différencier la dette « défense », si tant est qu’il y en est une, et la dette sociale, par exemple. Ceci posé, les éventuels fonds collectés par un appel à l’épargne, ne peuvent pas abonder le budget des armées, et donc, ne peuvent pas être employés pour financer un changement de format, des achats de consommable, ou, plus prosaïquement, pour payer les soldes, au sein des armées.

Qu’est-ce que l’épargne défense peut financer ?

Cela posé, il convient d’identifier les différents domaines, liés à l’effort de défense, pouvant être financés par des fonds collectés au travers d’un appel à l’épargne, quel que soit le mode de collecte retenu.

Financer l’indispensable croissance et le changement de format de la BITD

La première opportunité, pour exploiter l’épargne défense, est aussi le plus urgent, aujourd’hui. Il s’agit de financer la croissance des entreprises de la Base Industrielle et technologique Défense, ou BITD, le techno système industriel défense, qui rassemble 4000 entreprises en France aujourd’hui.

Du fait d’une taxonomie européenne toujours inexplicablement défavorable aux entreprises liées à l’univers défense, celles-ci peinent, encore, pour obtenir les financements nécessaires, dans le cas de leur croissance, auprès du réseau bancaire national et européen.

Dassault Aviation Merignac Rafale
Les grandes entreprises de la BITD, comme Dassault Aviation, n’ont aucun mal à se financer. Mais ce n’est pas le cas de leur réseau de sous-traitants.

Bien évidemment, ce problème ne concerne pas les très grands groupes, comme Thales, Dassault Aviation ou MBDA, ni les grands groupes publics, comme Naval group et KNDS France (ex Nexter), ceux-ci ne rencontrant aucune difficulté pour financer leur croissance en propre.

Cependant, comme évoqué dans un précédent article au sujet du Rafale, la croissance de ces grands groupes français et européens, ne peut être transformée que si l’ensemble de leurs chaines de sous-traitance évolue simultanément et de façon homothétique à leurs besoins.

Or, ce sont précisément ces sous-traitants, le plus souvent des ETI et des PME-PMI, allant de quelques centaines/milliers à quelques dizaines de salariés, dépositaires de compétences rares et indispensables, qui ne parviennent pas à se financer, pour croitre comme exigé par les grands assembleurs.

Un fonds national d’investissement, alimenté par de l’épargne collectée auprès des français, permettrait de traiter ces besoins, on ne peut plus urgent et nécessaire, alors que les armées et la BITD françaises, se préparent à un bond capacitaire et industriel sans précédent ces 50 dernières années.

Si un tel fonds n’intervient pas, directement, dans la soutenabilité du budget des armées, au sens stricte, en permettant au réseau de sous-traitants industriels de s’étendre, il maintiendrait un ratio entre crédits investis par les armées dans l’industrie de défense, et le nombre d’emplois créés ou préservés, très favorable pour un retour budgétaire et social optimal de l’investissement de défense.

Financer la R&D en amont des Armées

La seconde option, pour employer des fonds issus de l’épargne nationale, concerne l’investissement dans les travaux de R&D des entreprises de défense. Aujourd’hui, cet investissement est ventilé, pour l’essentiel, entre les fonds propres des entreprises de défense, et la participation du ministère des Armées, par la DGA, dans ces travaux de recherche et de conception.

Industrie de défense française MBDA
Le financement de la R&D défense est un sujet complexe et couteux, qui peut en partie être assumé par un appel à l’épargne.

Les fonds propres étant, par essence, limités, les investissements bancaires étant inaccessibles, et les fonds du ministère des Armées venant, par définition, en déduction d’autres investissements et dépenses, en faire porter tout ou partie, par un fonds indépendant, représente un intérêt évident, tant pour le budget des armées, que pour la richesse de la R&D française.

Toutefois, il s’agit ici, nécessairement, d’un investissement ayant un critère de risque plus ou moins prononcé, selon l’industriel, le domaine et l’intérêt de l’État. En effet, le retour sur investissement n’est garanti que si la R&D est arrivée à son terme, et que le ou les équipements, sont vendus à des clients, français ou étrangers, à un niveau suffisant pour absorber les dépenses de R&D.

Ainsi, la conception des frégates FDI de Naval Group, et celle des systèmes embarqués innovants liés à ce modèle, comme le radar SeaFire 500, a été financée par l’État à hauteur de 500 m€, pour une commande qui devait se limiter à 5 navires, soit un cout par navire de 100 m€.

L’État n’ayant pas vocation à se faire rembourser ses investissements de R&D autrement que par les recettes sociales et fiscales engendrées par l’activité industrielle, qu’elle soit directe ou engendrée par l’export, Naval group n’a pas eu à augmenter de 62 m€ le prix des 3 frégates FDi pour la Marine hellénique, pour rembourser les 500 m€ de R&D, payés par l’État, ventilés sur 5+3 coques françaises et grecques, ce qui aurait pu compromettre l’exportation des navires vers Athènes. Et ce, sans même prendre en compte les intérêts promis à d’éventuels investisseurs.

De fait, la participation de l’épargne au financement de la R&D, ne peut s’envisager que dans un cadre particulièrement maitrisé, tant pour garantir le retour sur investissement des épargnants, que pour ne pas entamer le potentiel à l’exportation des systèmes et équipements développés.

Accompagner la BITD pour l’exportation

Souvent ignoré des discours concernant les difficultés que rencontre, aujourd’hui, la BITD française, dans le domaine de la finance, les difficultés rencontrées concernant le soutien à l’exportation est pourtant un sujet très contraignant pour les entreprises défense.

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Si KNDS france ne rencotnre aucune difficultés en matière de crédits documentaires, ce n’est pas le cas de nombreuses entreprises de la BITD, plus pétites, et moins soutenues par l’Etat.

Cette tâche revient, traditionnellement, aux banques, notamment sous la forme de crédits documentaires, permettant au vendeur et à l’acquéreur distant, d’être assurés dans leur transaction, par l’intermédiaire d’un tiers de confiance, l’un pour être certain d’être payé, l’autre pour être livré.

Or, comme dans le cas du financement de la croissance, les banques nationales rechignent à accompagner les entreprises de défense dans le domaine du crédit documentaire, ce qui oblige les industriels, et en particulier les PME et ETI, à recourir à des montages complexes et onéreux, au travers de partenaires bancaires non nationaux, pour simplement être en mesure de livrer ce qui leur a été commandé.

Cela dit, assumer le crédit documentaire est une tache relevant d’une banque, et l’épargne défense, tel qu’évoquée par le gouvernement français, ne semble pas destiné à créer les fonds propres et de travail, d’une nouvelle banque défense, même si le sujet mériterait, très certainement, d’être étudié.

En revanche, il est possible d’imaginer un fonds de garantie qui serait à la disposition des banques, pour assumer la notion de crédits documentaires, du point de vue financier, sans qu’elles soient amenées à employer leurs fonds, ou ceux de leurs clients, pour cela, tout au moins, tant que la taxonomie européenne n’aura pas évolué.

