dimanche, novembre 30, 2025
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La Marine australienne n’aurait qu’un des 6 sous-marins Collins, opérationnel

On le sait depuis plusieurs années, le programme SSN-AUKUS, qui doit permettre à la Marine australienne de s’équiper de sous-marins nucléaires d’attaque, s’avère, en bien des aspects, une structure bancale. Jusqu’à présent, toutefois, c’était avant tout les difficultés rencontrées par l’industrie navale américaine, qui doit livrer 3 à 5 SSN classe Virginia à la Royal Australian Navy, de 2034 à 2037, qui focalisaient les inquiétudes.

En effet, de nombreux rapports, émanant notamment des organes d’audit du Congrès des États-Unis, ont émis des doutes quant à la possibilité, pour l’industrie US, de livrer conjointement un SSBN classe Columbia, et les 2,3 SSN classe Virginia, à partir de 2030, nécessaires pour que le Congrès autorise la vente des navires nucléaires à Canberra.

Mais un autre problème est à l’œuvre dans ce dossier, et cette fois, il est du côté australien. La presse australienne vient de révéler que la Royal Australian Navy ne disposait, aujourd’hui, que d’un unique sous-marin classe Collins opérationnel. Pire encore, selon plusieurs experts, il serait illusoire d’espérer que ces navires puissent être prolongés jusqu’en 2035, et au-delà, pour faire la jonction avec l’hypothétique livraison des SSN classe Virginia américains.

Un seul sous-marin Collins de la Marine australienne opérationnel selon la presse australienne

La presse australienne vient de révéler une information des plus inquiétantes concernant la disponibilité de la flotte sous-marine de la Royal Australian Navy. En effet, selon les informations obtenues, cinq des six sous-marins de la classe Collins, seraient actuellement incapables de prendre la mer, ne laissant qu’un unique navire disponible pour protéger les quelque 25 760 km de côtes australiennes et les 8,16 millions de km² de sa Zone économique exclusive, situés sur le théâtre naval le plus actif de la planète.

Marine australienne sous-marins Collins
Un sous-marin classe Collins accompagné d’un SSN Los Angeles de l’US Navy, au premier plan

Plusieurs facteurs expliquent cette disponibilité catastrophique de la flotte sous-marine australienne. En particulier, les chantiers navals Osborne d’Adélaïde, qui accueillent deux de ces navires pour une période de maintenance et de modernisation, font face à une importante grève, bloquant le processus.

Mais le fond du problème, lui, concerne l’apparition récemment constatée de sérieux problèmes de corrosion sur l’ensemble des 6 coques conçues par le suédois Kockums, construites par les chantiers navals australiens et entrées en service de 1993 à 2003.

Interrogés directement par les journalistes australiens, les autorités ont répondu dans le plus pur style de la langue de bois politique, affirmant que la disponibilité des sous-marins australiens était conforme à la planification établie, et que la Royal Australian Navy disposait bien du nombre de navires nécessaires pour assurer ses missions, le cas échéant. Ce qui, en soi, n’infirme, ni ne confirme les allégations de la presse australienne.

Et d’ajouter « Pour des raisons de sécurité opérationnelle, la défense ne confirme pas les emplacements précis et les disponibilités de plates-formes spécifiques« , un paravent fort pratique pour couper court à un sujet fort embarrassant pour le gouvernement Albanese qui, s’il n’est pas à l’origine du programme SSN-AUKUS, ne l’a absolument pas remis en cause à son arrivée au pouvoir, en 2022.

Plusieurs experts australiens jugent irréaliste de prolonger les sous-marins Collins jusqu’à l’arrivée des Virginia et des SSN-AUKUS

L’apparition de ces problèmes de corrosion semble avoir délié les langues de certains experts australiens, mettant en doute la possibilité, pour les Collins, d’être prolongés jusqu’au-delà de 2036, afin de permettre le recoupement opérationnel avec l’arrivée des trois premiers SSN de classe Virginia, que les États-Unis doivent vendre à l’Australie, dans le cadre du programme SSN-AUKUS.

SSN USS Montana Virginia Class
Les Etats-Unis ont promis de livrer 3 à 5 SSN classe Virginia à la Marine australienne pour prendre le relais des Collins, à partir de 2034.

Ainsi, le site américain breakingdefense.com, cite les témoignages de deux experts, Jennifer Parker, ancienne officier de la Royal Australian Navy maintenant au National Security College de l’Australian National University, et Malcolm Davis, expert en défense à l’Institut australien de politique stratégique, très critiques quant à la manière dont les autorités australiennes ont géré le sujet.

Ainsi, selon Parker, l’apparition des problèmes de corrosion sur les Collins, n’est en rien surprenante, tant ces navires sont aujourd’hui usés. Elle met également en doute la possibilité, pour la Royal Australian Navy, de pouvoir maintenir en service cette flotte jusqu’à la relève des Virginia américains cédés à la Marine australienne, à partir de 2034.

Parker, quant à lui, spécule que le plan actuellement poursuivi par les autorités australiennes, dans ce dossier, est de s’en remettre, dès la fin de la décennie, au déploiement de SSN britannique et américains, un Astute et jusqu’à cinq Virginia/SeaWolf, à partir des nouvelles infrastructures australiennes de Stirling, conformément aux engagements pris par Londres et Washington, pour convaincre l’opinion publique que le besoin sécuritaire, dans ce domaine, est pleinement maitrisé, tout en donnant le temps au programme SSN-AUKUS de s’exécuter, même s’il devait prendre 8 à 10 ans de retard.

Toutefois, les deux experts estiment que Canberra devrait, au contraire, lancer, dans les plus brefs délais, un programme visant à traiter le besoin intérimaire, à savoir une flotte de sous-marins à propulsion conventionnels, destinés à remplacer les Collins, de sorte à conserver une certaine indépendance stratégique.

Avec les risques sur la classe Collins, cumulés aux risques industriels américains et britanniques, le programme SSN-AUKUS est trop incertain pour un théâtre trop dangereux.

L’apparition de problèmes sur les coques des Collins, vient encore dégrader les risques liés à l’exécution du programme SSN-AUKUS. En effet, depuis deux ans, maintenant, plusieurs rapports, publiés par des services d’audit du Congrès américain, ou du GAO, l’équivalent de la cour des Comptes, ont mis en lumière les biais excessivement optimistes de la part des autorités américaines et australiennes concernant l’applicabilité du plan établi.

SSn Virginia construction
Plusieurs services indépendants d’audit américains mettent en doute la possibilité, pour l’indsutrie navale US, de livrer les 2,3 SSN classe Virginia chaque année, à partir de 2030, indispensables pour permettre la vente des 3 Virginia promis à l’Australie

Ainsi, il n’y a de cela que quelques jours, le Congressional Research Service, un organisme d’analyse et d’étude de faisabilité indépendant, mandaté par le Congrès américain, a une nouvelle fois mis sérieusement en doute la possibilité, pour l’industrie navale US, d’atteindre les 2,3 SSN produits par an, nécessaires pour permettre la vente des 3 Virginia à la Marine Australienne, selon le cadre fixé par le Congrès lui-même.

Surtout, celui-ci met l’accent sur l’absence d’étude d’alternatives préalable au lancement de ce programme, estimant que, pour les États-Unis, de nombreuses alternatives, moins onéreuses, et surtout beaucoup moins risquées, pouvaient être mises en œuvre pour atteindre des objectifs stratégiques et tactiques identiques, à ceux visés par SSN-AUKUS.

Or, si les risques identifiés, côté américain, portent sur la possibilité, pour l’industrie US, de livrer les SSN Virginia promis à l’Australie, selon le calendrier établi, les problèmes de corrosion des Collins, quant à eux, rendent peu probables l’extension de vie de ces navires, pour atteindre cette échéance, déjà douteuse.

En d’autres termes, ces deux risques ne s’additionnent pas, ils se recomposent l’un vis-à-vis de l’autre, rendant excessivement improbable la transition planifiée par le programme SSN-AUKUS aujourd’hui. Dès lors, les risques que la Marine australienne perde, pour plusieurs années, sa capacité sous-marine autonome, s’avèrent à présent largement prédominants, vis-à-vis de l’espoir que le programme SSN-AUKUS se déroule comme planifié.

Aucune des options n’est satisfaisante pour l’Australie et la Royal Australian Navy

Comme évoqué par Davis, le plus grand risque, dans ce dossier, concerne la perte d’une capacité autonome de défense sous-marine, par la Royal Australian Navy, obligeant Canberra de s’en remettre pleinement à l’US Navy et la Royal Navy dans ce domaine dont dépend pourtant la sécurité même du pays, et à la protection de ses intérêts vitaux.

SSN AUKUS Biden Albanese Sunak
La Marine australienne n'aurait qu'un des 6 sous-marins Collins, opérationnel 6

Or, dans une telle hypothèse, l’Australie perdrait son libre arbitre, pour décider si le pays peut, et veut, ou non, s’engager aux côtés des États-Unis dans un conflit contre la Chine, le cas échéant. En effet, en cas de conflit sino-américain, toute la flotte US du Pacifique devra être mobilisée, et l’US Navy ne pourra, en aucun cas, réserver trois ou quatre SSN à la seule protection de l’Australie, si Canberra ne rejoint pas l’effort américain contre l’Armée populaire de Libération, et sa Marine.

Or, une telle hypothèse va strictement à l’opposé des déclarations des autorités australiennes dans ce domaine, et probablement à l’opposé des attentes de l’opinion publique australienne, qui ne s’attend certainement pas à devoir s’aligner mécaniquement avec Washington, en cas de conflit autour de Taïwan.

L’autre possibilité, pour Canberra, serait de lancer, en urgence, un programme pour acquérir des sous-marins à propulsion conventionnelle, destinés à assurer l’intérim le temps que SSN AUKUS aille à son terme.

Or, il serait très difficile de justifier, politiquement, une telle décision, face à l’opinion australienne, après avoir dépensé presque 5 Md$ en pure perte, dans le programme des sous-marins français de la classe Attack, annulé unilatéralement, et sans préavis, par Canberra pour rejoindre SSN-AUKUS, alors qu’il devait précisément permettre de livrer ce type de sous-marins, avec une version très évoluée et océanique du Swordfish Barracuda, au début de la décennie 2030, dans le cadre d’un très important transfert de technologie.

Conclusion

On le voit, aujourd’hui, SSN-AUKUS à toutes les caractéristiques d’un programme qui n’existe que par ses implications politiques, et par la crainte de la réaction de l’opinion publique australienne, si elle devait pleinement prendre conscience des risques auxquels elle s’expose dans ce dossier, sans parler des dépenses pharaoniques, probablement sans aucune concrétisation sécuritaire, qu’il engendre pour les finances publiques australiennes.

Type 039C sous-marin marine chinoise
Consciente des difficultés et délais pour produire des SSN efficaces, la Marine chinoise n’a pas négligé sa flotte de sous-marins conventionnels, qu’elle continue de developper à grande vitesse, avec des modèles de plus en plus modernes et performants.

De fait, que ce soit à Canberra, comme à Washington, les autorités continuent d’appliquer la politique de l’Autruche, laissant à leurs successeurs le soin de ramasser les morceaux, même si, au passage, c’est l’ensemble du dispositif sécuritaire du théâtre Pacifique, qui s’en trouvera grandement affaiblit.

