dimanche, novembre 30, 2025
Accueil Blog Page 37

Les 25 F-15IA commandés par les forces aériennes israéliennes, suffiront-ils à sauver l’usine Boeing de Saint-Louis ?

C’est enfin fait. Les forces aériennes israéliennes, le fameux Kheil HaAvir (corps aérien en hébreu), viennent d’officialiser la commande pour 25 F-15IA, version israélienne du chasseur lourd Boeing F-15EX Eagle II, avec une option pour 25 appareils supplémentaires.

Très attendues par Boeing, et par l’usine d’assemblage de Saint-Louis dont l’activité, au-delà de 2027, dépendait en grande partie de cette commande israélienne, celle-ci permettra de sensiblement renforcer la puissance de frappe aérienne à longue portée de l’IAF, quelques jours seulement après avoir mené un raid contre les installations frontalières en Iran.

Pour autant, le carnet de commande de l’activité chasse de l’avionneur américain demeure dramatiquement réduit, alors que les espoirs autour du programme NGAD et du F/A-XX semblent être reportés, et que le F-15EX peine toujours à convaincre, sur la scène internationale. La commande israélienne sera-t-elle suffisante, pour relancer la dynamique autour de l’Eagle II, et préserver le site de Saint-Louis ?

25 nouveaux F-15IA pour les forces aériennes israéliennes

Après avoir commandé un troisième escadron de F-35i en début d’année, les forces aériennes israéliennes ont officialisé la commande de 25 F-15EX Eagle II, baptisés F-15IA, et adaptés aux besoins et aux exigences du Kheil HaAvir, auprès de l’Américain Boeing.

F-15IA Boeing IAF
Illustration graphique du nouveau F-15IA israélien

Cette commande est accompagnée d’une option pour 25 appareils supplémentaires, soit un escadron, alors que l’offre initiale de Boeing comprenait également l’évolution des 25 F-15I déjà en service vers ce standard. Le détail de la commande israélienne, signée cette fin de semaine par le ministère de la Défense, n’ayant pas été communiqué, on ignore si la modernisation des 25 Ra’am (désignation des F-15i israéliens), est comprise, ou si elle fera l’objet d’une commande extérieure.

Comme c’est de coutume, les F-15IA intégreront nombre de technologies et de munitions israéliennes, même s’ils resteront, pour l’essentiel, des F-15EX Eagle II, la dernière évolution du chasseur de McDonnell Douglass, qui demeurent, 50 ans après son premier vol, une référence en matière d’avion de combat.

Il est possible que les nouveaux F-15AI remplacent l’un des deux escadrons encore équipés de F-15 Baz, la première version du chasseur américain acquise par Tel Aviv dans les années 70. En dépit de plusieurs modernisations successives, les forces aériennes israéliennes répugnent à présent à employer ces appareils en situation de combat, ne formant dès lors qu’une réserve surnuméraire.

Le Kheil HaAvir veut renforcer sa puissance de frappe à longue portée, face à l’Iran

La commande des F-15IA s’inscrit dans un contexte plus tendu que jamais pour les armées et les forces aériennes israéliennes, engagées simultanément à Gaza, au Liban, parfois en Syrie et en Irak. Elles ont, par ailleurs, mené, pour la première fois, un raid aérien massif contre les infrastructures iraniennes, distantes de 1500 km, le 26 octobre, ayant mobilisé une centaine d’avions de combat, et un grand nombre de drones et appareils de soutien.

Bien qu’étant, incontestablement, une des forces aériennes les plus expérimentées de la planète, le Kheil HaAvir n’est, cependant, pas structuré pour mener des raids de longue distance de manière répétée, manquant d’avions ravitailleurs et de chasseurs lourds, pour cela.

F-15I Raam IAF
F-15I Ra’am des forces aériennes israliénnes

L’arrivée des F-15IA, qui seront sans doute livrés d’ici à 2028, comme les F-35i récemment commandés par Jérusalem, permettra de sensiblement renforcer les capacités israéliennes dans ce domaine.

Le F-15EX, entré en service en février 2024 au sein de l’US Air Force, permet, en effet, de transporter plus de 13 tonnes d’armements à plus de 1200 km, sans ravitaillement en vol. Équipé de réservoirs conformes et de réservoirs supplémentaires, il peut aisément dépasser les 4000 km de distance franchissable, même si cela diminue sensiblement le nombre et la masse des munitions transportées.

Surtout, le F-15EX est un appareil pleinement multimission, aussi efficace pour les missions de supériorité aérienne, que dans les missions d’attaque ou de pénétration. Il dispose, pour cela, d’une avionique polyvalente comparable à celle des chasseurs de 5ᵉ génération, selon Boeing, largement adaptée pour faire face à tout ce que Téhéran peut, ou pourra, aligner contre lui, dans les années à venir, le cas échéant.

Israël parie sur la complémentarité entre F-35i et F-15AI, pour contenir la menace

En revanche, ce que n’est pas le F-15AI, c’est discret, et encore moins furtif. Même si le nouveau design et l’utilisation des matériaux composites ont permis de réduire la surface équivalente radar de l’appareil, il demeure très imposant, propulsé par deux énormes turboréacteurs GE F-110, et se trouve donc aussi visible sur les écrans radars que sur le spectre infrarouge.

Pourtant, les forces aériennes israéliennes ont fait le choix de moderniser, presque simultanément, leurs capacités de frappes furtives, avec la commande d’un troisième escadron de 25 F-35i, auprès de Lockheed Martin, et quelques moins plus tard, d’autant de F-15EX, requalifiés F-15AI.

F-35i Adir IAF
F-15I Adir des forces aériennes israléiennes.

De toute évidence, le Kheil HaAvir entend s’appuyer sur les performances exclusives de chacun de ces appareils, pour en compenser les faiblesses respectives, en particulier pour les missions de frappe à longue portée.

Ainsi, si la furtivité du F-35i, comme ses capacités de détection et de classification des cibles, se sont avérées efficaces, notamment contre les défenses aériennes iraniennes et syriennes, l’appareil ne peut emporter que 2 ou 4 bombes guidées, lorsqu’il s’agit de conserver sa configuration furtive, pour un rayon d’action de combat de 1200 km.

En outre, les performances aéronautiques du F-35A étant déjà intérieures à celles des autres chasseurs de l’IAF (israélien Air Force), l’utilisation de chargements externes, qui reste possible, tendrait à sensiblement dégrader, outre sa furtivité, ses performances, venant ainsi handicaper l’homogénéité de la force aérienne d’attaque.

Le F-15EX, lui, peut emporter plus de neuf tonnes de bombes et de missiles sur la même distance, tout en conservant des performances suffisantes pour s’intégrer aisément dans le dispositif aérien allié.

Dès lors, il reviendra certainement aux F-35i d’éliminer les défenses aériennes et les cibles qui pourraient représenter un danger pour le groupe aérien de combat, laissant aux F-15I et F-15IA, la mission de frapper les cibles nécessitant la puissance de feu la plus importante.

Une bouffée d’oxygène et une référence pour Boeing et le Super Eagle, mais sera-t-elle suffisante pour sauver l’usine d’assemblage de Saint-Louis ?

La commande, confirmée par le ministère de la Défense israélien, constitue également une bouffée d’oxygène pour Boeing et pour son usine d’assemblage de Saint-Louis. En effet, celle-ci a vu son carnet de commande s’épuiser dramatiquement, ces dernières années, avec la fin des livraisons de F-15EX pour l’US Air Force, prévue pour 2026, et la fin des livraisons de F/A-18 E/F Super Hornet et EA-18G Growler de l’US Navy, en 2027.

Ligne d'assemblage Saint-louis Missouri Boeing
usine d’assemblage Boeing de Saint-Louis, Missouri.

Dès lors, les 25 F-15EX israéliens, et l’option pour 25 appareils supplémentaires, constituent un ballon d’oxygène pour le site de Saint-Louis, et pour l’activité Défense de Boeing, alors que l’avionneur traverse la plus grande crise de son histoire. On peut d’ailleurs remarquer que la commande israélienne a été validée quelques jours après l’élection de Donald Trump, alors que l’on connait les excellentes relations, qu’entretiennent le premier ministre B. Nétanyahou et le président élu Donald Trump.

La commande du F-15EX par le Kheil HaAvir, pourrait également redorer le blason du F-15EX sur la scène export, puisqu’il s’agira du premier succès sur la scène international de cet appareil, jusqu’ici boudé par les forces aériennes mondiales, qui plus est, vers une force aérienne dont l’efficacité et le niveau d’exigence sont reconnues dans le monde.

Reste, cependant, que l’Eagle II demeure un appareil très spécifique qui, s’il a ses soutiens inconditionnels, notamment au sein de l’US Air Force, demeure une architecture datée, pour une fonction très spécifique de camion à bombe, qui ne trouve sa plus-value que dans un nombre restreint de missions. Pas sûr, donc, que même l’image des forces aériennes israéliennes suffise à faire du F-15EX un véritable succès international, face à d’autres appareils plus polyvalents et moins onéreux, comme le Rafale et le Typhoon européens, ou le Boramae sud-coréen.

Dans le même temps, alors que l’avionneur de Seattle attendait avec une grande impatience les arbitrages concernant le programme NGAD de l’US Air Force, et le programme F/A-XX de l’US Navy, le premier a été suspendu jusqu’à une date indéterminée, pour cause de couts excessifs, et le second a été repoussé de plusieurs années, pour libérer les crédits nécessaires afin de durcir la réponse immédiate de la marine américaine, face à la Chine.

Or, en dehors de l’avion d’entraînement T-7A, et des quelques prospects montrant aussi peu d’empressement que d’enthousiasme autour du F-15EX, comme l’Indonésie, Boeing n’a aucune offre alternative attractive, dans le domaine des avions de combat, pour prendre le relais, et garantir son activité, dans ce domaine, au-delà de la commande israélienne. La menace sur le site de Saint-Louis est donc temporairement éloignée, par la commande israélienne, mais elle est encore très loin d’être effacée.

Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l’émergence d’un géant européen de l’industrie navale de défense ?

Bien que jouissant toujours d’une position dominante sur le marché mondial des sous-marins conventionnels et d’un carnet de commande qui flirte avec les 12 Md€, le constructeur naval allemand tKMS, basé à Kiel, est dans une position délicate.

En effet, il y a quelques semaines, les négociations avec le groupe Carlyle pour la prise de participation du fonds d’investissement dans le groupe industriel allemand, ont tourné court, sur fond d’opposition du gouvernement allemand à cette procédure. En dépit de cela, l’État allemand n’a pas annoncé une prise de participation significative dans tKMS, alors que la maison mère, Thyssenkrupp, n’a de cesse que de se séparer de celui-ci.

Il semble que la situation difficile du groupe de Kiel, ait inspiré Fincantieri, le constructeur naval italien qui produit, notamment, l’ensemble des navires militaires de la Marina Militare, et qui a remporté plusieurs succès de premier ordre, ces dernières années, sur la scène internationale, notamment en imposant le FREMM italienne, comme modèle de base pour la nouvelle frégate de l’US Navy, la classe Constellation.

En effet, à l’occasion du salon Euronaval 2024, Fincantieri a fait connaitre son intérêt pontentiel pour effectuer une consolidation majeure européenne dans le domaine naval, au travers d’un possible rapprochement avec tKMS.


Mise à jour du 8 novembre 2024 : Suite à la publication de cet article, Fincantieri a démenti avoir fait une proposition de rachat concernant TKMS. Son CEO a répondu à une question directe de journalistes de BreakingDefense.com au sujet d’un éventuel rapprochement avec le groupe allemand, en marge de la présentation faite des perspectives de Fincantieri, dans le cadre du salon Euronaval.

Celui-ci s’est dit un partenaire de longue date de tKMS (Fincantieri construit les sous-marins Type 212 de la Marina Militare), et qu’en tant que tel, le groupe italien était ouvert à des discussions, sans évoquer davantage que cela.
Pour l’heure, donc, le sujet est plus qu’hypothétique et n’est pas à l’agenda du constructeur naval italien, même si ce dernier se dit prêt à étudier la question, si la demande lui en était faite.


Thyssenkrupp veut céder sa division navale tKMS, leader occidental des sous-marins à propulsion conventionnelle et constructeur des frégates Méko

En dépit d’une solide activité présente et à venir, avec la construction des futures frégates F-125/127 de la Bundesmarine, ainsi que des 8 sous-marins Type 212CD commandés par Oslo et Berlin, pour un carnet de commande évalué à 11,9 Md€, le groupe naval allemand n’a plus les faveurs de sa maison mère, le groupe industriel Thyssenkrupp.

Bundesmarine Type 212A TKMS
Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l'émergence d'un géant européen de l'industrie navale de défense ? 11

Toutefois, les efforts de ce dernier, en faveur d’une cession, n’ont jamais abouti jusqu’ici, il y a peu avec le fonds d’investissement Carlyle, précédemment avec le français Naval Group, et avant cela, encore, avec l’italien Fincantieri.

Si des désaccords de valorisation ont pu faire échouer certaines négociations précédentes, c’est avant tout l’opposition du gouvernement allemand, qui a fait déraper les négociations avec le fonds d’investissement américain Carlyle, il y a quelques semaines.

Il n’est en rien surprenant que les candidats à la reprise ou au rapprochement avec tKMS soient nombreux. En effet, l’industriel a été, des années 1970 à 2000, le champion incontestable occidental dans le domaine de l’exportation des sous-marins à propulsion conventionnelle, avec 68 sous-marins Type 200 commandés par 14 marines mondiales, de 1968 à aujourd’hui, complétés par 25 Type 214/218 beaucoup plus modernes et récents, ainsi que 14 sous-marins Type 212 commandés à ce jour, dont 6 pour la Bundesmarine.

Ce succès, déjà plus que remarquable, est complété dans le domaine des unités de surface combattante, par celui du modèle Meko 200, une corvette lourde / frégate légère vendue à 34 exemplaires pour huit marines mondiales, ainsi qu’une vingtaine de frégates et corvettes construites pour la Marine allemande, ces trente dernières années.

Type 209 marine péruvienne
Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l'émergence d'un géant européen de l'industrie navale de défense ? 12

De fait, jusqu’au milieu des années 2010, tKMS était le leader occidental incontesté des exportations navales militaires, depuis le retrait des États-Unis du marché des sous-marins conventionnels, puis des frégates.

Et si, depuis 2015, le français Naval Group, ainsi que l’italien Fincantieri, et l’Espagnol Navantia, ont étendu leurs parts de marché, parfois au détriment de tKMS, cette position dominante historique, et le carnet de commande confortable pour une entreprise de seulement 7800 collaborateurs, suffisent à expliquer l’intérêt qu’engendre la volonté de Thyssenkrupp de se séparer de sa filiale.

L’italien Fincantieri veut faire émerger un géant naval européen en fusionnant avec tKMS

L’intérêt de Fincantieri pour tKMS n’est absolument pas une surprise, d’autant que le groupe italien avait déjà fait une tentative en ce sens, il y a quelques années. En effet, tKMS est avant tout un acteur stratégique du marché des sous-marins conventionnels, une activité dont est presque entièrement exclu le groupe naval italien.

En outre, les frégates Meko 200, pivots du succès de l’Allemand, en matière de flotte de surface, sont des navires sensiblement plus compacts (3500 tonnes) que les unités navales proposées par Fincantieri aujourd’hui, comme les FREMM Evo (6500 tonnes), les nouvelles PPA Evo (5000 tonnes) ou encore les futurs DDx, de plus de 12000 tonnes.

Fincanteiri Bergamini fremm
Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l'émergence d'un géant européen de l'industrie navale de défense ? 13

En d’autres termes, la concurrence directe entre les deux groupes, est relativement faible, ce qui n’était pas le cas, par exemple, avec le français Naval Group, lors des négociations qui devaient initialement donner naissance à un futur « Airbus Naval européen », et qui aboutit, au final, à la création d’une coentreprise, Naviris, dont la principale justification est la modernisation des 4 Frégates classe Horizon.

Rappelons qu’à ce moment-là, Fincantieri estimait qu’il était normal que Naval Group s’efface du domaine des navires de surface, pour ne se concentrer que sur les sous-marins. Ce qui, naturellement, fut refusé par le groupe naval et les autorités françaises.

À l’inverse, ce découpage s’impose presque naturellement, dans l’hypothèse d’un rapprochement entre les deux groupes navals européens, permettant la mise en commun des ressources pour étendre les options commerciales de l’un comme de l’autre, au bénéfice de l’ensemble.

Un rapprochement structurel et organique global entre les industries de défense allemandes et italiennes ?

Selon le PDG de Fincantieri, Pierroberto Folgiero, l’ambition affichée par le groupe naval italien, n’en est qu’à ses prémices aujourd’hui, celui-ci n’ayant ni les derniers chiffres consolidés du groupe allemand, ni de stratégie d’acquisition et de financement, et encore moins, de business plan.

