dimanche, novembre 30, 2025
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Les Rafale M et les Scorpene pour la Marine indienne pourraient être commandés dès janvier 2025

Le premier ministre Narendra Modi avait annoncé la prochaine acquisition, pour la Marine indienne, de trois sous-marins Scorpene de Naval Group supplémentaires, ainsi que de 26 avions Rafale de Dassault Aviation, pour équiper le nouveau porte-avions indien, l’INS Vikrant, à l’occasion de sa visite officielle en France, dans le cadre des célébrations du 14 juillet 2023.

Alors que les négociations devaient être menées rapidement, comme initialement annoncé, celles-ci s’étalèrent dans le temps, avant d’être suspendues, pendant plusieurs mois, par les élections législatives indiennes, qui se sont tenues au printemps 2024.

Celles-ci reprirent en juin, après une nouvelle victoire électorale, bien que moins absolue, du premier ministre sortant. Ces derniers mois, donc, les négociations se sont accélérées, avec de nouvelles offres, notamment tarifaires, de la part de Dassault, pour les 22 Rafale M et les 4 Rafale B attendus, et par le couple formé par Naval Group et les chantiers Navals Mazagon, de Mumbai, qui seront en charge de construire les trois nouveaux sous-marins.

Et à en croire les déclarations récentes de l’amiral Tripathi, le chef d’état-major de la Marine indienne, ces deux contrats sont en phase finale, et pourraient donc être signés dès le début de l’année 2025.

Le chef d’état-major de la Marine indienne annonce que la commande des Rafale M et sous-marins Scorpene pourrait être signée dès janvier 2025

À l’occasion d’une conférence de presse en marge du jour de la Marine, célébré le 4 décembre en Inde, l’amiral Tripathi, le chef d’état-major de la Marine indienne, a donné des informations indiquant que ces deux contrats seraient proches d’une conclusion.

Rafale M à l'appontage sur le Charles de Gaulle
Le Rafale a montré qu’il était parfaitement capable d’opérer à partir de porte-avions dotés de tremplin, même si les brins d’arret demeurent indispenables.

« Nous en sommes à un stade avancé du processus d’acquisition (des Rafale), qui est à un niveau de le faire passer au Comité de la sécurité du Cabinet. Il pourrait être signé d’ici au mois prochain« , a-t-il ainsi indiqué.

Quant aux sous-marins, il a indiqué « La commande répétée de trois sous-marins supplémentaires de classe Scorpene est à un stade avancé. Il s’agit juste de remplir les formalités« .

La presse indienne interprète ces déclarations comme l’annonce imminente de la signature de ces deux contrats très attendus pour la modernisation de la Marine indienne, qui pourraient être donc validés dès le début de l’année prochaine, peut-être même dès le mois de janvier.

La Marine indienne très en retard sur la modernisation et l’extension de sa flotte sous-marine

Il faut dire que dans ces deux domaines précis, la Marine est très en retard, sur ses objectifs capacitaires, tels que tracés en 1999. Celle-ci prévoyait, en effet, d’admettre au service 24 nouveaux sous-marins d’ici à 2030. Elle n’a admis que 5 des 6 Scorpene de la classe Kalvari au service depuis cette date. Le dernier navire, le Vagsheer, a été lancé en avril 2022, et devrait être admis au service en début d’année 2025.

Lancement INS Vagsheer MDL Naval Group
Lancement de l’INS Vagsheer en avril 2022, dernier sous-marin scorpene de la classe Kalvari construit par MDL à ce jour.

Un second programme, baptisé P75i, a été lancé en 2016 par New Delhi. Concrètement, celui-ci devait permettre d’acquérir, comme le programme P75 qui donna naissance à la classe Kalvari, 6 sous-marins, cette fois dotés d’un système anaérobie AIP.

Huit ans plus tard, le programme est encore en phase d’étude, avec la sélection du Type 214 allemand et du S80+ espagnol, comme finaliste, sans que l’efficacité des systèmes AIP de ces deux navires, ait été validée par les autorités indiennes.

Paradoxalement, les 3 Scorpene supplémentaires, commandés en début d’année prochaine, et qui couteront beaucoup moins cher que les navires du programme P75i, seront probablement dotés de batteries Lithium-ion, que l’on sait, à présent, un système de propulsion sensiblement plus efficace que la propulsion AIP visée par le programme P75i, encore en discussion.

En effet, de récentes déclarations venues des autorités navales indiennes, indiquaient que les sous-marins seraient plus modernes que les Kalvari actuels, et disposeraient d’un nouveau système de propulsion, ce qui laisse penser aux batteries Lithium-ion et au Scorpene Evolved. Les trois navires, de fait bien plus performants, entreront en service avant même que le premier P75i puisse, lui aussi, rejoindre la Marine indienne.

Quant au programme de sous-marins nucléaires d’attaque SSN indiens, annoncé officiellement, il y a quelques semaines, par New Delhi, il ne livrera le premier navire, sur les 6 navires prévus, qu’à compter de 2035, si tout se passe comme prévu, ce qui est peu probable en Inde.

INS Vikrant Marine indienne
Le novueau porte-avions indien, l’INS Vikrant, est entré en service en juillet 2022. Il dera attendre la livraison des premiers Rafale M, en 2028 ou 2029, pour disposer d’un groupe aérien emabrqué.

La situation n’est guère meilleure concernant la chasse embarquée indienne. En effet, l’INS Vikrant, le nouveau porte-avions indien de 40,000 tonnes, doté d’un tremplin et de brins d’arrêt, est entré en service en juillet 2022, sans disposer de chasseurs embarqués.

La commande de 22 Rafale M, ceux-là mêmes qui constitueront ce groupe aérien embarqué, aux côtés des 4 Rafale B destinés à l’entrainement, en début d’années 2025, ne permettra une première livraison qu’à partir de 2028, voire 2029. De fait, le navire amiral de la Marine indienne, et le plus onéreux navire de surface militaire jamais construit en Inde, va passer encore trois à quatre ans, sans que son potentiel opérationnel puisse être employé, à un moment critique de tensions internationales sans précédent.

Préserver les acquis industriels et technologiques issus de la classe Kalvari

L’autre priorité visée par la commande de sous-marins de la classe Kalvari, concerne la préservation des compétences acquises par les chantiers navals Mazagon de Mumbai, lors du programme Kalvari.

En effet, l’industriel indien et son partenaire français Naval Group, avaient considérablement investi dans l’outil industriel, pour construire ces sous-marins beaucoup plus modernes que ceux préalablement assemblés en Inde. Ils avaient également mis en place un réseau de sous-traitants locaux, permettant de respecter les objectifs de valeur ajoutée produite en Inde par le programme, attendu dans le cadre de l’initiative Make in India de Narendra Modi.

INS Kalvari
Les six sous-marins de la classe Kalvari seront les seuls sous-marins modernes en service au sein de la Marine indienne, en 2030, alors que la planification visait 24 navires pour cette échéance, en 1999.

De fait, depuis le lancement du Vagsheer, en avril 2022, l’ensemble de la chaine de production indienne de Mumbai, dédiée à la construction de sous-marins modernes, est dans l’attente de cette nouvelle commande. À noter que Naval Group avait anticipé cette situation dès 2013, en proposant un potentiel avenant contractuel, pour construire trois nouveaux sous-marins à Mumbai, sans réponse de la part de New Delhi jusque-là.

Si celle-ci est effectivement officialisée en janvier 2025, cela devrait permettre de remettre en route cette chaine de production, qui plus est, pour des navires modernisés et équipés de batteries lithium-ion.

Nul doute que Naval Group et Mazagon se préparent, dès à présent, pour proposer une nouvelle extension de programme à la Marine indienne, connaissant le déficit de sous-marin auquel la Marine indienne sera confronté, dans la trajectoire actuelle, avec le retrait des 7 derniers sous-marins de la classe Singhugosh (projet 877 Kilo, Union soviétique/ Russie), entrés en service de 1986 à 2000, et des quatre de la classe Shishumar (Type 209, Allemagne), entrés en service de 1986 à 1994.

Un contrat stratégique pour Naval Group et Dassault Aviation

La signature de ces deux contrats représentera une nouvelle concrétisation pour les deux industriels français qui en pilotent l’exécution, Naval Group pour les sous-marins, et Dassault Aviation, pour le Rafale.

naval Group Scorpene evolved
deux ans à peine après avoir été dévoilé par Naval Group, à l’automne 2025, le Scorpene Evoluved pourrait bien s’appuyer sur un carnet de commande de 7 à 10 navires.

Pour Naval Group, il s’agira d’entamer sous les meilleurs auspices l’année 2025, après une année 2024 déjà historique marquée par la commande de quatre sous-marins Blacksword Barracuda pour 5 Md€ par les Pays-Bas, et les deux Scorpene Evolved par l’Indonésie, pour 2 Md€.

Cette commande viendra encore enrichir le carnet de commande de l’industriel français, qui négocie, en parallèle, deux nouveaux sous-marins Scorpene Evolved avec la Marine brésilienne, et qui a signé une lettre d’intention, il y a quelques semaines, avec les autorités argentines, pour la construction de 3 Scorpene Evolved, sur la même base que les navires brésiliens. Si ces trois commandes se concrétisent, le Scorpene Evolved aura alors enregistré trois commandes pour huit navires, à peine deux ans après sa révélation par Naval Group.

La commande de Rafale M par la Marine indienne est aussi déterminante pour Dassault Aviation et l’ensemble de la Team Rafale. Le contrat, estimé à 4,5 Md€, sera, en effet, le premier succès à l’exportation de la version navale embarquée du chasseur français, au terme d’une compétition à couteaux tirés contre le F/A-18 E/F Super Hornet américain, qui pourtant jouait sa survie.

Cette commande place encore davantage le Rafale en position de favori pour le nouveau contrat de 114 avions de combat pour les forces aériennes indiennes, en étendant les possibilités de mutualisation de la maintenance et des développements à venir, pour les prochaines versions de l’appareil, qui disposerait, dans cette hypothèse, d’une capacité de maintenance supérieure à 160 appareils dans le pays.

Conclusion

Comme toujours, il convient de rester prudent, et surtout, patient, avec les annonces, en Inde, viennent-elles du chef d’état-major de la Marine. Pour autant, les déclarations de l’amiral Tripathi laissent peu de place au doute, quant à l’imminence de la signature de la commande des 3 sous-marins Scorpene supplémentaires, ainsi que des 26 Rafale à destination de la Marine indienne.

Amiral Tripathi, chef d'état-major de la Marine indienne, avec Narendra Modi
L’amiral Tripathi, avant sa nomination comme 26ème chef d’état-major de la Marine indienne, lors d’une rencontre avec le premier ministre, Narendra Modi.

Reste qu’au-delà de la satisfaction de voir, à nouveau, les équipements de défense français s’imposer sur le marché mondial, on ne peut s’empêcher de constater que la trajectoire suivie aujourd’hui par l’Inde, pour la modernisation de ses armées, est dans une dynamique bien plus lente que celle de la Chine, exemplaire dans ce domaine.

Or, si les récents accords trouvés entre New Delhi et Pékin, permettent d’espérer un apaisement entre les deux pays, notamment au Ladakh, il ne fait guère de doute que ces deux super-puissances, tant économiques que démographiques, entreront en collision dans un avenir proche.

En effet, comme l’Europe vis-à-vis de la Russie, le modèle démocratique indien viendra nécessairement faire de l’ombre au discours beaucoup plus autoritaire de Pékin et du PCC, pour tenir son opinion publique sous contrôle.

On ne peut qu’espérer, à présent, qu’au-delà de la complexité sans nom de la politique indienne, ses dirigeants parviendront à produire les efforts nécessaires pour moderniser les armées du pays, afin de tenir en respect le Pakistan, comme il est d’usage, mais également pour ne pas devenir une proie facile pour l’Armée Populaire de Libération, qui est déjà, sans contestation possible, la première force militaire du continent eurasiatique, aux mains d’un gouvernement qui n’a que peu de considération pour l’ordre international.

Alors que le programme SCAF se dirige vers une impasse, Paris et Berlin préparent leurs plans alternatifs

Lancé à l’automne 2017, peu de temps après l’élection du président Macron, le programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) devait constituer le pilier central de l’émergence d’une Europe de la Defense construite autour d’un socle franco-allemand commun.

Alors que pour Angela Merkel, il s’agissait de résister aux pressions économiques et sécuritaires venues de Washington, le président Donald Trump ayant fait de Berlin son punching-ball de prédilection en Europe, le SCAF représentait la clé de voute de l’émergence d’une Europe ayant atteint l’autonomie stratégique pour le président français.

Toutefois, à l’instar de son pendant terrestre, le programme MGCS, SCAF devait parvenir à harmoniser deux visions très différentes de l’aviation de combat, avec la Luftwaffe qui privilégie les moyens plus lourds basés exclusivement à terre, et la France, traditionnellement tournée vers des avions de combat plus légers, et potentiellement embarqués à bord d’un porte-avions.

On aurait pu croire que ces divergences profondes, auraient donné lieu à une première étape, dans le cadre du programme SCAF, pour harmoniser les besoins et les attentes, et définir une expression de besoins commune.

À en croire les dernières déclarations du colonel Jörg Rauber, qui pilote le département de planification FCAS du ministère de la Défense allemand, il n’en est rien, et ces divergences bloquent aujourd’hui la poursuite du processus industriel, au point d’en menacer la poursuite.

La Luftwaffe veut un chasseur lourd à long rayon d’action, incompatible avec la version embarquée du NGF

En soi, ces divergences n’ont rien de surprenant. En effet, la Luftwaffe a, traditionnellement, privilégié l’acquisition et le développement d’avions de combat plus lourd, avec une capacité d’emport et un rayon d’action plus élevé que l’Armée de l’Air française.

Tornado OTAN partage nucléaire
Alors que la France optait pour le monoréacteur Mirage 2000 au debut des années 80, Berlin, Londres et Rome, developpait le Panadia Tornado, bireacteur et 50 % plus lourd. Conséquence, le Mirage 2000 a été exporté à 196 exemplaires dans 8 forces aériennes, contre 72 exemplaires uniquement vers l’Arabie Saoudite, pour le Tornado.

Ainsi, dans les années 1970, celle-ci fit l’acquisition d’une vaste flotte de F-4 Phantom 2, un appareil américain bimoteur de 25 tonnes en masse de combat, capable d’emporter 7 tonnes d’armement à 1000 km, là où l’Armée de l’Air française se tournait vers le Mirage F1 de 16 tonnes, pouvant emporter cinq tonnes à 700 km.

Il en fut de même dans les années 80, avec le Panavia Tornado de 20 tonnes doté d’un rayon d’action de 1500 km avec 6 tonnes d’armement, face au Mirage 2000 français, ses 18 tonnes et son rayon d’action de 1000 km avec cinq tonnes sous les ailes. Les deux forces aériennes européennes se sont toutefois rapprochées dans les années 90 et 2000, avec le Typhoon et le Rafale, offrant des performances proches.

Cependant, cette période était caractérisée par un risque très faible de conflit en Europe, et donc des besoins, pour la Luftwaffe, sensiblement amoindries. Le retour des tensions en Europe, la nouvelle donne géographique allemande face à la Russie, et la montée en puissance des armes à longue portée, amènent à présent les forces aériennes allemandes à revenir à des besoins plus spécifiques.

Dans le même temps, les besoins français, eux, n’ont pas évolué, en dépit de ces évolutions. En effet, Paris vise toujours à se doter d’un appareil bimoteur moyen, capable de simultanément porter les missions de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de l’aéronautique navale, ainsi que la dissuasion française, que ce soit à partir de bases terrestres ou du porte-avions.

Le programme SCAF face à une impasse dans sa forme actuelle

Cette divergence, qui existait déjà en 2017, mais qui s’est accentuée et creusée au fil des années, avec l’évolution de la géopolitique européenne et de la menace russe, représente un point bloquant pour la poursuite du programme SCAF, tout au moins, dans sa forme actuelle.

Après 7 ans, les caractéristiques structurelles du NGF toujours floues pour le programme SCAF

Ainsi, selon le colonel Jörg Rauber, qui dirige le département de planification FCAS au sein du ministère de la Défense allemand, qui s’exprimait lors du sommet Air Force Tech de cpm GmbH à Berlin, les trois partenaires engagés dans le programme SCAF, l’Allemagne, l’Espagne et la France, ne sont toujours pas parvenus à définir une feuille de route capacitaire commune, pour le NGF, l’avion de combat au cœur du programme.

NGF programme SCAF
Après 7 ans de programme, alors que la phase 1B arrivera à son terme en 2025, Paris et Berlin ne se sont toujours pas entendu sur le type d’appareil que devra être le NGF, entre un chasseur moyen, hébiriter des Rafale et Typhoon, et pouvant être embarqué, voulu par Paris, et un chasseur lourd à long rayon d’action d’action, attendu par la Luftwaffe.

Ainsi, pour l’officier allemand, l’Allemagne attend de l’appareil des capacités élevées, en particulier en matière de rayon d’action opérationnel, et semble se montrer de plus en plus intraitable à ce sujet.

Cela n’a, objectivement, rien de surprenant. La Luftwaffe a pour mission de poser le cœur du rideau défensif aérien de l’OTAN, sur le front oriental, en cas de conflit. Ce faisant, celle-ci veut pouvoir déployer ses appareils à partir de ses propres bases aériennes, pour intervenir de la Baltique aux frontières polonaises et hongroises, sans en passer par une fastidieuse procédure de ravitaillement en vol.