Malheureusement, ces considérations à moyen terme, pourtant évidentes, semblent n’avoir aucun poids dans l’équation politique des dirigeants australiens, américains et même britanniques, tous préférant ignorer les alertes nombreuses et répétées, qui ne cessent d’émerger dans ce dossier.

Une chose est certaine, ce n’est pas en appliquant ce type de politique, que les États-Unis pourront tenir tête militairement à une Chine, de plus en plus précise dans ses programmes industriels défense, de plus en plus impliquée dans la préparation opérationnelle de ses forces, et de plus en plus intraitable, avec les cas de corruption dans les armées, l’industrie de défense, et leur pilotage politique.

Rafale, Scorpene, Caesar…: au G20, Macron arrivera avec une offre historique pour les armées brésiliennes

À l’occasion de sa visite officielle au Brésil, en mars 2024, alors que passait un Rafale français dépêché pour l’occasion, le président Macron avait ouvert la porte à une coopération industrielle de défense renforcée entre Paris et Brasília, lors d’un discours donné suite au lancement du 3ᵉ sous-marin Scorpene de la Marine brésilienne, le Tonelero, construit par ICN, une coentreprise entre l’état brésilien et Naval Group.

Le président français avait alors surpris l’assemblée en évoquant son espoir de voir le Rafale évoluer prochainement sous cocarde brésilienne, dans un effort conjoint de coopération industrielle défense entre les deux pays, allant de la construction de sous-marins à la coproduction aéronautique, en passant par un accompagnement renforcé par la France, dans le programme de sous-marin nucléaire d’attaque brésilien, l’Álvaro Alberto.

Il semblerait, selon la presse brésilienne, que le président français, et son homologue brésilien, soient à présent prêts pour concrétiser cette ambition. En effet, à l’occasion du prochain sommet du G20, qui se tiendra à Rio de Janeiro, le chef d’État français arrivera avec une offre de coopération industrielle historique dans ce domaine.

Emmanuel Macron ira au sommet du G20 avec une offre historique pour les armées brésiliennes : 24 Rafale, 36 Caesar, 1 Scorpene supplémentaire et 50 hélicoptères H-145

Concrètement, la presse brésilienne rapporte que le président français rencontrera le président Lula, pour lui transmettre une offre étendue de partenariat, de coopération et de vente d’équipements de défense, en quatre volets.

macron lula mars 2024
la visite du président Macron au brésil, en mars 2024, avait permi la signature d’un accord de coopération entre la France et le Brésil, en matière défense et d »industrie de défense.

D’abord, Paris va proposer à Brasília la construction locale de 50 hélicoptères moyens H-145, sur le modèle du programme HXBR, qui permit la construction locale de l’hélicoptère H225M Caracal au Brésil, y compris un important transfert de technologies et de compétences industrielles.

Le second volet de cette offre porte sur la vente de 36 canons CAESAR aux forces terrestres brésiliennes. Il s’agit, ici, de remplacer la commande que devait passer Brasília pour 36 systèmes ATMOS 2000 israéliens, déclarés vainqueurs d’une compétition qui opposait notamment le CAESAR français, l’Archer suédois et le modèle israélien.

Les fortes tensions qui ont émergé entre Brasília et Jérusalem, autour de l’intervention militaire israélienne contre le Hamas, puis le Hezbollah, ont remis en question l’exécution de ce contrat, comme c’est aussi le cas en Colombie, là encore au sujet de l’Atmos 2000.

Le troisième volet concerne la construction d’un sous-marin Scorpene supplémentaire pour les forces navales brésiliennes. Comme les quatre sous-marins déjà commandés, le nouveau navire serait construit par les chantiers navals ICN à Itaguaí, une coentreprise franco-brésilienne, dans le cadre du programme ProSub.

Scorpene Tonelero marine brésilience INC
Les chaniers navals ICN ont construits les 4 sous-marins Scorpene pour la Marine brésilienne.

Selon la presse brésilienne, ce nouveau sous-marin permettrait de conserver une part importante des salariés d’ICN, et donc des compétences acquises par le groupe en matière de construction sous-marine. Or, Naval Group entend mettre à profit ces compétences, pour porter son offre auprès des marines sud-américaines qui vont devoir, dans les années à venir, remplacer un grand nombre de leurs sous-marins Type 209 acquis dans les années 70 et 80.

Selon la presse brésilienne, le nouveau sous-marin brésilien ne serait pas un Scorpene classique, comme les quatre précédents modèles, mais un Scorpene Evolved, doté de batteries Lithium-ion, notamment proposé à l’Argentine.

Le dernier volet de cette offre est, quant à lui, le plus spectaculaire. En effet, il semblerait qu’Emmanuel Macron transmettra à son homologue brésilien, une offre pour la vente de 24 avions Rafale pour les forces aériennes du pays. Il s’agirait, ici, de remplacer les chasseurs AMX brésiliens, dans les années à venir.

Pressenti pour choisir le chasseur français au début des années 2010, le Brésil s’était finalement tourné vers l’acquisition de JAS 39 Gripen E/F suédois, construits localement avec d’importants transferts de technologies, en grande partie en raison d’une grande maladresse du président français, Nicolas Sarkozy, vis-à-vis de son homologue brésilien, déjà le président Lula.

JAS 39 Gripen E/F Bresil
Saab attend depuis plusieurs années la concrétisation d’une seconde commande de Gripen E/F, présentée comme imminente depuis 2019.

Les détails de la nouvelle offre Rafale brésilienne sont évidemment confidentiels. Il s’agirait, néanmoins, d’un revirement spectaculaire de Brasília en faveur du chasseur français, alors que Saab tente, depuis 7 ans, maintenant, d’obtenir une seconde commande brésilienne pour son Gripen E/F.

Il s’agirait, également, d’un nouveau succès pour le chasseur français, le Brésil étant l’un des rares pays ayant acquis le Mirage 2000, mais ne s’étant pas tourné, jusqu’à présent, vers le Rafale, et d’un succès personnel pour Emmanuel Macron, qui serait, le cas échéant, parvenu à convaincre Lula, partant d’une situation difficile, là ou Nicolas Sarkozy avait sabordé le programme, partant d’une position bien plus favorable.

La France pourrait accompagner le Brésil dans la construction du sous-marin nucléaire d’attaque Álvaro Alberto

Au-delà des bonnes relations personnelles qu’entretiennent les présidents français et brésilien, ce possible rapprochement historique entre la France et le Brésil, en matière d’industrie de défense, pourrait bien avoir des racines beaucoup plus stratégiques et politiques.

En effet, dans le cadre du programme ProSud, la France avait apporté son expertise technologique, au travers d’ICN, pour la conception du premier sous-marin nucléaire d’attaque brésilien, l’Álvaro Alberto, dont la construction a débuté il y a tout juste un an.

SSN Alvaro Alberto
La conception du SN-B Alvara Alberto, rencontrerait certaines difficultés, en partculier dans le domaine de l’intégration de la chaufferie nucliéaire, du seul ressort des ingénieurs brésiliens jusque-là.

Selon l’accord franco-brésilien, Naval Group apportait un soutien dans la conception du navire, lui-même, alors que les ingénieurs brésiliens étaient chargés de l’ensemble des aspects liés à la chaufferie nucléaire du navire.

Toutefois, selon des échos rapportés par la presse locale, à ce moment-là, il semblerait que ce soit dans ce domaine que le programme rencontrerait de sérieuses difficultés. Ainsi, à l’occasion de l’accord de coopération stratégique signé en mars 2024 entre la France et le Brésil, en marge de la visite du président Macron dans le pays, Brasília aurait sollicité l’assistance industrielle et technologique de Paris dans ce domaine hautement stratégique.

Bien que les discussions à ce sujet soient restées confidentielles, les déclarations du président Macron, à l’occasion du baptême du sous-marin Tonelero, permirent de spéculer que celui-ci avait lié l’assistance française dans ce domaine, à certains nouveaux contrats de coopération industrielle défense franco-brésiliens, et spécialement, concernant l’acquisition de chasseurs Rafale et de nouveaux sous-marins Scorpene.

Les révélations concernant l’ensemble des offres que le président Macron apportera à Rio, pour son homologue Lula, semblent bien confirmer cette interprétation initiale, même si la participation française étendue, à la construction du SSN Álvaro Alberto, n’est pas spécifiquement évoquée.

Argentine, Pérou, Colombie… : L’industrie de défense française à l’offensive en Amérique du Sud

L’industrie de défense française avait été très présente en Amérique du Sud, dans les années 70 et 80. C’était en particulier le cas dans le domaine des avions de combat, avec la vente de Mirage III à l’Argentine, au Brésil et au Venezuela, de Mirage V à l’Argentine, au Chili, à la Colombie, au Pérou et au Venezuela, de Mirage F1 à l’Équateur, et de Mirage 2000 au Brésil et au Pérou. Les armées sud-américaines avaient également été d’excellents clients des hélicoptères français, comme des véhicules blindés et des missiles.

Mirage 2000 brésil
Le Brésil avait été un client fidèle de l’indsutrie aéronautique militaire française, ayant acquis le Mirage III, le Mirage V et le Mirage 2000.

Toutefois, dans les années 2000 et 2010, la France fut en perte de vitesse, dans ce domaine, sur le continent sud-américain, notamment face à l’omniprésence américaine, ainsi qu’à l’arrivée de l’Allemagne et d’Israël sur ces marchés. De fait, sur la décennie 2010, le marché sud-américain était devenu presque marginal pour l’industrie de défense française, qui réalisait alors le gros de son chiffre d’affaires export au Moyen-Orient et en Inde.

C’est pourtant en Amérique du Sud que DCNS trouva son premier client export pour le sous-marin Scorpene, avec 2 sous-marins pour la Marine chilienne livrés en 2005 et 2006, alors que le Brésil fut le premier client de l’hélicoptère H225M Caracal, en 2008, avant de commander, avec le programme Prosud, 4 sous-marins Scorpene, la même année.

Ces dernières années, cependant, la France a déployé d’importants efforts pour s’implanter à nouveau de manière sensible en Amérique du Sud, que ce soit en Colombie, au Pérou ou en Argentine.

Surtout, le continent est devenu un axe privilégié pour les 3 produits phares du moment de l’industrie de défense française : le canon Caesar, proposé à la Colombie et au Brésil ; le chasseur Rafale, proposé au Pérou, à la Colombie et au Brésil ; et surtout pour le sous-marin Scorpene Evolved, proposé à l’Argentine et au Brésil, et présenté à toutes les marines sud-américaines, pour remplacer la vingtaine de Type 209 et Type 206 allemands, encore en service.

canon caesar batterie
Le Caesar pourrait profiter des tensions entre Israel et les pays sud-américains, pour s’imposer sur ce continent.

Alors que les armées sud-américaines, bien que parfois rivales, ont une forte tradition de coopération, la proposition française à Brasília, qui sera transmise par Emmanuel Macron au Président Lula, lors du sommet de Rio, revêt donc un caractère stratégique pour réimplanter la France de manière massive et pérenne, dans le paysage industriel défense sud-américain, avec l’espoir d’un effet boule de neige à venir.

