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La Marine péruvienne se tourne vers le Sud-coréen Hyundai pour remplacer ses sous-marins

Avec 4 sous-marins Type 209 en service, la Marine péruvienne demeure un acteur majeur du théâtre sud-américain et un partenaire de choix, pour qui sera parvenu à séduire lima pour la modernisation de cette flotte.

C’est HD Hyundai Heavy Industry, ou HD HHI, qui s’est imposé sur ce marché prometteur. En effet, en marge du sommet de coopération Asie-Pacifique 2024, qui se déroule à Lima, l’industriel sud-coréen a signé avec l’entreprise publique SIMA (Service Industriel de la MArine), un Memorandum of Understanding, pour entamer le developper d’un modèle de sous-marin spécifiquement conçu pour la Marine péruvienne.

Cet accord de principe s’inscrit dans un important effort de la part de Lima, pour moderniser simultanément les armées et l’industrie de défense péruvienne, ayant fait de la Corée du Sud, et de HD HHI, un partenaire stratégique pour atteindre cet objectif.

Le Pérou va codévelopper avec le Sud-coréen Hyundai, un modèle de sous-marin dédié à la Marine péruvienne

C’est donc ce 16 novembre, à Lima, que le chef de l’unité commerciale navale et des navires spéciaux de HD Hyundai Heavy Industries, Joo Won-ho, et le directeur général de SIMA, César Augusto Benavides Iraola, ont signé le protocole d’accord, pour la conception et la construction d’un nouveau modèle de sous-marins militaires, dédié à la Marine péruvienne.

Signature MoU Hyundai SIMA marine péruvienne
Signature du protocole d’accord entre HHI et SIMA, en présence de la présidente péruvienne, et du président sud-coréen, ce 16 novembre.

Cette signature s’est faite en présence de la présidente péruvienne Dina Boluarte, et su président sud-coréen, Yoon Suk Yeo, cosignataire d’une plaque commémorative de cet événement, lui donnant un caractère stratégique entourant la coopération étendue que ces deux pays veulent mettre en œuvre, dans le domaine de l’industrie de défense.

Pour l’heure, aucun autre élément cadre n’a été divulgué concernant ce programme, ni son calendrier, ni son budget, et pas même le nombre de navires concernés. Aujourd’hui, la Marine péruvienne met en œuvre 4 des 6 sous-marins Type 209/1200/1100 acquis auprès de l’allemand tKMS dans les années 70, les deux derniers étant en reconstruction majeure, effectuée par la société publique SIMA.

HD HHI déjà choisi par Lima pour moderniser la flotte de surface péruvienne

Ce MoU signé entre HD HHI et SIMA, s’inscrit dans le prolongement d’un premier contrat majeur, signé en mars 2024, pour le renouvellement de la flotte de surface péruvienne. D’un montant de 463 m$, soit la plus importante commande jamais passée par un pays sud-américain à l’industrie de défense sud-coréenne, celui-ci prévoit la construction d’une frégate de 3400 tonnes, d’un patrouilleur hauturier de 2200 tonnes, de deux navires de débarquement de 1400 tonnes, ainsi que quatre navires de guerre des mines.

La frégate péruvienne sera basée sur le modèle HDF-3200  de Hyundai. Long de 127 mètres pour 15 mètres de large, le navire emportera un radar AESA, un système de lancement vertical VLS et des missiles antinavires, et devra afficher une vitesse de 26 nœuds pour une autonomie de 6000 nautiques.

Marine péruvienne hyundai flotte surface
Image d’illustration présenté la frégate, l’OPV et le navire amphibie construits par Hyundai, pour la Marine péruvienne

Le patrouilleur hauturier péruvien sera, lui, dérivé du modèle HDF-3200 de 95 mètres de long. Il disposera d’une autonomie à la mer de 6000 nautiques, d’une vitesse maximale de 20 nœuds, et pourra mettre en œuvre un hélicoptère moyen. Enfin, les 2 navires amphibies, des HDL-1500 LCU, auront une longueur de 58 mètres, une autonomie de 1500 nautiques, et pourront transporter jusqu’à sept véhicules.

À l’instar de sa flotte sous-marine, la flotte de surface péruvienne est dotée d’un nombre important de navires, spécialement pour un pays de seulement 34 millions d’habitants, pour un PIB inférieur à 280 Md$. Elle se caractérise, également, par des navires très majoritairement entrés en service dans les années 70 et 80, et navigant depuis plus de 40 à 50 ans, maintenant.

Ainsi, ses 7 frégates, toutes d’origine italienne, 3 classes Carjaval et 4 Classe Lupo, ont toutes rejoint le service de 1975 à 1987. Il en va de même des 6 corvettes PR-72P, construites en France spécifiquement pour la Marine péruvienne de 1978 à 1979, et des deux corvettes sud-coréennes classe Pohan, construites en 1985 et 1987, et acquises par la Marine péruviennes en 2016 et 2022.

Les navires les plus modernes de la Marine péruvienne, aujourd’hui, sont les 6 OPV PGCP-50 de conception sud-coréenne, qui arment les gardes-côtes du pays, construites de 2015 à 2021 par les chantiers navals SIMA. Deux unités supplémentaires doivent être livrées dans les années à venir.

Séoul comme partenaire stratégique de la modernisation des armées et de l’industrie de défense péruvienne

Ces dernières années, Lima et Séoul ont procédé à un rapide et important rapprochement dans le domaine de l’industrie de défense. Pour la Corée du Sud, il s’agit de disposer d’un point d’appui en Amérique du Sud, pour soutenir sa stratégie agressive de positionnement sur les marchés de renouvellement des équipements de défense dans le monde.

KA-21 Boramae atterrissage
La Marine péruvienne se tourne vers le Sud-coréen Hyundai pour remplacer ses sous-marins 7

Si cette collaboration s’articule avant tout dans le domaine naval militaire, il tend à s’étendre à d’autres sujets, notamment en matière d’aéronautique. Déjà, en 2012, les forces aériennes péruviennes s’étaient tournées vers l’avion d’entrainement à turbopropulseur KT-1 Woongbi, pour la formation initiale de ses pilotes.

Aujourd’hui, Lima et Séoul semblent engagés dans une importante négociation pour permettre à l’industrie péruvienne de participer à la fabrication du nouveau chasseur KF-21 Boramae et de l’avion d’entrainement et d’attaque FA-50, pour en équiper les forces aériennes péruviennes afin de remplacer ses A-37, eux aussi marquant le poids des années, et regagner de la masse dans ce domaine.

Parallèlement à cette démarche de partenariat stratégique, Lima a également demandé une offre préalable pour 24 appareils à la France (Rafale), la Suède (Gripen) et aux États-Unis (F-16V), pour le remplacement, à plus court terme, de ses 11 Mirage 2000P, ainsi que des 6 Mig-29 et 5 Su-25 encore en service.

Un arbitrage risqué pour le Pérou et ses ressources budgétaires limitées

Quoi qu’il en soit, la décision des autorités péruviennes de se tourner vers HD HII, pour concevoir un nouveau modèle de sous-marin répondant spécifiquement aux besoins de la Marine péruvienne, est incontestablement un arbitrage risqué, et ce, pour trois raisons principales.

Nagapasa classe Marine indonsienne
Le seul contrat d’exportation de sous-marins sud-coréens, la classe indonésienne Nagapasa, n’a pas donné satisfaction ni à la marine indonésienne, ni au partenaire indsutriel indonésien, PT PAL.

D’abord, par le choix de HD HII comme partenaire dans ce domaine. En effet, la seule expérience de ce type, pour cet industriel, est la classe de sous-marin Nagapasa indonésienne, dérivée des sous-marins KSS-I classe Jang Bogo de la Marine sud-coréenne, eux-mêmes, une version du Type 209 allemand.

Or, la Marine indonésienne s’est montrée très critique vis-à-vis de la qualité des Nagapasa, depuis leur livraison, alors que les chantiers navals indonésiens PT PAL, concernant la qualité de l’accompagnement technologique de l’industriel coréen.

Ensuite, pour des questions de calendrier. En effet, même en partant des sous-marins classe Jang Bogo (Type 209) ou des Son Won-il (Type 214), l’adaptation de ces modèles prendra beaucoup de temps, alors que les 6 sous-marins péruviens ont déjà tous plus de 40 ans de service.

Les délais de conception, auxquels s’ajouteront les délais de fabrication et de transfert de technologies et de capacités industrielles, amèneront cette flotte à plus de 50 ans, sachant que les risques augmentent avec l’âge de la coque, pour la flotte sous-marine.

Enfin, le choix de la conception d’une classe spécifique est un pari très risqué pour Lima. En effet, il est peu probable que les voisins sud-américains se tourneront vers le Pérou, pour remplacer leurs propres flottes, alors que le Brésil dispose déjà d’une capacité de production active pour les Scorpene, et bientôt les Scorpene Evolved, sur le continent, et que la Suède et l’Allemagne sont très actives, dans leurs démarchages commerciaux.

Scorpene Tonelero marine brésilience INC
La Marine péruvienne se tourne vers le Sud-coréen Hyundai pour remplacer ses sous-marins 8

Il est donc plus que probable que cette classe ne s’exportera pas, et que Lima devra donc assumer seul non seulement les couts de conception, mais aussi les couts d’évolution et d’intégration de nouveaux équipements, qui peuvent rapidement devenir lourds au fil des années. Avec un PIB inférieur à 280 Md$, le Pérou est loin d’être l’une des économies majeures du continent sud-américain, loin derrière le Brésil (2200 Md$), l’Argentine (640 Md$), la Colombie (360 Md$) et le Chili (340 Md$).

Or, en dépit de leurs ressources supérieures, aucun de ces pays, en dehors du Brésil pour le développement de son sous-marin nucléaire d’attaque, n’envisage de se doter d’une classe spécifique de sous-marin militaire. Quant à ceux qui firent ce choix par le passé, comme l’Australie avec la classe Collins, ils s’en mordent encore les doigts.

Conclusion

On le voit, bien que, certainement, très stimulant politiquement, la décision de la présidente Dina Boluarte, d’engager le Pérou dans le codéveloppement d’une classe spécifique de sous-marin, dédiée à la Marine péruvienne, s’avère un choix très hardi, peut-être même, trop, au regard de l’âge de sa flotte sous-marine, de l’antériorité du partenaire coréen HD HHI, et de la réalité commerciale sud-américaine, dans ce domaine.

KSS-2 classe Son won-il
Il est probable que l’offre sud-coréenne pour la Marine péruvienne parte d’un modèle moins onéreux que la classe Dosan Anh Changho, comme la classe Son Win Il (KSS-2)

Cette volonté de mettre l’industrie nationale et le pays, au cœur de ce qui constituera, sans le moindre doute, l’un des plus gros contrats d’armement jamais signé par les autorités péruviennes, a ses vertus, certes, notamment pour optimiser les retours économiques, technologies et budgétaires, dans le pays.

Cependant, le cadre permettant de mener ce type de coopération, s’avère étroit, et tenter de sortir de celui-ci s’accompagne souvent d’une hausse vertigineuse des risques et des couts, tant pour les armées que pour les finances publiques.

L’exemple australien, à nouveau, est particulièrement riche d’enseignement, dans ce domaine. Toutefois, le Pérou n’a pas le PIB de l’Australie (1750 Md$), et son économie n’a pas la même vigueur, alors que la croissance péruvienne est atone ces trois dernières années.

Effort de défense : la France est-elle condamnée à s’effacer face à l’Allemagne ?

Alors que Donald Trump a fait d’un effort de défense de 3 % du PIB, le seuil exigé pour continuer à bénéficier de la protection des États-Unis au sein de l’OTAN, la classe politique allemande se met déjà en ordre de bataille, pour redevenir le bon élève européen aux yeux de Washington.

Ainsi, confortés par les résultats d’un récent sondage, selon lequel une majorité d’Allemands se dit favorable à l’augmentation de l’effort de défense pour atteindre ou dépasser les 3% fatidiques, les ténors des deux grandes formations politiques du pays, Boris Pistorius, l’actuel ministre de la Défense et personnalité politique préférée dans le pays, pour le SPD, et Friedrich Merz, pour la CDU-CSU, créditée d’une large majorité relative dans les sondages, se sont déclarés en faveur d’une telle hausse des crédits des armées.

Or, tout au long de l’après-guerre et de la guerre froide, Paris et Bonn avaient pris grand soin d’avoir des dépenses de défense strictement équilibrées entre la France et l’Allemagne, en dépit d’un PIB allemand déjà 40% supérieur à celui de son voisin.

Avec les pressions de Washington et l’assentiment de l’opinion publique allemande, d’une part, et les difficultés économiques et budgétaires rencontrées par Paris, de l’autre, tout indique que cette parité soit très largement menacée, alors que la France devrait consacrer 4.5 % de son PIB à ses armées, pour s’aligner sur les 3 % allemands.

Alors, la France est-elle condamnée à s’effacer face à l’Allemagne en matière de défense européenne, et à jouer les seconds rôles sur la scène internationale, y compris vis-à-vis de ses voisins ? Pas nécessairement ! Mais pour répondre à ce défi, Paris devra se montrer à la fois volontaire et créatif…

L’Allemagne veut redevenir le bon élève de l’OTAN aux yeux de Washington et de Donald Trump, en matière d’effort de Défense

De toute évidence, plus aucun dirigeant majeur en Allemagne, souhaite réitérer les tensions germano-américaines de 2016 et 2017, lorsque Donald Trump avait fait de Berlin sa cible privilégiée en Europe, au prétexte de dépenses allemandes de défense, très insuffisantes.

Boris Pistorius ministre de la défense allemagne
Boris Pistorius est, depuis 2 ans, la personnalité politique préférée des allemands.

Ainsi, la plupart des têtes de file des principaux partis politiques allemands s’est exprimée en faveur d’une hausse sensible de l’effort de défense allemand, et d’un objectif respectant le seuil des 3 %, exigé par le nouveau président américain.

C’est le cas de Boris Pistorius, l’actuel ministre de la Défense, et largement pressenti pour succéder à Olaf Scholz comme tête de fil du SPD, le principal parti de gauche allemand, étant depuis deux ans, maintenant, la personnalité politique préférée des allemands, une première pour un ministre de la Défense.

Depuis plusieurs mois, en effet, ce dernier s’est désolidarisé des positions du chancelier allemand, encore empreintes de son militantisme anti-militaire passé, pour préconiser la hausse des budgets de la Bundeswehr, ainsi que le retour à une forme de conscription choisie.

La CDU-CSU, l’alliance des partis de la droite allemande, est aujourd’hui créditée de 33% des intentions de votes, alors que l’explosion de la coalition de gouvernement, formée par Olaf Scholz, va nécessairement conduire à des élections législatives anticipées, probablement en mars 2025.

Friedrich Merz, le président du parti chrétien démocrate CDU, a toutes les chances d’être le prochain chancelier allemand. Celui-ci s’est très directement prononcé en faveur d’un effort de défense supérieur ou égal à 3% du PIB pour l’Allemagne, et en fait même, à présent, un thème de la campagne qui démarre, outre Rhin, là encore, une première pour ce pays longtemps traditionnellement éloigné, dans ses thèmes politiques, des questions de défense.

Même Annalena Baerbock, la cheffe de file des Verts allemands et actuelle ministre des Affaires étrangères, s’est prononcée en faveur d’une hausse du budget de la Bundeswehr, au-delà des 2 % actuellement visés.

Olaf Scholz Bindeswehr
Olaf Scholz est de plus isolé en Allemagne, y compris au sein du SPD.

Il est donc très probable que Donald Trump n’aura pas de grands efforts à faire, pour convaincre l’Allemagne d’amener son effort de défense à 3 % de son PIB, ou au-delà, la classe politique du pays, soutenue en cela par son opinion publique, s’étant déjà largement engagée dans cette voie.

Handicapée par son économie et sa dette souveraine, Paris peine à aligner son effort de défense sur Berlin

Ce n’est, en revanche, pas le cas de la France, qui fait face à une crise politique majeure, avec un gouvernement de coalition ne disposant pas d’une majorité à l’Assemblée nationale, et qui est donc à la merci de la moindre motion de censure, un Parlement qui ne peut pas être dissous avant juin 2025, et une opinion publique très fracturée, ne permettant pas l’émergence d’une majorité absolue de gouvernement, dans le pays.

À cela s’ajoute une crise budgétaire sans précédent, liée à l’explosion de la dette souveraine du pays, qui dépasse à présent les 110 % du PIB, d’immenses difficultés pour réformer le pays et ses dépenses publiques générant un déficit annuel supérieur à 5% du PIB, et une hausse des taux qui menace directement les ressources de l’État.

Dans ces conditions, le mieux qu’ait pu obtenir le ministère des Armées, pour 2025, aura été le respect de la trajectoire budgétaire établie dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, pour atteindre un effort de défense juste supérieur à 2% de PIB en 2025, et 2,25% de PIB, en 2030.