Pour cela, il est nécessaire de disposer d’un appareil doté d’un rayon d’action de combat de 1500 km ou plus, avec son propre armement en soute, et sans remettre en question la discrétion de l’aéronef. Cela suppose, alors, un chasseur imposant, de la classe 30 tonnes, disposant de très importants réservoirs internes, et de vastes soutes d’armement.

Or, un tel appareil n’est pas adapté à l’utilisation sur porte-avions, comme l’exige la France pour le NGF. En effet, un chasseur aussi volumineux consommerait une place très contraignante sur les ponts et hangars du navire, nécessiterait des ascenseurs de plus grandes dimensions, et des catapultes plus longues, entre autres choses, ce qui influencerait la taille du porte-avions, et donc son prix.

Un chasseur plus lourd également plus onéreux, et plus difficile à exporter

Au-delà du problème lié à la version embarquée du NGF, si celui-ci devait respecter les attentes de la Luftwaffe, un tel appareil, bien plus lourd qu’initialement envisagé par Paris, poserait plusieurs problèmes à la France.

F-14 Tomcat iran
Les chasseurs lourds sont beaucoup plus difficiles à exporter. Ainsi, seul 5 pays se sont tournés vers le F-15 de 30 tonnes, contre 26 pour le F-16 de 18 tonnes. Quant au pourtant très performant F-14 Tomcat de 33 tonnes, il n’a été acquis que la l’Iran avant la chute du Sha, alors que 7 pays se sont tournés vers le F/A 18 Hornet de 23 tonnes.

D’abord, en termes de prix. En effet, plus un appareil est lourd, plus il est onéreux, à l’achat comme à la mise en œuvre. Or, une hausse des prix unitaires du NGF, viendrait nécessairement réduire le format de la flotte de chasse française, nonobstant l’abandon de la version navale, qui supposerait un développement propre par la France dans ce domaine.

Or, si l’Allemagne peut se satisfaire d’une réduction de format de sa flotte de chasse, sa perception de la défense étant intégralement centrée sur l’OTAN, ce n’est pas le cas de la France, qui demeure une exception européenne dans ce domaine, et qui entend maintenir son indépendance stratégique dans ce domaine.

En outre, un appareil plus lourd, et plus onéreux, est également beaucoup plus difficile à exporter. La France, et Dassault Aviation, ont d’ailleurs bâti leur succès international, dans ce domaine, en produisant des chasseurs à hautes performances, mais plus compacts et moins onéreux que les appareils américains et britanniques du moment, permettant d’équiper des forces aériennes pour qui ces appareils étaient hors de portée.

Or, l’exportation est un enjeu stratégique pour la soutenabilité de l’effort de défense français, bien plus qu’il ne l’est pour l’Allemagne, qui dispose de davantage de moyens dans ce domaine.

Abandon du SCAF, abandon du NGF embarqué ou évolution en programme de briques technologiques ?

Le programme SCAF fait donc face, à présent, à une impasse. Il est, en effet, très peu probable que Berlin abandonne ses exigences, par ailleurs raisonnables selon sa perception et ses besoins, elles-mêmes incompatibles avec les exigences françaises.

Dans ce contexte, la poursuite du programme, dans sa forme actuelle, est non seulement difficile, elle semble même impossible, et même contre-productive. En effet, si en sept années de palabres, le sujet n’a pas été fermement arbitré, c’est bien qu’un accord est hors de portée, alors qu’aujourd’hui, la volonté politique de dépasser les divergences opérationnelles et technologiques entre Paris et Berlin, apparait plus affaiblie que jamais.

L’abandon du programme SCAF, une option risquée et difficile à assumer politiquement

Trois options se présentent aujourd’hui, aux différents participants du programme SCAF, sur la base de cette incompatibilité profonde des attentes françaises et allemandes. La première est l’abandon pur et simple du programme SCAF.

Lecornu Pistorius
Bien que présentant un front uni lorsque reunis, Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défensse, comme son homologue français, Sébastien Lecornu, mettent en place des paliatifs pour encadrer la possibilité d’un echec du SCAF.

Bien que cette décision en satisferait beaucoup, des deux cotés du Rhin, elle n’irait pas sans poser de nombreuses difficultés. Ainsi, elle obligerait Berlin à se tourner vers un autre programme, comme GCAP, avec nécessairement des conditions beaucoup moins favorables pour son industrie aéronautique, alors que la France devrait, à nouveau, financer seule son propre programme, ou trouver de nouveaux partenaires.

En outre, cette décision serait difficile à porter politiquement, que ce soit par l’Allemagne comme par la France, tout en envoyant, un dramatique message de désunion européenne, sur la scène internationale. Rappelons enfin que l’Allemagne n’a pas pour tradition d’abandonner un programme de manière ouverte ou directe, et qu’elle privilégie l’obstruction pour amener le ou les autres partenaires, à assumer la décision, comme cela a été le cas avec Tigre III, CIFS et MAWS.

L’abandon de la version navale du NGF, une option très peu satisfaisante pour la France

La seconde possibilité serait, pour la France, d’abandonner la version navale du NGF, pour s’engager dans la conception d’un chasseur purement terrestre à long rayon d’action, comme exigé par la Luftwaffe.

Cela supposerait donc l’abandon, à termes, de la capacité aéronavale française, puisqu’il est très peu probable que la France puisse supporter le developper d’un chasseur embarqué de 6ᵉ génération en propre, surtout aux côtés du développement d’un appareil exclusivement terrestre, en coopération avec l’Allemagne.

porte-avions nucléaire de nouvelle génération PANG
Le PANG a été imaginé pour mettre en oeuvre des chasseurs Rafale et NGF. Si ce cernier devait prendre du poid et du volume, il faudrait revoir la conception du navire, qui serait certainement encore plus imposant et onéreux qu’il ne l’est aujourd’hui.

Une telle décision viendrait donc sonner le glas d’une capacité que seule la Marine nationale et l’US Navy maitrisent aujourd’hui, et qui prendrait plus de dix ans à reconstruire, le cas échéant, alors qu’aucune solution alternative crédible existe en France, pour une projection de puissance aérienne crédible à longue distance, en l’absence de bombardiers stratégiques à très longue portée, comme le B-21 ou le Tu-160M.

En outre, une telle décision viendrait certainement affaiblir la position de la France sur le marché international des avions de combat, avec un unique NGF lourd en catalogue, bien plus difficile à exporter. Même si un tel arbitrage, très défavorable, semble peu probable, on peut toutefois craindre que la récente décision concernant l’acquisition de 12 Rafale M F5 pour la Marine nationale, en ouvre la voie.

Transformer SCAF en programme de briques technologiques pour l’interopérabilité des avions de combat européens, une option pas si séduisante que cela

La dernière option, pour le SCAF, serait de transformer le programme, pour qu’il demeure ce qu’il est aujourd’hui, à savoir un programme exclusivement technologique, et non un programme destiné à concevoir un véritable système d’armes.

Dans ce cas, SCAF servirait à produire certaines briques technologiques communes entre les programmes européens, de sorte à en réduire les couts (censément), et à en accroitre l’interopérabilité et les possibilités de coopération.

BAe Taranis
Le programme FCAS frano-allemand avait été transformé en programme de briques technologiques en 2017 par Londres. Ceci ne fut que le prélude à son abandon défitif un an plus tard.

Reste que, là encore, l’hypothèse n’est pas dénuée de faiblesses évidentes. D’abord, on peut douter que la France accepte les contraintes liées au codéveloppement européen, en matière d’exportation de ses propres systèmes d’armes, si le pays doit assumer l’immense majorité du développement de son propre SCAF. Rappelons ainsi que la vente de Rafale à la Serbie fut, un temps, menacée, par le refus de Stockholm et Berlin de livrer le missile Meteor à Belgrade.

Ensuite, la transformation d’un programme aussi symbolique que SCAF, en simple coopération de briques technologiques, constitue, le plus souvent, l’antichambre de l’abandon du programme lui-même.

C’est notamment ce qui s’est passé en 2017, concernant le programme franco-britannique FCAS, qui devait initialement developper un drone de combat commun à horizon 2030, et qui fut transformé en programme de briques technologiques par Londres à ce moment-là. Un an plus tard, il était purement et simplement abandonné.

Il en fut de même au sujet de la participation suédoise au développement du programme FCAS britannique. Annoncée en 2017, comme une réponse au SCAF franco-allemand, FCAS était initialement porté par Londres. Lorsque Stockholm annonça sa participation, cela constitua donc une immense victoire pour celui-ci, qui devenait le pendant du SCAF franco-allemand, par sa dimension européenne.

Cependant, rapidement, Saab annonça que sa participation au programme se limiterait à un codéveloppement de briques technologiques, ce qui fut abandonné à peine deux ans plus tard, sans avoir rien produit de concret.

Paris et Berlin mettent en place des pare-feu face à l’échec possible du programme SCAF

De toute évidence, les inquiétudes concernant l’avenir du programme SCAF, ont atteint jusqu’aux plus hautes sphères des États français et allemands. En effet, depuis quelques mois, on assiste à une débauche d’annonces qui, si elles sont présentées comme indépendantes du sujet, forment, ensemble, des portes de sortie pour Paris et Berlin.

Le Rafale F5 et son drone de combat, pour donner le temps à la France de se retourner en cas d’échec

Ainsi, depuis un peu plus d’un an, le discours des autorités françaises s’est considérablement durci, vis-à-vis du programme SCAF, et des lignes rouges auxquelles la France ne dérogera pas.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
Pour Berlin le Rafale F5 et son drone de combat sont bien plus qu’une simple capacité interimaire liée au glissement du calendrier du programme SCAF.

Ainsi, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu a répété à plusieurs reprises, ces derniers mois, que le développement de la version navale du NGF, comme de sa capacité à mettre en œuvre le nouveau missile nucléaire ASN4G, n’étaient pas négociables pour Paris, comme le seraient les éventuelles obstructions à l’exportation qui pourraient intervenir de la part des partenaires du programme.

Le DGA, Emmanuel Chiva, a pour sa part insisté sur le fait que SCAF n’était, à ce jour, qu’un programme technologique, et qu’il ne constituait pas, dans sa forme actuelle, un véritable programme de système d’armes, tout en précisant que, d’une manière ou d’une autre, la France développerait un SCAF.

Mais la mesure la plus emblématique, dans ce domaine, a été l’annonce d’un programme Rafale F5, bien plus ambitieux qu’il ne devait l’être, et qui se verra doté, notamment, de caractéristiques spécifiques à la 6ᵉ génération des avions de combat, avec le codéveloppement d’un drone de combat, le tout à horizon 2030.

Officiellement, ce couple Rafale F5 et drone de combat, doit permettre de palier le glissement du programme SCAF au-delà de 2040. Toutefois, pour l’Allemagne et l’Espagne, celui-ci est perçu comme un plan B potentiel à l’échec du programme, permettant à la France d’avoir le temps de reprendre un développement autonome d’un SCAF MkII, sans mettre en péril l’efficacité de ses forces aériennes terrestres et embarquées, ni de sa dissuasion.

En outre, de sérieuses craintes émergent outre-Rhin, depuis l’annonce du développement du drone de combat, concernant la volonté, pour Paris, de respecter le découpage technologique prévu pour le pilier drones de combat du SCAF, attribué à Airbus DS.

L’Allemagne se rapproche de la Grande-Bretagne et du programme FCAS, plus proche de ses besoins

L’Allemagne, elle aussi, a déployé certains pare-feu, face à l’hypothèse d’un échec du programme SCAF. Le premier d’entre eux, a été l’achat de F-35A auprès de Washington, permettant à la Luftwaffe de disposer d’une capacité complémentaire au Typhoon, offrant certaines des capacités prévues pour le NGF, comme la furtivité.

GCAP Tempest Royal Air Force Farnborough 2024
En bien des aspects, le chasseur lourd Tempest du programme GCAP répond bien mieux aux attentes de la Luftwaffe, que ne pourrait le faire le SCAF, s’il devait respecter les exigences françaises.

Si les 35 F-35A commandés en 2022, seront avant tout destinés à mettre en œuvre la dissuasion partagée de l’OTAN, Berlin envisage déjà des commandes supplémentaires, pour étendre sa flotte, et les missions qui pourraient lui être confiées.

En outre, les autorités allemandes ont signé, il y a peu, un accord de coopération de défense historique avec la Grande-Bretagne, portant notamment sur le codéveloppement d’un drone de combat, censé épauler le Typhoon, mais aussi créer un pont technologique entre SCAF et GCAP.

C’est dans ce contexte que doivent être interprétés les propos du colonel Jörg Rauber, la semaine dernière, à Berlin. On comprend que si Paris demeure inflexible sur la version navale du NGF, Berlin, de son côté, se montrera tout aussi déterminé pour disposer d’un appareil plus lourd et doté d’un rayon d’action suffisant à ses besoins.

À ce sujet, les trois pays membres du programme GCAP, ont récemment annoncé que le programme était, à présent, ouvert à d’autres partenaires, alors que le Tempest, l’avion de combat du programme, est d’ores-et-déjà conçu comme un chasseur lourd à long rayon d’action, dans la plus pure tradition britannique.

Si, dans le discours britannique, il s’agit avant tout de cibler l’Arabie Saoudite, qui continue d’hésiter entre le Typhoon et le Rafale pour moderniser sa flotte de chasse et remplacer ses Tornado, il ne fait aucun doute que cette ouverture était aussi adressée à Berlin, peut-être aussi à Madrid, face à un programme SCAF qui ne parvient pas à faire la synthèse des besoins français et allemands.

Une contagion inévitable à MGCS, l’autre programme emblématique franco-allemand

Reste qu’un dernier paramètre doit être pris en considération, dans ce dossier ô combien complexe. En effet, comme évoqué dans un précédent article, l’échec du programme SCAF, voire sa transformation en programme strictement technologique, viendrait sans aucun doute lourdement handicaper le programme de char de combat franco-allemand MGCS.

MGCS vision allemande
En cas d’echec du programme SCAF, la contagion au programme MGCS est presque inévitable, l’Allemagne n’ayant plus d’interet à codevelopper un char avec la France, sans obtenir en contrepartie, de nombreuses compensations indsutrielles pour le programme SCAF.

En bien des aspects, MGCS souffre des mêmes maux que SCAF avec, notamment, des attentes divergentes entre l’Armée de terre française et Das Heer, l’Armée de terre allemande. Paradoxalement, dans ce dossier, il semblerait que ce soit cette dernière qui ait fait marche arrière, en acceptant de viser un blindé plus léger, et plus mobile, se rangeant derrière la doctrine française, plutôt qu’allemande.

Pour autant, plusieurs spécialistes du sujet estiment que cette reculade allemande, dans ce dossier, n’est qu’apparente, et destinée à gagner du temps, alors que l’industrie allemande préparerait une nouvelle version du Leopard 2, bien plus évoluée que le 2A8 actuel, et susceptible de porter, comme le Rafale F5 dans son domaine, plusieurs caractéristiques clés de la future génération des blindés lourds chenillés et chars de combat.

À l’inverse, la France est aujourd’hui sans aucune solution alternative à l’annulation potentielle du programme MGCS, même si, dans ce domaine, l’industriel KNDS France a fait des propositions très intéressantes à l’occasion du salon Eurosatory 2024, avec le Leclerc Évolution, qui reste toutefois à largement préciser, en particulier dans le domaine de la production industrielle, et de la motorisation.

Conclusion

On le voit, l’avenir du programme SCAF, et par transitivité, du programme MGCS, sont plus menacés que jamais, aujourd’hui. En bien des aspects, d’ailleurs, ceux-ci sont aujourd’hui bien plus compromis, qu’ils ne pouvaient l’autre il y a deux ou trois ans, lorsque les divergences se limitaient à des disputes de périmètre industriel.

programme SCAF 2019
En dépit du tapage médiatique fait en 2019, à l’occasion de la présentation d’une maquette grandeur nature du NGF, les caracteristiques constitutives de l’appareil, qui déterminent sa taille, son prix et ses performances, n’avaient pas été fermement arrétées à ce moment-là. 5 ans plus tard, ce n’est toujours pas le cas. À se demander à quoi les quelques 3,6 Md€ dépensés dans la phase 1B par la France, l’Allemagne et l’Espagne, ont bien pu servir ?

En effet, tout porte à croire que le doute touche à présent les plus hautes autorités de l’état, des deux cotés du Rhin, comme le montrent les différents programmes palliatifs qui émergent à Paris comme à Berlin.

Reste que, comme évoqué précédemment, il sera certainement très difficile d’assumer l’échec de ces deux programmes clés, en particulier pour le président français, qui en avait fait les piliers de toute la stratégique française de défense, depuis son arrivée à l’Élysée en 2017. Quant à l’Allemagne, elle n’a pas pour tradition d’assumer de telles décisions, préférant largement laisser pourrir le programme, jusqu’à ce qu’il meure d’inanition.

Or, la situation géopolitique européenne, et la nouvelle course aux armements qui a démarré, ne permettent pas de laisser s’éteindre lentement de tels programmes, stratégiques pour les Armées françaises comme pour la Bundeswehr.

Il faudra bien, dans ce contexte, que la décision soit assumée, en dépit de ses conséquences, y compris en termes d’image, afin de permettre aux deux pays de s’engager pleinement dans la réalisation de programmes alternatifs, indispensables à la sécurité européenne.

La Turquie commande 40 F-16V, mais modernisera elle-même ses F-16 C/D

Il y a tout juste un an, Ankara obtenait l’autorisation de Washington, pour acquérir 40 F-16V et 79 kits de moderniser ses propres F-16 C/D block 50, vers de standard Block 70, après que le président R.T Erdogan avait annoncé qu’il autorisait la Suède à rejoindre l’OTAN, au terme de deux ans de bras de fer avec Stockholm et Washington.