Conclusion

On le voit, les offres que le président français emportera avec lui à Rio, pour le sommet du G20, les 18 et 19 novembre 2024, ont le potentiel de considérablement rapprocher la France et le Brésil, en matière de coopération industrielle Défense, y compris dans des domaines hautement stratégiques.

Surtout, ces accords permettraient à la France de reprendre pied, de manière très spectaculaire, en Amérique du Sud, avec l’objectif, indéniable, d’enclencher une dynamique sur l’ensemble du continent.

Pour cela, le président français s’appuie sur des valeurs sûres : le Caesar, plébiscité par les armées européennes et à l’efficacité incontestable en Ukraine ; le H-145, champion des exportations d’hélicoptères moyens ces dernières années ; le Rafale, l’avion de combat qui s’est le plus exporté ces dix dernières années, en dehors du F-35A ; et le Scorpene, qui aligne les succès exports, au point de venir menacer la suprématie allemande dans le domaine des sous-marins conventionnels.

Reste à voir, à présent, si la rencontre entre les deux présidents, en marge de ce sommet, permettra de transmettre les offres d’homme à homme, ou si elle donnera lieu à la signature d’un ou plusieurs contrats, ou tout au moins de lettres d’intentions, dans ces domaines respectifs ?

L’US Navy reporte de 4 ans le retrait du service de 12 destroyers Arleigh Burke face à la menace chinoise

Alors que la Marine chinoise se modernise et s’étend à un rythme soutenu, l’US Navy peine à faire accélérer la production de nouvelles coques, en particulier pour ce qui concerne les destroyers de la classe Arleigh Burke, les frégates Constellation, et les sous-marins classe Virginia.

Alors que tous les regards, au Pentagone, sont, à présent, fixés sur 2027, la fameuse échéance tracée par l’amiral Davidson, les options strictement industrielles apparaissent à présent incapables de répondre au renversement du rapport de force naval, autour de Taïwan, anticipé par l’ancien chef de Commandement Pacifique.

Face au déficit de coques, mais aussi de VLS, pour répondre à la menace chinoise, l’US Navy vient d’annoncer une décision aussi spectaculaire que surprenante, en demandant le report de quatre années, en moyenne, de la date du retrait de service de 12 des 20 premiers destroyers de la classe Arleigh Burke Flight I, entrés en service de 1992 à 1997.

Ce faisant, la Marine américaine entend rétablir un équilibre sur la trajectoire défavorable face à la Marine chinoise, qui admet au service ses destroyers et croiseurs, à un rythme trois fois plus soutenu, et ce jusqu’en 2030, la date la plus probable si une offensive militaire chinoise contre Taïwan, devait intervenir.

Une inversion du rapport de force naval dans le Pacifique à partir de 2027, en faveur de la Chine

Dans un article du mois de juillet 2024, nous avions étudié l’évolution du rapport de force naval dans le Pacifique entre l’US Navy et la Marine chinoise. celui-ci montrait que la flotte chinoise atteindrait la parité numérique opérationnelle, face à l’US Navy, en 2027, et en 2030, concernant la flotte sous-marine, sur le théâtre taïwanais. Après quoi, l’écart ne ferait que se creuser, en défaveur de l’US Navy.

Marine chinoise Type 055 Type 052D Type 056
La marine chinoise admet au service, chaque années 8 à 10 destroyers et frégates, créant un solde net positive de 6 à 7 navires, venant grossir les rangs de sa flotte de surface de haute mer.

En effet, d’ici à 2027, la Marine chinoise devrait recevoir une trentaine de nouveaux croiseurs Type 055, destroyers antiaériens Type 052DL, et frégates antiaériennes Type 054A/B.

Ce faisant, Celle-ci passera de six groupes naval de surface déployables autour de Taïwan à tout moment, une unité conceptuelle composée d’un croiseur Type 055 (ou deux destroyers Type 052DL), de deux destroyers antiaériens et de deux frégates Type 054A/B, à 8,5 en 2027, à 10,5 groupes en 2030, et à 16 en 2035.

L’US Navy, elle, n’admettra au service, d’ici à 2028, que deux destroyers classe Arleigh Burke par an, alors qu’elle perdra, sur la même échéance, les 12 derniers croiseurs classe Ticonderoga. À partir de 2029, elle recevra, cependant, au moins une frégate classe Constellation chaque année, mais elle devait également commencer à perdre 2 destroyers Burke par an, en l’occurrence, les 20 premiers Burke Flight I, entrés en service de 1991 à 1998, et devant être retirés du service de 2028 à 2036.

En d’autres termes, en dépit de son avantage numérique global, aujourd’hui, le nombre de groupes de surface déployables autour de Taïwan, par l’US Navy, devait rester stable, autour de 8, jusqu’en 2030, avant de timidement progresser pour atteindre 9 en 2034, et 10 en 2040, loi derrière les capacités de l’APL.

L’US Navy étend de 4 ans la durée de vie de 12 destroyers Arleigh Burke Flight I, pour franchir le seuil des 300 navires disponibles.

Bien évidemment, l’US Navy dispose d’autres atouts face à la Marine chinoise, notamment en matière de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire, ou de porte-avions. Pour autant, dans l’hypothèse d’un blocus chinois de l’ile, ou pour accroitre le potentiel dissuasif de l’US Navy, face à une éventuelle tentative d’action amphibie contre l’ile, le nombre de navires de surface, et plus spécialement, de grandes unités de surface combattantes, comme les destroyers, s’avère déterminant.

DDG 54 USS Curtis Wilbur Us navy
Le DDG 54, USS Curtis Wilbur, verra sa date de retrait du service actif reportée de 5 ans, de 2029 à 2034.

Dans le même temps, l’industrie navale militaire américaine se révèle dans l’incapacité d’augmenter, à court terme tout au moins, ses cadences de production de nouveaux navires, alors que la fenêtre de risque débute en 2027 et s’étend jusqu’en 2038 à 2040.

C’est pour répondre à cette quadrature du cercle, que Carlos del Toro, le secrétaire américain à la Navy, vient d’annoncer le report de 3 à 5, de la date du retrait du service, de 12 des 20 premiers destroyers Arleigh Burke Flight I. Ainsi, les 12 navires, qui devaient quitter le service de 2028 à 2032, le feront, effectivement, de 2031 à 2036, libérant l’équivalent de 48 annuités de service actif pour ces navires de 156 m, 9000 tonnes en charge, et armés de 90 silos verticaux et du radar SPY-1D du système AEGIS.

En moyenne, donc, cette manœuvre va ajouter l’équivalent de 9 destroyers et 810 silos de missiles, à la flotte américaine, sur une durée de 5 années, libérant autant de coques supplémentaires de ce type, sur le théâtre pacifique, soit 1,5 groupe de combat de surface supplémentaire disponible. En outre, cela permettra à l’US Navy de passer de 290 à 300 navires de combat opérationnels, facilitant, ou plutôt accélérant, la trajectoire pour atteindre l’objectif de 355 navires, fixé par Donald Trump en 2019, et toujours valide dans sa planification.

Ce faisant, le point d’inflexion, entre l’US Navy et la Marine chinoise, sera reporté de 3 ans, pour n’apparaitre qu’en 2030, et les deux forces feront jeu égal, dans le pacifique, selon le principe des groupes de combat de surface équivalents, jusqu’en 2033.

USS Cole
Le DDG 67, l’USS Cole, victime d’un attentat en ocotbre 2002, verra lui aussi son retart reporté de 5 ans, passant de 2031 à 2036.

On peut d’ailleurs penser que cette annonce, qui ne concerne que les destroyers Arleigh Burke Flight I, pourrait être systématisée sur les navires suivants, à savoir les 7 Flight II entrés en service de 1998 à 1999, puis les 33 Flight IIa, de 1999 à 2012. avec un report du retrait du service de quatre ans en moyenne, cette méthode donnerait à l’US Navy le temps de restructurer son paysage industriel, pour accélérer la production de destroyers, mais surtout de frégates et de navires sans équipage de haute mer, et ainsi conserver un équilibre dissuasif, vis-à-vis de la Marine chinoise, ou, tout au moins, pour tenter de le faire.

La Marine nationale va étudier l’extension de vie du PAN Charles de Gaulle lors du prochain ATM en 2028

L’US Navy n’est pas la seule marine occidentale, à devoir faire preuve de souplesse et d’adaptabilité, pour relever les défis qu’elles n’ont pas su prévoir. C’est notamment le cas de la Marine nationale, qui a dû transformer hâtivement trois frégates légères furtives classe La Fayette, en les dotant d’un sonar d’étrave, pour disposer d’une flotte théorique de 13 frégates de premier rang, sur les 15 exigées par le Livre Blanc.

Si cette manœuvre tenait bien plus de la bidouille politique, que d’une réponse opérationnelle structurée, ce n’est pas le cas d’une autre étude qui devrait avoir lieu en 2027, lors du prochain arrêt technique majeur du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle.

En effet, le navire français, entré en service en 2001, doit, normalement, quitter le service actif en 2038, pour céder sa place au nouveau PANG, actuellement en cours de conception. Le Grand Charles aura alors navigué pendant 36 ans, et son réacteur aura été rechargé 3 fois, en 2008, 2018 et 2028, à l’issue d’une indisponibilité périodique majeure, ou IPER, une procédure qui s’étend sur 12 à 16 mois.

Si la doctrine navale française prévoit l’utilisation d’un unique porte-avions nucléaire, l’évolution des menaces, dans le bassin Méditerranéen, dans l’Atlantique nord, et dans l’Indo-Pacifique, ont amené les autorités françaises à planifier une étude, pour déterminer si le Charles de Gaulle, pourrait voir sa durée de vie étendue de 10 ans, en prévoyant une nouvelle recharge de son réacteur, plutôt qu’un arrêt définitif, en 2038.

PAN Charles de Gaulle
L'US Navy reporte de 4 ans le retrait du service de 12 destroyers Arleigh Burke face à la menace chinoise 19

Cette étude peut laisser espérer les plus optimistes que la Marine nationale pourra disposer de deux porte-avions sur la période 2038-2048. Toutefois, le plus probable, ici, serait que cela permette à la France d’étendre la construction de PANG sur un calendrier plus long, voire de le mettre en suspens pour un temps.

En effet, non seulement les armées font toutes face à des besoins immédiats non couverts, dans un budget particulièrement contraint, mais la principale justification du PANG, et surtout de sa taille, concerne l’arrivée de la version navale du SCAF, initialement prévue pour 2040. Or, tout indique aujourd’hui que l’appareil ne sera pas disponible avant 2045, voire au-delà.

Dans ce contexte, la Marine et le ministère des Armées, pourraient préférer prolonger le PAN Charles de Gaulle, et ses Rafale M, pour flécher les crédits prévus vers d’autres urgences, pour ne reprendre l’étude et la construction du PANG que pour viser une date d’entrée en service conjointe du navire, et de son avion de combat SCAF.

Sachant qu’un report de dix du PANG représenterait de 6 à 8 Md€ de crédits disponibles supplémentaires, soit 3 frégates FDI, 15 Rafale M Fx, et 1 SNA supplémentaires, on comprend tout l’intérêt, pour la Marine nationale, du prolongement du Charles de Gaulle, surtout si le programme SCAF venait à continuer son glissement de calendrier.

