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10 programmes absents de la LPM 2024-2030, mais indispensables aux armées françaises (1/2)

Depuis son entrée en vigueur, la nouvelle Loi de Programmation Militaire française, couvrant la période 2024 à 2030, ou LPM 2024-2030, est simultanément plébiscitée et décriée. D’un côté, il s’agit, incontestablement, de la LPM la plus ambitieuse jamais établie depuis que l’exercice existe, avec une augmentation une augmentation planifiée de 22 Md€ et presque 50 % du budget des armées, sur les sept années qu’elle couvre.

D’un autre côté, elle montre, à peine entamée, de sérieuses et dangereuses limites, tant elle a été taillée au plus juste, sans les marges de manœuvre d’autant plus indispensables que la situation internationale est plus dynamique que jamais.

Ces derniers mois, toutefois, ce ne fut pas tant le manque d’adaptabilité de la LPM qui engendra inquiétudes et critiques, que les impasses qu’elle fut contrainte d’accepter, faute de crédits. Ces impasses, justement, deviennent, à présent que la situation internationale est instables, de véritables faiblesses opérationnelles, engendrant des risques accrus pour les militaires français, et un danger perceptible pour la sécurité du pays, et la crédibilité de ses armées.

Dans cet article en deux parties, nous présenterons 10 de ces programmes d’équipement des armées, du char de combat aux drones navals et sous-marins, en bien des aspects indispensables, dès à présent, à l’accomplissement de la mission, mais absents de la LPM 2024-2030.

Les limites de la LPM 2024-2040 apparaissent au grand jour

Si ni l’exécution de la LPM 2024-2030, ni les conséquences à venir des déclarations de Donald Trump et de Mark Rutte, sur l’évolution de l’effort de défense français, ont trouvé leur chemin jusqu’au discours de Politique Générale du premier ministre, François Bayrou, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, ne cesse de tirer la sonnette d’alarme quant aux limites et impasses de cette LPM, depuis plusieurs mois.

Sebastien lecornu
10 programmes absents de la LPM 2024-2030, mais indispensables aux armées françaises (1/2) 10

En effet, en dépit de son ambition budgétaire, qui aurait sans aucun doute satisfait tous les militaires français en 2017, en rupture radicale avec 20 années de politique budgétaire incohérente et très insuffisante pour les armées, celle-ci a montré, dès 2024, ses propres limites.

Conçue « au plus haut », et sans marge de manœuvre, celle-ci est effectivement très exposée aux moindres variations programmatiques et évolutions des menaces, ne permettant d’y répondre qu’au détriment des programmes planifiés.

C’est ainsi que le programme de Porte-avions nucléaire de nouvelle génération, pourtant l’un des piliers de cette LPM, s’est à nouveau retrouvé menacé, en fin d’année 2024, représentant la cible désignée la plus évidente, pour libérer des crédits afin de faire face à certaines urgences et impondérables.

Plus généralement, la LPM a été conçu sur le fil, sans aucune marge de sécurité, dans un environnement qui, au contraire, n’a jamais été aussi dynamique et imprévisible, depuis les années 80.

En outre, les calendriers sur lesquels beaucoup des grands programmes industriels de cette LPM ont été conçus, s’avèrent aujourd’hui remis en question par l’évolution de la menace, et les progrès technologiques et industriels démontrés par les principaux compétiteurs stratégiques du pays, dont la Russie, la Chine, l’Iran ou encore les États-Unis.

5 programmes aussi urgents qu’indispensables à l’Armée de terre, non couverts par la LPM 2024-2030

Ainsi, ces derniers mois, ces évolutions exogènes, ont dessiné de nouveaux besoins pour les armées, nécessitant une réponse à la fois indispensable et urgente. Faute de quoi, les unités françaises potentiellement déployées, ainsi que la cohérence de la posture défensive du pays, seraient rapidement menacées, avec des risques majeurs pour les militaires, et pour la sécurité de la nation.

LPM 2024-2030Les investissements industriels de défense auront plus que doublé à l'issue de la LPM 2024-2030
10 programmes absents de la LPM 2024-2030, mais indispensables aux armées françaises (1/2) 11

Parmi ces besoins en évolution rapide, on peut identifier une dizaine de programmes, déjà évoquée sur ce site, mais aussi par les autorités militaires, le ministère des Armées, ou les spécialistes du sujet, ces derniers mois.

Chaque programme sera ici introduit par un cartouche affichant une estimation des couts de développement, des couts de production pendant et au-delà de la LPM, et une indication qualitative du potentiel export.

Un successeur de génération intermédiaire du char Leclerc

DéveloppementProductionPotentiel export
2 à 5 Md€3 + 3 Md€ pour 400 ex.EAU, Égypte, Grèce, Belgique

Le premier de ces besoins a été, à plusieurs reprises, évoqué sur ce site. Il s’agit, bien évidemment, du remplacement des chars Leclerc de l’Armée de Terre, par un char de génération intermédiaire, dans l’éventuelle attente de l’arrivée des premiers blindés lourds du programme MGCS, à partir de 2040, voire au-delà.

Si l’état-major de l’Armée de terre a écarté l’hypothèse, privilégiant l’exécution du programme SCORPION, jugé prioritaire, de nombreux spécialistes du sujet ont plaidé en faveur de cette décision.

L’industriel KNDS France, ex-Nexter, a lui-même parié sur ce besoin, en présentant lors du salon Eurosatory 2024, le Leclerc Évolution, un char de combat qui répond précisément aux attentes du moment, sans renier sa généalogie.

KNDS Leclerc Evolution Eurosatory 2024
Leclerc Évolution de KNDS présenté au salon Eurosatory (Photo F. Dosreis)

Meta-defense, pour sa part, a montré qu’un tel programme était soutenable, tant du point de vue technologique qu’industriel, à relativement court terme, et même du point de vue budgétaire, plusieurs partenaires traditionnels de la France, en matière d’armement, étant actuellement en recherche d’une solution pour moderniser le parc de chars lourds, comme l’Égypte, les EAU, ou la Grèce.

La proximité entre les armées de terre françaises et belges, désigne également Bruxelles comme un partenaire potentiel privilégié dans ce domaine, d’autant que la Belgique sera l’un des pays qui devra le plus accroitre son effort de défense dans les années à venir, du fait de son retard actuel, sous la pression de l’OTAN et de Donald Trump, libérant des crédits supplémentaires pour cela.

Par ailleurs, un tel programme renforcerait la position française dans les négociations à venir, autour du programme MGCS, et garderait ouverte la décision au sujet du canon ASCALON dans ce dossier, très affaiblie aujourd’hui, par le succès du Leopard 2A8 et du KF51 en Europe, tout en donnant la même porte de sortie à la France, dans ce programme, que l’Allemagne avec le Leopard 2A8/AX.

Un nouveau missile balistique de courte ou moyenne portée

DéveloppementProductionPotentiel export
2 à 3 Md€2 + 2 Md€ pour 150 ex.Grèce, Pologne, Indonésie

Entre les enseignements venus d’Ukraine, ceux venus du Proche-Orient, et les différentes annonces sur le théâtre indo-pacifique, ces dernières années ont vu la résurrection du missile balistique tactique, qu’il soit de courte ou moyenne portée, doté, ou non, de capacités hypersoniques et de manœuvre, et qu’il soit, ou pas, capable de viser des navires à la mer.

Bien plus rapide que les missiles de croisière, et évoluant à des altitudes beaucoup plus élevées, les Iskander-M, KN-23, DF-21D, Fateh et ATACMS, sont devenus les armes de prédilection pour les attaques à portée stratégique contre les infrastructures, et de décapitation des armées, étant beaucoup plus difficiles à intercepter par les défenses antiaériennes existantes.

lancement d'un Iskander-M russe
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Il n’y a donc rien de surprenant à ce que ce besoin se soit invité, en 2024, dans les préoccupations de la DGA. La France demeure, à ce sujet, le pays européens disposant de la plus grande expérience dans ce domaine, avec les missiles M51 SLBM de la dissuasion, et avec les acquis, datés, mais pertinents, du programme Hadès des années 90.

Doter les armées françaises de cette capacité, enrichirait considérablement les moyens disponibles, en particulier si le missile était à usage double, comme les modèles russes, chinois et nord-coréens, pouvant être armés d’une ogive nucléaire ou d’une charge conventionnelle, au besoin.

Elle permettrait, en outre, d’élargir la grammaire française de dissuasion, face à la Russie, même si, dans ce domaine, le missile de croisière supersonique ASMPA-R, peut également représenter une réponse au déploiement d’Iskander-M par Moscou, tout en réintégrant l’Armée de terre à la posture de dissuasion, dont elle a été exclue en 1997, après le retrait des Hadès.

Plusieurs partenaires traditionnels de la France, en matière d’équipements de défense, pourraient se montrer rapidement intéressés par un tel programme. C’est le cas de la Grèce, qui doit faire face aux programmes balistiques turcs, ou de la Pologne, très volontaire pour tenir en respect la menace russe. L’Indonésie, elle, doit répondre à la multiplication des vecteurs chinois de ce type, sans réelles alternatives pour cela.

La modernisation et l’extension de la flotte de véhicules de combat d’infanterie

DéveloppementProductionPotentiel export
300 à 500 m€4 + 4 Md€ pour 800 ex.EAU, Égypte, Grèce, Belgique, Luxembourg

Si la modernisation de la flotte de chars de combat française est une priorité absolue, celle du parc de véhicules de combat d’infanterie (VCI), la talonne de très près. Contrairement aux véhicules de transport de troupe blindés, comme le Griffon et le Serval, qui agissent le plus souvent en arrière de la ligne d’engagement, les VCI sont déployés en première ligne, aux côtés des chars lourds, pour protéger et soutenir la manœuvre.

VBCI Déploiement armées françaises Mali
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Ce faisant, ces blindés doivent disposer d’une survivabilité accrues, vis-à-vis des APC, notamment face aux missiles et roquettes antichars, et aux drones adverses, et d’une puissance de feu suffisante pour effectivement engager les blindés et troupes débarquées adverses.

Le VCI français, baptisé VBCI (Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie), pèche dans ces deux domaines. Sa coque en aluminium et son blindage modulaire lui confère, il est vrai, une protection des plus satisfaisantes, atteignant le niveau 6 de la norme STANAG 4569. Il peut ainsi résister à un obus perforant de 30 mm à 500 m, et aux éclats d’un obus de 155 mm à 10 mètres seulement.

En revanche, le blindé n’a aucun système de protection active, soft-kill ou hard-kill, ni aucun système antidrone, comme un tourelleau téléopéré et couplé à un système de détection.

Son armement, quant à lui, se limite à un canon de 25 mm M811, une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm et quatre pots lance-fumigènes/grenades Galix, servis par une vetronique désormais datée, et aucun système de détection actif ou passif. Enfin, son moteur de 550 cv, lui confère un rapport puissance-poids de 17 cv par tonnes, au combat, ce qui se situe dans la fourchette basse des VCI, face aux 20 cv par tonnes du Boxer allemand, également en configuration 8×8.

De toute évidence, donc, la modernisation de la flotte de VCI française, s’impose à présent, concomitamment à celle des chars de combat, pour redonner de la masse, de la puissance de feu, et de la survivabilité, aux unités de première ligne.

VBCI Philoctete Nexter
Philoctetes VBCI – source ministère des Armées

La solution la plus simple, et la plus économique, serait de directement moderniser et remotoriser le VBCI, pour le doter d’un système de défense actif Soft/hard-Kill, d’une nouvelle tourelle canon missiles comme la T40 de l’EBRC Jaguar, d’une vetronique modernisée, et d’une nouvelle motorisation. Il s’agit, à peu de chose près, le cahier des charges du VBCI 2, proposé notamment au Qatar et à la Grèce.

L’autre solution serait de concevoir un nouveau blindé, chenillé cette fois, permettant de dépasser la limite des huit tonnes par essieux, indispensable à une mobilité tout terrain efficace. Le blindé viendrait alors s’inviter dans la catégorie des CV90 et KF41, avec une masse autour de 38 à 40 tonnes, un armement bien plus puissant, et un cout qui le serait tout autant. Chacune de ces solutions a ses soutiens et ses détracteurs, de sorte qu’il serait hors de propos, ici, d’en privilégier l’une ou l’autre.

En revanche, une fois choisie par l’Armée de terre, la solution retenue pourra entamer une carrière internationale, avec bien plus de chances de succès, que le VBCI aujourd’hui. Déjà vis-à-vis de la Belgique, qui produit d’importants efforts pour calquer l’organisation et l’équipement de son armée de terre, sur celle de la France.

Pour les mêmes raisons, le Luxembourg pourrait, également, s’intéresser au programme, tout comme la Grèce, qui hésite encore vis-à-vis du VBCI Philoctete. De même, les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui sont deux partenaires potentiels d’un éventuel Leclerc évolution s’il était retenu par l’Armée de terre, pourraient, eux aussi, s’intéresser à un VCI français, conçu spécialement pour opérer en tandem avec celui-ci.

Un canon Caesar de 105 mm pour les forces légères et aéroportées

DéveloppementProductionPotentiel export
100 à 150 m€250 + 250 m€ pour 150 ex.9000 pièces

La guerre en Ukraine a été riche d’enseignements jusqu’à présent. L’un des plus marquants, aura incontestablement été le rôle central de l’artillerie, dans le combat de haute intensité moderne, bien au-delà de ce qui était anticipé jusqu’ici, en particulier au sein des armées occidentales, habituées à disposer en permanence d’un soutien aérien massif.

Canon caesar Mkii
KNDS Caesar MkII

Face à une armée comme celle de la Russie, de la Chine, ou de l’Ukraine, qui dispose d’une défense antiaérienne multicouche d’une grande densité, et d’une efficacité incontestable, cette puissance aérienne est, en revanche, en partie neutralisée, remettant l’artillerie au cœur de l’équation de puissance de feu.

L’Armée de terre a rapidement pris des mesures pour s’adapter à cette nouvelle donne opérationnelle, en commandant, dans le cadre de la LPM 2024-2030, 109 Caesar MK2, une évolution du Caesar 6×6 qui s’avère aujourd’hui très efficace aux mains des artilleurs ukrainiens. Le MK2 apporte des améliorations répondant à certaines faiblesses constatées notamment en Ukraine, avec une cabine mieux blindée, un moteur deux fois plus puissant, et diverses améliorations techniques et pratiques.

Le Caesar MK2 a rapidement trouvé son marché international, commandé à 28 exemplaires par la Belgique, à 18 exemplaires par la Lituanie, et à 36 exemplaires par le Portugal. Des discussions sont également en cours avec le Brésil, la Lettonie et la Finlande.

Pour autant, la densité de l’artillerie de l’armée de terre demeure faible, avec seulement un canon pour 700 hommes au sein de la Force Opérationelle Terrestre, contre un pour 200 hommes, côté russe, en Ukraine. En outre, les enseignements, venus d’Ukraine, indiquent qu’une majorité des tirs s’effectue dans la bande 12-24 km, et contre des cibles relativement réduites, comme un groupe de combat de quelques hommes seulement.

Si le Caesar 6×6 représente, déjà, une alternative efficace pour le remplacement d’une partie de l’artillerie tractée, afin de conserver une puissance de feu globale, grâce à ses couts faibles, il est apparu, ces derniers mois, qu’il existait un espace pour un calibre moins lourd et beaucoup moins onéreux que le 155 (5000 € l’obus), en plus d’un formidable marché international pour le remplacement des pièces de 105 mm largement réparties dans le monde.

Dans ce domaine, la France dispose d’une carte industrielle et technologique évidente, en associant les compétences acquises en matière de canon porté, sur le Caesar, le canon de 105 mm LG-1 de KNDS, et l’expertise développée en matière de véhicule blindé léger. Le sujet a été traité à plusieurs reprises sur ce site.

Un tel système permettrait de rapidement, et à moindre cout, densifier l’artillerie française, en particulier pour les unités légères (montagne, troupes de marine et troupes aéroportées, soit la moitié de la FOT), et de positionner une offre internationale très attractive, s’appuyant notamment sur l’excellente image acquise par le Caesar 155 mm, au combat.

Un système SHORAD mobile de défense antiaérienne, antimissile et antidrone à courte portée mobile

DéveloppementProductionPotentiel export
0,5 à 1 Md€2 + 2 Md€ pour 100 ex.Belgique, Luxembourg, Espagne, Croatie, Serbie, EAU, Égypte, Inde

Un autre enseignement clé, venu d’Ukraine et de mer Rouge, est le rôle, désormais central, des drones de toute taille, sur le champ de bataille, mais aussi pour mener des frappes à longue portée.

Skyranger 30 Rheinmetall
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Ces systèmes, souvent économiques et produits en grande série, sont à présent à tous les échelons de l’action militaire, et constituent une menace directe pour les hommes, les matériels et les infrastructures, du fantassin au destroyer.

De fait, disposer d’un système de protection antiaérien rapproché, capable d’engager et détruire ces drones, mais aussi les autres vecteurs comme les missiles de croisière, voire les roquettes d’artillerie, s’impose désormais à toutes les armées, y compris l’Armée de terre française, traditionnellement mal équipée dans ce domaine de la défense antiaérienne rapprochée, en dehors de ses missiles Manpads Mistral.

L’Allemand Rheinmetall a su, mieux que les autres, anticipé ce besoin, en développant sur fonds propres la tourelle Skyranger, pouvant équiper des véhicules blindés comme le Boxer, et le système Skynex de défense statique.

En France, cependant, la réponse à ce type de menace s’avère beaucoup plus artisanale, avec le Serval LAD (lutte anti-drone) et le Serval DSA (Defense Sol Air), acquis au compte-gouttes par l’Armée de terre.