Effort de défense LPM 2024-2030
Les investissements industriels de défense auront plus que doublé à l’issue de la LPM 2024-2030

En outre, il semble, aujourd’hui, exclu de pouvoir augmenter les dépenses de défense au-delà des objectifs fixés par la LPM en cours, bien loin des 3 % exigés par Trump, et probablement plébiscités par Berlin.

Dans ces conditions, en 2030, le budget allemand de la défense pourrait bien avoisiner le double de celui de la France, ce qui menacerait directement la position géopolitique de la France en Europe et dans le Monde, en dépit de sa dissuasion, ferait de Paris une cible de choix, pour Trump, tout au long de son mandat, et qui affaiblirait considérablement l’autonomie stratégique nationale, et la position de l’industrie de défense française dans le Monde.

Sortir des modèles traditionnels, une nécessité pour remettre la France au centre de l’échiquier géopolitique européen

Une chose est certaine, aujourd’hui. Si la France applique le modèle traditionnel de financement des armées et de l’effort de défense, le pays se dirige vers un déclassement aussi rapide que spectaculaire, dont elle aura beaucoup de mal à se relever, dans le cycle historique qui s’ouvre à présent.

Ce constat, beaucoup le font. Pour autant, bien peu proposent une alternative crédible, pour tenter d’en pallier les effets délétères, en dehors de quelques propositions farfelues construites autour des recettes espérées de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, ou par des jeux de bascule budgétaire qui s’avèreraient, dans les faits, inapplicables dans une opinion publique chauffée à blanc, et prête à exploser.

char leclerc Armée de terre
la France ne pourra pas rester crédible en Europe avec seulement 200 chars Leclerc, en particulier face à une Bundeswehr dispossant de 125 Md€ chaque année.

En d’autres termes, aucune des recettes traditionnelles, employées avec ou sans succès depuis 30 ans, ne serait suffisante pour sortir le pays de l’ornière dans laquelle il a enlisé ses armées et son industrie de défense. Pour autant, aucun modèle alternatif n’a, pour l’heure, été proposé par un des grands partis politiques français, bien peu ayant fait des questions de défense un enjeu de son programme politique.

Face à un effort de défense allemand à 3%, la France devra consacrer 4,5 % de son PIB à ses armées pour rester à parité

Un tel modèle alternatif, susceptible de permettre à la France de faire croitre ses investissements de défense, à parité avec deux de l’Allemagne, existe-t-il au moins ? Ou est-ce une simple chimère, destinée à animer certains débats ?

Pour répondre à cette question, il convient, avant toute chose, de poser les données clés du problème, et en premier lieu, les objectifs à atteindre, pour permettre à la France de faire jeu égal, en matière de budget des armées, avec l’Allemagne.

Aujourd’hui, le PIB allemand atteint, de manière synthétique, 4500 Md$, soit 50 % de plus que celui de la France. Dès lors, si l’Allemagne décide de consacrer 3 % de celui-ci, à ses armées, soit 135 Md$ (126 Md€), la France devra, quant à elle, dépenser 4,5 % de son PIB, pour atteindre le même montant.

Ce faisant, la France devrait plus que doubler son effort de défense prévu pour 2030, qui vise actuellement 2,25% du PIB à cette date, lui-même étant déjà deux fois plus important que le budget des armées en 2015. En d’autres termes, pour atteindre cet objectif, la France devrait multiplier par 4 son effort de défense, en seulement 15 ans.

PAN Charles de gaulle FREMM
Un effort de défense à plus de 4 ù permettrait de construire une marine de haute mer française exploitant au mieux les compétences acquisises par la Marine nationale, souvent enviées dans le monde.

Ne pouvant traiter, en un article, l’ensemble des aspects qu’une telle augmentation budgétaire entrainerait, et les difficultés très importantes que cela engendrerait au niveau des ressources humaines, des infrastructures et des capacités industrielles, nous nous limiterons, ici, à une étude stricte de soutenabilité budgétaire théorique, sans pour autant minimiser, ou ignorer, les défis qu’une telle hausse représenterait, surtout sur une période de temps de seulement cinq ans.

Combien coutera l’effort de défense à 2,25 % en 2030 aux contribuables français ?

Cela posé, la seconde question, qui s’impose ici, est le cout supplémentaire, pour les contribuables français, que représenterait un doublement de l’effort de défense d’ici à 2030. Le sujet est d’autant plus déterminant, que la pression fiscale et sociale en France est déjà la plus élevée de tous les pays de l’OCDE, et ne peut, dès lors, pas augmenter.

En 2030, le budget des armées représentera donc 2,25 % du PIB du pays. Sur ce montant, et de manière synthétique, 0,5 % seront consacrés à la dissuasion, 0,8 % aux ressources humaines, 0,45 % aux missions d’entraînement et de déploiement, et 0,5% aux acquisitions d’équipements.

Or, ces dépenses engendrent également des recettes fiscales et sociales, qui n’existeraient pas sans ces investissements. Le niveau de ce retour sur investissements budgétaires, que nous appellerons « Retour budgétaire« , par la suite, dépend précisément du découpage précédemment fait.

Ainsi, la catégorie RH est celle qui entraine le retour budgétaire le plus faible, puisqu’en dehors des taxes et des cotisations sociales directes, ces investissements rejoignent directement l’économie traditionnelle, très exposée aux importations et à l’épargne. S’agissant de militaires, avec une partie de personnels civils sous contrat, le retour budgétaire est fixé à 30 % dans cette étude, soit 12 % de moins que la moyenne française établie par l’OCDE, de 42 %.

infanterie
L’augmentation des effectifs des armées ne pourra pas se faire de façon homothétique vis-à-vis du modèle actuel.

À l’autre bout du spectre, figurent les investissements industriels. Par la spécificité de l’industrie de défense française, globale et peu exposée aux importations, même dans son réseau de sous-traitance, le retour budgétaire moyen de calcul atteint ici 65 %, soit les 42 % de l’OCDE, auxquels s’ajoutent les 8 % de différentiels de TVA (l’OCDE calcul une TVA moyenne à 12%), et le coefficient keynésien industriel d’activité en France, de 125 %.

La dissuasion et les couts liés à l’entraînement et aux déploiements, sont quant à eux crédités d’un retour budgétaire de calcul de 50 %, étant pour moitié constitués de prestations industrielles et économiques, et pour moitié de surcoûts RH.

Sur cette base, nous obtenons donc un retour budgétaire moyen en 2030, de
(0.8% x30%) + ((0,45%+0,5%) x 50%) + (0,50% x 65 %) = 1,05 %, sur la structure actuelle des dépenses. À cela, nous pouvons ajouter les recettes générées par les exportations de l’industrie de défense française, qui représentent en moyenne 50 % des dépenses françaises dans ce domaine, mais qui ont un retour budgétaire ramené à 45 %, du fait de la TVA non appliquée, soit 0,5 % / 2 x 50 % = 0, 125 %.

En d’autres termes, les contribuables français font effectivement financer un effort de défense équivalent de 1,05 % du PIB, arrondis à 1 %, la différence entre les 2,25 % dépensés par l’État et les 1,175% de recettes que cet investissement aura généré, soit autour de 30 Md€ par an.

Combien couterait un effort de défense à 4.5 % PIB, aux contribuables français ?

En appliquant une progression homothétique de l’ensemble des domaines évoqués, en passant de 2,25 % à un effort de défense à 4,5 % du PIB, le reste à charge pour les Français et les finances publiques, serait donc de 2 % PIB et 60 Md€, soit 30 Md€ de plus qu’à 2,25 % PIB, l’équivalent de 30 % des recettes annuelles de TVA dans le pays. Dans les conditions actuelles, une telle hausse est simplement inenvisageable.

Rafale merignac
Les exportations de l’indsutrie de défense jouent un rôle central et décisif, pour équilibrer les dépenses de défense en France.

Pour autant, il est possible de moduler cette croissance des couts, en ventilant de manière différente les investissements. Ainsi, avec la meilleure volonté du monde, il serait illusoire de penser que les effectifs des armées puissent croitre au-delà des 1,2 % du PIB, soit une hausse de 50 % vis-à-vis des 0,8 % actuels.

À l’inverse, les crédits d’équipements pourraient être les principaux bénéficiaires de cette redistribution, passant de 0,5 à 2 % PIB. Les crédits intermédiaires de dissuasion, d’entraînement et les infrastructures représenteraient, enfin, 1,3 % du PIB, sachant que l’essentiel du changement de format RH des armées, sera constitué par la montée en puissance de la Réserve.

Ainsi ventilé, le retour budgétaire atteindrait (1,2 % x 30%) + (2 % x 65 %) + (1,3 % x 50 %) = 2,31 % PIB, auxquels il convient d’ajouter les recettes d’exportation, soit (2 % x 25 %) = 0,5 %, pour un retour budgétaire final de 2,81 %, arrondis à 2,8 %. Le reste à charge, dans ce cas, pour les contribuables, est donc ramené à 1,7 % PIB, soit un surcout de 0,7 % PIB, ou 18 Md€, toujours difficile à soutenir.

Un modèle innovant pour équilibrer les dépenses et les recettes budgétaires de l’effort de défense français

Pour ramener le surcoût à des niveaux acceptables, il est donc nécessaire de s’appuyer sur un modèle plus disruptif que la simple intégration du retour budgétaire primaire. L’une des alternatives, ici, serait de se tourner vers le modèle Socle Défense, déjà abordé à plusieurs reprises par Meta-Defense.fr.

Pour rappel, le Socle Défense propose de remplacer l’acquisition classique des équipements des armées, par une location via une société financière ad hoc, sur une durée de 15 ans, de ces mêmes équipements, avant de les proposer sur le très prolifique marché des équipements militaires d’occasion, au-delà de cette période.

Ce modèle présente de nombreux atouts, notamment la réduction de la charge soutenue du prix des équipements par les armées françaises, puisque sur une location sur 15 ans, celles-ci ne débourseraient que 65 % du prix de vente de l’équipement, le reste étant à la charge du client suivant.

OPV Adroit
le patrouilleur l’Adroit a été loué pendant plusieurs années par la Marine nationale, avant d’être vendu à l’Argentine.

En outre, ce modèle permet d’avoir un impact significatif sur les couts de maintenance, puisque l’ensemble des équipements seront récents, alors que les couts de modernisation à mi-vie de ces mêmes équipements, seraient, eux aussi, à la charge du client suivant.

Ce modèle permettrait d’accélérer sensiblement le tempo technologique de l’industrie de défense française, avec un cycle générationnel sur 15 à 20 ans, et non sur 30 à 40 ans, comme aujourd’hui, tout en favorisant les séries plus limitées, de sorte à accroitre le catalogue efficace de l’industrie de défense française, sur la scène internationale.

Enfin, il convient de rappeler qu’un équipement majeur, comme un avion de combat ou un sous-marin, génère un chiffre d’affaires récurrent équivalent à 2 à 4 % de sa valeur d’achat chaque année, auprès de l’industrie de défense française, qu’ils soient neufs ou d’occasion, ceci contribuant à augmenter le chiffre d’affaires export, donc les recettes budgétaires, générés pour celle-ci.

Appliqué ici, ce modèle permettrait de réduire les couts pour les armées de 35 % des sommes investies en matière d’équipements, pour un nombre d’équipements équivalent. Pour les 2 % PIB précédemment évoqués pour ce besoin, cela engendre donc une économie budgétaire équivalente à 0,7 point de PIB.

Or, 0,7 % PIB, c’est précisément ce qui permettrait d’amener l’effort budgétaire résiduel de 1,7 % à 1 % du PIB, pour un équivalent budgétaire valant 4,5 % du PIB, soit un niveau strictement équivalent à ce qu’il sera, en 2030, avec un effort de défense de 2,25 % PIB.

INS Vagir Kalvari-class Scorpene-MDL Mazagon-Naval group
La hausse des crédits de défense français ne pourra se faire qu’en coordination avec les partenaires clés de l’indsutrie de défense française, comme l’Inde, l’Egypte, la Grèce, la Belgique ou les Emirats Arabes unis.

Il convient de noter qu’ici, toutes les valeurs avancées sont prises par défaut. Ainsi, ne sont pas pris en compte la réalité du coefficient multiplicateur keynésien de l’industrie de défense, celui-ci étant très certainement très supérieur à celui de l’industrie française en général, du fait de son exposition beaucoup plus faible aux importations, dans sa supply chain.

Par ailleurs, les emplois qui seraient créés, notamment par le passage d’un investissement de 0,5 à 2 % du PIB, dans l’industrie de défense, engendreraient une baisse notable du chômage et donc des dépenses sociales entourant cette faiblesse économique. Enfin, les effets induits par cette augmentation de l’effort industriel de défense, notamment les grappes technologiques chères à Joseph Schumpeter.

Le marché européen de l’armement à la veille d’une transformation radicale et dimensionnante, sous la pression des États-Unis

Pour respecter les projections faites dans la démonstration qui précède, un œil averti aura remarqué qu’il faudra, à l’industrie française de défense, s’assurer de respecter un taux d’exportation représentant 50 % des crédits alloués par l’État, ce qui suppose des exportations annuelles à 30 Md€, ou au-delà.

Ces exportations industrielles de défense françaises devront donc plus que doubler, dans les années à venir, pour équilibrer le modèle. Fort heureusement, le contexte qui se dessine, se prêtera parfaitement à cette hausse des objectifs d’exportation français.

En effet, en imposant un effort de défense à 3 % du PIB à l’ensemble des pays européens, pour continuer de bénéficier de la protection américaine, Donald Trump va engendrer une hausse de plus de 150 Md€ des crédits de défense annuels en Europe, dont 50 Md€, au moins, seront destinés à l’acquisition de nouveaux équipements.

tube caesar nexter KNDS france
la reorganisation de l’indsutrie de défense et de son offre seront necessaires pour soutenur une hausse du budget des armées.

Ce réarmement massif européen va très probablement entrainer un alignement rapide sur les théâtres adjacents, notamment de la part de la Russie et de la Turquie, eux-mêmes engendrant des réactions en série en Asie centrale et au Proche et Moyen-Orient. Enfin, en libérant les ressources militaires américaines, car suffisantes pour contenir la menace russe en Europe, cette hausse européenne va potentiellement entrainer une hausse des crédits défense en Chine.

En d’autres termes, en exigeant des Européens un effort de défense à 3 % PIB, Donald Trump va donner le départ à une nouvelle course aux armements comme le monde n’en avait plus connu depuis le début des années 50.

Si cette nouvelle course aux armements ne présage rien de bon, pour les décennies à venir, pour ce qui concerne la paix dans le monde, elle va entrainer une hausse significative de la demande mondiale d’armement, susceptible de permettre à la France d’équilibrer son modèle, d’abord en Europe, puis dans vers le reste de ses alliés.

Conclusion

On le voit, au-delà du risque incontestable, pour la France, d’un déclassement rapide sur la scène mondiale et européenne, en lien avec la prochaine course aux armements qui se dessine, et en dépit des difficultés que rencontre le pays, en matière de dépense publique, il est possible de concevoir un modèle qui permettrait à Paris de contenir cette menace, et de préserver ses attributs internationaux et européens, sans menacer la difficile reconstruction budgétaire qui se dessine.

Pete Hegseth TRump
Les pressions exercées par Donald Trump, et qui ne manqueront pas d’être relayées par Pete Hegseth, le prochain Secretaire à la Défense américain, pour l’augmentation des budgets européens de défense, vont certaineemnt declencher une nouvelle course aux armements majeure dans le monde.

Ainsi, une application des notions de retour budgétaire et du modèle Socle Défense, permettrait d’équilibrer les dépenses de défense françaises avec celles d’une Allemagne consacrant 3 % de son PIB à ses armées, sans creuser les déficits, et sans accroitre la pression fiscale sur les contribuables.

Pour autant, pour y parvenir, cette approche doit s’éloigner considérablement des modèles traditionnels. Ce faisant, elle est difficile à assimiler, et encore davantage à accepter, par les dirigeants politiques et les partis politiques, ce d’autant que peu d’entre eux font de la place de la France sur l’échiquier mondial, et de l’efficacité des armées du pays, un enjeu majeur de leur programme.

Reste à voir, donc, si dans le paysage chaotique qui se dessine dans le pays, certains dirigeants auront la carrure pour imposer ce débat sur la scène publique, d’en faire un véritable enjeu politique, et de proposer des solutions soutenables, et nécessairement en rupture avec les modèles traditionnels, pour y parvenir ?

Les États-Unis proposent le F-16V à la Colombie dans une proposition aussi agressive que douteuse

Comme en Thaïlande et aux Philippines, les États-Unis dégainent le F-16V dans une offre de la dernière chance, pour tenter d’empêcher la vente d’un appareil européen à un pays allié.

Depuis deux ans maintenant, Bogotá tente de remplacer ses avions de combat Kfir, formant la seule flotte de chasse au sein des forces aériennes colombiennes. Ainsi, en décembre 2022, à l’issue d’une compétition menée par l’Armée de l’air du pays, c’était le Rafale de Dassault Aviation qui avait été désigné vainqueur, et devait être commandé.