Financer le rachat d’entreprises de la BITD

Un autre domaine, pouvant être éligible aux fonds collectés par un produit d’épargne défense, concerne le rachat d’entreprises de la BITD, potentiellement exposées à un rachat extra national.

Serval DSA armée de terre
Texelys va probablement être racheté par KNDS. Mais plusieurs autres entreprises de la BITD françaises, ont rencontré d’immenses difficultés dans leurs procédures de rachat et de transformation de valeur.

Jusqu’à présent, dans une telle hypothèse, c’est l’État qui devait intervenir, d’abord pour s’opposer au rachat venu de l’étranger, ensuite pour tenter de trouver un acteur industriel et économique, si possible national, pouvant se substituer à l’acheteur.

Pour autant, ces montages ne satisfont jamais tout le monde, et spécialement pas les investisseurs et salariés de ces entreprises, qui, bien souvent, voient leurs attentes, en matière de retour sur investissement, se réduire considérablement au travers de cet arbitrage d’état.

Paradoxalement, ceux-ci viennent, en conséquence, affaiblir le dynamisme d’investissements dans les entreprises et industries de défense émergentes, en polluant le retour sur investissement potentiel, sachant que la prise de risque, pour les investisseurs, a été bien réelle, et que, bien souvent, dans leur portefeuille, seul un projet d’investissement sur plusieurs, atteint cette étape de plus-value.

En créant un investisseur institutionnel, financé par de l’épargne défense, intervenant au-delà de la phase de prise de valeur dans les entreprises ayant atteint le statut de valeur industrielle et technologique stratégique pour la BITD, il serait possible de passer outre ces épisodes aussi critiques que récurrents, en France.

Financer l’achat d’équipements pour les louer aux armées

Enfin, le dernier domaine, pouvant s’appuyer sur de l’épargne défense, est aussi le plus complexe, et peut-être, aujourd’hui, le moins pertinent. Il s’agit de financer une entreprise susceptible de portée l’investissement d’équipement des armées, pour remplacer l’achat d’équipements, générateur potentiel de dettes souveraines, par de la location d’équipements, générateurs de charges.

char Leclerc France
L’acaht pour location d’equipements de défense est un modèle tr!s complexe, peu adapté aux enjeux du moment.

Il s’agit d’un modèle détaillé sur ce site à plusieurs reprises sous le nom de Socle Défense. Toutefois, ce modèle est très complexe à mettre en œuvre, en particulier pour obtenir d’Eurostat, l’agence européenne qui évalue la dette et les finances publiques de la zone euro, que l’investissement de cette entreprise, ne soit pas décompté comme de la dette souveraine déguisée.

Le Socle Défense fut conçu en 2016, lorsque la principale opposition à l’augmentation de l’effort de défense, au niveau politique, était le niveau des déficits publics français. Or, en appliquant ce modèle, et en s’appuyant sur le retour budgétaire généré par l’industrie de défense et les investissements des armées, en général, il était possible de créer une dynamique de croissance sensible, sans creuser les déficits, mais en s’imposant d’importantes contraintes, comme la revente des équipements des armées au bout de 15 ans, sur le marché de l’occasion.

Dans le contexte actuel, alors que Bruxelles devrait assouplir les règles de convergences pour un temps, afin de permettre une hausse des dépenses de défense des États européens, il est possible d’atteindre le niveau d’investissement nécessaire, en France, et le niveau de retour budgétaire qui va avec, sans en passer par un modèle aussi complexe, qui ne peut s’imaginer que sur une durée minimale de 40 ans.

Comment l’épargne Défense peut-elle être collectée ?

Maintenant que nous savons ce qui peut être financer, nous pouvons étudier, efficacement, les alternatives pour lever cette épargne. En effet, en excluant le modèle de leasing, pour les raisons évoquées plus haut, les besoins de financement annuels relatifs aux quatre points précédemment traités, ne dépassent pas quelques milliards d’Euros par an, ce qui trace un cadre autour de la manière dont les fonds peuvent être collectés.

Se greffer à un produit d’épargne d’état existant, comme le Livret A

La solution la plus simple, pour lever cette épargne, serait de se greffer à un produit d’épargne existant, et en particulier, au Livret A. Celui-ci enregistre, rappelons-le, de 50 à 70 Md€ de dépôts chaque année. En outre, les dépôts excèdes souvent les besoins de financement des organes qui le traite, ce qui n’est pas, comme évoqué précédemment, une situation souhaitable.

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Épargne Défense : Pourquoi est-ce utile ? Pour financer quoi ? Et comment le faire ? 107

Fort heureusement, pour absorber ces dépôts excédentaires, le Livret A a été autorisé à investir sur les marchés, et en particulier, dans les obligations d’état françaises et européennes, de sorte qu’aujourd’hui, une partie de la dette souveraine française, est détenue par les détenteurs de Livret A.

L’intérêt de se tourner sur le Livret A est la simplicité et la résilience de la procédure et du produit. En effet, le ou les fonds de défense, pourraient alors se financer auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui collecte les dépôts auprès des banques et assurent les réserves de liquidités, pour les retraits.

Celle-ci maitrise parfaitement son sujet, et sait, très exactement, les points d’équilibres auxquels elle doit se conformer, pour une utilisation souple et sans heurts de l’épargne déposée, sans jamais entraver l’accès à leur épargne, aux français.

Si les dépôts sur le livret A s’avèrent insuffisants, pour les besoins de ce(s) nouveau(x) fonds, il est par ailleurs possible de relever le plafond du Livret, avec un effet presque immédiat sur les encours déposés.

Cela dit, la mission défense n’étant pas, à priori, dans le périmètre du Livret A, son extension vers ce domaine doit se faire uniquement sur la base d’un consentement de chaque détenteur. Qu’il soit nécessaire d’avoir un consentement préalable, ou qu’un consentement tacite opposable puisse être employé, ici, est du ressort de juristes.

Émettre des obligations éligibles à l’assurance-vie

Autre alternative, pour collecter de l’Épargne, est d’émettre des obligations rattachées au(x) fonds d’investissement défense, qu’il y en ait un global, ou plusieurs spécialisés, obligations qui seraient éligibles aux produits d’épargne de type assurance-vie.

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Frégate FDI Amiral Ronarc’h de la Marine nationale lors de ses premiers essais à la mer

L’assurance vie est, en effet, le second produit d’épargne des français, en nombre, avec 18 millions de contrats souscrits, contre 56 millions de Livret A. En encours, en revanche, elle s’impose loin devant les 440 Md€ de dépôts sur celui-ci, avec plus de 1,900 Md€ d’encours.

L’avantage des obligations de l’Assurance-vie est leur simplicité d’exploitation, puisque celles-ci sont émises conformément aux besoins, et possiblement, avec des durées cohérentes avec la durée des besoins eux-mêmes. En outre, les montants peuvent potentiellement être sensiblement supérieurs à ceux pouvant être collectés via le Livret A.

