Les Armées françaises (aussi) ont besoin d’un plan de recapitalisation de 100 Md€

Quelques jours à peine après le début de l’offensive russe contre l’Ukraine, le chancelier allemand Olaf Scholz présentait devant le Bundestag, le parlement allemand, un plan visant à investir une enveloppe de 100 Md€ destinée à réparer certaines des défaillances les plus critiques constatées au sein de la Bundeswehr, tout en engageant une dynamique afin d’amener l’effort de défense du pays au delà du seuil des 2% de PIB requis par l’OTAN à horizon 2025. Depuis, l’immense majorité des pays européens, qu’ils soient ou non membre de l’OTAN, ont annoncé une augmentation sensible de leurs propres efforts de defense, tous s’engageant, à des échéances plus ou moins proches, à respecter ou dépasser le seuil de 2% de PIB, devenu en quelque sorte le marqueur d’un effort de defense cohérent face à la recomposition stratégique en cours en Europe, mais également dans le Monde.

Les autorités françaises étaient, sur ce domaine, restées particulièrement discrètes. Il est vrai que le pays avait entrepris, dès 2017, un effort visant à inverser la courbe des investissements en matière de Défense, avec une Revue Stratégique et une Loi de Programmation Militaire (LPM) actant une hausse linéaire du budget des armées de 1,7 Md€ par an jusqu’en 2022, puis de 3 Md€ par an en 2023 et 2024. En outre, les questions de défense ne firent pas partie des thèmes majeurs de campagne pour l’élection présidentielle ni pour les élections législatives qui suivirent, ni de la part du président sortant, ni de celle des oppositions, formant une chape opaque autour de sujet sur l’ensemble de cette période. A l’occasion du Salon Eurosatory 2022 en juin dernier, le Président Macron nouvellement réélu, annonça cependant qu’une mise à jour la LPM serait nécessaire pour répondre aux nouveaux enjeux de défense, confirmant que le pays devrait accroitre son effort de défense dans les années à venir. Il y a une semaine, ce fut le ministre des Armées, Sebastien Lecornu, qui confirma que le budget des armées augmenterait bien de 3 Md€ en 2023, répondant ainsi à un rapport de la Cours de Compte récemment publié qui mettait en garde contre la soutenabilité budgétaire d’un tel effort.

A l’occasion de son discours d’ouverture du salon Eurosatory 2022, Emmanuel Macron annonça la prochaine adaptation de l’effort de défense français aux nouveaux enjeux sécuritaires en Europe et dans le Monde.

A l’occasion de son discours de Politique générale devant le parlement, la première ministre Elizabeth Borne, a précisé les contours de cet effort, indiquant que le président Macron définirait prochainement les contours d’une nouvelle Loi de Programmation Militaire, sans en détailler le calendrier ou les grandes lignes. Pour autant, et même si les Armées françaises ont effectivement grand besoin de voir leurs capacités budgétaires croitre de manière progressive de sorte à répondre à des enjeux sécuritaires pas si nouveau que ça, mais ignorés jusqu’ici de crainte de devoir y répondre, elles souffrent, à l’instar de la Bundeswehr, de certains déficits capacitaires critiques qu’il conviendrait de traiter de manière séparée et immédiate, comme le fit Olaf Scholz le 27 février devant le Bundestag. Dans cet article, nous étudierons l’opportunité pour les armées françaises mais également l’industrie de défense nationale de s’appuyer sur un plan d’investissement similaire de 100 Md€, mais également la façon de financer un tel effort en respectant les contraintes budgétaires du pays.

Des armées conçues sur une doctrine révolue

Si les armées françaises souffrent de nombreuses déficiences critiques, celles-ci sont, bien souvent, très différentes de celles qui touchent les armées allemandes. Là ou la Bundeswehr a largement souffert d’arbitrages politiques mal conçus et inadaptés, entravant son efficacité globale, les armées françaises sont parvenues à maintenir l’essentiel des capacités dont elles disposaient à la fin de la Guerre Froide, mais de manière limitée. Le fait est, les armées françaises aujourd’hui répondent à une doctrine définie par le Livre Blanc de 2013, dont les grandes lignes ont été maintenues lors de la Revue Stratégique de 2017. Elles ont pu ainsi conserver un format d’armée global, et furent contraintes de répondre à une doctrine qui, alors, pouvait faire sens, à savoir de s’appuyer sur la dissuasion pour la préservation et la protection du territoire et des intérêts stratégiques du pays, sur un corps expéditionnaire projetable pour les opérations exterieures, et sur une force limitée mais cohérente pour les interventions en coalition. Pour maintenir et faire vivre l’ensemble de ses impératifs avec un budget d’à peine plus de 32 Md€ par an (2016), les Armées durent réduire le format de certaines capacités, avec une flotte de chasse ramenée progressivement à 185 appareils pour l’Armée de l’Air (contre plus de 450 en 1995), et à 40 appareils pour l’Aéronautique navale (75 en 1995), qui perdit également son second porte-avions.

Il manque aujourd’hui entre 60 et 80 avions de combat à l’Armée de l’Air et de l’espace pour répondre aux réalités opérationnelles du moment

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