Le contrat global était alors valorisé à hauteur de 20 Md$, et devait permettre aux forces aériennes turques, du point de vue américain, de répondre à la modernisation des forces aériennes russes, dans un contexte de plus en plus tendu entre Moscou et l’OTAN, sur fond de guerre en Ukraine.

Depuis, les annonces, souvent contradictoires, se sont multipliées en provenance de Turquie, à ce sujet, qu’il s’agisse de l’acquisition de 40 Eurofighter Typhoon proposés par Londres et Madrid, ou de 20 à 40 F-35 américains, sur fond de normalisation des relations avec cet allié stratégiques pour défendre le front sud de l’Alliance, et contrôler le Proche-Orient et le Caucase, pour Washington.

Alors que Donald Trump, que l’on sait avoir de meilleures relations avec R.T Erdogan que Joe Biden, arrivera bientôt à la Maison-Blanche, la stratégie d’Ankara pour moderniser la chasse turque, semble évoluer vers une trajectoire très différente d’il y a un an.

En effet, si la commande des 40 F-16V neufs a été confirmée, ses 79 F-16 C/D seront, quant à eux, modernisés par l’industrie aéronautique nationale. Dans le même temps, l’acquisition de Typhoon progresse, alors que le développement du Kaan rapproche chaque jour davantage Ankara de l’autonomie stratégique dans ce domaine hautement stratégique.

La Turquie valide la commande de 40 F-16V mais tourne le dos aux 79 kits Block 70 pour moderniser ses F-16 C/D Block 40/50

Cette semaine, le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, a confirmé, à l’occasion d’une conférence de presse, avoir signé la Lettre d’Ordre (LOO) et la Lettre d’Acceptation (LOA), concernant la commande de 40 F-16V neufs, à destination des forces aériennes turques, auprès de Lockheed Martin.

F-16V grece
La Turquie a validé la commande de 40 F-16V Block 70 auprès de Lokcheed Martin.

Ces appareils viendront initialement remplacer les F-5 et F-4 récemment retirés du service, pour maintenir une flotte de chasse de 275 avions de combat, auxquels s’ajoutent 90 F-16 employés pour l’entrainement des équipages, dans l’attente de l’arrivée du chasseur de génération intermédiaire TFX Kaan, et, peut-être, de la commande d’Eurofighter Typhoon et de F-35.

En revanche, la commande de 79 kits qui auraient permis de faire évoluer autant de F-16 Block 50+ vers ce standard, n’est plus d’actualité, selon le ministre de la Défense. En effet, à l’instar de la modernisation des F-16 Block 30 par le programme Özgür I, les F-16 Block 40 et Block 50, qui forment aujourd’hui l’essentiel de la flotte de chasse turque, seront modernisés par l’industrie aéronautique de défense nationale dans le cadre du programme Özgür II.

Ce programme portera sur l’intégration d’un nouveau radar à antenne AESA, la modernisation de l’ensemble des systèmes de communication et de navigation de l’appareil, l’emport du pod ASELPOD, et la possibilité de mettre en œuvre plusieurs nouvelles munitions de précision de conception nationale.

Le calendrier, le volume et le prix du programme Özgür II, n’ont pas encore été annoncés. Il est probable que celui-ci prendra le relais du programme Özgür I, une fois les derniers F-16 Block 30 modernisés, soit d’ici à quelques mois à une année, au même rythme de 18 à 24 appareils par an.

Ankara vise simultanément 40 Eurofighter Typhoon et 40 F-35, dans l’attente du Kaan

Cette modernisation, comme l’achat de F-16V, ne représente cependant qu’un des volets de la stratégie de modernisation des forces aériennes turques. Celle-ci repose, en parallèle, sur deux autres initiatives internationales, les négociations pour l’acquisition de chasseurs européens Eurofighter Typhoon, et la reprise des négociations pour acquérir des F-35 américains, et surtout sur l’entrée en service du chasseur de génération intermédiaire Kaan.

Eurofighter typhoon
En annulant la commande de 79 kits F-16V, Ankara pourrait avoir libérer les crédits necessaires à lacquisition de 40 Eurofighter Typhoon.

Alors qu’Ankara négocie avec Londres et Madrid depuis plus d’un an, l’acquisition d’une quarantaine d’Eurofighter Typhoon, ces discussions étaient bloquées, jusqu’il y a peu, par Berlin, inquiet de l’utilisation de ces appareils contre la Grèce.

Il y a quelques semaines, Olaf Scholz a confirmé la levée du veto allemand dans ce dossier, affirmant avoir obtenu d’Ankara, les assurances nécessaires dans ce domaine. Il est toutefois plus probable que le chancelier allemand a fini par céder aux pressions de Madrid et surtout de Londres, avec qui il vient de signer un accord de défense historique, alors que la ligne d’assemblage BAe est aujourd’hui directement menacée, faute d’une nouvelle commande export.

On peut penser d’ailleurs que l’annulation de la commande des kits F-16V américains est avant tout destinée à libérer les crédits et les ressources nécessaires pour financer l’acquisition des 40 appareils européens.

À plus longue échéance, il semble qu’Ankara et Washington auraient à nouveau repris les discussions concernant la possibilité, pour la Turquie, d’acquérir une flotte de F-35 Lighting. Sans être formellement validé, le sujet fait, en effet, régulièrement surface depuis plusieurs mois.

F-35A aux couleurs turques
Il reste 6 F-35A payés par la Turuqie aux Etats-Unis.

En outre, le nombre d’appareils concernés, quarante F-35, en renforce la crédibilité, puisqu’il s’agit strictement du même nombre d’appareils que la Grèce a annoncé vouloir acquérir en deux tranches de 20. Sachant que Washington veille à équilibrer les forces entre Athènes et Ankara, sans jamais prendre position pour l’un ou l’autre, ce volume est donc parfaitement aligné avec la tradition américaine dans cette région.

Dans ce dossier, l’arrivée de Donald Trump pourrait représenter une opportunité pour Ankara. En effet, si c’est bien lui qui avait exclu la Turquie du programme F-35, et annulé la commande de 100 appareils prévus, après que Moscou a livré la première batterie S-400 à la Turquie en 2019, cette posture lui avait surtout été imposée par le Sénat à majorité Démocrate d’alors.

En effet, contrairement à Joe Biden, Donald Trump avait entretenu des relations jugées bonnes avec R.T Erdogan, et le Sénat avait dû, alors, tordre le bras de l’exécutif pour appliquer les sanctions CAATSA, contre Ankara. Maintenant que la Turquie a fait marche arrière sur ces batteries S-400, on peut s’attendre à une posture beaucoup plus souple de la part du nouveau président américain, qui dispose de la majorité dans les deux chambres au Capitole.

Ankara ne veut plus dépendre des États-Unis pour la mise en œuvre et la modernisation de ses armées

On peut donc s’attendre, au cours de 2025, à ce que la Turquie et les États-Unis s’entendent sur une nouvelle commande de F-35, intégrant notamment les six premiers appareils construits et payés par Ankara, et toujours sur une base américaine.

Le plus probable, ici, si la commande porte bien sur 40 appareils, serait qu’elle se compose de 20 F-35A, ainsi que 20 F-35B, pour armer le porte-aéronefs Anadolu, ce qui en renforcerait de manière considérable le potentiel opérationnel, aujourd’hui limité au déploiement d’hélicoptères et de drones TB3.

Anadolu TB3
Devant initialement mettre en oeuvre le F-35B, le porte-aéronefs TCG Anadolu a évolué pour mettre en oeuvre des drones comme le TB3. Toutefois, l’acquisition d’une vingtaine de F-35B par Ankara, permettrait de considerablement renforcer l’efficacité du groupe aérien embarqué de ce navire.

Pour autant, la stratégie turque, en matière de forces aériennes comme pour tous les équipements militaires, vise avant tout à atteindre l’autonomie stratégique, de sorte à ne plus dépendre des arbitrages américains ou européens, qu’il s’agisse du dimensionnement de ses forces, ou sur leur utilisation.

C’est le programme de chasseur bimoteur de génération intermédiaire TFX, baptisé à présent Kaan, qui porte toutes les ambitions d’Ankara dans ce domaine. Développé par l’avionneur TAI, ce chasseur de 21 m de long, pour 14 m d’envergure, a une masse max au décollage de 27 tonnes.

Il est actuellement propulsé par deux turboréacteurs GE F-100, identiques à ceux équipant les F-16 Block 50, construits et entretenus sous licence par KALE. À terme, il devrait recevoir le turboréacteur TEAC, codéveloppé avec le Britannique Rolls-Royce, offrant une poussée maximale de 150 KN par moteur.

En bien des aspects, le Kaan peut se présenter comme un chasseur de 5ᵉ génération, même si sa furtivité ne peut pas se comparer à celle du F-35 ou du F-22, mais davantage à celle du Su-57.

L’appareil doit encore beaucoup démontrer, comme son pendant sud-coréen, le KF-21 Boramae, mais il représente, sans le moindre doute, l’opportunité pour Ankara de se défaire radicalement de l’influence politique et technologique américaine, pour ce qui s’agit de l’utilisation de ses forces armées.

En misant sur le F-35A, Athènes fait un très mauvais calcul sécuritaire face à la montée en puissance des forces aériennes turques

Pour autant, cette volonté turque d’atteindre l’autonomie stratégique, et d’être proche d’y parvenir, représente une menace bien réelle pour son voisin et adversaire de longue date, la Grèce.

TAI Kaan premier vol 20 fevrier 2024
Avec une masse au decollage macimale de 27 tonnes, le Kaan est un appareil lourd, à la lisière de la 4ème et de la 5ème génération.

En effet, une fois que le Kaan aura suffisamment entamer le remplacement du F-16, à partir de 2028, et à raison de deux appareils par mois, Ankara sera rapidement bien moins sensible aux éventuelles mesures de rétorsion américaines, voire européennes, sur ses équipements militaires, et notamment sur les flux de pièces détachées, indispensables à un effort militaire soutenu.

Certes, on peut raisonnablement penser qu’en cas de conflit direct avec Athènes, les éventuels F-35 turcs seront très rapidement bloqués au sol par Washington. Ce ne sera cependant pas le cas des F-16, qui pourront être presque intégralement maintenus par l’industrie aéronautique turque, après leur modernisation dans le cadre des programmes Özgür I et II. Le Kaan, lui, est conçu précisément pour ne plus dépendre de solutions bloquantes extérieures, conférant à Ankara toutes latitudes quant à leur utilisation future.

Pour faire face à cette menace en évolution rapide, Athènes a fait le choix de moderniser sa flotte de F-16 avec 80 kits F-16V acquis auprès des États-Unis et installés par l’avionneur national HAI depuis 2018. En 2020, la Grèce a également fait l’acquisition de 18 avions Rafale français, complétés par six appareils supplémentaires, quelques mois plus tard.

Aujourd’hui, Athènes parie sur l’acquisition de F-35A américains, pour remplacer le retrait des F-4 Phantom II, en deux tranches de 20 appareils. Si ces chasseurs permettront effectivement aux forces aériennes helléniques, de faire face à un éventuel conflit avec la Russie, dans le cadre de l’OTAN, il est surtout très possible qu’en cas de conflit avec Ankara, les flottes de F-35 des deux pays soient cloués au sol par Washington, qui a toujours conservé une posture de neutralité dans ce dossier depuis les années 60, même lors de l’invasion turque d’une partie de l’ile de Chypre en 1974.

RAfale grèce
En dépit des qualités de l’appareil, les 24 Rafale grecs auront beaucoup de mal pour tenir en respecter les 40 Typhoon et les Kaan turcs, au delà de 2030

Dès lors, la décision grecque de parier sur le F-35A, pour contenir la modernisation des forces aériennes turques, s’avère certainement un mauvais calcul d’ampleur potentiellement dramatique, en cas de conflit avec Ankara, au-delà de 2030, lorsque les Kaan entreront en service, et que les éventuels 40 Typhoon européens, auront été livrés, et ce, même si Washington refusait de livrer les F-35 à Ankara.

Conclusion

On le voit, alors qu’en 2020, la trajectoire de modernisation des forces aériennes turques apparaissait très incertaine, sous l’effet conjugué de sanctions américaines et européennes, celles-ci sont, aujourd’hui, dans un contexte beaucoup plus favorable, avec plusieurs options performantes à disposition, allant du F-16V au Kaan, en passant par l’Eurofighter Typhoon et les F-16 modernisés par les programmes Özgür.

On constate, surtout, que les efforts produits par les autorités turques, pour atteindre le pus rapidement possible, l’autonomie stratégique dans le domaine de l’aviation de combat, sont en passe de produire leurs premiers résultats, permettant de doter le pays d’une liberté de décision et d’action bien plus étendue, qu’elle ne l’était il n’y a de cela que quelques années.

Toutefois, force est de constater que l’utilisation qui pourrait être faite de cette autonomie stratégique, par les autorités turques, pourraient être largement éloignées des intérêts occidentaux partagés, qu’il s’agisse de la Thrace occidentale ou la mer Égée, contre la Grèce, contre l’Arménie, dans le Caucase, pour pour soutenir des interventions plus ou moins assumée, comme avec la SMP SADAT, aux ordres de la présidence turque, en Afrique.

Il faudra donc se montrer particulièrement attentif, quant aux évolutions politiques qui accompagneront la modernisation des forces aériennes en Turquie, dans les années à venir, pour les occidentaux et les européens en particulier. Quant aux grecs, ils seraient certainement bien avisés de revoir leur stratégie de modernisation de leurs forces aériennes, avec un regard objectif posé sur le rôle et la position des États-Unis par le passé dans ce dossier, avant de confier les clés de la sécurité et l’intégrité du pays, au Bureau ovale.

Intelligence artificielle et drones : la Rand a alerté sur les risques d’escalade militaire liés à l’emploi de ces technologies

Depuis plusieurs années, un nombre croissant de voix s’élève pour appeler à davantage de drones, de systèmes autonomes, de robots et d’Intelligence artificielle, dans les armées. Ainsi, récemment, Elon Musk affirma avec aplomb, qu’il était à présent absurde de faire prendre des risques aux pilotes d’avions de combat, alors qu’il suffisait d’envoyer des drones.

Au-delà des nombreuses limites technologiques et opérationnelles qui semblent largement échapper au plus proche conseillé de Donald Trump, l’utilisation de ces systèmes entièrement automatisés et des IA, pourrait bien engendrer des effets encore plus délétères, et dangereux.

Ainsi, en 2020, le think tank américain Rand Corporation, avait mené une étude pour évoluer ces effets, si la Chine et les États-Unis devaient faire massivement usage de ces drones et IA, dans un scénario de tensions dans le Pacifique occidental. Et les résultats ont été sans appels !

En effet, les risques de voir ces tensions se transformer en conflit ouvert entre les armées américaines et l’Armée Populaire de Libération, seraient directement proportionnels à la part relative de ces drones et IA, dans leurs inventaires respectifs.

Arkhipov et Petrov, ces jeunes officiers soviétiques qui ont empêché, par deux fois, qu’une guerre nucléaire ne débute

Par deux fois, durant la guerre froide, le sang-froid et la sagacité de jeunes officiers russes préserva le monde d’une guerre nucléaire. En octobre 1962, en pleine crise des missiles de Cuba, Vassili Arkhipov, alors officier politique à bord du sous-marin B-59, s’opposa à l’utilisation d’une torpille armée d’une tête nucléaire contre la flotte américaine, malgré les règles d’engagement spécifiées par l’amiral Fokhine avant le départ.

vassili arkhipov heros guerre froide Intelligence Artificielle | Analyses Défense | Drones de combat
Vassili Arkhipov quitta la marine soviétique en 1985 au rang de vice-amiral

Comme dans un mauvais scénario de série B, le B-59 n’avait pas reçu le contre-ordre envoyé par l’Amirauté russe, envoyé alors qu’il tentait d’échapper à la détection d’un destroyer de l’US Navy. Contre la décision du commandant du navire, le jeune officier politique s’opposa fermement au tir d’une torpille nucléaire contre la flotte US, préservant le monde d’une escalade nucléaire destructrice.

En septembre 1983, au plus fort de la crise des euromissiles, Stanislav Petrov, officier de garde de la station radar stratégique de Serpoukhov-15 au sud de Moscou, garda son sang-froid lorsque quatre missiles balistiques apparurent sur ses écrans, se dirigeant vers l’Union Soviétique. Le jeune officier analysa rapidement la situation, et conclut à une erreur du système sur la base du faible nombre de missiles envoyés.

Contrairement à ses ordres et à sa formation, il ne donna pas l’alerte, et l’Union Soviétique ne répliqua pas à ce qui était bien, effectivement, une erreur du système. Dans ces deux cas ô combien déterminants, car ayant permis d’éviter une guerre nucléaire mondiale, le destin de la planète fut préservé par la sagacité d’officiers de faible rang, conscients des implications d’une mauvaise décision en la matière.

La Rand Corporation simule les effets de l’utilisation des drones et de l’Intelligence artificielle dans un scénario de tensions Chine États-Unis

De nos jours, de nombreux programmes de Défense font la promotion de l’Intelligence Artificielle pour assister la décision humaine, mais également pour piloter des systèmes autonomes, qu’ils soient aériens, terrestres, navals ou spatiaux. Certains, comme Elon Musk, semblent persuadés que ces technologies permettront d’améliorer considérablement l’efficacité des armées, tout en réduisant les pertes dans ses propres rangs.