Dans ce domaine, concevoir une véritable tourelle de défense aérienne canon-missiles, comparable à celle du Skyranger, et dotée de ses propres systèmes de détection et de poursuite radar et optronique, représenterait une plus-value déterminante pour la protection des unités et infrastructures, en particulier contre les drones, en complément des VL MICA et SAMP/T de l’Armée de l’Air, disponibles en nombre trop limité.

Serval Atlas RC
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Monté sur une plateforme mobile 8×8 pouvant atteindre 32 tonnes, comme le VBCI, le système serait en mesure d’assurer une couverture mobile étendue dans un rayon de plusieurs kilomètres, pouvant accompagner les unités en manœuvre, et durcir sensiblement la défense des infrastructures lorsque nécessaire.

Si le marché est aujourd’hui largement défriché par le Skyranger et le Skynex de Rheinmetall, les industriels français disposent déjà de l’ensemble des briques technologiques pour concevoir un tel système sur des courts délais, à un cout compétitif.

En outre, ce type de solution, pour peu qu’elle s’avère effectivement efficace et abordable, pourrait séduire un grand nombre d’utilisateurs, notamment les opérateurs traditionnels du Mistral 3 pour leur défense sol-air rapprochée, les armées proches de l’armée de terre ou de l’Armée de l’air et de l’espace française dans leur équipement et doctrine, et les clients traditionnels de l’industrie de défense française, pour un marché potentiel adressable de plusieurs centaines d’exemplaires.

Fin de la première partieRendez-vous sur la seconde partie de l’article

CERBAIR et GEOS unissent leurs forces pour une souveraineté renforcée face à la menace des drones

Communiqué de presse du 08/01/2025,

CERBAIR, spécialiste français de la lutte anti-drone, et GEOS, expert reconnu en solutions de sécurité et de déploiement à l’international, annoncent la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU). Ce partenariat stratégique vise à accélérer et faciliter le déploiement de systèmes souverains de lutte anti-drone (LAD), répondant ainsi aux besoins urgents exprimés par les acteurs de la sécurité et de la défense.

Un partenariat pour des solutions souveraines et accessibles
Dans un contexte où les drones constituent une menace croissante pour la sécurité des infrastructures critiques et des forces armées, CERBAIR et GEOS allient leurs expertises pour offrir des solutions immédiatement déployables et opérationnelles. En mettant en commun leurs compétences, les deux entreprises entendent proposer des systèmes de détection, classification et de neutralisation anti-drones accessibles et adaptés aux zones à risques et aux clients aux besoins de sécurité croissants face une menace libre d’évoluer dans la 3ᵉ dimension sans contrainte.

Des systèmes déployables rapidement, premier rempart contre les drones malveillants
Le partenariat CERBAIR-GEOS repose sur une approche pragmatique et orientée résultats :

  • Pour CERBAIR, il s’agit d’élargir l’accès à ses technologies éprouvées grâce aux capacités de déploiement terrain de GEOS.
  • Pour GEOS, c’est l’opportunité d’intégrer des solutions anti-drones souveraines et de référence dans ses offres clés en main pour ses clients en zones sensibles.

Ce partenariat incarne une réponse concrète à l’appel à l’action lancé par les autorités françaises pour des solutions rapides, économiques et adaptées à tous les terrains.

Une vision commune pour la souveraineté technologique
Depuis 2015, CERBAIR défend une vision claire : proposer des technologies souveraines, abordables et immédiatement disponibles pour répondre aux défis posés par les drones. L’alliance avec GEOS renforce cette ambition et marque une étape significative vers un déploiement plus massif et plus rapide de ces dispositifs sur le terrain.

Un engagement pour l’année 2025
Alors que le ministre des Armées, M. Sébastien Lecornu, appelle à un « sursaut salutaire » face à cette menace, CERBAIR et GEOS se positionnent en acteurs clés de cette transformation, mettant leur expertise au service de la sécurité nationale et internationale.

À propos de CERBAIR
Créé en 2015, CERBAIR est la référence française de la lutte anti-drone pour la détection, la caractérisation et la neutralisation des drones non autorisés. En s’appuyant sur son expertise dans le traitement du signal radiofréquence, CERBAIR assure la conception, le déploiement et la maintenance des systèmes offrant une protection de l’espace aérien pour les infrastructures critiques, bases militaires, navires de guerre et événements nationaux, contre l’évolution de la menace des drones. Spécialisée en technologie radiofréquence appliquée à la lutte-anti-drone, CERBAIR est rapidement devenu la référence dans la reconnaissance de protocoles associée à une gamme de systèmes de détection passifs et de systèmes de brouillage intelligent.

CERBAIR a su s’imposer comme une référence au sein de systèmes complets de défense aérienne en gagnant la confiance d’acteurs institutionnels en France et à l’étranger. MBDA, leader européen dans la conception de missile, est notamment un actionnaire historique de la société.

À propos de GEOS
GEOS est un leader dans l’accompagnement de ses clients à l’international, spécialisé dans les solutions de sécurité et les déploiements en zones à risque. Avec des décennies d’expérience, GEOS fournit des services sur mesure pour protéger les infrastructures et les individus dans les environnements les plus exigeants.

Pour plus d’informations, veuillez contacter : 

Alexandre GAY DE BERTHOIS – Directeur marketing 
Email : alexandre.gaydeberthois@cerbair.com 
Téléphone : +33 (0) 6 47 50 36 73 
Pour en savoir plus, visitez notre site web : www.cerbair.com

Pour le secrétaire général de l’OTAN, il faut rapidement augmenter les dépenses militaires européennes au-dessus de 2 % PIB

Alors que les européens semblaient s’être accordés pour s’engager vers un effort de défense, au sein de l’OTAN, de 3 % à horizon 2030, pour répondre à l’évolution de la menace, et surtout aux exigences formulées par Donald Trump, durant la campagne présidentielle, les dernières déclarations du désormais président élu, promettant d’imposer un effort de défense de 5 % aux européens, risquaient de faire voler en éclat la trajectoire négociée depuis plusieurs mois par Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, puis par son successeur, Mark Rutte.

Pour ce dernier, cependant, les Européens n’ont, à présent, plus le choix que d’augmenter massivement leurs efforts de défense, sur un calendrier particulièrement court, s’ils entendent effectivement dissuader Moscou de tout aventurisme militaire sur le vieux continent, dans les années à venir.

Selon certains échos, il semblerait que Mark Rutte soit parvenu à établir une valeur intermédiaire, à 3,7 % PIB, susceptible de permettre aux Européens de contenir l’évolution des menaces, tout en donnant satisfaction à Donald Trump, concernant ses exigences d’effort de défense, ainsi que ses exigences commerciales.

D’où vient ce seuil à 3,7 % ? Est-il crédible militairement et budgétairement, et suffisant pour satisfaire Trump ? Les grandes économies européennes peuvent-elles être convaincues par une telle hausse ? Et comment la France pourrait-elle s’y engager, en dépit de ses grandes difficultés budgétaires ?

Pour Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, un effort de défense à 2 % est très insuffisant pour les pays européens face à la menace russe

Pendant toute la campagne présidentielle américaine, Donald Trump a soutenu qu’il imposerait à ses alliés de l’OTAN, un effort de défense à 3 % du PIB, pour continuer de bénéficier de la protection américaine.

victoire électorale donald trump
Pour Donald Trump, l’objectif prioritaire, concernant l’effort de défense exigé des européens, et d’obtenir des comepnsations permettant de réduire le deficit commercial entre l’UE et les Etats-Unis.

Pour le bientôt nouveau locataire du Bureau Ovale, il s’agissait alors autant de flatter son électorat, en pointant la responsabilité, dans les déficits budgétaires américaines, des européens n’assumant pas leur part dans la défense collective de l’OTAN, que se doter d’un argument massue pour négocier avec Bruxelles et les capitales européennes, de nouveaux accords commerciaux pour rétablir les 150 Md$ de déficits commerciaux annuels entre les États-Unis et l’Union européenne.

Ce que n’avait pas anticipé Donald Trump, c’était qu’un consensus émergerait en Europe, pour viser cet objectif à 3 % PIB, selon un calendrier qui devait être négocié à l’occasion du prochain sommet de l’OTAN qui se tiendra en juin 2025 à Amsterdam.

Pour recoller à ses objectifs économiques, le président élu américain a, depuis, affirmé qu’il exigerait un effort de 5 % du PIB des européens, un montant bien peu crédible, que seuls certains pays ayant une économie en forte croissance et en transformation, comme la Pologne, peuvent effectivement assumer. Il est donc très peu probable que les européens se plieront majoritairement aux exigences présidentielles américaines.

Pour l’ancien premier ministre néerlandais et nouveau Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, ce revirement de Donald Trump n’est pas une bonne nouvelle. En effet, il avait œuvré à négocier l’accord européen pour augmenter les dépenses de défense à 2,5 % d’ici à 2026, et 3 % en 2030, et redoute, à présent, que les nouvelles exigences présidentielles américaines, ruinent ces efforts, en enfermant les grandes économies européennes, dans une posture de confrontation avec Washington, plutôt que de réarmement rapide.

L’OTAN anticipe un réarmement rapide et massif de la Russie dans les années à venir

À l’occasion du Sommet de Baltique, qui s’est tenu cette semaine à Helsinki, Mark Rutte a répété l’urgence, pour les européens, d’augmenter rapidement, et massivement, leurs investissements de défense, très au-delà des 2 % actuels.

Sommet de Washington de l'OTAN en 2024
Sommet de l’Alliance Atlantique de Washington 2024

« Nous devons vraiment le faire dans les prochains mois« , a-t-il ainsi martelé, ajoutant qu’il était impossible « d’attendre un sommet quelque part« , pour s’engager dans cette trajectoire.

Pour le Secrétaire général de l’OTAN, les européens n’ont à présent plus le choix, s’ils entendent faire face au « formidable niveau d’investissements russe pour leurs armées et industrie de défense« , alors que, dans le même temps, la Chine investissait, elle aussi, massivement dans ses armées et dans sa dissuasion, pour bientôt atteindre 1000 ogives opérationnelles.

Sans évoquer d’objectifs chiffrés, ni en valeur absolue, ni en valeur relative au PIB, Mark Rutte insiste sur l’urgence et sur l’importance du changement de paradigmes défenses, de la part des européens.

Un objectif à 3,7 % PIB souvent évoqué concernant l’objectif de l’effort de défense européen à moyen terme

Selon certains échos, l’objectif à présent proposé, serait d’atteindre un effort de défense de 3,7 % du PIB, soit 750 Md€ par an pour l’ensemble des pays européens membre de l’OTAN, en précisant que cet objectif pourrait être revu à la baisse, une fois la recapitalisation des armées européennes, et de l’industrie de défense du vieux continent, effectuée.

Un tel montant n’est pas irraisonnable, même s’il semble très important, voire hors de portée de nombreuses économies européennes. À ce sujet, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a récemment indiqué qu’un objectif de défense à 5 % PIB, consommerait 40 % du budget fédéral allemand à lui seul. Il serait donc de 30 % du budget fédéral, pour atteindre 3,7 %.

Uralvagonzavod
En dépit d’importantes difficultés economiques et budgétaires, la Russie maintient un effort de défense très élevé, par ailleurs accentué par des mécanismes paralleles, comme l’endettement des grandes entreprises de défense du pays.

Cependant, l’investissement de défense est une notion relative, et non absolue, et se conçoit face à la menace existante et en devenir, comme l’a récemment rappelé le ministre des Armées français, Sébastien Lecornu, en évoquant la manière dont la Russie et l’Iran construisaient leurs investissements de défense, en fonction d’objectifs opérationnels, et non de % PIB.

Dans ce domaine, l’effort de défense russe de 125 md$, doit être transformé d’un coefficient multiplicateur de 3, pour tenir compte des couts inférieurs des militaires et équipements de défense, dans le pays. En outre, l’effort de défense en Europe, doit être divisé par deux, face à la Russie, aucun pays européen n’envisageant de confier plus de 50 % de ses forces à l’OTAN pour faire face à une offensive russe contre un allié.

Une fois ces deux modérateurs pris en considération, le budget de la défense russe résultant s’élève à 125 x 3 x 2 = 750 Md$, très proches des 750 Md€ résultants d’un effort de defense à 3,7 % évoqué par Mark Rutte.

La pression de Donald Trump comme bras de levier pour l’OTAN pour convaincre les européens

En outre, 3,7 % de PIB est une valeur supérieure à l’effort de défense américain de 3,5 % en 2025. Ce faisant, même si Donald Trump venait à augmenter le budget du Pentagone lors de sa mandature, ce qui est loin d’être acquis à ce jour, les Européens (et les Canadiens), pourraient justifier d’un effort de défense d’un ordre de grandeur comparable à celui des États-Unis, privant le président américain d’un argument recevable, pour justifier d’une mise en retrait de l’OTAN, comme parfois évoqué.

K2 Black Panther Pologne
La Pologne est le seul pays européen memebre de l’OTAN qui respecte déjà le seuil de 3,7 % PIB.

En outre, avec un tel niveau de dépense, les Européens seraient très rapidement en mesure de contenir la menace russe, mais aussi de se substituer aux armées US en Méditerranée, au Proche et Moyen-Orient, voire en Afrique, leur permettant de concentrer l’essentiel de leurs moyens dans le pacifique, face à la Chine.

À ce sujet, à l’occasion des audiences de confirmation devant le Congrès, Pete Hegseth, le candidat au poste de Secrétaire à la Défense de Donald Trump, a réaffirmé que la Chine était le principal concurrent stratégique du pays, et qu’elle étendait très rapidement ses moyens militaires.

Dès lors, le désengagement des forces américaines en Europe apparait à présent inévitable, à court terme. Ce faisant, il revient aux européens eux-mêmes, de compenser, sur un calendrier réduit, ce retrait américain, concernant les forces armées conventionnelles.

Avec un objectif à 3,7 %, le Secrétaire de l’OTAN entend, probablement, obtenir le soutien de Donald Trump et d’autres pays européens, comme la Pologne, pour amener effectivement les plus rétifs des européens, dont font partie les trois plus grandes économies du Continent (Allemagne, France et Italie), et qui sera difficile à atteindre pour beaucoup, y compris pour la Grande-Bretagne, l’Espagne, les pays Scandinaves et mes Pays-Bas.

Un objectif nécessaire, mais difficile à atteindre pour les européens, à moins que…

Convaincre les capitales européennes de s’engager à atteindre un effort de défense représentant 3,7 % du PIB, sera tout sauf aisé pour le Secrétaire général de l’OTAN, même si, aujourd’hui, 23 pays dépassent le seuil des 2 % fixé lors du sommet de l’OTAN de Cardiff de 2014, pour 2025.

Olaf Scholz Bindeswehr
Olaf Scholz sera certainement très difficile à convaincre, concernant l’objectif de défense à 3,7 % PIB. Toutefois, ses jours semblent comptés à la tête de la Chancellerie allemande.

En 2024, seuls 4 pays européens dépensaient plus de 3 % PIB (Lettonie, Grèce, Estonie et Pologne), alors qu’un seul dépassait le seuil des 3,7 % PIB, la Pologne, avec 4,2 % de son PIB, consacrés à ses armées. Une situation qui n’est pas sans rappeler 2014, alors que seuls trois pays dépensaient, alors, plus de 2 % de leur PIB, pour l’effort de défense.

La négociation pourrait, cependant, être plus simple qu’il n’y paraît, pour mark Rutte, surtout vis-à-vis de deux des pays les plus rétifs dans ce domaine, l’Allemagne et l’Italie, par ailleurs la première et troisième économie de l’UE. En effet, pour Berlin comme pour Rome, se pose la question des possibles mesures de rétorsions économiques, que pourrait prendre Donald Trump contre eux, s’ils ne s’exécutaient pas.

Or, comme évoqué dans un précédent article, les exportations allemandes vis-à-vis des États-Unis, entrainent une balance commerciale excédentaire de 70 Md$. En passant de 2 % à 3,7 %, le surcout pour l’État fédéral allemand représenterait 75 Md€, créant un parallèle évident.

Il en va exactement de même pour l’Italie, qui affiche un excédent commercial annuel de 40 Md$ avec les États-Unis. En atteignant 3,7 % PIb (contre 1,6 % aujourd’hui), Rome consacrerait 50 Md€ de plus à ses Armées, et 42 Md€, en prenant pour référence un seuil initial à 2 %.

F-35 Italie
L’Italie est coutumière de la coopération indsutrielle défense avec les Etats-Unis.

Rome comme Berlin sont d’excellents clients de l’industrie de défense américaine, et mènent de nombreux programmes de coopération industrielle, qu’il s’agisse de fabrication locale (F-35 en Italie, Patriot en Allemagne), de pièces détachées et même de production exportée (frégates constellation, KF41 Lynx proposé pour remplacer les M2 Bradley).

La proximité en valeur absolue, entre les déficits commerciaux des États-Unis vis-à-vis de ces deux grandes économies européennes, représentant à elles seules 70 % de l’excédent budgétaire européen dans ce dossier, laisse penser que le seuil des 3,7 %, évoqué par Mark Rutte, a été conçu en prenant cette notion comme référence, pour satisfaire Donald Trump tout en fédérant deux grands pays européens dans cette dynamique.

De là à penser que cet objectif a été construit pour permettre à Donald Trump d’équilibrer son déficit commercial, par l’achat de matériels militaire américain, comme il le fit en 2019 avec le Japon, chacun se fera sa propre opinion.

La France face à un objectif d’effort de défense à 3,7 % de son PIB

Pour la seconde économie, et seule nation dotée de l’Union européenne, la France, l’objectif de 3,7 % PIB dédiés à ses armées, sera autrement difficile à atteindre. Le pays fait, en effet, face à une crise de sa dette souveraine, concomitante à une crise politique, rendant toute décision courageuse, dans ce domaine, très improbable.