KF51 Panther Rheinmetall salon Eurosatory 2024
Le KF51 Panther lors du salon eurosatory 2024

Pour autant, cette ouverture s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre Rome et Berlin, initiée par la création de la coentreprise LRMV rassemblant Rheinmetall et Leonardo, pour la conception et la construction de 700 véhicules blindés chenillés pour la modernisation des armées italiennes, dont 125 chars KF51 Panther, ainsi qu’une infrastructure industrielle stratégique pour pouvoir proposer le Panther et le Lynx sur la scène internationale.

Pour ce mariage industriel, le gouvernement italien a apporté, outre sa bénédiction, une dote de presque 30 Md€, une enveloppe suffisante pour, effectivement, déployer une infrastructure industrielle sans équivalent en Europe, dans le domaine de la construction des véhicules blindés lourds chenillés, pariant sur un marché en forte demande dans les années à venir.

Cette stratégie italienne est, par ailleurs parfaitement alignée avec les recommandations faites par Mario Draghi concernant la compétitivité de l’industrie européenne, qui préconise, en particulier, un puissant effort de concentration dans le domaine de l’industrie de défense, au niveau européen, pour faire émerger des acteurs suffisamment imposants et capitalisés, pour se confronter aux geants américains et chinois de ce marché.

Le rapprochement tKMS-Fincantieri est-il une menace directe pour Naval Group ?

En effet, bien qu’il n’en soit qu’au niveau des discussions préliminaires, un rapprochement entre les deux entreprises, ferait émerger un groupe naval de premier plan, avec un chiffre d’affaires de 9,5 Md€ et 29.000 employés (hors concentration), et un carnet de commandes de 45 à 50 Md€, très largement supérieur à Naval group (CA 4,2 Md€ pour 16500 collaborateurs), ou Navantia (CA 1,5 Md€ pour 5000 employés).

Pour autant, il n’est pas garanti qu’un tel rapprochement puisse représenter une réelle menace pour le groupe français, dans une dynamique très soutenue ces quatre dernières années, avec plusieurs grands succès confirmés comme la commande des frégates FDI grecques, des sous-marins Scorpene Évolution en Indonésie et de Blacksword barracuda, pour les Pays-Bas.

naval Group Scorpene evolved
Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l'émergence d'un géant européen de l'industrie navale de défense ? 14

En outre, si la collaboration entre tKMS et Fincantieri se fera certainement sans heurts concernant la partie sous-marine de l’allemand, on peut anticiper que l’italien attendra de son homologue européen, un retrait du marché des frégates, corvettes et unités de surface, comme il le fit avec Naval Group, dans le cadre des négociations autour de Naviris. Ce qui risque fort de créer de sévères tensions, y compris avec le Bundestag et les autorités allemandes, surtout si des emplois allemands sont menacés.

En effet, contrairement au rapprochement entre Rheinmetall et Leonardo, pour donner naissance à LRMV, une consolidation entre tKMS et Fincantieri se ferait sans extension de marché, représentée par une commande massive de la Marine italienne, celle-ci ayant déjà annoncé, ces derniers mois, la commande, auprès de Fincantieri, de plus de navires qu’elle ne pourra en mettre en œuvre.

Ainsi, en termes de marché, le rapprochement Fincantieri-tKMS se ferait nécessairement à somme nulle, au détriment de l’Allemand, puisqu’à l’initiative de l’Italien. Dans ce contexte, on peut douter que cette annonce de Pierroberto Folgiero, déclenche une réponse enthousiaste des politiques allemands, après avoir rejeté l’offre de Carlyle.

Conclusion

S’il est loin d’être acquis que les autorités allemandes acceptent un rapprochement entre tKMS et Fincantieri, pour un grand nombre de raisons économiques, technologiques et politiques, il n’en demeure pas moins vrai qu’il sera nécessaire, d’une manière ou d’une autre, aux autorités allemandes de permettre ou de produire, une solution permettant à tKMS de poursuivre son activité, et à Thyssenkrupp, de s’en séparer.

Bundestag
Rapprochement tKMS-Fincantieri : vers l'émergence d'un géant européen de l'industrie navale de défense ? 15

La solution la plus évidente, serait une prise de participation majeure de la part de l’État fédéral allemand, comme se fut fait concernant l’électronicien Hensoldt, lorsque celui-ci prit 25 % des parts de l’entreprise en 2021.

Paradoxalement, cela ferait de tKMS un groupe public ou semi–public, au même titre que Naval group, Fincantieri et Navantia, après que le groupe allemand a longtemps reproché à ceux-ci leur structure capitalistique « faussant la concurrence ».

La France peut-elle envisager un partage de la dissuasion avec les Européens ?

NON ! La dissuasion ne se partage pas.

C’est sans doute, en substance, la réponse qu’une majorité de lecteurs aura en tête, en abordant cet article, et encore davantage ceux qui se limiteront au titre. Pour autant, le sujet a été évoqué, très directement, par l’ancien commissaire européen Thierry Breton, interrogé le 7 novembre sur LCI à ce sujet.

Il est certainement nécessaire, au-delà des réactions épidermiques qu’une telle déclaration peut déclencher, de s’interroger sur les raisons ayant amené Thierry Breton, très au fait des questions européennes, à faire une telle affirmation, et la manière dont la France, et peut-être la Grande-Bretagne, pourraient se substituer au bouclier nucléaire américain en Europe, le cas échant.

Les Européens s’inquiètent d’un changement de posture des États-Unis vis-à-vis de l’OTAN et du bouclier nucléaire américain en Europe, avec l’élection de Donald Trump

Depuis que, dans la nuit du 5 au 6 novembre, la victoire de Donald Trump et du Parti républicain, s’est avérée aussi inévitable et incontestable, un certain vent de panique s’est levé dans les chancelleries européennes.

victoire électorale donald trump
Avec la victoire inconsteable de Donlad Trump, un vent d’inquiétudes et d’anxiété s’est installé dans les chancelleries européennes.

En dehors du hongrois Viktor Orban, poursuivant un agenda qui lui est propre, tous, en Europe, ont ressenti une profonde inquiétude, concernant les différentes déclarations faites par le candidat Trump, lors de la campagne présidentielle.

Celui-ci a, en effet, à plusieurs reprises, menacé de retirer la protection offerte par les États-Unis aux pays qui « ne paierait pas leur dû« , pour assurer leur propre défense. Plus tard, celui-ci fixa à un effort de défense de 3% du PIB, ce qu’il estimait être le « dû », alors que seuls quatre pays européens, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, et la Grèce, respectent déjà cet objectif, et que cinq membres de l’OTAN (Espagne, Slovénie, Luxembourg, Belgique, Canada et Italie), sont encore sous la barre des 1,5%.

Outre les menaces sur la protection US des Européens, le discours tenu par le nouveau Président élu américain, pendant la campagne, laisse anticiper un arrêt de l’aide américaine à l’Ukraine, pour forcer Kyiv à négocier avec Moscou, sur la base des gains territoriaux actuels des armées russes, ce qui constituerait une immense victoire de fait du Kremlin dans ce conflit.

L’efficacité de ce bouclier américain est d’ores et déjà considérablement affaiblie par les déclarations du nouveau président américain.

Or, au-delà du possible retrait des forces américaines de certains pays d’Europe, lié à des dépenses de défense jugées insuffisantes par le président, ces mises en causes répétées de l’engagement des États-Unis vis-à-vis de l’OTAN et de ses alliés européens, ainsi que l’abandon probable de l’Ukraine par Washington, alors que le pays est tenu, par le Memorandum de Budapest, de protéger l’intégrité territoriale du pays, constituent d’ores-et-déjà un affaiblissement considérable de l’efficacité de la posture de dissuasion de l’OTAN, spécialement vis-à-vis de la Russie.

Ainsi, pour Moscou, il apparaît que l’engagement perçu de Washington, pour protéger ses alliés, s’avère, en réalité, avant tout transactionnel, ce qui signifie que la Russie peut avoir certaines options, elles aussi transactionnelles, pour amener les États-Unis à se désengager, comme en Ukraine, laissant libre cours aux appétits territoriaux du Kremlin.

F-35A Forces aériennes néerlandaises
Les forces aériennes néerlandaises sont les premières, en Europe, à employuer le F-35A pour la mission de partage nucléaire de l’OTAN.

Personne ne peut croire, et surtout pas les dirigeants russes, que Donald Trump assumera le risque d’un conflit nucléaire stratégique avec la Russie, pour l’Estonie, la Finlande ou pour la Roumanie, si Washington n’assume pas la compétition conventionnelle, sans engagement de troupes, en Ukraine, parce que « trop chère » pour le contribuable américain.

En d’autres termes, quelle que soit l’attitude retenue par les alliés européens des États-Unis et membres de l’OTAN, le mal est déjà fait quant à l’efficacité de la posture de dissuasion de l’alliance, reposant exclusivement sur les capacités nucléaires américaines. De cela, les chancelleries européennes sont, à présent, pleinement conscientes, ceci expliquant l’inquiétude et la fébrilité qui exsudent de tous les discours européens depuis le 5 novembre.

La cohésion sécuritaire et économique de l’Europe, repose en grande partie sur le bouclier nucléaire de l’OTAN

Or, le bouclier nucléaire américain a constitué, en grande partie, le ciment qui a permis l’émergence non seulement de l’OTAN, mais également de l’Union européenne, ainsi que de l’ensemble de la structure supranationale qui a construit l’Europe moderne.

Dès lors, un ébranlement de ce socle sécuritaire européen aura des conséquences dépassant de très loin le seul domaine de la défense collective, amenant chaque pays, potentiellement, à tenter des trajectoires propres, pour garantir sa sécurité, entrainant, à terme, un probable effondrement de l’ensemble du projet européen.

Tornado OTAN partage nucléaire
Le « partage nucléaire de l’OTAN », est un abus de langage. En effet, les pays participants n’ont aucun controle sur les armes nucléaires, qui restent exclusivement dans les mains de Washington.

Par ailleurs, quelles que soient la puissance économique et des armées conventionnelles d’un pays européen ou d’une alliance de pays européens, celle-ci ne pourra pas garantir la sécurité d’un pays allié menacé par une nation dotée, comme la Russie, en l’absence d’une capacité de dissuasion suffisante pour neutraliser la menace nucléaire de l’adversaire.

Il n’y a rien d’étonnant, dans ce contexte, que tous les regards, en Europe, se tournent à présent vers les deux seuls pays du continent, et de l’OTAN en dehors des États-Unis, disposant d’une dissuasion propre, la Grande-Bretagne et la France, seules alternatives, en dehors d’une nucléarisation anarchique des pays européens, plusieurs d’entre eux ayant les compétences technologiques et le matériel fissible pour cela.

Partage de la dissuasion, une solution théorique, mais inapplicable dans les faits

C’est dans ce contexte qu’intervient la déclaration de Thierry Breton, au micro de la chaine d’information continue française LCI. Selon l’ancien commissaire européen, il serait nécessaire, aujourd’hui, d’envisager une extension de la dissuasion en Europe, faisant spécialement référence à la dissuasion française à ce sujet, ce que les scripter de la chaine ont résumé par le sous-titre « Il faut envisager le partage de l’arme nucléaire« , provoquant au passage une réaction indignée de l’ancien commissaire européen.

Il est vrai que, d’un point de vue capacitaire, la dissuasion française est suffisante, en matière de nombre de têtes nucléaires comme de vecteurs, pour protéger l’ensemble de l’Europe, spécialement de la menace russe.

L’arsenal nucléaire français est suffisant pour protéger l’Europe

Comme évoqué dans un précédent article, l’efficacité de la dissuasion ne dépend pas, comme c’est le cas des forces armées conventionnelles, d’une notion de rapport de forces, mais d’une notion de seuil.

Rafale B missile ASMPA
La dissuasion française est suffisante pour contenir la menace russe.

Ainsi, même si la Russie dispose de 6000 têtes nucléaires, et de 2000 vecteurs, soit 50 fois plus que la France, cette dernière dispose, à chaque instant, d’un ou deux sous-marins nucléaires d’engins, armé(s) chacun de 16 missiles M51.3, eux-mêmes transportant en moyenne 6 véhicules de rentrée atmosphérique indépendants TNO de 110 Kt. Deux escadrons de Rafale armés d’une cinquantaine de missiles de croisière supersonique ASMPA-R emportant une tête de 300 kt, complètent le dispositif dissuasif français.

Dès lors, la France a la possibilité de frapper, et de détruire, en riposte à une agression, une centaine de grandes villes russes, soit des dommages très largement supérieurs aux bénéfices potentiels que peut espérer le Kremlin, même en accaparant, par la force, toute l’Europe. Évidemment, la Russie détruirait la France, mais disposer de 2000 vecteurs, pour cela, n’est d’aucun bénéfice.

Ce principe « de stricte suffisance » a toujours été au cœur du dimensionnement de la dissuasion française, pour neutraliser la menace d’un adversaire comme la Russie (mais pas exclusivement), et suffit à défendre la France, et tout autre territoire pour lequel la France serait prête à utiliser son arsenal nucléaire, pour cela.

Le partage de la dissuasion, une notion antinomique avec son efficacité

Pour autant, l’efficacité de la dissuasion ne se définit pas dans la puissance destructrice des armes nucléaires et des vecteurs alignés, mais dans la certitude, chez l’adversaire, que la France utilisera ces armes pour défendre ses intérêts stratégiques. Ainsi, le succès de la dissuasion n’est pas la destruction de l’adversaire. Elle repose, en réalité, sur la neutralisation de sa volonté belliqueuse à l’égard du pays.

Partage de la dissuasion SNLE classe triomphant
Chaque SNLE de la classe Le Triomphant emporte en oyenne 96 tetes nucléaires indépendantes, de 110 kt.

Dans ce contexte, on comprend aisément que la notion de « partage », telle que résumée par les scripter de LCI, n’est pas compatible avec la notion de dissuasion, et pourquoi Thierry Breton a demandé à ce que cette phrase soit supprimée. En effet, deux options peuvent s’envisager sous ce terme : le partage de la décision et le partage des vecteurs.

L’inefficacité du partage de la décision est aisément perceptible de tous. En effet, pour être efficace, la dissuasion doit s’imposer comme une possibilité réelle dans la perception de l’adversaire, raison pour laquelle, le feu nucléaire est concentré sur un nombre très réduit de décideurs, voire sur un seul, pour tous les pays dotés.

Ainsi, aucun de ces pays dotés ne prévoit, par exemple, d’en passer par leurs instances représentatives, comme le Parlement, préalablement au feu nucléaire. Cela ne ferait que considérablement ralentir la capacité de réaction, essentielle dans ce domaine, alors que les décisions doivent pouvoir être prises en quelques minutes. Une telle procédure affaiblirait donc la perception de la détermination du pays à utiliser ses armes, pour se défendre, et avec elle, toute l’efficacité de la dissuasion.

Le partage des vecteurs, lui, peut éventuellement être envisagé sur un modèle comparable à celui appliqué par l’OTAN. Pour autant, il n’a de partage que de nom. En effet, les avions de combat néerlandais, belges, allemands ou italiens, qualifiés pour transporter les bombes B-61 américaines, restent entièrement sous le contrôle du commandement intégré de l’OTAN, lui-même sous contrôle américain, alors que l’armement des bombes, et la désignation des objectifs, dépendent uniquement de la Maison-Blanche.

B-61mod12 F-35A
Le F-35A est le seul chasseur moderne qualifié par les Etats-Unis pour transporter la bombe nucléaire gravitionelle B61Mod12, employée par l’OTAN.

En d’autres termes, en dehors de favoriser l’exportation de certains avions de combat, comme le F-35A, la dissuasion partagée, mise en œuvre au sein de l’OTAN, n’apporte aucune garantie sécuritaire supplémentaire aux pays qui y participent, ni aucun pouvoir décisionnaire aux pays participants.

À ce titre, même le terme de « double clés », beaucoup employé pour définir cette procédure, est un abus de langage, puisque seuls les États-Unis disposent de la possibilité d’armer les armes nucléaires.

Enfin, le transfert de munitions nucléaires, avec les clés de contrôle, vers un allié, est contraire à l’ensemble des textes internationaux régissant la non-prolifération, et ne saurait être envisagé par Paris ou par Londres. C’est la raison pour laquelle, pendant près de 30 ans, la dissuasion OTAN, n’avait aucun caractère public, même si Washington avait averti Moscou de la procédure en 1972, dans le cadre des discussions autour de la limitation des armes stratégiques.

La France et la Grande-Bretagne peuvent-elles se substituer à la dissuasion américaine en Europe ?