Il est utile, à ce sujet, de revenir sur une étude qu’avait menée le Think Tank Rand Corporation en 2020, portant précisément sur les conséquences de l’utilisation de ces systèmes, notamment dans le cadre de confrontations entre grandes puissances militaires, et dont les résultats étaient, nous le verrons, loin d’être encourageants.

Pour alimenter sa réflexion, l’équipe de la Rand s’est appuyée sur un wargame de Simulation géopolitique et militaire d’un conflit simulant une confrontation entre la Chine d’un côté, et l’alliance formée par les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud de l’autre, sous couvert d’une tentative d’extension territoriale chinoise (Taïwan pour ne pas la citer).

Le scénario reposait sur l’utilisation massive de drones et systèmes autonomes navales, tels que l’US Navy et l’APL prévoient d’en disposer d’ici à 2030. Or, il est rapidement apparu que l’emploi de ces systèmes autonomes accentuait sensiblement la conflictualité et les risques d’escalade voulus, et surtout subis.

En outre, plus ces systèmes reposaient sur l’utilisation d’une Intelligence artificielle, plus la confrontation armée intervenait rapidement, et moins il y avait d’options de désescalade, et ce, dans les deux camps.

Intelligence artificielle UAV Jari
La Chine développe des unités navales autonomes lourdement armées, comme le JARI apparut l’année dernière, et dont les tests en mer ont déjà commencé

Les drones augmentent la prise de risque des militaires

Plusieurs sujets de réflexion émergent de ces simulations menées par la Rand, au-delà du simple déni souvent opposé aux simulations qui présentent des résultats n’entrant pas dans la conception de chacun. En premier lieu, l’utilisation de systèmes automatiques, comme les drones aériens ou les navires et sous-marins autonomes, augmentent la prise de risque dans les deux camps.

En d’autres termes, les adversaires hésitent moins à détruire un drone qu’un avion de combat, ou un navire autonome qu’une corvette. Or, la destruction d’un équipement autonome peut entrainer des ripostes qui, elles, seront létales.

C’est un tel scénario qui faillit se passer en 2019, lorsque le président Trump annula in extremis un ordre de frappe contre l’Iran suite à la destruction d’un drone RQ-4 par la défense antiaérienne iranienne. Si les frappes américaines avaient eu lieu, nul doute que le Moyen-Orient se serait embrasé, et l’on connait désormais la précision des missiles balistiques iraniens

L’inflexibilité des intelligences artificielles pour exécuter les ordres, réduit les chances de désescalade

En second lieu, les intelligences artificielles telles qu’elles existent, ou existeront dans les années à venir, ne peuvent que répondre à une programmation et une expérience acquise limitée. Elles n’auront pas l’instinct de conservation qui poussa Vassili Arkhipov et Stanislav Petrov à ne pas faire usage du feu nucléaire.

Cet instinct de préservation ne peut être implémenté dans une intelligence artificielle, faute de quoi, elle risquerait de se soustraire aux ordres donnés. Or, c’est précisément dans la désobéissance aux ordres, ou aux doctrines, qu’apparaissent les opportunités de désescalade.

En ne répliquant pas aux attaques par missiles balistiques iraniens contre les bases de la coalition en Irak, les États-Unis ont ouvert une opportunité de désescalade immédiatement saisie par les autorités iraniennes.

Iran Shahb2 missile Intelligence Artificielle | Analyses Défense | Drones de combat
En ne répliquant pas aux attaques iraniennes par missile balistique, Washington ouvrit une opportunité de désescalade avec Téhéran

La prise de risque est plus importante lorsque les opérateurs sont éloignés du théâtre d’opération, et que leur vie n’est pas menacée

Enfin, même lorsque l’Intelligence artificielle est subordonnée à une décision humaine, le fait de ne pas être sur place augmente les risques d’escalade. Dans la simulation menée par la Rand, le début du conflit consista en des affrontements de systèmes automatisés, très autonomes pour la Chine, intégrant une décision humaine pour les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Selon les observations de la Rand, dès lors que la vie humaine n’est pas directement menacée, la prise de risque devient excessive, et le respect des procédures, doctrines et règles d’engagement, plus strict, concourant à limiter les opportunités de désescalade, jusqu’au moment où la cible n’est plus un autre drone, mais un système piloté, entrainant des pertes humaines et l’accélération de l’escalade militaire.

Conclusion

L’Intelligence Artificielle offre évidemment de nombreuses opportunités du point de vue militaire. En se défaisant des contraintes humaines, qu’elles soient purement physiques (fatigue, nourriture, limites physiologiques..) ou psychologiques (enfermement, instinct de conservation, peur..), les drones et autres systèmes automatisés augmentent le potentiel opérationnel des forces dans la durée et dans l’espace.

Mais ces bénéfices ne doivent pas masquer les risques inhérents à l’utilisation accrue de ces systèmes, surtout lorsqu’il s’agit de confrontations possibles entre grandes puissances. De fait, les politiques, visant à faire reposer une partie significative des capacités militaires d’un pays, risquent plutôt que d’en augmenter les capacités dissuasives, d’en détériorer la résilience. Si la guerre est une invention humaine, la paix l’est également.

Pour l’heure, les travaux en matière d’Intelligence Artificielle et de systèmes autonomes sont concentrés sur la première, ignorant totalement la seconde. Peut-être est-ce là, l’erreur des ingénieurs et des états-majors aujourd’hui : tant qu’il n’existera pas d’Intelligence artificielle pour faire la paix, il ne faudrait pas l’utiliser pour faire la guerre…

Article initialement publié le 30 janvier 2020, actualisé en lien avec l’actualité recente

GERAN-2 : Défense ukrainienne contre adaptation russe

Pour contrer le nombre croissant de drones Geran-2[1] envoyés par la Russie, l’Ukraine a mis en place une série de mesures de protection. Jusqu’à présent, cette stratégie a prouvé son efficacité mais les Russes adaptent également leurs tactiques en continu.

Selon une analyse statistique, en moyenne[2], seuls 13 à 14 % des Geran-2 atteignaient leur cible entre février et mai 2024, ce que les Russes ont jugé insuffisant malgré le volume d’engins déployés. En conséquence, ils ont travaillé à améliorer techniquement leurs drones et à adapter leurs doctrines d’emploi.

Depuis septembre 2024, le taux de réussite des drones semble effectivement avoir progressé. De leur côté, les Ukrainiens font face à un défi croissant dans cette guerre technologique, alors que certaines limites structurelles commencent à apparaître dans leurs propres capacités de défense.

Article partenaire proposé par CERBAIR, le leader français de la lutte anti-drone

Les 3 niveaux de la défense ukrainienne

La stratégie de défense de l’Ukraine face aux drones russes Geran-2 repose sur trois niveaux de protection, visant à limiter leur impact militaire autant que possible :

Le brouillage et le spoofing des signaux GNSS

Le premier niveau repose sur un large déploiement de brouillage et/ou de spoofing des signaux GNSS dès que les radars détectent l’approche de drones. Les zones de brouillage couvrent les différentes trajectoires possibles, souvent complexes, que ces drones peuvent emprunter.

Usine drones d'attaque Geranium-2
Production en grande série des drones Geranium par la Russie

Cette technique se révèle efficace pour désorienter les Geran-2 et les éloigner de leurs cibles, mais elle présente des inconvénients[1]. Tout d’abord, ce brouillage perturbe également les signaux GNSS pour tous les utilisateurs civils et militaires.

Si les particuliers peuvent percevoir cela comme une simple gêne (certains GPS affichant parfois des localisations erronées et éloignées comme la Turquie[2]), les convois logistiques peuvent rencontrer des difficultés à suivre des itinéraires sécurisés et praticables. Les unités d’artillerie et de drones sont également impactées : elles peuvent se retrouver dans l’incapacité d’utiliser certains équipements (obus et roquettes guidées, drones) ou voir leur précision réduite.

Enfin, bien que le brouillage empêche certains drones de réussir leurs frappes, il n’en dispense pas pour autant les défenseurs de devoir abattre les engins restants, sauf si ceux-ci sont déroutés suffisamment loin, voire en arrivent à sortir du territoire ukrainien comme cela arrive parfois.

Cependant, il reste toujours une incertitude quant à l’efficacité du brouillage, car il est difficile de connaître la cible réellement visée par chaque drone ; il faut aussi noter que, si un Geran-2 erre trop longtemps, il pourrait regagner le signal GNSS. Cette stratégie de brouillage reste donc surtout préventive, bien qu’efficace.

En outre, bien que le brouillage GNSS soit également utile contre les bombes planantes russes, il est souvent difficile de l’activer à temps pour ces armes. En effet, le délai entre la détection d’une bombe planante et son impact est généralement trop court pour engager les brouilleurs sur la zone. Par ailleurs, les radars ukrainiens ayant été éloignés de la ligne de front pour les préserver, la détection de ces bombes est d’autant retardée.

Les unités d’artillerie sol/air

Le second niveau repose sur des unités d’artillerie sol/air déployées pour abattre les drones s’approchant de zones particulièrement sensibles. Les systèmes les plus performants sont ceux équipés de radars, comme le ZSU-23-4 Shilka ou les Guepard allemands.

ZSu-23-4
GERAN-2 : Défense ukrainienne contre adaptation russe 33

Cependant, leur nombre limité oblige la majorité des unités d’artillerie sol/air à se contenter de mitrailleuses de calibre 12,7 mm, 14,5 mm et, de plus en plus souvent, de simples mitrailleuses de 7,62 mm qui, dans ce dernier cas, manquent de puissance pour garantir la destruction des drones.

L’efficacité de ces mitrailleuses reste limitée, surtout la nuit, où les tirs sont souvent orientés en fonction du bruit des drones et à l’aide de projecteurs. De plus, leur faible portée opérationnelle nécessite un nombre conséquent de ces unités pour espérer protéger une zone efficacement. Enfin, ces mitrailleuses ne peuvent viser que les drones volant à basse altitude, ce qui limite leur efficacité.

Les systèmes sol/air à base de missile

Le troisième et dernier niveau de protection repose sur les systèmes sol/air à base de missiles, qui détruisent les drones représentant les menaces les plus élevées ou volant trop haut pour être interceptés par l’artillerie.

Les Russes adaptent fréquemment l’altitude de vol de leurs drones en fonction des effets recherchés, avec des hauteurs variant de 35-50 mètres jusqu’à 4000-5000 mètres. Cela oblige les forces ukrainiennes à ajuster en permanence les systèmes utilisés en fonction de l’altitude de vol des engins.

De façon plus anecdotique, on peut noter que des hélicoptères et avions sont également utilisés pour détruire ces drones ; toutefois, en dehors des chasseurs, ces interventions ne sont possibles que de jour.

IRIS-T SLM faisant feu
GERAN-2 : Défense ukrainienne contre adaptation russe 34

L’ensemble de ces mesures a permis de réduire significativement l’impact militaire de ces drones. Cependant, les engins perdus, endommagés ou abattus retombent, ce qui entraîne des dommages collatéraux, particulièrement en milieu urbain où les infrastructures civiles sont souvent touchées.

Par ailleurs, certains drones finissent par s’écraser hors des frontières ukrainiennes, soulevant des interrogations pour les pays affectés. Il est alors difficile de déterminer si ces incidents sont intentionnels de la part de la Russie, s’ils résultent d’une erreur ou bien d’un accident lié aux actions de brouillage et de spoofing des signaux GNSS.

Les adaptations russes

Il est évident que l’adversaire ne reste pas passif : les forces russes observent attentivement l’efficacité de leurs frappes en fonction des moyens déployés et des contre-mesures prises par l’armée ukrainienne. Devant le faible taux de réussite enregistré au début de 2024, les forces russes ont ajusté leur stratégie en appliquant divers correctifs.

Lutter contre le brouillage GNSS 

Les Russes semblent avoir identifié le brouillage GNSS comme le principal facteur limitant l’efficacité des drones Geran-2. En effet, même si ces vecteurs échappent aux systèmes de défense sol-air, ils échouent à atteindre leur cible si leur précision de localisation est insuffisante.

Jusqu’à récemment, les Geran-2 étaient équipés du réseau d’antennes adaptatives GNSS Comet P8, doté de huit éléments d’antennes capables de recevoir les signaux GNSS GPS L1 et GLONASS L1. Cette configuration permettait de réduire les effets du brouillage en rétrécissant le faisceau d’antenne vers le haut, rendant ainsi les drones moins sensibles aux interférences latérales.

Cependant, cette solution n’étant pas encore optimale, un nouveau modèle d’antenne, le Kometa R8, a été installé. En plus des bandes GNSS L1, cette antenne couvre également les bandes L2 et L5, améliorant ainsi la résilience au brouillage. Cette solution très directive présente néanmoins un inconvénient : lors de la phase d’attaque en plongée, le faisceau, trop étroit, limite la réception des signaux GNSS avec un angle d’incidence de 45°, entraînant une perte de précision dans la phase finale de l’attaque.

Pour pallier ce problème, les ingénieurs russes envisagent d’intégrer le système d’antenne Stena E8, qui dispose de neuf antennes positionnées en cercle permettant un pilotage du faisceau plus flexible, même durant l’attaque, tout en couvrant davantage de bandes GNSS.

Stena-E8
Stena E8

D’autres options sont également à l’étude, comme l’antenne CRPA NUT16 AR16L à 16 éléments, qui fonctionne uniquement sur la fréquence L1, ou le système SENA-E9 à 12 antennes, spécialement conçu pour contrer le spoofing

SENA-E9
SENA-E9

Ainsi, les Russes espèrent accroître considérablement la résilience des Geran-2 face aux brouillages, assurant une continuité de réception jusqu’à l’atteinte des objectifs.

Augmentation du nombre de vecteurs 

Selon le président ukrainien[3], la Russie aurait lancé dix fois plus de drones Geran-2qu’à l’automne précédent. Pour le seul mois d’octobre 2024, pas moins de 2 023 engins de ce type ont été envoyés contre l’Ukraine, portant le total depuis le début de l’année à 6 987. La production de Geran-2 est également passée de 500 unités par mois en début d’année à 600 par mois depuis août 2024, avec pour objectif d’en produire jusqu’à 6 000 d’ici la fin de l’année.

Cependant, cette hausse de production ne suffit pas à expliquer l’augmentation spectaculaire du nombre d’attaques qui dépasse désormais régulièrement la centaine de drones envoyés chaque nuit. En plus des Geran-2, les forces russes produisent et lancent également des drones Gerbera, considérés comme des « mini-Geran ».

Ces appareils partagent des performances similaires mais embarquent une charge militaire plus légère, pour un coût inférieur à 10 000 $ l’unité[4]. Les Gerbera existent en trois versions : une version « kamikaze », une version dédiée à la guerre électronique équipée de capteurs de renseignement et une version leurre sans charge militaire. 

Gerbera
Drone Gerbera

Les Russes utilisent également des drones leurres de type Parody, très bon marché[5]dont le coût  serait compris entre 1000 et 1300 $ pièce pour une autonomie de 600 km. Équipés d’une lentille de Luneberg pour augmenter leur signature radar, ces petits drones sont conçus pour attirer l’attention de la défense anti-aérienne et épuiser les ressources ukrainiennes en déviant les tirs vers eux.

Même s’ils sont détruits par de l’artillerie anti-aérienne, moins chère que les missiles, le très faible coût de ces leurres fait que cela reste très rentable pour épuiser la défense aérienne adverse. A titre indicatif, le coût d’un drone Parody est équivalent à celui d’une dizaine d’obus de 30 mm, d’une vingtaine d’obus de 23 mm ou d’environ 160 cartouches de 12,7 mm. 


[1]    https://www.cerbair.com/articles/brouillage-gnss-une-arme-a-double-tranchant

[2]    https://web.telegram.org/a/#-1001694108014_363151

[3]    https://www.twz.com/news-features/russia-firing-record-number-of-shahed-136s-at-ukraine

[4]    https://www.drone-actu.fr/drone-militaire/gerbera-le-drone-militaire-low-cost

[5]    https://english.nv.ua/nation/parody-russians-use-a-new-type-of-uav-to-imitate-the-shahed-what-is-known-50465488.html


[1]    https://www.cerbair.com/articles/geran-2-du-missile-low-cost-a-la-munition-rodeuse

[2]    https://isis-online.org/isis-reports/detail/update-alabugas-production-rate-of-shahed-136-drones


Cet article vous a été proposé par CERBAIR, le spécialiste français de la lutte anti-drones

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GERAN-2 : Défense ukrainienne contre adaptation russe 35

La commission européenne veut lancer l’Europe de la Défense 2.0 face aux menaces

La présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, a annoncé qu’elle entendait faire de la construction de l’Europe de la Défense, le pilier de l’action de la nouvelle commission européenne.

Pour cela, l’ancienne ministre de la Défense prévoit de créer les conditions pour multiplier les programmes industriels de défense européens, afin, dans le discours tout au moins, d’améliorer rapidement la résilience et l’autonomie stratégique de l’Union, en matière de capacités industrielles de défense, de moyens militaires, mais aussi de moyens de transports adaptés pour rapidement déplacer les forces au besoin.

Cette Europe de la Défense 2.0, telle qu’envisagée par Ursula von der Leyen, serait donc parée de toutes les vertus, et représenterait la solution ultime pour protéger l’Europe des menaces qui s’accumulent depuis maintenant une bonne dizaine d’années, sans réaction significative jusque-là.

Mais est-ce vraiment le cas ? La solution européenne est-elle, objectivement, la réponse la plus appropriée pour faire face aux menaces aujourd’hui ? Surtout, répond-elle aux intérêts de ses membres, et en particulier du seul pays européen à disposer, aujourd’hui, d’une véritable autonomie stratégique, la France ?