Toutefois, suite à un désaccord concernant le nombre d’appareils commandés, les négociations échouèrent, alors que l’enveloppe de presque 600 m$, libérée par le Parlement colombien, devait être employée avant le 31 décembre 2022.

Quoi qu’il en soit, au terme de cet épisode, le président, Gustavo Petro, décida de relancer une consultation globale, plutôt que de négocier avec Dassault sur des bases plus consensuelles. Celle-ci serait proche de sa conclusion, à en croire les indiscrétions, parfois contradictoires, faites à la presse par des officiels colombiens, et ce serait, à nouveau, un appareil européen, le Gripen suédois, le Rafale français ou le Typhoon, qui devrait être choisi.

C’est dans ce contexte que Washington vient de lancer toutes ses forces dans la bataille, avec une offre autour du F-16V, présentée comme étant aussi agressive sur les prix que sur les conditions d’application, pour tenter de garder un pied au sein d’une des principales forces aériennes sud-américaines.

Alors que les forces aériennes colombiennes n’ont plus qu’une poignée de Kfir en état de vol, Bogotá n’a toujours pas choisi son futur avion de combat

En 2022, l’urgence pour Bogotá, était le fait de la durée limitée de l’enveloppe initiale allouée par le Parlement colombien, pour financer la première tranche d’avions de combat devant remplacer les Kfir C10/12 alors en service.

Kfir C10 Forces aériennes colombiennes
Il ne reste plus qu’une poignée de Kfir colombiens en état de vol aujourd’hui.

Si la dimension budgétaire a été conduite de manière plus conventionnelle, cette fois, le caractère d’urgence demeure, lui, tout aussi important, voire davantage. En effet, suite à de vifs échanges entre l’ambassadeur israélien en Colombie, et le président Gustavo Petro, au sujet de l’attaque du Hamas 7 octobre 2023, Jérusalem a annoncé l’annulation du renouvellement tacite des contrats de maintenance de tous les équipements militaires israéliens en service, au sein des forces armées colombiennes, dont la flotte de chasseur Kfir.

De fait, depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, cette flotte ne fonctionne plus que sur le stock de pièces existant, et sur la cannibalisation des appareils. Ainsi, au début du printemps 2024, il ne restait que 8 Kfir colombiens en état de vol, et ce nombre a encore baissé depuis cette date.

En dépit de cette urgence, et du fait que les forces aériennes colombiennes ont déjà constaté la recrudescence des vols de narcotrafiquants, liée à la diminution sensible de la présence de la chasse colombienne, le futur avion de combat colombien, n’a toujours pas été choisi par le cabinet de Gustavo Petro.

Des rumeurs contradictoires quant à la désignation du vainqueur pour remplacer les Kfir colombiens

Pourtant, les informations, à ce sujet, n’ont pas manqué, ces derniers mois. Ainsi, jusqu’il y a peu, c’étaient le Rafale français et le Typhoon européen qui étaient présentés comme les deux derniers finalistes par la presse locale, sur la base de déclarations obtenues d’officiels colombiens.

Écarté lors de la première compétition de 2022 par les forces aériennes colombiennes, au profit du Rafale, le Typhoon avait, en effet, fait un retour remarqué, porté par l’Espagne, qui proposait une partie de ses Typhoon Block 1 devant être retirés du service au sein des forces aériennes espagnoles, pour palier l’urgence colombiennes.

Rafale B et C Armée de l'Air et de l'Espace
Les forces aériennes colobmiennes avaient désigné le Rafale français comme le vainqueur de la compétition organisée en 2022.

Le Rafale, lui, avait toujours la préférence des forces aériennes du pays. Toutefois, le carnet de commande de Dassault s’est considérablement rempli ces deux dernières années, alors que les armées françaises n’ont plus la possibilité de se séparer d’appareils d’occasion pour former une offre temporaire, après s’être déjà séparées de 24 appareils au profit de la Grèce et la Croatie.

Il y a quelques jours, cependant, des indiscrétions recueillies par des journalistes locaux, et relayées par Reuters, affirmaient que Bogotá s’apprêtait à commander non pas des Rafale ou Typhoon, mais 18 JAS 39 Gripen E suédois. Selon les sources, les négociations seraient d’ores et déjà terminées, notamment après la visite du président colombien à Stockholm, cet été.

Pour autant, ni les autorités politiques ou militaires colombiennes, ni Saab, n’ont confirmé l’information, certains assurant même que la décision finale n’avait pas encore été prise. En outre, certaines explications données pour justifier de l’arbitrage en faveur du Gripen, qui n’avait pas la préférence des forces aériennes colombiennes, qui privilégiaient une solution bimoteur, peuvent apparaitre pour le moins surprenantes.

Ainsi, il semblerait que le choix en faveur de l’avion suédois, aurait été imposé par le président Petro, afin de répondre aux exigences du président brésilien Lula, alors que la Colombie déploie d’importants efforts pour se rapprocher de Brasília. Or, le Brésil n’a que peu d’intérêts à imposer un tel choix à son voisin, surtout en lien avec des sujets plus économiques et politiques que défense.

Saab JAS 39 Gripen C Flygvapnet
Le JAS 39 suédois aurait su séduire le président colobien, Gustavo Petro, faute d’avoir pu convaincre l’armée de l’air du pays.

En outre, il semblerait, justement, que le Brésil soit proche d’une commande de Rafale français, afin de convaincre Paris de participer à la conception de la tranche nucléaire de son sous-marin nucléaire d’attaque. En réalité, donc, pour l’heure, rien ne permet, effectivement, d’anticiper le choix du président Petro, pour le remplacement des Kfir Colombiens.

Avec le F-16V, Washington dégaine une offre non sollicitée, mais très agressive, pour sortir les Européens de Colombie

C’est dans ce contexte que les États-Unis viennent de faire une offre non sollicitée, mais très agressive, à Bogotá, dans ce dossier. Selon ce qu’il est possible de comprendre des articles de presse traitant du sujet, l’offre porterait sur des F-16 d’occasion, probablement des Block 50/52 de l’US Air Force, qui auraient été portés pour l’occasion au standard F-16V.

L’offre serait accompagnée d’une solution de financement intégrale, ainsi que d’une offre d’offset garantissant l’équivalent de 10.000 emplois, en particulier dans l’industrie aérospatiale colombienne, et d’un appui directement, notamment dans le domaine Cyber.

Bien que présentée comme très offensive et attractive, le montant de cette proposition, comme le nombre de cellules concernées, n’est pas spécifié. On rappellera cependant que les récents exemples de transformation de F-16 Block 50/52 au standard Block 70/72, s’avère presque aussi onéreuse que l’achat d’un appareil neuf.

F-16V Lockheed-Martin
Les F-16V proposés par les Etats-unis seraient des appareils d’occasion prélevés sur la flotte de l’US Air Force, et modernisés.

Ainsi, il est loin d’être acquis que la proposition américaine sera, effectivement, moins onéreuse que celle venue de Suède, et il est probable que celle-ci s’avère à peine moins chère que celle de la France, pour un appareil neuf, bimoteur et extrêmement performant.

L’acquisition de cellules d’occasion, venant de l’US Air Force, pose également de sérieux problèmes. Ainsi, les derniers F-16 livrés à l’USAF l’ont été il y a 25 ans. Les appareils proposés par Washington auront donc déjà consommé entre la moitié et les trois quarts de leur potentiel de vol, et ne pourront certainement plus véritablement évoluer dans les années à venir.

En d’autres termes, toute séduisante et offensive que l’offre américaine veut paraitre, elle présente également de très nombreuses faiblesses. Pas certain, dès lors, que cette démarche de la dernière chance, entreprise par Washington, pour conserver une des principales forces aériennes sud-américaines, sous son contrôle, suffise à écarter Bogotá du Gripen, ou d’un des deux bimoteurs européens.

Conclusion

La démarche entreprise ces derniers jours par les États-Unis pour tenter de faire dérailler la vente d’un avion de combat européen à un de ses alliés proches, n’est pas une première. Ces derniers mois, en effet, Washington a appliqué la même approche en Thaïlande et aux Philippines. Il semble d’ailleurs que Lockheed Martin se soit fait une spécialité de ce type de contre-offres intervenant en fin de compétition, une fois que tous les constructeurs ont posé leurs cartes.

Eurofighter Typhoon forces aériennes espagnoles
Eurofighter Typhoon Forces aériennes espagnoles

Si, à Bangkok, la démarche s’est soldée par un échec cinglant, les forces aériennes thaïlandaises ayant annoncé la commande de Gripen supplémentaires, elle s’est montrée suffisamment convaincante pour amener Manille à reporter l’annonce de la commande de Gripen C/D pour durcir sa flotte de chasse, annonce qui était imminente avant la visite le Lloyd Austin dans le pays.

Reste que, contrairement à son homologue philippin, le président colombien, n’a probablement plus le temps d’attendre, pour évoluer en détail, l’intérêt relatif de chacune des offres qui lui ont été transmises. Il est donc probable que, d’une manière ou d’une autre, le nom de l’appareil qui succèdera aux Kfir, au sein des forces aériennes colombiennes, sera très prochainement dévoilé.

Cependant, on peut douter que les questions de performances, et même les attentes des forces aériennes elles-mêmes, seront effectivement d’une quelconque importance dans ce dossier, tant celui-ci a été mené de manière chaotique depuis deux ans maintenant.

En proposant Pete Hegseth comme Secrétaire à la Défense, Donald Trump vise directement le Pentagone

Depuis que le nom de Pete Hegseth a été avancé par le cabinet de Donald Trump, pour prendre la fonction de secrétaire à la Défense américain, un puissant vent d’inquiétude et de fébrilité s’est levé au Pentagone, ainsi que dans les cercles Défense aux États-Unis.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette annonce a surpris, jusqu’au camp républicain, tant le profil de cet homme de 44 ans, est atypique pour ce poste appartenant au cercle restreint des personnages les plus influents de l’administration américaine, jouant notamment un rôle clé dans l’autorisation du feu nucléaire.

Mais plus que la surprise créée par cette proposition de nomination, qui doit encore être validée par le Sénat, c’est l’inquiétude qu’elle suscite dans le débat défense outre-atlantique. En effet, ce fidèle de Donald Trump s’est distingué, ces dernières années, par des positions particulièrement radicales, concernant le Pentagone et la politique internationale américaine.

Vétéran de la Garde nationale, animateur sur Fox News et soutien fidèle de D.Trump, qui est Pete Hegseth, choisi par le président élu pour être le prochain Secrétaire à la Défense ?

Il faut dire que Pete Hegseth a un profil pour le moins atypique, pour ce poste stratégique de l’administration présidentielle américaine. Par sa jeunesse, d’abord. À 44 ans, il sera le plus jeune Secrétaire à la Défense américain, depuis la nomination de Donald Rumsfeld, qui avait 43 ans en 1975, au sein de l’administration Ford.

Pete Hegseth garde nationale du Minnesota
pete Hegseth était capitaine de la Garde nationale du Minnesota. Il a participé à plusieurs déploiements, en Afghanistan, à Guantanamo et en Irak.

Par son manque d’expérience dans ce domaine hautement politique, ensuite. En effet, contrairement à l’immense majorité de ses 28 prédécesseurs, depuis la création de cette position en 1947 par Harry Truman, celui-ci n’est ni un officier général multi étoilé, ni un spécialiste des relations internationales et de la politique défense américaine, ayant fait ses armes dans les administrations précédentes.

Ainsi, si Pete Hegseth a une réelle expérience militaire, celle-ci s’est limitée à son rôle d’officier subalterne au sein de la garde nationale du Minnesota, avec laquelle il commanda une section de combat en Afghanistan, puis à Guantánamo, et il fut envoyé comme instructeur en techniques anti-insurrectionnelles en Irak.

Depuis son retour d’Irak, l’homme a développé un ressentiment sévère contre la manière dont le Pentagone considère ses hommes, ainsi que pour les opérations extérieures américaines, aussi couteuses en crédits qu’en vies humaines, qu’elles se sont avérées inutiles, selon lui.

Dans les années 2010, Pete Hegseth a publié plusieurs livres sur le sujet, dont le récent « The War on Warriors : Behind the Betrayal of the Men Who Keep Us Free« , particulièrement vindicatif contre le Pentagone et la politique internationale américaine ces dernières années, pendant qu’il co-dirigeait une association de vétérans américains.

Pete hegseth livre
Dans son dernier livre, Pete hegseth se montre très critique contre les instances dirigeantes vis-à-vis de leur façon de procéder avec les militaires.

C’est cependant sa participation comme coanimateur du Fox & Friends Weekend à partir de 2014, un show hebdomadaire sur Fox News, qui rendit Pete Hegseth célèbre auprès du public. Celle-ci lui permit, notamment, de se rapprocher de Donald Trump à l’occasion des élections de 2016.

Les deux hommes ont, depuis, semble-t-il, développé une amitié réciproque, alors que Pete Hegseth a montré une grande fidélité pour le nouveau président élu américain, y compris lors des années difficiles ayant suivi son premier mandat. Donald Trump l’avait récemment présenté comme étant « dur, intelligent et un vrai croyant en America First« .

Un fervent opposant à l’interventionnisme américain, au wokisme et à la féminisation des armées américaines

Pour autant, ce ne sont pas tant la jeunesse, ni le manque d’expérience de Pete Hegseth, qui ont engendré la vague d’inquiétudes non feintes qui s’est emparée du Pentagone et des milieux Défense américains depuis deux jours.

L’ancien capitaine a, en effet, exprimé avec vigueur, dans ses livres ou dans ses interventions, plusieurs positions allant à l’encontre de la tradition des armées et de la politique internationale américaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

femmes dans les armées américaines
pour le futur secretaire à la Défense américain, les femmes n’ont pas leur place au comabt, car elles tendent à abaisser le niveau des untiés combattantes…

Ainsi, il a, à plusieurs reprises, exprimé son opposition à l’interventionnisme américain, au travers des armées US, dans le monde, en particulier pour protéger des alliés. « Je refuse que mon fils aille se battre dans le Donbass« , avait-il déclaré il y a quelques mois, même si, en 2012, celui-ci soutenait activement l’augmentation des moyens américains envoyés en Irak, au sein de l’association Vet for Freedom.

Ce sont cependant par ses positions fermement conservatrices et anti-woke, que Pete Hegseth s’est illustré sur la scène publique ces dernières années. Celui-ci préconise, en particulier, le retrait des femmes des postes combattants au sein des armées américaines, estimant qu’elles faisaient baisser le niveau global des forces.

Une chasse aux officiers généraux « Woke » se prépare au Pentagone

À ce titre, autour de la proposition de nomination de Pete Hegseth au poste de Secrétaire à la Défense, circule au cœur du Pentagone depuis deux jours, de nombreuses rumeurs concernant une prochaine chasse aux sorcières, au sein des officiers généraux américains, et surtout des chefs d’état-major, après le 20 janvier et l’investiture de Donald Trump.

Si l’hypothèse de cette chasse aux sorcières étoilées au Pentagone, semble être généralement admise, le profil des généraux et amiraux qui sont dans le collimateur du nouveau président, semble donner matière à débat, au sein de la presse spécialisée.

Ainsi, pour BreakingDefense.com, ce seront avant tout les officiers généraux ayant participé à la mise en place de l’Initiative de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), lancée en 2016 par le Pentagone, qui subiront l’ire de la nouvelle administration. Cette initiative avait notamment ouvert l’ensemble des postes combattants aux femmes, et lutté contre les discriminations raciales et de genre, dans les armées américaines.

Mattis trump
Les de son premier Mandat, les militaires, ou anciens militaires comme James Mattis, ont souvent fait office de gardefou vis-à-vis des decisions présidetielles parfois très excessives ou incensées.

Pour le Japantimes.co.jp, en revanche, ce seraient les généraux et amiraux proches de l’ancien chef d’état-major des armées, le général Mark Milley, qui seraient dans le collimateur de Donald Trump et de Pete Hegseth. Celui-ci s’était, en effet, à plusieurs reprises opposé aux décisions jugées excessives de Donald Trump, lorsqu’il était locataire du Bureau Ovale, comme lorsque ce dernier avait ordonné des frappes massives contre l’Iran, finalement avortée, suite à la destruction d’un drone RQ-4 américain.

Pour le site d’information nippon, citant des sources internes, ce seraient ainsi les officiers généraux de haut rang, nommés par le général Milley, qui sont visés par la nouvelle administration.

Donald Trump veut placer des généraux « fidèles » aux postes clés des armées, éliminant les derniers contre-pouvoirs américains face à lui

Le fait est, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit globalement des mêmes officiers généraux qui, aujourd’hui, pilotent le Pentagone. Or, de toute évidence, Donald Trump entend ne plus avoir les mêmes oppositions que celles qui entravèrent sa liberté d’action, intérieure comme extérieure, que lors de son premier mandat.