Si la dissuasion ne se partage pas, rien n’empêche, en revanche, la France, et potentiellement la Grande-Bretagne, d’étendre leur propre doctrine de dissuasion, à l’ensemble du territoire européen, y compris en complément, mais toujours de manière indépendante, de la dissuasion américaine et de la dissuasion partagée au sein de l’OTAN.

Comme détaillé précédemment, la France, et encore davantage le couple franco-britannique, disposent des capacités opérationnelles suffisantes pour protéger efficacement l’ensemble du territoire européen, avec huit sous-marins nucléaires lanceurs d’engins classe Vanguard et Triomphant, et deux escadrons de bombardement stratégiques sur Rafale.

SSBN Vanguard Royal navy
La Royal Navy dispose de 4 SSBN classe Vanguard, transportant chacun 16 missiles SLBM trident II D5.

Au besoin, pour rassurer certains partenaires européens, il pourrait être envisageable qu’un principe de partage nucléaire, sur avion Rafale et missile ASMPA puis ASN4G, soit mis en œuvre, sur le même modèle que celui actuellement appliqué au sein de l’OTAN.

Pour autant, l’efficacité de cet engagement sera uniquement liée à la détermination perçue, en particulier par Moscou, de Paris et de Londres, pour défendre effectivement l’ensemble du territoire européen, et ce, dans le temps, c’est-à-dire, au-delà des alternances politiques.

C’est certainement ce point, et celui-là seulement, qui conditionne la possible adhésion des Européens à un tel modèle, ainsi que l’efficacité dissuasive vis-à-vis de la Russie et les autres menaces potentielles, sur les pays européens.

C’est pourtant, précisément, à cette seule condition, que Paris et Londres pourraient contenir l’ébranlement potentiel de l’ensemble du bloc européen, sous les coups de boutoirs de Moscou et Vladimir Poutine, d’un côté, de Washington et Donald Trump, de l’autre, même si les moyens de déstabilisation seront différents, et différemment employés, selon leur origine.

Conclusion

On le voit, si l’emploi du terme « Partage de la dissuasion », attribué à tort à Thierry Breton, est sûrement très maladroit, il n’en demeure pas moins vrai que le socle géostratégique qui permit à l’Europe d’émerger dans sa forme actuelle, la dissuasion américaine, est désormais très affaiblie par les déclarations de Donald Trump, quelle que soit la matérialité que le nouveau président leur donnera à l’avenir.

Thierry breton lci partage de la dissuasion
La citation attribuée par LCI à THierry Breton est inexacte. L’ancien commissaire européen a, en revanche, appelé à une extension de la dissuasion française (et britannique), sous controle nationale, pour se subsitituer à la possible defaillance de la dissuasion américaine en Europe.

Dans ce contexte, les dissuasions françaises et britanniques peuvent constituer une alternative crédible pour contenir l’érosion rapide du bloc européen, tout en contenant la menace russe immédiate sur le flanc oriental.

Alors que Vladimir Poutine a, une nouvelle fois, brandi la menace nucléaire contre l’Occident, et spécifiquement l’Europe, il y a quelques heures, il est probablement nécessaire, à présent, que Paris et Londres s’entendent très rapidement sur le sujet, avant d’y intégrer les alliés européens.

Programme FMAN/FMC : les successeurs de l’Exocet et du SCALP-EG arriveront peu après 2030

Depuis la fin de la guerre froide, le développement des systèmes d’armes a fortement ralenti, avec la baisse radicale du risque de conflit symétrique. Ce fut en particulier le cas pour les munitions embarquées à bord des navires de guerre.

Ainsi, aujourd’hui encore, les Exocet, Harpoon, SM-2 et autres Tomahawk, équipent la majorité des grandes unités de surface combattantes occidentales. Bien évidemment, ces munitions ont sensiblement évolué, depuis 1990. Ainsi, le MM40 Bloc3C, qui équipe les frégates FREMM et FDI de la Marine nationale, affiche des performances largement supérieures à celles des Exocet qui armaient massivement les navires et Super-Étendard français, lors de la guerre du Golfe.

Pour autant, si ces munitions ont évolué, elles ont atteint, à présent, un plafond de performances, qu’il est nécessaire de briser, pour répondre aux nouvelles capacités équivalentes russes et chinoises, et surtout, pour franchir les défenses antiaériennes et antimissiles de ces adversaires potentiels, le cas échéant.

Le programme Futur Missile Anti-Navire / Futur Missile de Croisière, FMAN/FMC pour l’acronyme français, et FC/ASW pour l’anglais, a été lancé par Paris et Londres à cet effet, dans le cadre des accords de Lancaster House de 2010.

Si nombre des projets qui devaient émerger de ces accords franco-britanniques, ont depuis été abandonnés, celui-ci ira très probablement à son terme, prévue au début de la prochaine décennie, pour doter les forces navales et aériennes françaises et britanniques, rejointes depuis peu par l’Italie, de capacités entièrement renouvelées dans ces domaines.

MBDA dévoile l’avancée du programme FMAN/FMC lors du salon Euronaval 2024

Après l’annonce très remarquée concernant le développement du missile antinavire à changement de milieu SM40, lui aussi prévu pour 2030, le missilier européen MBDA a également fait l’actualité, lors du salon Euronaval 2024, en donnant une série de détails, très attendus, quant au statut du programme FMAN/FMC.

SM40 Exocet MBDA
Illustration de MBDA présentant le SM40 Exocet

L’information la plus essentielle, dans ce domaine, est bel et bien le calendrier du programme, qui reste fixé pour une entrée en service prévue pour la fin de la décennie, ou, au plus tard, le début de la prochaine.

Ainsi, MBDA termine en ce moment même la phase de derisquage technologique, permettant de valider le développement de l’ensemble des composants de chacun d’eux, qui sera bientôt suivie par une phase de production préliminaire, ouvrant la porte à la longue et difficile phase d’essais, au terme de laquelle, les premiers exemplaires pourront être livrés aux armées des trois pays.

Comme anticipé, il y aura bien deux missiles. Toutefois, on connait, à présent, la logique de conception de chacun d’eux, avec un missile supersonique à visée principale antinavire, d’une part, et un missile de croisière furtif, de l’autre.

Le missile antinavire supersonique RJ10 pour remplacer les Exocet, Harpoon et NSM

Pour remplacer le célèbre Exocet français, ainsi que le Harpoon américain, et le NSM norvégien, MBDA développe un missile supersonique propulsé par statoréacteur, baptisé RJ10.

Jusqu’ici, les missiles antinavires lourds occidentaux s’appuyaient sur une configuration identique, dite seaskimming en anglais, un missile évoluant au raz des vagues, de 2 à 5 m, à une vitesse subsonique élevée, de l’ordre de Mach 0,9.

MM40 Exocet
Tir d’entrainement d’un missile MM40 Bloc3 par une frégate française

Cette trajectoire permet au missile de n’être détecté qu’à une faible distance, de l’ordre de 20 à 25 km par le navire cible ou son escorte, ce qui ne laisse qu’une minute, à une minute 15, pour tenter de s’en protéger, soit en l’interceptant, soit en le leurrant. En outre, le vol rasant s’avérait beaucoup plus compliqué à intercepter par les missiles antiaériens de génération antérieure, qui souffraient souvent de certaines faiblesses dans ce domaine.

L’arrivée de nouveaux radars, bien plus performants, de nouveaux missiles, beaucoup plus précis, et surtout, l’intégration numérique des navires, ont permis de considérablement renforcer les capacités d’autoprotection des navires modernes, face à ce type de menaces. En outre, les drones ont le potentiel d’étendre encore le préavis de détection contre ce type de missiles.

C’est la raison pour laquelle le successeur de l’Exocet sera un missile supersonique, doté d’un statoréacteur. À l’instar du missile de croisière nucléaire ASMPA-R qui équipe les Rafale de la dissuasion française, cette configuration permet au missile d’atteindre une vitesse de Mach 2.5 à Mach 3.5, limite d’efficacité d’un statoréacteur.

À cette vitesse, avec un missile qui évolue en trajectoire finale à une altitude de 25 mètres, les délais entre la détection et l’impact du missile sur la cible, passent sous la barre des 30 secondes, ce qui rend beaucoup plus complexe l’interception ou le leurrage de la menace.

Rafale B missile ASMPA
Le missile antinavire RJ10 utilisera un statoréacteur comme le missile stratégique aéroporté ASMPA.

Même en cas de détection aéroportée, avec un périmètre de surveillance de 100 km, il ne faudra au missile que 1 min 20 à Mach 3, pour atteindre la cible, ce qui s’avère un court préavis, surtout en cas d’attaque combinée.

Chose intéressante, MBDA précise, au sujet du RJ10, que le missile disposera non seulement de capacités antinavires, mais aussi de capacités anti-infrastructures et d’attaque de défense aérienne, ou SEAD.

Le missile de croisière furtif T15 pour remplacer les Tomahawk, MdCN et Scalp-EG/Storm Shadow

Si MBDA parie sur la vitesse pour le missile antinavire RJ10, le missilier reste fidèle à la configuration subsonique, à une trajectoire rasante complexe et à la furtivité, pour le remplaçant du missile de croisière SCALP-ER/Storm Shadow, baptisé T15.

Pour autant, le T15 sera beaucoup plus performant que le SCALP, disposant notamment d’une navigation autonome considérablement renforcée, même en environnement brouillé et sans signal de géolocalisation satellitaire. Il s’agit, en effet, d’une faiblesse exploitée par les forces russes en Ukraine contre le missile franco-britannique.

Surtout, il est très probable, bien que non formellement confirmé, que le nouveau missile de croisière disposera d’une portée largement accrue et d’une furtivité encore renforcée, tant sur le spectre électromagnétique qu’infrarouge. On peut également anticiper la présence d’un autodirecteur final aux performances décuplées, pour en accroitre la précision et les capacités de discernement.

missile scalp-eg Zelensky
très efficaces au début du conflit, les missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadow franco-britanniques semblent à présent beaucoup plus sensibles au brouillage russe et à la défense aérienne adverse.

Ceci lui permettra de suivre des trajectoires complexes pour attaquer ses cibles selon des vecteurs non anticipés par le défenseur, afin de prendre en défaut ses défenses antiaériennes. Il est également possible que le T15 s’avère plus modulaire que le SCALP, en termes d’autodirecteur comme de charge militaire, pour adapter la configuration du missile à la cible.

On notera, de manière intéressante, que le T15, comme le RJ10, seront déclinés, à priori, en version navale et aérolarguée, mais pas en version à changement de milieux. Dans ce domaine, les compétences acquises par la France, pour le SM40 et le MdCN, resteront réservées aux sous-marins français, et aux clients de son industrie sous-marine.

En revanche, bien qu’étant conçu pour la frappe vers la terre, le T15 disposera d’une capacité pour attaquer des navires à la mer, à l’instar du RJ10, qui pourra frapper vers la terre. La porosité entre ces deux familles de missiles de croisière, tend à s’accroitre de génération en génération.

Une nouvelle gamme de systèmes d’armes navales pour la flotte de surface de 2030

À l’instar de la flotte sous-marine, la flotte de surface s’apprête à connaitre un grand bouleversement opérationnel, avec des navires sensiblement plus performants, dotés de senseurs de nouvelle génération, et surtout de nouvelles munitions, venant transformer leur potentiel opérationnel.

En France, notamment, cette transformation a été en grande partie dévoilée ces derniers mois, au travers d’une succession d’annonces, dont les RJ10 et T15, ne représentent que la touche finale.

Aster 30 B1NT et Aster 15EC pour renforcer la défense aérienne et antibalistique

Ainsi, dans le domaine antiaérien et antibalistique, les navires français s’apprêtent à franchir un pas capacitaire considérablement, avec l’arrivée du missile Aster Block 1NT, capable d’intercepter des cibles aériennes dans un rayon de 150 km, et des cibles balistiques d’une portée inférieure à 1500 km, y compris ceux évoluant à vitesse hypersonique, tels les missiles balistiques antinavires DF-21 chinois ou le 3M22 Tzirkon russe.

Aster 30 B1NT p^premier tir d'essais 8 octobre 2024
Premier tir d’essai du missile Aster B1NT le 8 octobre 2024 à Biscarrosse/

Comme c’était attendu, et annoncé, l’arrivée de l’Aster Block 1NT représente donc la parade contre les missiles antinavires présentés comme hypersoniques, qui devaient rendre les porte-avions et grands navires amphibies obsolètes, car trop vulnérables, selon certains.

L’arrivée de ces missiles antibalistiques de nouvelle génération, d’une part, et les efforts considérables déployés par un nombre croissant de grandes marines mondiales (Chine, Inde, Turquie, Brésil…), pour se doter ou étendre leur flotte de porte-avions, permettra, on l’espère, de mettre fin à ces discours souvent biaisés par des compétitions budgétaires entre les armées.

L’arrivée du second missile Aster, l’Aster 15 EC, a été annoncé par MBDA, il y a quelques mois. Deux fois plus performant que l’Aster 15, il permettra d’accroitre sensiblement les capacités d’autoprotection des porte-avions français et italiens qui en sont dotés, ainsi que des frégates équipées uniquement de SYLVER 43.

RapidFire, LMP, NGDS…: des CIWS de nouvelle génération pour la protection rapprochée et antidrone

Comme évoqué dans un précédent article cette semaine, les industriels français ont présenté, ces dernières années, et plus spécialement lors du salon Euronaval 2024, plusieurs solutions de défense rapprochée des navires, ou CIWS (prononcer Ciwiss), pour répondre aux menaces des attaques de missiles et de drones potentiellement saturantes.

RapidFire batiment guerre des mines
Les futurs grands navires de guerre de mines de la Marine nationale, emporteront une tourelle RapidFire.

Le premier CIWS français, apparu en 2019 avec la tourelle RapidFire, construite autour du canon CT40 de 40 mm qui équipe, notamment, le nouveau EBRC Jaguar de l’Armée de terre. Développé par Thales et KNDS France, le RapidFire permet de poser une bulle d’interception d’un rayon de 4 km, contre les drones, missiles et aéronefs, alors que ses 200 munitions en magasin, garantissent l’interception de 30 cibles aériennes, ou plus, avant de devoir être rechargé.

Le RapidFire a déjà été commandé à 14 exemplaires par la Marine nationale, pour protéger les nouveaux Bâtiments Ravitailleurs de la Flotte, les Patrouilleurs hauturiers qui remplaceront les derniers A69, et les grands navires de guerre des mines, codéveloppé avec la Belgique et les Pays-Bas.

La montée des tensions navales, ainsi que l’expérience ukrainienne et en mer Rouge, ont convaincu les industriels français de s’investir pleinement dans le domaine des CIWS. Ainsi, après le très prometteur LMP de Naval Group, capable de mettre en œuvre jusqu’à 16 missiles Mistral 3, dévoilé par naval Group en octobre 2023, ont été présentés, lors de ce salon, le Simbad-RC4, à 4 mistral 3, par MBDA, et le nouveau et très ingénieux NGDS, de SAFRAN, permettant d’ajouter jusqu’à 8 missiles Mistral 3, par lance-leurre Dagaie, à bord des navires équipés de ce système.

Safran NGDS Mistral 3
Le très ingénieux NGDS de Safran, permettant d’ajouter x6 ou x8 missiles Mistral 3, aux lance-leurres Dagaie.

Enfin, KNDS France a présenté, lors de ce salon, les évolutions de son canon téléopéré Narwhal, qui équipe notamment les frégates FDI et FREMM de la Marine nationale, pour contrer la menace des drones, et ainsi, renforcer la résilience et la survivabilité des navires.

Railgun, HELMA-P : les nouveaux systèmes d’armes embarqueront bientôt à bord des navires français et européens

Au-delà de ces évolutions, parfois radicales, des systèmes d’armes existant des navires de combat de surface, présentées précédemment, certains systèmes entièrement nouveaux, vont prochainement apparaitre, à bord des navires français et Européens.

Il s’agit, d’abord, du canon électrique, ou railgun, un système d’artillerie navale qui remplace la poudre par un très puissant champ électromagnétique, pour propulser l’obus dans le tube d’un canon naval.

Ce faisant, le projectile peut atteindre une vitesse hypersonique en sortie de bouche, et ainsi atteindre des portées efficaces bien plus élevées que l’artillerie classique, jusqu’à 200 km pour une vitesse de sortie de bouche de Mach 8, et une flèche beaucoup plus réduite, dans le cas d’un tir antiaérien ou antimissile, tout en réduisant la durée du vol, pour une efficacité largement accrue dans ce domaine.

Rail gun marine nationale
Illustration du programme de Railgun naval franco-allemand.

Si les bases théoriques entourant le railgun sont connues de longue date, l’application pratique s’est toujours heurtée, jusqu’ici, à d’importantes contraintes thermiques et mécaniques, liées à l’immense quantité d’énergie libérée lors d’un tir.