L’Europe de la Défense en 2017 et les causes de son échec

L’Europe de la Défense, à savoir une initiative visant à developper une puissance militaire commune au sein de l’Europe, pour peser davantage sur les enjeux de défense, notamment vis-à-vis des États-Unis, n’est pas nouvelle. La première grande initiative du genre fut la Communauté européenne de Défense, ou CED, au début des années 50, finalement avortée après le refus du Parlement français d’y participer.

Macron merkel europe de la défense
En 2017, les positions françaises et allemandes semblaient parfaitement alignées pour aller vers l’Europe de la Défense. Pourtant, les motivations ideologiques d’Emmanuel Macron étaient très éloignées du calcul conjoncturel d’Angela Merkel.

Depuis, l’idée re-émerge cycliquement, selon les événements internationaux et l’idéologie des chefs d’États, en particulier français en allemands. Le terme « Europe de la Défense », lui, est apparu en 2017, lorsque le président français nouvellement élu, Emmanuel Macron, européen convaincu et fervent défenseur d’une construction européenne de défense, et la chancelière allemande, Angela Merkel, lancèrent conjointement plusieurs grands programmes industriels franco-allemands de défense, comme MGCS, SCAF, CIFS, Tigre 3 et MAWS, pour en créer les bases.

Si l’initiative du président français était purement idéologique, ce n’était pas le cas du côté allemand. En effet, pour Angela Merkel, il s’agissait, avant tout, de garantir l’Allemagne contre les possibles conséquences des tensions qui opposaient Berlin et Washington, alors que Donald Trump lançait des coups de boutoir sans interruption contre une Allemagne qui « profiterait de la protection américaine, sans en payer le prix », essentiellement à des fins commerciales.

Pendant quelques mois, l’harmonie entre Paris et Berlin semblait parfaite. Toutefois, au bout d’un an, après que les relations entre Angela Merkel et Donald Trump se soient quelque peu apaisées, l’Allemagne entreprit plusieurs rétropédalages peu spectaculaires, mais venant sévèrement éroder le potentiel de cette initiative.

Après s’être mis en retrait du programme Tigre III, l’Allemagne fit de même concernant les programmes CIFS et MAWS, alors que les tensions autour du partage industriel concernant les deux programmes clés, SCAF et MGCS, devenaient plus intenses, au point de figer les deux programmes dans un état de stase pendant plusieurs années.

Après l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, en janvier 2020, cette initiative franco-allemande avait alors vécu, Berlin se tournant à nouveau vers son partenaire américain, pour plusieurs programmes majeurs, comme les avions de patrouille P8, le chasseur F-35A et la défense antiaérienne Patriot. Même si SCAF et MGCS demeuraient, la dynamique, elle, était stoppée, et la volonté commune de s’engager vers une autonomie stratégique européenne, était oubliée.

Ursula von der Leyen veut faire de l’Europe de la Défense 2.0, la mission première de la commission européenne, sur les mêmes bases conjoncturelle que précédemment

Le début de la guerre en Ukraine, la hausse des tensions entre l’OTAN et la Russie, et les nombreuses menaces de Vladimir Poutine contre les européens, depuis 2022, n’avaient pas permis, jusque-là, de ramener Berlin vers cette initiative.

Olaf Scholz
Trois jours après le debut de l’offensive russe en Ukraine, Olaf Sscholz annonçait un vaste programme d’investissements de 100 Md€ pour moderniser les armées allemandes. La majeure partie de ces crédits seront finalement investis dans l’indsutrie de défense US et israléienne.

Au contraire, les autorités allemandes, et avec elles, beaucoup de pays européens, s’étaient rapprochées de Washington à cette occasion, notamment en multipliant les commandes d’équipements américains de défense, au point qu’ils représentent, aujourd’hui, plus de 60 % de l’ensemble des équipements acquis par les armées européennes ces cinq dernières années.

La nouvelle détermination d’Ursula von der Leyen, cette semaine, pour redonner corps à l’Europe de la Défense, trouve exactement la même origine qu’en 2017, à savoir les menaces proférées par Donald Trump récemment élu, contre l’Europe, et en particulier, contre l’économie allemande, avec, en main, la menace d’une diminution de l’engagement des États-Unis vis-à-vis de l’OTAN, et surtout des pays européens.

À nouveau, l’Europe de la Défense est présentée comme la solution à tous les maux, permettant aux européens d’assurer par eux-mêmes leur sécurité, face à une Russie et un Vladimir Poutine de plus en plus vindicatif, et toujours plus épaulé par Pékin et la Corée du Nord.

Les atouts d’une coopération européenne étendue en matière de programmes industriels de défense

Il est vrai que la coopération européenne, en particulier en matière de programmes industriels de défense, a de nombreux atouts à faire valoir. Ainsi, cette coopération permet de partager les couts de conception des nouveaux équipements, ce qui s’avère déterminant pour de nombreux pays, dont la France, qui font face à de très importantes difficultés budgétaires, les privant de toute flexibilité en matière de programmation militaire.

Eurofighter Typhoon BAE
L’Eurofighter Typhoon est plus cher et moins performant que le Rafale français, raison pour laquelle l’aviond e Dassaut s’est 2,5 fois mieux exporté que l’appareil européen.

En outre, elle permet d’étendre sensiblement les volumes initialement commandés pour atteindre certains seuils industriels, afin de mettre en œuvre des lignes de production industrielles dimensionnées pour une production plus intense, et moins onéreuse.

Enfin, avec davantage d’acteurs engagés dans un même programme, il est théoriquement possible de multiplier les opportunités d’exportation pour les équipements produits, précisément en pariant sur les relations bilatérales privilégiées que peuvent avoir certains pays membres, avec certains clients potentiels.

Ainsi, depuis les années 50, la coopération européenne a été au cœur de très nombreux programmes, comme les C-160 Transall, Alpha-jet, Roland, HOT et Milan franco-allemands, les Jaguar, Gazelle, Puma et Storm Shadow/SCALP franco-britanniques, les Horizon et Aster franco-italiens, le missile Meteor qui rassemble la Suède, l’Allemagne, l’Espagne et la France, ou encore les Tornado puis les Eurofighter Typhoon, rassemblant l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Espagne (Typhoon uniquement).

Les nombreux points faibles de la coopération européenne industrielle de défense, exacerbés en temps de crise

Cependant, en dépit de ces succès, cette coopération européenne n’est pas dénuée de certaines faiblesses, et non des moindres. D’abord, les programmes industriels européens de défense, sont risqués, et même, très risqués.

P8 Poseidon
Aujourd’hui, plus de 60 % des investissements européens e matière d’équipements de défense sont fléchés vers les Etats-Unis.

En effet, les programmes avortés, abandonnés ou annulés, ne se comptent plus dans ce domaine, quel que soit le ou les partenaires impliqués. Les exemples récents des programmes CIFS et MAWS, ne représentent qu’une infime partie des centaines de programmes européens abandonnés depuis les années 50, créant parfois des déficits capacitaires sévères, car non planifiés, pour les armées concernées.

Par ailleurs, ces programmes sont plus chers. Une règle empirique, mais confirmée par les faits, prédit que les couts de développement d’un programme en coopération seront multipliés par la racine carrée du nombre de participants, soit 1,4 pour 2 participants, 1,7 pour 3, 2 pour 4 participants etc… Ainsi, il est parfaitement erroné de penser que la coopération internationale permet de diviser les couts de développement.

Les difficultés rencontrées lors des négociations entre pays et industrielles, dans ce type de programme, tendent également à en étendre sensiblement les délais de conception. Ainsi, 7 ans après le lancement des programmes MGCS et SCAF, ceux-ci n’ont que peu évolué, en comparaison de la manière dont ils auraient pu avancer si développés nationalement.

La conséquence de ces difficultés, est le report de l’entrée en service prévue de ces équipements, au-delà de 2040, peut-être même 2045, et non 2035, comme initialement prévu. Pour faire face à ces délais, la France a lancé le développement d’un Rafale F5, qui sera pleinement opérationnel en 2035, et l’Allemagne a développé le Leopard 2A8, en attendant un possible Leopard 2AX.

Leopard 2A8 de KNDS au salon Eurosatory 2024
Le Leopard 2A8 est apparu pour la première fois en public lors du salon Eurosatory 2024, pour assurer une offre interimaire jusqu’à l’arrivée du MGCS, au delà de 2040.

À ce titre, les surcouts engendrés par l’extension des délais, notamment lorsqu’il s’agit de developper et se doter de capacités intérimaires, viennent sensiblement éroder les bénéfices attendus en matière de répartition des couts de développement.

Par ailleurs, les programmes en coopération ont rapidement tendance à la sur-spécification, comme ce fut le cas du programme NH-90. En outre, les bénéfices attendus, en matière d’exportation, sont décompensés par les vétos que peuvent poser certains pays participants, qu’il s’agisse de faire pression sur le client, ou simplement pour répondre à la pression de l’opinion publique nationale.

Enfin, les programmes en coopération reposent nativement sur le partage de l’activité industrielle, de sorte que le retour budgétaire, qu’il s’agisse de la commande nationale comme de la commande export, est largement répartie entre tous les acteurs.

Dans le cas du programme SCAF, nous avons déjà montré à quel point ce volet s’avère défavorable à la France et à ses finances publiques, avec un cout résiduel par appareil deux à six fois plus chers pour les finances publiques, développement compris, pour le programme en coopération.

La France face à un choix crucial pour son avenir et celui de son autonomie stratégique

Face à ces constats, la France est aujourd’hui dans une situation difficile. En effet, nonobstant les biais européistes du président Macron et d’une partie de la classe politique, qui voient dans l’émergence de l’Europe de la défense, un aboutissement politique justifiant de nombreux sacrifices, y compris pour le pays et sa sécurité propre, le pays est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Missile Hades
Avec le programme Hades, la France avait dejéà toutes les briques technologiques pour concevoir un missile balistique MRBM depuis 35 ans maintenant. Elle les a toujours, contrairement aux autres pays européens. Pourtant, elle envisage de developper ce programme au plan européen.

D’un côté, il apparait de plus en plus évident, au fil des semaines, que la trajectoire budgétaire fixée par la LPM 2024-2030, sera très insuffisante pour répondre à l’ensemble des besoins ayant émergé par la dégradation très rapide des tensions internationales, y compris (et surtout), en Europe, et l’accélération du tempo technologique defense qu’elle engendre.

En outre, la détérioration des finances publiques françaises est telle, qu’il semble très difficile d’envisager d’accroitre ces investissements planifiés, sans de sévères arbitrages budgétaires qui créeraient beaucoup de mécontentements dans le pays, alors que l’opinion publique n’a plus de culture stratégique, et n’est donc plus prête au moindre sacrifice pour assurer sa défense.

À l’inverse, le recours à la coopération européenne pour traiter ces dossiers, comme c’est déjà le cas avec le programme de frappe à moyenne portée ELSA, ou comme il est question de la faire pour l’éventuel programme de missile balistique à portée intermédiaire évoqué récemment, entrainera nécessairement d’importants délais supplémentaires, peu compatibles avec l’urgence opérationnelle.

En outre, il est à présent évident que le recours à la coopération européenne pour des programmes de portée stratégique, comme c’est le cas de SCAF, entrainera un glissement de l’autonomie stratégie nationale vers le niveau européen.

Dissuasion française Rafale ASMPA
Etendre la dissuasion française à d’autres pays européens est une chose. Dépendre d’autres pays, même alliés, pour sa mise en oeuvre, serait en revanche une menace critique pour la sécurité du pays.

Or, s’il est déjà à ce point délicat et risqué de s’entendre entre européens, pour certains programmes industriels de défense, sans enjeux sécuritaires immédiats, qu’en sera-t-il lorsque la pression sera à son comble, et que Berlin, ou un autre, décidera de cesser la production de certaines pièces critiques pour le nouveau chasseur ou le nouveau missile balistique européen, afin de ne pas provoquer l’ire de Moscou, ou simplement pour plaire aux élans pacifistes de son opinion publique ?

Conclusion

On le voit, l’émergence de l’initiative d’Europe de la Défense présentée par Ursula von der Leyen, si elle sera certainement perçue par certains comme la concrétisation de leurs certitudes en la matière, n’en représente pas moins certains risques significatifs, en particulier pour un pays comme la France, qui a consenti à de nombreux sacrifices depuis les années 50, pour être en mesure de maitriser l’ensemble des paramètres liés à sa sécurité propre, y compris dans le domaine de l’industrie de défense.

En effet, si, en temps de pays, la coopération industrielle internationale peut se justifier, en l’absence d’enjeux stratégiques et de contraintes de temps, ce n’est pas le cas dans la présente situation, face à des adversaires potentiels qui ne souffrent d’aucun doute et d’aucune divergence d’opinion, concernant leurs intérêts nationaux.

NGF programme SCAF
L’avenir du programme SCAF est encore très loin d’être assuré, tant les divergences industrielles et politiques sont grandes en la France et l’Allemagne.

Reste qu’aujourd’hui, la France ne semble pas en position de force, et encore moins en situation lui permettant d’avoir son mot à dire à ce sujet. En effet, ses finances publiques du pays sont à ce point détériorées, qu’il apparait dans l’obligation de s’engager dans ces programmes européens, avec tous les risques que cela implique pour son industrie de défense, la préservation de ses compétences technologiques et de son rang international, et au final, pour sa propre autonomie stratégique.

Malheureusement, et bien que des solutions existent pour contourner les conséquences funestes de ce contexte mortifère, aucun des grands partis politiques français semble faire de ce sujet un enjeu national, préférant parier sur d’autres sujets plus sociaux, ou sur une vision idéalisée de la coopération européenne, sans lien avec la réalité historique.

Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5

Décidément, les informations se multiplient, ces derniers jours, autour du programme Rafale F5. Après que la version navale de la nouvelle version du chasseur français a été confirmée il y a peu, ainsi qu’un programme visant à acquérir 12 de ces appareils pour la Marine nationale, dans le cadre de la 6ᵉ Tranche de 2030 à 2034, une autre information cruciale vient d’émerger.

Elle vient, une fois encore, du très actif député du var Franck Giletti, rapporteur de la mission Armée de l’Air et vice-président de la commission défense de l’Assemblée nationale. À l’occasion d’une question posée à Président de Safran Electronics et Defense, Franck Saudo, ce dernier a confirmé que des discussions étaient en cours, avec la DGA, pour réaliser une nouvelle version du moteur M88 dans le cadre du programme Rafale F5.

Baptisée programme T-REX, celle-ci doit permettre de pousser jusqu’à 9 tonnes avec post-combustion, soit une hausse de 20 % de la poussée du moteur, une augmentation décisive du moteur M88 aussi bienvenue pour l’évolution du Rafale, que pour le maintien des compétences de motoriste complet pour avion d’arme de Safran.

La Rafale F5, le meilleur moment pour introduire une évolution majeure du M88

L’évolution du moteur M88 est envisagée depuis de nombreuses années. Déjà, à la fin des années 2000, Safran et Dassault avaient envisagé de porter la puissance du M88 à 8,5 ou 9 tonnes, pour répondre aux exigences des Émirats arabes unis, Abu Dhabi jugeant les 5 tonnes secs, et 7,5 tonnes avec PC du M88, insuffisants pour un appareil de 25 tonnes.

Rafale en Inde
Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5 50

Toutefois, si Safran pouvait effectivement faire évoluer la puissance du moteur, cela ne pouvait pas être fait sans modifier les dimensions et la masse du moteur. Ceci aurait entrainé de fortes variations concernant le centrage de l’appareil, et avec elles, la nécessité de, peut-être, revoir la cellule, ce qui allait à l’encontre de la logique du programme Rafale.

Le Rafale F5, dont la conception a été lancée il y a quelques mois, pour une entrée en service en 2030, implique précisément des évolutions de la cellule, pour accueillir les nouveaux équipements de détection, de communication, et de traitement numérique, ainsi que le câblage en fibre optique de l’appareil.

C’est la raison pour laquelle les Rafale livrés jusqu’à la version F4.1, ne pourront pas évoluer vers le F5, ce qui va créer une divergence dans le programme, avec deux branches évolutives distinctes.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui encore, il est très peu probable qu’un M88 survitaminé à 9 tonnes, puisse respecter l’ensemble des contraintes d’intégration du turboréacteur dans la cellule actuelle du Rafale. De fait, l’arrivée de la version F5, et de cette divergence, constitue une opportunité unique pour faire évoluer le M88 dans une version plus puissante.

Le programme T-REX, non planifié par la LPM 2024-2030, mais indispensable tant pour le Rafale F5 que pour Safran

Outre l’opportunité offerte par l’évolution de la cellule du F5, un autre facteur est venu, récemment, alimenter les chances de voir ce M88 à 9 tonnes, émerger. On apprend, en effet, dans le cadre des auditions de la commission défense de l’Assemblée nationale, que les récents reports annoncés autour du programme SCAF, sont venus menacer le maintien des compétences de l’industriel Safran dans ce domaine.

SAfran M88 Rafale
Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5 51

Le motoriste français pariait, en effet, sur le programme européen pour prendre, dans les temps, le relais du programme M88, afin de maintenir ses compétences de motoriste pour avion d’armes au niveau requis pour demeurer dans ce club très fermé à l’échelle mondiale.

Or, le programme SCAF est désormais reporté à 2040, voire à 2045 (si tant est qu’il voie effectivement le jour, ce qui n’est toujours pas acquis). Il était donc aussi urgent que nécessaire, pour Safran, d’engager un programme de développement avancé sur moteur d’avions d’arme, ne serait-ce que pour assurer l’intérim technologique et industrielle avec le programme SCAF.