Ainsi, toutes les récentes nominations ou propositions de nomination, annoncées récemment par Donald Trump pour sa prochaine administration, montrent que le président élu privilégie, en tout, la plus grande fidélité à sa personne, plutôt que l’expérience ou la compétence.

Pentagon armées américaines
Donald Trump veut s’assurer d’un controle total du Pentagone

Or, traditionnellement, les nominations aux postes clés du Pentagone, pour la partie militaire, suivent une logique indépendante de la vie politique américaine, même si les propositions faites par le Pentagone doivent aussi avoir l’aval du Sénat.

De fait, en procédant à une purge massive au sein des postes clés militaires du Pentagone, Donald Trump entend éliminer l’un des plus puissants contre-pouvoirs existants aux États-Unis, en particulier lorsqu’il s’agit d’employer les forces armées américaines sur le sol national, évoquée par le candidat Trump lors de sa campagne, mais rejettée vivement par l’ensemble des chefs d’état-major actuellement en poste, car contraire aux institutions.

Quels messages la nomination de Pete Hegseth envoie-t-elle à l’OTAN et aux alliés des États-Unis ?

La nomination de Pete Hegseth, au poste de Secrétaire à la Défense, envoie donc un message particulièrement clair en matière de politique intérieure, afin de faire table rase des élites mises en cause, tout au long de la campagne, par Donald Trump, comme étant à l’origine de tous les maux du peuple américain.

Sur la scène internationale, en revanche, le message est beaucoup plus insidieux. En effet, tout indique que Pete Hegseth n’aura pas le poids d’un Lloyd Austin ou d’un Jim Mattis, pour diriger la politique militaire internationale américaine.

De toute évidence, donc, ces aspects seront directement pilotés par Donald Trump et le Bureau Ovale, le SECDEF jouant surtout le rôle de porte-voix du président américain dans ces dossiers.

victoire électorale donald trump
Par ses nombreuses déclarations, et les nominations pour son cabinet, Donald Trump a d »ores et déjà considerablement détèrioré l’efficacité de la posture dissuaive des Etats-Unis, cocnernant les alliés du pays.

Ce n’est pas pour autant une bonne nouvelle pour les alliés des États-Unis. En effet, après avoir sensiblement adouci son discours sur la gestion des alliances, au cours de la campagne, celui-ci s’est montré à nouveau particulièrement virulent, en fin de campagne, en particulier vis-à-vis des principaux alliés des États-Unis, l’OTAN en Europe, et le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et l’Australie, dans le Pacifique.

Or, par la simple nomination de Pete Hegseth à ce poste, Donald Trump affaiblit à nouveau la posture dissuasive globale occidentale, ce, après que ses propres déclarations répétées l’avaient déjà sensiblement détériorée ces derniers mois.

Cet affaiblissement sémantique aura, en effet, certainement été bien entendu par Moscou, Pékin ou Pyongyang, sur leurs théâtres respectifs, sachant que le futur locataire de la Maison-Blanche répète, à qui mieux-mieux, qu’il ne sacrifiera pas la vie d’Américains pour défendre ses alliés.

Conclusion

Ceux qui attendaient une certaine normalisation de la vie politique américaine, une fois les élections passées, seront assurément déçus. En effet, la construction de l’administration américaine à venir et les propositions des nominations qui se succèdent, montrent un visage tout aussi clivant, et parfois inquiétant, que les discours offensifs du candidat Trump, il y a quelques mois.

De toute évidence, par la nomination de Pete Hegseth, Donald Trump entend conforter sa mainmise sur les armées américaines, en particulier pour empêcher que le Pentagone entrave ses décisions potentielles, comme ce fut le cas lors de son premier mandat.

Pour les alliés des États-Unis, en revanche, cette nomination constitue un nouveau sujet d’inquiétude quant à l’évolution de la protection offerte par les États-Unis, notamment en affaiblissant, encore davantage, le potentiel dissuasif que cette protection américaine est censée garantir aux plus proches alliés de Washington.

Un premier contrat export pour le Su-57E aurait été signé, selon Rosoboronexport 

Depuis son entrée en service officielle, en 2020, le nouveau chasseur de 5ᵉ génération russe de l’avionneur Sukhoi, le Su-57E, a plusieurs fois été annoncé comme étant proche de signer son premier contrat d’exportation par Rosoboronexport et les autorités russes. Pourtant, jusqu’ici, jamais aucune de ces annonces ne s’était concrétisée.

En outre, le début de la guerre en Ukraine, a simultanément accru considérablement la pression sur l’industrie aéronautique russe et sa supply chain, privée en partie des indispensables composants occidentaux, et renforcé la vigilance des États-Unis, dans l’application de la législation CAATSA, qui promet à quiconque achètera des armements majeurs à la Russie, les pires des sanctions américaines.

Ainsi, plusieurs clients potentiels d’avions de combat russes, comme l’Égypte et l’Indonésie, ont été découragés par Washington, pour se reporter vers des appareils européens. Pourtant, alors que le Su-57 est l’une des attractions principales du salon aéronautique de Zhuhai, en Chine, Rosoboronexport vient d’annoncer qu’un premier contrat aurait été signé, pour la version export de l’appareil, le Su-57E.

Alexander Mikheev, CEO de Rosoboronexport, revendique la signature d’un premier contrat pour la version export Su-57E

Si le Su-57 était attendu avec impatience à Zhuhai, s’agissant de la première participation de l’appareil à un salon hors de Russie, il n’a pourtant pas spécialement impressionné les spécialistes, tout au moins lors de la phase statique et de missile en place.

Demonstration en vol du Su-57 au salon aéronautique de Zhuhai

En effet, les journalistes présents sur place ont pu remarquer de nombreux défauts de fabrication sur le modèle envoyé par Moscou, qui serait l’un des prototypes employés lors de la phase de développement, défauts qui pouvaient faire douter de l’efficacité et la furtivité réelle de l’appareil.

Les premières présentations en vol ont toutefois fait taire nombre de ces critiques, le Su-57 russe effectuant des acrobaties exceptionnelles, en particulier à si basse altitude, démontrant toute la super-manoeuvrabilité de l’appareil, spécialement à très faible vitesse.

C’est dans ce contexte que Alexander Mikheev, le CEO de Rosoboronexport, qui n’est autre que l’agence qui supervise les exportations des entreprises de défense russes, a déclaré, lors de sa visite du salon chinois, que le premier contrat portant sur le Su-57E, la version export du Su-57, avait d’ores et déjà été signé, ajoutant que d’autres discussions étaient avancées autour de l’appareil, qui suscite un important attrait sur la scène internationale.

Le nom du client maintenu secret par les autorités russes, par crainte des pressions CAATSA américaines

Le président de Rosoboronexport n’a toutefois pas donné davantage de précision, concernant le nom du pays qui aurait signé ce premier contrat, ni, d’ailleurs, la nature de ce contrat, qui peut de fait porter sur un grand nombre de sujets, et pas nécessairement, sur la commande ferme d’un certain nombre d’appareils.

Su-35se livrée egyptienne
L’Egypte a annulé une commande portant sur 24 Su-35s, certaineemnt suite à des pressions américaines et à la legisltation CAATSA.

Dans tous les cas, Moscou est désormais des plus discrets, pour ce qui concerne ses contrats d’exportation d’armes. Ainsi, il y a quelques jours, ce même Alexander Mikheev a indiqué que le carnet de commande export de l’industrie de défense russe, atteignait à présent 55 Md$, un chiffre très important, au regard de l’efficacité supposée des sanctions CAATSA.

Promulguée par Donald Trump en 2019, sous la pression du Sénat, la législation CAATSA, pour Countering America’s Adversaries Through Sanction Act, permet à l’exécutif américain de mettre en place de sévères sanctions économiques extraterritoriales contre les états clients de l’industrie de défense d’un adversaire des États-Unis, comme la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord.

Étonnamment, alors qu’elle focalise toute l’attention du Pentagone depuis quatre ans maintenant, la Chine n’est pas visée, dans ses exportations d’armement, par cette loi, tout au moins jusqu’à présent. L’application de ce traité, ainsi que les effets de la guerre en Ukraine, ont d’ailleurs permis à la France de ravir la seconde place sur le podium mondial des exportateurs d’armement, pour la période 2017-2022.

En outre, à plusieurs reprises, des contrats signés entre Moscou et un client international, ont été annulés, suite aux pressions américaines. Ce fut le cas en Égypte, au sujet de la livraison de 24 Su-35s, ainsi qu’en Indonésie, pour le même appareil, alors que les clients traditionnels de l’industrie aéronautique militaire russe, comme le Vietnam et l’Algérie, se sont montrés beaucoup moins enthousiaste pour négocier de nouveaux contrats avec Moscou, depuis 2020.

Algérie, Vietnam et Bielorussie parmi les clients exports les plus probables pour le Su-57E, à moins qu’il s’agisse de la Corée du Nord ou de l’Iran

Il n’est donc pas surprenant que Moscou, comme l’éventuel client en question, se montrent tous deux très discrets, au sujet de ce contrat potentiel, de sorte à éviter le déchainement des sanctions américaines, tout au moins, dans l’immédiat.

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Prototype de Su-57 lors des essais en vol

Reste que parmi les clients traditionnels de l’industrie aéronautique russe, bien peu prendraient le risque de faire face aux sanctions CATSAA, pour le nouveau chasseur de Sukhoï. Ainsi, son plus important client export défense, l’Inde, est à présent bien trop dépendante de l’industrie américaine, pour prendre un tel risque. Il en va de même de l’Indonésie ou de l’Égypte.

Les pays du Caucase et d’Asie centrale semblent, eux aussi, à exclure, la région faisant à présent l’objet d’un puissant bras de fer géopolitique entre Moscou et Pékin. Le Venezuela, enfin, pourrait être un candidat crédible, mais les grandes difficultés économiques du pays, semblent exclure cette hypothèse, comme c’est aussi el cas pour Cuba.

Trois clients traditionnels pourraient, en revanche, accepter le risque US pour se doter du nouveau chasseur russe. L’Algérie, d’abord, alors que les tensions avec le voisin marocain, allié des États-Unis et de la France, ne cessent de croitre, en particulier au sujet du Sahara occidental. Le Vietnam, ensuite, qui doit faire face à des tensions croissantes en mer de Chine avec Pékin et l’APL.

Ces deux pays sont à la fois faiblement dépendants économiquement des États-Unis, et disposent tous deux d’une position stratégique leur permettant de négocier avec Washington, pour adoucir l’effet des sanctions. La Biélorussie, enfin, pourrait devenir le premier client export du Su-57E. Sous protectorat russe renforcé depuis trois ans, Minsk peut ainsi constituer le parfait « premier client export », du Su-57E, n’ayant guère à craindre de plus de la part de Washington, que les sanctions qui frappent déjà le pays.

KIm jong un Su-57 Moscou septembre 2023
Kim Jong Un dans un cockpit de Su-57 lors de sa visite en Russie en septembre 2023

Toutefois, les deux candidats les plus inquiétants, si pas les plus probables, concernant l’exportation du Su-57E, ne sont autres que les deux alliés les plus actifs de Moscou, dans sa guerre contre l’Ukraine, la Corée du Nord, d’une part, et l’Iran, de l’autre.

Moscou est, en effet, redevable, économiquement comme politiquement, tant vis-à-vis de Téhéran que de Pyongyang. En outre, les deux pays n’ont, eux non plus, strictement rien à craindre de plus, des sanctions américaines. Enfin, Moscou ayant déjà violé les résolutions de l’ONU concernant ces pays, pour importer des armements iraniens et nord-coréens, contourner les sanctions du Conseil de Sécurité, pour exporter en retour des Su-57E vers eux, ne modifierait en rien la situation.

Bien évidemment, l’arrivée du Su-57e en Algérie, au Vietnam ou en Biélorussie aurait de quoi inquiéter, sur les théâtres concernés. En revanche, si ces derniers étaient envoyés, en nombre suffisant, en Iran ou en Corée du Nord, cela pourrait engendrer une évolution sensible des rapports de forces régionaux, sur deux des théâtres les plus instables de la planète.

La question de la production des appareils russes reste posée

Pour autant, aujourd’hui, il convient de rester prudent, concernant les déclarations de Alexander Mikheev à ce sujet. En effet, non seulement celle-ci est à ce point floue, qu’elle pourrait porter sur un grand nombre sujets, sans pour autant acter l’exportation des appareils, mais tout indique qu’aujourd’hui, l’industrie aéronautique russe rencontre d’importantes difficultés, pour produire le chasseur, à destination des forces aériennes russes.

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la constructiond es 76 Su-57 commandés par les forces aériennes russes, rencontrerait d’importantes difficutlés d’approvisionnement et de retards.

Il n’y aurait, à ce jour, qu’une douzaine à une quinzaine de Su-57 opérationnels au sein des forces aériennes russes, sur les 76 qui doivent être livrés d’ici à 2028, selon la commande passée en 2021. Or, les livraisons constatées sont loin de respecter la planification établie, alors que plusieurs rapports indirects font état de tensions très importantes sur la Supply chain de l’appareil, en particulier pour ce qui compose son électronique embarquée.

Alors que, de l’aveu même des VVF, les forces aériennes russes, le Su-57 est le seul appareil capable de s’approcher des Patriot, NASAMS et autres IRIS-T SLM, on peut douter que celles-ci acceptent de réduire leurs propres cadences de livraison, pour satisfaire un marché export.

Dès lors, sans nécessairement mettre en doute les déclarations du CEO de Rosoboronexport, il convient de garder à l’esprit qu’un grand nombre d’inconnues entourent encore cette déclaration, volontairement très floue, et qu’il convient surtout d’éviter toute surinterprétation, à ce sujet.

La Royal Australian Navy retient la MEKO 200 et la FFM 30 Mogami, pour remplacer les frégates classe Anzac

En bien des aspects, les grands programmes navals de la Royal Australian Navy, ressemblent à des films de Quentin Tarantino. Cela part toujours calmement et dans un univers bien connu, avant de se transformer en un chaos indescriptible.

Ce fut le cas des sous-marins français pour remplacer les Collins, eux-mêmes déjà forts chaotiques, et c’est aujourd’hui le cas de ses deux principaux programmes du moment, les sous-marins nucléaires d’attaque du programme SSN-AUKUS, et les frégates lourdes Type 26 de la classe Hunter.

C’est précisément pour pallier, en partie, les dérives de ce dernier programme, que la Royal Australian Navy a lancé, il y a un an, un nouveau programme, moins ambitieux, visant à acquérir 11 frégates légères destinées à remplacer les frégates de la classe Anzac, actuellement en service.

À l’issue d’une première phase, qui vient de s’achever, les autorités australiennes ont révélé les deux modèles de frégates, qui seront évalués à l’occasion de la phase finale de cette compétition, qui doit s’achever dans un an, en 2025, et qui doit permettre de livrer le premier navire, en 2029.

Les frégates légères MEKO 200 et Mogami en finale pour remplacer les frégates classe Anzac de la Royal Australian Navy

Après avoir écarté les propositions espagnoles, sud-coréennes et italiennes, la Royal Australian Navy a donc retenu, pour la phase finale de sa compétition, deux modèles, la frégate légère MEKO 200, de l’allemand tKMS, et la frégate FFM 30 Mogami, du japonais Mitsubishi. Un choix particulièrement intéressant, puisqu’en de très nombreux aspects, ces deux navires, et l’offre industrielle qu’ils peuvent porter, sont radicalement différents.

La frégate MEKO 2000 de l’allemand tKMS, une valeur sûre et connue pour la Royal Australian Navy

En retenant la Meko 200 de l’allemand tKMS, la RAN navigue, pour ainsi dire, dans ses eaux territoriales. En effet, les 8 frégates de classe Anzac, commandées en 1986 et livrées de 1996 à 2006, que le nouveau programme doit permettre de remplacer, sont précisément dérivées de ce modèle.

Royal Australian navy Anzac Class
Les frégates de la classe Anzac ont été parmi les premiers navires de la longue série des Meko 200 de tKMS.

En outre, contrairement aux sous-marins de la classe Collins, entrés en service au même moment, les Anzac se sont bien comportées aux mains des marins australiens, et le modèle a donné satisfaction à la RAN, même si deux des 10 frégates initialement commandées, ont été annulées pour des questions budgétaires.

Depuis, le modèle de tKMS a remporté un important succès sur la scène internationale, devenant le modèle de frégates occidentales le plus exporté ces trente dernières années, avec 34 exemplaires commandés par huit marines.

Bien que daté, le modèle n’a cessé d’évoluer au fil des années, et les dernières Al-Aziz de la Marine égyptienne, entrées en service en 2024, n’ont plus grand-chose en commun avec les premières Yavuz grecques.