Sebastien lecornu
Le Ministre des Armées, Sébastien Lecornu, semble isolé au sein du gouvernement, lorsqu’il évoque les défis auxquelles les armées françaises seront très bientot confrontées, et la hausse necessaire du budget défense français, au-delà de la trajectoire suivie par la LPM 2024-2030.

À ce titre, la Défense n’a pas même été évoquée lors du discours de politique générale du premier ministre François Bayrou, le 14 janvier, alors que les tensions internationales sont au plus haut, et que les armées françaises peinent à retrouver la capacité à se doter, dans les années à venir, de déployer une division de deux brigades opérationnelles.

Pourtant, atteindre un effort de défense à 3,7 % PIB répondrait à de nombreux besoins identifiés par les armées elles-mêmes, ainsi que par la DGA, pour relever les défis militaires, technologiques et budgétaires qui se dessinent, alors que la soutenabilité d’un tel effort, n’est pas aussi problématique qu’il n’y parait.

Le mur budgétaire qui se dresse devant les armées françaises de 2030 à 2040

Aujourd’hui, les armées françaises évoluent dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, visant à atteindre, en 2030, un investissement de défense de 67 Md€ représentant, en toutes probabilités, 2,2 % du PIB du pays.

Bien que représentant une hausse sensible des investissements de défense, sur les 7 années couvertes par cette LPM, les 67 Md€ visés, mais non garantis, à cette échéance 2030, seront loin de suffire aux dépenses à venir.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
L’arrivée du Rafale F5 et de son drone de combat, en 2030, necessitera d’importants crédits supplémentaires, pour en équiper les forces aériennes et aéronavales françaises.

En effet, à partir de 2030, interviendront de nouveaux programmes qui s’avèreront particulièrement gourmands en crédits. On pense au Porte-avions de nouvelle génération, bien entendu, mais aussi à l’entrée en service du Rafale F5 et son drone de combat, à la réalisation du programme SCAF, qui franchira alors un seuil budgétaire considérable, ou encore à l’acquisition de nouveaux équipements, comme les corvettes outre-mer, les avions de patrouille maritime, le missile nucléaire ASN4G, les missiles antinavires SM40 et FMaN, du missile de croisière FMC, ou du missile antibalistique du programme HYDIS.

En outre, à cette échéance, d’autres besoins deviendront très pressants, comme le remplacement des chars Leclerc, des frégates de taille intermédiaire, le remplacement des Rafale M les plus anciens et des E3 Sentry, tout en poursuivant l’ensemble des programmes déjà engagés.

Du côté des ressources humaines, les armées devront structurer et équiper les quelque 80 à 100.000 réservistes opérationnels visés par le LPM 2024-2040, tout en prolongeant les efforts pour fidéliser les militaires d’active, et renforcer les flux RH, avec la possibilité de devoir se tourner vers une forme de conscription.

Dès lors, pour beaucoup de planificateurs du ministère des Armées, de la DGA ou des 3 armées, 2030 représentera un mur budgétaire, pour les armées françaises, qui n’est pour l’heure pas anticipé par la planification française.

Un surcout de 13,5 Md€ en flux, pour une hausse de 40 Md€ en valeur, du budget des armées

Passer de 2,2 % PIB à 3,7 % PIB, représenterait un montant de 40 Md€ supplémentaires pour les Armées, sur la base du PIB 2024, pour un budget global de 92 Md€. Pour y parvenir, il conviendrait, par exemple, d’augmenter la TVA de 6 points, afin de dégager les recettes nécessaires pour préserver les équilibres (pas si équilibrés que cela), budgétaires français.

Dassault Aviation Merignac Rafale
La France est un des très rares pays occidentaux disposant d’une indsutrie de défense globale susceptible de lui conférer une véritable autonomie stratégique.

Toutefois, présenter les choses de cette manière, est trompeur. En effet, par son industrie de défense, la France dispose d’un atout de taille, sur beaucoup de ses voisins européens : elle récupère une grande partie de ses investissements dans les armées, sous la forme de taxes et cotisations sociales.

Ainsi, un budget à 92 Md€ pourrait être décomposé en 31 Md€ pour les couts RH, 30 Md€ pour l’entrainement, les déploiements et les infrastructures, et 31 Md€ pour l’achat de nouveaux équipements. Chacun de domaine, génère un retour budgétaire propre, de 30 % pour l’investissement RH, 50 % pour l’investissement entrainement, et même 100 %, pour l’investissement industriel, sur la base d’un retour budgétaire de 65 %, et d’un montant des exportations représentant 50 % des montants investis par la France.

Ce faisant, le budget de l’État récupérait, alors, 55 Md€ de recettes budgétaires, sur les 92 Md€ investis, créant un différentiel de seulement 37 Md€. Aujourd’hui, avec un budget de 2 % PIB et 52 Md€, cette ventilation se décompose en 18 Md€ RH, 18 Md€ Industrie et 16 Md€ entrainement, pour un retour budgétaire de 31,5 Md€, et un différentiel de 23,5 Md€.

Dès lors, le surcout budgétaire réel, pour passer d’un effort de défense de 2 % à 3,7 %, exprimé en PIB/€ 2024, ne représenterait que 37 Md€ – 23,5 Md€ = 13,5 Md€, soit seulement 2 points de TVA supplémentaires, beaucoup plus accessibles, sans créer d’effets majeurs sur la consommation.

armee de terre odre serre
L’augmentation des effectifs de la réserve opérationelle, en France, necessitera une reorganisation profonde de ces moyens, avec la création de régiments sur le modèle du 24ème régiment d’infantirie, qu’il faudra cependant équiper pour effectivement en utiliser la plus-value.

Rappelons que certains modèles alternatifs peuvent être mis en œuvre, pour accroitre la soutenabilité budgétaire d’un effort de défense amené à 3,7 % du PIB pour la France, comme le Socle Défense, qui repose sur la création d’une société d’économie mixte destinée à acquérir les équipements pour le compte des Armées, afin de les louer sur une période de 15 à 20 ans, avant de les proposer, de manière systématique, sur le marché des équipements militaires d’occasion.

Ce faisant, l’investissement initial pour l’acquisition des équipements n’entrerait pas dans le décompte de la dette souveraine, alors que la progressivité des loyers cumulés, permettrait à la France une montée en puissance budgétaire maitrisée, sans devoir renoncer à équiper efficacement ses armées. En outre, la vente des équipements d’occasion génèrerait des recettes supplémentaires, susceptibles d’équilibrer les comptes entre recettes et dépense, pour l’ensemble de l’investissement de défense.

Conclusion

On le voit, les Européens seront, sans le moindre doute, amenés à sensiblement augmenter leurs investissements de défense, dans les mois à venir, qu’il s’agisse de contenir l’évolution de la menace russe, ou d’anticiper le probable retrait d’une grande partie des forces conventionnelles US, déployées sur le vieux continent.

Si les 5 % de PIB annoncés par Donald Trump sont, de manière évidente, uniquement destinés à créer un rapport de forces commercial avec les Européens, les 3,7 % évoqués en aparté, par Mark Rutte, semblent représenter une valeur plus crédible, en répondant assez précisément à la réalité opérationnelle convertie de l’effort de défense russe.

Leopard 2 Bundeswehr
leopard 2 de la Bundeswehr.

Pour autant, il apparait que l’écart entre les 2 % exigés actuellement, et les 3,7 % évoqués, représentent également, pour l’Allemagne et l’Italie, un écart très proche de leur excédant commercial respectif vis-à-vis des États-Unis.

Dès lors, cette valeur apparait également taillée pour répondre aux exigences de Donald Trump, pour maintenir la protection américaine sur l’Europe, et en particulier le bouclier stratégique, si Rome et Berlin venaient à compenser ce déficit, par l’acquisition massive de matériels militaires américaines, comme ce fut déjà le cas, en 2019, avec le Japon, à l’initiative d’un certain Donald Trump. Pour la France aussi, l’augmentation des crédits de défense, bien au-delà de la trajectoire visée par la LPM, va bientôt s’imposer.

Au-delà des analyses simplistes, arguant d’un surinvestissement facial de 40 Md€, hors de portée des finances publiques françaises, il apparait qu’une fois le retour budgétaire intégré à l’équation, le surcout budgétaire que représenterait un passage de 2% à 3,7% PIB, aujourd’hui, ne représenterait qu’un surcout de 13,5 Md€, pouvant être entièrement financés par une hausse de 2 points de la TVA, par exemple.

D’autres modèles, plus performants, et plus économiques, peuvent également être appliqués en France, grâce à l’efficacité unique, sur le vieux continent, de son industrie de défense, capable de produire l’immense majorité des équipements de défense nécessaires aux armées.

Gouvernement Bayrou
La défense n’apparait pas comme un des principaux sujet de proccupation du nouveau gouvernement français.

Reste qu’en dehors du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, il semble que bien peu, au gouvernement, sont concernés par ce dossier, ou par la dégradation rapide de la situation internationale, avec la progression rapide des armées de certains pays, comme la Chine et la Russie.

Faute d’une anticipation suffisante, et d’une véritable volonté de résoudre les problèmes, plutôt que de les déplacer de quelques années, cette situation pourrait rapidement se retourner contre la France elle-même, dont les armées et l’industrie de défense, représentent aujourd’hui un des derniers piliers de la crédibilité internationale du pays.

L’US Air Force anticipe une révolution de la guerre aérienne d’ici à 2050 (2/2)

À quelques jours du changement d’administration à Washington, l’US Air Force est à la croisée des chemins. Alors qu’elle fait face à des arbitrages budgétaires difficiles, l’ayant amenée à suspendre le programme NGAD, elle vient de remettre au congrès, un rapport, on ne peut plus déterminant, sur l’évolution de la guerre aérienne d’ici à 2050.

Celui-ci prédit qu’à cette échéance, les progrès réalisés en matière de missiles antiaériens, permettront d’atteindre une portée de 1500 km, alors que l’utilisation conjointe de galaxies de satellites et de drones, dessinera une Kill Web sur l’ensemble de cet espace aérien adverse ou allié, l’interdisant à un grand nombre d’aéronefs, dont les avions de soutien, tankers et autre Awacs, et rendant impossible l’acquisition durable de la supériorité aérienne, offensive comme défensive.

Fort de ce constat, qui a fait l’objet de la première partie de cet article, il est possible, à présent, de tracer le portrait-robot de l’avion de combat de 2050, ainsi que des options qui s’offrent dès à présent à l’US Air Force, pour l’avenir du programme NGAD.

Un nouveau portrait robot de l’avion de combat post-2050

Le nouveau contexte anticipé par l’US Air Force, à partir de 2050, sera très différent de celui qui existe depuis la Seconde Guerre mondiale, faisant de la puissance aérienne, le pivot déterminant du rapport de force militaire, sur Terre comme sur les mers. Pour autant, l’USAF n’anticipe pas la fin de la puissance aérienne, mais sa transformation, pour mener des missions à un échelon plus élevé que précédemment, pour jouer un rôle différent, mais tout aussi décisif, dans les années à venir.

Toutefois, pour évoluer dans le contexte tactique évoqué par les spécialistes américains, ce nouvel avion de combat devra être doté de caractéristiques nouvelles, que l’on peut à présent rassembler dans un portrait-robot.

Furtif, rapide, doté d’un grand rayon d’action et accompagnés de drones

La première des caractéristiques imposée par l’émergence de ces missiles à très longue portée, et de la Kill Web, n’est autre que la taille de l’appareil. En effet, pour être en mesure d’évoluer dans un espace dépourvu de soutien, de 1500 km de profondeur, l’appareil devra disposer d’une grande autonomie, donc d’importantes réserves de carburant. Cela suppose un appareil plus imposant que les modèles actuels, souvent conçus pour évoluer à 1000 km de leurs bases, ou de leur avion ravitailleur.

programme NGAD vision Lockheed Martin
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Pour autant, celui-ci devra demeurer furtif, y compris vis-à-vis des émissions spatiales par le haut, mais aussi par les radars et drones déployés sur les 360° de l’appareil, et non uniquement vis-à-vis du secteur frontal et dorsal, comme le F-35. Cette furtivité devra, en outre, être suffisante pour déjouer les radars spatiaux, terrestres et navals, jusqu’à une distance suffisamment réduite pour mettre en œuvre l’armement transporté, ou pour être contourné.

La vitesse représentera également une caractéristique clé, en particulier la super-croisière, la capacité à maintenir un vol supersonique sans employer la post-combustion, pour réduire la consommation de carburant. Plus l’appareil évoluera rapidement, plus il sera en mesure de déjouer les défenses aériennes adverses, et donc, plus il pourra se rapprocher de l’espace aérien ennemi, voire y pénétrer.

Enfin, si le chasseur devra disposer de vastes soutes de munition, pour transporter les missiles à longue portée nécessaires à ses missions, il évoluera avant tout entouré de drones de combat, en charge de la reconnaissance, de la défense, ou de l’attaque.

En d’autres termes, le chasseur devra, pour survivre, pleinement intégrer toutes les caractéristiques de la 5ᵉ génération des avions de combat, y compris le contrôle des drones de combat qui, de plus en plus, semblent glisser de ce qui caractérisait la 6ᵉ génération, à une simple évolution logique de la 5ᵉ génération.

C’est la raison pour laquelle des appareils de 5ᵉ génération (J-20, F-35, Su-57, J-35), mais aussi de 4.5ᵉ génération (Rafale, Gripen, Typhoon, F-15EX), seront dotés, dans les années à venir, de cette faculté pas si discriminante que cela, du point de vue générationnel.

Avions et drones connectés à la Kill Web et dotés d’une grande capacité de traitement numérique

La véritable transformation, concernant ces appareils de nouvelle génération (nous ferons l’impasse sur le numéro de la génération concernée), portera sur leur intégration à la Kill Web, ce réseau de détection et de poursuite des cibles adverses aériennes, navales et terrestres, détectées, localisées et suivies par une combinaison de moyens aériens et spatiaux connectés.

Glass Cockpit
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Pour pleinement exploiter ce flux de données, le nouvel appareil devra non seulement disposer de systèmes de communication à très haut débit, mais il devra emporter une capacité de traitement numérique sans commune mesure avec ce qui existe aujourd’hui à bord des appareils les plus évolués dans ce domaine, comme le F-35 ou le B-21.

Ce traitement numérique suppose, en outre, de disposer de la puissance électrique suffisante pour alimenter les calculateurs et les GPU embarqués pour faire tourner les noyaux d’intelligence artificielle nécessaires à ces fonctions.

En conséquence, une partie significative de la puissance développée par les turboréacteurs, sera convertie en énergie électrique et non en poussée, ce qui suppose d’employer des moteurs bien plus performants que ceux existants aujourd’hui, pour cela.

Les ingénieurs chinois ont contourné le problème à bord du J-36, un prototype qui semble, extérieurement parlant, bien répondre au portrait général tracé jusqu’ici, en dotant l’appareil d’une configuration trimoteur, précisément pour disposer de la puissance électrique nécessaire au fonctionnement de la fusion de données.

Décollage et atterrissage courts, une capacité indispensable pour la nécessaire dispersion

Si l’avion de combat post-2050 sera caractérisé avant tout par cette capacité de traitement numérique, faisant de lui un véritable supercalculateur volant, il devra disposer de certaines capacités terre à terre, qui refont leur apparition, après avoir disparu après la guerre froide.

Eurofighter Typhoon RAF en Finlande
Eurofighter Typhoon de la Royal Air Force en Finlande

C’est en particulier le cas de la possibilité de décoller et d’atterrir sur des courtes pistes. En effet, si les missiles antiaériens atteindront, d’ici à 2050, une portée de 1500 km, on imagine bien qu’aucun aérodrome militaire ne sera à l’abri de frappes adverses, préventives ou non, et ce, sur l’ensemble du continent européen, comme dans le Pacifique.

La meilleure des parades, pour contenir cette menace, repose sur la dispersion des flottes d’avions et de drones, sur une multitude d’aérodromes, de sorte que même en cas d’attaque massive sur les principaux sites militaires, l’essentiel de la puissance aérienne demeurerait préservée.

Or, sauf à employer des aéroports civils dotés de grandes pistes, au risque d’y attirer le feu adverse, beaucoup de ces aérodromes de dégagements n’ont pas la piste de 2400 m standard OTAN, pour accueillir ces appareils. En outre, parfois, il peut être utile d’utiliser des portions d’autoroute, pour accroitre la dispersion.

La capacité à atterrir ou décoller à partir de pistes de dimensions plus réduites, constituera dès lors une plus-value de taille pour le futur avion de combat post-2050, comme ce fut le cas pour certains des avions de combat de la guerre froide, comme le JAS-37 Viggen suédois, ou le Harrier britannique.

Quelles options pour l’US Air Force pour le programme NGAD ?

Reste que ce portrait robot, tout attrayant qu’il puisse paraitre, repose sur un postulat, l’arrivée des missiles antiaériens à très longue portée et de la Kill Web, qui demeure très imprécis, notamment dans son calendrier, et même, en partie, dans sa faisabilité technologique. Il serait donc certainement précipité de s’engager, dès à présent, dans le développement d’un tel appareil.

J-36 Avion de combat de 6ᵉ génération CAC chine
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La priorité, aujourd’hui, pour l’US Air Force, est d’arbitrer parmi les différentes options qui peuvent être envisagées pour le programme NGAD, qui a un calendrier beaucoup plus raisonnable, et qui pourra reposer sur les certitudes relatives, concernant l’évolution de la menace de 2030 à 2050, plutôt que sur des hypothèses, au-delà de 2050.