Enfin, il semble que le Rafale F5 sera beaucoup plus ambitieux, et certainement plus lourd, que les Rafale de versions antérieures. De fait, bénéficier de moteurs délivrant 3 tonnes de poussée supplémentaire (et probablement 1,5 à 2 tonne supplémentaire sèche), s’avèrerait assurément indispensable pour conserver les performances de l’appareil, alors que, dans le même temps, les besoins de production électrique à bord seront, eux aussi, bien plus importants, nécessitant un moteur lui aussi plus puissant.

Tout semble donc s’aligner pour que ce programme de turboréacteur M88 porté à 9 tonnes, baptisé programme T-REX par Safran, puisse voir le jour dans le cadre du programme Rafale F5. Tout, sauf la loi de Programmation Militaire.

Le M88, le chef d’œuvre de Safran aux performances souvent mal comprises

Longtemps, le turboréacteur M88 de Safran, n’a pas eu bonne presse, en particulier dans les publications anglo-saxonnes, qui sont malheureusement les plus répandues et les plus lues dans le monde.

En effet, le moteur ne développait pas une poussée exceptionnelle, par rapport à sa masse, et à celle du Rafale, ce qui suffisait à de nombreux commentateurs, pour anticiper un probable manque de puissance du Rafale, face au Super Hornet ou au Typhoon, par exemple.

Rafale M88 PC decollage
Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5 52

L’usage a montré à quel point ils avaient torts. Certes, le réacteur de 3m54 et de 696 mm de diamètre, ne développe que 75 KN avec PC, et 50 KN à sec, soit respectivement 7,65 t et 5,1 tonnes de poussée. On est, en effet, très loin des 60/90 KN de l’EJ-200 de l’Eurofighter, et encore davantage des 58/98 KN du F414 du Super Hornet.

Pourtant, le Rafale demeure l’appareil qui emporte le plus de charge, proportionnellement à sa masse à vide, ainsi que celui qui décolle avec la charge la plus élevée, à partir d’un Skijump. Mieux encore, il surclasse nettement l’Eurofighter et le Super Hornet, en termes d’autonomie et de rayon d’action de combat.

En effet, le M88 a été conçu pour avoir une consommation particulièrement basse. Ainsi, à haute altitude et pleine PC, en vol supersonique, le Rafale consomme moins de carburant que l’Eurofighter à pleine puissance, et sans PC, à vitesse transsonique.

Le M88 n’a par ailleurs besoin de ne tourner qu’à 50 % de sa puissance, pour amener le Rafale à Mach 0,9, et il peut tenir ce régime pendant plus de 7 heures, ce dont ni l’Eurofighter, ni le Super Hornet, et surtout pas le F-35, sont capables. Enfin, le M88 se montre particulièrement fiable et résistant, et se maintient très bien, y compris en environnement contraint comme à bord du porte-avions, ce qui permet à la Marine nationale d’assurer un taux de disponibilité très élevé pour le groupe de chasse embarqué.

Le T-REX pour propulser le nouveau drone de combat français ?

Bien que ce ne soit pas évoqué par Franck Saudo, ni par Franck Giletti dans sa question, le programme T-REX pourrait avoir une autre utilité, et non des moindres, celle de propulser le nouveau drone de combat qui accompagnera le Rafale F5.

Neuron Rafale
Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5 53

Avec une poussée sèche de 60 KN, 6,2 tonnes, le T-REX du drone étant très certainement privé de PC pour gagner de la place, de la masse, et de la consommation, le moteur conférera, en effet, un regain de puissance plus que bienvenu pour ce drone de combat, dont on sait qu’il sera sensiblement plus imposant que Neuron, avec une masse au décollage probablement autour de 9 tonnes.

En outre, disposer du même moteur pour le Rafale F5 et le drone combat, en simplifierait considérablement la maintenance, la gestion des pièces, des bancs et des formations des personnels, un atout considérable pour les forces aériennes, qui s’avèrera déterminant à bord du porte-avions, puisque ne nécessitant pas l’installation d’un second banc dédié.

La Loi de Programmation militaire 2024-2030 montrent chaque jour ses limites pour répondre au durcissement des tensions internationales et à la nouvelle course aux armements mondiales.

Reste le nœud du problème, comme toujours pour les programmes de défense, son financement. Ces dernières semaines, les besoins de financement de programmes de défense non planifiés par la LPM 2024-2030, se sont multipliés.

Aujourd’hui, il s’agit du turboréacteur T-REX du Rafale F5, hier, d’un programme de missile balistique MRBM ou IRBM, pour contenir la menace russe dans ce domaine, avant-hier, l’augmentation du nombre de Sylver et l’ajout de CIWS à bord des frégates françaises FDI.

Comme l’explique Franck Saudo au sujet du programme T-REX, la LPM a été conçu sur certains paradigmes qui ont rapidement évolué depuis, comme ici, le report du programme SCAF, mais aussi l’absence de menaces de type MRBM/IRBM venues de Russie.

Illustration RS-26
Système RS-26 Rubezh

Notons, au passage, que tous ces sujets, pouvaient être anticipés, par une lecture attentive des évolutions des tensions internationales et du tempo technologique. Ainsi, tant le besoin d’un M88 survitaminé dans le cadre d’un Super-Rafale, le besoin d’un missile balistique type MRBM/IRBM, ou encore du renforcement des missiles embarqués par les frégates françaises, tous ces sujets avaient fait l’objet d’articles publiés il y a plusieurs années sur ce site.

Le besoin, aujourd’hui, est d’autant plus critique, qu’il est urgent, du fait des technologies disponibles chez les adversaires potentiels de la France, qu’ils apparaissent de manière simultanée, et que la situation budgétaire et politique du pays est dégradée, rendant tout arbitrage dans ce domaine, particulièrement complexe et difficile.

L’émergence simultanée de ces programmes, aussi indispensables que gourmands en crédits, ne pourra se financer par un simple décalage ou un étalement des programmes actuellement financés par la LPM. Il sera donc nécessaire, dans un avenir très proche, de concevoir un avenant à la LPM, chargé de planifier et de financer ces programmes industriels supplémentaires, ainsi que d’encadrer et structurer la mise en œuvre de ces équipements par les armées.

Conclusion

On le voit, l’annonce du programme T-REX par Safran, représente une excellente nouvelle pour l’avenir du programme Rafale F5, ainsi que celui, très certainement, du programme de son drone de combat. Il permettra, en outre, de maintenir et étendre les compétences de Safran, en matière de moteur d’avions de combat, pour s’assurer que le motoriste français dispose toujours de toutes les compétences pour cette mission hautement stratégique.

Dassault Aviation Merignac Rafale
Avec le programme T-REX, Safran travaille sur une variante 9 tonnes du réacteur M88 pour le Rafale F5 54

Cependant, qu’il s’agisse du T-REX, comme du programme de missile balistique MRBM/IRBM évoqué aujourd’hui dans la presse, ou de l’objectif exprimé par l’amiral Vaujours, pour renforcer l’armement des frégates françaises, aucun de ces programmes n’est aujourd’hui financé, et la LPM ne dispose d’aucune marge de manœuvre budgétaire pour cela.

À nouveau, il apparait que la planification française, telle que votée et appliquée dans le cadre de la LPM, ne répond plus aux besoins qui ont émergé depuis deux ans, dans un contexte international et technologique, il est vrai, d’un tempo sans comparaison avec les 30 dernières années.

Outre l’indispensable besoin de replanification, à court termes, pour répondre à ces besoins, il est aussi urgent et nécessaire, de s’appuyer sur de nouveaux modèles de financement des équipements de défense, seules alternatives pour permettre de dégager les ressources requises pour répondre aux besoins des armées, sans alourdir le poids de la dette publique et des déficits.

Faute de se tourner vers de telles solutions innovantes, on peut craindre un effondrement en série des compétences de l’industrie de défense, des armées, et à termes, de l’autonomie stratégique nationale, donc de la dissuasion. Reste à voir si les dirigeants, et les partis politiques, sauront s’emparer de ce sujet, avec toute l’urgence qu’obligent les circonstances, ou s’ils préféreront feindre de détourner le regard, pendant que la défense française s’effondre sur elle-même.

Rafale Marine F5 et drones de combat navals, la Marine nationale entrera dans la 6ᵉ génération dès 2035

La France va donc developper, aux côtés des versions terrestres du Rafale F5 et de son drone de combat, un Rafale Marine F5 et une version navale de son drone de combat, pour remplacer les Rafale M les plus anciens, à bout de potentiel, ainsi que pour doter le Groupe aérien embarqué d’une capacité de 6ᵉ génération, certainement en amont de phase des autres grandes marines occidentales.

C’est, en tout cas, ce qu’a indiqué le député de la commission Défense, Franck Giletti, dans son récent rapport sur l’évolution de la puissance aérienne française. Cette annonce, somme toute attendue et sans véritable surprise, s’inscrit dans un important effort entrepris par la Marine nationale et le ministère des Armées, pour adapter la puissance navale militaire aux nouvelles réalités géopolitiques et technologiques navales, en développement très rapide depuis plusieurs années.

Quels seront les atouts de cette nouvelle capacité pour le Groupe aérien embarqué français ? Est-elle adaptée aux besoins à venir et aux nouvelles menaces ? Et comment la Marine nationale va-t-elle évoluer, pour répondre à la multiplication des théâtres d’engagement, et l’accélération du tempo technologique militaire ?

12 Rafale Marine F5 et des drones de combat navals pour armer le(s) porte-avions français d’ici à 2035

En marge du salon Euronaval 2024, le ministère des Armées avait indiqué, dans sa communication, que le Groupe Aérien embarqué du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, disposerait, lui aussi, du nouveau standard Rafale F5, ainsi que de son drone de combat.

Rafale Marine F5 et drones de combat naval
L’une des principales capacités du Rafale F5 sera de controler le ou les drones de combat developpés sur les acquis du programme Neuron par Dassault Aviation.

L’information avait de quoi surprendre. En effet, jusqu’à présent, les autorités françaises avaient systématiquement refusé d’évoquer la possibilité d’une nouvelle commande de Rafale M, même pour remplacer les appareils les plus anciens, et les plus usés, par un environnement et des conditions d’utilisation très éprouvantes pour les cellules des appareils.

Dans le même temps, toutes les informations concernant le nouveau standard F5, indiquaient que celui-ci ne serait rétrocompatible qu’à partir du standard F4.2 natif, déjà câble en fibre optique, entrainant une divergence d’évolution dans les versions à venir du Rafale, évoqués dans plusieurs articles sur ce site.

De fait, il n’y avait guère d’autre alternative, pour la Marine nationale, que de confirmer la prochaine commande de Rafale Marine F5, tant pour porter la composante nucléaire embarquée avec l’arrivée du missile supersonique de nouvelle génération ASN4G, successeur de l’ASMPA-R, que pour contrôler les nouveaux drones de combat, eux aussi développés simultanément en version terrestre et navale embarquée, comme le Rafale.

On sait à présent que 12 de ces appareils devraient être commandés dans le cadre de la 6ᵉ tranche de Rafale destinés aux forces aériennes françaises, pour des livraisons qui devraient intervenir peu après 2030.

La Marine nationale sera-t-elle la première à disposer d’une aéronavale de 6ᵉ génération en occident

L’arrivée du Rafale Marine F5 et de son drone de combat, au sein des forces aéronavales françaises, va certainement provoquer certains bouleversements capacitaires et structurels. Ainsi, le format de 12 appareils, semble parfaitement correspondre à la création d’une quatrième flottille de chasse embarquée, spécialisée pour la mise en œuvre de ces nouvelles capacités, comme c’est le cas de la flottille 12F, spécialisée dans la défense aérienne.

Rafale M porte-avions charles de Gaulle
Avec 12 nouveaux Rafale Marine F5, la marine nationale pourrait créer une quatrième flotille de chasse embarquée, spécialisée dans la mise en oeuvre de cet aéronef, et de ses drones de combat.

Ce faisant, l’aéronavale française rationaliserait la maintenance et l’entrainement des équipages et personnels au sol, tout en déployant, en permanence, l’équivalent de 4 à 6 appareils de ce type, plus leurs drones, à chaque mission du porte-avions.

En effet, l’arrivée du couple formé par le Rafale Marine F5 et son drone de combat, va doter le groupe aérien embarqué français de capacités dites de 6ᵉ génération, conçues spécifiquement pour contrer les nouvelles stratégies de déni d’accès et de saturation, que l’on voit apparaitre dans de nombreuses forces armées.

Ainsi, outre les missions de dissuasion embarquées, que l’on sait à présent bien moins symboliques qu’elles ne pouvaient l’être il y a quelques années seulement, le F5 sera conçu spécifiquement pour mener des missions de suppression des défenses aériennes adverses, afin de permettre au reste du GAN, composé de Rafale F4, d’évoluer en sécurité pour mener des missions d’attaque et de supériorité aérienne.

Dans le domaine naval et antinavire, également, le F5 et son drone de combat, pourront apporter une immense plus-value, permettant notamment d’identifier les cibles avec précision pour des missions d’attaque antinavires, puis de vérifier l’efficacité de ces frappes.

En d’autres termes, le groupe aérien embarqué français entrera pleinement dans l’engagement coopératif qui définit cette 6ᵉ génération des avions de combat, et ce, dès le début des années 2030. Il sera, sans aucun doute, le premier en Europe et dans le bassin méditerranéen, doté de cette capacité. À cette date, en effet, seule l’US Navy, et peut-être les Forces navales de l’Armée populaire de libération, disposeront, elles aussi, de capacités d’engagement collaboratif et de drones de combat aussi évolués.

Un potentiel export non négligeable pour le Rafale M F5 et son drone de combat

Si le développement du Rafale Marine F5, et de son drone de combat embarqué, répondent avant tout aux besoins de la Marine nationale, ce couple aura, sans le moindre doute, un réel potentiel à l’exportation, pour peu que, comme le Rafale, le drone de combat soit capable d’employer un Skijump.

Rafale M
Si le Rafale M a été conçu pour utiliser une catapulte, il amontré, lors des essais à Goa, en Inde, qu’il pouvait decoller a charge élevée, avec l’aide d’un simple skijump.

Rappelons que c’est cette habileté qui permit au Rafale M de s’imposer face au F/A-18 E/F Super Hornet, ainsi que face au Mig-39K russe, en Inde, pour armer le nouveau porte-avions, l’INS Vikrant, la Marine indienne devant prochainement officialiser la commande de 22 Rafale M F4 ainsi que 4 Rafale B F4 pour la formation.

Or, face à la Marine chinoise, qui développe également des drones embarqués, et qui devrait rapidement admettre au service le chasseur de 5ᵉ génération J-35, la plus-value représentée par le couple Rafale M F5 et son drone de combat, permettrait au(x) porte-avions indiens de faire jeu égal avec leurs homologues chinois dans de nombreux domaines.

Outre l’Inde, le Brésil pourrait, lui aussi, s’intéresser au Rafale M, et par extension, à la version F5 embarqué. En février 2024, le président Lula avait ainsi soutenu la nécessité, pour la Marine brésilienne, de disposer d’un nouveau porte-avions afin de remplacer le São Paulo (ex-Foch), qui a quitté le service en 2018, après 18 années passées au sein de la Marine brésilienne, et 37 ans pour la Marine nationale.

La prolongation du porte-avions Charles de Gaulle en ligne de mire de la Marine nationale

Toutefois, l’arrivée du Rafale M F5 et de son drone de combat, pourrait également permettre à un autre dossier majeur de la Marine nationale, d’évoluer favorablement. En effet, celle-ci va mener, à l’occasion du prochain arrêt technique majeur du porte-avions Charles de Gaulle, prévu pour 2027, une investigation pour déterminer si, oui ou non, celui-ci pourra être prolongé d’une nouvelle période de 10 ans, en 2038.

PAN Charles de Gaulle
Comme les sous-marins de la Marine nationale, le PAN Charles de Gaulle doit reharger ses deux reacteurs nucléaires tous les dix ans.

Entré en service en 2000, le PAN Charles de Gaulle devait, en effet, rester en service jusqu’en 2038, puis être remplacé, à ce moment-là, par le nouveau PANG. Comme les sous-marins nucléaires français, le Grand Charles, soit par ailleurs rechargé ses deux réacteurs en combustible nucléaire faiblement enrichi, tous les dix ans.

De fait, le dernier rechargement des réacteurs était initialement prévu lors de la quatrième IPER (Indisponibilité périodique) du navire, qui s’étendra de 2027 à 2028. La pression opérationnelle, ainsi que l’extension ses menaces, ont amené la Marine nationale à envisager l’extension du PAN pour une 5ᵉ période de dix ans, pour un retrait du service en 2048, après une cinquantaine d’années à la mer.

Pour autant, les ingénieurs de Naval group et de la DGA, sont aujourd’hui incapables de certifier que le navire français puisse effectivement être efficacement prolongé de dix ans, sans devoir subir d’importants travaux de maintenance. Ce sera précisément le rôle de la mission d’inspection et d’évaluation qui sera menée en 2027.

Toutefois, et nonobstant d’éventuels retards dans le programme PANG, la Marine nationale pourrait bien, dès lors, se retrouver avec 2 porte-avions nucléaires à partir de 2038. Ce qui entrainera, nécessairement, des besoins accrus pour armer un second équipage de 1500 militaires (hors groupe aérien).

PAn Charles de Gaulle IPER
L’IPER du PAN Charles de Gualle dure en moyenne 10 mois, tous les 10 ans, et s’effectue à l’Arsenal de Toulon.