Étendre la durée de vie des équipements, une option à double tranchant pour l’industrie de défense

Comme on le voit dans le cas du Charles-de-Gaulle, l’extension de vie opérationnelle d’un navire est une arme à double tranchant, pour les armées comme pour l’industrie navale. Elle peut, en effet, permettre de reporter des urgences, en se parant d’une fausse conformité, comme dans le cas des frégates FLF propulsées « frégates de 1ᵉʳ rang », sans l’être, ou masquer des problèmes budgétaires importants.

FLF modernisée la Fayette
Bien que modernisée, et dotée d’un sonar de coque, les Frégates légères Furtives de la classe La Fayette, ne peuvent pas raisonnablement être qualifiées de « frégates de 1er rang ».

Pour l’industrie de défense, en particulier pour celle d’un pays comme la France, ces reports et extensions de vie, peuvent aussi s’avérer un problème critique pour la conservation des compétences et des outils de production.

En effet, ces industriels doivent conserver des compétences particulièrement complexes et évolutives, sur un marché en perpétuel mutation commerciale et technologique, alors que la commande nationale ne représente qu’un événement unique à caractère générationnel, comme c’est le cas du porte-avions, mais aussi de la conception d’un avion de combat comme le Rafale, ou d’un char de bataille, comme le Leclerc.

Ainsi, dans le meilleur des cas, la construction du remplaçant du Charles-de-Gaulle interviendra à partir de 2030 ou 2031, soit trente ans après l’admission au service de celui-ci. De même, la construction du successeur du Rafale, du Tigre, ou du Leclerc, tous trois conçus dans les années 90, n’interviendra qu’à compter de 2030, soit trente à trente-cinq ans plus tard.

Or, contrairement à l’industrie américaine ou chinoise, l’industrie française n’a aucune alternative pour exercer et developper ses compétences sur d’autres équipements que ceux commandés par les armées françaises, surtout pour des équipements à très haute technicité et valeur, comme les porte-avions, les sous-marins, les avions de combat, ou les chars lourds.

À ce sujet, les récents travaux d’optimisation de l’outil industriel défense tendraient davantage à privilégier, dans la planification, des durées de vie opérationnelles beaucoup plus courtes qu’appliquées aujourd’hui, de l’ordre de 15 à 20 ans, contre 35 à 40 ans pour les équipements modernes, précisément pour optimiser la préservation/extension des compétences et savoir-faire industriels, et pour réduire les risques liés au développement à pas générationnel, plutôt que d’étendre la durée de vie de ces équipements, au-delà de ce qui est déjà prévu, et très conséquent.

Conclusion

La décision de l’US Navy de reporter de 4 ans en moyenne, le retrait du service de 12 des 20 premiers destroyers classe Arleigh Burke Flight I, s’avère, très certainement, une mesure d’urgence efficace, pour contenir l’inversion du rapport de force naval sino-américain, autour de Taïwan, dans les années à venir.

SM-2 launched bu Arleigh Burke classe destroyer
L'US Navy reporte de 4 ans le retrait du service de 12 destroyers Arleigh Burke face à la menace chinoise 20

Toutefois, cette procédure devra certainement être pérennisée, et même systématisée, au-delà des seuls Flight I. En outre, elle ne délivrera sa pleine efficacité que si l’US Navy parvient, enfin, à passer outre ses tergiversations et aspirations technologistes, pour effectivement se tourner vers des navires plus simples et rapides à produire, et moins onéreux, comme ce devait être le cas des frégates Constellation, afin que le programme ne soit pas dévoyé par l’US Navy elle-même.

Une chose est certaine, il s’agit, là, de la dernière carte que la Marine américaine a encore dans sa manche, pour espérer réintégrer une trajectoire lui permettant de contenir la montée en puissance chinoise dans le Pacifique. Si elle ne parvient pas à effectuer les transformations requises, cette opportunité n’aura qu’un effet limité dans le temps, ne reportant que de trois à ou quatre ans, la possibilité d’une offensive chinoise contre Taïwan.

Il en ira de même pour la France, concernant l’extension de vie du Charles-de-Gaulle qui, très vraisemblablement, entrainera un report de la construction du PANG, plutôt que de se doter d’un second porte-avions, pourtant indispensable pour disposer d’une permanence aéronavale efficace.

Dans tous les cas, le report du retrait du service d’un équipement majeur, doit toujours être considéré comme une option à n’employer qu’avec parcimonie et maitrise, tant il engendre des difficultés industrielles.

L’US Air Force envisage d’utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne

Pour les forces armées américaines, la supériorité aérienne, assurée par l’US Air Force et l’US Navy, s’avère le prérequis indispensable à la mise en œuvre de ses doctrines et tactiques militaires, tant pour s’assurer de disposer du soutien aérien lorsque requis, que pour éliminer les menaces et les points de soutiens des forces adverses.

Jusqu’il y a peu, le Pentagone n’avait aucun doute quant à sa capacité pour s’assurer de cette supériorité aérienne valant coefficient multiplicateur de forces, quel que soit le théâtre ou l’adversaire, disposant de la supériorité numérique, avec presque 3500 avions de combat modernes, et technologiques, avec presque un millier de chasseurs de 5ᵉ génération F-22 et F-35.

Ces certitudes ont été largement taillées en brèche ces dernières années. En Ukraine, d’abord, par l’efficacité des défenses aériennes, et par la Chine, après, l’APL comblant très rapidement l’écart numérique et technologique qui la sépare des forces aériennes américaines.

Le programme NGAD a fait les frais de cette prise de conscience, son prix prévisionnel étant jugé trop élevé pour répondre efficacement au défi numérique des forces aériennes chinoises. Cependant, le reboot de ce programme risque de mettre à mal le potentiel de l’US Air Force, pour s’assurer de la supériorité aérienne, en particulier sur le théâtre taïwanais, pour lequel le F-22 et le F-35, s’avèrent handicapés par une autonomie trop réduite.

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle idée vient d’émerger, au sein de l’US Air Force, pour combler cette faiblesse opérationnelle spécifique. Il s’agirait, en effet, d’employer le tout nouveau bombardier stratégique B-21 Raider, de Northrop Grumman, pour assurer les missions de supériorité aérienne à longue distance.

Les enseignements de la guerre aérienne en Ukraine imposent une nouvelle vision de la mission de supériorité aérienne

Si la montée en puissance des forces aériennes chinoises a été anticipée, depuis plusieurs années, par le Pentagone, les enseignements de la guerre aérienne en Ukraine ont bouleversé beaucoup de certitudes dans ce domaine.

FAB-500 Su-34 forces aériennes russes
Un Su-34 russe larguant une bombe planante FAB-500 pour frapper les lignes ukrainiennes.

En effet, depuis le début du conflit, les défenses aériennes ukrainiennes comme russes, se sont avérées à ce point efficaces, qu’il est impossible aux forces aériennes des deux belligérants, de s’emparer de la supériorité aérienne, pour déployer des moyens de soutien aérien rapproché, ou pour frapper dans la profondeur l’adversaire.

Pour ce faire, Moscou comme Kyiv sont à présent contraints d’employer des munitions à longue portée, des missiles de croisière ou balistiques aéroportés pour les frappes dans la profondeur, et des bombes planantes, pour les frappes sur la ligne d’engagement. Ces deux munitions permettent, en effet, aux appareils porteurs, de les lancer avant d’entrer dans la bulle d’interception de la défense sol-air adverse.

En outre, l’utilisation de ces munitions à longue portée empêche à la chasse adverse, d’intercepter les appareils porteurs avant qu’ils ne lancent leurs munitions, ceci venant considérablement accroitre la vulnérabilité des troupes ukrainiennes, depuis quelques mois, très exposées face aux forces aériennes russes, et leurs 1000 avions de combat, maintenant qu’ils sont massivement équipés de ce type de munitions.

Mis bout à bout, ces deux principaux enseignements concernant la guerre aérienne en Ukraine, ont de quoi inquiéter le Pentagone. En effet, la Chine dispose d’une défense aérienne multicouche, au moins aussi dense et efficace que celle mise en œuvre par les armées russes.

Nul doute, par ailleurs, que les forces aériennes chinoises ont, elles aussi, adapté leurs doctrines et leurs efforts industriels pour intégrer ces mêmes enseignements, notamment pour ce qui concerne la mise en œuvre, et les stocks, de munitions stand-off.

Avec le programme NGAD plus incertain que jamais, l’US Air Force sans solution au-dessus de Taïwan

Pour répondre à ce besoin spécifique, l’US Air Force pariait, jusqu’il y a peu, sur la supériorité technologique que devait lui garantir son programme NGAD, censé remplacer le F-22 d’ici à 2030.

chasseur de 6ᵉ génération et drones-ngad-vue-artiste
Chasseur de 6ᵉ génération et drones du programme NGAD

Premier chasseur véritablement conçu sur les préceptes de la nouvelle « 6ᵉ génération des avions de combat« , celui-ci devait, justement, permettre de pénétrer, à l’aide de drones de combat furtifs, les défenses aériennes adverses, pour créer une bulle de suprématie aérienne, directement au-dessus de son espace aérien protégé, et ainsi, prévenir l’utilisation de ces munitions stand offs, tout en repoussant l’aviation adverse, au-delà de la ligne d’efficacité tactique.

Toutefois, les derniers événements en Ukraine, comme autour de Taïwan, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient et en Corée, ont également convaincu l’US Air Force que remplacer la flotte de F-22 de 186 appareils seulement, par le nouveau NGAD, constituait une capacité tactique numériquement trop faible, pour répondre à tous les scénarios.

Or, pour atteindre ces objectifs technologiques, l’USAF s’était engagée dans la conception d’un appareil onéreux, et même, très onéreux, un NGAD devant couter le prix de trois F-35, autour de 300 m$, rendant inenvisageable de constituer une flotte numériquement suffisante, pour faire face à la possible simultanéité des menaces qui se dessine.

C’est la raison pour laquelle, en aout dernier, les autorités civiles et militaires de l’US Air Force, ont annoncé la suspension du programme NGAD. Il s’agit, par cela, de leur permettre de réévaluer les priorités et les objectifs du programme, et plus spécifiquement, d’en réduire considérablement le prix, avec l’objectif annoncé de ramener le prix d’acquisition unitaire de l’appareil, au niveau de celui du F-35A, soit une centaine de m$.

L’US Air Force envisage d’utiliser le bombardier stratégique B-21 Raider pour la supériorité aérienne à longue distance

Pour y parvenir, l’US Air Force entend approfondir le paradigme au cœur de cette nouvelle 6ᵉ génération des avions de combat, en faisant porter encore davantage, la mission de combat, sur les drones qui accompagneront le chasseur.

B-21 Raider US Air Force
L'US Air Force envisage d'utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne 30

Pour autant, passer d’un appareil à 300 m$, à un appareil à 100 m$ l’unité, suppose un véritable reboot du programme NGAD, qui ne pourra certainement pas, dans ces conditions, respecter l’échéance de 2030 visée jusqu’ici, et ainsi satisfaire aux besoins de supériorité aérienne dans la fenêtre Davidson, au-dessus de Taïwan, à partir de 2027.