Or, les dernières déclarations de la DGA, dans ce domaine, laisse supposer que la France et l’Allemagne, désormais rejointes par le Japon, seraient proches d’une solution applicable dans ce domaine, susceptible d’équiper les frégates et destroyers des 3 pays, d’un canon électrique d’une portée pouvant atteindre 200 km, et apportant une grande plus-value en matière de défense aérienne, antimissile et antidrone.

À l’autre bout du spectre des nouvelles armes, se situent les armes à énergie dirigée, et en particulier les lasers à haute énergie. Si le railgun peut d’avérer le système d’artillerie navale ultime, capable de propulser un obus à une vitesse hypersonique, les lasers à haute énergie, eux, ne propulsent que des photons structurés dans un rayon pouvant, à faible puissance, totalement aveugler les capteurs infrarouges ou vidéos de la cible, et à forte puissance, détruire la cible par la chaleur déployée sur celle-ci.

Helma-p CILAS Forbin
La frégate de défense aérienne Forbin de la Marine nationale lors des essais du système HELMA-P de CILAS. (situé sur la plateforme hélicoptère)

Déjà, à l’occasion du salon Euronaval 2024, le ministère des Armées a annoncé le déploiement du système HELMA-P du Français CILAS, à bord des frégates françaises, pour assurer la protection rapprochée contre les drones légers. Une version plus puissante, baptisée HELMA-XP, est en développement, pour étendre les capacités d’interception aux drones plus lourds, et aux menaces C-RAM (Roquettes, Artillerie et mortier).

Conclusion

On le voit, à l’instar de la flotte sous-marine, les flottes de surface combattante françaises et européennes, vont bientôt connaitre une profonde révolution capacitaire, liée à l’arrivée de nouveaux navires, dotés de nouveaux senseurs, ainsi que de nouvelles munitions, offrant des performances considérablement accrues, vis-à-vis de celles actuellement en service.

Pour autant, cela va-t-il radicalement changer la réalité du combat aéronaval et du rapport de force dans ce domaine ? C’est loin d’être évident. Certes, l’arrivée des drones, autonomes ou en essaims, comme celle des missiles balistiques antinavires, induit un changement sensible dans la typologie des menaces, et des moyens disponibles.

Toutefois, comme toujours, à l’évolution des menaces, correspond l’évolution des senseurs, de la furtivité et des systèmes défensifs, de sorte qu’au final, les données fondamentales qui régissent ce type de combat, demeurent étonnamment proches de ce qu’elles étaient, bien que plus riches en menaces comme en options.

Plus que jamais, dans ce contexte, la qualité du commandement, de l’entrainement et de la discipline de l’équipage, et la motivation et la combativité des hommes et femmes à bord d’un navire de combat, seront les paramètres les plus déterminants dans le combat naval du futur.

Le JAS 39 Gripen pourrait bientôt remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes

Une dépêche publiée par l’agence de presse Reuters, le 5 novembre, a provoqué un petit raz de marée au sein du petit univers de l’industrie aéronautique militaire occidentale. Selon elle, des sources proches du dossier, auraient confirmé la prochaine annonce par Gustavo Petro, le président colombien, d’une commande de chasseurs suédois JAS 39 Gripen auprès du constructeur Saab, pour remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes.

La rumeur, qui enflait déjà depuis quelques heures dans les milieux autorisés, a surpris un grand nombre de personnes, y compris les journalistes les plus proches de ce dossier, alors que le Gripen suédois avait été écarté, depuis plusieurs mois, par les forces armées colombiennes, qui semblaient, jusqu’ici, se concentrer sur un choix entre l’Eurofighter Typhoon, proposé par l’Espagne, et le Rafale français.

Depuis, d’autres éléments ont émergés dans ce dossier, qui sembleraient montrer une démarche autonome du président Petro, répondant à des objectifs de géopolitique régionaux, à un puissant lobbying suédois, mais aussi, à une profonde incompréhension, avec son homologue brésilien, Lula. À moins que l’explication de cette volte-face colombienne, s’explique de manière beaucoup plus simple ?

Le choix de l’acquisition du JAS 39 Gripen suédois pour les forces aériennes colombiennes, non confirmé par les autorités colombiennes

Pour l’heure, l’annonce du choix des Gripen par la Colombie, n’a pas été confirmé par les services de la présidence colombienne, et pas davantage par les forces aériennes colombiennes, celles-ci ayant indiqué qu’à leur connaissance, la compétition était toujours en cours.

Saab JAS 39 Gripen E/F
Le JAS 39 Gripen pourrait bientôt remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes 37

Jusqu’il y a peu, il semblait que le Rafale français avait la préférence de l’armée de l’air du pays, et que l’Eurofighter Typhoon européen avait été retenu comme alternative. En revanche, le F-16 et le JAS-39 Gripen, deux monomoteurs, paraissaient avoir été écartés.

Il est vrai que sur la trentaine de Kfir C10 israéliens acquis par Bogotá, seuls huit restaient en service ces derniers mois, en lien avec l’arrêt du contrat de maintenance avec IAI, en raison d’une brouille diplomatique entre Bogotá et Jérusalem.

Surtout, plus d’une dizaine de ces appareils monomoteurs ont été perdus suite à des accidents, sur les 20 dernières années. Dans ces conditions, et eu égard à la géographie spécifique du pays, on comprend que les FAC favorisent un appareil bimoteur.

De fait, pour la presse sud-américaine spécialisée, l’annonce d’un arbitrage possible de Bogotá en faveur du Gripen ou du Gripen E, selon les sources, a été une vraie surprise, et suscité une certaine réserve, quant à sa réelle matérialité.

Une décision du président Gustavo Petro, contre l’avis des forces aériennes colombiennes

Selon la presse spécialisée locale, la décision, en faveur du Gripen suédois, serait à l’initiative du président colombien Gustavo Petro. Après le faux départ de 2022, avec l’annonce anticipée d’une commande de Rafale par ce dernier, le chasseur français avait toujours la préférence des forces aériennes colombiennes.

Rafale armée de l'air Typhoon Royal Air Force
Le JAS 39 Gripen pourrait bientôt remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes 38

Toutefois, une fois l’aspect budgétaire réglé, il semblerait, selon le site aviacionline.com, que le dossier se soit à nouveau figé, sur fond de désaccords entre Paris et Bogotá, sur fond de position concernant la crise proche-orientale. Cette explication, évoquée par la presse sud-américaine, a cependant de quoi surprendre.

Elle impliquerait que la France serait parvenue à simultanément se brouiller avec Jérusalem et avec Bogotá, sur un sujet ne concernant que ces deux pays, et à propos de laquelle la France n’avait nullement à intervenir. Si elle venait à se confirmer, il s’agirait, là, d’un raté monumental de la diplomatie française, qui mériterait certainement d’être investigué, tant elle apparait absurde.

Au-delà de cette explication pour le moins surprenante, d’autres sources évoquent plutôt un lobbying très intense et très efficace de la part de Saab et de Stockholm, auprès du président Petro, et à l’intervention de l’ancien commandant des forces aériennes colombiennes, Jorge Ballesteros, ayant amené le président à effectuer une visite en Suède le 14 juin, ayant permis de fixer les bases de cette négociation.

Cette hypothèse semblerait bien plus crédible, notamment en observant la présence très visible de Sable et du Gripen, lors du salon Expodefensa de Bogota en 2023, marqué par l’absence du Rafale français, également remarquée. En outre, Saab avait toujours identifié le remplacement des Kfir Colombiens, comme un objectif majeur de sa stratégie commerciale.

Une mésentente entre le président Petro et le président brésilien Lula, à l’origine de cette annonce ?

La presse évoque également une autre explication, pour justifier la volte-face de Gustavo Petro, en faveur du Gripen suédois. Ainsi, selon cette hypothèse, le président colombien tente très activement de négocier un rapprochement économique et diplomatique entre son pays, et le Brésil. Le Président Lula se serait montré ouvert à une telle initiative, mais il aurait insisté sur le fait que les FAC s’équipent, comme les forces aériennes brésiliennes, de JAS 39 Gripen E/F.

JAs 39 gripen brésil
Le JAS 39 Gripen pourrait bientôt remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes 39

Là encore, cette hypothèse semble assez peu probable. D’abord, parce que l’intérêt du Brésil pour soutenir le Gripen est plus que limité, surtout dans le cas de la Colombie. En effet, Bogotá a besoin d’une livraison rapide de ses nouveaux chasseurs, avec au moins 4 à 6 nouveaux chasseurs, sur l’année 2025, avec le retrait précipité des derniers Kfir, ne disposant plus de l’assistance de IAI.

Suite aux nombreux retards qu’a connus la production locale de Gripen E/F au Brésil, il est donc très improbable qu’une production brésilienne des Gripen colombiens puisse être envisagée. Dès lors, en dehors d’une offre de maintenance des chasseurs colombiens, assez peu rémunératrices pour une flotte de 16 à 18 appareils seulement, on imagine mal le président Lula imposer une telle condition, à son homologue, pour un dossier au potentiel géopolitique beaucoup plus étendu.

Surtout, ces derniers mois, les informations concernant une possible future acquisition de Rafale par le Brésil, parfois pour remplacer ses F-5, parfois pour remplacer ses AMX, et parfois, pour armer son aéronavale, se succèdent et deviennent de plus en plus crédibles. En revanche, l’hypothèse d’une commande complémentaire de Gripen E/F pour les forces aériennes brésiliennes, semble plus éloignée que jamais. Dès lors, soit cette hypothèse n’est pas correcte, soit, le président Petro aurait mal interpréter les messages passés par le président Lula, à ce sujet.

Face aux exigences de délais pour le remplacement des Kfir colombiens, le Gripen est-il la seule alternative crédible ?

Pour autant, le Gripen demeure bel et bien une option crédible pour les forces aériennes colombiennes, peut-être même la seule envisageable, aujourd’hui. En effet, la chaine de production du Rafale est déjà largement pleine, avec un carnet de commande représentant sept années de production pleine, à trois appareils produits par mois, dont une majorité d’appareils destinés à l’exportation.

Kfir C10 Forces aériennes colombiennes
Le JAS 39 Gripen pourrait bientôt remplacer les Kfir C10 des forces aériennes colombiennes 40

L’Eurofighter, lui, a un carnet de commande deux fois moins important que celui du Rafale, ce qui représente, cependant, une production planifiée de 4 à 5 ans. Si l’essentiel de ces avions est destiné aux forces aériennes allemandes, italiennes et espagnoles, les possibilités de déplacer des livraisons vers ces clients, pour intégrer la commande colombienne, très urgente, s’oppose au risque de voir Berlin, Rome ou Madrid, se tourner vers le F-35A, pour répondre à l’urgence.

À l’inverse, la ligne de production suédoise du JAS 39 C/D/E/F, a une activité beaucoup plus souple, devant surtout remplacer les Gripen C/D de la Flygvapnet par la version E/F, Avec seulement huit appareils pour la Thaïlande et la Hongrie, alors que les Gripen brésiliens, sont à présent assemblés sur place.

Dans ce contexte, il est beaucoup plus facile, pour Saab et Stockholm, de décaler des livraisons à destination des forces aériennes suédoises, pour faire la place nécessaire pour la Colombie, que pour Dassault ou BAe.

De toutes les hypothèses, et en l’absence d’une solution de transition proposée par Paris ou Madrid, comme évoquée dans un précédent article, le poids de l’urgence, dans l’arbitrage du président Pétro, pour prendre le relais des Kfir C10 colombiens, est de loin la plus crédible, car elle expliquerait, à elle seule, la volte-face des autorités colombiennes dans ce dossier.

Conclusion

Pour autant, le fait d’avoir pu déterminer une explication crédible pour l’expliquer, n’en atteste pas la véracité. Il faudra donc attendre, patiemment, que les autorités colombiennes confirment, effectivement, la commande Gripen suédoise, pour en tirer l’ensemble des conclusions, notamment concernant l’échec du Rafale dans ce pays, alors qu’il avait, de loin, la grande préférence des forces aériennes colombiennes.

Reste qu’au-delà de la déception, potentielle, côté français, dans ce dossier, un succès export pour le Gripen suédois, qu’il s’agisse de la version E/F ou de la version C/D, moins onéreuse, constitue une excellente nouvelle, pour l’avenir des capacités aéronautiques militaires du pays, alors que l’Europe a besoin, plus que jamais, de toutes ses expertises, et de toutes ses capacités industrielles, dans la présente situation.

L’arrivée du J-35A donne à la Chine le contrôle du tempo technologique de l’aviation de combat mondiale

Depuis quelques jours, une rumeur circulait sur les réseaux sociaux chinois : le nouveau chasseur J-35 pourrait être présenté, pour la première fois, à l’occasion du salon aéronautique de Zhuhai, qui se tiendra à la mi-novembre.

De toute évidence, la rumeur était fondée, puisque l’Armée Populaire de Libération a confirmé la présence, sur le salon, de pas moins de 7 appareils, dont le chasseur furtif lourd J-20, le chasseur bombardier multirôle J-16 et le nouvel avion ravitailleur Y-20U. Tous trois feront des démonstrations en vol à cette occasion.

Pour autant, c’est bien l’annonce de la présence du tout nouveau chasseur furtif J-35A, en démonstration statique, à Zhuhai, qui constitue l’événement le plus marquant de cette édition 2024. Tout indique, en effet, que le J-35A est à présent très proche d’entrée en service au sein des forces aériennes de l’APL, alors que sa version navale, aurait récemment été testée à bord du nouveau porte-avions CV18 Fujian.

De ce fait, non seulement la Chine deviendrait le second pays à disposer de deux appareils de combat de 5ᵉ génération en service, mais elle démontrerait, à cette occasion, que son industrie aéronautique impose, à présent, un tempo technologique deux fois plus soutenu que celui appliqué par les pays occidentaux !

Le chasseur de 5ᵉ génération J-35A, la star du futur salon aéronautique de Zhuhai

Si la présentation officielle du nouveau chasseur furtif du chinois Shenyang, le J-35, était attendue de longue date, à l’occasion du salon aéronautique de Zhuhai, pour en apprendre davantage au sujet de ce nouvel appareil, ce sera le J-35A qui sera présent sur le tarmac de l’aéroport international qui accueille l’événement.

J-35 en vol
Une des photos les plus nettes du J-35 dans sa version navale.

Cette classification J-35A donne, à elle seule, de nombreuses indications, puisqu’il s’agirait, ici, non de la version navale, destinée à opérer à bord des porte-avions chinois, dont le développement a débuté il y a quatre ans maintenant, mais d’une version terrestre, destinée aux forces aériennes de l’APL, dont l’existence n’avait, jusqu’à présent, jamais été confirmée par les armées chinoises.

Partageant beaucoup avec la version navale, si l’on en croit les visuels diffusés concernant cet appareil, le J-35A est, lui aussi, dérivé du démonstrateur FC-31, un chasseur furtif moyen bimoteur conçu sous forme de démonstrateur à la fin des années 2000, par Shenyang, initialement, à destination du marché international.

Si le FC-31 Gyrfalcon (Gerfaut en français) a effectué son premier vol en 2012, le programme a rapidement montré certains défauts de conception, notamment en termes de furtivité, obligeant l’avionneur chinois à profondément revoir sa copie. Une seconde version du démonstrateur fit ses débuts sur la scène internationale à l’occasion du salon aéronautique de Zhuhai de 2015.

Pour autant, l’appareil ne semblait pas susciter l’enthousiasme, ni sur la scène internationale, ni au sein de l’APL, qui était alors entièrement focalisée sur le nouveau chasseur lourd furtif J-20 développé par Chengdu, et sur l’entrée en service d’une série d’appareils modernes, mais de génération précédente, avec le J-10C, le J-11B, le J-15 et le J-16.

Il fallut attendre 2020, et l’arbitrage de la Marine chinoise en faveur de cet appareil, plutôt que de la version navalisée du J-20, pour relancer la dynamique autour de ce programme qui fut rebaptisé par la presse « J-35 », en référence à sa ressemblance superficielle avec le F-35 américain.

J-35 essais
Un des premiers clichés montrant le prototype du J-35 en version navale. Vous remarquerez que l’immatriculation est la meme que la photo précédente (350003 vs 3503)

Si le développement de la version navale du J-35 a été suivi au travers de la publication de certains clichés diffusés par des spotters chinois sur les réseaux sociaux du pays, l’hypothèse d’une version terrestre est, en revanche, beaucoup plus récente, et ce n’est qu’à la mi-2023 qu’est apparu un premier cliché de ce qui pouvait être une nouvelle version du J-35, dépourvue, notamment, de l’indispensable crosse d’appontage pour rejoindre le pont d’un porte-avions.