En revanche, il n’y a aucune assurance que ces obligations émises soient toutes acquises, sur la fenêtre de temps escomptée, ce qui peut mettre en situation difficile l’utilisation des crédits attendus, notamment dans le cadre de négociations contractuelles (rachat d’entreprises).

Créer un produit d’épargne dédié

La dernière hypothèse, ici, est représentée par la création d’un produit d’épargne dédié, sous la forme, par exemple, d’un livret d’épargne d’État spécialisé. Ce choix serait, incontestablement, le plus lourd, et le moins efficace, sauf pour ce qui concerne la communication politique et, éventuellement, la communication des Armées et de la BITD.

L’intérêt d’un tel modèle est de créer un lien direct entre les détenteurs de ce produit d’épargne, et ses dépôts, avec l’utilisation qui sera faite des crédits récoltés, et ainsi, de multiplier les opportunités de communication autour de cette thématique.

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Épargne Défense : Pourquoi est-ce utile ? Pour financer quoi ? Et comment le faire ? 108

En revanche, les contraintes sont très élevées. D’abord, il est nécessaire de créer ce produit d’épargne, et de le faire connaitre auprès des français, ce qui suppose d’importantes dépenses de communication.

Ensuite, il va falloir négocier avec les banques, la distribution d’un nouveau produit d’épargne d’état, ce dont elles ne sont déjà pas friandes étant donné le faible taux de rémunération, alors que les difficultés seront encore plus élevées, concernant un produit fléché spécifiquement vers la Défense.

Dans cette hypothèse, les banques pourraient également demander un droit de regard sur l’utilisation des fonds collectés, par exemple, dans le domaine de la R&D et des exportations, en application des règles de la taxonomie européenne, ce qui ne ferait que considérablement ralentir l’ensemble de la procédure.

Enfin, les dépôts collectés seront, par définition, très difficiles à pré-évaluer, et à adapter le montant de l’encours aux besoins, de sorte à éviter les crédits excédentaires et insuffisants. Le sujet est d’autant plus incertain qu’aucun modèle préalable de même type a été employé récemment en Europe, pour en évaluer l’efficacité et le comportement.

Conclusion

Nous voilà au terme de cet article qui, soyons-en certains, ne sera pas l’article de l’année en matière d’audience sur Meta-defense. En effet, le sujet est technique, parfois complexe, et le plus souvent, on ne peut plus soporifique.

Macron Sorbonne
Emmanuel Macron a fait de la reconstruction rapide des armées et de la BITD, un marqueur d’autant plus fort de son second mandant, qu’il n’a plus veritablement la main sur d’autres sujets que la politique de défense et la politique internationale.

Pour autant, alors que le sujet de l’appel à l’épargne pour permettre aux français de s’investir davantage, sur la base du volontariat, dans l’investissement de défense, ne cesse d’apparaitre dans la presse comme dans les conversations, il était certainement utile de le traiter de manière, si pas exhaustive, en tout cas synthétique.

On le voit, loin des fantasmes qu’il peut parfois engendrer, l’appel à l’épargne Défense peut effectivement engendrer certaines opportunités, pour améliorer plusieurs domaines en tension, en particulier pour la BITD française.

On notera, toutefois, que beaucoup de ces besoins résultent avant tout de la taxonomie absurde encore employée par le système financier européen, alors même qu’elle représente, aujourd’hui, une menace directe pour répondre aux besoins exprimés par les Etats et les armées, face à une menace incontournable.

Dans d’autres cas, comme le rachat d’entreprises défense et le financement de la R&D, l’appel à l’épargne, s’il est exécuté correctement et efficacement, peut, en effet, permettre de traiter certaines faiblesses qui, aujourd’hui, handicapent l’industrie de défense française.

Reste à voir, à présent, quels seront les arbitrages qui seront faits, à l’hôtel de Brienne comme à Bercy, autour de ce sujet, les objectifs qui seront donnés à l’utilisation de cette épargne collectée, et la manière dont l’ensemble de ces démarches seront effectuées, que ce soit de manière fluide et efficace, ou, au contraire, en consommant un sequoia entier par dossier…

La dépendance aux armements américains inquiète les Européens, du Kill Switch du F-35 aux missiles nucléaires britanniques

Selon un rapport du SIPRI de 2024, les européens se sont tournés vers des armements américains pour plus de 60% des contrats signés ces cinq dernières années, alors que pour certains pays européens, et non des moindres, la part des équipements militaires non européens importés sur cette période dépasserait les 90%, comme aux Pays-Bas, en Italie et en Grande-Bretagne.

Pour autant, jusqu’il y a peu, les européens se satisfaisaient pleinement de cette situation, ayant la certitude d’être protégés par le bouclier nucléaire et les armées américaines, ceci venant largement entamer la notion d’armées d’emploi, et toutes les contraintes, notamment industrielles, qu’une telle notion impose.

Les positions et décisions prises par Donald Trump, et son équipe, depuis leur arrivée à la Maison-Blanche, il y a juste sept semaines, sont venues très largement entamer cette confiance, en Europe. Et par voie de conséquence, les européens s’interrogent, à présent, sur le bienfondé de leurs arbitrages en matière de contrat d’armement, vers les États-Unis comme ailleurs.

Quels sont les domaines les plus exposés aux importations d’armements américains en Europe ? En quoi cette dépendance représente-t-elle une faiblesse opérationnelle et un affaiblissent de la posture dissuasive des européens ? Et quels sont les équipements qui, aujourd’hui, inquiètent le plus les européens ?

Avions, hélicoptères, artillerie, missiles…: les européens ont une dépendance stratégique aux armements américains

Traditionnellement ancrée au cœur de la stratégie de défense française, l’autonomie stratégique fait reposer le potentiel militaire et dissuasif d’un pays, sur sa capacité à assumer la conception et la fabrication des équipements de défense de ses forces armées.

armements américains F-16 Polonais
Avant le F-35, le F-16 s’etait imposé comme l’avion de combat standard auprès de plus de la moitié des forces aériennes européennes.

Pour les Européens, en revanche, cette doctrine était pleinement écartée, tant ils avaient la certitude du soutien des États-Unis et de leurs armées, en cas de conflit en Europe, y compris dans le domaine de la dissuasion. Dès lors, tous, en Europe, ont accepté une dépendance technologique plus ou moins importante, en matière d’équipements militaires, ainsi que dans la conception locale des armements.

C’est ainsi qu’une majorité des forces aériennes européennes, sont équipées d’avions de combat américain (F-16, F-18 et F-35), alors que, d’ici à 2035, seules 4 à 5 d’entre elles (France, Suède, Croatie, Hongrie et peut-être, Autriche), mettront en œuvre uniquement des appareils européens. Elles ne seront que deux, la France et la Croatie, équipées sur Rafale, à s’appuyer exclusivement sur un appareil entièrement européen, le Gripen suédois étant équipé d’un turboréacteur américain.

