Missiles anti-balistiques : 4 arguments incontournables en faveur de MBDA pour le programme européen EHDI

En novembre 2019, la Finlande, l’Italie, les Pays-bas et le Portugal, emmenés par la France, s’unissaient au sein de la nouvelle coopération permanente structurée européenne, ou PESCO, pour concevoir un nouveau système anti-balistique capable de contrer les menaces émergentes, y compris les missiles et les planeurs hypersoniques dans le cadre du programme TWISTER. Un an plus tard, Berlin décidait de rejoindre le programme, après l’abandon du programme MEADS par Washington. Pour le français MBDA et son partenaire italien Aliena Aerospace, il ne faisait aucun doute que le futur programme serait piloté par ces deux pays, les deux entreprises étant, avec le français Thales, au coeur de la joint-venture Eurosam qui produit le seul système anti-balistique européen à ce jour, les systèmes SAMP/T et PAAMS et les missiles Aster Block 1 et Block 1NT, capables respectivement d’intercepter des missiles balistiques à courte portée (inf 600 km) et de moyenne portée (inf 1500 km).

Fin juillet 2022, cependant, la Commission Européenne décida d’attribuer la conception du programme « European Hypersonic Defence Interceptor » à un consortium composé de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Belgique, la Pologne, la République Tchèque et la Suède, ainsi que la Norvège n’appartenant pas à l’UE, via le Fonds Européen de Défense. Ceci provoqua la stupéfaction des partenaires du programmes TWISTER en dehors de l’Allemagne, et en particulier de MBDA qui n’imaginait pas que ce programme puisse lui échapper. Au delà des probables erreurs d’appréciation de l’entreprise française et de son partenaire italien, il ne fait aucun doute que la décision de la Commission Européenne a de quoi surprendre, pour ne pas dire irriter. En effet, 4 arguments incontournables militent en faveur d’un pilotage français de ce programme européen hautement stratégique, qu’il s’agisse de questions de délais, de couts, d’autonomie stratégique et même d’Europe.

La Défense anti-missile balistique, qu’est-ce que c’est ?

Les missiles balistiques représentent à nouveau, pour les européens, une menace des plus tangibles depuis la détérioration des relations avec le voisin russe. En effet, Moscou dispose d’une vaste flotte de missiles balistiques de différents types, allant du Iskander-M à courte portée au futur RS-28 Sarmat intercontinental, en passant pas le missile hypersonique aéroporté Kinzhal. Outre le fait que tous les missiles russes peuvent emporter des charges conventionnelles comme nucléaires, ils suivent tous une trajectoire balistique ou semi-balistique, beaucoup plus difficile à contrer que les menaces traditionnelles comme les missiles de croisière ou les aéronefs. En effet, du fait de cette trajectoire balistique, ces missiles atteignent des altitudes, on parle d’apogée pour l’altitude maximale atteinte, et de vitesse, les mettant hors de portée des systèmes anti-aériens conçus pour abattre les aéronefs. Pour contrer cette menace, il est donc indispensable de disposer de solutions dédiées spécialement conçues à cet effet, capables d’atteindre les très hautes altitudes où évoluent ces missiles, et de les intercepter en dépit de leur vitesse souvent hypersonique ou supersonique élevée, alors qu’il dispose parfois de leurre et de capacités de manoeuvre .

Les forces russes disposent presque 500 TEL 9K720 Iskander-M d’une portée de 500 km capable d’emporter une charge nucléaires, dont une trentaines d’exemplaires sont postés dans l’enclave de Kaliningrad

Et comme il existe plusieurs types de missiles classés selon leur portée, et donc leur apogée, il existe 3 familles de systèmes anti-balistiques, basées elles aussi sur l’attitude d’interception. La première est dite endo-atmosphérique, et se compose le plus souvent d’évolutions de systèmes anti-aériens à longue portée. C’est le cas, notamment, du célèbre Patriot PAC-2/3 américain, de l’Aster Block 1 franco-italien, ou des S-300V et S-400 russes et de leurs cousins chinois, le HQ-9. Ces systèmes peuvent atteindre des cibles à des altitudes de 25 à 35 km, mais n’offrent qu’une capacité d’interception limitée aux phases ascendantes et descendantes de la trajectoire des missiles, ce qui oblige à des fenêtres de tir très étroites, de l’ordre de quelques secondes, et à une capacité de protection limitée à quelques dizaines de km2 entourant le système anti-balistique, qui ne peut précisément protéger que la cible visée en étant déployé à proximité. En revanche, par leur filiation anti-aérienne, ces systèmes offrent des capacités de manoeuvre et d’interception étendues dont ne disposent pas les autres systèmes, en particulier contre les missiles balistiques à trajectoire aplatie ou tout simplement à coutre portée.

La seconde famille de systèmes anti-balistiques représente l’interception endo-atmosphérique haute, c’est à dire à des altitudes allant de 60 à 150 km. C’est le cas notamment du THAAD américain, et du futur S-500 russe, ainsi que de l’éventuel Aster Block 2 envisagé par Paris et Rome. Ces systèmes étendent les capacités d’interception des systèmes endo-atmosphériques, et sont, comme les systèmes exo-atmoshpénriques, dotés d’impacteurs cinétiques inertiels largués par le missile pour intercepter la cible. Ils sont encore suffisamment légers pour être réellement mobiles, mais n’offrent pas de capacités d’interception en dessous d’un planché minimum, de l’ordre de 50 km pour la THAAD, ceci ayant amené les russes mais aussi les chinois et les iraniens à developper des missiles à trajectoire dite semi-balistique, c’est à dire évoluant entre le plafond du Patriot et de l’Aster Block 1 NT, et le planché du THAAD.

L’Aster 30 est aujourd’hui l’un des tous meilleurs missiles sol-air au monde

La troisième famille, enfin, est celle des intercepteurs exo-atmosphériques, des missiles lourds amenant un impacteur cinétique au delà de l’atmosphère et de la gravité terrestre, et capables de protéger de très vastes étendues de territoires y compris contre des missiles en transit. Il s’agit, à proprement parler, de la seule capacité capable de neutraliser les missiles balistiques lourds de type ICBM ou leur version lancée de sous-marins SLBM, avec des systèmes comme le SM-3 du système AEGIS de l’US Navy ou de l’A-236 russe en silos qui protège Moscou et Saint-Petersbourg. Ces systèmes n’ont cependant aucune capacité pour répondre à des missiles balistiques évoluant en trajectoire aplatie ou contre des missiles à courte et moyenne portée ayant une apogée sous la barre des 200 km. En outre, ils sont souvent très lourds et très onéreux, et le seul de ces systèmes considéré comme mobile est l’Arrow 3 américano-israélien. Comme nous le verrons plus bas, cet aspect multi-couche caractérisant une defense anti-balistique efficace va jouer en rôle déterminant en faveur d’un retour de MBDA et de l’ensemble du consortium Eurosam à la tête du programme européen EHDI.

La question cruciale des délais de conception


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