Les autorités militaires et industrielles chinoises, quant à elles, sont restées très discrètes, au sujet du développement du J-35 naval, et encore davantage concernant la version terrestre.

La présentation officielle de ce dernier, baptisé à présent très officiellement J-35A, à l’occasion du salon Zhuhai 2024, constitue donc un événement, puisqu’elle confirme l’existence de la version terrestre de l’appareil, mais aussi, son arrivée prochaine au sein des forces aériennes chinoises.

En effet, les appareils chinois destinés à l’export uniquement, sont référencés JF-XX, comme le JF-17 sino-pakistanais, et comme l’était, longtemps, le JF-31. La désignation normée J-XX, quant à elle, ne concerne que les chasseurs en service au sein des forces aériennes et aéronavales chinoises, même si ceux-ci peuvent également être exportés. Ils prennent, dans ce cas, la désignation J-XXE, comme les J-10CE vendus par Pékin au Pakistan.

Le J-35A, un concurrent direct du F-35A américain, dans les airs et sur la scène internationale

Pour l’heure, le J-35, dans sa version navale ou le J-35A basé à terre, sont assez mal connus des experts occidentaux. Peut-être le salon de Zhuhai, permettra-t-il de lever le voile sur nombre de ses aspects ?

FC-31 Zhuhai 2021
Demonstrateur FC-31 Gyrfalcon au salon de Zhuhai 2021

Son démonstrateur, le FC-31, est un chasseur moyen de 16,8 m de long pour 11,5 m d’envergure, propulsé par deux turboréacteurs WS-13, développant chacun 5,8 tonnes de poussée à sec et 8,9 tonnes avec postcombustion. Il aurait une masse maximale au décollage de 28 tonnes, comme le F/A-18 E/F Super Hornet, mais moins que le F-35A (29,9 t) ou le F-35C (31,75 t) et une capacité d’emport de carburant interne de plus de neuf tonnes.

Le chasseur dispose d’une soute interne pouvant accueillir deux tonnes d’armement, ainsi que de 6 points d’emport externes, pour un total de huit tonnes d’armement et d’équipements.

En termes de performances, le FC-31 annonçait une vitesse maximale de Mach 1.8 à haute altitude, un plafond de 16.000 mètres et une autonomie de combat de 1200 km, soit sensiblement les mêmes que le F-35A ou que le Rafale français.

La configuration de ses systèmes est encore très spéculative, mais il ne fait aucun doute qu’il disposera d’un puissant radar à antenne AESA, d’un système de visé électro-optique (EOTS), d’un système d’autoprotection électromagnétique et infrarouge, et d’une avionique moderne, le tout, mis en œuvre par une fusion de données efficace.

F-35A
F-35A de l’US Air Force. Si le F-35 et le J-35 se ressemblent de prime abord, il s’agit, en fait, d’appareils très différents.

Enfin, l’appareil répond aux standards perceptibles de la furtivité sectorielle, même s’il est certainement très difficile d’évaluer précisément l’efficacité de celle-ci, sur la base d’informations aussi réduites, d’autant que la Chine, l’APL et ses constructeurs aéronautiques, sont très peu prolixes à ce sujet.

Si, d’aspect extérieur, le J-35A ressemble effectivement au F-35A américain, les deux appareils sont pourtant très différents, notamment par la configuration bimoteur du modèle chinois, une plus-value certaine dans un environnement opérationnel. Pour autant, tout indique que le J-35A, et sa version navale (J-35C ?), seront des avions de combat performants, qu’il conviendra de ne surtout pas sous-estimer, en particulier du côté américain.

Le tempo technologique et générationnel chinois se confirme pour l’aviation de combat

De fait, la simple présence du J-35A, pour l’édition 2024 du salon aéronautique de Zhuhai, constitue incontestablement un événement en soi. Pour autant, ce n’est pas l’appareil mais ce qu’il confirme au sujet de l’industrie aéronautique militaire chinoise, qu’il convient d’observer attentivement, en particulier en occident.

En effet, l’arrivée du J-35A, un chasseur moyen de nouvelle génération, en 2024/2025, au sein des forces aériennes de l’APL, confirme l’existence d’un modèle industriel, concernant les constructeurs aéronautiques militaires chinois, d’un modèle de renouvellement à échéance raccourcie, et d’un tempo industriel et technologique, beaucoup plus soutenu en Chine, qu’il ne l’est du côté occidental, alors que, de toute évidence, l’industrie aéronautique chinoise fait désormais jeu égal du point de vue technologique, avec l’Europe, la Russie et les États-Unis.

Après le J-20, le futur chasseur lourd de supériorité aérienne chinois devrait arriver en 2040.

La flotte de chasse chinoise se compose, aujourd’hui, de quatre grandes familles d’appareils : un chasseur de supériorité aérienne, un chasseur moyen polyvalent, un chasseur bombardier terrestre et une flotte navale embarquée, en cours de structuration.

J-20 APL Air Force
Les forces aériennes chinoises augmentent rapidement leur flotte de J-20 depuis 3 ans.

En matière de supériorité aérienne, celle-ci se compose, actuellement, d’un petit nombre d’intercepteurs J-8, dérivés du MIG-21F soviétique, entrés en service en 1980, et en cours de retrait ; du chasseur lourd J-11, dérivé du Su-27, entré en service en 1998 et plusieurs fois modernisé ; et du chasseur de 5ᵉ génération J-20, entré en service en 2017.

Cette succession d’appareils fait apparaitre un cycle générationnel de 20 ans, le J-8 étant un appareil typique de la 3ᵉ génération, celle du MIG-21, du Mirage III et du F-4 Phantom 2, le J-11 étant à mi-chemin entre cette 3ᵉ génération et les chasseurs de 4ᵉ génération, comme le Mirage 2000 et le F-15 Eagle, et le J-20 étant le premier chasseur de 5ᵉ génération non américain à entrer en service, en 2017.

Elle montre aussi que l’industrie chinoise est parvenue, en passant de la 4ᵉ à la 5ᵉ génération, à prendre son indépendance vis-à-vis de l’industrie aéronautique russe, émancipation qui est devenue totale avec l’entrée en service des nouveaux turboréacteurs chinois WS-10 et WS-13, même si des questions subsistent sur la fiabilité et la durée de vie de ces moteurs.

Par projection, on peut donc anticiper que le successeur du J-20 sera un appareil de 6ᵉ génération, et qu’il entrera en service entre 2040 et 2045, soit concomitamment au SCAF franco-allemand, si ce dernier arrive à son terme.

Le J-35A, successeur probable du J-10, sera remplacé dès 2045

On trouve ce même modèle pour les chasseurs moyens chinois. Ainsi, le J-35A, un chasseur de 5ᵉ génération qui arrivera donc, en toute hypothèse, en 2025, prendra très probablement le relais du J-10, de 4ᵉ génération, entré en service en 2005, et qui n’est autre que le premier chasseur de conception entièrement chinoise, non inspiré d’un modèle russe.

J-10C PL10 PL15
avec plus de 600 appareils en service, le chasseur monomoteur J-10 représente la colonne vertebrale de l’APL.

Le J-10 avait, auparavant, succédé au J-7, un chasseur monomoteur léger dérivé du MIG-21 soviétique. L’appareil chinois, typique de la 3ᵉ génération, est entré en service en 1975, et a longtemps représenté la colonne vertébrale des forces aériennes chinoises, comme l’est aujourd’hui le J-10 qui, avec presque 600 exemplaires en service, et le chasseur de combat le plus représenté dans les armées chinoises.

On retrouve, ici aussi, le cycle générationnel de 20 ans pour cette composante clé de l’APL. On peut dès lors anticiper que le J-35A est destiné à devenir la colonne vertébrale des forces aériennes chinoises, d’ici à 2030, et que le successeur du J-35A, un chasseur moyen polyvalent de 6ᵉ génération, arrivera autour de 2045.

Le successeur du chasseur bombardier J-16 sera le prochain avion de combat de 6ᵉ génération chinois, d’ici à 2033.

À l’instar de la Russie, la Chine conserve une puissante capacité de chasseurs bombardiers, au sein des forces aériennes. Celle-ci est composée, aujourd’hui, par 200 JH-7, dont 120 exemplaires arment la capacité antinavire basée à terre de la Marine chinoise. Contrairement au Su-24 russe, rien n’indique que le JH-7 participe à la composante aérienne de la dissuasion chinoise.

Entré en service en 1992, le JH-7 demeure un appareil de 3ᵉ génération, même s’il est, en certains aspects, en partie dans la 4ᵉ génération, en termes d’électronique embarquée. Son successeur, au sein des forces aériennes chinoises, est le chasseur bombardier J-16, un appareil de 4ᵉ génération +, entré en service en 2013, et dérivé du Su-30MKK, acquis auprès de la Russie par Pékin.

J-16 APL
Le J-16 est dérivé du Su-30MKK conçu par la Russie.

On constate, une fois encore, un cycle de 20 ans et d’une génération, entre le JH-7 et le J-16, ce qui laisse supposer que le successeur du J-16, arrivera autour de 2033, et qu’il sera le premier appareil de 6ᵉ génération chinois, ou une évolution aboutie des capacités de 5ᵉ génération.

L’avenir du successeur du chasseur lourd embarqué J-15 entre deux options

La dernière composante de l’aviation de combat chinoise concerne la chasse embarquée. Contrairement aux précédentes, celle-ci ne dispose de l’antériorité suffisante, pour faire émerger un modèle cyclique.

Aujourd’hui, la chasse embarquée chinoise s’articule autour du chasseur lourd J-15, un appareil issu de la rétro-ingénierie d’un Su-33 acquis auprès de l’Ukraine, concomitamment à l’achat du porte-avions Riga, qui deviendra, par la suite, le CV16 Liaoning, le premier porte-avions chinois entré en service en 2017.

Le développement du J-15 et du chasseur bombardier J-16, tous deux construits par l’avionneur Shenyang, ont été menés concomitamment, les deux appareils appartenant à la famille des Flanker. D’ailleurs, le J-15 est entré en service en 2012, un an seulement avant le J-16.

J-35 naval montage
Montage photographique d’un J-35 sur le pont du FUhian. Si vous regardez bien il s’agit de la meme image que la première photo du J-35 naval publiée sur les RSD chinois (3eme photo de l’article)

Outre le J-15, les porte-avions chinois devraient recevoir, très bientôt, la version navale du J-35, qui devrait entrer en service concomitamment à celle du CV18 Fujian, le porte-avions ayant été doté de catapultes pour mettre en œuvre le nouvel appareil, ainsi que l’avion radar KJ-600.

Toute la question, à présent, est de savoir si la Chine continuera de conserver le développement synchrone du successeur du J-15 et J-16, qui devrait entrer en service, logiquement, autour de 2033, ou si la Marine chinoise suivra, comme l’US Navy, une trajectoire autonome dans ce domaine.

Avec un cycle générationnel de 20 ans pour ses avions de combat, la Chine va deux fois plus vite que l’Occident.

Quoi qu’il en soit, si le cas de l’aviation navale n’est pas déterminant, il apparaît, assez clairement, que l’industrie aéronautique chinoise respecte, pour son aviation de chasse, un cycle de renouvellement des matériels d’une vingtaine d’années, mais aussi un cycle générationnel d’une durée identique.

Or, en occident, le cycle est sensiblement plus long. Ainsi, 35 ans se seront écoulés entre l’entrée en service de L’Eurofighter Typhoon, et celle du Tempest du programme GCAP britannique, et 40 années sépareront l’entrée en service du Rafale et du NGF du programme SCAF, à supposer que ces deux programmes arrivent à leur terme, et respectent les délais annoncés.

GCAP Tempest Royal Air Force Farnborough 2024
Poour rester dans la course générationnelle, Français et britnanniques ont été obligé de faire l’impasse sur la 5ème génération des avions de combat, pour developper directement deux chasseurs de 6eme génération, dans le cadre des programmes SCAF et GCAP. Ici, le Tempest de la Royal Air Force.

Pour rester dans la course, les deux programmes européens ont d’ailleurs dû faire l’impasse sur la 5ᵉ génération des avions de combat, ouvrant un boulevard commercial au F-35A américain, pour tenter de developper, dans le tempo, directement des programmes de 6ᵉ génération, pour 2035/2040, concomitamment à la Chine et aux États-Unis.

Aux États-Unis, 35 ans ont également séparé l’entrée en service du F-15 et celle du F-22, et autant entre le F-16 et le F-35A. Et si le NGAD visait, initialement, une entrée en service en 2030, 25 ans après le F-22, il semble peu probable que ce calendrier sera respecté à présent par l’US Air Force. Il en va de même pour le F/A-XX de l’US Navy, qui n’entrera pas en service avant 2040, soit 30 ans après l’arrivée du Super Hornet.

Quant à la Russie, elle paraît destinée à être rapidement hors course, son Su-57 n’étant entré en service que 43 ans après celle du Su-27, et le pays étant, de toute évidence, incapable de suivre le tempo actuel dans ce domaine, technologiquement comme budgétairement.

Conclusion

Dans tous les cas, avec un cycle générationnel fixé à vingt ans par Pékin, la Chine va, à présent, imposer le Tempo technologique dans le domaine des avions de combat. Ce constat exige donc des avionneurs, ainsi que des nations aéronautiques, qui ambitionnent de demeurer sur ce marché, pour les vingt années à venir, de profondément transformer leurs propres cycles et paradigmes opérationnels.

Faute de quoi, la Chine et l’APL prendront rapidement une avance sensible dans ce domaine hautement stratégique, tant pour ce qui l’action militaire, donc de la dissuasion, ainsi que le poids diplomatique conféré par l’exportation d’avions de combat sur la scène internationale.

Mise à jour du 8 décembre 2024 : Depuis la rédaction de cet article, antérieur au début du salon de Zhuhai, il est apparu que le J-35A a bien été présenté lors de ce salon, y compris en vol. Les Forces Aériennes de l’Armée Populaire de Libération ont évoqué l’entrée en service très prochaine de l’appareil.

Falcon 10X vs A321 MPA : quelle est la meilleure solution pour la patrouille maritime française ?

Mal connue du grand public, la patrouille maritime est pourtant une des composantes les plus essentielles et les plus polyvalentes des forces aériennes et aéronavales françaises. À la foi chasseur de sous-marins, protecteur de la flotte française, gendarme des flottes commerciales et de pêches, et parfois, espion du ciel au profit des forces terrestres, les Atlantique 2, de la Marine nationale, ont été de tous les engagements français depuis 1990, y compris pour la mission de dissuasion.

Après l’échec du programme franco-allemand MAWS, la France a lancé, en début d’année 2023, une compétition pour remplacer ses propres Atlantique 2, à l’horizon 2035, des appareils qui auront, alors, tous dépassés les 40 années de bons et loyaux services.

Deux avionneurs se sont engagés dans cette compétition, Airbus DS avec la version Patmar du nouvel A321, baptisé A321 MPA, et Dassault Aviation, avec son nouvel avion d’affaires long courrier, le Falcon 10X. Alors que les deux avionneurs doivent prochainement rendre leurs propositions à la DGA, et que l’arbitrage de Paris se rapproche, quels sont les arguments comparés de chaque appareil, et existe-t-il une offre qui s’avèrerait plus séduisante que l’autre ?

Remplacer les Atlantique 2 de la Marine nationale, à partir de 2035

Entrés en service à la fin des années 80, l’Atlantique 2 a été conçu et fabriqué par Dassault Aviation, sur la base de l’expérience acquise sur le programme européen Atlantic, développé par Bréguet, qui fut racheté par Avions Marcel Dassault au début des années 70.

Atlantique 2 patrouille maritime Marine nationale
Aujourd’huui encore, l’ATL 2 demeure un des meilleurs appareils de lutte anti-sous-marine en service, malgré ses 30 années de service.

L’appareil de 31,7 mètres de long, pour 37,5 mètres d’envergure, et une masse à vide de 25 tonnes, n’a pas connu le succès escompté sur la scène internationale, en dépit de performances remarquables, de capacités qui l’étaient tout autant, notamment au début des années 90, et d’une fiabilité hors norme.

Alors que la modernisation de 18 des 22 Atlantique 2 arrive à son terme, l’appareil ayant notamment reçu le nouveau radar Searchmaster à antenne Aesa, très supérieur à l’Iguane initial, une nouvelle boule optronique Wescam MX-20D, et le remplacement des consoles et des systèmes, il est cependant nécessaire, à présent, de préparer leur remplacement, à horizon 2035, les cellules ayant, alors, dépassé l’age canonique de 40 ans, et même 45 ans pour certaines.

Initialement, la France et l’Allemagne devaient conjointement developper cet appareil, en l’occurrence pour remplacer les ATL 2 français et les P-3 allemands. Toutefois, en 2021, Berlin annonça la commande de 5 P-8 Poseidon de l’américain Boeing, face aux problèmes de performances et de fiabilité que rencontrait alors sa flotte d’Orion. À la suite du Zeitenwende, trois appareils du même type furent commandés par Berlin.