De la même manière, 75 % des batteries antiaériennes et antimissiles à longue portée qui seront disponibles en Europe, à 2035, seront soit américaines (Patriot), soit israéliennes (David Sling et Barak-M), et non européennes (SAMP/T NG ou Iris-T SLX), alors que la moitié des chars lourds qui armeront les armées européennes à cette date, seront américains (M1A2 Abrams) ou Sud-Coréens (K12 Black Panther), que 70 % de l’artillerie mobile sera sud-coréenne (K9 Thunder) et que 100 % des systèmes lance-roquettes multiples ne seront pas européens (HIMARS, PULS, K239 Chunmoo).

Dans le domaine des hélicoptères militaires, si les deux tiers des hélicoptères navals embarqués seront bien européens, 50% de la flotte d’hélicoptères d’attaque sera américaine (AH-65 Apache) et non européenne (A-239, Tigre, H145M), alors que 100 % de la flotte d’hélicoptères lourds sera américaine (CH-47 Chinook), les européens n’étant majoritaires que dans la flotte d’hélicoptères de manœuvre (NH90,H225M,EH101…) et d’hélicoptères moyens et legers (H160M, H135…).

CH-47 Grèce
Les armées européennes s’appuient exclusivement sur des hélicoptères de conception américaine pour le segment transport lourd.

Enfin, dans le domaine naval, la technologie US est omniprésente sur les navires de surface combattants européens, au travers des missiles surface-air (SM-2, ESSM), ainsi que des radars et systèmes de combat pour les unités antiaériennes (SPY-1, SPY-7).

Comment la dépendance industrielle des européens en matière d’armement affaiblie la posture de dissuasion face à la Russie ?

Jusqu’il y a quelques jours, cette dépendance stratégique, vis-à-vis des États-Unis, et d’autres pays non européens, n’étaient pas considérés, par tous les européens, en dehors de la France, comme un sujet de préoccupation.

En effet, les européens avaient la certitude qu’en cas de menace, fut-elle russe, ils pourraient s’appuyer pleinement sur la protection des États-Unis, comme ce fut le cas pendant la guerre froide, notamment lorsque Washington frôla la guerre nucléaire avec l’Union Soviétique lors de la crise de Berlin (1958-1963), puis la crise des Euromissiles (1977-1987), en soutenant pleinement ses alliés de l’OTAN.

Cette certitude a non seulement convaincu les européens de l’ouest, qui vécurent ces deux crises, mais aussi les nouveaux entrants au sein de l’OTAN, qu’il s’agisse des anciens membres du Pacte de Varsovie, des républiques soviétiques baltes, et même, bien plus récemment, de la Suède et de la Finlande, tous ayant non seulement rejoint l’Alliance Atlantique pour bénéficier de la protection américaine, notamment de son bouclier nucléaire, mais se tournèrent, également, vers des matériels américains et non européens, pour moderniser leurs armées.

K9 Thunder Finlande
5 forces armées européennes se sont tournées vers le canon automoteur K9 sud-coréen.

En effet, l’achat de matériels américains permettait de donner des gages à Washington, au sein de l’alliance, et à optimiser l’interopérabilité et la maintenabilité des équipements, en s’appuyant sur les armées et l’industrie US. Quant à l’acquisition de matériels israéliens, sud-coréens ou turcs, il se justifiait par des considérations économiques et politiques, sachant que, dans tous les cas, les risques de devoir les employer dans un conflit de haute intensité face à la Russie était très réduit, tant que la protection américaine était assurée.

Les menaces sur la pérennité de cette protection, dans le cadre de l’OTAN, depuis l’arrivée de Donald Trump dans le Bureau Ovale, a, bien évidemment, cueilli à froid toutes les capitales européennes. En effet, en quelques jours seulement, la réalité de la menace d’un conflit de haute intensité face à la Russie, s’est considérablement accrue, alors que la protection du bouclier nucléaire américain, est plus fine que jamais.

Pire encore, le rapprochement observé entre Washington et Moscou, font craindre aux européens, que Washington pourrait suspendre, voire annuler la maintenance des équipements US mis en œuvre au sein des armées européennes, alors que, soudainement, la dépendance dans ces domaines, vis-à-vis de pays non européens, apparait à présent comme une faiblesse difficile à supporter, face à la menace russe.

Comment, en effet, s’assurer de la livraison des pièces et munitions des équipements sud-coréens, israéliens ou turcs, tous ayant un agenda propre vis-à-vis de la Russie ? Rappelons, à ce sujet, qu’Israël et Séoul ont toujours interdit de transférer vers l’Ukraine, des équipements acquis auprès d’eux par les Européens.

batterie Patriot Pologne
En dehors de la France et de l’Italie, toutes les armées européennes s’étant déoté d’une capacité d’interception aérienne à longue portée et antibalsitique, se sont tournés vers le Patriot américain, ou les David Sling et Barak-M israléins.

La Russie et ses armées ayant fait la démonstration, en Ukraine, qu’elles pouvaient s’engager dans un conflit de longue durée, la dépendance stratégique vis-à-vis d’approvisionnement non européen, pour utiliser leurs équipements de défense dans le temps, représente à présent non seulement un risque militaire qu’il faut traiter, mais cela vient lourdement affaiblir la posture de dissuasion de ces pays, et de l’ensemble du bloc européen.

Les européens s’inquiètent à présent de leur dépendance aux armements américains

Il n’est pas surprenant, dans ce contexte, que les européens, commencent à s’interroger sur la pertinence de leurs acquisitions récentes de matériels américains, mais aussi de leurs matériels extra-européens.

Les F-16 et l’artillerie ukrainienne menacés par l’arrêt du soutien américain

Ce d’autant que les européens ont, sous leurs yeux, une parfaite illustration des conséquences de cette faiblesse, en Ukraine. En effet, depuis quelques jours, les États-Unis ont à nouveau suspendu le soutien militaire à l’Ukraine.

Si l’arrêt de ce soutien s’est très rapidement fait sentir en matière de renseignement, plongeant l’état-major ukrainien dans le noir, au-delà des quelques dizaines de kilomètres dans la profondeur de la ligne d’engagement, encore couverts par les drones, les alertes sur l’utilisation des équipements militaire américains, se sont multipliés depuis quelques jours.

Et pour cause ! L’artillerie à longue portée ukrainienne, repose aujourd’hui presque exclusivement sur les systèmes HIMARS américains, eux-mêmes dépendant du renseignement et des munitions venus des États-Unis. De même, 25 % de l’artillerie de campagne ukrainienne, s’appuie sur des systèmes américains M-777 et M109, qui nécessitent des tubes et des pièces de rechange venus des usines US.

F-16 Ukraine
Très attendus par les ukrainiens pendant longtemps, les F-16 européens transférés aux froces aériennes de Kyiv, pourraient être rapidement cloués au sol, faute de pièces, de munitions et de mise à jour des systèmes de défense et de navigation.

C’est aussi, et surtout, le cas en matière de défense aérienne et antimissile de l’Ukraine. Celle-ci repose, aujourd’hui, à plus de 80% sur les batteries Patriot et les F-16 transférées par les européens en Ukraine, qui dépendent des munitions et pièces détachées venues des États-Unis pour fonctionner.

