C’est enfin fait. Les forces aériennes israéliennes, le fameux Kheil HaAvir (corps aérien en hébreu), viennent d’officialiser la commande pour 25 F-15IA, version israélienne du chasseur lourd Boeing F-15EX Eagle II, avec une option pour 25 appareils supplémentaires.
Très attendues par Boeing, et par l’usine d’assemblage de Saint-Louis dont l’activité, au-delà de 2027, dépendait en grande partie de cette commande israélienne, celle-ci permettra de sensiblement renforcer la puissance de frappe aérienne à longue portée de l’IAF, quelques jours seulement après avoir mené un raid contre les installations frontalières en Iran.
Pour autant, le carnet de commande de l’activité chasse de l’avionneur américain demeure dramatiquement réduit, alors que les espoirs autour du programme NGAD et du F/A-XX semblent être reportés, et que le F-15EX peine toujours à convaincre, sur la scène internationale. La commande israélienne sera-t-elle suffisante, pour relancer la dynamique autour de l’Eagle II, et préserver le site de Saint-Louis ?
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25 nouveaux F-15IA pour les forces aériennes israéliennes
Après avoir commandé un troisième escadron de F-35i en début d’année, les forces aériennes israéliennes ont officialisé la commande de 25 F-15EX Eagle II, baptisés F-15IA, et adaptés aux besoins et aux exigences du Kheil HaAvir, auprès de l’Américain Boeing.

Cette commande est accompagnée d’une option pour 25 appareils supplémentaires, soit un escadron, alors que l’offre initiale de Boeing comprenait également l’évolution des 25 F-15I déjà en service vers ce standard. Le détail de la commande israélienne, signée cette fin de semaine par le ministère de la Défense, n’ayant pas été communiqué, on ignore si la modernisation des 25 Ra’am (désignation des F-15i israéliens), est comprise, ou si elle fera l’objet d’une commande extérieure.
Comme c’est de coutume, les F-15IA intégreront nombre de technologies et de munitions israéliennes, même s’ils resteront, pour l’essentiel, des F-15EX Eagle II, la dernière évolution du chasseur de McDonnell Douglass, qui demeurent, 50 ans après son premier vol, une référence en matière d’avion de combat.
Il est possible que les nouveaux F-15AI remplacent l’un des deux escadrons encore équipés de F-15 Baz, la première version du chasseur américain acquise par Tel Aviv dans les années 70. En dépit de plusieurs modernisations successives, les forces aériennes israéliennes répugnent à présent à employer ces appareils en situation de combat, ne formant dès lors qu’une réserve surnuméraire.
Le Kheil HaAvir veut renforcer sa puissance de frappe à longue portée, face à l’Iran
La commande des F-15IA s’inscrit dans un contexte plus tendu que jamais pour les armées et les forces aériennes israéliennes, engagées simultanément à Gaza, au Liban, parfois en Syrie et en Irak. Elles ont, par ailleurs, mené, pour la première fois, un raid aérien massif contre les infrastructures iraniennes, distantes de 1500 km, le 26 octobre, ayant mobilisé une centaine d’avions de combat, et un grand nombre de drones et appareils de soutien.
Bien qu’étant, incontestablement, une des forces aériennes les plus expérimentées de la planète, le Kheil HaAvir n’est, cependant, pas structuré pour mener des raids de longue distance de manière répétée, manquant d’avions ravitailleurs et de chasseurs lourds, pour cela.
L’arrivée des F-15IA, qui seront sans doute livrés d’ici à 2028, comme les F-35i récemment commandés par Jérusalem, permettra de sensiblement renforcer les capacités israéliennes dans ce domaine.
Le F-15EX, entré en service en février 2024 au sein de l’US Air Force, permet, en effet, de transporter plus de 13 tonnes d’armements à plus de 1200 km, sans ravitaillement en vol. Équipé de réservoirs conformes et de réservoirs supplémentaires, il peut aisément dépasser les 4000 km de distance franchissable, même si cela diminue sensiblement le nombre et la masse des munitions transportées.
Surtout, le F-15EX est un appareil pleinement multimission, aussi efficace pour les missions de supériorité aérienne, que dans les missions d’attaque ou de pénétration. Il dispose, pour cela, d’une avionique polyvalente comparable à celle des chasseurs de 5ᵉ génération, selon Boeing, largement adaptée pour faire face à tout ce que Téhéran peut, ou pourra, aligner contre lui, dans les années à venir, le cas échéant.
Israël parie sur la complémentarité entre F-35i et F-15AI, pour contenir la menace
En revanche, ce que n’est pas le F-15AI, c’est discret, et encore moins furtif. Même si le nouveau design et l’utilisation des matériaux composites ont permis de réduire la surface équivalente radar de l’appareil, il demeure très imposant, propulsé par deux énormes turboréacteurs GE F-110, et se trouve donc aussi visible sur les écrans radars que sur le spectre infrarouge.