Si les contraintes budgétaires constituaient, jusqu’ici, un défi déjà difficile à relever, pour arbitrer parmi les différentes options disponibles, un nouveau paramètre, ou plutôt deux, sont apparus récemment, sous la forme de deux nouveaux prototypes d’avions de combat chinois, pour l’heure désignés, probablement de manière impropre, comme J-36 et J-50.

Le sous-secrétaire à l’Air Force, en charge des acquisitions, Andrew Hunter, a reconnu qu’avec le premier vol de ces deux appareils, la Chine donnait, à présent, le tempo technologique dans ce domaine, et disposerait, certainement, d’une première capacité opérationnelle avant les États-Unis, pour cette génération. Pour autant, Hunter est certain que les appareils américains seront, au final, plus performants et plus évolués que les modèles chinois.

Poursuivre le programme NGAD sur son cahier des charges initial : possible mais très onéreux !

La première option, pour l’US Air Force, serait de reprendre le programme là où il s’était arrêté, avec quelques changements du cahier des charges, pour effectivement concevoir le successeur du F-22 qu’il devait être, à horizon 2030.

L’avantage de cette solution est qu’elle permettrait de valoriser les avancées réalisées au travers des investissements déjà réalisés, et de produire un appareil qui, sans le moindre doute, sera très performant, sur un calendrier que l’on peut espérer relativement court.

L’autre intérêt est qu’il permettrait à l’US Air Force de se doter rapidement d’un appareil de « nouvelle génération », même si, en réalité, elle ne serait qu’intermédiaire, aussi à l’aise pour évoluer aux côtés des drones, que pour assumer les missions de supériorité aérienne à longue distance, principale faiblesse du F-22 aujourd’hui dans le Pacifique.

f-22 us air force
F-22A Raptor Demonstration Team aircraft maintainers prepare to launch out Maj. Paul « Max » Moga, the first F-22A Raptor demonstration team pilot, July 13. (U.S. Air Force photo/Senior Airman Christopher L. Ingersoll)

Enfin, le NGAD serait alors une véritable réponse au J-36 chinois, ainsi qu’au SCAF et GCAP européen, assurant aux États-Unis de rester dans la course, au sommet de la hiérarchie mondiale aéronautique, un temps au moins.

Cette option sera cependant couteuse, et même très couteuse. Selon le Secrétaire à l’Air Force, il faudra encore investir 20 Md$ dans ce programme, d’ici à 2030, pour achever la conception, et entamer la production, alors que chaque appareil coutera 250 à 300 m$, soit le prix de 3 F-35A, à l’US Air Force.

Sauf à disposer d’une nouvelle ligne de crédits spéciale pour ce programme, valant au moins 7 Md$ par an, il est peu probable que cette option soit retenue par l’administration Trump, l’US Air Force n’ayant pas les moyens, aujourd’hui, de libérer de tels crédits pour la financer.

Developper un Super-F-35 pour faire office de quater back de drones de combat : l’option la plus probable et la plus économique

La seconde des alternatives évoquées le plus souvent, concernant le programme NGAD, serait de se détourner du modèle initial, pour concevoir un appareil dérivé du F-35A, et spécialement conçu pour assurer la fonction de quater back des drones, image souvent évoquée par Franck Kendall Jr, le Secrétaire à l’Air Force, et le général Alvill, le Chef d’état-major, pour évoquer la sixième génération.

Techniquement, l’appareil serait probablement une sorte de super-F-35, corrigeant les principales faiblesses de l’appareil, à savoir sa configuration monomoteur monoplace, imposée par le respect de la comptabilité avec le F-35B, son rayon d’action et ses performances trop limitées, sa soute à munition trop petite, et peut-être sa furtivité sectorielle, qui deviendrait, pour l’occasion, multiaspect.

NGAD CCA Loyal Wingmen

En revanche, l’essentiel des technologies développées pour le F-35, seraient réutilisées pour le nouvel appareil, permettant, logiquement, d’en réduire les couts et la durée de développement, pour obtenir, au final, un appareil dont le prix se rapprocherait de celui de l’avion de Lockheed Martin.

Le second bénéfice de cette option, et il est important, est que ce nouvel appareil pourrait aisément s’exporter vers les opérateurs de F-35A sur la scène internationale, et ils sont nombreux, notamment en Europe et dans le pacifique, tout en proposant un appareil aux performances potentiellement accrues, et conçu spécifiquement pour contrôler des drones de combat (disponibles en option, et pour pas très cher !).

Le marché adressable pour un tel appareil, dans un contexte géopolitique sans équivalent depuis la crise des euromissiles, serait tout simplement considérable, et d’autant plus captif que l’appareil réutiliserait les moteurs et le système de systèmes du F-35A, déjà employés par ces forces aériennes.

Reste qu’en héritant des points forts du F-35, le nouvel appareil pourrait également en hériter les points les plus critiqués, comme les couts de maintenance extraordinairement élevés, une disponibilité trop faible, et surtout une instabilité logicielle qui a amené l’US Air Force à accepter des appareils livrés non conformes au standard demandé, tant l’évolutivité logicielle est complexe.

Se tourner vers une approche uniquement composée de drones : la doctrine Musk, rejetée par l’US Air Force !

La dernière hypothèse souvent évoquée, ici, n’est pas le fait de spécialistes du sujet, mais d’Elon Musk, que l’on ne présente plus. Selon lui, il serait absurde, aujourd’hui, d’investir dans le développement d’un nouvel avion de combat, sachant que les drones pourront, dans un avenir très proche, accomplir toutes leurs missions, sans les contraintes liées aux pilotes et à l’équipage.

High-tech defense drone anduril CCA
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Bien qu’ayant ces supporters, cette hypothèse a cependant été rejetée en bloc par l’US Air Force, tant par Franck Kendall qu’Andrew Hunter, et par le général Alvill. Pour eux, la technologie n’est pas prête pour efficacement se passer de la présence d’un humain dans la conduite directe de la guerre aérienne. En outre, l’US Air Force n’est pas prête, en tant qu’institution, à abandonner la fonction de pilote, autour de laquelle elle est entièrement construite.

Rappelons, par ailleurs, que certaines études ont montré que l’utilisation de drones aériens et navals tendrait à augmenter significativement les risques de dérapage en temps de paix, et d’escalade après cela, les drones étant perçus comme plus aisément sacrifiables, sans pertes humaines à anticiper.

De fait, bien que le programme de drones de combat CCA demeure une priorité absolue pour l’US Air Force, celle-ci ne le considère que mis en œuvre par des avions pilotés pour en assurer le contrôle au plus près des enjeux opérationnels.

Conclusion finale

Nous voilà au terme de ce long article, portant sur l’évolution prévisible de la guerre aérienne, en 2030, puis en 2050, et la façon dont l’US Air Force pourra y répondre, d’abord avec les programmes NGAD et CCA, puis avec un nouvel appareil conçu spécialement pour évoluer dans les environnements non-permissifs post-2050.

iron dome
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L’analyse proposée par l’US Air Force, dans son rapport remis au Congrès, dresse, à ce titre, un portrait des plus préoccupants, concernant l’avenir de la puissance aérienne, en particulier pour les forces occidentales, qui font reposer une grande partie de leur puissance de feu, sur leurs forces aériennes et aéronavales.

En outre, le ticket d’entrée technologique et industriel, pour developper les appareils, ainsi que les munitions et les drones de combat, susceptibles d’évoluer dans cet environnement, apparait très élevé, nécessitant à la fois des compétences technologiques et indsutrielles dans les domaines aériens et spatiaux, et une galaxie de satellites pour assurer le maillage de la Kill Web, indispensable à l’utilisation des nouveaux missiles antiaériens à très longue portée, et des avions de combat évoqués dans le rapport.

Or, on peut penser qu’en dehors de la Chine, et des États-Unis, aucun autre pays ne sera en mesure de se doter de cette flotte de satellites de communication et de détection, sauf à devoir sacrifier à cette mission, une grande partie de la richesse d’un pays. Toute la question sera donc de savoir à quel point des pays comme la Russie, la Turquie ou encore l’Inde, s’engageront eux aussi, ou pas, dans cette course ?

L’US Air Force anticipe une révolution de la guerre aérienne d’ici à 2050 (1/2)

Tout au long de l’année 2024, l’US Air Force s’est débattue dans d’impossibles arbitrages budgétaires, prise en étau entre un budget déjà très élevé et peu évolutif, l’exposition des couts de certains programmes comme le missile ICBM Sentinelle, et le financement des programmes CCA et NGAD. Et 2025 pourrait bien être encore plus difficile.

En effet, dans son récent rapport rendu au Congrès, le Département de l’US Air Force a détaillé la manière dont devrait évoluer la guerre aérienne d’ici à 2050, et le pas à franchir promet d’être monumental.

Selon les analystes américains, c’est la nature même de la guerre aérienne qui aura évolué dans les 25 années à venir, sous la pression de la Russie et surtout de la Chine, avec l’arrivée de nouveaux missiles antiaériens à très longue portée et de moyens de détection créant une Kill Web reposant en grande partie sur des moyens spatiaux, redessinant entièrement des concepts clés comme la supériorité aérienne, qui sera alors inaccessible.

Quelle est donc cette nouvelle réalité de la guerre aérienne anticipée par l’US Air Force aujourd’hui ? Sur quelles avancées technologiques repose-t-elle ? Et comment cette nouvelle donne va-t-elle transformer la guerre aérienne d’ici à 2050. Ce sont les questions auxquels nous tenterons de répondre dans la première partie de cet article.

L’US Air Force à la croisée des chemins en 2025

Si, en matière de programmation industrielle et technologique, les armées américaines ont rencontré d’importants vents contraires ces 30 dernières années, à grands renforts de dépassements budgétaires, de délais mal maitrisés et même d’échecs, l’US Air Force a semblé être la moins exposée des trois armées US, face à ces problèmes, jusqu’ici.

F-22 US Air Force
Le programme NGAD de l’US Air Force devait permettre de remplacer les F-22 actuellement en service

Ainsi, même si des programmes comme F-35 ou KC-46A ont, eux aussi, rencontrés leur lot de surcouts, de délais et de problèmes, la première force aérienne mondiale n’avait pas été exposée à des impasses programmatiques, comme ce fut le cas de l’US Navy avec les destroyers Zumwalt et les LCS, ou de l’US Army, avec les programmes successifs pour tenter de remplacer les M2 Bradley.

2024 aura profondément transformé ce bilan. En début d’année, il est apparu que le programme de missiles ICBM LGM-35 Sentinel, confié à Northrop Grumman, serait bien plus onéreux qu’anticipé, à 140 Md$, et non 79 Md$, comme anticipé. Le programme de bombardier B-21 Raider, également confié à Northrop, serait également plus onéreux que planifié, alors que le programme F-35A rencontrait de sérieuses difficultés pour atteindre le standard Block IV, et la pleine capacité opérationnelle.

Dans le même temps, l’un des programmes phares de l’US Air Force de ces dernières années, le chasseur de 6ᵉ génération Next Generation Air Dominance, ou NGAD, destiné à remplacer les F-22 Raptor, atteignait une échéance clé, avec l’attribution du contrat de conception, prévue pour la fin du printemps 2024.

Face aux arbitrages budgétaires nécessaires, le Secrétaire à l’Air Force, Franck Kendall, en lien avec le Chef d’état-major, le général Alvill, annoncèrent en aout, la suspension temporaire du programme NGAD, provoquant la stupéfaction de la communauté aéronautique américaine.

Il s’agissait, alors, de réévaluer l’ensemble des attentes vis-à-vis de ce programme très onéreux, dont chaque appareil devait couter presque 300 m$, face aux évolutions des besoins, ces dernières années, tout en conservant les crédits nécessaires pour le programme de drones de combat Collaborative Combat Aircraft, ou CCA, jugé prioritaire.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

Visiblement, les conclusions de cette réévaluation ont été moins tranchées qu’on ne pouvait l’espérer. En effet, à l’issue de la victoire de Donald Trump en novembre 2024, Franck Kendall indiqua qu’il ne prendrait pas de décision concernant le programme NGAD, remettant à la prochaine administration, la responsabilité de cet arbitrage.

Depuis, de nombreuses hypothèses ont été émises, à ce sujet, allant de la poursuite pure et simple du programme, à son remplacement total par des drones de combat, en passant par des alternatives plus ou moins crédibles.

De fait, en ce début d’années 2025, l’US Air Force est dans un état Schroedingerien, impliquée potentiellement dans un programme d’avions de combat de 6ᵉ génération, sans que la poursuite et le financement du programme, pourtant présenté comme indispensable il n’y a que quelques mois de cela, soit assurés, alors que la Chine a, pour sa part, fait voler deux appareils de combat de prochaine génération, le 26 décembre.

La guerre aérienne en 2050 sera très différente d’aujourd’hui, selon un rapport de l’US Air Force remis au Congrès.

C’est dans de contexte qu’intervient le rapport transmis par l’US Air Force au Congrès, donnant la vision des experts militaires américains, sur l’évolution de la guerre aérienne d’ici à 2050. Pour beaucoup, ce rapport allait représenter un vibrant plaidoyer pour la reprise du programme NGAD, même s’il sera nécessaire, pour cela, de trouver 20 Md$ supplémentaires d’ici à 2030, pour la seule phase de conception.

Dans les faits, ce rapport est beaucoup plus clivant, affirmant que la guerre aérienne en 2050, sera d’une nature radicalement différente d’aujourd’hui, entrainant des besoins et des moyens que les appareils actuels, NGAD compris, ne seront pas en mesure de couvrir.

programme NGAD vue d'artiste
Vue d’artiste Lockheed-martin du programme NGAD de l’US Air Force.

N’en déplaise à certains, cette révolution en perspective ne repose ni sur l’arrivée massive des drones de combat, ni de l’intelligence artificielle. On comprend, en effet, dans les propos des experts de l’US Air Force, que ces deux évolutions technologiques sont déjà intégrées dans la conception proche de la guerre aérienne, sans que cela transforme en profondeur la nature même de celle-ci. En d’autres termes, drones et IA représentent une évolution, certes majeure, mais en aucun cas une révolution de la guerre aérienne.

Cette transmutation en devenir, d’ici à 2035, repose sur l’arrivée de deux nouvelles capacités, jugées bien plus significatives et dimensionnantes que les drones, par les experts américains : les missiles antiaériens à très longue portée, d’une part, et l’émergence d’une chaine de détection avancée s’appuyant notamment sur un maillage satellite, de l’autre, pour former ce qui est défini comme une Kill Web, de l’autre.

Des missiles antiaériens d’une portée de 1500 km en 2050

En effet, les experts américains estiment que d’ici à 2050, la portée des missiles sol-air, surface-air et air-air, pourrait atteindre, voire dépasser, les 1000 miles, soit 1500 km. Les systèmes les plus performants du moment, comme le S-500 russe, atteignent déjà une portée maximale de presque 600 km, même si, pour atteindre de telles distances, il est nécessaire d’avoir des conditions très particulières, alors que le missile air-air R-37M est donné pour atteindre une portée de 400 km lorsque lancé à haute altitude.

L’arrivée de nouveaux types de propulsion de missiles, de nouveaux carburants et de capacités de navigation et d’autodirection accrues, associées aux avancées en matière d’intelligence artificielle, devrait ainsi permettre d’accroitre considérablement la vitesse, la portée et les capacités de recherche et de poursuite des missiles.

S-500 Prometheus
TEL du système S-500 Prométhé russe, d’une portée de 500 km. Toutefois, pour atteindre une cible à cette distance, celle-ci doit évoluer à plus de 20 km d’altitude.

Ce faisant, pour peu que les missiles prennent en masse et en longueur, pour transporter davantage de carburant, le seul des 1000 km, et même des 1500 km, semble effectivement à portée des missiliers russes, chinois et occidentaux, d’ici à 2050.

Un maillage de détection et destruction, ou Kill Web, s’appuyant avant tout sur des moyens spatiaux

L’extension de la portée des missiles antiaériens n’ira pas sans poser de sérieux problèmes, dans la chaine de détection et de conduite de tir. Outre la durée du vol très étendue, la rotondité de la terre constitue déjà une limite pour les systèmes actuels.

Ainsi, à 600 km, portée maximale du S-500 russe, le radar du système n’est en mesure de détecter que les mobiles aériens évoluant au-dessus de 20 km d’altitude, soit au-dessus du plafond de nombreux avions de combat, et presque deux fois plus que le plafond des avions de soutien, tanker et autres Awacs, qui évoluent au maximum à 10 ou 12 km, impliquant un horizon électromagnétique à 400 km. À 1500 km, cet horizon atteint 150 km d’altitude, soit au-dessus du plafond de la trajectoire de beaucoup de missiles balistiques à courte et moyenne portée.

Pour atteindre les cibles d’importances à de telles distances, bombardiers, tankers ou avions de détection avancée, les missiles doivent donc s’appuyer sur un système de détection et de conduite de tir suffisamment précis, ce qui exclut les radars trans-horizon, et dotés de la portée suffisante à des altitudes opérationnelles, ce qui exclut les radars classiques.

Plusieurs alternatives peuvent être envisagées ici, dont l’utilisation de drones pour former un maillage de détection déportée, ou l’utilisation de systèmes de détection spatiaux, radars ou électro-optiques. Ces deux solutions ne s’excluraient pas mutuellement. Au contraire, elles collaboreraient efficacement dans ce qui formerait, alors, une toile d’araignée mortelle, ou Kill Web, selon la désignation choisie par l’US Air Force.

Galaxie de satellites
Galaxie de satellites Blackjack de la DARPA.

Qu’il s’agisse de communiquer avec les drones distants, ou de récolter et traiter directement l’information à partir de moyens spatiaux, la Kill Web suppose l’exploitation d’un grand nombre de satellites de surveillances et de détection, et des systèmes de traitement de données suffisants, pour parfaitement déterminer la position, le vecteur vitesse, l’altitude et la nature de la cible, afin de l’engager avec un missile sol/surface-air ou air-air, à très longue portée.