En l’absence de flux logistiques américains, les Patriot, mais aussi les NASAMS ukrainiens, seront très rapidement à court de munitions, alors que les F-16 en service, seront bloqués au sol, faute de pièces et de mise à jour des systèmes de guerre électronique, ne laissant, pour protéger les grandes villes, infrastructures critiques et les troupes déployées, que les SAMP/T Mamba franco-italiens, les IRIS-T SLM allemands, et les Mirage 2000-5 français, pour aider les ukrainiens dans cette mission.

Le Kill Switch du F-35 commence à faire des vagues en Allemagne et au-delà

Face à ce constat, les européens prennent rapidement conscience de la faiblesse engendrée par ces équipements américains et exogènes. Dans ce domaine, l’offensive est venue, ce week-end, de l’Allemagne, au sujet du très emblématique avion de combat F-35.

Dans une interview donnée au site Bild, Joachim Schranzhofer, le directeur de la communication de l’électronicien militaire allemand Hensoldt, a lâché une bombe médiatique en évoquant la présence d’un hypothétique « Kill Switch », ou bouton tueur, susceptible de rendre le F-35 inopérant, à partir des États-Unis, en indiquant que ce Kill Switch était « plus qu’une rumeur » (à propos du F-35).

La centralisation des données venant du F-35, sur les seuls serveurs de Lockheed Martin, ont, de longue date, fait naitre une hypothèse selon laquelle, Washington aurait la possibilité de clouer au sol une flotte vendue à l’étranger, directement des États-Unis.

B-61mod12 F-35A
La capacité du F-35A pour mettre en oeuvre la bombe nucléaire B61Mod12 de l’OTAN, a été un argument clé dans le choix de l’Allemagne pour cet appareil.

Le fait est, la dépendance du F-35 au système de maintenance ALIS, celui-ci donnant, notamment, l’autorisation de mise en route de l’appareil, laisse supposer que cette option existe bel et bien. Qu’elle ait été, ou non, prévue pour contrôler l’utilisation des appareils vendus aux flottes alliées, n’est guère pertinent, maintenant que Washington a montré qu’il pouvait utiliser des moyens de pression comme ceux employés contre l’Ukraine.

C’est ce qui amena le très respecté Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur allemand auprès des États-Unis, et titulaire de la chair de la Munich Security Conference de 2008 à 2022, a déclaré « Si nous pouvons craindre que les États-Unis fassent avec les futurs F-35 allemands, ce qu’ils font aujourd’hui avec l’Ukraine, alors il est nécessaire de reconsidérer l’acquisition de cet avion« .

Une telle prise de position, venant de la part de deux personnalités allemandes légitimes sur le sujet, est révélatrice de l’évolution en cours, en Allemagne, au sujet du dogme de la dépendance sécuritaire aux États-Unis, sachant que, dans le même temps, Paris, Londres et Berlin, ont entamé des discussions autour d’une possible extension de la dissuasion des deux nations dotées européennes, à l’Allemagne, voire à d’autres pays européens.

En outre, si Berlin venait à s’écarter du F-35, pour les raisons évoquées, nul doute que le sujet ferait beaucoup de vagues en Europe, alors que 14 forces aériennes européennes sur 22, équipées d’avions de combat, se sont engagées et déclarées en faveur du F-35 américains (Allemagne, Belgique, Danemark, Italie, Finlande, Grande-Bretagne, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Suisse).

La dépendance technologique et industrielle de la dissuasion britannique aux États-Unis fait débat à Londres

Face à la menace russe, et à l’imprévisibilité des États-Unis, la dépendance technologique et industrielle s’est invitée dans un débat à présent très actif, outre-Manche, au sujet d’un domaine, on ne peut plus critique, la dissuasion britannique.

Missile trident
Le missile SLBM Trident II M5 qui arme les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins classe Vanguard britanniques, sont de conception et de fabrication américaine.

Il est utile, à ce niveau de l’article, de faire un point sur la réalité de la dissuasion britannique, souvent évoquée, en particulier au sein de la classe politique française, avec un qualificatif parfaitement impropre de double clé.

La dissuasion britannique est conçue sur le principe d’indépendance opérationnelle, selon laquelle, si elle utilise des missiles balistiques SLBM Trident II D5, conçus et fabriqués par l’américain Lockheed Martin. Dans les faits, une fois les sous-marins de la classe Vanguard dilués et en patrouille, ceux-ci ne peuvent souffrir d’aucune interférence étrangère pour la mise en œuvre de ses missiles, et des têtes nucléaires qu’ils transportent.

De fait, le principe de double clé, qui suppose une autorisation préalable de Washington, pour que Londres puisse mettre en œuvre ses missiles nucléaires, est incorrect, même si, dans le cadre de l’alliance de 5 Eyes, les deux pays se sont engagés à se prévenir mutuellement, en amont de l’utilisation d’armes nucléaires.

En revanche, l’utilisation de missiles SLBM Trident II M5, représente évidemment une faiblesse potentielle à moyen terme pour la dissuasion britannique, d’autant que celle-ci a rencontré plusieurs échecs ces dernières années, lors des essais. Or, pour palier ces échecs, comme pour maintenir en état de fonctionnement la flotte de missile Trident, Londres n’a d’autres choix que de s’en remettre à Lockheed Martin, et donc aux États-Unis.

missile M51
Le SLBM M51.3 français ne pourrait pas remplacer les Trident II britanniques, sans une très importante refonte des quatres sous-marins de la classe Vanguard.

En d’autres termes, si l’arrêt potentiel de l’assistance et la maintenance des missiles britanniques, de la part des États-Unis, ne représentera pas une remise en question immédiate de la dissuasion britannique, celle-ci pourrait, rapidement, voir son parc de missiles opérationnels se réduire, au fur et à mesure que ceux-ci seront cannibalisés pour conserver au moins une dotation de SNLE complète opérationnelle.

Le problème est d’autant plus pressant que l’industrie aéronautique et spatiale britannique n’a jamais conçue de missiles de ce type, s’étant toujours tournée vers les SLBM américains pour armer ses SSBN, alors que les SLBM français M51.3 ne peuvent pas prendre place à bord des SSBN britanniques, sans une très profonde refonte, aussi longue qu’onéreuse.

Le sujet est au cœur de débat, au Parlement britannique, depuis plusieurs mois, lorsque la députée Manuela Perteghella, interpella à ce sujet le gouvernement, demandant au Secrétaire à la Défense « quelles mesures il prend pour assurer l’indépendance de la dissuasion nucléaire ; et s’il prendra des mesures pour réduire la dépendance à l’égard des États-Unis pour (a) les essais, (b) la maintenance et (c) le remplacement des missiles.« 

À ce moment-là (19/11/2024), Luke Pollard, le Secrétaire à la défense, répondit que la Grande-Bretagne entretenait « une relation étroite et de longue date avec les États-Unis sur toutes les questions nucléaires. L’un des résultats de cette relation étroite est que nous sommes en mesure d’acheter certains composants non nucléaires aux États-Unis, notamment le missile Trident II D5, ce qui réduit considérablement le coût de notre capacité de dissuasion nucléaire.« 

SSBN Vanguard Royal navy
Les Vanguard doivent être remplacés au sein de la Royal Navy à partir de 2035.