Bien que n’ayant pas officiellement validé son retrait du programme MAWS, il devint rapidement évident, pour Paris, que l’avenir du remplacement des Atlantique 2, ne résidait pas dans un programme franco-allemand. En février 2023, la DGA lança alors une consultation à cet effet, et deux avionneurs ont été consultés.

D’abord, Airbus DS, qui proposait alors l’A320 Neo en version MPA (Maritime Patrol Aviation), pressenti comme favori de feu le programme MAWS, et Dassault Aviation, qui proposait, depuis 2021, son nouveau Falcon 10X, pour cette même compétition. Tous deux ont transmis leurs offres à la DGA, à présent, alors que l’échéance de la décision se rapproche à grands pas, dans ce dossier.

L’A321 MPA d’Airbus, une réponse directe au P8 Poseidon de Boeing

Airbus Defense and Space proposait, dans le cadre du programme MAWS, une version Patmar de son A320 Neo. Toutefois, pour la France, l’avionneur européen a changé son fusil d’épaule, pour parier sur l’A321, qui rencontre un succès fulgurant ces dernières années, avec presque 3000 exemplaires livrés et 7000 appareils commandés.

Airbus A321 MPA Euronaval
A321 MPA présenté par AIRBUS Defense and Space, au salon Euronaval 2024

Long de 45 mètres pour une envergure de 37 mètres, l’A321 est un biréacteur long courrier capable de transporter ses passagers sur plus de 8000 km. Son prix, à peine supérieur à 100 m$, et son affiliation à la famille des A320, ont amené les compagnies aériennes mondiales à le plébisciter, devenant aujourd’hui le fer de lance des livraisons d’Airbus.

La version MPA de l’A321 proposée par Airbus DS à la France, reprend les paradigmes ayant donné naissance au P8 Poseidon de Boeing, qui rencontre un franc succès sur la scène internationale. Ainsi, l’appareil, dérivé d’un modèle civil, à des couts de développement réduits, et peut s’appuyer sur le dynamisme de l’aviation civile, pour en garantir l’évolutivité générale et la maintenance.

En outre, comme le P8, l’A321 MPA se concentre sur une mission de patrouille maritime s’effectuant à moyenne altitude, et plus au raz des vagues comme précédemment, privilégiant les systèmes déportés (bouées acoustiques, drones…), pour évoluer dans les couches basses, plus gourmandes en carburant, plus exposées à la corrosion et aux systèmes d’autodéfense antiaériens des navires et sous-marins.

Pour cela, au-delà des systèmes de détection de l’appareil, développés par Thales, l’A321 MPA s’appuie sur une vaste soute à munitions, capable, selon l’avionneur, d’accueillir tous les systèmes existants ou en cours de développement dans ce domaine.

A330 MRTT Pays bas
L’A330 MRTT est incontestablement une reussite, tant opérationelle que commerciale

Airbus DS met largement en avant, dans son discours, l’expérience acquise récemment avec les versions de surveillance maritime du C295, et en matière de transformation mission de ses appareils, comme l’atteste l’excellent avion ravitailleur A330 MRTT, plébiscité par un grand nombre de forces aériennes.

Enfin, l’avionneur européen insiste sur certains éléments différenciant vis-à-vis du Falcon 10X de Dassault aviation, notamment une cellule plus imposante, et une plus grande capacité énergétique et de refroidissement, pour accueillir, à l’avenir, les futurs systèmes qui feront leur apparition.

Le Falcon 10X de Dassault Aviation, l’héritier de 50 années de Patmar et de Surmar

Face à l’A321 MPA, se positionne un appareil presque radicalement différent, la version patrouille maritime du Falcon 10X de Dassault Aviation. À l’instar des Guardian, et des futurs Albatros de la Marine nationale, il s’agira, ici, pour l’avionneur français, d’adapter son nouveau jet d’affaires long courrier à la mission de patrouille maritime.

Il faut dire que, de qualités, le Falcon 10X ne manque pas. Long de 33,4 mètres, pour une envergure de 33,6 mètres, l’appareil dispose d’une surface alaire très proche de celle de l’A321 MPA, pour une masse à vide deux fois moins élevée, de seulement 25 tonnes.

Il en va de même de ses deux turboréacteurs Rolls-Royce Pearl 10X, délivrant chacun 8,2 tonnes de poussée, contre 14,8 tonnes pour le LEAP-1A de l’A321, soit un rapport poussée/poids de 0,65 à vide pour le Falcon 10X, contre 0,61 pour l’A321.

Falcon 10X
Le Falcon 10X de Dassault, a des qualités aéronautiques remarquables.

Ces caractéristiques permettent au Falcon 10X d’afficher des performances très élevées, avec une distance franchissable de 14000 km, permettant à l’appareil d’effectuer une patrouille de 5 heures à 3500 km de son point de départ, contre 2 heures pour l’A321 MPA.

La tranche tactique, elle, sera comparable à celle de l’Atlantique 2, avec 19 postes, et autant de consoles. Quant à la configuration des senseurs et des systèmes de bord, elle demeure encore inconnue à ce jour.

La cellule du Falcon 10X est cependant plus étroite et courte que celle de l’avion européen, et sa garde au sol apparaît, selon plusieurs spécialistes, trop limitée pour imaginer lui ajouter d’une vaste soute à munition, sur l’avion français. En revanche, il est probable qu’une soute intérieure, équipée de bouées acoustiques, de torpilles légères Mu90 et de chaines SAR, sera intégrée à l’appareil.

Les éventuels missiles antinavires, eux, devront certainement être emportés sous voilure., en particulier pour les plus imposants d’entre eux, comme l’AM39 Exocet, ou le futur FMAN, ce qui engendre des traînés et augmente la consommation de carburant de l’appareil. Cependant, cette configuration est en général rarement utilisée pour l’aviation de patrouille maritime, les vols sur un ATL 2 équipé d’un AM39 en soute, d’un pilote de patrouille maritime, pouvant, la plupart du temps, se compter sur les doigts d’une seule main, au cours de sa carrière.

Pour l’heure, dans ce domaine, on ne peut que spéculer, Dassault n’ayant pas divulgué de détails concernant la configuration de son offre, comme c’est souvent le cas pour l’avionneur français.

Commercialement, budgétairement et du point de vue opérationnel, l’avantage devrait aller au Falcon 10X

Bien évidemment, en l’absence de nombreuses informations non communiquées, par Airbus DS, mais surtout par Dassault Aviation, il s’avère difficile de prédire le résultat de cette compétition. Pour autant, sur les éléments disponibles, il apparaitrait que l’appareil de Dassault Aviation, serait sensiblement plus attractif que celui d’Airbus.

Falcon 2000 Albatros
Le Falcon 2000 Albatros de la Marine nationale, va prendre en charge les missions de Surveillance maritime, ou SURMAR

Il est très probable, ainsi, que l’A321 MPA disposera d’un potentiel d’évolution sensiblement supérieur à celui de son adversaire, ne serait-ce que par l’espace disponible à bord des appareils. Pour autant, du point de vue opérationnel, le Falcon 10X sera le digne héritier des Falcon 10M, Falcon 50M, Falcon 200M et du futur Falcon 2000 Albatros, des appareils qui ont démontré, au fil des années, des qualités incomparables en termes de performances, de robustesse et de fiabilité, aux mains des pilotes de la Marine nationale.

Ces appareils sont notamment aussi à l’aise à moyenne et haute altitude, qu’à 100 pieds mer, et conservent en permanence une réserve de poussée largement suffisante pour se sortir d’un mauvais pas, même en ayant perdu un moteur. Pour peu que le Falcon 10X s’appuie sur les mêmes qualités aéronautiques et mécaniques que ses prédécesseurs, il ne fait aucun doute que ces appareils seront très efficaces dans l’ensemble du domaine de vol, conférant à leur équipage toutes les options disponibles, en cas de situation dégradée.

Les prix n’ont pas été dévoilés ni par Dassault, ni par Airbus DS. Toutefois, le prix unitaire du Falcon 10X et 75 m$, s’avère 25 % moins élevé que celui de l’A321, de 100 m$, même si ce dernier peut s’appuyer sur une chaine industrielle largement plus étendue.

Il peut également sembler, de prime abord, rassurant de se tourner vers un appareil dont plus de 7000 exemplaires ont été vendus dans le monde, alors que le Falcon 10X, lui, débute à peine sa commercialisation. Cependant, il convient de garder à l’esprit qu’Airbus construit, avant tout, des avions de ligne, et que l’avionneur adapte son offre et son dispositif industriel, à l’évolution du marché des avions de ligne.

Or, celui-ci évolue sur des cycles beaucoup plus courts que celui des avions militaires, ou de l’aviation d’affaires, de sorte qu’au-delà d’un certain seuil, le risque s’inverse dans ce domaine, vis-à-vis d’un avionneur comme Dassault Aviation, qui produit et entretient ses appareils sur un mode plus artisanal, que les grandes compagnies aériennes.

Falcon 200 Guardian
Les Falcon 200M Gardian de la Marine nationale ont démontré une efficacité et une fiabilité dans faille dans la durée.

Du point de vue commercial, et plus particulièrement du potentiel export, la France aurait plutôt intérêt à appuyer le Falcon 10X. En effet, comme évoqué plus haut, l’A321 MPA s’appuie sur les mêmes paradigmes que ceux développés par le P8 Poseidon, qui s’est déjà largement imposé auprès d’un grand nombre de forces aériennes.

De fait, le marché potentiel export adressable restant, n’ira probablement pas se porter sur un appareil similaire, en prix, en performances, et en empreinte logistique, au P8, largement plus répandu. Parier, dans ce domaine, sur un appareil plus compact, plus économique et à la maintenance plus allégée, qui plus est, pouvant s’appuyer sur l’excellente réputation des Falcon de Dassault Aviation dans les armées mondiales, serait sûrement un choix judicieux, dans l’espoir de trouver, à l’avenir, des clients exports pour l’appareil.

En outre, le succès civil de l’A321 est déjà largement garanti, et le choix d’une version MPA, par la Marine nationale, n’influencera en rien celui-ci. Au contraire, une flotte de 15 ou 20 Falcon 10X, mise en œuvre par la Marine nationale, peut représenter un enjeu de crédibilité significatif pour les futurs acquéreurs potentiels de la version d’affaires de l’appareil de Dassault Aviation.

Ce point est d’autant plus important que la plus-value réalisée en France, concernant le Falcon 10X, qu’il soit en version patrouille maritime ou jet d’affaires, est sans aucun doute très supérieure à celle qui sera réalisée par l’A321 MPA. Rappelons que si l’appareil d’Airbus est assemblé en France, une grande partie de ses éléments sont réalisés en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne, comme pour l’ensemble des A321.

Dès lors, si l’on peut estimer à 80 à 85 % la plus-value réalisée en France, sur un Falcon 10X, celle-ci ne dépassera certainement pas 50 à 60 %, concernant l’A321, en prenant pour hypothèse un moteur LEAP franco-américain. Or, cette plus-value détermine directement le retour social, soit le nombre d’emplois directs et induis créés par l’investissement d’État, et le retour budgétaire, la somme des recettes fiscales et sociales générées par cet investissement, de chaque option.

Ligne d'assemblage des  Falcon par Dassault Aviation
Ligne d’assemblage des Falcon de Dassault

Ainsi, il est probable qu’en cumulant les prix moins élevés du Falcon 10X, et le retour budgétaire et social supérieur de l’avion de Dassault, les couts résiduels du programme, pour les finances publiques, seront deux fois plus faibles, concernant l’appareil français, face à l’appareil européen. Bien évidemment, si Berlin et Londres s’étaient, eux aussi, tournés vers l’A321 MPA, les choses auraient assurément été plus équilibrées. Mais la Luftwaffe et la Royal Navy ayant fait le choix du P8 américain, il n’y a aucune raison budgétaire pour se tourner vers l’avion européen.

Conclusion

On le voit, si les deux appareils proposés par Dassault Aviation et Airbus DS, ont des qualités propres, et des arguments à faire valoir, il apparait, objectivement, que l’offre de l’avionneur français, pour remplacer les Atlantique 2 de la Marine nationale, s’avère sensiblement plus séduisante que celle de son homologue européen.

Il est incontestablement regrettable, sur un sujet aussi spécifique, marqué par des besoins très similaires en matière de capacités opérationnelles entre les patrouilles maritimes des différents pays européens, qu’aucun accord n’ait pu être trouvé dans ce domaine, pour concevoir le digne héritier de l’Atlantic, codéveloppé, dans les années 60, par la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie.

On peut se demander, dans ces conditions, comment il est possible d’espérer que des coopérations efficaces puissent subsister, entre pays européens, concernant des domaines bien plus sujets à variation et appréciation, comme c’est le cas des avions de combat, ou des chars de bataille ?

Quoi qu’il en soit, concernant le remplacement des Atlantique 2 de la Marine nationale, le Falcon 10X de Dassault Aviation doit être considéré comme le favori. A ce sujet, l’enthousiasme modéré d’Alexis Latty, directeur grand compte chez Airbus DS, au micro de Naval News, lors du salon Euronaval 2024, laisse penser que l’avionneur européen ne surestime pas ses chances dans ce dossier.

Avec le SM40 Exocet, les sous-marins français disposeront d’une panoplie complète de munitions de nouvelle génération

L’une des grandes annonces du salon Euronaval 2024, aura certainement été faite par MBDA, le missilier européen, au sujet du développement du missile antinavire à changement de milieu SM40 Exocet.

Avec le retour des tensions internationales, et l’arrivée de nouvelles menaces, comme les drones et les missiles balistiques antinavires, les sous-marins sont redevenus, ces dernières années, un enjeu majeur pour les marines mondiales, comme le montre la multiplication des compétitions et consultations mondiales, à ce sujet.

La France, et son industriel Naval Group, sont fins prêts pour répondre aux attentes mondiales dans ce domaine, avec une gamme de sous-marins conventionnels à très hautes performances, allant su Scorpene de 2000 tonnes, au Shortfin Barracuda de 4500 tonnes, tous équipés des nouvelles batteries lithium-ion, et d’une vaste gamme de senseurs.

Déjà très attractifs en termes de performances et de prix, ces sous-marins de nouvelle génération, pourront s’appuyer, d’ici à 2030, sur un autre argument de poids : une gamme de munitions sous-marines souveraines et de nouvelle génération, qui deviendra exhaustive avec l’arrivée du nouveau SM40 Exocet.

Des munitions sous-marines de nouvelle génération pour répondre aux nouveaux enjeux de la guerre sous-marine

Le regain d’intérêt pour les sous-marins, observé ces dernières années, au sein des marines mondiales, a engendré l’émergence d’une offre mondiale plus riche que jamais, dans ce domaine avec le S-80+ espagnol, le Taigei japonais, le Dosan Anh Changho sud-coréen, le A26 Blekinge suédois, le Type 212 CD allemand, et les Scorpene Evolved et Blacksword Barracuda français, en occident, mais aussi le Lada russe et le Type 039A chinois.

Sous-marin Suffren Marine nationale
Sous-marin nucléaire d’attaque Suffren de la Marine nationale, première unité de la classe eponyme.

Tous ces navires disposent de performances largement accrues, vis-à-vis des navires de génération précédente, qu’il s’agisse de l’autonomie de plongée, de la discrétion acoustique, des capacités de détection ou de fonctionnalités spécifiques, comme la mise en œuvre de commandos ou de plongeurs de combat.

Pour exploiter leurs nouvelles performances ainsi que pour répondre aux progrès réalisés en matière de lutte anti-sous-marine de l’adversaire, ces sous-marins NG s’appuient sur des senseurs et des capacités de communication, eux aussi, de nouvelle génération.

Ne manquait plus qu’une gamme de nouvelles munitions sous-marines, afin de donner naissance à un système de systèmes homogène et efficace. Dans ce domaine, la France est en passe de prendre une avance considérable sur ses compétiteurs occidentaux.

Une gamme complète de munitions NG conçues pour s’intégrer nativement dans les sous-marins français

En effet, avec l’arrivée du nouveau missile antinavire SM40, les sous-marins français, ou de fabrication française, disposeront de l’ensemble des munitions de nouvelle génération nécessaires à la mise en œuvre efficace de ces navires de nouvelle génération.

Le missile antinavire à changement de milieu SM40 Exocet de MBDA, une évolution capacitaire majeure pour les sous-marins français

L’annonce du développement du nouveau missile antinavire SM40 Exocet à changement de milieu (lancé par un sous-marin en plongée) vient, en effet, finir de compléter une gamme de munitions sous-marines conçues pour exploiter les performances des nouveaux submersibles de Naval Group et de sa Team sous-marine, comme les SNA de la classe Suffren, ainsi que les sous-marins à propulsion conventionnelle Scorpene Evolved et Blacksword Barracuda.