Le modèle proposé par tKMS en Australie, baptisé MEKO A210, est ainsi beaucoup plus lourd et long que les Anzac, atteignant un tonnage en charge de 4700 tonnes, contre 3600 t pour la M200. Ceci permet au navire d’emporter 4 systèmes VLS MK41, pour 32 silos verticaux, en plus du canon de 127 mm, d’un CIWS, de plusieurs canons légers téléopérés, et d’un système laser à haute énergie. Bien que ce ne soit pas évoqué, on peut supposer que le navire conserve ses deux tubes lance-torpilles de 324 mm pour la mission anti-sous-marines.

MEKO A210 TKMS
tKMS a présenté la Méko A210 aux autorités austrlaiennes, dans le cadre de la coméptition en cours pour le remplacement des Anzac. Si le navire est plus lourd et mieux armé que les Mekoo 200 traditionelles, il est également plus onéreux. On ignore si Canberra a retenu ce modèle, ou un modèle plus compact de la Meko de tKMS, pour la finale qui l’opposera à la Mogami japonaise.

2×8 missiles antinavires NSM et un hélicoptère moyen MH-60, confèrent au navire une importante puissance de feu anti-surface et anti-sous-marine, alors que les 32 silos Mk41, peuvent accueillir des missiles anti-aériens ESSM (4 par silos, 50 km), SM-2 et SM-6, le missile porte-torpille ASROC et le missile de croisière Tomahawk.

Comme imposé par la compétition, le navire est proposé avec le radar AESA à faces planes CEA CEAFAR, conférant au navire des capacités antiaériennes soutenues, et dispose d’un sonar de coque et d’un sonar tracté à profondeur variable, pour les missions anti-sous-marins.

La FFM 30 Mogami japonaise, un navire conçu pour offrir un excellent rapport performances-prix

En soi, la MEKO 210 de tKMS, n’a que peu à envier à des navires comme la FDI française, ou la PPA italienne, en termes de performances, et de puissance de feu. En toute logique, elle devrait donc être proposée à un prix unitaire équivalent, soit autour de 700 m€, soit plus de 1 Md$ australiens, alors que le budget prévisionnel de la RAN n’est que de 1 md$ AUS par navire, transferts de technologies compris.

Dans ce domaine, ce sera incontestablement la FFM30 Mogami nippone, qui aura l’avantage dans cette phase finale de la compétition. En effet, le navire de 133 mètres et 5500 tonnes en charge, a été conçu avant tout pour offrir un excellent rapport performances prix pour les forces navales d’autodéfense nippones, qui devaient rapidement remplacer plusieurs classes de destroyers d’escorte datant des années 70, face à la montée en puissance de la Marine chinoise.

JNSDF Mogami
En bien des aspects, les frégates de la classe Mogami sont les héritières des FLF Lafayette françaises, le navire etant conçu pour la furtivité et pour offrir un rapport performances prix trés attractif.

Ainsi, chaque FFM30 n’aura couté que 50 Md¥, soit 450 Md$, à la Marine japonaise, et les navires sont produits à un rythme de deux nouvelles frégates chaque année. Pour atteindre ces couts, et cette productivité, les forces navales nippones ont dû accepter certains sacrifices.

Ainsi, les Mogami sont sensiblement moins bien armées que la MEKO 210 proposée par tKMS. Outre le canon de 127 mm, celle-ci ne peut emporter que deux MK41, soit 16 silos, et le modèle nippon n’emporte que 8 missiles antinavires Type 17. Un CIWS SeaRam, de l’artillerie légère téléopérée et deux tubes lance-torpilles triples, complètent cet armement.

À noter que cette configuration a depuis été jugée insuffisante par les forces navales d’autodéfense nippones, qui ont tronqué la production des Mogami à seulement 10 unités. la construction d’une nouvelle classe, plus lourde (6000 tonnes), plus longue (142m), et emportant notamment 32 silos verticaux, prendra le relais à partir de 2025, pour une entrée en service prévue en 2029.

En termes de senseurs, les Mogami en version australienne, emporteront le même radar CEA CEAFAR, ainsi qu’une suite sonar comparable, conférant aux navires un rôle sensiblement équivalent, quel que soit le modèle retenu par al Royal Australian Navy.

La proposition industrielle pourrait être un facteur déterminant de la décision australienne

Les différences de prix et de puissance de feu ne sont pourtant pas les éléments les plus différenciant entre les offres allemandes et japonaises dans cette compétition. En effet, la proposition industrielle de chaque participant sera largement conditionnée par sa propre expérience, ainsi que par des considérations régionales à forte influence.

Construction frégate Mogami chantiers navals Mitsubishi de Nagasaki
Si les chantiers navals Mistsuibishi de nagasaki lancent 2 Mogami par an, ils manquent d’experiences dans l’accompagnement d’un partenaire étranger, pour la construction locale des navires.

Dans ce domaine, l’allemand tKMS semble partir avec une longueur d’avance sur son concurrent nippon. En effet, l’allemand dispose d’une grande expérience pour ce qui concerne la production locale de ses navires, alors que 8 des 11 frégates qui seront commandées par la RAN devront être assemblées dans le pays.

En outre, celui-ci dispose déjà de l’expérience du tissu économique et industriel local australien, avec le programme Anzac, assemblé à Williamstown, au sud-ouest de Melbourne.

À l’inverse, l’industrie japonaise de défense a une expérience presque inexistante dans ce type de coopération, le pays n’ayant que depuis peu autorisé l’exportation d’équipements militaires offensifs, ou considérés comme tels, après que Shinzo Abe a modifié la constitution en 2021, pour l’assouplir dans ce domaine.

Considérant les déconvenues répétées qu’ont rencontrées les programmes navals australiens ces dernières années, on peut donc penser que Canberra privilégiera la sécurité d’un partenaire déjà connu et expérimenté dans ce domaine, sur une évolution d’un modèle de navire en service depuis plus de vingt ans dans le pays.

Le rôle des pressions liées à l’alliance AUKUS dans la conduite de la compétition australienne

Pour autant, d’autres facteurs pourraient bien influencer la décision australienne dans ce dossier, des facteurs qui, d’ailleurs, pourraient bien trouver leur origine bien au-delà de l’ile continent.

AUKUS Biden
Washington use de toute son influence dans le pacifique, pour renforcer l’alliance AUKUS. Le Japon et le Canada sont à présent dans le viseur des Etats-Unis, pour former le second pilier de cette alliance.

En effet, la sélection du Japon, comme finaliste dans cette compétition, n’est pas une surprise pour beaucoup d’observateurs spécialistes de la zone pacifique. De toute évidence, Canberra est tentée par une géopolitique beaucoup plus régionale, ces dernières années, ceci l’ayant notamment amené à choisir le véhicule de combat d’infanterie AS21 Redback sud-coréen, plutôt que le KF41 Lynx allemand, pour la modernisation de ses armées.

Toutefois, certains voient, dans cette décision, un gage donné à Tokyo par Canberra, pour convaincre le Japon de rejoindre le pilier deux de l’alliance Aukus, qui vise à structurer une défense collective dans la zone Pacifique, face à la montée en puissance de la Chine et de sa Marine militaire.

On retrouve, d’ailleurs, les mêmes considérations concernant le programme de sous-marins canadiens, Ottawa étant également pressenti pour rejoindre le second pilier Aukus, alors que certains estiment que Washington pourrait faire pression sur la compétition canadienne en faveur du Taigei nippon.

Dans tous les cas, l’influence américaine sur Canberra étant ce qu’elle est dans le pays, il est probable que Washington aura son mot à dire dans l’arbitrage final qui sera rendu pour le remplacement des Anzac australiennes.

L’immense défi pour maintenir le remplacement des frégates Anzac dans son budget et sur son calendrier

Reste à présent à patienter pour connaitre le vainqueur de cette compétition majeure, qui sera certainement dimensionnante pour son vainqueur, mais qui pourrait bien également, se transformer en cauchemar, pour ce dernier.

Hunter class Royal Australian navy
Les frégates Type 26 classe Hunter devaient initaielement permettre de remplacer les Anzac. Toutefois, les couts du programme s’envolant, celui-ci a été ramené à seulement 6 navires, mais toujours pour 40 Md$ AUS, obligeant la RAN à lancer un second programme, moins ambitieux, pour remplacer ses frégates et pour gagner en volume.

En effet, les derniers programmes australiens navals, n’ont pas du tout brillé par la maitrise de leurs agendas et prévisions budgétaires, en grande partie en lien avec les revirements et arbitrages itératifs contradictoires, provenant des autorités militaires et civiles du pays. Dès lors, tKMS comme Mitsubishi, devront s’attendre à d’importants vents contraires, dans les années à venir, s’ils remportent la compétition.

À l’inverse, après la gestion chaotique du programme de sous-marins de la classe Attack, puis de celui des frégates de la classe Hunter, et alors que beaucoup s’interrogent sur l’avenir du programme SSN-AUKUS, la Royal Australian Navy va devoir démontrer sa capacité pour piloter efficacement un grand programme industriel comme celui-ci. Il en va de sa crédibilité opérationnelle, tant ces navires sont indispensables, comme de sa crédibilité de client industriel, largement entamée par ses derniers programmes.

Pour l’heure, le programme en est encore à sa mise en place, une introduction calme et structurée. C’est par la suite, une fois le contrat attribué, que les choses pourraient se gâter…

Le rêve de défense européenne pourrait ne pas survivre à Donald Trump en 2025

Longtemps redouté, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, à compter du 20 janvier 2025, est désormais acté par sa victoire indéniable et complète lors des élections présidentielles américaines du 6 novembre.

Depuis, un sentiment d’inquiétude très palpable s’est emparé des chancelleries européennes et a été largement relayé par les médias. En effet, lors de sa campagne, Donald Trump a multiplié les exigences et les menaces, notamment à l’attention des Européens, et spécialement dans le domaine de la défense.

Pour certains, ce bouleversement géopolitique va créer le contexte nécessaire pour faire enfin émerger une véritable initiative européenne de défense coordonnée, tant du point de vue militaire qu’industriel, une position longtemps soutenue par Emmanuel Macron.

Dans les faits, cependant, on constate que l’attitude de certains chefs d’État européens, et non des moindres, s’oriente dans une direction toute autre, très éloignée de ces objectifs.

Alors, le retour de Donald Trump dans le Bureau ovale, sera-t-il le déclencheur tant attendu pour faire émerger une Europe autonome et indépendante, en matière de défense, ou, au contraire, va-t-il irrévocablement enterrer cet espoir porté par certains dirigeants européens ?

Les menaces de Donald Trump aux Européens et à l’OTAN durant la campagne présidentielle américaine

Il faut dire qu’au cours de cette campagne, Donald Trump a multiplié les remises en cause des engagements historiques des États-Unis vis-à-vis de l’Europe et de ses alliés de l’OTAN. Ainsi, dès le début de celle-ci, le candidat républicain avait orienté sa politique internationale selon trois directions : la fin de l’aide américaine à l’Ukraine, la mise en réserve des États-Unis vis-à-vis de l’OTAN, et la concentration des moyens militaires américains, pour faire face à la Chine.

Donald Trump campagne
Lors de sa campagne, Donald Trump a multiplié les menaces contre les partenaires et alliés des Etats-Unis, en particulier contre l’Europe et l’OTAN.

Alors que le candidat Trump progressait dans les sondages, ces menaces prirent de l’importance en Europe, ce d’autant qu’elles trouvaient un écho favorable, et un soutien affirmé, dans l’équipe de campagne du républicain, et dans les positions exprimées par certains think tank conservateur, comme le Heritage Foundation.

Ces annonces suscitèrent des réactions émotives de la part de certains dirigeants européens, amenant Donald Trump à niveler ses menaces, notamment en exigeant des Européens de payer « leur juste part« , pour assumer leur défense au sein de l’OTAN.

Concernant l’Ukraine, le discours a également évolué, passant d’un abandon pur et simple, à la promesse de mettre fin à cette guerre par la négociation directe avec Vladimir Poutine, en 24 heures seulement.

Quant à la juste participation attendue par Donald Trump pour ne pas se mettre en réserve de l’OTAN, elle est à présent supérieure ou égale à 3 % du PIB, alors que les Européens arrivent à peine à 1.97 % en moyenne, en 2024, avec de très importantes variations, selon l’éloignement du pays des frontières russes.

Loin d’être négligées par la classe politique américaine, ces menaces ont amené le Sénat à imposer, dans le cadre de la loi de finance 2024 du Pentagone, le vote d’une loi encadrant strictement les possibilités offertes au président américain, pour quitter l’OTAN, exigeant notamment un préavis de six mois et un vote d’une majorité des deux tiers du Sénat, en faveur de cette décision, pour qu’elle puisse être appliquée.

senat américain
Le sénat à fait coté une loi en 2023, dans le cadre de la loi de finance du Pentagone 2024, obligeant le président américain à obtenir une majorité des 2/3 au Sénat, pour pouvoir provoquer la sortie des Etats-Unis de l’OTAN. Pour autant, le président américain reste le seul arbitre concernant l’implication des Etats-Unis dans la défense colelctive de l’alliance.

De manière intéressante, cette loi a été validée par un vote bipartisan regroupant sénateurs démocrates et républicains modérés, seuls les sénateurs alignés sur Donald Trump s’y étant opposés. En outre, malgré l’immense succès électoral républicain du 6 novembre, les démocrates conservent 47 des 100 sièges au Sénat, empêchant donc, techniquement, une sortie de l’OTAN par les États-Unis, à l’initiative du président.

Certains Européens y voient l’opportunité de faire émerger une véritable défense européenne

Si Donald Trump ne peut pas forcer les États-Unis à quitter l’OTAN, il reste, en revanche, seul décisionnaire quant à la participation américaine effective à cette alliance, et spécifiquement pour interpréter l’application du fameux article 5, qui demeure à l’appréciation des Etats eux-mêmes.

Pour les dirigeants européens constituant les plus fervents défenseurs d’une émergence de l’autonomie stratégique européenne, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche constitue donc le point de départ qui donnera pleinement corps à la création d’une réelle autonomie stratégique européenne.

En effet, qu’ils soient contraints par Donald Trump et ses menaces d’une mise en réserve américaine de l’OTAN, ou par la crainte de devoir affronter la Russie sans l’appui des États-Unis, la plupart des pays européens n’auront d’autres choix que d’élever leur effort de défense à 3 % de leur PIB.

Emmanuel macron angela merkel 2017
En pleine tension entre Berlin et Washington, en 2017, Emmanuel macron et Angela Merkel ont lancé plusieurs grands programmes franco-allemands, censés constituer le socle pou l’émergence d’une autonomie stratégique européenne. 7 ans plus tard, il ne reste que SCAF et MGCS de ces 5 programmes, Tigre II, CIFS et MAWS ayant été abandonnés par Berlin.

Or, à ce niveau-là, et comme le souhaite le président élu américain, les armées européennes disposeront des moyens suffisants pour contenir la menace russe, voire pour prendre à leurs charges les théâtres périphériques, comme le Caucase, l’Afrique du Nord, et le Proche et Moyen-Orient.

Dès lors, sans remettre en question l’alliance transatlantique, la protection américaine pourrait s’avérer secondaire au sein de l’OTAN, permettant aux Européens de peser de tout leur poids sur les décisions de géopolitique mondiales.

Cette autonomie stratégique permettrait, en outre, la diminution de la dépendance des armées européennes aux armements américains, alors qu’elles ont consacré plus de 60 % de leurs crédits d’équipement, ces dernières années, pour acquérir des armes et munitions fabriquées aux États-Unis, même lorsque des alternatives européennes efficaces et performantes existaient.

Certains chefs d’État européens s’empressent de faire allégeance à Donald Trump

Ainsi exprimée, on peut comprendre que l’hypothèse de l’émergence prochaine d’une véritable initiative européenne de défense puisse être plus proche que jamais, avec l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche.

En effet, outre les menaces proférées par le président élu, celles-ci ont déjà sensiblement affaibli l’efficacité de la posture de dissuasion de l’OTAN, en particulier face à la Russie, en laissant planer le doute quant à la détermination de Washington, pour s’engager militairement face à Moscou, afin de défendre un allié européen.

En dépit de cela, la réaction des chefs d’État européens, ou, tout au moins, de certains d’entre eux, est allée à l’opposée de la direction anticipée par les partisans de l’Europe de la défense.

président Duda Donald Trump
Déjà lors de son premier mandat, le président Trump avait trouvé en Anrdezj Duda, le président Polonais, un soutien absolu en Europe, et un excellent client pour l’industrie de défense américaine.

C’est notamment le cas du président polonais, Andrzej Duda, qui a tenu un discours enflammé pour un rapprochement accru de l’Europe et des États-Unis, à la faveur de l’élection du nouveau président américain.

Loin de rejeter les exigences de Donald Trump pour imposer un effort de défense minimum de 3 % aux européens, la Pologne consacrant déjà plus de 5 % de son PIB à cette mission, celui-ci a jugé qu’une telle décision était nécessaire, et qu’il faudrait, certainement, exiger jusqu’à 3,5 %, pour pleinement dissuader Moscou.