Pourtant, les forces aériennes israéliennes ont fait le choix de moderniser, presque simultanément, leurs capacités de frappes furtives, avec la commande d’un troisième escadron de 25 F-35i, auprès de Lockheed Martin, et quelques moins plus tard, d’autant de F-15EX, requalifiés F-15AI.
De toute évidence, le Kheil HaAvir entend s’appuyer sur les performances exclusives de chacun de ces appareils, pour en compenser les faiblesses respectives, en particulier pour les missions de frappe à longue portée.
Ainsi, si la furtivité du F-35i, comme ses capacités de détection et de classification des cibles, se sont avérées efficaces, notamment contre les défenses aériennes iraniennes et syriennes, l’appareil ne peut emporter que 2 ou 4 bombes guidées, lorsqu’il s’agit de conserver sa configuration furtive, pour un rayon d’action de combat de 1200 km.
En outre, les performances aéronautiques du F-35A étant déjà intérieures à celles des autres chasseurs de l’IAF (israélien Air Force), l’utilisation de chargements externes, qui reste possible, tendrait à sensiblement dégrader, outre sa furtivité, ses performances, venant ainsi handicaper l’homogénéité de la force aérienne d’attaque.
Le F-15EX, lui, peut emporter plus de neuf tonnes de bombes et de missiles sur la même distance, tout en conservant des performances suffisantes pour s’intégrer aisément dans le dispositif aérien allié.
Dès lors, il reviendra certainement aux F-35i d’éliminer les défenses aériennes et les cibles qui pourraient représenter un danger pour le groupe aérien de combat, laissant aux F-15I et F-15IA, la mission de frapper les cibles nécessitant la puissance de feu la plus importante.
Une bouffée d’oxygène et une référence pour Boeing et le Super Eagle, mais sera-t-elle suffisante pour sauver l’usine d’assemblage de Saint-Louis ?
La commande, confirmée par le ministère de la Défense israélien, constitue également une bouffée d’oxygène pour Boeing et pour son usine d’assemblage de Saint-Louis. En effet, celle-ci a vu son carnet de commande s’épuiser dramatiquement, ces dernières années, avec la fin des livraisons de F-15EX pour l’US Air Force, prévue pour 2026, et la fin des livraisons de F/A-18 E/F Super Hornet et EA-18G Growler de l’US Navy, en 2027.
Dès lors, les 25 F-15EX israéliens, et l’option pour 25 appareils supplémentaires, constituent un ballon d’oxygène pour le site de Saint-Louis, et pour l’activité Défense de Boeing, alors que l’avionneur traverse la plus grande crise de son histoire. On peut d’ailleurs remarquer que la commande israélienne a été validée quelques jours après l’élection de Donald Trump, alors que l’on connait les excellentes relations, qu’entretiennent le premier ministre B. Nétanyahou et le président élu Donald Trump.
La commande du F-15EX par le Kheil HaAvir, pourrait également redorer le blason du F-15EX sur la scène export, puisqu’il s’agira du premier succès sur la scène international de cet appareil, jusqu’ici boudé par les forces aériennes mondiales, qui plus est, vers une force aérienne dont l’efficacité et le niveau d’exigence sont reconnues dans le monde.
Reste, cependant, que l’Eagle II demeure un appareil très spécifique qui, s’il a ses soutiens inconditionnels, notamment au sein de l’US Air Force, demeure une architecture datée, pour une fonction très spécifique de camion à bombe, qui ne trouve sa plus-value que dans un nombre restreint de missions. Pas sûr, donc, que même l’image des forces aériennes israéliennes suffise à faire du F-15EX un véritable succès international, face à d’autres appareils plus polyvalents et moins onéreux, comme le Rafale et le Typhoon européens, ou le Boramae sud-coréen.
Dans le même temps, alors que l’avionneur de Seattle attendait avec une grande impatience les arbitrages concernant le programme NGAD de l’US Air Force, et le programme F/A-XX de l’US Navy, le premier a été suspendu jusqu’à une date indéterminée, pour cause de couts excessifs, et le second a été repoussé de plusieurs années, pour libérer les crédits nécessaires afin de durcir la réponse immédiate de la marine américaine, face à la Chine.
Or, en dehors de l’avion d’entraînement T-7A, et des quelques prospects montrant aussi peu d’empressement que d’enthousiasme autour du F-15EX, comme l’Indonésie, Boeing n’a aucune offre alternative attractive, dans le domaine des avions de combat, pour prendre le relais, et garantir son activité, dans ce domaine, au-delà de la commande israélienne. La menace sur le site de Saint-Louis est donc temporairement éloignée, par la commande israélienne, mais elle est encore très loin d’être effacée.