Sm39 Scorpene
Chargement d’un missile SM39 exocet.

Dans le domaine des missiles antinavires, et des missiles à changement de milieu, le missilier européen MBDA, et plus particulièrement sa branche française, ne sont pas à leur coup d’essai. Ainsi, le missile antinavire MM38 Exocet, entré en service en 1974, et ses dérivés, auront été un immense succès commercial, avec presque 40 marines utilisatrices. Il aura été, également, longtemps, la seule alternative occidentale au célèbre Harpoon américain.

Conçu pour suivre une trajectoire rasante, et disposant de son propre radar, le MM38 fut l’une des toutes premières munitions fire and forget européenne, et ses différentes variantes, comme l’AM39 aéroporté, et le MM40, plus performant, n’ont jamais cessé de rencontrer le succès sur la scène internationale, en dépit de l’émergence de nouvelles offres.

La version à changement de milieu de l’Exocet est entrée en service en 1985, à bord des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque français de la classe Rubis. D’une portée de 50 km, ce missile antinavire reprenait les caractéristiques de la version aéroportée, l’AM39, et pouvait être lancé en immersion par le sous-marin, à l’instar du Sub-Harpoon américain, seule alternative occidentale dans ce domaine, jusqu’à aujourd’hui.

Bien qu’ayant connu plusieurs évolutions et modernisations successives, au fil des années, le SM39, et sa portée de 60 km, ne répond plus, à présent, aux besoins et aux capacités des sous-marins de nouvelle génération, comme les SSN Suffren de la Marine nationale, ainsi que les Scorpene et Blacksword Barracuda, fers de lance de l’offre export de Naval Group dans ce domaine.

C’est pour cela que MBDA a annoncé le développement du SM40, une évolution suffisamment majeure du missile, qu’elle justifie un changement de nomenclature. Concrètement, le SM40 reprendra certains des éléments qui permirent au MM40 d’évoluer jusqu’au Block 3C actuel. Ainsi, le propulseur à poudre du SM39 sera remplacé par le turboréacteur du MM40, permettant au missile de voir sa portée doublée, pour atteindre et dépasser les 120 km, en trajectoire rasante.

Contrairement aux versions surface-surface MM40 et Air-surface AM39 de l’Exocet, qui seront remplacées au début de la prochaine décennie par le missile de croisière supersonique RJ10, dans le cadre du programme franco-britannique FMAN/FMC, il n’existera pas de version à changement de milieux de ce nouveau missile. Ceci explique le développement du SM40 aux performances largement accrues, et le maintien de la capacité MdCN pour les sous-marins de conception française.

missile SM40 Exocet de MBDA
Image d’illustration du SM40 fournie par MBDA.

Dans le même temps, l’autodirecteur du SM40 reprendra celui du Block 3C, et son radar cohérent en bande J qui, associé à de puissants algorithmes et une importante base de données, permet au missile d’identifier et de hiérarchiser ses cibles, tout en ignorant les leurres et les navires civils ou de moindre intérêt.

Bien évidemment, le SM40 pourra être mis en œuvre dans un environnement de brouillage intense, et sans géolocalisation satellite, grâce à une plateforme de navigation inertielle très évoluée, pouvant se recaler d’elle-même par les informations radars et la comparaison avec son plan de vol établi.

Enfin, comme le MM40 Block 3C, le SM40 pourra être employé pour frapper des cibles terrestres, y compris des navires à quai, et conservera le vol rasant subsonique élevé qui permet de réduire le délai de réaction de la cible, en n’étant potentiellement détectable que lorsque le missile arrive à moins de 20 km de celle-ci (ligne de visée 2m vs 15m), lui laissant moins d’une minute pour réagir.

Prévu pour être livré à partir de 2030, le SM40 va, ainsi, conférer aux sous-marins français une capacité de frappe antinavire de très haute performance, pouvant exploiter au mieux les performances accrues des senseurs et les systèmes de communication des nouveaux sous-marins, tout en leur permettant de rester à distance de sécurité.

La torpille F21 de Naval group, pour prendre l’avantage en matière de lutte anti-sous-marine

Si le SM40 sera l’arme de prédilection pour attaquer les cibles de surface, tout en restant à distance de sécurité, la nouvelle torpille lourde F21, représente la munition NG dédiée à la lutte anti-sous-marine, pour les nouveaux sous-marins français.

Torpille F21 naval group
La torpille lourde F21 représente une avancée considerable vis-à-vis de la F17.

Entrée en service en 2019, cette torpille de 6 mètres de long et de 1,5 tonne, a été développée par Naval Group, pour remplacer la torpille F-17, entrée en service au milieu des années 70, à bord des sous-marins français.

Bien plus évoluée que la F17, la F21, baptisée Artemis par la Marine nationale, représente ainsi une évolution capacitaire considérable pour les sous-marins français, avec une portée plus que doublée, pouvant dépasser les 50 km, et surtout, une vitesse de 50 nœuds, suffisante pour rattraper les plus rapides des sous-marins existants, là ou la F17, et ses 35 à 40 nœuds, pouvait pêcher dans ce domaine.

Surtout, la F21 dispose d’un système de guidage moderne beaucoup plus efficace, capable d’ignorer les leurres et d’adapter sa trajectoire pour venir frapper le sous-marin adverse avec le meilleur angle et la vitesse la plus élevée, pour s’assurer de sa destruction, même si la fibre optique de filoguidage venait à rompre.

Bien que la F21 puisse également engager des cibles de surface, ses 200 kg d’explosifs pouvant causer des dégâts considérables sous la ligne de flottaison, elle s’avère, essentiellement, une plus-value considérable dans le domaine de la lutte anti-sous-marine.

Le missile de croisière MdCN à changement de milieu de MBDA, le frappe dans la profondeur des sous-marins français

L’arrivée du missile de croisière à changement de milieu MdCN, à bord du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, en juin 2022, a constitué une évolution considérable du potentiel d’utilisation de la flotte sous-marine française.

Missile MdCN changement de milieu
Le MdCN est le seul missile de croiisère naval à changement de milieu non américain disponible en occident.

À l’instar de sa version en silo, qui arme les frégates FREMM françaises de la classe Aquitaine, le MdCN, pour Missile de Croisière Naval, est un missile de croisière furtif d’une portée supérieure à 1200 km, capable de frapper des cibles, y compris durcies, dans la profondeur du dispositif de l’adversaire, en suivant des trajectoires complexes, même en environnement brouillé.

Dérivé du missile de croisière aéroporté SCALP-ER, le MdCN dispose d’une centrale de navigation inertielle utilisant le relief pour se recaler, et les signaux GPS lorsque disponibles, ainsi qu’un autodirecteur infrarouge, pour garantir une précision finale métrique. Il emporte, en outre, une charge militaire de 250 kg, en faisant une munition adaptée pour attaquer des cibles durcies, comme des postes de commandement, des dépôts de munitions ou des stations radars protégées.

À l’instar du SM40, le MdCN utilise une capsule pour la phase de lancement sous-marine, permettant au missile de quitter le milieu aquatique, avant de l’éjecter et de déclencher son turboréacteur TR 50. Le sous-marin peut ainsi tirer le missile sans devoir faire surface, à distance de sécurité, pour garantir sa propre discrétion.

Le drone sous-marin D-19, déjà prêt pour étendre les capacités de détection des sous-marins français

Les sous-marins français disposent, également, de la possibilité de mettre en œuvre leurs propres drones sous-marins. C’est en particulier le cas du drone sous-marin D-19, développé par Naval Group, sur la base de la Torpille F21.

D-19 drone UUV Naval group
Le drone sous-marin D-19 de Naval Group, est mis en oeuvre à partir des tubes lance-torpilles de 533 mm des sous-marins français.

À l’instar de toutes les autres munitions évoquées ici, le D-19 est mis en œuvre à partir des tubes lance-torpilles de 533 mm des sous-marins français, et peut rester sous le contrôle du navire par filoguidage fibre optique, ou évoluer de manière autonome.

La charge militaire et le sonar d’autoguidage de la F21 ont été remplacés par différentes charges utiles, selon le besoin, pour assurer des missions de renseignement, de lutte anti-sous-marine, de brouillage et guerre électronique, de guerre des mines, ou d’exploration environnementale. En outre, une version d’entrainement, baptisée D-19T, est également utilisée par la Marine nationale, notamment pour simuler les attaques à la torpille.

Le drone exploite une batterie lithium-ion lui conférant une autonomie de 8 heures, sans qu’il soit cependant capable d’atteindre les pointes de vitesse de la F21. Il s’agit, là, d’une première étape opérationnelle dans l’intégration des drones sous-marins à bord des sous-marins français, d’autres développements étant en cours dans ce domaine.

La mine sous-marine FG29, la dernière munition héritée de l’arsenal français

En service depuis 1988, la mine sous-marine FG29 est la seule rescapée des munitions développées pendant la guerre froide dans l’arsenal militaire des sous-marins français. Elle remplit toutefois encore très bien son rôle, avec ses 600 kg d’explosifs, pour une masse totale d’une tonne.

Naval group sous-marin Scorpene Chili
Le Scorpene etait déjà capable de mettre en oeuvre le SM39.

Particulièrement versatile, la FG29, elle, dispose d’une série de capteurs acoustiques, magnétiques et de pression pour déclencher l’explosion, et peut être mouillée à différentes profondeurs, selon que l’on souhaite se protéger contre les sous-marins ou les navires.

Bien que rustique, la mine navale a montré toute son efficacité encore récemment, en empêchant le débarquement de forces amphibies russes près d’Odessa. Et la FG29 est encore capable de remplir de nombreuses missions avec efficacité, même si le sous-marin doit renoncer à une torpille (ou un missile) pour emporter deux mines navales.

Des travaux avaient été annoncés en 2013 concernant le développement d’une mine navale de nouvelle génération. À ce jour, toutefois, très peu d’informations ont filtré à ce sujet, de sorte que l’on ignore si le programme est poursuivi ou non.

Un atout majeur pour appuyer la vente de sous-marins français à l’international

Si la nouvelle panoplie de munitions sous-marine de nouvelle génération françaises, confère à la Marine nationale un potentiel opérationnel bien plus étendu qu’il ne l’était, juste là, dans l’utilisation de sa flotte sous-marine, elle constitue, également, un argument de poids, pour soutenir la vente des Scorpene et Blacksword barracuda de Naval Group, sur la scène internationale.

En effet, cette gamme de munitions est non seulement exhaustive et performante, mais elle est, aussi, entièrement souveraine. Or, ni l’Allemagne, ni la Corée du Sud, et pas davantage, la Suède, le Japon et l’Espagne, ne disposent d’une offre comparable dans ce domaine.

Naval Group Blacksword barracuda Marine néerlandaise
Un sous-marin moderne de nouvelle génération, comme le Blacksword barracuda, s’avere beaucoup plus efficace losqu’il dispose de la panoplie complete des munitions sous-marines NG.

De fait, les offres de sous-marins de ces pays, doivent s’appuyer sur des munitions acquises auprès d’autres pays, notamment les États-Unis, ce qui est souvent complexe. Ainsi, si les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont obtenu l’autorisation de Washington pour acquérir des missiles de croisière Tomahawk, ce n’est toujours pas le cas de l’Espagne, qui pourtant propose le missile dans l’inventaire de son S-80+.

Parfois, même, les constructeurs étrangers intègrent, dans leurs offres, des munitions françaises, sans qu’aucun accord n’ait été donné par Paris à ce sujet. Ce fut, notamment, le cas en 2019, en Pologne, TKMS ayant intégré le missile MdCN à son offre de sous-marins Type 214, dans le cadre du programme Orka, alors que la France a rapidement fait savoir que ce missile n’était disponible que pour le Scorpene français.

Aujourd’hui encore, l’argument du MdCN joue à plein en Pologne, alors que les sous-marins européens ou sud-coréens présentés, par ailleurs, sont contraints d’intégrer des missiles Tomahawk ou sub-Harpoon américains, dont l’exportation est incertaine, ou des munitions nationales intégrant un grand nombre de composants américains, eux aussi, soumis à autorisation d’exportation.

En outre, au-delà de la simple disponibilité des munitions sous-marines de nouvelle génération, et de l’absence de contraintes d’exportation venant d’un autre pays, l’offre française peut s’appuyer sur l’intégration native de ces munitions, à bord des sous-marins de conception française, et notamment pour être mis en œuvre à partir du système de combat et des interfaces des navires.

Missile Tomahawk
Le missile de croiisère américain Tomahawk est presque deux fois plus onéreux que le MdCN de MBDA.

Enfin, si les munitions françaises n’ont rien à envier à leurs concurrentes potentielles occidentales en termes de performances et de fiabilité, bien au contraire, elles s’avèrent souvent sensiblement plus économiques que leurs homologues américaines, notamment. Ainsi, un SM39 coute 1,5 m€, contre 2,25 m$ pour un sub-harpoon, un MdCN 2,5 m€ contre 4 m$ pour un Tomahawk, et une F21 coute 2,5 m€, contre 5 m$ pour une Mk48.

Conclusion

On le voit, l’arrivée du SM40 Exocet, annoncée par MBDA pour 2030, constitue bien davantage qu’un simple nouvelle version du missile antinavire à changement de surface. Celle-ci vient, en effet, compléter l’offre de munitions de nouvelle génération, pour les sous-marins de la Marine nationale, ainsi que pour les navires construits par Naval Group pour l’exportation.

Le nouveau missile permettra, en effet, d’exploiter au mieux les nouvelles performances des Suffren, Scorpene Evolved et Blacksword Barracuda, tout en renforçant sensiblement leur efficacité et leur survivabilité au combat, dans le domaine de la lutte anti-surface.

En outre, les sous-marins français disposeront d’une gamme exhaustive de munitions de nouvelle génération, entièrement souveraine, représentant dès lors un atout de taille, pour soutenir les offres commerciales de Naval Group et de l’ensemble de la BITD navale française, qui se trouvera, de fait, dans une situation très enviable, dans ce domaine, sur la scène internationale.

On notera, enfin, que cette annonce a été faite par MBDA, et non par la DGA, montrant au passage une évolution sensible des paradigmes industriels, notamment en termes de R&D, au sein du missilier français, et une prise de risques, sans commande publique préalable, que l’on n’avait que trop rarement observé depuis de nombreuses années.

CERBAIR équipe les nouveaux patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale avec des systèmes de lutte anti-drones

Communiqué de presse du 4 novembre 2024

CERBAIR, spécialiste de la lutte anti-drones, fournira une version navalisée de son système de détection radiofréquence destinée aux sept nouveaux patrouilleurs hauturiers commandés par la Direction générale de l’armement (DGA) en 2023 au profit de la Marine nationale. Ce projet a pour objectif de renforcer la protection des navires face aux menaces posées par les drones.

« C’est l’aboutissement de plusieurs années de collaboration fructueuse avec la Marine nationale puis avec Naval Group et les chantiers navals CMN, Piriou et Socarenam », a déclaré Charlie Pinedo, COO de CERBAIR.

Grâce à son analyse avancée du spectre radiofréquence, le système HYDRA localise à la fois les drones et leurs pilotes, permettant aux unités de percevoir la présence ou  l’approche d’une menace et donc de réagir. Avec une architecture modulaire innovante, les capteurs du système s’intègrent facilement aux nouveaux navires ou peuvent être installés sur des navires plus anciens.

Patrouilleur hauturier Marine nationale
CERBAIR équipe les nouveaux patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale avec des systèmes de lutte anti-drones 67

Ce radiogoniomètre évolutif, doté des algorithmes CERBAIR de traitement de signal, est non émissif et indétectable, offrant une protection discrète et efficace. Il jouera un rôle important pour l’autoprotection des patrouilleurs hauturiers.

« Ce contrat représente une étape majeure pour CERBAIR dans notre engagement à fournir des solutions embarquées, toujours plus adaptées aux besoins opérationnels aux forces armées françaises et à leurs alliées », a conclu Brian Girard, VP of Sales de CERBAIR.

À propos : Créé en 2015, CERBAIR est la référence française de la lutte anti-drone pour la détection, la caractérisation et la neutralisation des drones non autorisés. En s’appuyant sur son expertise dans le traitement du signal radiofréquence, CERBAIR assure la conception, le déploiement et la maintenance de systèmes offrant une protection de l’espace aérien pour les infrastructures critiques, bases militaires, navires de guerre et événements nationaux, contre l’évolution de la menace des drones. Spécialisée en technologie radiofréquence appliquée à la lutte-anti-drone, CERBAIR est rapidement devenu la référence dans la reconnaissance de protocoles associée à une gamme de systèmes de détection passifs et de systèmes de brouillage intelligent.