Doctrine, moyens, menaces : vers une transformation radicale de la guerre aérienne en 2050

L’arrivée concomitante de ces deux nouvelles capacités, les missiles antiaériens sol-air, surface-air et air-air à très longue portée et les constellations de satellites nécessaires pour assurer la Kill Web indispensable à leur utilisation, de l’autre, devrait, selon les experts de l’US Air Force, radicalement transformer la guerre aérienne à partir de 2050.

La fin de la notion de supériorité aérienne

La première de ces transformations s’avère également la plus notable. En effet, selon les experts de l’USAF, l’arrivée de ces deux capacités, rendra impossible de converser la supériorité aérienne au-dessus d’un territoire dans la bande des 1500 km entourant l’éventuelle ligne d’engagement, que ce soit du point de vue offensif comme défensif.

Selon l’analyse proposée, la notion de supériorité aérienne elle-même serait remise en question, un camp ne pouvant s’assurer d’une capacité de manœuvre et d’action que de manière temporaire et limitée, dans le cadre d’une opération précise, au-dessus de cet espace.

On notera que cette perception n’est pas très éloignée du statuquo qui s’imposa dans le ciel de l’Ukraine pendant les 24 premiers mois du conflit, alors que les défenses aériennes ukrainiennes comme russes étaient à ce point denses, qu’aucune des deux forces aériennes n’a pu s’emparer du contrôle du ciel et de la supériorité aérienne, pour déployer ses propres appareils de soutien.

Su-34 ukraine
Pendant les deux premirèes années de guerre, les forces aériennes russes et ukrainiennes ont été neutralisées par les défense aériennes de part et d’autres. C’est un scnéario similitaire, mais avec des portées largement plus étendues, qu’enviage l’US Air Force pour 2050.

Ce ne fut qu’avec l’arrivée des munitions stand-off, comme les bombes planantes, à la fin de 2023, que les forces aériennes des deux camps purent à nouveau retrouver une utilité tactique, au bénéfice des forces russes, bien plus importantes.

La perception des experts de l’USAF semble donc étendre ce statuquo qui demeure dans une bande de 150 à 200 km autour de la ligne d’engagement russo-ukrainienne aujourd’hui, à une portée largement accrue, atteignant 1500 km, avec des implications bien plus importantes.

Les avions de soutien, tanker et Awacs, repoussés au-delà de leur portée efficace

Cette bulle d’interception d’une portée potentielle de 1500 km, indépendante de l’altitude de la cible, va, en effet, considérablement transformer la composition des forces aériennes. Celles-ci reposent, aujourd’hui, sur l’association d’avions de combat, d’avions de transport, et d’avions de soutien.

Si les avions de combat disposeront, à longue distance, de la furtivité, de la vitesse et des capacités de manœuvre pour sortir de la zone d’interception du missile, ce ne sera pas le cas des avions de soutien, c’est-à-dire les appareils employés pour accroître et renforcer l’efficacité de ces avions de combat.

On pense ici, avant tout, aux appareils d’alerte aérienne avancée, comme les E-3 Awacs et les E-2 Hawkeye, ainsi qu’aux avions ravitailleurs, comme l’A330 MRTT ou le KC-46A. Aujourd’hui, la portée des systèmes sol-air et air-air oblige déjà ces appareils à évoluer à plusieurs centaines de km de la ligne d’engagement, ce qui en diminue l’efficacité au profit des avions de combat.

KC-46 F-35A US Air Force
KC-46 ravitallant un F-35A de l’US Air Force. Ce couple serait repoussé au dela de sa portée efficace si des missiles aintaiériens d’une portée de plus de 1000 km venait à émerger dans les années à venir, avec les systèmes de détection satellites necessaires.

S’ils devaient être repoussés au-delà de 1500 km, ils perdraient tout simplement tout intérêt opérationnel, sachant que dans le cas d’un tanker, l’avion de combat devrait consommer 3000 km de carburant simplement pour faire l’aller-retour jusqu’à la ligne d’engagement, alors que la plupart des avions de combat modernes, a une autonomie de combat de l’ordre de 2000 à 2500 km.

De même, à 1500 km, un Awacs n’aurait aucune utilité pour surveiller le ciel à proximité de la ligne d’engagement, n’ayant une portée que de 400 à 600 km, dans le meilleur des cas, aujourd’hui.

On notera que cette zone d’exclusion s’étendra à tous les appareils non équipés et conçus spécialement pour en augmenter la survivabilité en zone d’engagement. Ainsi, le transport aérien stratégique sur les 1500 derniers km sera très risqué. De même, la patrouille maritime pourrait être très exposée sur une très vaste zone, à plusieurs centaines de km des cotes de l’adversaire, ou d’un navire de combat équipé de ces mêmes missiles.

Corollaire de ce constat, les munitions stand-off devront, elles aussi, voire leur portée s’étendre au-delà de plusieurs centaines de km, pour ne pas exposer les vecteurs, avions de combat ou drones, à une destruction presque assurée.

Conclusion intermédiaire

On le voit, le scénario évoqué par l’US Air Force dans son rapport au Congrès, en ce début d’année, contient des perspectives à moyen terme, susceptibles de très profondément changer la nature même de la guerre aérienne d’ici à 2050, et avec elle, la composition des forces aériennes.

general alvill us air Force
Le chef d’état-major de l’US Air Force, le général Alvill.

De toute évidence, pour l’USAF, l’époque durant laquelle la puissance aérienne déterminait en grande partie la réalité du rapport de force entre deux forces armées, tendra à s’étoiler, comme ce fut déjà le cas en Ukraine depuis 2022, alors que les forces aériennes russes disposent de vingt fois plus d’avions de combat que leurs homologues ukrainiennes, sans que cela engendre un rapport de forces global aussi déséquilibré.

Reste à voir comment cette nouvelle donne pourrait influencer l’avenir de l’aviation de combat, ainsi que le programme NGAD qui, de plus en plus, semble destiné à n’être qu’une étape intermédiaire entre la 5ᵉ génération du F-22 et du F-35, et une véritable nouvelle génération, reposant sur des paradigmes radicalement différents ? Pour cela, rendez-vous dans la seconde partie de cet article, trop long pour être traité d’une seule traite.

Un millier de missiles balistiques SRBM Hwasong-11D déployés autour de Pyongyang à portée de Séoul

En mai 2024, Kim Jong Un faisait la Une des médias nord-coréens, aux côtés de 99 nouveaux Transporteurs Érecteurs Lanceurs (TEL) armés du Hwasong-11D, un nouveau missile balistique à courte portée. Il s’agissait, pour le dirigeant, de faire la démonstration de ce nouveau missile, version allégée du Hwasong-11A, doté d’un nouveau système de guidage, et potentiellement armé d’une tête nucléaire.

Depuis, les missiles balistiques SRBM nord-coréens ont continué à faire l’actualité, au travers des essais nord-coréens, mais aussi des missiles KN-23 employés par les armées russes contre l’Ukraine.

Aucune de ces informations n’avait cependant la portée de celle rendue publique, il y a quelques jours, par la télévision d’état nord-coréenne, selon laquelle pas moins de 250 TEL armés de missiles Hwasong-11D, soit un millier de missiles, ont été déployés autour de Pyongyang, soit à portée de Séoul.

En effet, par cette manœuvre, si elle est avérée, Kim Jong Un neutralise l’ensemble des efforts déployés par les forces armées sud-coréennes, depuis trois ans maintenant, pour mettre en œuvre la fameuse doctrine « trois axes », celle-là même qui devait permettre à Séoul de se prémunir de la menace nucléaire venue de Pyongyang.

Les médias nord-coréens affirment avoir déployé 250 TEL et 1000 missiles balistiques SRBM autour de Pyongyang

Selon les affirmations des médias d’état nord-coréens, ce sont donc 250 TEL armés du nouveau missile SRBM Hwasong-11D, qui ont été déployés autour de Pyongyang. Le missile ayant démontré une portée de l’ordre de 300 km en mai dernier, lors d’un tir pour tester, selon la propagande nord-coréenne, un nouveau système de guidage, l’ensemble de ces systèmes sont donc à portée de la capitale sud-coréenne, Séoul, et ses dix millions d’habitants, distante de seulement 200 km.

250 hwasong-11D autour de Pyongyang
Déploiement de 250 TEL et 1000 missiles SRBM Hwasong-11D autour de Pyongyang

Chaque TEL 6×6 étant armé de quatre missiles SRBM, ce sont donc, potentiellement, un millier de missiles Hwasong-11D, qui auraient été déployés autour de la capitale nord-coréenne, certains d’entre eux pouvant recevoir une charge nucléaire « tactique » selon les autorités nord-coréennes.

Ce déploiement de forces spectaculaire confirme également les progrès réalisés par l’industrie de défense nord-coréenne, peut-être épaulée de technologies russes, d’autant que Pyongyang continue de soutenir Moscou en livrant plusieurs dizaines de missiles SRBM par mois, pour attaquer les cibles ukrainiennes, alors que seuls 99 TEL avaient été présentés, à des fins de propagande, en mai 2024.

En d’autres termes, Pyongyang aurait produit plus d’une centaine de TEL, et autour de quatre cents missiles SRBM, en à peine huit mois, sachant qu’il est peu probable que cette production ait été interrompue en janvier 2025, une fois atteint l’objectif de l’annonce de cette semaine, soit 250 TEL et 1000 missiles SRBM.

Le missile balistique Hwasong-11D

Le Hwasong-11D est un missile balistique à courte portée, dérivé du Hwasong-11A ou KN-23, lui-même dérivé du Toshka soviétique. Il représente une version plus compacte de son prédécesseur, mais demeure imposant, avec une masse au décollage estimée à 3 tonnes et une longueur supérieure à 7 mètres.

Hwasong-11D
Plan large sur les 250 TEL Hwasong-11D armés chacun de 4 missiles SRBM, lors de leur deéploiement autour de Pyongyang.

Comparable dans son utilisation et ses dimensions à l’ATACMS américain, le Hwasong-11D est apparu en 2022, lors de son premier tir d’essai. Les deux premiers tirs avaient atteint une portée de 110 km, avec une trajectoire surbaissée dite semi-balistique, conçue pour évoluer au-dessus de plafond d’interception des missiles aérodynamiques comme le Patriot PAC ou du SM-6, et sous le plancher du THAAD ou du SM-3, tout en conservant le missile dans une trajectoire contrôlée par radioguidage sur la majorité du vol.

Le Hwasong-11D avait alors été présenté par Pyongyang comme le premier missile destiné à mener des « frappes nucléaires tactiques« , c’est-à-dire capables d’emporter une tête nucléaire de faible intensité pour mener des frappes de destruction nucléaires ciblées.

En mai 2024, un nouveau tir d’essai fut annoncé, concernant un « nouveau système de guidage autonome« . Plusieurs hypothèses ont été faites au sujet de ce système, le plus probable étant l’utilisation d’un système de navigation inertiel et d’un système de guidage terminal, radar ou infrarouge.

Pour l’occasion, le missile avait atteint une portée de 300 km en suivant une trajectoire balistique classique destinée à économiser l’énergie, donc à accroitre la portée, mais beaucoup plus facile à intercepter par les systèmes antibalistiques existants.

Aujourd’hui, on estime qu’effectivement, le Hwasong-11D est susceptible d’emporter une charge nucléaire miniaturisée de faible puissance, et d’atteindre, avec une précision qui fait toujours débat, des cibles jusqu’à 350 ou 400 km, sachant que l’emploi d’une tête nucléaire impliquerait probablement une portée plus réduite.

Une stratégie pour neutraliser la doctrine 3 axes des armées sud-coréennes

Depuis l’annonce de Pyongyang, concernant le déploiement massif de Hwasong-11D autour de la capitale nord-coréenne, beaucoup d’analyses ont pointé le potentiel de saturation qu’une telle puissance de feu ferait peser sur la défense antiaérienne et antimissile sud-coréenne.

KSS III Dosan Anh Changho
Les sous-marins de la classe Dosan Anh Changho de la Marine sud-coréenne ont été spécialement conçus pour participer à la doctrine 3 axes, en emportant 6 à 10 missiles SLBM Huynmoo 4-4 en silos verticaux.

Si la saturation est un des effets de ce déploiement de force, susceptible d’envoyer un millier de SRBM contre les infrastructures au sud, ce n’en est pourtant pas, là, sa principale fonction. En effet, il apparait que ce déploiement vise, avant toute chose, à neutraliser définitivement la nouvelle doctrine 3 axes sud-coréenne.

Cette doctrine, apparue en 2022, a été conçue pour permettre aux forces armées sud-coréennes de contenir la menace nucléaire du nord, avec des forces exclusivement conventionnelles. Elle repose sur une stratégie en 3 étapes, d’où son nom.

En premier lieu, les forces armées sud-coréennes mèneraient des frappes préventives pour détruire les vecteurs nucléaires potentiels du nord, afin de réduire considérablement le nombre de têtes nucléaires disponibles, à l’aide de leurs missiles balistiques, missiles de croisière et de leur aviation de combat. Ces frappes seraient lancées à l’initiative du gouvernement sud-coréen, lorsqu’il aurait la certitude de l’imminence d’une attaque potentiellement nucléaire lancée par Pyongyang.

La seconde étape suppose d’intercepter les vecteurs restants en vol, à l’aide d’une défense antiaérienne et antimissile suffisamment dense, pour ne laisser passer aucun des missiles balistiques, des missiles de croisière et des aéronefs nord-coréens ayant survécu à la phase 1.

Enfin, les forces aériennes sud-coréennes seraient employées, lors de la troisième étape, pour éliminer les postes de commandement, nœuds de communication et centre de décision nord-coréens, pour décapiter les forces armées adversaires, et neutraliser leur potentiel offensif.

SRBM Huynmoo-4-5
La corée du Sud a developpé d’importantes compétences dans le developpement des missiles balistiques pour contrer la menace nucléaire venu du nord.

En déployant 250 TEL mobiles autour de Pyongyang, les stratèges nord-coréens entendent, de manière évidente, neutraliser l’efficacité de la première étape de cette doctrine, en rendant impossible l’élimination de l’ensemble, ni même d’une partie significative de cette capacité, d’autant qu’aux côtés de Hwasong-11D, figurent également d’autres modèles de missiles balistiques potentiellement nucléaires, également déployés à plusieurs dizaines d’exemplaires, voire davantage, sur l’ensemble du pays.

En outre, le nombre de vecteurs « survivants » qui pourraient alors être tirés par le Nord contre Séoul et les grandes villes du Sud serait alors très important, de sorte que les chances d’interception des vecteurs nucléaires, par la défense antimissile du sud, seraient insuffisantes pour justifier de l’utilisation de cette doctrine supposant des frappes préventives, pour s’en remettre, à nouveau, pleinement sur la seule efficacité du parapluie nucléaire américain.

Conclusion

On le voit, l’annonce faite par Pyongyang, il y a quelques jours, concernant le déploiement de 250 TEL et un millier de missiles Hwasong-11D, autour de la capitale nord-coréenne, et à portée de Séoul, constitue une nouvelle d’ampleur stratégique, bouleversant l’équilibre des forces sur la péninsule coréenne.

Ce faisant, les armées nord-coréennes neutralisent, en effet, la doctrine trois axes du sud, qui représentait, jusqu’à aujourd’hui, le fil directeur de Séoul, pour contenir la menace nucléaire de Pyongyang, sans dépendre exclusivement du parapluie nucléaire américain pour cela.

Kim jong Un
Un millier de missiles balistiques SRBM Hwasong-11D déployés autour de Pyongyang à portée de Séoul 54

Privée de cette option stratégique, la tentation sera grande, pour Séoul, qui dispose d’une industrie nucléaire civile très efficace, de se doter de l’arme nucléaire, surtout alors que Donald Trump entend employer la protection accordée par les États-Unis, pour obtenir des avantages commerciaux potentiellement excessifs ou déséquilibrés, laissant douter de l’implication de Washington, aux côtés de ses alliés, le moment venu.

Or, si Séoul franchit le Rubicon, et se dote de l’arme nucléaire, on peut s’attendre à ce que d’autres grandes puissances économiques et technologiques, comme le Japon, l’Allemagne, la Turquie ou l’Arabie Saoudite, s’inscrivent dans la même dynamique, en grande partie créée par les menaces du futur locataire de la Maison-Blanche. Ceci viendrait sensiblement bouleverser les équilibres stratégiques hérités de la guerre froide, avec un risque accru qu’une crise régionale entraine le franchissement du seuil nucléaire.

La Marine chinoise construirait 3 à 5 immenses barges de débarquement pour un assaut contre Taïwan

Depuis plusieurs années, les chantiers navals ont fait montre d’un grand dynamisme dans la construction de navires expérimentaux pour la Marine chinoise. Ces seuls derniers mois, on a ainsi pu observer un navire autonome de grande taille, un nouveau modèle de sous-marins et même un porte-aéronefs, dont la fonction n’est toujours pas établie.

Toutefois, les dernières observations satellites des chantiers navals de Guangzhou, près d’Hong-Kong, ont montré la construction de nouveaux navires dont la fonction ne fait aucun doute, dans l’esprit des spécialistes.

En effet, il s’agit de grandes barges de transbordement et de débarquement, équipées d’un pont basculant long de plusieurs dizaines de mètres, susceptibles d’être employées sous la forme de port artificiel, dans l’esprit des fameux Mulberry de l’opération Overlord, durant la Seconde Guerre mondiale.