En outre, pour exploiter parfaitement la disponibilité offerte par deux PAN, les flottes embarquées françaises de chasse, de veille aérienne et d’hélicoptère, devront sensiblement être accrues, sans pour autant être doublées, une hausse de 40 % étant suffisante pour cela.

Dans ce domaine, disposer du Rafale M F5 et de son drone aérien embarqué, constituera un atout de taille pour valoriser l’efficacité du groupe aéronaval, et donc pour augmenter les chances de voir re-émerger une flotte à deux porte-avions, pour la Marine nationale, dans un contexte géopolitique qui l’exige certainement.

Le défi de la hausse et à la multiplication des menaces navales

Plus généralement, la Marine nationale va devoir, à présent, entamer une profonde mutation, afin de répondre aux évolutions sans précédent des menaces navales. En effet, si le format de la flotte française demeure assez proche de celui qui était le sien dans les années 80, à la fin de la guerre froide, le contexte international a, lui, considérablement évolué.

Ainsi, pendant la guerre froide, au-delà des guerres de Corée et d’Indochine, la Marine nationale était essentiellement déployée, pour ce qui concernait sa flotte de 1ᵉʳ rang, en Méditerranée et dans l’Atlantique Nord, afin de neutraliser la menace navale soviétique, et notamment celle que faisait l’immense flotte sous-marine de Moscou.

porte-avions Foch et Clemenceau Marine nationale
Lorsque la Marine nationale disposait de 2 porte-avions, le Foch et le Clemenceau, elle disposait d’une alerte aéronavale permanente.

De fait, la menace était alors à la fois concentrée, geographiquement parlant, et technologiquement parlant, puisque seule l’Union Soviétique disposait d’une flotte susceptible de représenter une menace.

La situation, aujourd’hui, est évidemment très différente. Au-delà de l’Atlantique Nord et du bassin méditerranéen, toujours très actifs face à la Russie, d’autres points chauds navals sont apparus, au Moyen-Orient, avec la menace iranienne et Houthis, et dans le pacifique, avec la montée en puissance sans précédent de la Marine chinoise, qui fait jeu égal dans de nombreux domaines avec la surpuissante US Navy.

Cette répartition oblige, par ailleurs, l’US Navy à ventiler ses unités navales, et à sensiblement réduire sa présence en Méditerranée et dans l’Atlantique nord, a présent sous responsabilité européenne.

C’est ainsi que la menace Houthis, soutenue par l’Iran, sur le trafic commercial et militaire en mer Rouge, oblige la Marine nationale à déployer une de ses 10 véritables frégates de 1ᵉʳ rang, sur ce théâtre, sans interruption depuis l’autonome 2023, ceci venant lourdement handicaper les moyens disponibles pour les autres missions, non moins importantes.

À cette répartition géographique, s’ajoutent également une ventilation technologique. Ainsi, alors que la Russie restait fidèle à ses missiles supersoniques à trajectoire plongeante, la Chine, ainsi que l’Iran, ont développé des menaces utilisant des missiles balistiques antinavires, nécessitant des moyens spécifiques pour s’en protéger.

tir aster 30 fremm classe aquitaine
Les déploiements des frégates françaises en mer Rouge ont montré que les frégates armées de seulement 16 missiles Aster, pouvaient rapidement consommer l’ensemble de leurs munitions d’escorte.

De même, la Chine investit massivement dans le domaine des drones navals et aériens, dans l’aviation navale à longue portée, et dans les avions de combat furtifs embarqués, ce dont la Russie est privée, alors que Moscou a déjà déployé des missiles antinavires hypersoniques et des drones sous-marins à propulsion nucléaire, dont ne dispose par Pékin.

La Marine nationale va devoir rapidement évoluer en format comme en capacités

Face à ce double défi, la Marine nationale n’est pas pleinement préparée. Elle n’est cependant pas désarmée. En dépit d’importantes coupes budgétaires dans les armées, celle-ci est parvenue à préserver nombre de ces moyens, en particulier concernant les capacités de premier rang.

Ainsi, comme en 1990, à la fin de la guerre froide, elle prévoit de disposer de 15 frégates de premier rang, dont quatre antiaériennes, de six sous-marins nucléaires d’attaque et de 3 grands navires d’assaut.

En revanche, elle n’aligne d’un unique porte-avions, et a vu sa flotte d’escorteurs légers disparaitre, au profit de patrouilleurs hauturiers ne disposant pas de la même plus-value opérationnelle relative que n’offraient les avisos A69 dans les années 80. La flotte de guerre des mines sera, elle aussi, divisée par deux, même si les nouveaux navires disposeront d’un potentiel opérationnel très supérieur aux chasseurs de mines tripartite.

FLF modernisée
Bien que considérées comme des frégates de 1er rang, les FLF La Fayaette modernisée n’en sont pas, et ne peuvent pas être déployées en mer Rouge, par manque de puissance de feu antiaérienne.

Cependant, pour maintenir son format, la Marine nationale a dû consentir à de nombreux sacrifices, notamment en termes d’équipements des bâtiments eux-mêmes. Ainsi, les frégates françaises sont toutes dépourvues de systèmes de défense rapprochée, ou CIWS, et n’emportent, bien souvent, qu’un nombre limité de missiles.

C’est le cas des nouvelles Frégates de Défense et d’Intervention, ou FDI, qui doivent permettre de ramener le format d’escorteurs français à 15 navires. Ces frégates, dont la première entrera en service en 2025, n’emporte que deux systèmes de silos verticaux SYLVER, pour 16 missiles Aster 30 antiaériens, alors que l’intervention en mer Rouge a montré qu’une telle dotation était très insuffisante dans un contexte moderne.

À ce titre, l’Amiral Vaujours, le Chef d’état-major de la Marine, s’est récemment exprimé en faveur d’un durcissement de l’armement des FDI, spécifiquement pour amener les navires français à 32 silos verticaux, comme les frégates FDI acquises par la Grèce.

De même, un nombre croissant d’échos indiquent que les frégates et grandes unités navales françaises, pourraient prochainement être dotées (enfin) de CIWS, comme le nouveau Lanceur Modulaire Polyvalent de Naval group, capable d’emporter jusqu’à 16 missiles à courte portée Mistral 3.

Naval group LMP
Le Lanceur Modulaire Polyvalent ou LMP de Naval Group, va debuter ses esssais sur navire dès 2025. Après quoi, il pourrait rapidement trouver sa place sur les frégates et unités de 1er rang de la Marine nationale.

D’autres voix s’élèvent pour appeler au renforcement du format de la Marine nationale. Ainsi, le député Yannick Chenevard a vivement appelé, dans un avis sur le budget 2025, à revoir ce format, et en particulier à statuer sur l’ajout de trois frégates de 1ᵉʳ rang, jugées indispensables pour répondre à la hausse de la pression opérationnelle, ainsi que d’un second porte-avions, indispensable pour disposer d’une permanence du groupe aéronaval.

Conclusion

Qu’il s’agisse de Rafale Marine F5, de drones de combat embarqués, de navires autonomes, ou encore de durcissement des moyens et du format de la Marine nationale, celle-ci est, aujourd’hui, à la croisée des chemins.

Ayant su très habilement préserver l’essentiel de son potentiel humain, pour traverser les années de plombs post-guerre froide, celle-ci dispose aujourd’hui de compétences, de moyens et de savoir faire enviés par toutes les marines européennes, comme dans le domaine des porte-avions, de la guerre des mines ou des sous-marins à propulsion nucléaire.

En outre, l’industrie navale de défense française est, elle aussi, parvenue à préserver compétences et capacités de production, notamment en s’appuyant sur l’exportation, autour de Naval Group.

FDI marine hellenique
Si la Marine a su maintenir ses compétences et savoir faire en dépit des coupes budgétaires de ces 25 dernirèes années, l’indsutrie navale frnaçaise est parvenue à faire de même en augmentant sensiblement ses parts de marchés à l’internationale.

De fait, aujourd’hui, la France dispose incontestablement des atouts nécessaires pour developper une Marine de premier rang capable de répondre à l’ensemble des défis qui apparaissent et se développent depuis une décennie.

Reste que, pour y parvenir, il manque le plus important, les budgets pour entamer et mener à son terme, sur un calendrier adapté à la réalité des menaces, et un cadre programmatique, pour mettre en cohérence les moyens, les doctrines et les objectifs.

Une fois encore, il apparait que la France est, à présent, dans l’obligation de mener une réflexion globale et exhaustive, pour déterminer quels sont les moyens militaires dont elle a besoin pour assurer sa défense et celle de ses intérêts, puis pour définir une stratégique, y compris budgétaire et RH, pour atteindre ces objectifs dans le calendrier requis, et rendre ces efforts soutenables.

L’US Navy redoute des transferts de technologies sous-marines russes vers la Chine et la Corée du Nord

Quelles seraient les conséquences si la Chine et la Corée du Nord venaient à bénéficier de transferts de technologies sous-marines russes ? On le sait, le théâtre Pacifique représente, aujourd’hui, l’obsession du Pentagone, et l’US Navy est, ici, en première ligne pour contenir la montée en puissance des armées chinoises, mais aussi nord-coréennes et russes, qui coopèrent sur l’ensemble du Pacifique occidental.

Si la puissance aéronavale représente l’outil de prédilection de l’US Navy pour s’imposer en haute mer dans le Pacifique, pour s’approcher des cotes, celle-ci ne peut compter, en première intension, que sur la supériorité technologique et numérique de sa flotte sous-marine, qui aligne presque une cinquantaine de SSN face à une douzaine de navires chinois et russes de même type.

Dans ce domaine, l’US Navy peut s’appuyer sur d’importants atouts technologiques, en particulier face à la Chine, dont les SSN Type 09III manquent encore de performances et de fiabilité, pour s’opposer à ses Los Angeles, et surtout à ses Seawolf et ses Virginia.

Cet avantage pourrait cependant rapidement se dégrader si Pékin et Pyongyang venaient à recevoir des transferts de technologies sous-marines venus de Russie, les derniers sous-marins nucléaires russes, comme les Iassen, étant jugés très performants et dangereux par les analystes américains. C’est exactement ce que redoute et anticipe l’amiral Sam Paparo, qui commande l’US INDOPACOM, le commandement unifié indo-pacifique des armées américaines.

L’US Navy parie sur la supériorité de sa flotte sous-marine dans le Pacifique

Pour faire face à l’US Navy, les forces navales et aéronavales de l’Armée Populaire de Libération chinoise ont développé une doctrine et des équipements conçus pour tenir à distance les grands groupes aéronavals américains.

DF-26 IRBM AShBM
Le missile DF-26 chinois est un missile balsitique de portée intermédiaire à capacité antinavire pouvant atteindre ses cibles, de grands navires américains comme les porte-avions ou les LHA/LHD, jusqu’à 4500 km.

Ainsi, l’APL dispose aujourd’hui de plusieurs batteries de missiles balistiques de portée intermédiaire à capacité antinavires DF-26, d’une portée de 4500 km, conçus précisément pour frapper les grands navires aéronavals et amphibies américains, épaulés par une flotte de bombardier à longue portée H-6J armés de missiles de croisière et balistiques antinavires, avec une allonge pouvant atteindre 6000 km.

Ces deux vecteurs s’appuient, par ailleurs, sur d’importants moyens de détection avancés, qu’ils soient par satellites, aériens ou navals, conçus pour localiser les flottes américaines et, le cas échéant, pour coordonner les frappes.

En d’autres termes, il sera difficile, pour la flotte de surface américaine, de s’approcher à moins de 2000 nautiques des côtes chinoises, soit à distance suffisante pour venir en aide à Taïwan, voire au Japon et à la Corée du Sud, sans essuyer un delouge de missiles chinois. Tout au moins, en début de conflit, tant que ces moyens de première frappe, n’auront pas été neutralisés.

Pour y parvenir, l’US Navy dispose d’un autre atout, et il est de taille. En effet, celle-ci dispose, aujourd’hui, d’une cinquantaine de sous-marins nucléaires d’attaque des classes Los Angeles, Seawolf et Virginia.

À la fois très rapides, très discrets et disposant d’une importante puissance de feu, tant anti-sous-marine qu’antinavire et de frappe vers la terre, ces navires sont très supérieurs, technologiquement, aux modèles chinois, comme les SSN Type 09III/A/B, par ailleurs peu nombreux dans la Marine chinoise, qui n’aligne que sept de ces navires aujoud’hui.

Type 09III Marine chinoise
Le Type 09III est le plus moderne des SSN chinois. Le navire est cependant sensiblement moins performant que les Virginia de l’US Navy, et la marine chinoise n’en dispose que de 7 exemplaires.

De fait, aujourd’hui, c’est bien cette flotte sous-marine nucléaire américaine, par sa masse et son avantage technologique, qui représente la principale force de dissuasion pour prévenir la Chine d’une action militaire majeure contre Taïwan, voire contre le Japon.

Le commandant du théâtre pacifique anticipe des transferts de technologies sous-marines russes vers la Chine et la Corée du Nord

Mais qu’en serait-il si les industries chinoises, mais aussi nord-coréennes, venaient à bénéficier des technologies russes dans ce domaine ? La situation pourrait alors rapidement évoluer en défaveur des États-Unis et libérer des opportunités pour Pékin, contre Taïwan, ou pour Pyongyang, contre Séoul.

C’est en tout cas un scénario à la fois crédible et très inquiétant, selon le chef du commandement américain du théâtre indo-pacifique, l’amiral Sam Paparo.

La Chine a rendu possible la transformation de l’industrie de défense russe

Pour argumenter cette hypothèse, l’amiral Paparo s’appuie sur le soutien très important apporté par la Chine pour la reconstruction et la transformation de l’industrie de défense russe, ayant permis à Moscou de reprendre l’avantage militaire à partir de l’été 2023.

Selon l’officier général américain, 90 % des semi-conducteurs et 70 % des nouvelles machines-outils employés par l’industrie de défense russe pour produire les nouveaux blindés, avions de combat, drones et missiles, livrés aujourd’hui aux armées russes pour renforcer les forces déployées en et autour de l’Ukraine, proviennent de Chine. Dit autrement, sans l’aide chinoise, Moscou n’aurait jamais pu faire évoluer son outil productif militaire.

Amiral Paparo Indopacom
Pour l’amiral Sam Paparo, chef de l’INDOPACOM, le plus important commandement opéraitonnel des armées US, la Russie pourrait livrer des technologies sous-marines critiques à la Chine et à la Corée du nord. Blague à part, il n’a pas un petit air du capitaine Chandler ???

Ainsi, pour l’INDOPACOM, il est très possible, si pas probable, que Pékin aura obtenu des compensations technologiques significatives de la part de Moscou, pour cette aide décisive, qui se poursuit aujourd’hui encore. Et le principal besoin de l’industrie de défense chinoise, vis-à-vis de l’industrie russe, concerne justement les technologies employées à bord des SSN et SSGN russes, bien plus performants que leurs homologues chinois.

Or, dans une telle hypothèse, Pékin pourrait rapidement accroitre ses moyens industriels, en vue de produire rapidement et massivement, de nouveaux modèles de sous-marins à propulsion nucléaire, qu’il s’agisse de developper des SSN (sous-marins nucléaires d’attaque) faisant jeu égal avec les modèles américains, des SSGN (sous-marins nucléaires lance-missiles) susceptibles d’encore renforcer le déni d’accès distant de l’APL face à la flotte de surface US en haute mer, et enfin des SSBN (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), pour renforcer la composante sous-marine de la dissuasion chinoise.

Ce faisant, la Marine chinoise serait en mesure de sensiblement réduire le risque posé par la sous-marinade US, autour de Taïwan et du Japon, voire en amont de ces iles, pour en neutraliser le caractère dissuasif, alors que, dans la planification américaine, cette hypothèse n’est envisagée qu’au-delà de 2040, lorsque l’utilisation massive de la flotte robotisée et des avions de combat de 6ᵉ génération, permettra d’en compenser les effets.

La Corée du Nord, un allié militaire majeur de Moscou face à l’Ukraine et l’Europe

L’amiral Paparo a également évoqué le cas d’un transfert de technologies sous-marines russes avec la Corée du Nord. On le sait, depuis le début de l’automne 2022, Pyongyang soutient activement l’effort militaire russe en Ukraine, d’abord en envoyant des munitions d’artillerie, puis des missiles balistiques, et à présent, des troupes.

Comme évoqué dans de précédents articles, cette aide aussi massive que décisive, venue de Corée du Nord, pour l’opération spéciale militaire russe en Ukraine, a une valeur stratégique que Kim Jong-un sait parfaitement évaluer. Et il est illusoire d’imaginer qu’elle puisse être compensée simplement par des livraisons de blé et de pétrole russes à son principal allié dans ce conflit.

Sous-marin romeo nord-coréen
Les nouveaux sous-marins nord-coréens sont des copies des modèles Romeo soviétiques datant des années 50

C’est aussi, semble-t-il, la lecture que fait l’US INDOPACOM de cette situation. Pour l’amiral Paparo, il est probable que Pyongyang a obtenu, en compensation de cette aide massive, des promesses de livraison de systèmes de défense modernes de facture russe, ainsi que certains transferts de technologies clés, en particulier dans le domaine sous-marin.

Rappelons que si la Corée du Nord construit ses propres sous-marins, ceux-ci sont des copies modifiées de modèles soviétiques datant des années 50 et 60, comme la classe Romeo, entrée en service en 1964, elle-même basée sur les plans du sous-marin océanique Type XXI de la Marine allemande, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Disposer de sous-marins modernes constituerait une plus-value plus que déterminante pour Pyongyang, dans son bras de fer permanent avec Séoul et son allié américain. En effet, si la Corée du Nord a l’arme nucléaire, elle ne dispose pas de sous-marins susceptibles d’efficacement mener des frappes de riposte, par exemple, face à la doctrine trois axes sud-coréenne, qui prévoit l’élimination de tous les vecteurs nucléaires nord-coréennes, par des frappes préventives.