Le président polonais a aussi fait part de ses doutes historiques, quant à la réalité d’une alliance européenne, pour protéger les pays frontaliers de la Russie (ou de la Biélorussie), préférant largement parier sur les États-Unis et Donald Trump, à ce sujet, et surtout sur une armée polonaise suffisamment puissante pour protéger ses frontières.

C’est aussi le cas de Giorgia Meloni, la présidente du conseil italien, qui s’est rapidement entretenue avec son allié politique, Donald Trump, pour lui assurer du plein engagement de l’Italie dans la politique qui sera poursuivie par Washington, particulièrement en Europe.

Plusieurs autres pays européens ont également pris, de manière assumée ou pas, une trajectoire visant davantage au rapprochement avec les États-Unis, afin de préserver la protection américaine et le bloc occidental, plutôt que de s’engager en faveur d’une construction européenne dans ce domaine. C’est, par exemple, le cas de la Hongrie, de la Suède et de la Slovénie, alors que, dans d’autres pays, ce sujet a mis en évidence les oppositions idéologiques au sein de l’équipe dirigeante, comme en République tchèque.

La stratégie européenne de la France en matière de Défense dans une impasse

Dans les faits, il ne reste que deux grands pays européens toujours engagés en faveur de l’émergence d’une défense européenne autonome : la France et l’Allemagne. Or, ces deux pays sont également la proie d’une importante instabilité politique, faisant perdre toute légitimité à la voix de leurs dirigeants sur la scène internationale.

SCAF NGF
Le programme SCAF constitue, aujourd’hui, le plus important programme européen en matière de coopération indsutrielle de défense. Il est aussi le receptacle de toute la realité de la compétition franco-allemande pour le leadership de l’Europe de la défense supposée.

En outre, l’un comme l’autre paient encore lourdement les vingt années de sous-investissements chroniques dans leurs armées, celles-ci ayant perdu beaucoup des capacités opérationnelles qui étaient les leurs à la fin de la guerre froide.

Pire encore, si Paris et Berlin visent tous deux l’émergence d’une Europe puissance, autonome et résiliente, les deux pays ne parviennent pas à s’entendre sur la manière d’y parvenir, et plus particulièrement, sur le leadership de celle-ci, l’un comme l’autre estimant être le plus à même de diriger cette alliance, la France sur la base de l’expérience de ses armées et sur sa dissuasion, l’Allemagne sur son influence économique et la bonne santé de ses finances publiques.

Faute d’entente entre les deux pays, que l’on retrouve jusqu’aux programmes industriels de défense franco-allemands lancés en 2017, dont le SCAF et le MGCS sont les derniers survivants, les initiatives de chacun, dans ce domaine, tendent à se neutraliser les unes les autres, ne laissant qu’un sentiment de cacophonie et d’inefficacité, au niveau des européens.

Quelles alternatives pour accroitre l’influence française en Europe en matière de défense à présent ?

Pour autant, la France dispose encore, en elle, de trois arguments susceptibles de lui donner une position motrice, pour faire émerger un socle européen de défense : des armées cohérentes ayant l’expérience du combat, une industrie de défense dimensionnée pour garantir l’autonomie stratégique, et une dissuasion nucléaire taillée pour neutraliser la menace russe.

Cherbourg naval group
La France est non seulement le seul pays européen à disposer d’une dissuasion, c’est aussi le seul à avoir une industrie de défense capable de produire la presque totalité des équipments pour ses propres armées.

Cependant, pour y parvenir, Paris devra radicalement changer de stratégie dans ce domaine. En effet, jusqu’à présent, la France s’est systématiquement tournée vers les grandes puissances économiques et industrielles européennes pour développer ses initiatives européennes.

C’est le cas de l’Allemagne, avec les programmes SCAF et MGCS, ainsi qu’avec la brigade franco-allemande ; de l’Italie avec une coopération navale et en matière de missiles ; et de la Grande-Bretagne avec les accords de Lancaster House.

Or, ces trois pays ne sont pas que des partenaires potentiels pour Paris, ce sont également des compétiteurs industriels et géopolitiques, spécialement en Europe. Il apparaît, à l’usage, que cette compétition surclasse très souvent les perspectives de coopération en faveur d’une autonomie stratégique européenne. C’est d’autant plus le cas que ces trois pays ont des industries de défense fréquemment très proches des grands groupes industriels américains.

Dans les faits, la France a bien davantage intérêt, dans ce domaine, à coopérer avec des États européens ou pan-européens, plus modestes, mais aussi plus nombreux, et beaucoup plus en demande d’une relation équilibrée avec une nation dotée.

C’est le cas de la Grèce qui doit encore faire face à la menace turque, sachant, à présent, qu’il est très improbable, avec le retour de Trump à Washington, que Washington interviendra en sa faveur en cas de conflit contre les armées d’Ankara. Pire encore, tout indique que les États-Unis autoriseront bientôt la vente de F-35 aux armées turques, peut-être la version B pour armer son nouveau porte-aéronefs.

RAfale grèce
Avec l’élection de Trump, la grèce aura plus que jamais besoin de la reaussurance de la France, face à la Turquie, qui ne pourra se limiter à de simples declarations d’intention.

C’est aussi le cas de la Belgique, du Luxembourg ainsi que des Pays-Bas. Bien que très proches, politiquement, de l’Allemagne et encore davantage des États-Unis, ces trois pays montrent de réelles réserves concernant l’évolution de la protection américaine, et sont donc des partenaires privilégiés potentiels pour Paris, comme on a pu le voir au travers des programmes CaMo, Orca et autres.

Les pays des Balkans, eux aussi, peuvent représenter des alliés privilégiés pour la France, afin de créer un premier socle, notamment pour ajouter une couche de dissuasion, aux accords de défense qui peuvent lier la France à ces pays situés dans la région la plus instable en Europe.

Dans tous les cas, si la France veut effectivement continuer à agir en faveur d’une autonomie stratégique européenne, et d’une dépendance réduite vis-à-vis de Washington, elle a tout intérêt à reconsidérer en profondeur ses priorités dans le domaine de la coopération stratégique et industrielle en Europe, pour proposer un modèle attractif à des pays susceptibles d’écoute, comme ceux évoqués ici, plutôt que de continuer à poursuivre un modèle qui depuis plus de 10 ans, maintenant, n’a abouti à aucun résultat probant.

Conclusion

On le voit, loin de donner le départ d’un vaste mouvement amenant les Européens vers une autonomie stratégique tant vantée depuis une décennie, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, pourrait bien sonner le glas de ces ambitions, en amenant une majorité d’européens à davantage de soumission au protectorat américain, comme préconisé par le président polonais, Andrzej Duda.

brigade franco-allemande
Le rêve de défense européenne pourrait ne pas survivre à Donald Trump en 2025 49

Si la France demeure attachée à cette autonomie stratégique, elle va donc devoir, très rapidement, abandonner l’idée d’un transfert d’autonomie du niveau national à un niveau européen, comme préconisé par le président Macron au travers des programmes SCAF et MGCS, pour revenir à une autonomie stratégique strictement nationale, et la plus étendue possible.

Un constat qui n’est pas sans rappeler celui qui amena le président de Gaulle à quitter le commandement intégré de l’OTAN, en 1966, précisément pour doter la France de cette autonomie stratégique.

Une fois celle-ci préservée, la France pourra alors se rapprocher des pays européens les plus en demande de partenariats équilibrés et fiables en matière de défense et d’industrie de défense, comma la Grèce, le Benelux ou les Balkans, afin de poser les bases d’une initiative européenne crédible et autonome dans ce domaine, pouvant servir socle à une extension future.

Dans tous les cas, loin de représenter un déclencheur pour l’Europe de la Défense, l’élection de Trump a toutes les chances d’agir d’abord et avant tout, comme le catalyseur des aspirations européennes à davantage de présence américaine sur le vieux continent, échangeant volontiers leur indépendance géopolitique, contre l’assurance de la protection offertes par les États-Unis, dont on peut raisonnablement douter, à en juger par la réalité de l’application du memorandum de Budapest en Ukraine.

Les armées françaises seront sévèrement sous-capacitaires jusqu’en 2030, au moins…

Plusieurs députés ont pointé les insuffisances qui touchent, aujourd’hui, les armées françaises, à l’occasion des discussions parlementaires en commission, entourant le budget 2025.

Plusieurs amendements et rapports parlementaires, ont ainsi mis en évidence le décrochage qui se dessine, dans les années à venir, entre le format théorique des armées, défini par la Revue stratégique de 2022, et validé par la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, et la réalité des inventaires qui seront disponibles, aux armées, sur cette période.

Ainsi, dans plusieurs domaines hautement critiques, comme la flotte d’avions de combat, de frégates, de sous-marins nucléaires d’attaque, ou encore de chars de combat, les armées françaises vont être chroniquement sous-équipées, lors de l’exécution de la LPM, dans une période qui s’avèrera certainement l’une des plus tendues de l’histoire récente, sur la scène internationale.

Pire encore, le format théorique, que les armées n’atteindront que partiellement, sur la LPM à venir, est identique à celui élaboré en 2013, par le gouvernement Ayrault, avec une volonté affichée de réduire les armées à leur stricte minimum, dans un contexte géopolitique radicalement différent, de ce qu’il est aujourd’hui.

Les grandes impasses de la LPM 2024-2030 refont surface à l’Assemblée nationale

Alors que les discussions sont vives, au Palais Bourbon, dans le cadre du vote du budget 2025 de l’État, plusieurs députés ont, par les amendements déposés et leurs rapports parlementaires, pointé des déficits capacitaires importants, qui vont toucher les armées françaises dans les quelques années à venir, en particulier pour ce qui concerne le respect du format capacitaire défini par la Revue stratégique de 2022.

L’Armée de l’Air et de l’Espace n’aura certainement pas les 185 chasseurs jusqu’en 2030

C’est notamment le cas du député RN du Var, Franck Giletti, très actif au sein de la Commission Défense, dont il est l’un des vice-présidents. Celui-ci a, en effet, déposé un amendement concernant les mesures à adopter, pour permettre à la flotte de chasse de l’Armée de l’Air d’aligner les 185 avions de combat prévus sur l’ensemble de la durée de la LPM, et pas uniquement en 2030.

Armée de l'air et de l'Espace Rafale Mirage 2000D
En 2030, l’Armées de l’Air et de l’Espace doit aligner 137 Rafale B/C et 48 Mirage 2000D, soit 185 avions de combat. Pour autant, il est probable que son format passera sous cette limite inférieure, au cours de l’execution de la LPM.

En effet, l’Armée de l’Air doit recevoir, dans les 5 années à venir, 42 Rafale supplémentaires. Ceux-ci vont remplacer les 24 Rafale cédés d’occasion à la Grèce et à la Croatie, et remplacer le retrait des Mirage 2000-5 et d’une douzaine des 60 Mirage 2000D en lice aujourd’hui, qui ne seront pas modernisés afin d’être prolongés jusqu’en 2035.

Or, Paris vient de confirmer l’envoi anticipé de 6 Mirage 2000-5 en Ukraine en 2025, alors que l’Armée de l’Air a enregistré, cette année, la perte tragique de deux appareils Rafale, suite à une collision en vol.

Celle-ci ne disposant d’aucune marge de manœuvre opérationnelle, ni d’aucune réserve, pour absorber ces prélèvements, il est très probable qu’ils amèneront le format de la flotte de chasse française, sous le seuil des 185 appareils, sur la période 2025-2030, même si le format en 2030, devrait être ramené à ce niveau, avec 137 Rafale et 48 Mirage 2000D modernisés.

La Marine nationale restera sous les 15 frégates de 1ᵉʳ rang jusqu’en 2028

Le problème est le même concernant les frégates, les sous-marins et les patrouilleurs de la Marine nationale. Ainsi, après l’annulation de la commande des cinq dernières FREMM de la classe Aquitaine, et leur remplacement par le développement des frégates FDI classe Amiral Ronarc’h, la Marine nationale a dû rapidement entreprendre la modernisation de trois de ses FLF classe Lafayette, pour les doter d’un sonar, notamment, afin d’un faire des frégates de 1ᵉʳ rang.

FLF modernisée
Bien que modernisées, les FLF ne peuvent être qualifiées de frégates de 1er rang, n’ayant pas de capacité d’escorte propres, et ne pouvant pas pleinement assurer leur sécurité, en zone de combat. Objectivement, le format de la flotte d’escorteur de la Marine nationale est aujourd’hui de 10 navires, contre 15 prévu par la Revue Stratégique.

En dehors de cette manœuvre bien peu convaincante, une FLF modernisée de correspondant en rien à la définition d’une frégate de 1ᵉʳ rang, car dépourvue de capacités d’escorte anti-sous-marine océanique ou anti-aérienne, cet artifice devait permettre de limiter dans le temps, le passage sous-capacitaire de la flotte d’escorteur français.

En effet, la dernière des frégates anti-sous-marines T-70 de la classe Georges Leygues, a été retirée du service en 2022, laissant la Marine nationale avec 6 frégates anti-sous-marines FREMM classe Aquitaine, deux frégates antiaériennes FREMM classe Alsace, deux frégates de défense aérienne classe Horizon, et les 3 FLF classe Lafayette modernisées, soit 13 frégates de 1ᵉʳ rang théoriques, et 10 de 1ᵉʳ rang effectif, et non 15, comme prévu par la RS 2022.

La première FDi, la frégate Amiral Ronarc’h, entrera en service au sein de la Marine nationale en 2025, alors que la seconde, l’Amiral Louzeau, devait la suivre en 2026. Cependant, avec la commande de 3 FDi par la Grèce, la livraison de l’Amiral Louzeau n’interviendra qu’en 2027, et la troisième, l’Amiral Castex, en 2028 (peut-être 2029 si la Grèce commande une 4ᵉ FDI). Quant aux deux dernières, les Amiral Nomy et Cabanier, elles n’arriveront qu’en 2031 et 2032.

De fait, la Marine nationale ne retrouvera son format minimum de 15 frégates, au mieux, qu’en 2027, et ne pourra aligner 15 véritables frégates de 1ᵉʳ rang qu’en 2032. Elle restera également avec seulement 4 ou 5 SNA opérationnels pendant l’essentiel de la LPM, suite à l’accident de la Perle, en dépit de la réparation de génie de Naval Group, et des retards pris par le programme Suffren (beaucoup plus limités que les retards des Virginia américain ou des Astute britanniques, il est vrai).

Enfin, les 7 nouveaux patrouilleurs hauturiers, qui devaient initialement être 10 en 2013, n’entreront en service qu’à compter de 2026, alors que les 5 patrouilleurs hauturiers, classe Étienne d’Orves, seront retirés du service d’ici à 2028. Ceci va obliger la Marine nationale à reclasser les 2 dernières FLF en patrouilleurs hauturiers pour assurer l’intérim, sans jamais atteindre le format de 10 patrouilleurs avant 2030.

Patrouilleur hauturier Marine nationale
Seuls 7 des 10 patrouyilleurs hauturiers devant remplacer les A69 Estienne d’Orves, qui seront retirées du service en 2028, seront commandés lors de la LPM. Dépourvus de ddéfense aérienne et de capacités d’escortes, ces navires n’ont qu’un interet limité en cas de conflit naval de haute intensité.

Ce jonglage va, en outre, priver la Marine de ses cinq frégates de second rang qui, en dépit de capacités limitées, s’étaient montrées des plus utiles, tout au long de leur carrière opérationnelle. Le remplacement des 5 FLF, pourtant indispensables, n’a pas été intégré à la planification française.

Au-delà des exemples évoqués ici, de nombreuses flottes d’équipements et de capacités, seront sous-capacitaires, voire inutilisables entièrement, au cours des 5 années à venir, comme ce sera le cas des chars Leclerc, des systèmes d’artillerie de 155 mm et des hélicoptères. Dans certains cas, ce sont les stocks de munitions qui seront sous-capacitaires, comme pour les obus navals, les missiles de croisière SCALP, ou de défense aérienne.

Il a manqué plus de 180 Md€ aux armées françaises, pour tenir le format des armées de 2013

Ce phénomène est, cependant, loin d’être une surprise pour les armées françaises. En effet, le format actuellement visé par la LPM 2024-2030, est identique, dans les grandes lignes, à celui défini il y a plus de dix ans, dans le Livre Blanc de 2013.

Or, on sait, à présent, que pour tenir ce format, un effort de Défense de l’ordre de 2,2 % du PIB est nécessaire. De fait, en cumulant le déficit de points des PIB enregistrés de 2013 à aujourd’hui sous la barre des 2,2 %, on obtient un total de 6,8 % de PIB manquants aux armées, soit 180 Md€.

Frégate FDI Amiral Ronarc'h de la Marine nationale lors de ses premiers essais à la mer
Frégate FDI Amiral Ronarc’h de la Marine nationale lors de ses premiers essais à la mer. Le navire entrera en service en 2025, portant trois ans après le retrait de la dernière T70 Georges Leygues.

Ce déficit aurait largement permis, si les crédits avaient été engagés par le passé au bon niveau, d’éviter la situation actuelle, qui oblige les armées et leur ministère de tutelle, à devoir sacrifier des engagements capacitaires, en dépit d’un budget en hausse constante depuis 2018.