La construction simultanée de plusieurs unités de grande taille exclut l’hypothèse d’un navire expérimental. Dès lors, ces navires bouleversement le calendrier envisagé jusqu’ici, concernant l’hypothèse d’une action aéro-amphibie chinoise contre Taïwan, avec un agenda potentiel beaucoup plus rapproché, susceptible de prendre de vitesse les parades envisagées par Taipei et Washington.

De 3 à 5 barges de débarquement en construction aux chantiers navals de Guangzhou

Selon les observations faites par le spécialiste naval H.I Sutton, relayées par le site NavalNews, ce sont 3 à 5 de ces barges à vocation de quai de débarquement flottant, qui sont aujourd’hui construites à Guangzhou.

Ce chantier naval a beaucoup fait parler de lui en 2024, avec la construction d’un navire dronisé de très grande taille, et surtout celle d’un porte-aéronefs reprenant les codes des LHA de la classe America, et dépourvu de radier, dans un temps record.

Selon H.I Sutton, toujours pertinent sur ce type de sujet, les navires en construction sont dotés d’un pont basculant de plusieurs dizaines de mètres, permettant d’enjamber la zone humide, pour permettre aux véhicules transbordés d’atteindre directement la terre ferme, fluidifiant ainsi considérablement les manœuvres de débarquement.

Les véhicules et troupes débarquées, eux, seraient transportés par l’immense flotte de ferries Roll-In Roll-out, ou RORO, opérant en mer de Chine sous pavillon chinois, et assurant les navettes entre les grands ports du pays.

Ce faisant, chaque barge serait en mesure de débarquer un flux constant plusieurs dizaines de véhicules blindés, et de camions de ravitaillement, chaque heure, alimentant en hommes, véhicules, munitions et vivres, les forces d’assaut, dans l’attente de la capture d’un ou plusieurs ports en eau profonde de la côte occidentale de l’ile de Taïwan, celle faisant face au continent.

La Marine chinoise s’engage dans la construction de navires spécialement dédiés à un assaut contre Taïwan

La construction de ces nouvelles barges constitue un nouvel exemple de l’orientation poursuivie aujourd’hui par la construction navale militaire chinoise, avec, pour seul objectif, à court terme, la possibilité de mener une opération aéro-amphibie pour s’emparer de l’ile de Taïwan.

Marine chinoise Destroyer Type 055 Nanchang
Croiseur Type 055 nanchang de la Marine chinoise.

Jusqu’ici, cet effort était surtout perceptible dans la construction des grandes unités de surface combattantes de la Marine chinoise, à une vitesse bien plus élevée que la flotte de soutien.

Ainsi, si la Marine chinoise a construit ces dix dernières années, deux porte-avions, cinq LHA, cinq LPD, neuf croiseurs, vingt-six destroyers anti-aériens et une vingtaine de frégates anti-sous-marines, soit presque 70 grandes unités navales de surface, elle n’a admis au service que 2 grands pétroliers ravitailleurs rapides Type 901, et 6 pétroliers ravitailleurs moyens Type 906.

À titre de comparaison, la Marine nationale prévoit de disposer de quatre bâtiments ravitailleurs de la Force de la classe jacques Chevallier, pour seulement un porte-avions, trois LHD et quinze frégates.

De même, la Marine chinoise a produit d’importants efforts pour se doter rapidement d’une flotte d’une quarantaine de sous-marins conventionnels, dont plus de vingt Type 039A/B AIP et dérivés, adaptés à la défense côtière et littorale, alors que sa flotte de sous-marins nucléaires d’attaque, ou SSN selon l’acronyme anglophone, n’aligne que huit navires modernes, six Type 093/A, et deux Type 093B.

Depuis plusieurs années, la Marine chinoise s’entraine activement avec certains navires civils de type RORO lors d’exercices amphibies. Toutefois, jusqu’ici, ces bâtiments n’étaient employés que pour lancer des blindés amphibies, ce qui ne peut s’effectuer que part mer très calme, probablement à des fins de propagande.

RORO Marine chinoise exercice
Exercice de trasnferts de vehicules amphibies à partir d’un RoRo mené par la Marine chinoise

C’est dans ce contexte qu’interviennent les nouvelles barges de transbordement et de débarquement en cours de construction à Guangzhou, permettant à l’importante flotte de RORO chinoise de jouer un rôle logistique, même par mer formée, qui plus est, aussi bien en débarquement qu’en évacuation (ce qui était exclu par le largage de blindés).

Si ces barges sont les premiers navires spécialement conçus pour un éventuel assaut contre Taïwan, il est probable que d’autres suivront, tant cette opération a des enjeux politiques et stratégiques déterminant pour Pékin.

Comme évoqué dans un précédent article, on peut ainsi penser que le porte-aéronefs expérimental construit à Guangzhou en 2024, qui a déjà entamé ses essais en mer, est, lui aussi, conçu pour former une classe de LHA destinés spécifiquement à cette mission, et construit sur des standards civils plutôt que militaires.

Pékin veut-il prendre de vitesse Washington pour s’emparer de Taïwan ?

Reste que la construction, à un rythme soutenu, de ces nouvelles barges, à Guangzhou, constitue un signe qu’il est difficile d’ignorer, à Taïwan, comme à Washington. En effet, il est peu probable que celles-ci soient destinées à une autre mission que l’assaut contre Taïwan, n’étant pas spécialement nautiques.

Or, leur construction, difficile à cacher dans le monde moderne (contrairement aux Mulberry de la Seconde Guerre mondiale, dont l’Allemagne ignorait la construction), donne une indication quant au calendrier potentiel d’une opération aéro-amphibie chinoise contre Taïwan. Il est, en effet, peu probable que ces barges soient destinés à attendre une utilisation potentielle dans 5 ou 10 ans, en restant à quai, alors que leur utilisation, à des fins expérimentales et d’exercices, ne nécessiterait pas 3 à 5 unités.

positions ports de Taiwan
Position des principaux ports de Taiwan

De fait, l’échéance 2027 évoquée dès 2021 par l’Amiral Phil Davidson, semble à présent beaucoup plus probable, tout au moins dans l’esprit des planificateurs chinois. En effet, l’arrivée de ces barges compenserait significativement le manque de navires d’assaut amphibie de la Marine chinoise, en nombre suffisant pour permettre la capture simultanée d’au moins deux des grands ports de la côte taïwanaise faisant face au continent, qui laissait penser qu’une opération aéro-amphibie n’interviendrait qu’au-delà de 2030.

En 2027, toutefois, la flotte de surface et la flotte sous-marine chinoises demeureront sensiblement inférieures, en nombre, et en qualité, à l’US Navy, si celle-ci devait pleinement s’engager en soutien de Taïwan.

On peut penser que pour palier cette faiblesse relative, Pékin ait décidé de parier sur les difficultés de maintenance et de construction navale que rencontre aujourd’hui l’US Navy, obligeant 20 % de sa flotte à atteindre à quai, qu’un espace de maintenance se libère.

En outre, l’arrivée de ces barges pourrait permettre de sensiblement accroitre la dynamique envisagée pour capturer les grands ports taïwanais, et ainsi déployer des forces massives sur l’ile, avant que l’US Navy soit en capacité de répondre.

Rappelons que la VIIe flotte, basée à Yokosuka, et qui est en charge du Pacifique occidental, n’aligne qu’un unique porte-avions nucléaire, un LHA, deux croiseurs classe Ticonderoga et onze destroyers classe Arleigh Burke, aux côtés d’une flotte de navires de soutien et de guerre des mines, soit une flotte insuffisante pour se confronter efficacement à la Marine chinoise.

VIIe flotte yokosuka
L’USS Georges Washington est aujourd’hui le porte-avions de la Viie Flotte de l’US Navy, basée à Yokosuka. (U.S. Navy photo by Mass Communication Specialist 2nd Class Clifford L. H. Davis/Released)

L’essentielle de la puissance navale US dans le Pacifique est détenue par la IIIe flotte, à Pearl Harbor et San Diego, une flotte qui mettrait certainement plusieurs semaines à s’assembler et se mobiliser, avant de partir vers Taïwan.

Dans ce contexte, l’arrivée de ces barges permet d’envisager un déploiement de forces tel que l’ile de Taïwan serait sous contrôle avant même que la IIIe flotte puisse appareiller, ne laissant à l’US Navy que la VIIe flotte pour réagir, dans les temps, à proximité des côtes continentales.

Pousser Donald Trump vers l’isolationnisme face à une guerre couteuse et difficile à gagner rapidement ?

Dès lors, la fulgurance potentielle d’une opération d’assaut aéro-amphibie chinoise contre Taïwan, s’appuyant sur le potentiel de débarquement de forces et de matériels que représentent ces nouvelles barges, dessine une nouvelle dynamique potentielle concernant ce conflit.

Ainsi, si la résistance taïwanaise venait à être rapidement neutralisée, il est possible que cela pousse le nouveau président américain à renoncer à une intervention militaire en soutien de son allié. En effet, si Donald Trump est imprévisible, il semble avant tout choisir des combats, politiques, économiques et militaires, qu’il sait pouvoir gagner rapidement.

Donald Trump national Guard Association 2024
Donald Trump pourrait être dissuasdé d’intervenir en soutien à taiwan contre la Chine, si la poussée chinoise sur l’ile est trop rapide.

Or, une fois l’ile sous contrôle, les chances de succès d’une opération américaine seraient drastiquement réduites, obligeant les États-Unis à s’engager dans un conflit de grande envergure et de longue durée contre la Chine, avec un important risque d’escalade. Il est peu probable que Donald Trump assume un tel risque, pour des gains nécessairement limités, et pour un coup potentiel insupportable.

Des alliés difficiles à mobiliser contre la Chine dans le Pacifique

La seule alternative restante, pour Taïwan et les États-Unis, serait l’intervention conjointe, aux côtés de la VIIe flotte US, des forces alliées régionales, immédiatement disponibles. Trois puissances militaires peuvent potentiellement être concernées, ici : l’Australie, la Corée du Sud et le Japon.

La flotte australienne se compose de deux LHD classe Canberra, d’un LPD classe Bay, de trois destroyers antiaériens classe Hobart et de sept frégates classe Anzac, ainsi que six sous-marins conventionnels classe Collins.

Cette flotte ne pourra pas jouer de rôle significatif aux côtés de l’US Navy face à la puissance navale chinoise, d’autant que seule une petite partie serait effectivement déployée, le cas échéant. Rappelons également que le PM australien, Anthony Albanese, a clairement indiqué que la participation de Canberra à l’alliance AUKUS n’impliquait pas sa participation à une opération face à la Chine concernant Taïwan.

Kongo Class Japan Self defense maritime force
Destroyer lourd classe Kongo des forces maritimes d’autodéfense nippones.

La flotte sud-coréenne, avec 22 sous-marins, deux LHD, 13 destroyers et 17 frégates et corvettes, est à la fois beaucoup plus puissante, et beaucoup plus proche. Toutefois, l’intervention de Séoul en soutien de Taïwan est très improbable, ceci entrainant une réponse chinoise, avec une probable attaque d’opportunité de la part de Pyongyang.

Reste la flotte nippone. Celle-ci est imposante et puissante, avec deux porte-aéronefs légers, deux LHD, trois LST lourds, 8 destroyers lourds, 28 destroyers, douze frégates et destroyers d’escortes et 24 sous-marins. En outre, elle se trouve à proximité immédiate de Taïwan, et partage son activité et son entraînement avec la VIIe flotte US.

Pour autant, s’engager aux côtés de la VIIe flotte signifierait, pour Tokyo, s’exposer à des représailles militaires directes de la part de Pékin, faisant peser un très important risque sur les infrastructures industrielles et civiles du pays, ainsi que sur la population. En outre, constitutionnellement, les forces d’autodéfense nippones ne peuvent intervenir pour une autre mission que la défense immédiate du pays, et non de ses intérêts.

Même si l’administration Abe avait donné une certaine souplesse dans l’interprétation constitutionnel à ce sujet, notamment en autorisant la notion de frappes préventives, il ne fait que peu de doutes que Tokyo ne bougera qu’une fois la IIIe flotte déployée dans le Pacifique occidental, et que des forces supplémentaires américaines massives auront été débarquées sur l’archipel. Dès lors, l’intervention nippone rejoint les prérequis qui conditionneront l’intervention massive des États-Unis, préalablement évoqués.

Conclusion

On le voit, la construction de ces nouvelles barges de transbordement et de débarquement, tend à sensiblement faire évoluer la perception du risque et le calendrier, d’une intervention militaire directe de la Chine sur l’ile de Taïwan. Celle-ci devient non seulement plus probable, mais elle pourrait intervenir bien plus tôt qu’envisagé jusqu’ici, et ce, dès 2027.

IIIrd fleet US navy RIMPAC
La IIIe flotte de l’US Navy est aujourd’hui la plus puissante flotte militaire de la planete.

En effet, la construction de ces navires, qui n’ont d’autres fonctions potentielles que de constituer une infrastructure de débarquement des matériels militaires transportés par l’immense flotte de RORO chinoise, redéfini l’ensemble du flux potentiel de forces potentiellement débarquarquables sur l’ile, pour aller s’emparer des grands ports de la côte occidentale de l’ile.

Ce faisant, l’APL sera en mesure de déployer beaucoup plus rapidement sa puissance de feu et de manœuvre sur l’ile, pour venir à bout de la résistance de l’armée taïwanaise, de sorte à prendre de vitesse la possible réaction des États-Unis, et éventuellement de certains de ses alliés, pour tenter de venir en aide à l’ile autonome.

Reste que ce type de manœuvre, avec ce type de navires, constitue un pari risqué. Ainsi, les Mulberry américains et britanniques n’ont, au final, joué qu’un rôle secondaire dans le flux logistique allié, pendant l’opération Overlord, et ont été lourdement neutralisés lors d’une tempête à peine dix jours après le jour J. Il fallut aux forces alliées attendre d’avoir capturé Cherbourg, pour bénéficier d’un flux logistique satisfaisant.

En outre, maintenant que leur construction est connue, il est probable que les forces armées taïwanaises tenteront de déployer certaines parades, comme les mines navales, les lance-roquettes multiples ou les drones d’attaque, pour venir les neutraliser au plus tôt. Fixes, fragiles et aisément repérables par satellite, ces barges seront, sans conteste, des cibles aussi attrayantes pour les forces taïwanaises, voire pour les avions et missiles de croisière américains, que difficiles à défendre pour la Marine chinoise.

Pour autant, leur construction envoi un signal qu’il est à présent difficile d’ignorer : Pékin se prépare effectivement à une opération amphibie contre Taïwan, sur un calendrier réduit. Toute la question est de savoir si Taïwan, comme les États-Unis, et leurs alliés régionaux, sauront rapidement réagir à cette révélation, ou si l’inertie dont ils ont fait preuve, ces dernières années, laissant la Chine prendre l’ascendant technologique et industriel sur le plan militaire dans la région, rendra toute riposte inefficace.

Les MSS, les futurs Naval Wingmen des frégates antiaériennes néerlandaises, arriveront dès 2026

Alors que la Marine néerlandaise a lancé, il y a peu, les études préalables pour ses futures frégates antiaériennes devant entrer en service à la mi 2030, elle a également lancé, dès 2021, un programme aujourd’hui baptisé MSS, pour renforcer la puissance de feu de ses 4 frégates De Zeven Provinciën, qui seront en service pendant 10 ans encore.

Conçu autour d’une coque légère d’à peine 53 m de long, ces navires dotés d’un équipage très réduite, auront pour fonction de transporter des munitions supplémentaires prêtes à l’emploi, pour accroitre la puissance de feu de ses frégates, jugée insuffisante face à ‘l’évolution de la menace.

On en sait plus, aujourd’hui, au sujet de ce programme, dont le premier navire sera livré dès 2026 à la Koninklijke Marine, pour entamer ses essais. Mais si le programme est effectivement mené rondement par La Haye, de réelles questions subsistent, quant à la réelle plus-value de ces navires et les limitations auxquels ils pourraient être confrontés.

Pour la Marine néerlandaise, les frégates antiaériennes de la classe De Zeven Provinciën, n’ont pas la puissance de feu nécessaire aujourd’hui.

Avec six frégates, quatre grands patrouilleurs océaniques, deux navires d’assaut, un grand navire de soutien et, bientôt, quatre sous-marins océaniques Shortfin Barracuda, la Koninklijke Marine, la Marine néerlandaise, représente une force navale de haute mer de premier plan en Europe, et plus particulièrement en Atlantique Nord, son espace de responsabilité partagé avec notamment la Royal Navy et la Bundesmarine, au sein de l’OTAN.

Frégate classe De zeven provincien
La Marine néerlandaise aligne 4 frégates antiaériennes de 6000 tonnes formant la classe De Zeven Provinciën

Cette force navale s’appuie notamment, aujourd’hui, sur quatre frégates antiaériennes formant la classe De Zeven Provinciën. Ces navires, construits par Damen et entrés en service de 2002 à 2005, sont puissamment armés, avec leurs 40 silos verticaux Mk41 accueillant 32 missiles antiaériens à longue portée SM2 Block IIA, et 32 missiles ESSM embarqués par quatre dans les huit silos restants.

En dépit de cette puissance de feu pourtant enviable pour de nombreux navires européens, la Koninklijke Marine a estimé, dès 2021, qu’elle n’était plus adaptée pour répondre à la réalité de la menace, en particulier face à la montée en puissance des moyens navals et aéronavals russes.

Ne pouvant ajouter de missiles SM2 Block IIA à bord des frégates, le missile n’étant plus produit, l’amirauté néerlandaise a lancé, dès 2021, le programme Trific, un navire plus léger, beaucoup moins onéreux à produire qu’une frégate, et armé d’un équipage très réduit, pour emporter ces munitions supplémentaires, à disposition de la frégate qu’il accompagnera.

