Pourquoi les navires français sont-ils souvent insuffisamment équipés ?

Il y a quelques jours, un article de Mer et Marine a entrainé un certain emballement médiatique dans la sphère defense nationale. Celui-ci expliquait que la frégate Bretagne de la Marine Nationale, un navire de la classe Aquitaine, avait vu ses brouilleurs R-ECM, des équipements conçus par Thales, et qui permettent au navire de brouiller les radars de navires mais également des missiles anti-navires adverses, retirés pour équiper la nouvelle frégate Lorraine. En effet, seuls 7 lots de brouilleurs ont effectivement été commandés par la Marine nationale pour équiper ses 8 frégates FREMM, laissant en permanence un navire sans ces systèmes pourtant jugés critiques pour des navires de premier rang, susceptibles d’opérer en zone de très haute intensité face à des menaces importantes, même si, rappelons le, le planning de maintenance des frégates françaises prévoit qu’il y a, à chaque instant, au moins une frégate de la classe Aquitaine en maintenance. Pour autant, l’épisode récent du croiseur russe Moskva lourdement endommagé par ce qu’il semble être deux missiles anti-navires Neptune ukrainiens, rappellent fort à propos la nécessité de ce type d’équipement pour de tels navires.

Il faut dire que le cas des brouilleurs R-ECM des frégates FREMM ne représente que la partie émergée d’un iceberg bien plus imposant, la Marine Nationale étant coutumière d’un sous-équipement chronique de ses navires. Ainsi, les frégates légères furtives de la classe La Fayette devaient initialement être dotées d’un sonar de coque, de tubes lance-torpilles et d’un système à lancement vertical pour ses missiles anti-aériens, pour au final n’être équipée d’aucun de ces équipements, privant le navire de capacités anti-sous-marines et limitant ses capacités en matière de défense anti-aérienne et anti-missiles. De même, les 3 porte-hélicoptères de la classe Mistral, des navires considérés comme des navires clés (capital ships en anglais) par la Marine nationale, n’emportent que des moyens d’autodéfense très limités avec deux systèmes anti-aériens à très courte portée SIMBAD et des capacités de brouillages réduites. Même les nouvelles Frégates de Defense et d’Intervention, qui entreront en service à partir de 2026, n’emporteront que 16 silos verticaux pour missiles anti-aériens, et ne disposeront d’aucun brouilleurs ni aucun système anti-missile rapproché, contrairement à leurs homologues grecques armées de 32 silos et d’un CIWS SeaRam. Quant aux très attendus Patrouilleurs de Haute Mer, devant remplacer les antédiluviens A69, ils ne disposeront, comme armement lourd, que d’un unique canon de 40 mm Rapid Fire CTAS, et s’ils emporteront un sonar de coque, ne disposeront d’aucun système anti-aérien à courte portée, ni de torpilles pourtant relativement utiles pour les missions de lutte anti-sous-marine.

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première frégate furtive au monde, la Lafayette n’a jamais reçu les équipements qui devaient lui permettre d’être considérée comme une frégate de 1 er rang.

De fait, l’exemple des brouilleurs R-ECM de la Bretagne ne constituent qu’un exemple parmi tant d’autres d’une tendance profonde et ancienne de la Marine Nationale, qui dispose de nombreux navires insuffisamment équipés et armés pour évoluer en zone de combat. On peut dès lors s’interroger sur les raisons de ces arbitrages, menées tant par la planification de la Marine nationale que par le Ministère des Armées. Evidemment, l’explication est avant tout budgétaire, la Marine ne disposant, chaque année, que d’un budget de l’ordre de 1 à 1,5 Md€ pour ses équipements neufs (hors dissuasion), insuffisant pour construire et équiper une flotte de la dimension voulue par Paris. Pour autant, l’Etat-major de la Marine Nationale auraient pu décider de réduire en format sa flotte, de sorte à transférer les budgets libérés vers les équipements requis. Mais une telle décision emporterait de nombreuses difficultés aux conséquences importantes pour les capacités navales françaises.


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