Et d’ajouter « La dissuasion nucléaire du Royaume-Uni est complètement indépendante sur le plan opérationnel. Seul le Premier ministre peut autoriser l’utilisation de nos armes nucléaires, même si elles doivent être utilisées dans le cadre d’une réponse de l’OTAN.« , sans vraiment répondre aux questions de la députée démocrate libérale.

On peut penser que l’évolution des tensions avec les États-Unis étant ce qu’elles sont, le sujet refera surface, au Parlement britannique, dans les prochains jours, sachant qu’une pirouette de communication, comme en novembre, ne sera probablement pas suffisante, à ce moment-là.

Conclusion

On le voit, en quelques semaines, seulement, les européens sont passés d’une dépendance assumée, et même revendiquée, à la protection et aux équipements de défense américains, et d’un pilotage non critique des acquisitions d’armement, privilégiant les conditions immédiates aux besoins d’engagement, à la situation inverse, avec le risque d’un retrait de la protection américaine et d’un arrêt du soutien matériel venu de Moscou, tout en faisant face à une menace de conflit majeur avec la Russie.

Pire encore, les européens peuvent observer, presque en temps réel, les conséquences de cette dépendance, pourtant partielle, des ukrainiens vis-à-vis des équipements militaires américains, pourtant souvent fournis par les européens eux-mêmes, alors que Washington a arrêté tout soutien militaire à Kyiv, afin de faire pression sur le président Zelensky, en marge des négociations avec la Russie qui se tiendront cette semaine à Riyad.

Rafale B
Le Rafale et le Typhoon sont les seuls avions de combat modernes exclusivement européens en service au sein des forces aériennes européennes; Ils ne représenteront, en 2025, que 1/3 des avions de combat en Europe.

Ce faisant, les inquiétudes montent, et les langues se délient, que ce soit autour du programme F-35 allemand, mais aussi concernant la pérennité de la dissuasion britannique, construite en partie sur des technologies et des compétences industrielles américaines.

Il ne fait guère de doutes, dans ces conditions, que l’actualité, dans ce domaine, en Europe, promet d’être très dynamique dans les semaines et mois à venir, même si s’affranchir de plusieurs décennies de dépendance vis-à-vis de Washington, ne sera certainement pas un exercice facile, pour de nombreuses chancelleries européennes.

Dans ce domaine, la France a un statut propre, étant le seul pays à avoir pleinement assumé, depuis les années 60, le fait de se doter d’une véritable autonomie stratégique, et d’une industrie capable de produire les équipements de ses armées, de manière autonome, sans s’appuyer, en particulier, sur les technologies américaines (même si lé dépendance aux composants US demeure un problème).

Il revient donc, certainement, à Paris de créer un cadre suffisamment rassurant, pour les européens, afin de les amener à s’engager dans une véritable dynamique d’autonomie stratégique européenne, sans tenter de remplacer la dépendance aux États-Unis, par une dépendance à la France, ce qui serait, sans le moindre doute, voué à l’échec.

[En Bref] : L’effort de défense espagnol à 2%, Dassault anticipe de nouvelles commandes et la Pologne va former militairement tous ses hommes…

Les européens semblent déterminés à s’engager dans plus d’autonomie en matière défense, avec l’effort de défense espagnol qui devrait atteindre les 2% PIB avant la date de 2029, jusqu’ici fermement défendue par Pedro Sánchez, Dassault Aviation qui annonce être prêt à produire jusqu’à 5 Rafale par mois pour répondre à la demande, et le premier ministre polonais, Donald Tusk, qui annonce que tous les hommes polonais en âge de combattre, recevront une formation militaire à partir de la fin de l’année 2025.

Toutefois, les européens pourraient bientôt devoir faire face à d’importants problèmes, alors que 15 d’entre eux se sont déjà tournés vers le F-35 américain de Lockheed Martin, ce dernier étant toujours dans l’incapacité de donner une date ferme, pour la livraison du standard Block III TR-3, alors que l’instabilité logicielle de l’appareil devient de plus en plus difficile à appréhender.

Enfin, alors que tous les regards sont tournés vers l’Ukraine, l’Europe, les États-Unis et la Russie, la Chine, de son côté, annonce, pour la cinquième année consécutive, une hausse du budget de l’APL de plus de 7%, s’inscrivant dans une trajectoire qui sera d’autant plus difficile à contenir, pour les occidentaux, qu’ils seront divisés.

Madrid annonce que l’effort de defense espagnol atteindra 2% PIB avant 2029

L’Espagne est, aujourd’hui, le grand pays européen membre de l’OTAN ayant l’effort de défense le plus faible, avec seulement 1,28 % de son PIB consacré aux armées espagnoles, ne précédant que le Luxembourg, un cas particulier dont le PIB par habitant de près de 110,000 $/an, plus de deux fois supérieur à celui de l’Allemagne, fausse la pertinence de l’indicateur.

effort de défense espagnol Eurofighter Typhoon
Eurofighter Typhoon Forces aériennes espagnoles

L’Espagne étant encore budgétairement convalescente, et surtout dans une position géographique des plus confortable, n’étant reliée au reste de l’Europe que par la frontière française, une nation nucléaire, son gouvernement ne semblait guère pressé pour atteindre le seuil de 2% exigé par l’OTAN, pour 2025.

Ainsi, il y a quelques jours encore, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol, réaffirmait que Madrid n’atteindrait ce seuil, qu’en 2029, et ce, en dépit des menaces de Donald Trump. Visiblement, ce que se sont dit les européens, lors de la réunion exceptionnelle du 6 mars, à Bruxelles, a convaincu le chef d’état espagnol, de changer de posture.

En effet, à la sortie de celle-ci, Pedro Sánchez a annoncé qu’il informerait, la semaine prochaine, les groupes parlementaires du pays, à l’exception de VoX (extrême droite), d’une nouvelle trajectoire permettant d’atteindre l’objectif de 2%, avant cette échéance de 2029, sans toutefois en préciser le calendrier ni l’amplitude.

Depuis plusieurs années, Madrid plaide pour un élargissement des critères pris en compte dans l’évaluation de l’effort de défense, en y intégrant notamment des forces de sécurité, ou des investissements industriels, le gouvernement estimant que le niveau de 1,28% lui étant aujourd’hui attribué, ne reflétant pas la réalité de l’effort réel du pays dans ce domaine. L’Allemagne avait, un temps, tenté d’employer la même martingale, avant de se rendre compte que les besoins, en matière de défense, sont effectivement dans les armées, et non dans les mesures de sécurité et de Soft-Power.

À peine la déclaration de Pedro Sánchez fut-elle faite, que la secrétaire d’État à la Défense espagnole, Amparo Valcare, a fait une déclaration appelant Airbus à augmenter, dans la durée, ses investissements dans le pays. De toute évidence, Madrid entend rapidement monétiser, budgétairement et politiquement, les surinvestissements qui seront faits dans les mois à venir, en matière de défense.