En outre, ni le F-35A, ni le F-22, qui devraient, eux aussi, être modernisés pour pouvoir contrôler des drones de combat, n’ont l’allonge suffisante pour efficacement mener des missions de supériorité aérienne autour de Taïwan, en partant des bases aériennes japonaises américaines, les plus proches pour cette mission, et encore moins en partant de la base aérienne de Guam, si le Japon venait à interdit l’utilisation de ses bases dans ce conflit, ce qui n’est pas à exclure.

Pour cela, l’USAF envisage, à présent, d’utiliser certains de ses nouveaux stratégiques B-21 Raider, pour cette mission spécifique. Présenté par Northrop Grumman comme le premier avion de combat de 6ᵉ génération, à avoir été développé, l’appareil dispose, en effet, de quelques-unes des qualités indispensables à cette nouvelle évolution.

En premier lieu, le B-21 est un appareil disposant d’une avionique et d’une électronique embarquée très évoluées et conçues autour d’une architecture ouverte. Ce faisant, il a été imaginé pour pouvoir intégrer d’autres systèmes à son système de systèmes, y compris les drones de combat. Ainsi, la coopération du bombardier avec les drones de combat en cours de développement au sein du programme CCA, peut être relativement rapide et peu onéreuse à implémenter.

Le B-21 est par ailleurs doté d’une très longue endurance, avec un rayon d’action de combat de 4000 km (2500 miles), et une soute à munition large et spacieuse, pouvant emporter neuf tonnes d’armements, de missiles et autres drones Remote carrier. Surtout, le Raider a été conçu pour disposer d’une très grande furtivité, suffisante pour pénétrer les réseaux radars de la défense aérienne adverse.

B-1B Lancer JAASM
L'US Air Force envisage d'utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne 31

De fait, s’il ne parie pas sur la vitesse, pour assurer sa protection et l’efficacité de sa mission, le B-21 peut, effectivement, assurer le contrôle coopératif d’une vaste flotte de drones de combat, ces derniers assurant les fonctions de détecteur et d’effecteurs, pour prendre le contrôle de l’espace aérien adverse, en éliminant les défenses aériennes comme l’aviation adverse, et en repoussant celle-ci, au-delà de la ligne d’efficacité de ses armes stand off.

Une solution temporaire d’urgence, plus qu’une nouvelle capacité aux mains de l’US Air Force

De fait, on peut penser que le B-21 Raider pourrait effectivement être employé par l’US Air Force pour des missions de supériorité aérienne, en particulier au-dessus de Taïwan, le cas échéant. Pour autant, cette solution ne sera, très certainement, que temporaire et spécifique à ce théâtre pacifique pour l’US Air Force.

En effet, si les officiels américains ont confirmé l’hypothèse et l’étude en ce sens, actuellement menée, ils ont précisé que le format final de la flotte de B-21, soit 100 appareils, restait inchangé. Or, cette flotte a été dimensionnée précisément pour remplacer les B-1 Lancer, puis les B-2 Spirit, au sein des forces aériennes stratégiques américaines.

En d’autres termes, l’US Air Force ne prévoit pas de dédier, dans la durée, une partie de cette flotte, à cette mission de supériorité aérienne longue distance, celle-ci ne servant que comme solution intérimaire, le temps pour le NGAD d’effectuer sa mutation, pour prendre le relais, probablement autour de 2035.

F-35 us air force
L'US Air Force envisage d'utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne 32

Dans cet intervalle de temps, le chevauchement de l’arrivée des B-21, avec le départ des B-1 et B-2, et le prolongement des B-52, sera certainement suffisante pour garantir le format de la flotte aérienne stratégique US, permettant à une poignée de B-21 à 700 m$ l’unité, d’être modifiés et entrainés, pour la supériorité aérienne longue distance.

La flexibilité et l’adaptabilité, plus que l’évolutivité, au cœur de la 6ᵉ génération des avions de combat

Cet épisode, tout transitoire qu’il puisse être, démontre qu’au-delà des performances aéronautiques, de la furtivité, ou de la capacité d’emport, la caractéristique première au cœur de cette nouvelle génération d’avions de combat, qui arrive, n’est autre que l’adaptabilité de son système de systèmes, lui conférant une flexibilité telle qu’elle permet à un bombardier stratégique, de prendre la mission de supériorité aérienne, sur une fenêtre de temps donnée.

Le cœur de cette adaptabilité est avant tout numérique, l’avion de combat de 6ᵉ génération devant, spécifiquement, être capable d’intégrer d’autres systèmes de manière rapide, sûre et peu onéreuse.

En effet, contrairement aux appareils de précédente génération, structurés le plus souvent autour d’un noyau numérique propriétaire, conçu par l’avionneur lui-même, le système numérique de ces nouveaux avions de combat, s’articulent tel un système de systèmes, en architecture ouverte, précisément pour intégrer rapidement, et de manière standardisée, de nouveaux systèmes ou sous-systèmes.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

C’est ainsi que l’US Air Force estime qu’il est pertinent, pour elle, d’intégrer la capacité de contrôle des drones de combat aérien, au B-21 Raider, sur un calendrier particulièrement court, et à budget contraint, alors que, dans le même temps, le F-35A, sur système propriétaire, peine toujours à franchir les étapes nécessaires pour que ce système parvienne à atteindre le standard Block IV, qui aura été en développement pendant presque 10 ans, lorsqu’il entrera en service en 2029 (si tout va bien).

De fait, un appareil de 6ᵉ génération se caractérise, avant tout, par cette nouvelle capacité d’intégration dynamique et d’architecture numérique ouverte, de sorte qu’il leur est dynamiquement possible, sur la base d’une même cellule, d’être spécialisé pour différentes missions, pour peu que l’appareil en question, dispose déjà des capacités de traitement numériques, des systèmes de communication, et de l’équipage nécessaire pour cela.

Le Rafale F5 peut-il devenir le premier chasseur de 6ᵉ génération européen, dès 2033 ?

De ce qui précède, on peut imaginer le portrait robot d’un avion de combat de 6ᵉ génération : une cellule robuste pour répondre à de nombreux types d’utilisation, un système numérique embarqué de forte puissance, conçu autour d’une architecture ouverte, des systèmes de communication avancés, pour contrôler les drones de combat, et un équipage composé d’au moins deux personnes, pour partager la charge de travail.

C’est naturellement le cas du B-21 Raider, mais pas uniquement. En bien des aspects, le futur Rafale F5 français, peut répondre à ce cahier des charges, en particulier dans sa variante B biplace. En effet, l’appareil dispose déjà d’une cellule robuste et particulièrement polyvalente, lui permettant de remplir une très vaste gamme de missions.

Super-Rafale et Neuron
L'US Air Force envisage d'utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne 33

En outre, avec l’ajout du drone de combat dérivé du Neuron, celui-ci disposera nécessairement des interfaces et des moyens de communication, nécessaires à cette mission, alors que sa version biplace s’avère idéale pour le partage de tâches imposé par le contrôle étendu d’un système de systèmes.

De fait, pour faire du Rafale F5, un véritable avion de combat de 6ᵉ génération, il suffirait de transformer son noyau numérique, en système ouvert, et de l’intégrer à un cloud de combat, pour transformer le système Rafale, en système de systèmes.

De fait, en ajoutant deux piliers au programme Rafale F5, le système de systèmes en architecture ouverte, d’une part, et le cloud de combat, de l’autre, l’appareil entrerait de plain-pied, et de plein droit, dans cette génération, sans même devoir en passer par la 5ᵉ génération, en dépit de ses faiblesses en matière de furtivité.

En effet, la capacité du Rafale à voler vite et très bas, en toute sécurité, constitue une sécurité au moins aussi efficace que la furtivité du F-35, pour s’approcher des lignes adverses, et contrôler les drones de combat furtifs qui, eux seraient au-dessus de ces lignes, pour éliminer la défense aérienne et repousser la chasse de l’ennemi.

Ainsi, un Rafale évoluant à 500 pieds, restera masqué sous l’horizon au-delà de 50 km, tout en pouvant contrôler, en ligne de visée, des drones évoluant à 5000 pieds, à plus de 200 km dans le territoire adverse. Si le Rafale vole à 200 pieds, ces distances sont ramenées à 31 km, et 140 km.

Rafale très basse altitude
L'US Air Force envisage d'utiliser le B-21 Raider pour la supériorité aérienne 34

À l’inverse, un F-35A en secteur frontal, sera détecté par un radar en bande X de forte puissance, à 25 ou 27 km de distance, s’il évolue au-dessus de l’horizon, quelle que soit son altitude.

La différence est donc minime entre les deux appareils, d’autant que la ligne de visée ne prend pas en compte l’utilisation du relief pour masquer l’approche d’un appareil, rendant l’avantage de la furtivité, pour un avion de combat, si pas inutile, tout au moins secondaire, pour la 6ᵉ génération. Elle reste cependant essentielle pour les drones de combat, qui, eux, doivent effectivement pénétrer l’espace aérien adverse.

Conclusion

On le voit, l’annonce de l’US Air Force, concernant l’utilisation potentielle du B-21 Raider, pour assurer la supériorité aérienne à longue distance, dans l’attente de l’arrivée du NGAD, quelle que soit sa nouvelle forme, peut, de prime abord, être perçue comme une curiosité, voire prêter à sourire.

Pour autant, il s’agit d’une première expression opérationnelle, des qualités spécifiques qu’apportera effectivement cette nouvelle génération d’avions de combat, dont l’adaptabilité et la flexibilité, se substitueront à l’évolutivité, aujourd’hui au cœur de la conception des appareils modernes. Ces qualités permettront, par une mise à jour numérique, et en adaptant son environnement de drones, de configurer un appareil pour une mission spécifique.

B-21 Raider drones swarm
B-21 avec son escorte de dronesMike Tsukamoto/staff; Greg Davis/USAF

Déjà réputé pour cette flexibilité native, au travers du concept multimission, le Rafale, dans la version F5, pourrait bien devenir le premier appareil européen, appartenant à cette 6ᵉ génération d’avions de combat, coiffant pour cela le GCAP britannique, dont c’est l’objectif principal aujourd’hui.

Reste à voir si la France, et ses éventuels partenaires du club Rafale, sauront se mobiliser et s’entendre, au-delà du concept Rafale F5 initial, pour amener ce standard vers une telle évolution qui, sans le moindre doute, replacerait l’appareil, et son environnement, sur l’échiquier mondial commercial et opérationnel, des avions de combat.

SSN AUKUS : un programme perdant-perdant pour l’US Navy, selon le Congressional Research Service

Au-delà du ressentiment qu’il a généré en France, après l’annulation du contrat SEA 1000, le programme SSN AUKUS, au cœur du premier pilier de l’alliance AUKUS qui rassemble l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, fait l’objet de nombreuses interrogations, en particulier en Australie et aux États-Unis, depuis son lancement.

C’est notamment le cas au sein du Congrès américain, dont plusieurs membres influents des commissions Défense sénatoriales et de la Chambre des Représentants, ont émis certains doutes concernant la soutenabilité ou l’efficacité de ce programme, en particulier dans la période de tension actuelle.

C’est dans ce contexte que le Congressional Research Service, l’un des deux organismes indépendants d’audit et de validation, du Congrès américain, vient de publier un rapport pour le moins critique sur ce programme SSN-AUKUS, ses modalités, et la manière dont il a été négocié, annoncé puis validé.

Le programme SSN AUKUS interroge de plus en plus, par ses couts et sa planification.