Le MSS, le navire de soutien multifonction qui accompagnera les frégates néerlandaises dès 2026

Le concept Trific a rapidement évolué, pour devenir le programme MICAN dès 2023, sur les mêmes bases. Au fil des études, le navire ayant fonction de Naval Wingmen, pendant naval des Loyal Wingmen aériens, a été désigné, en septembre 2024, comme le Multifunctionele Ondersteuningsvaartuigen, navire de soutien multifonction, ou MSS, se caractérisant par l’emport de munitions sous forme de conteneurs, disposés sur la place arrière, et armé par un équipage réduit.

programme TRIFIC initial
Concepti Trifin en 2021

On en sait davantage, aujourd’hui, à propos des MSS. Ceux-ci seront basés sur le modèle Fast Crew 5009 de Damen, un navire en acier et aluminium de 53 m et 325 tonnes à vide, conçu pour les missions d’intervention civiles rapides. Pour cela, le 5009, fabriqué par les chantiers navals vietnamiens de Damen, peut atteindre la vitesse de 27 nœuds, avec un équipage de seulement 8 hommes, et naviguer sur plus de 3000 km avec une soute de 179 m³ de carburant.

Surtout, le navire dispose d’une plateforme arrière de 225 m2, permettant d’accueillir les conteneurs de munitions à disposition de la frégate antiaérienne. Le MSS disposera, en outre, de 2 mitrailleuses calibre .50 d’autodéfense, positionnées de part et d’autre de la passerelle, et d’un canon téléopéré de 25 ou 30 mm sur la plage avant, pour sa défense rapprochée.

Si la fonction du MSS n’est pas la mise en œuvre autonome des munitions lourdes transportées, ils disposeront cependant d’un radar de navigation, ainsi qu’une suite de guerre électronique développée par l’israélien IAI, conçue pour la détection passive des émissions radars, ainsi que pour le brouillage actif.

La Marine néerlandaise justifie le choix du missile Barak ER pour armer les MSS, face à l’Aster européen

La suite de guerre électronique n’est pas le seul équipement d’origine israélienne qui sera intégré aux MSS. En effet, ceux-ci emporteront des missiles antiaériens Barak-ER, ainsi que des munitions rôdeuses Harop, tous deux fabriqués également par IAI.

Missile Barak-8 IAI
Missile Barak MX lors des tirs d’essai.

Le choix du Barak ER au détriment d’autres modèles de missiles surface-air, a été expliqué par la Marine néerlandaise. Selon elle, deux autres missiles ont été évalués pour cette fonction, le Stunner de l’Israélien Rafael, et l’Aster européen, avec une portée supérieure à 100 km et une capacité antibalistique. Toutefois, le Stunner, du système David Sling, ne disposait pas de version navale existante.

Quant à l’Aster 30 B1NT, s’il répondait à toutes les exigences néerlandaises, il n’est pas proposé par MBDA en version conteneur, ce qui l’excluait du programme. Enfin, le SM2 Block IIA américain, aujourd’hui en service sur les frégates De Zeven Provinciën, il n’est plus produit, alors que l’ESSM n’offre pas la portée et les performances exigées.

De fait, le Barak ER était le seul à répondre aux exigences du programme, avec une portée pouvant atteindre 150 km, et une version disponible sous forme de conteneur, le missile étant contrôlé et guidé par le radar de guidage APAR des De Zeven Provinciën. Chaque MSS pourra ainsi mettre en œuvre jusqu’à 24 missiles Barak ER, à raison de six missiles par conteneur, et quatre conteneurs emportés.

La munition rôdeuse Harop, quant à elle, est certainement l’une des munitions occidentales de ce type les plus éprouvées et les plus performantes du moment. L’Harop peut, en effet, tenir l’air pendant 6 heures à une vitesse de plus de 400 km, en transportant une charge militaire de 16 kg. S’il peut suivre une trajectoire GPS, comme le Shahed (avec une portée théorique de 2400 km), il dispose surtout d’un rayon d’action contrôlé (avec retour vidéo et contrôle direct de l’opérateur), sur 200 km.

Notons, enfin, bien que ce ne soit pas évoqué, qu’il existe une version en conteneur du missile de croisière Tomahawk, alors que les Pays-Bas font partie des rares pays ayant obtenu une autorisation d’exportation, de la part de Washington, vis-à-vis de cette munition. On en peut exclure, dès lors, qu’au besoin, les MSS puisse emporter un ou plusieurs conteneurs de Tomahawk, si besoin.

Des choix pragmatiques pour rapidement accroitre la puissance de feu des frégates néerlandaises

On le voit, le programme MSS est avant tout conçu pour apporter des réponses rapides aux besoins immédiats de la Koninklijke Marine. Économique, rapide à construire et à mettre en œuvre, avec une livraison prévue dès 2026, et une entrée en service dès 2027, les MSS ont été imaginés en s’appuyant uniquement sur des technologies existantes et éprouvées, faisant l’impasse sur tous les sujets susceptibles d’entraver le respect du calendrier.

Seaquest LM Naval Group
Seaquest L issu de la présentation vidéo de Naval group

Ainsi, même si Damen et Thales travaillent activement sur des solutions de navires automatisées, le choix a été fait de s’appuyer sur un navire à faible équipage, quitte à, par la suite, accroitre le niveau d’automatisation. De même, le concept du navire a été apuré de tous les artifices inutiles, s’appuyant sur une coque existante, mais construite au Vietnam, et sur des munitions répondants aux attentes, bien que non européennes.

Il restera, bien évidemment, à la Koninklijke Marine de faire la démonstration de la justesse de son concept. En effet, en dépit de ses atouts, le MSS demeure un navire léger, pas vraiment conçu pour l’accompagnement océanique d’une frégate. On ignore, ainsi, à quel point les MSS pourront accompagner leurs frégates dans les eaux de l’Atlantique Nord, ou sur des déploiements à longue distance, comme en mer Rouge, ou les contraintes logistiques que cette faible autonomie entrainera.

En outre, la question des seuils de lancement des munitions sur mer formée se pose également. En effet, une coque de 50 m et 500 tonnes, en charge, est rapidement soumis à une gite et un tangage important, sur mer formée.

Toute la question est de savoir, à partir de quel niveau de mer, les munitions en conteneur pourront être employés, sans même parler des contraintes de structure, de centrage et mécanismes, liées à la présence de conteneurs de plusieurs mètres de haut, sur un navire aussi étroit ? Pour des navires destinés à évoluer en Atlantique Nord, alors que les épisodes de mer formée s’accentuent, en nombre et en force, dans cet espace, ces aspects risquent de contraindre l’efficacité réelle des MSS.

Conclusion

On le voit, en bien des aspects, le programme MSS de la Koninklijke Marine s’avère exemplaire. Rapidement mené, sans fioritures ni digression, la conduite du programme a été un modèle d’efficacité et de pragmatisme, pour atteindre, au plus vite, l’effet opérationnel souhaité.

Koninklijke Marine
Trégate De Zeven provincien de la Marine néerlandaise.

Reste que beaucoup de questions demeurent sans réponse, au sujet des MSS, et plus particulièrement, concernant la fenêtre opérationnelle dans laquelle ces navires légers pourront effectivement apporter la plus-value souhaitée. Il y a, évidemment, des raisons au fait que les frégates, destroyers et croiseurs, atteignent de tels tonnages et dimensions, pour un nombre de silos emportés au final, pas très différent de ces petits navires de 50 m et 500 tonnes.

Il ne fait aucun doute que l’expérience MSS sera observée avec grande attention de la part des grandes marines occidentales, tant elle se rapproche des contraintes que rencontreront les flottes de navires autonomes, envisagés aux États-Unis comme en Europe, et surtout sur la possibilité de déporter de l’armement naval lourd, à bord de ces unités légères.

Pour autant, la prise de risque, pour la Koninklijke Marine, semble limitée et maitrisée, puisque si le budget total du programme demeure confidentiel, on sait qu’il s’établira entre 250 m€ et 1 Md€, dont la moitié sera représenté, sans aucun doute, par les systèmes antiaériens israéliens, qui pourront, au pire, être employés à d’autres fins, si l’expérience s’avérait non concluante.

L’US Navy dans l’impasse face à l’explosion des couts de la construction navale aux États-Unis

On le sait, la programmation du renouvellement de la flotte de l’US Navy, a été pour le moins chaotique ces dernières années. Entre les conséquences des programmes ratés comme LCS, et les variations parfois fulgurantes des exigences de l’exécutif dans ce domaine, le Pentagone a eu grand mal pour tracer une ligne directrice crédible, alors que, dans le même temps, la flotte chinoise semblait se multiplier comme des tribules (pour les amateurs de Star Trek).

De fait, les documents cadres se sont succès ces dernières années, sans jamais satisfaire vraiment, au point que l’US Navy a pris le parti, depuis 2021, de présenter non pas une mais plusieurs trajectoires potentielles, selon les exigences et les crédits variables qui lui seront attribués.

Dans le dernier document en date, le Battle Force Ship Assessment and Requirement report de 2023, présente lui aussi deux trajectoires potentielles, l’une visant une flotte de 381 navires de haute mer en 2054, validée par l’administration sortante, et l’autre, moins ambitieuse, si les crédits venaient à manquer.

Cette première option a fait l’objet d’une étude de faisabilité de la part du Congressional Budget Office, ou CBO. Ses conclusions sont alarmantes. En effet, outre l’état historiquement délabré de la construction navale américaine, il s’avère que les estimations budgétaires faites par l’US Navy, pour donner corps à ce programme, serait largement sous-évaluée, et que celle-ci devra débourser pas moins de 1000 Md$, dans les 30 années à venir, pour le mettre en œuvre.

L’US Navy va devoir dépenser 1000 Md$ dans les 30 années à venir pour le renouvellement de sa flotte

Selon le CBO, l’US Navy va effectivement devoir investir 40 Md$ (2025) chaque année, pour la construction et l’équipement des nouveaux navires qui devront lui être livrés d’ici à 2054, afin d’atteindre le format de 381 navires aujourd’hui visé à cette date.

US Navy Carrier group
La puissance militaire américaine repose avant tout sur sa maitrise des Océans. Pour cela, l’US Navy dispose, aujourd’hui, du troiisème budget militaire de la planete à elle seule.

Ce montant est 17 % plus élevé que planifié par l’US Navy, et surtout 46 % plus élevé que le montant moyen investi annuellement ces cinq dernières années, dans ce domaine. Une fois ajoutées les dépenses supplémentaires de fonctionnement, le budget de l’US Navy devrait alors passer de 255 Md$ aujourd’hui (soit le troisième budget militaire de la Planète, après l’ensemble des forces US, et la Chine), à 340 Md$ en 2054, hors inflation.

Selon le CBO, l’origine de ces hausses de couts provient de la mauvaise planification et mauvaise exécution par l’US Navy ces vingt dernières années, de ses programmes industriels, marquées par de nombreux programmes en échec, comme les LCS, les destroyers DDG-1000 classe Zumwalt, ou encore le programme CG(X) devant initialement remplacer les croiseurs de la classe Ticonderoga.

C’est cependant l’état de délabrement avancé de l’ensemble de l’industrie navale militaire qui est surtout pointée du doigt dans le rapport du CBO, celle-ci étant dans le pire état depuis un quart de siècle (il est gentil), selon l’un des analystes du CBO, cité par Defense News.

L’un des exemples avancés, à ce sujet, concerne la procédure de modernisation et de rechargement du réacteur nucléaire du porte-avions George Washington. Entamée en aout 2017, celle-ci ne s’est achevée qu’en mai 2023, six ans plus tard, alors qu’elle ne prenait que quatre ans précédemment.

USS George Washington refueling
La maintenance des navires de l’US Navy prend elle aussi beaucoup plus de temps que ce n’était le cas il y a de cela quelques années.

Petit aparté à ce sujet : les États-Unis dénigrèrent souvent le choix français de se tourner vers des réacteurs utilisant du combustible nucléaire faiblement enrichi pour ses sous-marins et porte-avions, au prétexte que cela oblige à un rechargement tous les dix ans, ce qui immobilise d’autant le navire.

Toutefois, cette procédure est beaucoup plus simple et rapide que pour les réacteurs à uranium de qualité militaire, comme ceux employés à bord des Nimitz américains. En fait, elle ne dure qu’un an. Dès lors, s’il faut 4 ans, dans le meilleur des cas, pour recharger le réacteur d’un Nimitz à mi-vie, sur une durée de vie totale de 50 ans, l’empreinte est strictement équivalente à celle d’un rechargement d’un an tous les dix ans, sur la même durée de vie, du Charles de Gaulle.

Les nouveaux destroyers DDG(x) atteindront 4,4 Md$ l’unité

Outre les problèmes de délais, l’US Navy fait face à un second problème mis en évidence par le rapport du CBO, et il est de taille. Elle paie ses navires beaucoup plus chers, que ses alliés européens ou asiatiques, et encore davantage, que ses adversaires potentiels russes et surtout chinois.

Ainsi, le rapport indique que le prix probable des frégates de la classe Constellation, qui doivent justement permettre à l’US Navy d’augmenter rapidement le nombre de coques, le tonnage et le nombre de VLS disponible, à moindre cout, ne sera pas de 1 ou 1,1 Md$, comme avancé par les autorités militaires, mais proche de 1,4 Md$, soit le double du prix des FREMM de la classe Bergamini sur lesquelles le modèle a été conçu.

frégates constellation US Navy
Selon le CBO, les frégates de la classe Constellation couteront autour de 1,4 Md$ à l’US Navy, deux fois le prix des Bergamini italiennes dont elles sont derivées.

Il est vrai que les Constellation auront des performances sensiblement accrues vis-à-vis des FREMM italiennes, notamment avec un radar plus puissant, et un potentiel de lutte anti-sous-marine plus important, également peut-être celui des FREMM classe Aquitaine française.

Pour autant, l’écart de prix est tel qu’il interroge sur l’efficacité de la construction navale militaire américaine, pour produire, au bon prix, les navires adéquates, même si, comme évoqué dans un précédent article, la part de responsabilité de l’US Navy elle-même, dans ce dossier, et loin d’être négligeable.

On retrouve toutefois le même problème, pour ce qui concerne le futur fer de lance de la flotte de surface américaine, les destroyers du programme DDG(x). L’US Navy attend, en effet, la livraison de 28 destroyers de ce type, dans les années à venir, à raison de deux navires par an.

La planification militaire estime le cout moyen de chaque destroyer, équipé, autour de 3,3 Md$ (toujours exprimés en $ 2024). Le CBO, pour sa part, considère que ce prix atteindra 4,4 Md$, soit presque le prix d’une frégate Constellation par navire, estimant que le taux d’incertitude concernant la taille et la puissance de chaque navire était très élevé, entrainant un très probable surcout à venir.

Pendant ce temps, à Shanghai…

Les couts excessifs des navires américains, n’est pas, en soi, un nouveau problème. Rappelons à ce sujet que le programme DDG-1000 a été annulé parce que le prix unitaire de chaque navire était presque deux plus élevé que prévu initialement, alors que le prix des LCS a, lui aussi, connu une hausse de plus de 50 %, entre la planification et l’exécution.

Type 055
Les croiseurs chinois souteraient 900 m$ à la Marine chinoise, soit 2,5 fois moins cher que les destroyers Arleigh Burke américains.

Toutefois, si les conséquences de ces errements pouvaient être perçues comme secondaire en 2010, alors que la suprématie navale américaine était incontestée, elles sont observées avec beaucoup plus d’attention, à présent que la Chine produit des grandes unités navales militaires à un rythme que n’avait plus connu la planète depuis les années Reagan.

En effet, chaque année, la Marine chinoise admet au service en moyenne deux croiseurs Type 055, deux à trois destroyers antiaériens Type 052DL, trois à quatre frégates anti-sous-marine Type 054A/B, ainsi que trois à quatre sous-marins, dont deux sont à propulsion nucléaire.

En outre, elle développe rapidement sa production de grandes unités aéronavales et amphibies, avec l’objectif annoncé de disposer d’une flotte identique à celle des États-Unis dans ces domaines, d’ici à 2049.

En outre, les navires chinois sont regardés avec de moins en moins de dédain de la part des amirautés occidentales, tant leurs frégates, destroyers et croiseurs, se rapprochent des standards des meilleures unités navales américaines, coréennes, japonaises ou européennes.

Surtout, la Chine peut se permettre de soutenir ce rythme, et même de l’accroitre au besoin. En effet, un croiseur Type 055 (112 silos) couterait à la Marine chinoise, autour de 900 m$, soit 2,5 fois moins qu’un Arleigh Burke Flight III. Il en va de même des destroyers Type 052DL (64 silos) autour de 650 m$, et des frégates anti-sous-marine Type 054A (32 silos), moins de 450 m$.

De fait, Pékin peut se payer le luxe de construire une flotte équivalente à celle de l’US Navy, pour à peine plus de 15 Md$ par an, avec une trajectoire de recoupement autour de 2040, alors que l’US Navy devra dépenser 40 Md$ par an, simplement pour tenter de maintenir cet équilibre.

L’industrie de défense devient le plus gros handicape de l’effort militaire américain face à la Chine

Cette situation, des plus problématiques, ne s’explique pas uniquement par la différence de niveau de vie entre les deux pays, même si la compensation du PIB à parité de pouvoir d’achat atteint toujours 84 % en 2023 pour la Chine, face aux États-Unis. En effet, la correction PPP tend à diminuer lorsqu’il s’agit de production industrielle de haute technologie, comme c’est le cas de l’armement.

technologies sous-marines russes Iassen
Les SSGN russes de la classe Yasen, des navires très performants et discrets, coutent 800 m$ l’unité pour la Marine russe.