Dassault anticipe une hausse des commandes de Rafale sur fond de tensions avec les États-Unis

La montée en puissance des cadences de production du Rafale, entamée par Dassault en 2023, permettra à l’avionneur français de livrer 36 avions de combat par an, à partir de 2026. Pour y parvenir, et répondre, ainsi, aux demandes des clients de l’avionneur avec 220 appareils à livrer, celui-ci a non seulement réorganiser la chaine d’assemblage de Mérignac, mais également des 400 entreprises de la Team Rafale.

Dassault Aviation Merignac Rafale
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L’exercice n’a pas été simple, pour Dassault Aviation. En effet, pendant plus de quinze ans, depuis 2000, les livraisons du chasseur français avaient été à leur seuil de soutenabilité industrielle, de 11 à 16 appareils par an, en dessous duquel le maintien de la chaine d’assemblage, ainsi que de la chaine de sous-traitance, n’était plus garantie.

Depuis 2015 et la première commande venue d’Égypte, le Rafale s’est révélé être un succès international incontestable, avec près de 300 appareils commandés par trois pays européens (Grèce, Croatie et Serbie), par trois pays africains et moyen-orientaux (Égypte, Qatar et Émirats arabes unis), et par deux pays asiatiques, l’Inde et l’Indonésie, dépassant le nombre de ventes à l’export, du Mirage 2000.

En outre, en France, la livraison des 225 Rafale de l’Armée de l’Air et de l’Espace (185 appareils), et de l’Aéronautique navale (40 appareils), planifiée par la Loi de Programmation militaire 2024-2030 pour s’étaler jusqu’en 2035, pourrait prochainement s’étendre, avec 20 à 30 appareils supplémentaires pour l’AAE, annoncés par le ministre des Armées, et une douzaine de Rafale M au standard F5, pour la Marine nationale, selon son Chef d’état-major.

À ce titre, à partir de 2030, le nouveau standard de l’appareil, baptisé F5, devrait entrer en service, suivi, peu de temps après, par celle d’un drone de combat furtif lourd de type Loyal Wingmen, susceptible de conférer au chasseur français, de nouvelles capacités opérationnelles lui permettant d’intégrer pleinement la 5ᵉ génération, et de combler certaines faiblesses capacitaires qui le handicapaient, jusque-là, face au F-35 américain.

Neuron Rafale
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Le succès de la montée en puissance de l’ensemble de la Team Rafale, l’arrivée du Rafale F5 et de son drone de combat, ainsi que la défiance croissante des européens, et au-delà, à l’encontre des États-Unis et des matériels militaires US, mettent, semble-t-il, le PdG de Dassault Aviation, Eric Trappier, en confiance.

Celui-ci a, en effet, annoncé qu’il était, à présent, prêt à passer la production de Rafale à 4, et même 5 appareils par mois, soit 60 appareils par an, ce qui en ferait l’avion de combat occidental le plus intensivement produit, en dehors du F-35. Il a, par ailleurs, évoqué la possibilité de monter une seconde ligne d’assemblage en Inde, pour encore accroitre cette production.

Il est probable que cette dernière déclaration n’est à prendre en considération, que si New Delhi venait à confier à Dassault le nouveau contrat MRCA, qui porte sur 114 appareils à destination de l’Indian Air Force, auxquels pourraient s’ajouter les 26 appareils en cours de négociation pour l’Indian Navy.

Pour autant, l’annonce d’Éric Trappier, est révélatrice d’une grande confiance de l’avionneur, dans l’évolution de son carnet de commande, celui-ci anticipant même l’urgence des besoins des européens, le cas échéant, pour s’équiper rapidement. Il est vrai que depuis quelques jours, plusieurs formations politiques européennes, dans le cadre des tensions avec les États-Unis, ont évoqué la possibilité, pour leur pays, de se tourner vers le Rafale, ou l’Eurofighter Typhoon, pour se substituer, en partie, aux commandes de F-35A américains, jugés à risque.

Rafale croatie
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En outre, si la France venait effectivement à étendre sa dissuasion à d’autres alliés européens, rien n’exclut que, comme c’est le cas avec la bombe nucléaire B61Mod12 américaine, transportée par des F-35, Paris puisse proposer à ses alliés une forme de coopération stratégique, leur permettant de mettre en œuvre des Rafale F5 équipés du futur missile nucléaire ASN4G, pour une posture de dissuasion étendue comparable à celle de l’OTAN, aujourd’hui.

Reste à voir, à présent, si le basculement européen, observé depuis quelques jours, ira à son terme, ou si ceux-ci feront marche arrière, vers les États-Unis, comme ils l’ont toujours fait jusqu’ici, à peine Donald Trump aura-t-il fait montre de quelques signes d’apaisement ?

La Pologne veut former militairement tous les hommes adultes en âge de combattre

La Pologne a été, en matière de défense, un pays à la trajectoire exemplaire, ces dernières années, au sein de l’OTAN. Varsovie s’est engagée, en effet, dans une trajectoire visant à rapidement étendre et modernisée ses armées, avec l’acquisition planifiée de 1000 chars K2 Black Panther, de 250 chars Abrams M1A2, d’un millier de VCI Borsuk, de plus de 800 canons automoteurs de 155 mm K9, et de presque 800 lance-roquettes multiples Chunmoo K239 et HIMARS, pour armer 6 divisions mécanisées, d’ici à 2025.

Ce faisant, Varsovie aura alors une force terrestre supérieure, en nombre, à l’association des forces terrestres françaises, allemandes, britanniques et du Benelux, pour un pays plus de six fois moins peuplé, et dix fois moins riche que cet assemblage de forces.

parade miltiaire pologne
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Pour Donald Tusk, le premier ministre polonais, il semble pourtant que le compte n’y soit pas, en tout cas pour dissuader la menace russe. Celui-ci vient, en effet, d’annoncer que des mesures étaient en préparation, d’ici à la fin de l’année, pour permettre de former militairement l’ensemble des hommes adultes, en âge de se battre.

Les modalités de cette mesure n’ont pas été révélées, ni le niveau attendu à la sortie de cette formation. Toutefois, elle montre la détermination des polonais, et de leurs dirigeants, pour assurer la défense de leur territoire, et ce, le plus indépendamment possible, même si Varsovie s’inscrit pleinement dans les initiatives européennes annoncées récemment.

Au-delà de cette spectaculaire déclaration, Donald Tusk a également confirmé son intention de retirer la Pologne du traité d’Ottawa, sur l’utilisation des mines antipersonnelle, ainsi que du traité de Dublin, sur l’interdiction des armes à sous-munitions. La Russie utilise, en effet, ces deux types d’armement, communément, en Ukraine, alors que d’autres pays, dont la Lituanie et la Finlande, ont aussi pris des mesures similaires face à la menace.