Depuis son annonce initiale, en 2021, par Joe Biden, Boris Johnson et Scott Morrison, le programme SSN AUKUS, qui doit permettre d’équiper la Royal Australian Navy de huit sous-marins nucléaires d’attaque, ou SSN, a suscité de nombreuses interrogations, de la part des parlementaires américains.

SSN AUKUS Johnson Morrison Biden
Boris Johnson, Scott Morrison et Joe Biden, les trois architectes du programme AUKUS

Ainsi, en 2023, deux rapports d’organismes indépendants liés au Congrès, avaient posé plusieurs questions, restées sans réponse, sur le programme SSN AUKUS, sa soutenabilité et sa Genèse. Le premier, produit par le Congress Budget office, ou CBO, portait sur la soutenabilité du plan industriel de l’US Navy pour les années à venir, et notamment sur les couts, et surcouts, engendrés par la production des 3 à 5 SSN classe Virginia supplémentaires pour remplacer autant de navires vendus à l’Australie.

Le second rapport, rédigé cette fois par le Congressional Research Service, ou CRS, mettait en doute l’engagement de l’US Navy de porter la production de SSN jusqu’à 2,33 navires par an, d’ici à 2030, seuil tracé par le Congrès, pour permettre la vente des SSN Virginia américain à l’Australie de 2032 à 2036.

En dépit de ces remises en question provenant d’organismes indépendants du Congrès, le programme SSN AUKUS a continué sur la même trajectoire qu’initialement annoncé, les exécutifs des trois pays concernés, s’étant à nouveau engagés à lui donner corps, selon le calendrier promis.

Le Congressional Research Service publie un rapport au vitriol sur le programme SSN AUKUS

Un an plus tard, c’est à nouveau le CRS qui passe à l’offensive dans ce dossier, avec la publication d’une nouvelle mise à jour de son document de synthèse portant sur la production de SSN classe Virginia, sur le premier pilier de l’alliance AUKUS, et sur le programme SSN AUKUS.

SSn Virginia construction
la construction de SSN Virginia est passée de 2 par an, en 2017, à 1,2 par an, aujourd’hui, en raison de l’ajout des VLS et de la crise Covid.

Si, dans sa version 2023, ce rapport interrogeait sur la possibilité, ou pas, pour l’industrie navale américaine, de produire 2,33 SSN par an à partir de 2030, en plus d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, ou SSBN, classe Columbia, cette nouvelle mouture se montre particulièrement critique sur le fondement même du programme SSN AUKUS, et sur les surcouts, budgétaires et opérationnels, qu’il semble destiné à faire peser sur la flotte sous-marine américaine, pour les deux décennies à venir.

Un rapport qui prend pour point d’origine, le refus de l’US Navy de commander un second SSN classe Virginia en 2025

Le nouveau rapport du CRS a, pour point d’origine, le refus annoncé de l’US Navy, de commander un second sous-marin SSN Virginia, sur le budget 2025 du Pentagone. En effet, la Marine américaine n’avait requis, dans ses recommandations budgétaires, que le budget nécessaire pour financer la construction d’un unique navire de ce type en 2025.

Cependant, les deux commissions défense du Congrès, ont validé la commande d’une seconde coque sur cette même année, privant l’US Navy de plus de 3 Md$, jusque-là fléchés pour la modernisation et l’extension des capacités industrielles navales américaines sur ce budget, précisément pour recoller à l’objectif de 2 SSN par an en 2030, nécessaire pour respecter la planification US, et même de 2,33, pour pouvoir livrer les navires promis à l’Australie.

Toutefois, le Pentagone n’a pas désarmé suite aux arbitrages du Congrès, et le Secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, est revenu à la charge, quelques jours après eux, pour refuser l’ajout d’un second SSN en 2025, arguant que la production de ces navires avait déjà 2 à 3 ans de retard, ceci ayant engendré un backlog de plusieurs navires, devant être apuré préalablement à l’augmentation des commandes.

SECDEF LLoyd Austin
Le Secretaire à la Défense Lloyd Austin, a du intervenir personnellement pour empecher la commande d’un second Virginia par le Congrès pour l’année fiscale 2025.

En effet, depuis l’ajout, en 2018, des systèmes de lancement verticaux, à partir du Block V des SSN Virginia, pour leur permettre de lancer des missiles de croisière, à l’instar d’un SSGN, la production de ces navires a considérablement ralenti, passant de 2 navires par an, les années précédentes, à 1,2 ou 1,4 SSN produits chaque année, depuis. La crise Covid n’a rien arrangé, en déstabilisant profondément la main d’œuvre et la chaine de sous-traitance des deux industriels engagés dans ce processus.

Cette opposition entre le Congrès et le Pentagone, constitue le point de départ du nouveau rapport du CRS. Toutefois, il se tourne rapidement vers un autre sujet, lié, et bien plus problématique, à savoir les conséquences du programme SSN AUKUS sur le potentiel opérationnel de l’US Navy, pour les vingt à trente années à venir.

Même si les délais sont tenus, SSN AUKUS va aménuiser le potentiel conventionnel et nucléaire de l’US Navy, face à la Chine, en pleine fenêtre Davidson

De sujets de préoccupation et de questions sans réponse, concernant le programme SSN AUKUS, le nouveau rapport du CRS, ne manque pas. En effet, au-delà des aspects strictement industriels, qui restent à démontrer, en particulier pour ce qui concerne le respect des délais et des ambitions de production de l’industrie navale US, pour autoriser la vente des SSN à l’Australie, ce rapport met en évidence de nombreuses zones d’ombres dans ce programme, pouvant engendrer de sérieux surcouts non financés, ainsi que des déficits capacitaires relatifs, pour l’US Navy, en particulier d’ici à 2040.

Rappelons que SSN AUKUS prévoit la vente de 3 à 5 SSN classe Virginia à l’Australie, de 2032 à 2036 (pour les trois premiers), les deux premiers étant des navires prélevés sur la flotte de l’US Navy, à qui il restera de 18 à 27 ans de potentiel, sur les 33 ans prévus, et le troisième, ainsi que les deux options suivantes, étant directement produits neufs pour la Royal Australian Navy.

Virginia class US navy
Si les Virginia de l’US Navy pourront emporter des missiles de croisière armés de têtes nucléaires, en cas de besoin, ce ne sera pas le cas des sous-marins australiens, ceci pouvant affaiblir le potentiel dissuasif américain, en particulier face à la chine.

Les deux navires prélevés devront être remplacés pour l’US Navy, alors que les un à trois autres seront prélevés sur la production US, et seront remplacés par des livraisons ultérieures pour la flotte américaine.

Ce modèle vient accentuer le phénomène de creux, sur la décennie 2030, concernant la flotte de SSN américain, lié à la faible production de ce type de navires par l’industrie navale américaine, dans les années 90, avec notamment l’arrêt du programme SeaWolf.

À ce plus bas opérationnel, auquel se cumulerait la captation AUKUS, s’ajoute l’effondrement de la disponibilité opérationnelle des SSN américains, frappés par la saturation des infrastructures de maintenance. L’indisponibilité pour maintenance, ou attente de maintenance, de la flotte de SSN de l’US Navy, est ainsi passée de 23% en 2013, à 33 % en 2024, immobilisant 16 des 48 navires en ligne.

Ce faisant, l’US Navy risque fort, en l’état actuel, d’entrer dans la fenêtre Davidson, c’est-à-dire la période de danger concernant la possible émergence d’une crise majeure sino-taïwanaise, à partir de 2027, avec moins de 30 SSN opérationnels et prêts au combat, alors que ces navires constituent l’une des plus grandes plus-values dont elle dispose sur la Marine chinoise, le cas échéant.

Une augmentation des risques et une baisse du potentiel opérationnel de l’US Navy face à la Chine concernant Taïwan

Le rapport du CRS interroge notamment sur la question des risques, liés au transfert de technologies critiques à l’Australie, liés au programme SSN AUKUS. En particulier, il met en avant l’augmentation des points de vulnérabilité potentiels, pour des tentatives d’espionnage et d’attaque Cyber, mais aussi concernant la mise en œuvre des navires, à partir de bases navales australiennes.

Astute class Royal navy
Les sous-marins modernes embarquent un grand nombre de technologies numériques.

Surtout, le rapport insiste sur le fait que les autorités australiennes ont clairement annoncé qu’en rejoignant l’alliance AUKUS et le programme SSN AUKUS, elles ne s’engageaient nullement de manière automatique, pour intervenir aux côtés de l’US Navy, en cas d’intervention autour de Taïwan.

Ce faisant, alors que le programme est souvent présenté, au pire, comme un jeu à somme nulle, du point de vue de la sécurité des États-Unis, cette position australienne, cumulée au creux de disponibilité et de coques de SSN, jusqu’en 2040, tend à affaiblir sensiblement le potentiel de réponse de la flotte américaine, en cas d’agression chinoise sur Taïwan, en réduisant le format de sa flotte, en mobilisant des capacités industrielles critiques, et en augmentant les points d’entrés formant autant de vulnérabilités cyber.

Un affaiblissement de l’US Navy au-delà du théâtre Pacifique

Enfin, le rapport met en évidence un point pourtant assez trivial, mais peu étayé jusque-là. En effet, si, dans le meilleur des cas, le programme SSN Aukus constitue, sur la période 2027-2040, un jeu à somme nulle pour l’US Navy, si Canberra décidait d’effectivement suivre Washington face à Pékin dans le Pacifique, il est très peu probable qu’il en sera de même dans l’Atlantique, face à la Russie, ou en Méditerranée et dans l’Ocean Indien, autour du proche et Moyen-Orient.

De fait, en captant des capacités industrielles et des moyens qui seraient, sans cela, disponibles pour l’US Navy, le programme SSN AUKUS va affaiblir, de manière globale, le potentiel de réponse des États-Unis sur les autres théâtres que le théâtre Pacifique.

Yasen-M sous-marin SSGN
Les SSN australiens n’iront pas renforcer le dispostif de l’OTAN en Atlantique Nord, le cas échéant.

Bien que ce ne soit pas évoqué dans le document, on peut également penser que l’Australie ne serait pas nécessairement prête à suivre les États-Unis face à la Corée du Nord, le cas échéant.

Un accord annoncé en 2021 sans Analyse d’Alternatives, qui pourrait bien s’avérer très défavorable pour l’US Navy

Au cœur des remarques acerbes du CRS sur le programme SSN AUKUS, figure un constat pour le moins étonnant. En effet, il apparait que ce programme a été mené sans qu’une Analyse d’Alternatives soit menée.

Une analyse d’alternatives consiste à l’étude, en amont d’un programme, des options pouvant être envisagées, pour atteindre les objectifs visés par le dit programme, de sorte à en évaluer l’efficacité relative, vis-à-vis d’autres solutions.

Dans le cas du programme SSN AUKUS, il semble que l’ensemble de la procédure a été mené avec un évident biais de confirmation, en particulier face au Congrès. Ainsi, les seuls intervenants, interrogés en commission parlementaires, provenaient du Département de la Défense, et du Pentagone, et se sont tous montrés dithyrambiques au sujet des bénéfices attendus par l’application de ce programme à forte connotation politique.

LCS classe Independance
Le programme LCS a été mené sans analyse d’alternatives, qui aurait certainement permis d’éviter le desastre opérationnel qu’il constitue aujourd’hui pour l’US Navy.