Ainsi, 180 Md€ auraient permis de renouveler l’intégralité de la flotte de chasse française, pour l’amener sur avion Rafale, de remplacer, en temps et en heure, les frégates, patrouilleurs et sous-marins français, ainsi que de renouveler les chars et blindés de première ligne pour l’Armée de terre, et les hélicoptères de reconnaissance et de transport moyens, au sein des trois armées.

Cela n’aurait probablement pas changé le format même des armées, mais au moins, celles-ci auraient disposé des meilleurs équipements que l’industrie de défense nationale peut leur confier, aujourd’hui, en cas d’engagement.

Des armées françaises sous-capacitaires en dépit d’un format théorique bâti en 2013

Reste que ce format théorique, justement, est très insatisfaisant, de tous les points de vue. En effet, comme évoqué précédemment, la LPM 2024-2030 est basée sur les recommandations de format définies par la Revue stratégique 2023, elle-même reprenant celles de la RS 2017.

Le Livre Blanc de la Défense et la Sécurité Nationale 2013, déjà vivement critiqué alors, par ses arbitrages en matière de format, et son appréciation des menaces.

Or, la Revue stratégique 2017 avait pour consigne stricte, de respecter le format des armées défini par le Livre Blanc de 2013, lui-même ayant été rédigé dans un climat de très forte tension, ayant amené les quatre chefs d’état-major des armées françaises du moment, ainsi que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à menacer d’une démission collective, si le document n’était pas un minimum amélioré, pour préserver les capacités essentielles des armées.

Déploiement armées françaises Mali
Avant même que le LBDSN 2013 soit publié, celui-ci était déjà obsolete aptès l’intervention de la France au Mali. 4 mois après sa publication, la Russie s’emparait militarement de la Crimée.

En effet, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault souhaitait sabrer la majorité des budgets des armées, ne laissant à celles-ci que la dissuasion et un corps expéditionnaire de 60.000 hommes, pour protéger les intérêts de la France. Baptisée « plan Z », cette stratégie a cependant été partiellement mise en œuvre, les trois armées devant perdre, par son application, de nombreux moyens matériels et humains, dans les quatre années ayant suivi, dont la moitié de ses avions de combat et de ses chars Leclerc.

Pour le gouvernement de l’époque, les menaces, sur la France et ses intérêts, étaient alors on ne peut plus limitées, en intensité comme en emplacement géographique. En outre, si une crise devait intervenir, la France n’envisageait d’intervenir que dans le cadre d’une grande alliance avec les États-Unis, comme ce fut précédemment le cas en Afghanistan, ou en Libye.

Avant même que ce Livre Blanc ne soit publié, au printemps 2014, la France avait dû intervenir, seule, au Mali, pour y dépêcher une brigade de combat, dans le cadre de l’opération Serval. Deux mois plus tard, la Russie envahissait la Crimée, puis engageait ses troupes dans le Donbass. Aucun de ces deux événements, pourtant radicalement hors champ, pour le LBDSN 2013, n’entraîna la rédaction d’un nouveau Livre Blanc, ni alors, ni depuis.

Quoi qu’il en soit, le format des armées, défini par le LBDSN 2013, était déjà, à ce moment-là, jugé très insuffisant par nombre de spécialistes, alors que la LPM qui suivit fut, elle aussi, vivement critiquée, en particulier par ses graves impasses capacitaires.

C’est cependant sur ce format que la RS 2017 fut bâtie, le président Macron privilégiant le retour à un point d’équilibre budgétaire, pour les armées, en 2025, au retour à un point d’équilibre capacitaire à cette même date, ce qui aurait nécessité un effort budgétaire autrement conséquent.

Des menaces ayant radicalement évolué depuis 2013, sans évolution du format des armées

Si le format défini par le LBDSN était déjà jugé insuffisant en 2013, que dire de celui-ci, aujourd’hui, alors que les tensions internationales ont, de l’avis de beaucoup, atteint ou dépassé les niveaux de la guerre froide ?

caesar ukraine
Comme toutes les armées européennes, les armées françaises sont capables de s’engager militairemetn sur un théatre de haute intensité, mais de manière limitée, et avec des réserves très réduites. Si un conflit devait intervenir contre la Russie, sans soutien des Etats-Unis, Moscou n’aurait qu’à atteindre l’érosion rapide des moyens de l’adversaire, après quelques mois seulement.

Ainsi, alors que la Russie et la Chine étaient considérées comme des partenaires fiables, parfois comme des alliés sur la scène internationale, par les pays européens, ces deux pays, disposant tous deux d’une très puissante force armée et nucléaire, sont à présent en confrontation latente avec l’Europe et les États-Unis.

En outre, les trajectoires de modernisation et d’extension des armées de Pékin et Moscou, étaient observables depuis le début des années 2010, alors que la crise russo-ukrainienne, comme les tensions sino-taïwanaises et sino-américaines en mer de Chine, ont toutes débutées, précisément, en 2013 et 2014.

À présent, on peut anticiper la nature des tensions internationales dans les années à venir, sans que rien invite à l’optimisme dans ce domaine, au contraire. Pourtant, le format des armées défini par la Revue Stratégique de 2022, qui servit de socle à la construction de la LPM 2024-2030, reprend, en grande partie, celui défini par le LBDSN de 2013.

Les Armées françaises trop exposées en cas de conflit majeur

Dès lors, les armées françaises s’avèrent, aujourd’hui, exposées bien au-delà du raisonnable, en cas de conflit majeur, limitant naturellement les capacités de défense conventionnelles du pays, ainsi que son poids sur la scène géopolitique mondiale.

Non seulement le format des armées est-il hérité d’une époque n’ayant plus aucun lien avec la réalité des menaces présentes, et surtout à venir, mais la trajectoire budgétaire et programmatique, ne permet d’envisager un retour à l’équilibre qu’à partir de 2030, voire au-delà, pour certaines capacités essentielles.

char Leclerc France
Depuis 2010, la flotte chars françaises a été divisée, tout comme la flotte de chasse, alors que les effectifs ont diminués de 35 %. En dépit des économies drastiques imposées aux armées, pour « préserver les équilibres budgétaires », l’endettement de la France est passé de 65 % alors, à 110 % aujorud’hui. Sur la meme période, le budget de la défense russe est passé de 50 à 150 Md$…

Fondamentalement, en atteignant puis en maintenant le budget des armées à 2,2 %, comme envisagé aujourd’hui, à l’issue de la LPM, il serait nécessaire de dégager une enveloppe de plus de 150 à 180 Md$, immédiate, afin de palier les effets délétères du sous-investissement chronique dont elles ont fait l’objet, ces 20 dernières années, comme ce que fit, bien maladroitement, il est vrai, l’Allemand Olaf Scholz, avec son Zeitenwende.

Dans le cas contraire, il faudrait attendre un cycle générationnel, autour de 30 ans, pour que l’ensemble des conséquences néfastes de 20 années de sous-investissements dans les armées, de 2000 à 2020, soit absorbé.

Surtout, au-delà de ces aspects immédiats, il est certainement indispensable et urgent, de mener une étude indépendante et exhaustive, concernant les menaces actuelles et à venir, ainsi que les moyens nécessaires, pour la France, afin d’y répondre, dans la stricte réalité des alliances aujourd’hui, et pas davantage, et ne plus faire de cet exercice, préalable à la rédaction d’une LPM, un exercice politique.

C-390 contre Gripen E : le Brésil et la Suède étendent leur coopération défense

Ces trois dernières années, l’avion de transport militaire brésilien C-390 d’Embraer, s’est imposé auprès de plusieurs forces aériennes européennes et occidentales, spécialement pour remplacer leurs C-130 vieillissants.

C’est à présent le tour de la Flygvapnet, les forces aériennes suédoises, de se tourner vers l’avion brésilien, alors que le ministre de la Défense Suédois, Pål Jonson, et son homologue brésilien, José Mucio, ont signé un accord de défense et de coopération industrielle militaire, entre les deux pays, le 9 novembre à Natal, au Brésil.

Outre l’acquisition de C-390 par la Flygvapnet, dont le nombre n’est pas strictement indiqué, cet accord est accompagné d’une lettre d’intention indiquant que le Brésil souhaitait augmenter sa flotte de chasseurs JAS 39 Gripen E/F de 25 %.

Alors que la France s’apprêterait à transmettre au président Lula, une offre historique de coopération industrielle de défense, allant de la commande d’un sous-marin Scorpene Evolved au celle de 24 avions Rafale, à l’occasion du G20 de Rio, ce rapprochement entre Stockholm et Brasília peut-il signifier un intérêt moindre du Brésil, pour l’approche française ?

La Suède signe un accord de défense avec le Brésil, et achètera l’avion de transport Embraer C-390

La plus importante annonce, entourant la signature de l’accord de défense entre la Suède et le Brésil, concerne l’arbitrage suédois en faveur de l’avion de transport brésilien Embraer C-390.

C-390 Embraer
Le C390 Millenium affiche des performances comparables ou superieures à celle de l’Hercule américain, pour un prix 20 % oins élevé.

Il s’agit, pour la Flygvapnet, de remplacer les 5 C-130H américains, et peut-être le KC-130H de ravitaillement en vol, par l’appareil brésilien, conçu précisément pour se positionner efficacement sur ce marché.

Long de 32 mètres pour 35 mètres d’envergure, le C-390 est un bimoteur de transport tactique de 35 tonnes à vide, affichant une masse maximale au décollage de 80 tonnes, très proches des 33 tonnes à vide, et 79 tonnes au décollage, du C-130.

Le rayon d’action du C-390 est également comparable à celui du C-130, de l’ordre de 5000 km pour 15 tonnes de chargement et 26 tonnes de carburant. En revanche, la configuration biréacteur du C-390 confère à l’appareil une vitesse de croisière beaucoup plus élevée, 870 km/h contre 540 km/h, et un plafond très supérieur.

Toutefois, le plus gros avantage du C-390, vis-à-vis de son homologue américain, est à chercher au niveau du prix. L’appareil brésilien est effectivement au prix unitaire de 55 m$, en condition de vol, contre 65 à 70 m$ pour son homologue américain.

Le succès du C-390 auprès des forces aériennes occidentales ne se dément pas

Ce prix, 20 % moins élevé que celui du C-130, confère au C-390 une attractivité évidente, notamment vis-à-vis des forces aériennes ne disposant que d’un faible nombre d’avions de transport, comme c’est le cas de nombre des forces aériennes en Europe.

C-390 Gripen forces aériennes hongroises
Économique et performants, les C-390 et les Gripen forment un couple efficace pour les forces aériennes ne disposant pas de très grands moyens, mais qui souhaitent conserver une masse suffisante, comme les forces aériennes hongroises.

Après avoir, un temps, peiné à convaincre face au C-130 américain, le C-390 s’est engagé, depuis 2019 et son entrée en service au sein des forces aériennes brésiliennes, dans une dynamique commerciale très favorable.

Ainsi, après la commande de cinq appareils par le Portugal en 2019, qui participe au programme, la Hongrie a commandé deux appareils en 2020, suivie des Pays-Bas, en 2022. En 2023, Embraer enregistra trois commandes à l’exportation avec quatre appareils pour les forces aériennes autrichiennes, deux pour les forces aériennes tchèques et trois pour les forces aériennes sud-coréennes.

Embraer est également en négociation avec la Grèce pour 6 aéronefs en Europe, l’Angola (4), l’Égypte (?), le Rwanda (2) et l’Afrique du Sud (6) en Afrique, ainsi que l’Inde (40 appareils) en Asie, et la Colombie (12) en Amérique du Sud.

La future commande suédoise contribuera à accroitre l’attractivité de l’appareil brésilien sur la scène internationale, en étendant la flotte installée et en apportant une référence venant d’un pays aéronautique reconnu.

Brasília entame les discussions pour commander 9 JAS 39 Gripen E/F supplémentaires

De toute évidence, un autre facteur a été pris en compte par Stockholm dans l’évaluation de l’intérêt d’acquérir le C-390 pour remplacer les C-130H de la Flygvapnet. En effet, le ministre de la Défense brésilien, José Mucio, a signé, concomitamment, une lettre d’intention portant sur l’extension de 25 % de la flotte de chasseurs JAS 39 Gripen E/F brésiliens.

JAs 39 gripen E brésil
Le premier JAS 39 E a été livré aux forces aériennes brésilennes en 2020.

En 2016, Brasília a commandé 36 avions de combat JAS 39 Gripen E, en grande partie assemblés directement par l’industrie brésilienne. Le contrat de 5,4 Md$ prévoyait, en outre, un important transfert de technologie vers l’industrie aéronautique brésilienne. Le premier Gripen E brésilien a été livré en 2022 par Saab, alors que le premier chasseur assemblé par Embraer au Brésil entrera en service en 2025.

Depuis, une commande supplémentaire de Gripen pour les forces aériennes brésiliennes a été annoncée à plusieurs reprises, parfois même avec un habillage officiel, sans jamais se concrétiser pour autant.

Une augmentation de 25 % de la flotte de Gripen brésilien porterait sur une nouvelle commande de neuf appareils, très certainement assemblés au Brésil. Ceci amènera la flotte brésilienne de chasse à 45 Gripen E, baptisés F-39 dans le pays.

Une nouvelle encourageante, pour la vente de Rafale aux forces aériennes brésiliennes

Cette annonce entre Stockholm et Brasília, intervient à quelques jours, seulement, d’une rencontre très attendue entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue brésilien, le président Lula da Silva, en marge du G20 de Rio, qui se tiendra les 18 et 19 novembre à Rio.

Vers une commande majeure d’équipements militaires français par le Brésil, en marge du sommet du G20 du 18 novembre à Rio.

Selon la presse brésilienne, le président français devrait transmettre, à cette occasion, une offre majeure de coopération industrielle défense entre la France et le Brésil, portant notamment sur la commande d’un sous-marin Scorpene Evolved, en plus des 4 Scorpene déjà construits par les chantiers navals ICN franco-brésiliens, de 54 hélicoptères H145 assemblés sur place, de 36 canons Caesar pour remplacer les Atmos israéliens, dont la commande semble devoir être annulée par le Brésil, et surtout de 24 avions Rafale.

Scorpene Tonelero marine brésilience INC
La commande des 4 scoprene bréisliens était déjà liée à l’assitance de la France dans la constrion du sous-marin nucléaire d’attque brésilien, l’Alvara Alberto.

Selon toute probabilité, ces commandes seraient une forme de compensation pour la participation française à la construction de la chaufferie nucléaire du sous-marin nucléaire d’attaque brésilien, le Álvaro Alberto, dont la construction a débuté en 2023 et qui rencontrerait d’importants problèmes dans ce domaine.

Rappelons que la commande des quatre sous-marins Scorpene brésiliens, auprès de Naval Group, constituait déjà une forme de compensation industrielle pour la participation française à la conception du sous-marin nucléaire brésilien, mais uniquement pour l’aspect navire, alors que la chaufferie nucléaire, était jusqu’ici intégralement aux mains des brésiliens.

Le Rafale aux côtés des Gripen E au sein des forces aériennes brésiliennes ?

Dans ce contexte, la commande potentielle de 9 Gripen E supplémentaires, par Brasília, tendrait à renforcer l’hypothèse d’une prochaine commande de Rafale, pour les forces aériennes du pays.

En effet, alors que Saab tente de négocier depuis 4 ans maintenant, une seconde commande de 24 à 36 Gripen E supplémentaires au Brésil, la lettre d’intention ne porte, ici, que sur neuf appareils.

Or, les forces aériennes brésiliennes ont estimé qu’elles devaient disposer, d’ici à la fin de la décennie, d’une flotte de 70 avions de combat modernes, pour répondre à leur contrat opérationnel.

RAfale Gripen AAE
Gripen et Rafale vont-ils voler cotes à cotes ous cocarde brésilienne ?

L’arithmétique, ici, est implacable, puisque les 45 Gripen E et les 24 Rafale pressentis, formeraient bien une flotte de 69 appareils, satisfaisant donc aux besoins exprimés par les forces aériennes brésiliennes, selon le calendrier visé, pour armer 6 escadrons de 12 appareils (ce qui supposerait que la commande de Gripen supplémentaire soit portée à 12 appareils).

Surtout, une flotte composée aux deux tiers de Gripen E, et à un tiers de Rafale, conférerait aux forces aériennes brésiliennes un outil très efficace et performant, pour contrôler tous les scénarios possibles, en Amérique du Sud et au-delà, d’autant que les deux appareils européens partagent de nombreuses munitions, dont le très efficace missile air-air à longue portée Meteor.

Conclusion

La décision d’acquérir des C-390 brésiliens, pour remplacer les C-130 suédois, aura donc, semble-t-il, servi de déclencheur pour amener Brasília à engager les négociations concernant une très attendue extension de commande des Gripen E pour les forces aériennes brésiliennes.