Dans ce scénario, disposer de sous-marins modernes, pas nécessairement à propulsion nucléaire car trop onéreux pour Pyongyang, mais discrets, viendrait radicalement neutraliser l’efficacité de cette doctrine sud-coréenne, redonnant à la Corée du Nord un avantage décisif pour l’utilisation de la menace nucléaire contre le sud, en dehors de la protection promise par Washington.

Les technologies sous-marines russes feraient perdre un avantage décisif à l’US Navy dans le Pacifique occidental

On comprend bien, s’agissant de la Chine et de la Corée du Nord, comment le transfert de technologies sous-marines russes serait en mesure de profondément bouleverser les équilibres stratégiques régionaux qui, aujourd’hui, encadrent les rapports de forces et l’efficacité de la dissuasion américaine, dans le Pacifique occidental.

SSN USS Montana Virginia Class
Montana SSN 794 Alpha Sea Trials

D’une part, ce faisant, la Chine serait en mesure de rapidement combler ses défaillances en matière de conception et de mise en œuvre de sous-marins à propulsion nucléaire, et ainsi disposer, sur des délais beaucoup plus courts qu’anticipé jusque-là par les États-Unis, de navires plus performants, susceptibles de réduire sensiblement l’écart avec les sous-marins américains.

S’il est peu probable que les transferts de technologies sous-marines russes vers la Corée du Nord concernent des navires à propulsion nucléaire, disposer de sous-marins beaucoup plus modernes et discrets, pour la marine de Pyongyang, permettrait de neutraliser la doctrine trois axes sud-coréenne, privant Séoul de cette stratégie conçue pour contrecarrer la menace nucléaire du nord.

Vers un renforcement de l’axe Moscou-Pékin-Pyongyang pour exploiter les faiblesses des armées américaines

La coopération technologique et militaire, exposée par l’amiral Paparo, concernant les échanges de technologies et d’équipements militaires entre Moscou, Pékin et Pyongyang, tendrait par ailleurs à confirmer l’émergence d’un bloc géostratégique rassemblant ces trois pays.

Si la Chine n’a pas d’engagement de défense strict avec la Russie, ce n’est plus le cas de la Corée du Nord, qui prévoirait d’envoyer en Russie jusqu’à 100,000 hommes en soutien des forces armées russes en Ukraine, en application de cette alliance formelle signée par les deux pays à l’occasion de la visite officielle de Vladimir Poutine à Pyongyang au printemps 2024.

HS-16B Corée du Nord kim jong Un
la Corée du Nord a fait d’importants progrès dans le domaine des vecteurs balsitiques, mais demeure très en retard dans d’autres domaines critiques, comme la construction d’avions de combat et de sous-amrins modernes.

Ce faisant, le bloc russo-coréen rassemble une force armée de près de 2,8 millions d’hommes, très largement supérieur, en nombre, à l’ensemble des forces occidentales déployées en Europe, ou des forces sud-coréennes et américaines, déployées dans la péninsule.

Surtout, une coopération militaire et industrielle élargie entre ces trois pays, serait en mesure de profondément bouleverser les deux théâtres de la région Pacifique, mais également le théâtre européen, parfaitement impréparé pour s’adapter à un bouleversement aussi radical et rapide du rapport de force.

Conclusion

On le voit, l’hypothèse de transferts de technologies sous-marines russes vers la Chine et la Corée du Nord, évoquée par l’amiral Paparo, si elle n’est pas étayée par des faits incontestables rendus publics, n’en demeure pas moins une hypothèse solide, aux conséquences potentiellement désastreuses sur le rapport de force régional, pour les États-Unis, et leurs alliés, dans le Pacifique.

En effet, même si l’amélioration des performances de la sous-marinade chinoise était inévitable, à moyenne échéance, considérant les moyens déployés par Pékin pour moderniser ses armées et se rapprocher suffisamment du niveau de performances des sous-marins américains, pour en éroder l’efficacité relative, celle-ci ne devait intervenir que d’ici à une vingtaine d’années.

En obtenant de Moscou ces technologies sous-marines manquantes, Pékin pourrait produire, d’ici à quelques années seulement, des sous-marins à propulsion nucléaire bien plus performants, alors que l’US Navy ne prévoit de déployer pleinement sa flotte robotisée et ses nouveaux chasseurs de 6ᵉ génération embarqués, qu’au-delà de 2040, pour conserver l’avantage de la Marine chinoise (si tant est que cela soit possible).

US Navy Carrier group
L’US navy conservera encore longtemp l’avantage en haute mer sur la marine chinoise, mais cette flotte surpuissante aura beaucoup de mal pour s’apporcher des côtes chinoises protégées par pluiseurs couches de défenses antinavires à longue et très longue portée.

Ce faisant, la livraison des technologies faisant défaut aujourd’hui aux sous-marins chinois, et dans une moindre mesure, aux sous-marins nord-coréens, a le potentiel d’engendrer un basculement capacitaire contre lequel la planification américaine n’est pas équipée, contre lequel l’économie et l’industrie américaine pourraient avoir du mal à lutter, face à la Chine, dans les années à venir.

Ainsi, en bien des aspects, l’exemple de la guerre sous-marine dans le Pacifique, se rapproche des difficultés que les européens s’apprêtent à devoir surmonter face à une Russie entièrement dirigée dans une économie en guerre, et une industrie dimensionnée pour soutenir la rivalité avec l’occident, sans qu’aucun pays européen, ensemble ou individuellement, puisse efficacement y faire face aujourd’hui, et sans qu’aucune décision allant en ce sens n’ait été prise, en dépit d’une situation de tension que n’avait jamais connu l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Une chose est certaine, si la Russie, la Chine et la Corée du Nord, viennent effectivement à faire front commun, même sans alliance factuelle entre Pékin et Moscou, il sera indispensable aux européens et américains de réagir avec une célérité et une détermination dont aucun d’eux n’a plus fait preuve depuis 1945, en espérant qu’il ne soit pas, alors, trop tard.

Le Scorpene Evolved était au cœur de la tournée sud-américaine du président français

On le savait, la tournée sud-américaine du président Macron, en marge du G20 de Rio, a été l’occasion pour Paris de parler de sous-marins, et plus spécialement, de sous-marins Scorpene Evolved.

En effet, les trois pays visités par le chef d’État français, avant de se rendre à Rio, avaient exprimé des besoins pour acquérir de nouveaux sous-marins, dans le cadre de la modernisation de leurs forces navales.

Comme à son habitude, la France est restée très discrète dans les discussions avec les dirigeants de ces trois pays. Pour autant, des informations remontent désormais, et semblent dessiner une année 2025 tout aussi active que 2024, avec trois contrats et huit sous-marins Scorpene Evolved en négociations de concrétisation.

Buenos Aires signe une lettre d’intention pour 3 Scorpene Evolved pour la Marine argentine

Les négociations entre Paris et Buenos Aires, autour de la commande de 2 ou 3 nouveaux sous-marins, sont connues depuis plusieurs mois. Pour la Marine argentine, il s’agit de retrouver une capacité indispensable pour la sécurité de ses 5000 km de côtes et des 1,16 million de km² de sa zone économique exclusive, depuis 2020 et le retrait du sous-marin Santa Cruz.

ARA Santa Cruz et San Juan, Type-209, Marine argentiene
Les deux derniers sous-marins Tye 209/1400 de la marine argentine, ont été retirés du service en 2020.

Toutefois, ces dix dernières années, l’Argentine était en proie à de très sévères contraintes économiques, interdisant toute initiative dans ce domaine. Après la victoire électorale de l’ultra-libéral et libertaire Javier Gerardo Milei, en décembre 2023, celui-ci a engagé des réformes aussi brutales qu’efficaces du point de vue des finances publiques, pour remettre l’économie de l’Argentine sur pied.

De fait, dès le second trimestre 2024, les armées argentines étaient à nouveau en mesure de donner corps à certains programmes critiques, dont l’acquisition de 24 F-16 C/D danois d’occasion avec munitions, équipements et services fournis par les États-Unis, pour un peu moins de 1 Md$, concrétisée le 30 octobre 2024.

Dans le domaine des sous-marins, Buenos Aires considérait deux offres concurrentes, le Type 209 NG proposé par l’allemand tKMS, et le Scorpene de Naval Group. Selon la presse régionale spécialisée, c’est donc le sous-marin français qui se serait imposé, le ministre de la Défense Luis Petri et le chef de la Marine, le vice-amiral Carlos Allievi, ayant signé une lettre d’intention en ce sens pour l’acquisition de trois navires français.

Selon ces mêmes sources, les sous-marins seraient identiques aux Riachuelo brésiliens, un navire de 1,870 tonnes en plongée qui se caractérise par une autonomie de plus de 18,000 km, des vitesses élevées et une grande discrétion. Pour la Marine argentine, les besoins argentins étant très semblables à ceux du Brésil, le choix de ce modèle était naturel.

Scorpene Tonelero marine brésilience INC
Les sous-marins argentins seront identiques aux nouveaux Riachualo que Brasilia s’appreterait à commander, et reposeraient sur le Scorpene Evolved.

Les Riachuelo argentins seraient transformés au standard Scorpene Evolved, et donc dotés de batteries lithium-ion, pour en accroitre l’autonomie de plongée et la vitesse en submersion. Le contrat est estimé autour de 2 Md$, soit 700 m$ par navire, ce qui serait le plus important contrat de défense jamais signé par l’Argentine.

Les trois navires ne seraient pas cependant construits au Brésil, mais en France, avec la participation de l’industrie argentine. On comprend, dans ce contexte, les investissements annoncés par Naval group sur le site de Cherbourg, qui produit les sous-marins, afin d’en étendre les capacités de production.

En effet, la construction des 3 SSN restants de la classe Suffren et des 4 SNLE3G (SSBN 3ᵉ génération) pour la Marine nationale et des 4 Blacksword Barracuda pour la Marine néerlandaise, suffisent à saturer le potentiel de production du site jusqu’en 2035, alors que les 3 sous-marins argentins doivent, eux, être livrés de 2032 à 2036.

La signature de la LoI n’est toutefois pas contraignante pour les deux parties, qui doivent encore trouver un accord pour financer le programme. Pour l’heure, Bercy demeure rétif pour garantir le crédit argentin, alors que l’économie du pays est encore très incertaine. Cependant, l’exécutif français et Naval group produisent d’importants efforts pour franchir cet écueil.

Le Brésil négocierait l’achat de 2 Scorpene Evolved supplémentaires

En amont du sommet du G20 de Rio, des fuites sud-américaines avaient indiqué que le président français transmettrait à son homologue brésilien Lula da Silva, plusieurs propositions de coopération industrielle de défense entre les deux pays.

naval Group Scorpene evolved
Le Scorpene Evolved était au cœur de la tournée sud-américaine du président français 78

Ces propositions, probablement destinées à compenser la participation française à la réalisation de la tranche nucléaire du SSN brésilien, l’Alvaro Alberto, devaient notamment porter sur la construction locale d’une cinquantaine d’hélicoptères H145, la livraison de 36 canons CAESAR et de 24 avions de combat Rafale. D’autres échos semblaient privilégier l’hypothèse d’une version navale du Rafale acquise par Brasília.

Surtout, à ce moment-là, il était question que la Marine brésilienne commande un cinquième exemplaire de la classe de sous-marin Riachuelo, dérivée du Scorpene, et construite par les chantiers navals ICN d’Itaguai, dans le cadre du contrat PROSUB.

Selon la presse locale, il semblerait que ce dossier ait évolué. En effet, à présent, il s’agirait, pour Brasília, de construire non pas un, mais deux nouveaux sous-marins, pour amener la flotte brésilienne à six navires. En outre, une telle commande permettrait de préserver les compétences acquises par ces chantiers navals, et par la chaine de sous-traitance locale mise en place pour le contrat PROSUB.

Comme anticipé dans un précédent article, les nouveaux Riachuelo brésiliens intégreraient, comme la version argentine, les avancées du Scorpene Evolved, et en particulier, les batteries lithium-ion. Il est probable qu’une fois la construction de ces deux navires supplémentaires achevée, les Riachuelo de la première tranche seront transformés vers ce standard par ICN.

Paris et Naval Group se positionnent pour le remplacement des 2 Type 209 de la Marine chilienne

Après Buenos Aires et Rio, Emmanuel Macron a terminé sa tournée sud-américaine à Santiago, au Chili. En là encore, il a été question de sous-marins. En effet, la Marine chilienne doit, prochainement, entamer les consultations pour le remplacement de ses deux sous-marins Type 209 de la classe Thomson, entrés en service en 1984.

Naval group sous-marin Scorpene Chili
Sous-marin O-Higgins classe Scorpene de la Marine chilienne, entré en service en 2005.

Dans ce dossier, la France part avec un certain avantage, puisque le Chili avait été le premier client du modèle Scorpene, au début des années 2000. Santiago avait ainsi admis au service le O’Higgins en 2005 et le Carrera en 2006, deux navires qui ont donné pleinement satisfaction à la Marine chilienne depuis.

De fait, celle-ci et Naval Group se connaissent bien et ont l’habitude de collaborer pour la maintenance de ces deux navires. En outre, les succès à venir du Scorpene Evolved en Argentine et au Brésil constituent autant d’atouts pour le français, alors que les marines sud-américaines, et en particulier les flottes sous-marines, ont une longue tradition de coopération régionale.

Il est à présent peu probable qu’un nouveau contrat puisse être signé par Naval Group en 2024, après une année déjà exceptionnelle avec les succès indonésiens (2 Scorpene Evolved) et néerlandais (4 Blacksword Barracuda), pour un peu plus de 7 Md€ de contrats signés pour la branche sous-marine.

Cependant, 2025 se présente sous les meilleurs auspices pour l’industriel français. En effet, aux contrats brésiliens (2 Scorpene Evolved) et argentins (3 Scorpene Evolved), qui devraient se concrétiser durant l’année, s’ajoutent les 3 Scorpene Evolved indiens, toujours en négociation avec New Delhi, et qui, eux aussi, devraient se concrétiser alors, aux côtés des 26 Rafale M et B pour la Marine indienne.

TKMS Type 214 grece
Longtemp, le Type 214 de tKMS, surclassait le Scorpene de Naval group en matière d’exportation. Cette hierarchie pourrait bientot évoluer en faveur de l’industriel français.

Ce sont donc pas moins de 8 sous-marins Scorpene Evolved qui sont à présent en négociations exclusives et qui devraient, logiquement, se concrétiser par 3 commandes pour un montant total de 6 Md€, en 2025.

À ces commandes en négociations finales s’ajoutent plusieurs négociations très actives, notamment avec l’Égypte, l’Arabie Saoudite et la Grèce, qui pourraient aboutir dans les mois ou années à venir, avec, à la clé, une douzaine de sous-marins supplémentaires, peut-être davantage.

On peut comprendre, dans ce contexte très favorable, que Naval Group puisse hésiter pour participer à la compétition canadienne, que l’industriel français estime pouvoir être insincère, comme ce fut le cas de la compétition pour le remplacement des CF-18 canadiens, en faveur du F-35A, de laquelle Dassault Aviation, ainsi que Boeing et Eurofighter s’étaient retirés, tant il était évident qu’elle était pilotée de Washington en faveur du chasseur de Lockheed Martin.

Conclusion

On le voit, l’année 2025 pourrait s’avérer être une nouvelle année très fructueuse pour Naval Group, et spécialement pour le nouveau Scorpene Evolved. En ayant pris dès 2023, le virage de la conversion aux batteries lithium-ion de l’ensemble de sa gamme, tout en maintenant des tarifs attractifs et d’excellents rapports performances-prix, l’industriel français a pris une longueur d’avance sur l’offre concurrente européenne, même si celle-ci produit à présent d’importants efforts pour rattraper ce retard.

Cherbourg naval group
Naval Group a annoncé qu’il investirait 200 m€ pour moderniser et étendre le site de Cherbourg, dédié à la construction de sous-marins, afin de répondre à la hausse de la demande.

Si tout se passe comme prévu, ce sont alors 3 contrats pour 8 Scorpene qui devraient se concrétiser sur cette année, amenant les ventes de ce modèle à 24 exemplaires, dépassant très largement le record français dans ce domaine établi dans les années 70 avec 15 Daphnée exportées.

Ces succès permettraient également au Scorpene de dépasser, en matière d’export, le Type 214 allemand, le successeur du Type 209 exporté à 21 exemplaires, obligeant tKMS à décocher en urgence un Type 209 NG en Argentine, pour tenter de s’aligner sur l’offre française, notamment s’agissant du rapport performances-prix.

Ainsi, bien que bénéficiant d’un traitement médiatique et politique souvent inférieur à celui du Rafale, qui demeure le joyau de la couronne e France, lorsque l’on parle d’exportation d’armements, le Scorpene, et de manière plus étendue, l’offre sous-marine française, fait maintenant jeu égale, en matière de montants, et d’influence politique, avec le chasseur de Dassault Aviation.

Un succès bien mérité pour Naval Group, qui a su se relever avec brio de l’épisode australien pour s’imposer, en trois ans seulement, au sommet de la hiérarchie mondiale des exportateurs de technologies sous-marines militaires, sans jamais pouvoir s’appuyer, dans ce domaine, sur la commande nationale. Un véritable exploit !