À aucun moment, en revanche, les organismes indépendants, susceptibles d’analyser simultanément les risques et bénéfices du programme, et surtout d’effectuer cette Analyse d’Alternatives, pour étudier d’éventuelles autres approches, moins risquées, moins onéreuses et moins handicapantes pour l’USN, ont été mandatés pour cela.

Au final, à l’instar du programme LCS (Littoral Combat Ship), lui aussi lancé et validé, sans analyse d’alternatives, SSN AUKUS se révèle être un programme très couteux, sur une fenêtre de temps critique pour la modernisation et l’extension de la flotte américaine, sans même qu’il ne garantisse le soutien de l’Australie face à la Chine, en cas d’intervention contre Taïwan.

Des alternatives proposées qui renforcent le sentiment d’accord Perdant-Perdant entre les États-Unis et l’Australie

Plusieurs alternatives sont évoquées, de manière synthétique, dans le rapport du CRS. Le premier repose, tout simplement, sur son abandon pur et simple, et sur le transfert de la « mission SSN » à la seule US Navy, permettant à l’Australie de concentrer ses investissements sur d’autres missions. Sont notamment évoqués l’acquisition de moyens de frappe à longue portée, évidemment américains, comme des missiles de croisière, des missiles balistiques ou le bombardier B-21 Raider.

Ce modèle permettrait, selon le rapport, une coopération beaucoup plus efficace entre les forces australiennes et américaines, sans remettre en question l’engagement de l’US Navy, de déployer ses propres SSN, ramenés à 8, à partir des bases navales australiennes. Sans le préciser, il suppose, évidemment, que l’Australie se dote, en remplacement, d’une flotte de sous-marins à propulsion conventionnelle. Vous savez ? Comme les Shortfin Barracuda…

Sea 1000 classe Attack
L’Australie pourrait bien devoir, dans les années à venir, relancer un programme de sous-marins à propulsion convetionelle en urgence.

Le second modèle suppose, lui, de laisser l’Australie s’équiper exclusivement de sous-marins nucléaires d’attaque de conception britannique, et construits en Australie, comme il est prévu que ce soit le cas pour 5 à 3 des SSN du programme SSN AUKUS.

Ce faisant, il n’y aurait aucune captation sur la production industrielle US, sans remettre en question les engagements généraux autour de l’alliance AUKUS pilier 1. Pour autant, là encore, Canberra serait dans l’obligation de se tourner vers une solution conventionnelle intérimaire, le premier SSN AUKUS australien ne devant entrer en service qu’au début de la décennie 2040, alors que ses sous-marins de la classe Collins, ne dépasseront pas 2035.

Conclusion

Le rapport du Congressional Research Service, publié le 10 octobre 2024, se montre donc très critique sur de nombreux aspects, concernant le programme SSN AUKUS, qui apparait, de toute évidence, comme une très mauvaise affaire pour l’US Navy, en particulier dans le contexte qui sera le sien, pour les 15 années à venir.

Ainsi, les bénéfices attendus, en l’occurrence, le renforcement du nombre de SSN alliés présents sur le théâtre Pacifique, n’interviendront de manière effective qu’au milieu des années 2040, dans le meilleur des cas, alors que la fenêtre de danger, sur ce théâtre, débutera dans deux ans, avec un pic probable, au milieu de la prochaine décennie.

US navy Lancement d'un SNA Virginia Block IV
SSN AUKUS : un programme perdant-perdant pour l'US Navy, selon le Congressional Research Service 44

En outre, malgré la promesse de céder 3 à 5 SSN classe Virginia à Canberra, ce dernier ne s’est pas engagé à suivre Washington face à Pékin, en cas de conflit autour de Taïwan. Le tout s’inscrit dans une période d’insécurité industrielle navale, aux États-Unis, sans que l’on sache, vraiment, à quel point, elle pourra effectivement être surmontée, sur le calendrier prévu, alors qu’il s’agit d’une ligne rouge explicitement affichée par le Congrès.

Surtout, il apparait que les objectifs politiques, censés être garantis par ce programme, auraient pu être obtenues par d’autres moyens, bien moins contraignants pour les forces armées américaines, et bien moins couteux pour l’Australie.

Toute la question, à présent, est de savoir si le bon sens s’imposera dans ce dossier, pour revenir à un modèle effectivement soutenable, tant par les États-Unis que l’Australie, et pour, au mieux, durcir la réponse potentielle à la menace chinoise dans le pacifique, ou si, comme c’est le cas depuis son lancement, ce programme perdurera sur de simples certitudes et arrière-pensée politiques, au risque de sévèrement handicaper le potentiel dissuasif occidental et américain, bien au-delà du seul théâtre Pacifique ?

Avec MGCS, la France reproduit-elle, pour 2040, la même erreur qu’avec le char Leclerc ?

Lancé en 2015, le programme Main Ground Combat System, ou MGCS, devait permettre à la France et à l’Allemagne de mutualiser leurs compétences, moyens et besoins, pour remplacer les chars Leclerc et Leopard 2, à horizon 2035, sur un marché particulièrement atone.

Depuis, ce marché a été bouleversé par l’accroissement rapide des tensions internationales, et des menaces, y compris en Europe, provoquant un appel d’air massif pour remplacer les chars de combat et véhicules de combat d’infanterie hérités de la fin de la guerre froide.

Si l’industrie allemande s’est rapidement adaptée à cette nouvelle donne commerciale européenne et mondiale, en proposant deux modèles chars de génération intermédiaires, le Leopard 2A8 et le KF51 Panther, et deux VCI modernes, le Puma et le Lynx, ce n’est pas le cas de la France, qui continue de parier exclusivement sur le MGCS, pour préserver les compétences de son industrie de défense dans ce domaine, après les échecs commerciaux du Leclerc et du VBCI.

Alors que les chars et VCI allemands, mais aussi sud-coréens et américains, alignent les succès pour moderniser les forces blindés européennes et occidentales, la question se pose, à présent, du bienfondé de la stratégie française dans ce domaine, ignorant volontairement la génération intermédiaire qui émerge, pour ne parier que sur MGCS, alors que tout indique comme ce dernier arrivera sur un marché en grande partie saturé, comme ce fut le cas du Leclerc, dans les années 90.

Après l’Allemagne, la Norvège, la République tchèque et les Pays-Bas, la Croatie va commander 50 Leopard A8

En effet, en dépit de cette transformation radicale du marché mondial, le calendrier et les ambitions du programme MGCS n’ont pas évolué. Au contraire, les difficultés rencontrées pour harmoniser les besoins des armées, et les attentes des industries des deux pays, ont déjà repoussé l’entrée en service probable du MGCS, au-delà de 2040.

Leopard 2A8 de KNDS au salon Eurosatory 2024
Le Leopard 2A8 est apparu pour la première fois en public lors du salon Eurosatory 2024

Ce report est évidemment un problème pour la France, privée de génération intermédiaire, l’Armée de terre devant dès maintenant préparer une nouvelle évolution du Leclerc, pour lui permettre d’attendre cette échéance, alors même que la modernisation MLU actuellement en cours, était déjà censée remplir cette mission jusqu’en 2035.

Côté allemand, en revanche, celui-ci est plus que bienvenu, alors que KNDS Deutschland, ex Krauss-Maffei Wegmann, a présenté il y a un an le Leopard 2A8, pour répondre aux besoins immédiats, et que Rheinmetall vient de signer un contrat majeur avec l’Italie, pour produire, dés 2027, le KF51 Panther, présenté comme une alternative au MGCS.

Ainsi, depuis la présentation du Leopard 2A8, en mai 2023, KNDS Deutschland a aligné les commandes en Europe, au-delà des 18 premiers modèles commandés par la Bundeswehr, pour remplacer les Leopard 2A6 envoyés en Ukraine.

Ainsi, le Leopard 2A8 a été sélectionné par la Norvège (54), la République tchèque (77), l’Allemagne (+105) et les Pays-Bas (46), et annoncé comme tel par la Lituanie (54). La Croatie a confirmé, pour sa part, cette semaine, une commande de 50 Leopard 2A8, pour remplacer le M-84 qui seront envoyés en Ukraine. Dans le même temps, le KF51 Panther de Rheinmetall a été commandé à 132 exemplaires par l’Italie.

De son côté, la Pologne a commandé 250 M1A2 SEPv3 américains, ainsi qu’un millier de K2 sud-coréens, alors que la Roumanie s’est tournée, elle aussi, vers l’Abrams, pour 54 exemplaires. Enfin, la Hongrie avait préalablement arbitré en faveur du Leopard 2A7HU, très proche du Leopard 2A8, alors que la British Army a entamé la modernisation de 148 de ses Challenger 2 au nouveau standard Challenger 3.

Face au Leopard 2A8/X, au KF51 et au K2, restera-t-il un marché export adressable au MGCS en 2040 ?

En d’autres termes, aujourd’hui, le marché européen des chars de combat s’est déjà tourné à plus de 70 % vers des modèles de génération intermédiaire. Il ne reste guère que la Suède, la Finlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal, qui n’ont pas encore franchi le pas en Europe. Il est toutefois probable que certains d’entre eux, notamment l’Espagne et la Grèce, moderniseront bientôt tout ou partie de leur flotte.

programme MGCS
Comme SCAF, le programme MGCS s’appuie sur un système de systèmes, mais il prévoit également une declinaison large des moyens.

La transformation du calendrier de ce marché, est également à l’œuvre, au-delà des frontières européennes. Ainsi, sur les 10 à 12.000 chars de combat adressables par les opérateurs européens, dans le monde, il est probable que plus de la moitié seront effectivement remplacés par des modèles de génération intermédiaires, dans les années à venir, notamment au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Sud.

Quant aux quelques milliers de modèles restants, il est surtout probable qu’ils soient tout simplement abandonnés, sans être remplacés, eu égard au prix des chars de combat modernes. Or, les nouveaux chars qui seront livrés, auront une durée de vie opérationnelle de 30 à 40 ans, et ne devront donc être remplacés qu’à partir de 2060.

Dans ce contexte, le programme MGCS actuel, qui n’arrivera qu’en 2040, ou plus tard, n’aura comme marché adressable que les 200 exemplaires que la France prévoir de commander, et autant d’exemplaires qui seront commandés par la Bundeswehr, pour évoluer aux côtés des 2A8/X, ainsi que quelques centaines d’exemplaires, dans le meilleur des cas, livrés à certains clients fidèles et patients de Paris et Berlin.

En d’autres termes, tout indique, aujourd’hui, que le MGCS, en dépit de ses promesses technologiques, entrera sur un marché saturé pour deux décennies, une situation que connait bien la France, avec le Leclerc. Et comme pour le Leclerc, il sera très difficile, à KNDS, de maintenir une chaine de production (et même probablement deux), au-delà des commandes nationales, sur une durée suffisante pour atteindre 2060.

Contrairement au Rafale F5, la France ne réagit pas à la restructuration du marché des chars de combat et blindés chenillés

La restructuration en cours n’est pas limitée au seul marché des blindés chenillés lourds. De nombreux autres domaines de la production d’armement, ont connu une très rapide accélération des programmes de modernisation des forces, en lien avec la montée en puissance des menaces, mais aussi du tempo technologique, avec les enseignements de la guerre en Ukraine.