À ce titre, on retrouve des écarts de prix comparables entre les États-Unis et la Russie, dans tous les domaines de l’armement, de l’aviation aux blindés, en passant par les missiles et la construction navale. Ainsi, un sous-marin nucléaire lance-missile SSGN classe Yasen russe, ne coute que 800 m$ à la Marine russe, alors qu’un SSN classe Virginia coute près de 4 Md$ à l’US Navy. De même, le Su-57 coute le tiers du prix du F-35A, aux forces aériennes russes.

On retrouve même des écarts importants avec les productions européennes, pourtant à parité de pouvoir d’achat proche vis-à-vis des États-Unis. Ainsi, une frégate FDI, emportant également 32 VLS, un radar plaque AESA et une panoplie ASM complète, coute moins de la moitié du prix des futurs Constellation de l’US Navy.

Toutefois, cet écart européen tend à se réduire, tant l’influence de l’industrie de défense américaine est importante en occident, donnant le La des prix de marché, dans ce domaine. De fait, la hausse des prix des équipements militaires, constatée aux États-Unis, tend à faire ressentir ses effets jusqu’en Europe, au plus grand bonheur des industriels, mais au détriment des armées.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, si les États-Unis entendent effectivement relever le défi posé par la puissance militaire et navale chinoise en plein essor, ils n’auront d’autres choix que de reprendre en main l’ensemble de leur industrie de défense, pour retrouver l’efficacité qui fut la sienne pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que durant les années 70 et 80, ayant à chaque reprise, conféré aux forces armées US un avantage opérationnel décisif de plusieurs décennies.

Sans cela, le défi sera insurmontable pour Washington, d’autant que, dans ce domaine, la Chine applique avec précision et méthode, les mêmes paradigmes que ceux qui firent la grandeur de l’industrie de défense américaine à ces deux moments clés de l’histoire récente.

Conclusion

On le voit, l’US Navy est aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit parvient-elle à se réinventer, au travers de ses processus industriels, et avec eux, à redessiner un paysage industriel naval américain pleinement efficace, soit elle continuera de dépenser des sommes folles en surpayant ses navires, tout en étant dans l’incapacité de soutenir la comparaison avec la Chine dans ce domaine.

SSN Virginia Class
La construction navale militaire américaine doit se reinventer, sous peine de ne pas pouvoir donner à l’US Navy les moyens pour s’opposer à la puissance chinoise en construction.

Plus généralement, c’est bien l’ensemble du bloc occidental, et pas uniquement les États-Unis, qui est aujourd’hui lourdement affaibli par la faible efficacité de son industrie de défense, victime d’un leadership américain défaillant, et d’arbitrages politiques souvent plus inspirés de dogmes idéologiques, que d’analyses responsables et factuelles.

Une chose est toutefois certaine : la plus-value offerte par la richesse relative du bloc occidental ira nécessairement en s’amenuisant au fil des années. Si ces pays entendent conserver une défense efficace, apte à protéger leurs intérêts dans les années et décennies à venir, ils devront probablement repenser leur relation avec le fait industriel défense, et ne plus le subir, comme c’est le cas depuis une trentaine d’années maintenant, et la grande fusion-consolidation de la BITD américaine.

La Suède commande 44 chars Leopard 2A8, la déferlante continue pour KNDS Deutschland

Le bon produit, au bon moment ! C’est probablement ce que doivent se dire les dirigeants de KNDS Deutschland, avec leur nouveau Leopard 2A8. Présenté pour la première fois il y a moins de deux ans, cette évolution du Leopard 2A7HU hongrois, n’en fini pas, en effet, d’enregistrer les commandes, spécialement en Europe.

C’est aujourd’hui au tour de la Suède de se tourner vers le char le plus moderne actuellement disponible en occident. Stockholm vient, en effet, de confirmer la commande de 44 Leopard 2A8, dont 10 serviront à compenser les chars Stridsvagn 122 envoyés en Ukraine, aux côtés de la modernisation de l’ensemble du parc blindé chenillé du pays.

Le succès entrainant le succès, cette nouvelle commande européenne confirme la dimension de standard européen du Leopard 2A8, qui se taille la part du lion, en nombre de clients si pas en volume de vente, face au M1A2 américain et au K2 Black Panther coréen, sur le vieux continent.

Reste que cette déferlante ne fait pas que des heureux. En effet, à chaque vente de Leopard 2A8, mais aussi de KF-51 Panther et de K2, c’est autant du marché potentiel européen du futur MGCS franco-allemand, qui se voit repousser de quinze à vingt ans, dans le meilleur de cas. Au point qu’on peut se demander si, lorsque le char entrera en service, il restera des clients pour s’y intéresser ?

La Suède commande 44 Leopard 2A8 et modernise 110 Stridsvagn 122 pour 17 Md SEK

C’est par un communiqué que le FMV, l’agence d’approvisionnement des armées suédoises, a annoncé une série de mesures et de contrats validés par l’exécutif. Celui-ci annonce, notamment, la modernisation de l’ensemble des véhicules blindés chenillés CV90 actuellement en service, ainsi qu’une profonde procédure de modernisation des 110 chars de combat Stridsvagn 122 actuellement en service, baptisé Stridsvagn 123.

Stridsvagn 122
L’Armée de terre suédoise va moderniser ses 110 Stridsvagn 122 qui seront alors désignés Stridsvagn 123, comme les futurs 44 Leopard 2A8 commandés.

C’est toutefois l’annonce de la commande de 44 nouveaux chars Leopard 2A8 qui apparait comme la mesure la plus spectaculaire de ce contrat d’une valeur totale de 22 Md SEK, soit 1,9 Md€.

Ceux-ci viendront compenser les 10 Stridsvagn 122 envoyés par Stockholm en Ukraine, et porter la flotte de chars suédois à 154, soit davantage que la flotte britannique, et autant que de Leclerc modernisés en France en 2030.

Si aucune information spécifique concernant la modernisation des Stridsvagn 122, des Leopard A5 conçus spécifiquement pour les armées suédoises, n’a été donné, le fait que l’ensemble de la flotte de chars suédois soit désigné comme Stridsvagn 123, laisse penser que le standard de modernisation se rapprochera lui aussi du Leopard 2A8.

Les chars rejoindront les six bataillons blindés armant les brigades mécanisées, les 41ᵉ et 42ᵉ pansarbataljonen de la 4ᵉ Brigade Skaraborg, les 71ᵉ et 72ᵉ pansarbataljonen de la 7ᵉ Brigade Sud Scania, et les 191ᵉ et 192ᵉ pansarbataljonen de la 19ᵉ Brigade Noorbotten. Certains éléments seront également déployés au sein du Battlegroup Götland, en mer Baltique.

Le Leopard 2A8, une transition efficace vers la future génération de chars de combat

Le Leopard 2A8 est une évolution du Leopard 2A7HU choisi par les armées hongroises en 2018, et livrés à partir de la fin d’année 2023, dont il reprend la caisse, la motorisation et l’armement.

Leopard 2A7HU
Leopard 2A7HU hongrois

Le char affiche une masse au combat de 62 tonnes, pour une longueur de presque 11 mètres, une largeur de 3m76 et une hauteur de 3m03. Il est propulsé par un moteur diesel biturbo NAM DM1500C 12 cylindres de 1500 cv, lui conférant un rapport puissance-poids confortable de 24 cv par tonne.

Son blindage de 3ᵉ génération se compose d’un feuilletage d’acier haute résistance, de tungstène, de plastiques et de céramiques lui conférant une résistance frontale équivalente à 80 cm d’acier, et même 150 cm une fois équipé par des modules de blindage formés supplémentaires.

Son armement principal repose sur le canon L55 de 120 mm de Rheinmetall, alimenté à 32 coups. Contrairement au Leclerc, au T-90 ou au K2, le Leopard 2A8 conserve son équipage à quatre membres, dont un chargeur.

Les principales différences entre le Leopard 2A7HU et le 2A8 concernent l’intégration native du système de protection APS Eurotrophy, conçu par l’Israélien Rafael. Celui-ci est conçu pour détecter les missiles, roquettes et obus visant le blindé, grâce à quatre antennes radars AESA intégrées à la tourelle et couvrant les 360° entourant le char, et les intercepter grâce à deux systèmes de projection de munition d’interception à chargement automatique, placés de part et d’autres de la tourelle.

Merkava IV Trophy tsahal
Char israélien merkava MkIV équipé du système Trophy. Remarqué l’antenne AESA sur la tourelle.

Employé à bord des Merkava de l’Armée israélienne depuis le début des années 2010, le système Trophy a montré son excellente tenue au combat, y compris en environnement urbain, notamment lors des interventions de Tsahal contre le Hamas et le Hezbollah depuis le 7 novembre 2023, en interceptant l’immense majorité des missiles antichars et roquettes lancés contre les blindés israéliens.

Le Leopard 2A8 emporte, enfin, d’une vetronique et de systèmes de visualisation, détection et communication entièrement renouvelés, au travers d’un système de fusion de données, conférant à l’équipage une perception bien plus étendue de l’environnement de combat.

À ce titre, le Leopard 2A8 constitue une génération intermédiaire entre les modèles existants aujourd’hui, comme le Leopard 2A6, le Leclerc, le Challenger III et le M1A2, et les programmes de nouvelle génération, comme MGCS, pour lesquels la gestion et de traitement de l’information s’avèrent aussi cruciaux, sinon davantage, que le blindage ou l’armement du blindé.

Les contrats déjà enregistrés par KNDS Deutschland pour son Leopard 2A8

De fait, aujourd’hui, le Leopard 2A8 est très certainement le char de combat occidental le plus évolué et performant du moment, associant une plateforme réputée pour sa fiabilité et ses performances, de maintenance aisée, et les avancées technologiques les plus attendues à courte échéance.

KF51 Panther Rheinmetall salon Eurosatory 2024
Le KF51 Panther lors du salon eurosatory 2024

Dans ce domaine, seul le KF-51 Panther de Rheinmetall, peut espérer rivaliser. Mais pour l’heure, l’industriel allemand ne dispose pas de plate-forme de production de série, dans l’attente de la concrétisation du partenariat signé avec l’Italien Leonardo, pour les armées italiennes.

En outre, KNDS a démontré, au fil des années, qu’il savait être un partenaire fiable et proactif, notamment au travers du club d’utilisateur de Leopard 2 baptisé Leoben, permettant aux utilisateurs de mutualiser leurs besoins, pour en améliorer les conditions de production et de livraison.

Les nombreux succès du Leopard 2A8, moins de deux ans après sa présentation officielle en mai 2023, sont les conséquences de ces deux facteurs, ainsi que de l’absence d’alternative crédible en Europe ou aux États-Unis, et de l’explosion de la demande, spécialement en Europe, faisant suite à l’agression russe de l’Ukraine, à partir de février 2022.

De toute évidence, le Leopard 2A8 est, aujourd’hui, et comme évoqué en introduction, le bon produit, au bon moment, face à un marché dégagé et en forte demande. De fait, les succès se sont succédé, surtout que Berlin, flairant l’opportunité, a admirablement accompagné son industriel, en commandant 18 chars quelques jours à peine après sa présentation, pour remplacer les Leopard 2A6 envoyés en Ukraine.

Leopard 2A8 au salon eurosatory 2024
Leopard 2A8 au salon eurosatory 2024 – Photo by Artur Widak / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Ainsi, la Norvège a transformé, dès l’été 2023, sa commande de 54 Leopard 2A7, suite à une compétition l’ayant opposé au K2 sud-coréen, en autant 2A8 NOR, une version un système de commande norvégien. En juin 2024, c’était au tour de la République de signer une commande 77 chars allemands, livrables d’ici à 2030.

Un mois plus tard, la Bundeswehr annonçait une commande de 105 exemplaires supplémentaires, pour 2,9 Md€, destinés à armer, notamment, la nouvelle 45ᵉ brigade blindée devant être déployée en Lituanie.

En septembre 2024, ce furent les Pays-Bas qui annoncèrent la commande de 52 Leopard 2A8, qui seront cependant officiellement commandés en 2025, pour des raisons budgétaires. Enfin, en décembre 2024, la Lituanie signa une commande pour 44 chars Leopard 2A8 afin d’armer son premier bataillon blindé, pour 950 m€.

D’autres pays de l’OTAN, dont la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, l’Espagne, le Portugal ou encore la Grèce et le Canada, pourraient suivre à plus ou moins courte échéance, surtout si l’Alliance obtient de ses membres l’engagement souhaité d’atteindre un effort de défense de 2,5 % PIB en 2026/2027, et 3 % PIB en 2030.

Ainsi, en dépit des échecs retentissants en Pologne, en Roumanie et en Italie, trois des plus importants marchés européens dans ce domaine, KNDS est bel et bien en passe de réussir son pari de faire du Leopard 2A8, le char de génération intermédiaire standard de l’OTAN, fermant de plus en plus la porte au K2 sud-coréen, et ne l’ouvrant pas au KF-51 Panther.

Le marché immédiat du programme MGCS se dégonfle rapidement

Pour autant, le succès du Leopard 2A8, s’il fait le bonheur de KNDS Deutschland, engendre également de nombreuses interrogations quant à l’avenir et au calendrier du programme Main Ground Combat System, ou MGCS, codéveloppé avec maintes difficultés, par la France et l’Allemagne, depuis 2015.

programme MGCS
Vue d’artiste du programme MGCS

Très ambitieux, ce programme vise, en effet, à concevoir non pas un nouveau char de combat, mais un système de combat terrestre de nouvelle génération, composé de plusieurs véhicules blindés interconnectés, de drones et de technologies de coopération très évoluées.

Le programme a connu de nombreux passages à vide, en grande partie en raison des divergences dans les attentes entre l’Armée de terre et la Bundeswehr, ainsi que des tensions entre industriels français et allemands, spécialement entre KNDS France (ex-Nexter) et Rheinmetall.

Du fait de ses ambitions technologiques élevées, et des retards accumulés, le programme MGCS ne doit entrer en service qu’au-delà de 2040 aujourd’hui, contre 2035 initialement prévu. Or, si la Bundeswehr dispose du Léopard 2A8 pour effectuer la transition, ce n’est pas le cas de l’Armée de terre, qui a modernisé à l’économie son Leclerc, de l’avis même de nombreux spécialistes.

Pour l’Armée de terre, 2040 représente donc l’échéance ultime à laquelle elle devra commencer le remplacement de ses Leclerc. Toutefois, cette date est jugée trop proche, depuis 2 ans maintenant, par les industriels allemands, qui craignent de voir le marché potentiel du Leopard 2A8 (et du KF-51), handicapé par la promesse de l’arrivée du MGCS à la fin de la prochaine décennie.

Leclerc renové
Leclerc renové présent au salon Eurosatory 2024

Le succès rencontré par le Leopard 2A8 tend à renforcer la position allemande. En effet, le besoin est bel et bien immédiat, et il s’agit donc d’y répondre dès à présent. En revanche, chaque commande enregistrée réduit d’autant le marché potentiel adressable par MGCS avant 2060 ou 2065, y compris au sein de la Bundeswehr.

Or, même en cumulant les besoins français et allemands prévisibles aujourd’hui, pour 2040, ils ne devraient pas dépasser, dans le meilleur des cas, les 500 ou 600 véhicules blindés, un nombre bien insuffisant pour garantir le fonctionnement d’une ligne d’assemblage pendant 20 ans, jusqu’à ce que le remplacement des A8, K2, M1A2 et autres KF-51, commence à être envisagé en Europe. Et encore moins de deux !

De fait, les succès successifs du Leopard 2A8 plaident à présent pour un glissement du calendrier du programme MGCS à 2050, voire au-delà, si tant est que l’Allemagne estime encore qu’il va de son intérêt de codévelopper ce modèle avec la France.

Quant à la France, elle est maintenant exposée à un risque de déclassement sévère de ses compétences industrielles en matière de conception et construction de chars et de véhicules blindés lourds, faute de ne pas s’engager, elle aussi, dans la production d’un modèle de génération intermédiaire, qui pourrait être proposé auprès de certains partenaires exports hors d’Europe, comme les Émirats arabes unis ou l’Égypte.

Conclusion

On le voit, le nouveau succès du Leopard 2A8, en Suède cette fois, est à intégrer dans une dynamique puissante en Europe, pour équiper les armées d’une génération intermédiaire de chars de combat, bâtie notamment sur les enseignements venus d’Ukraine et le Proche-Orient.

EMBT version 2024
Le démonstrateur E-MBT version 2024 au salon Eurosatory

À ce titre, le Leopard 2A8 représente, sans le moindre doute, le choix le plus probant, et le plus efficace, pour les armées européennes, associant la fiabilité de la plate-forme et de l’industriel allemand, ainsi que sa proximité géographique, à des performances répondant aux besoins émergeant, face aux nouvelles menaces.

Reste que, si ce succès de KNDS Deutschland était prévisible, et certainement mérité, il plaide également en faveur d’une évolution du calendrier du programme MGCS franco-allemand, tant le marché européen potentiel, en 2040, risque d’être saturé. D’ailleurs, si les européens sont à ce point désireux et pressés de se doter de chars plus modernes, on peut également douter que les partenaires exports traditionnels de la France, patientent, eux aussi, jusqu’en 2040, pour cela.

Dès lors, Paris devrait s’interroger, dès à présent, sur la pertinence de sa position actuelle, qui vise à s’accrocher bec et ongles à l’échéance 2040 pour le programme MGCS, afin d’éviter de devoir se tourner vers une génération intermédiaire pour remplacer ses Leclerc.

Le risque est élevé, en effet, que le MGCS se retrouve sur un marché saturé pendant une ou deux décennies, empêchant toute perspective d’export, sans que l’activité domestique suffise à maintenir l’outil productif. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui du Leclerc, dans les années 1990, pourtant alors, lui aussi, le meilleur char du moment.