Reste que si Varsovie a été exemplaire en matière de volontarisme de defense, ses arbitrages, en matière d’équipements militaires, privilégiant les États-Unis (F-16, F-35, Abrams, HIMARS, Patriot, AH-64…) et la Corée du Sud (FA-50, K2, K9, K239…), pose à présent un problème aux autorités du pays, qui prennent conscience de la vulnérabilité qu’une telle ventilation, ne s’appuyant que très peu sur des équipements européens, peut représenter.

Toujours pas de date ferme pour l’arrivée du standard TR-3 du F-35

Le F-35A de Lockheed Martin va constituer, dans les années à venir, la colonne vertébrale des forces aériennes européennes, alors que 16 d’entre elles, se sont déjà tournées vers l’avion américain, ou ont déclaré qu’elles le feraient.

Assemblage F-35 Lockheed-Martin
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Il est vrai que l’avion américain a de quoi séduire, avec une furtivité lui conférant un atout opérationnel indubitable, que ce soit en matière de combat air-air ou de frappes air-sol, et un ensemble de senseurs et de moyens de communication, faisant du chasseur, une plateforme de combat très efficace.

En dépit de ces indiscutables succès commerciaux, et de son efficacité opérationnelle reconnue et attestée par des missions de guerre au proche et Moyen-Orient, l’appareil de Lockheed Martin rencontre de sérieux problèmes, pour atteindre sa pleine capacité opérationnelle.

En effet, le premier standard qui en sera effectivement doté, le Block IV, ne cesse d’être reporté par l’avionneur. Et pour cause ! Pour atteindre ce standard, le F-35 doit, auparavant, atteindre le dernier standard du Block III, baptisé TR-3. Cette évolution, exclusivement logicielle, doit permettre de préparer le système du F-35, à évoluer vers le Block IV. Or, depuis deux ans, maintenant, Lockheed ne parvient pas à livrer un standard TR-3 stable.

Comme évoqué dans un précédent article, le F-35, victime d’infobésité avec un système de plus de 8 millions de lignes de code, souffre à présent d’une grande instabilité logicielle, rendant particulièrement ardue, l’intégration de nouveaux standard et de nouvelles fonctions, mais également, plus prosaïquement, la correction de certains problèmes.

Rafale F-35 et Typhoon Royal Air Force et Armée de l'air
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De fait, le standard TR-3, qui devait initialement être livré à partir de juillet 2023, n’est toujours validé à ce jour. Pire encore, si une évolution logicielle est prévue pour l’été 2025, par l’avionneur, celui-ci n’est toujours pas en mesure de donner une date crédible, pour la validation du TR-3, alors que le Block IV, prévu pour 2025, est à présent envisagé pour 2029.

Le fait est, aujourd’hui, rien ne garantit que l’avionneur parvienne effectivement à atteindre ces standards, tant l’ensemble du système est devenu instable, engendrant de nouvelles malfonctions, à chaque nouvelle implémentation ou tentative de correction. Celui-ci a, semble-t-il, atteint les limites cognitives des concepteurs humains, ne pouvant, dès lors, qu’espérer que les progrès de l’IA, dans les années à venir, viennent reprendre le contrôle du F-35, et de la clôture des Vélociraptors.

En attendant, et après avoir suspendu la livraison des F-35 aux forces aériennes américaines, pendant plus de six mois, créant une accumulation de cellule sur le tarmac de Lockheed, le Pentagone a consenti à accepter les nouveaux F-35 à un standard intermédiaire n’étant pas le TR-3 prévu, avec l’espoir que l’avionneur américain parvienne, enfin, à satisfaire ses attentes.

Le budget de la défense chinois va croitre de 7,2% en 2025

Ces dernières semaines, et mois, l’essentiel de l’attention occidentale, s’est concentrée sur le théâtre Ukrainien et européen, ainsi que sur les tensions engendrées par l’arrivée du gourou de Mar-a-Lago, et de ses disciples, à la Maison-Blanche. Et cela convient très bien à la Chine.

J-36
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En effet, Pékin sait parfaitement que si les États-Unis devaient intervenir dans le pacifique occidental, par exemple, pour contrer une opération militaire chinoise contre Taïwan, les forces américaines ne pourraient s’assurer de la supériorité militaire, à moyen terme, qu’en s’appuyant sur ses alliés régionaux, comme le Japon, la Corée du Sud et Singapour, de Théâtre comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et sur ses alliés européens, qui disposent d’une force navale et aérienne, susceptible de faire évoluer le rapport de force, le cas échéant.

Toutefois, la stratégie appliquée par Pékin, depuis le début des années 1990, ne se base ni sur des hypothèses, ni sur des conjectures. Pour atteindre ses objectifs, c’est-à-dire reprendre la contrôle de Taïwan, probablement dans les dix années à venir, et prendre l’ascendant militaire sur n’importe quelle puissance, d’ici à 2049, la République Populaire de Chine s’est engagée dans une trajectoire militaire, industrielle et technologique, parfaitement exécutée depuis 35 ans, et lui ayant déjà permis de rattraper, en trente ans, les vingt ans de retard technologique qui étaient les seins, à la fin de la guerre froide.

Ainsi, comme en 2024, 2023, 2022 et 2021, le budget de l’Armée Populaire de Libération évoluera, en 2025, de plus de 7%, pour atteindre 1784 milliards de Yuan, soit 226 Md€, ou 249 Md$, contre 1665 milliards de Yuan en 2024.

Il ne faut pas, évidemment, se laisser leurrer par la faiblesse des investissements chinois, convertis en $, en matière de dépense militaire. En effet, le périmètre pris en considération, par Pékin, pour évaluer le budget de l’APL, est considérablement plus réduit que celui employé en occident, et en particulier, aux États-Unis, pour la même mission. Ainsi, les spécialistes reconnus du sujet, estiment le plus souvent qu’à périmètre comparable, le budget des armées chinoises s’élèverait à 350 à 380 Md€, hors correction de parité.

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Ceci permet à l’APL de mettre en œuvre plus de militaires, de blindés, d’avions et de navires que les armées américaines, alors que l’industrie chinoise produit, pour l’APL, au moins autant d’avions de combat, trois fois plus de frégates et destroyers, et deux fois plus de grands navires aéronavales, que l’industrie US (pour ce qui est des éléments effectivement vérifiables en sources ouvertes).

En revanche, même à 380 Md$, l’effort de défense chinois reste, aujourd’hui, à un niveau très acceptable de 1,8% du PIB du pays, très loin des 3,2 % des États-Unis, d’autant que la Chine présente un excédant commercial colossal de 994 Md$ en 2024, alors que les États-Unis enregistrement un déficit commercial de plus de 120 Md$ chaque mois et un taux de dette souveraine n’excédant pas 60% du PIB (125% PIB pour les États-Unis).

Dès lors, la Chine n’a aucun intérêt, aujourd’hui, à changer de trajectoire, tant sa progression militaire et technologique est méthodiquement maitrisée, et qu’elle l’amènera, sauf changements radicaux côté occidental, vers une position de supériorité incontestable, d’ici à 25 ans, seulement.