CERBAIR a su s’imposer comme une référence au sein de systèmes complets de défense aérienne en gagnant la confiance d’acteurs institutionnels en France et à l’étranger. MBDA, leader européen dans la conception de missile, est notamment un actionnaire historique de CERBAIR.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Alexandre Gay De Berthois- Directeur marketing
Email : alexandre.gaydeberthois@cerbair.com Téléphone : +33 (0)6 47 50 36 73

Pour en savoir plus, visitez notre site web : www.cerbair.com

Le Mistral 3 devient le pivot des nouveaux systèmes CIWS français

Entré en service au milieu des années 2010, le missile antiaérien à courte portée Mistral 3, est aujourd’hui l’un des fers de lance du missilier européen MBDA. Digne héritier de la famille Mistral, entrée en service en 1988 et vendue à plus 15000 exemplaires jusqu’ici, le nouveau missile multiplie, en effet, les succès internationaux, en Europe comme dans le Monde, au point que MBDA a annoncé, il y a quelques moins, qu’il allait porter la production mensuelle de son missile, de 20 à 60 unités, pour répondre aux besoins.

Au-delà des différents systèmes terrestres qui s’appuient sur ce nouveau missile aux performances exceptionnelles et attestées au combat, le Mistral 3 semble être au cœur d’une petite révolution en cours au sein des industriels de la BITD navale française.

En effet, à l’occasion du salon Euronaval 2024, ce sont pas moins de trois nouveaux systèmes CIWS, de conception française, qui sont présentés, et qui, tous trois, s’articulent autour du Mistral 3, pour assurer ou renforcer la défense antiaérienne, antimissile et antidrone à très courte portée, des unités de surface.

Les CIWS boudés par la Marine nationale et l’industrie de défense française, jusqu’il y a peu

Il faut dire que, jusqu’il y a peu, les CIWS, pour Close Incoming Weapon System, n’avaient guère la cote auprès des industriels navals français. Et pour cause : en dépit de l’attrait que représentaient ces systèmes d’autodéfense, démocratisés dans les marines mondiales avec les RAM et Phalanx américains et l’AK630 russe, la Marine nationale n’a jamais souhaité s’en équiper.

CIWS Phalanx
Le phalanx américain a longtemps été le symbole des CIWS occidentaux.

Pour l’état-major français, en effet, la menace que représentait, après l’effondrement du bloc soviétique, les missiles et les aéronefs (il n’était pas encore question des drones), sur ses frégates, patrouilleurs et grandes unités de surface, n’imposait pas l’ajout de ces systèmes encombrants et couteux, privilégiant, budgétairement parlant, le nombre de coques, à l’exhaustivité de leur armement.

De fait, le premier navire équipé d’un système de défense rapprochée, sera le nouveau bâtiment ravitailleur de la flotte, ou BRF, Jacques Chevalier, entré en service en 2023, équipé du nouveau canon de 40 mm RapidFire codéveloppé par KNDS France et Thales.

Ce nouveau système d’artillerie navale, dérivé du CT40 qui équipe, entre autres, le nouveau véhicule de reconnaissance blindé EBRC Jaguar de l’Armée de terre, permet de poser une bulle de protection de 4 à 5 km, autour du navire, contre différents types de menaces, allant du missile antinavire à trajectoire rasante, au drone, en passant par le drone de surface, ou l’aéronef.

Face à l’évolution de la menace, la Marine nationale a, dès lors, décidé d’équiper du RapidFire, toutes ses nouvelles unités de seconde ligne, en l’occurrence les BRF, mais aussi les grands navires de guerre des mines et les nouveaux patrouilleurs hauturiers.

Toutefois, pour l’heure, les navires de première ligne, frégates, destroyers, porte-avions et porte-hélicoptères amphibies, ne font l’objet d’aucun programme de modernisation dans ce domaine. Mais les choses pourraient bientôt changer, en particulier sur la base des enseignements des déploiements des frégates françaises et européennes en mer Rouge, face aux missiles et drones Houthis.

Rapid Fire Thales
La Rapid Fire va équiper les futurs BRF, grands navires de guerre des mines et patoruilleurs hauturiers de la marine française.

C’est, en tout cas, ce qu’anticipent les industriels français, qui présentent pas moins de trois nouveaux systèmes CIWS, calibrés pour s’installer aisément sur de nouveaux navires, mais également sur des coques en service, à l’occasion du salon Euronaval 2024, qui se tient du 4 au 8 novembre 2024, à Paris.

3 nouveaux CIWS français s’appuyant sur le Mistral 3, au salon Euronaval 2024

En effet, MBDA, Safran et Naval Group vont chacun présenter, à l’occasion de ce salon, un nouveau système CIWS, pour équiper les unités de surface françaises comme étrangères. Si les trois systèmes diffèrent dans leur approche, ils se caractérisent cependant par l’utilisation, commune, du missile Mistral 3 de MBDA, comme principal vecteur de la défense antimissile, antidrone et anti-USV.

Le Simbad-RC4 de MBDA passe de 2 à 4 Mistral 3

Aujourd’hui, le Mistral 3 équipe déjà de nombreuses unités navales de surface. Le missile est, en effet, proposé par MBDA sur deux plateformes dédiées à cette mission. La première est le SADRAL, un lanceur sextuple de missiles Mistral, qui équipe, notamment, les frégates légères furtives modernisées de la classe Lafayette, ainsi que les corvettes classe Mubarraz émirati, ou encore le porte-aéronef thaïlandais Chakri Naruebet. Le PAN français Charles de Gaulle est également protégé par deux SADRAL.

Outre le TETRAL à 4 Mistral, qui n’a pas connu le succès escompté, le second système est le SIMBAD, équipé de deux missiles Mistral seulement. Bien que choisi par de nombreuses marines étrangères, le SIMBAD était un système très léger et simple, mis en œuvre manuellement par un opérateur, à l’instar de la version MANPADS du Mistral.

Mistral 3 SIMBAD RC4
Les deux systèmes SIMBAD-RC2 et SIMBAD RC4 de MBDA

Rapidement, le SIMBAD « manuel », s’est vu rejoint par un second système, baptisé SIMBAD-RC, pour Remote Controled, permettant de mettre en œuvre le missile de manière automatique, à partir du système de combat du navire. Le SIMBAD-RC équipe, notamment, les BRF français, les bâtiments ravitailleurs classe Boraida saoudiens, et les nouvelles frégates classe José Rizal Philippines.

Pour Euronaval 2024, MBDA présente une évolution du SIMBAD-RC, équipé cette fois de 4 Mistral 3, mais prenant place strictement sur le même affut que le SIMBAD-RC classique. Le nouveau SIMBAD-RC, qui se décline en version bi missile RC2, et quadra missiles, RC4, peut être contrôlé par le système de combat du navire, comme SETIS, ou agir de manière autonome, disposant pour cela de ses propres senseurs, en l’occurrence, une caméra thermique MATIS SP de Safran, et un système de poursuite vidéo.

Le lance-leurre Dagaie de Safran devient le NGDS, et reçoit 6 ou 8 missiles Mistral 3

Si, avec les SIMBAD RC2 et RC4, MBDA parie sur la montée en gamme des utilisateurs de SIMBAD et SIMBAD RC, Safran, pour sa part, a choisi une direction beaucoup plus innovante, bien que s’appuyant, là encore, sur le Mistral 3, et sur l’évolution d’un équipement déjà bien implanté, le système lance-leurres Dagaie.

Baptisé NGDS, pour Next Generation Dagaie System, celui-ci se compose de plusieurs lanceurs à deux axes permettant de lancer des leurres infrarouges, antiradars, anti-abordage et anti-torpille, selon le tonnage du navire à protéger.

Safran NGDS Mistral 3
Différentes configuration 6x ou 8x missiles Mistral 3, du NGDS de Safran

Mais la grande plus-value du NGDS est sa capacité à recevoir, outre les leurres, 6 à 8 missiles Mistral 3, sur la même emprise en matière d’espace de pont et pour une masse proche. Ceci permet donc de rapidement, et « aisément », durcir la défense antiaérienne et antimissile rapprochée du navire, sur la base d’un ou deux lanceurs NGDS, permettant d’ajouter jusqu’à 16 missiles Mistral 3, sans « contraintes » au niveau de la coque.

Contrairement au SIMBAD-RC4, le MGDS ne dispose pas de systèmes de conduite de tir autonome et doit nécessairement s’appuyer sur le système de combat du navire, et sur ses senseurs. Toutefois, cette solution intégrée permet à un opérateur potentiel de faire d’une pierre, deux coups, en cumulant, dans un même équipement, donc à prix et occupation unique, simultanément un lance-leurres performant et un CIWS.

Le Lanceur Modulaire Polyvalent de Naval Group, avec jusqu’à 16 missiles Mistral 3

Le troisième et dernier système CIWS français, présenté au salon Euronaval 2024, n’est pas, en soi, une nouveauté. En effet, le Lanceur Modulaire Polyvalent, ou LMP, développé par Naval Group, avait été dévoilé à l’occasion des Innovation Days de l’industriel, en octobre 2023.

Le LMP est beaucoup plus polyvalent que les deux autres systèmes présentés ici. Concrètement, il s’agit d’une plateforme de lancement à deux axes, pouvant accueillir quatre modules de lancement. Chaque module de lancement peut contenir quatre missiles Mistral 3, 22 roquettes de 70 mm à guidage laser, deux missiles MMP, deux leurres antimissiles, ou un ou deux drones.

Naval group LMP
Le lanceur modulaire pylvalent représernte aujourd’hui le système CIWS le plus polyvalent, et celui disposant du meilleur rapport puissance de feu / emcombrement/Poids.

Le navire a donc la possibilité de faire évoluer ses capacités défensives, en fonction de la menace perçue, de sorte à y répondre le plus efficacement possible. Les modules peuvent être changés dynamiquement par les équipes de pont, au besoin, pour réarmer ou pour adapter la réponse à la menace.

À l’instar du SIMBAD-RC2/4, le LMP peut fonctionner de manière autonome, avec ses propres capteurs, ou être directement contrôlé par le système de combat du navire. Surtout, en dépit de sa puissance de feu et sa polyvalence, l’ensemble du système n’affiche que 3,5 tonnes sur la balance, deux fois moins lourd que les 7 tonnes du RAM (11 missiles), et trois fois plus léger que le SeaRAM (21 missiles).

Cette faible masse permet au LMP d’équiper des navires légers, comme les corvettes ou les OPV, tout en demeurant un équipement d’une valeur ajoutée hors du commun, pour les grandes unités de surface, surtout pour celles qui s’engagent en première ligne, comme les frégates, les destroyers, les navires amphibies et les porte-avions. En marge du salon Euronaval 2025, Naval Group a annoncé que le LMP serait disponible et opérationnel dès 2025.

Le Mistral 3, un missile taillé pour la mission CIWS

Si les SIMBAD-RC4, NGDS et LMP visent, chacun, des segments différents de marché, ils reposent tous les trois sur le missile Mistral 3 de MBDA. Et ce n’est pas une surprise. En effet, depuis son entrée en service, celui-ci a démontré des performances très élevées, au point que la Marine nationale a préféré retirer les Naval Crotale et leurs huit missiles prêts au tir, des trois frégates Lafayette modernisées, pour les remplacer par deux SADRAL, et ses 12 missiles Mistral.

Mistral 3 MBDA
Le Mistral 3 devient le pivot des nouveaux systèmes CIWS français 76

Ainsi, bien qu’évoluant dans la catégorie des Manpads, le Mistral 3 affiche des performances sensiblement supérieures à celles des autres missiles de ce type, comme le Stinger, le SA-14 ou le RBS-70.

D’une longueur de 192 cm, et 92 mm de diamètre seulement, le missile a une masse inférieure à 20 kg. Il affiche, cependant, une portée efficace garantie de 8 km, même si un tir réussi à 12 km a été enregistré en Espagne il y a quelques mois. Il atteint une vitesse de Mach 3, un plafond de 6000 m, et peut supporter des manœuvres à 30 g, lui permettant d’engager des cibles extrêmement manoeuvrantes, jusqu’à 9 g.

Surtout, à l’instar du missile Aster, les performances communiquées par MBDA, autour de son missile, concernent la satisfaction du contrat d’interception opérationnel de 95 %, imposé par les armées françaises.

Enfin, le Mistral 3 dispose d’un autodirecteur infrarouge matriciel lui conférant une très grande résistance aux leurres thermiques, et une capacité de détection et d’engagement de cibles ayant un rayonnement infrarouge réduit, comme les drones.

L’ensemble de ces caractéristiques permettent au Mistral 3 d’être employé avec une doctrine Shoot-See-Shoot, là encore, comme l’Aster, avec un très haut taux d’impact lors du premier tir, et le temps nécessaire, en cas d’échec, pour lancer un second missile.

Des solutions efficaces pour la modernisation des unités de surface, face à l’omniprésent SeaRAM américain

Les nouveaux CIWS français, et le missile Mistral 3, sont parfaitement armés pour se confronter au leader incontesté du marché, dans la sphère occidentale, le sysytème SeaRAM, développé par RTX et Diehl Defence.

RAM RIM-116
Le Mistral 3 devient le pivot des nouveaux systèmes CIWS français 77

Le SeaRAM se compose d’une tourelle 2 axes emportant 21 missiles RIM-116 Block 2, dérivés du missile air-air à courte portée Sidewinder américain. La masse totale du SeaRAM atteint 7 tonnes, dont 5,8 tonnes au-dessus du pont. Contrairement au SIMBAD-RC4 et au LMP, il ne dispose pas de systèmes de détection et de guidage propres, et doit donc être mis en œuvre à partir des senseurs et du système de combat du navire.

Côté performances, le RIM-116 Block 2 a une portée annoncée de 9 km et une vitesse de mach 2. Contrairement aux systèmes Mistral, le missile peut bénéficier d’un guidage radar sur faisceau, d’un guidage strictement infrarouge ou d’un guidage mixte. Pour autant, RTX ne communique jamais sur le taux d’interception. En outre, à l’instar des SM-2, la doctrine concernant l’utilisation du SeaRAM est généralement de type Shoot-Shoot-See, avec deux missiles envoyés par cible.

En dépit des performances inférieures du missile RIM-116, face au Mistral, le RAM, et ses 11 missiles prêts au tir, et le SeaRAM, avec 21 missiles prêts au tir, a largement surclassé les SIMBAD, SIMBAD-RC et SADRAL, au sein des marines occidentales, un grand nombre d’entre elles en ayant fait leur système CIWS de référence, en raison du grand nombre de missiles disponibles.

Avec ses 16 Mistral 3 prêts au tir, dans sa configuration CIWS strict, le LMP de Naval Group surclasse à présent, en nombre de cibles potentiellement traitées, le SeaRAM, alors que le NGDS, et ses huit missiles, fait au moins jeu égal avec le RAM. Quant au SIMBAD-RC4, il s’impose comme un système léger et efficace, particulièrement taillé pour remplacer les SIMBAD déjà existants ou pour protéger, à moindre coût, des navires de moindre tonnage ou de moindre exposition.

Conclusion

On le voit, l’arrivée simultanée de 3 systèmes CIWS missiles, côté français, à l’occasion du salon Euronaval 2024, marque une profonde évolution des industriels français dans ce domaine, et certainement, une demande croissante sur la scène internationale, pour des systèmes antimissiles et antidrones plus performants que le simple SIMBAD, mais moins contraignants que les systèmes en VLS ou cellules verticales.

FLF modernisée
La marine nationale a préférer remplacer le Naval Crotale des FLF par 2 SADRAL

Chacun de ces systèmes dispose de son propre marché de niche, le SIMBAD-RC pour la modernisation des SIMBAD et la protection des petites unités, le NGDS, pour durcir la défense des unités navales, sans consommer davantage d’espace de pont, et le LMP, pour se confronter au SeaRAM américain, tout en ajoutant une efficacité et modularité dont celui-ci est dépourvu.

Reste, maintenant, à la Marine nationale, de trouver les crédits pour commander ces systèmes pour ses propres navires, et en priorité, pour ses frégates, corvettes, PHA et pour le porte-avions, qui bénéficieraient beaucoup de l’ajout d’un LMP ou, le cas échéant, d’un NGDS, pour en accroitre la survivabilité au combat.

Surtout, l’acquisition de ces systèmes par la Marine française, constituerait incontestablement une première étape décisive, pour en faire de véritables alternatives aux systèmes existants, en particulier face au RAM et SeaRAM américains, en Europe et dans la sphère occidentale.

Reste à voir si le ministère des Armées trouvera les crédits nécessaires à ces transformations, qui renforceraient simultanément l’efficacité de la flotte française, et le potentiel export de l’ensemble de la BITD navale nationale, dans un marché de plus en plus compétitif.