L’avion de transport brésilien semble s’imposer comme une véritable alternative au C-130 américain. L’avion brésilien est, en effet, aussi, voire plus performant que l’avion américain, mais 20 % moins cher que celui-ci. Ainsi, la Suède sera le 6ᵉ pays européen, et le 5ᵉ de l’OTAN, à se tourner vers le C-390, ce qui en dit long sur la confiance qu’a su engendrer le nouvel appareil brésilien.

C-390 Embraer vehicule blindé Pandur
le C390 peut embarquer un véhicule de combat d’infanterie comme le Pandur ou le Boxer. On peut se demander si la France n’aurait pas interet à se tourner vers cet appreil pour compléter sa flotte de A400M, bien plus performant, mais presque 3 fois plus cher, contre un approfondissement de la coopération indsutrielle défense franco-brésilienne ? Brésilia est traditionellement très firand de ce type d’accord (c’est ainsi que les EMB-121 Xingu et les Tucano sont arrivés en France)

En contrepartie de la commande suédoise, Saab a obtenu l’ouverture de négociation, pour la commande d’une flotte de Gripen E supplémentaires, estimée à 25 % de la flotte actuellement commandée.

Si la signature de cette lettre d’intention brésilienne, est une excellente nouvelle pour l’avionneur suédois, qui doit encore consolider les commandes autour du nouveau Gripen E/F, elle tendrait aussi à confirmer l’existence de négociations entre Brasília et Paris, autour d’une commande de 24 Rafale par le Brésil, qui pourraient être officialisées à l’occasion du sommet G20 à venir, comme rapportée par la presse spécialisée locale.

Face à la Chine, l’US Air Force est dans l’impasse budgétaire pour 2030

L’annonce, en juin dernier, des tensions budgétaires autour du programme de chasseur de nouvelle génération NGAD de l’US Air Force, n’aura été, au final, qu’une entrée en matière concernant les importantes difficultés qui se dessinent aujourd’hui, pour la plus puissante force aérienne de la planète.

En effet, après avoir annoncé la suspension « temporaire », du NGAD, en aout, afin d’en réévaluer l’architecture, et surtout pour en diviser le prix unitaire par trois, c’est au tour, à présent, du programme NGAS (Next Generation Air refueling System), d’avions ravitailleurs, d’être menacé, aux dires de Franck Kendall, le Secrétaire à l’Air Force.

Plus généralement, c’est l’ensemble des appareils américains de nouvelle génération qui apparaît, aujourd’hui, impossible à financer, au regard des moyens effectivement disponibles dans les années à venir, et aux impératifs et engagements de financement déjà souscrits.

Or, cette nouvelle génération d’appareils est également indispensable pour relever le défi chinois dans le Pacifique, et notamment autour de Taïwan, alors que les Forces Aériennes de l’Armée Populaire de Libération, et l’industrie aéronautique chinoise, semblent dérouler une stratégie industrielle et technologique parfaitement maitrisée.

La puissance aérienne chinoise s’affirme au salon Zhuhai 2024

Les FAAPPL et l’industrie aéronautique chinoise, justement, s’apprêtent à faire une formidable démonstration de forces à l’occasion du prochain salon aéronautique de Zhuhai, près de Hong Kong, du 12 au 17 novembre 2024.

J-35A Zhuhai air Show
J-35A au salon aéronautique de Zhuhai

Alors que, traditionnellement, la Chine est plutôt très discrète, quant à l’avancée de ses programmes aéronautiques militaires, le salon verra la présentation officielle de plusieurs appareils très attendus, comme le J-15T, version modernisée du chasseur embarqué chinois, adaptée pour l’utilisation de catapultes, le J-15D, sa version de guerre électronique, ou encore les nouvelles versions du chasseur furtif J-20.

Surtout, le salon accueillera la première présentation publique du J-35A Gyrfalcon (Gerfaut), la version basée à terre du nouveau chasseur moyen furtif chinois, qui se veut l’équivalent du F-35A américain, alors que le J-35, sa version navale embarquée, sera présentée sous la forme d’une maquette.

Plusieurs autres nouveaux équipements critiques seront présentés lors de ce salon, dans le domaine des drones de combat ou de reconnaissance, des avions de soutien (ravitailleurs, veille aérienne avancée…), des appareils d’entrainement, ainsi que le nouveau système antibalistique HQ-19, qui se veut, quant à lui, le pendant chinois du THAAD américain.

De toute évidence, l’industrie aéronautique militaire chinoise a désormais rattrapé, technologiquement parlant, l’industrie US et européenne, au prorata d’une doctrine sensiblement différente, et 2025 marquera, certainement, l’année de l’entrée en service de ces nouveaux appareils et systèmes, conçus pour mettre l’APL sur un pied d’égalité avec les armées occidentales.

NGAD, NGAS, CCA… : pour le chef de l’US Air Force, il sera impossible de répondre budgétairement aux besoins de 2030 et au-delà

Cette montée en puissance des forces aériennes chinoises, technologique comme numérique, l’industrie chinoise livrant presque 200 chasseurs modernes par an à ses armées, pose, évidemment, un immense problème aux forces américaines, en particulier pour ce qui concerne une possible confrontation, autour de Taïwan, d’ici à la fin de la décennie, ou au début de la prochaine.

us air force ngad vue d'artiste
L’avenir du programme NGAD est de plus en plus incertain, alors que les difficultés budgétaires semblent schléroser la modenrisation de l’US Air Force.

En effet, toutes les simulations, réalisées ces dernières années, ont montré que pour s’imposer, autour de Taïwan, les forces armées américaines devaient s’assurer de la supériorité aérienne sur cet espace. Et pour y parvenir, il sera nécessaire à celles-ci, de s’appuyer massivement sur l’utilisation de drones contrôlés par ses propres avions de combat.

C’est dans ce contexte que le programme NGAD prenait toute sa justification. Le nouveau chasseur de 6ᵉ génération américain, devait précisément être doté de l’allonge et de l’endurance nécessaires pour s’engager au-dessus de Taïwan, au départ des bases américaines du Pacifique. Il devait aussi contrôler les indispensables drones de combat développés dans le cadre du programme CCA (Programme de drones de combat).

Malheureusement pour l’USAF, ses propres chasseurs actuels manquent, pour la plupart, de l’allonge nécessaire pour cette mission. C’est en particulier le cas du F-16, ainsi que des F-22 et F-35, ses deux chasseurs de nouvelle génération. Faute de cela, l’US Air Force devait rapidement se doter d’un avion ravitailleur, susceptible de s’approcher du réseau défensif chinois, sans se faire détecter et intercepter par les J-11B ou J-20 chinois, armés de missiles à très longue portée, comme le PL-15, et surtout les nouveaux PL-17 et PL-21.

Le programme NGAS, destiné au programme d’équipement KC-Z de l’US Air Force, devait spécifiquement répondre à ce besoin, en développant un ravitailleur furtif, apte à s’approcher suffisamment de l’adversaire, pour efficacement ravitailler les chasseurs actuels, en particulier les F-22 et F-35A, sans risquer l’interception à longue portée de la chasse chinoise, comme c’est le cas des KC-46 actuels.

NGAS Drone Skunk Work Lockheed Martin
Le Skunk Work de Lockheed-Martin a recemment présenter sa vision du NGAS, reposant sur un ravitalleur dronisé furtif.

Toutefois, pour le Secrétaire à l’Air Force, Frank Kendall, le budget nécessaire au développement de ce programme, ne sera pas disponible dans les années à venir, pointant une inadéquation entre les ressources, les besoins et les engagements actuels.

« En ce moment, compte tenu de nos engagements, de nos ressources et de nos priorités stratégiques, il m’est difficile de voir comment nous pouvons nous permettre une combinaison de ces nouvelles conceptions », a-t-il ainsi déclaré lors du symposium de l’Airlift & Tanker Association à Grapevine (Texas).

Les hausses des couts du programme d’ICBM LGM-35A Sentinel et du bombardier B-21 Raider pointées du doigt

Pour le Secrétaire à l’Air Force, ce manque de crédit est imputable, avant tout, aux récentes hausses des couts des programmes liés à la dissuasion américaine. C’est en parti le cas du programme de missiles balistiques intercontinentaux ICBM LGM-35A Sentinel, qui doit remplacer les missiles ICBM en silo LGM-30G Minutemann III, actuellement en service, dont le prix est passé de 78 à 140 Md€, en deux ans seulement.

Le programme de bombardiers de 6ᵉ génération B-21 Raider représente, lui aussi, une sévère ponction sur le budget d’équipement de l’US Air Force, chaque appareil coutant presque 600 m$, alors que de nombreux spécialistes anticipent, là aussi, une hausse à venir de ce prix.

B-21 Raider US Air Force
Plusieurs experts enticipent une prochaine hausse des couts autour du programme B-21 RAider.

Or, plutôt que de lisser l’effort dans la durée, l’US Air Force a longtemps reporté ces dossiers stratégiques pour concentrer ses investissements sur des programmes comme le KC-46A ou le F-35A.

De fait, avec le regain de tensions internationales et des risques de guerre, ainsi que la montée en puissance et la modernisation des arsenaux nucléaires russes, nord-coréens et surtout, chinois, l’Air Force n’a, aujourd’hui, d’autres choix que de developper, en urgence, et concomitamment, ces deux programmes à plus de 100 Md$ chacun.

Le F-35A absorbe trop de crédits d’équipement et de maintenance de l’USAF, pour un appareil inadapté au théâtre Pacifique.

Toutefois, le plus important problème, aujourd’hui, concernant la modernisation de la flotte de chasse de l’US Air Force, n’est autre que l’empreinte budgétaire du programme F-35A. Si les couts d’acquisition des appareils rendent, à présent, supportables l’acquisition d’une cinquantaine de nouveaux chasseurs chaque année, soit 5 Md$ pour 36 Md$ de budget d’acquisition, les couts récurrents de l’appareil viennent lourdement grever le budget global de l’Air Force.

Ce problème n’est pas nouveau, et a été à maintes reprises mis en exergue par le Government Accountability Office, ou GAO, l’équivalent américain de la Cour des comptes française, qui publie, presque annuellement, un rapport des plus critiques contre ce programme. Il a aussi été directement remis en cause par l’US Air Force elle-même, lors de l’administration Trump, lorsque le Dr Will Roper en pilotait les acquisitions.

Concrètement, un F-35A coute, aujourd’hui, autour de 40,000 $ par heure de vol, là où, à titre de comparaison, et à périmètre identique, un F-16 coute moins de 24,000 $. Pour une flotte de 1732 appareils, telle que visée par l’US Air Force, la différence de cout annuel dépasse les 5 Md$ par an, soit autant que coute l’acquisition des 48 F-35A chaque année.

F-35A de l'US Air Force
Le F-35A coute presque 70 % plus cher à l’heure de vol que le F-16.

En d’autres termes, à enveloppe budgétaire constante liée à l’inflation, la flotte de F-35A de l’US Air Force, va consommer la quasi totalité du budget consacré annuellement au renouvellement de la flotte de chasse, uniquement par ses surcoûts d’utilisation.

Or, le F-35A, aujourd’hui, n’est que d’une utilité très relative dans le Pacifique, en particulier autour de Taïwan. Le chasseur n’a ni l’allonge, ni les performances, pour efficacement s’emparer de la supériorité aérienne au-dessus de l’ile. Même épaulé de drones de combat, il souffrirait de sévères handicaps, étant strictement monoplace, alors que sa cellule n’offre que peu d’option d’évolution, autre que logicielle, et que sa configuration monomoteur en limite les options tactiques.

Pas de solution pour l’US Air Force, sauf à abandonner les objectifs de F-35A

En effet, le programme F-35 a été conçu, avant tout, comme une synthèse de contraintes, l’appareil devant être à la fois ADAC/V, naval et basé à terre, mais aussi furtif, très avancé, et « économique ».

Le résultat est un chasseur misant tout sur la furtivité et sur ses senseurs, mais aux performances aéronautiques dégradées. S’il s’avère efficace sur des théâtres moins étendus, comme en Europe ou au Moyen-Orient, il n’est pas un appareil adéquat pour mener des opérations soutenues à 1200 ou 1500 km de ses bases, comme imposé dans le Pacifique.

NGAD CCA Loyal Wingmen
Le F-35A devrait pouvoir controler des drones de combat du programme CCA dans les années à venir. Toutefois, sa configuration monoplace, et son rayon d’action limité, n’en font pas un appareil adapté pour défendre taiwan face aux FAAPL.

Dans ce contexte, la solution la plus évidente et la plus rapide à mettre en œuvre, pour l’US Air Force, afin de relever le défi chinois, serait de réduire drastiquement l’objectif de flotte de F-35A, de sorte à libérer une partie des 5 Md$ dédiés à l’acquisition des appareils, et une partie des 5 Md$ par an, de mise en œuvre, pour developper un appareil, et son système de systèmes, plus adaptés au théâtre pacifique.

Pour autant, l’hypothèse n’est pas du tout avancée par le Secrétaire à l’Air Force qui, aujourd’hui. Celui-ci se contente de faire peser une menace directe sur les programmes NGAD et NGAS, pourtant autrement nécessaires pour le théâtre pacifique, probablement pour tenter de résoudre le problème par une nouvelle hausse des budgets.

Conclusion

On le voit, en dépit de son avantage numérique et technologique qui perdure aujourd’hui, l’US Air Force n’est pas dans une situation confortable, aujourd’hui, face aux forces aériennes chinoises, en particulier dans le Pacifique.

Elle se retrouve, ainsi, en bien des aspects, dans une situation comparable à celle qui était la sienne à la fin des années 60, lorsque apparurent les premiers MIG-25 soviétiques, et que Moscou soviétique lançait le développement du Su-27, du Mig-29 ou encore du Tu-22M Backfire .

Elle avait alors été contrainte de se tourner vers le F-4 Phantom II de l’US Navy, pour palier les insuffisances de sa Century Serie au Vietnam, avant de lancer le développement des F-15, F-16 et A-10, qui deviendront les références de la puissance aérienne occidentale pendant plus de 30 ans par la suite.

Cette fois, cependant, l’US Air Force n’a pas d’appareil de l’US Navy vers lequel se tourner, pour pallier les limitations de ses F-35A, alors que le F-15EX, comme le F-16V, ne peuvent plus masquer le poids des années, en dépit de leurs modernisations répétées.

F-15EX Boeing
Bien que disposant d’une grande puissance de feu, et d’une avionique très moderne, le F-15EX n’aura pas l’avantage face aux J-20 chinois au dessus de Taiwan.

Surtout, en dépit d’un budget qui n’a jamais été aussi élevé, en $ constants, depuis la guerre du Vietnam, celle-ci n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire, enfermée entre les surcouts liés à la modernisation de la dissuasion américaine, et ceux de la flotte de F-35A, dont l’efficacité dans le Pacifique, est loin d’être suffisante.

Dans le même temps, la Chine, elle, s’est dotée d’une flotte de chasse en mutation constante, avec un cycle générationnel de seulement 20 ans, qui s’appuie, à présent, sur un puissant outil industriel. En bien des aspects, la configuration actuelle chinoise, en matière aéronautique militaire, rappelle celle dans le domaine de la construction navale, à partir de 2015, au moment où les chantiers navals chinois ont commencé à produire 3 à 4 fois plus de navires militaires de haute mer, que les chantiers US.

Dans tous les cas, le dossier que va laisser Frank Kendall à son successeur, à la tête de l’US Air Force, sera certainement des plus difficiles, n’offrant que trois alternatives à son successeur. La première est l’augmentation sensible des budgets pour financer les programmes NGAD, NGAS et CCA conjointement, et rapidement, ce qui n’est pas conforme à la trajectoire tracée par Donald Trump lors de sa campagne.

La seconde option nécessiterait de considérablement réduire l’objectif de flotte de l’US Air Force, concernant le F-35A, pour rediriger les crédits ainsi libérés, vers le développement des trois programmes de 6ᵉ génération NGAD, NGAS et CCA, sur un calendrier restreint. Toutefois, cette approche entrainerait un affaiblissement rapide du rapport de force aérien au-dessus de Taïwan, alors que les FAAPL recevront leurs nouveaux J-20, J-16 et J-35A qui, eux, opèrent à seulement 200 km de l’ile.

J-16 et J-20 ravitallée Y-20U
Ravitailleur Y-20U en phase de ravitaillement d’un J-20 et d’un J-16 des forces aériennes chinoises

La dernière option serait de profondément bouleverser les paradigmes industriels de l’US Air Force, comme préconisé par Will Roper en 2019, pour donner naissance, à court terme, à des appareils produits en série limitée, à durée de vie réduite, mais adaptés aux besoins spécifiques des missions, en l’occurrence, la supériorité aérienne au-dessus de Taïwan.

Dans tous les cas, le nom du prochain Secrétaire à l’Air Force donnera beaucoup d’indications sur la politique internationale, et sur l’évolution de l’effort de défense américain, lors du second mandat de Donald Trump, quatre années à venir.