KNDS Leclerc Evolution Eurosatory 2024
Leclerc Évolution de KNDS présenté au salon Eurosatory. (Photo F. Dosreis)

Ainsi, la France a développé, ces dernières années, des programmes de défense, conçus spécifiquement pour répondre à ces nouveaux besoins et à ce nouveau marché, comme le Scorpene Evolved et la FDI, coté naval, ou comme le CAESAR MkII, pour l’artillerie mobile.

Plus récemment, le ministère des Armées a lancé la conception du Rafale F5 et de son drone de combat, une évolution majeure du chasseur français, conçu pour répondre aux besoins des forces aériennes au-delà de 2035.

Comme évoqué dans un précédent article, cette nouvelle version du Rafale, constitue une solution intermédiaire destinée aussi bien à répondre aux besoins immédiats des armées, qu’à protéger les marchés et les compétences de l’industrie aéronautique de défense français, face à l’avenir incertain et aux contraintes du programme SCAF. Pour cela, le ministère des Armées prévoit de dépenser presque 5 Md€, sur la LPM 2024-2030.

Avec le Leclerc Évolution et l’EMBT, l’industrie française est prête pour concevoir rapidement un Leclerc Mk2 de génération intermédiaire

L’industrie de défense terrestre française, et plus spécialement KNDS France, ex-Nexter, ont, eux aussi, tenté de séduire le ministère des Armées pour s’engager dans une stratégie similaire à celle du Rafale F5. Celle-ci a, en effet, présenté on pas un, mais deux modèles de chars de combat « intermédiaires », susceptibles de répondre à ces besoins, à l’occasion du salon Eurosatory 2024.

EMBT version 2024
Le démonstrateur E-MBT version 2024 au salon Eurosatory, était équipé du canon ASCALON de 140 mm et d’une tourelle entierement robotisée

Le premier est le Leclerc Evolution, une classe Leclerc montée de la tourelle EMBT présentée depuis deux ans par KNDS France, et armée notamment du nouveau canon ASCALON. Le second modèle, plus évolué, est l’EMBT, qui intègre certaines avancées clés, comme la tourelle automatisée.

Ce faisant, KNDS France dispose des réponses potentielles au Leopard 2A8 et K2, avec le Leclerc Évolution, et au KF51, Leopard 2AX et au M1A3 américain, avec l’EMBT, les deux pouvant être fusionnés dans un Leclerc Mk2, qui répondrait aux besoins de l’Armée de terre pour les trois décennies à venir, ainsi qu’à ceux de nombreux partenaires de l’industrie de défense française, comme l’Égypte, les EAU, la Grèce ou la Belgique.

Pour autant, à ce jour, ni le ministère des Armées, ni la DGA, ni l’Armée de terre, ont montré le moindre intérêt pour les initiatives de KNDS France. Les trois acteurs pilotant l’effort de défense français, dans ce domaine, restent, en effet, figés sur la doctrine actuelle, visant à privilégier le programme SCORPION à court et moyen termes, et à n’envisager le remplacement des Leclerc que dans le cadre du programme MGCS, au-delà de 2040.

La compétence industrielle blindée chenillée française sacrifiée pour préserver l’aviation de chasse et le naval ?

Étonnamment, aucun des trois n’a, ne serait-ce que commandé une étude permettant de mettre en perspective les investissements nécessaires pour lancer la production d’un Leclerc MK2 sur la base d’une commande française, même réduite, afin de lancer la carrière internationale du modèle, tout en garantissant le même Plan B que le fait le Rafale F5 vis-à-vis du SCAF, à court terme, face au risque d’échecs du MGCS, que l’on sait particulièrement importants.

Usine Nexter KNDS France Bourges
La France pourra-t-elle vraiment continuer à produire des chars de combat et des blindés chenillés lourds, si elle rate la génération intermédiaire des chars de combat et VCI actuellement en déploiement ?

Le principal argument avancé est évidemment budgétaire. Alors que l’Armée de terre doit impérativement maintenir l’effort pour assurer sa transformation au programme SCORPION, et qu’elle doit faire face à l’urgence du remplacement des VBL, elle ne dispose de plus aucune marge de manœuvre budgétaire, pour le remplacement, même partiel, de sa flotte de chars.

S’ajoute à cela une confiance, feinte ou sincère, mais certainement excessive, dans le programme MGCS, et dans son potentiel pour préserver les compétences de l’industrie de défense française, dans le domaine des chars de combat, et des véhicules blindés chenillés lourds.

Or, la comparaison des positions françaises, presque antagonistes, entre le soutien très volontaire au programme Rafale avec le F5, son drone de combat, et son ouverture, au travers du Club Rafale, à d’autres partenaires, et la passivité extrême dans le domaine des chars de combat, interroge quant à la détermination des autorités pour préserver cette compétence industrielle.

Celle-ci est pourtant indispensable au maintien de l’autonomie stratégique nationale, sauf à accepter de s’en remettre à un partenaire européen, ce qui serait loin d’être envisageable pour les autorités françaises, aujourd’hui. Paradoxalement, l’Allemagne a réagi à l’annonce du développement du Rafale F5 et de son drone de combat, en lançant un programme de drones de combat avec la Grande-Bretagne. Visiblement, si Paris accepte de créer une dépendance à l’industrie allemande de défense, l’inverse n’est pas au gout du jour à Berlin.

Le pilotage de l’industrie de défense française est-il trop restrictif ?

Le manque de volonté du ministère des Armées, dans le domaine des chars de combat, met en lumière un paradigme qui devient de plus en plus handicapant pour l’industrie de défense française.

char Leclerc France
Bien que supérieur en tout point aux Leopard 2A4 et au M1A1 amércians, le Leclerc a été un cuisant echec commercial. Le blindé français est en effet arrivé sur un marché déjà saturé par les commandes passées les 15 années ayant précédé sa commercialisation.

En effet, pour le ministère des Armées, comme pour la DGA, le pilotage de l’industrie de défense ne se fait qu’au regard des besoins et des moyens des armées nationales. Si les industriels veulent exporter d’autres équipements, il leur revient d’en assumer pleinement les couts de développement, la promotion et la commercialisation.

Même lorsque tel est le cas, les armées refusent, le plus souvent, d’acquérir certains de ces nouveaux équipements, pour leur donner la légitimité, souvent indispensable, pour entamer une carrière sur le marché international.

Bien évidemment, en dépit de ces restrictions, les industriels français sont parvenus, parfois, à rencontrer d’importants succès, avec des équipements rejetés par les armées françaises. C’est le cas du sous-marin Scorpene, des corvettes Gowind ou du missile VL MICA.

Ces succès ont été d’autant plus déterminants qu’ils ont permis, dans le cas de Naval group, de maintenir en activité les sites industriels de Cherbourg et de Lorient, alors que la seule commande nationale n’est pas suffisante pour cela, et que l’exportation des équipements en service dans les armées françaises était soit inenvisageable, comme dans le cas des sous-marins à propulsion nucléaire, soit trop limité, comme dans le cas des frégates FREMM, exportées à seulement deux exemplaires.

Plus généralement, l’industrie de défense française doit réaliser, en moyenne 35 % de son chiffre d’affaires, à l’international, pour préserver l’ensemble de son potentiel, afin de couvrir les besoins des armées françaises, alors que 20 % de son CA est, lui, réalisé sur des équipements ne pouvant pas être exportés.

De fait, il serait logique que l’industrie de défense bénéficie d’un pilotage national qui lui soit propre, et qui prenne en compte non seulement les besoins des armées françaises, mais aussi la pérennité et l’efficacité de cet outil industriel, qui dépend de ses capacités à exporter, pour déterminer, de manière globale, et non au cas par cas, selon les ambitions politiques, et les sensibilités de chacun, une stratégie efficace dans ce domaine.

Caesar MK2 eurosatory
Le Caesar MKII a déjà été commandé par 4 pays européens, laors qu’il n’est pas encore en service en France. Cela montre que disposer du bon equipement, au bon moment, devrait êtr el’objectif recherché en priorité par les planificateurs indsutriels frnaçais, qui aujourd’hui, priviélgient les besoins de s armées françaises, et leur propre calendrier, parfois en opposition de phase avec le marché mondial.

On remarque, à ce titre, que c’est précisément la manière dont fonctionne le pilotage de l’industrie de défense US, mais aussi celui de l’industrie allemande et italienne. À ce titre, l’industrie de défense italienne bénéficie, chaque année, d’une ligne de crédit de plusieurs milliards d’euros, attribuée par le ministère de l’Économie, et non le ministère de la Défense, justement pour anticiper les évolutions futures du marché international.

Une telle stratégie pourrait donner lieu à la création d’un poste de Secrétaire à l’industrie de défense, permettant d’offrir un pilotage optimisé de cette ressource industrielle stratégique, qui constitue, par ailleurs, l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, investissement de l’État, avec un retour économique, budgétaire et social, dépassant de loin, toutes les initiatives à fondement keynésien, lancées en France ces 50 dernières années.

Conclusion

On le voit, si les récentes annonces du ministère des Armées et de la DGA, montrent une réelle volonté pour soutenir l’efficacité et la pérennité de l’industrie aéronautique de défense française, au travers des programmes Rafale F5 et de son drone de combat, le domaine des chars de combat, et plus généralement, des blindés chenillés lourds, semble bien être abandonné par l’Hôtel de Brienne, ne pariant, dans ce domaine, que sur le programme MGCS.

Or, non seulement celui-ci est-il loin d’être assuré d’aller à son terme, mais tout indique que, s’il le faisait, il arriverait sur un marché adressable export presque entièrement saturé, par les acquisitions de chars de génération intermédiaire qui auront eu lieu entre 2025 et 2035, et qui ne commenceront à être remplacés, dans le meilleur des cas, qu’à partir de 2060. De fait, il est très probable que le programme MGCS, soit destiné à rencontrer les mêmes contraintes de marché, que le Leclerc avant lui.

KF51 Panther Rheinmetall salon Eurosatory 2024
Le KF51 Panther lors du salon eurosatory 2024

Pour autant, le ministère, comme la DGA et l’Armée de terre, semblent faire la sourde oreille aux nombreuses alertes publiées à ce sujet, venant pourtant de voix d’origine très différentes, mais se retrouvant dans un même constat : la France va perdre ses capacités et son savoir-faire industriel dans le domaine des chars de combat, en application de la trajectoire actuelle.

Toute la question, à présent, est de savoir à quel point cette conclusion est simplement rejetée par les autorités françaises, par excès d’optimisme et de confiance dans le bienfondé du programme MGCS, ou s’il s’agit d’un véritable renoncement, pour faire émerger, comme le souhaitent certains, une industrie européenne plus concentrée, et, dans les cas des chars et blindés lourds, aux mains des allemands ?

Le nouveau porte-hélicoptères chinois révèle-t-il les ambitions de Pékin contre Taïwan pour 2030 ?

La progression de la flotte militaire chinoise, ces dix dernières années, est parfois comparée, à juste titre, à l’effort industriel naval américain durant la seconde guerre mondial. En effet, les chantiers navals chinois produisent, chaque année, un ou deux grands navires aéro-amphibies, porte-avions ou porte-hélicoptères, une dizaine de croiseurs, destroyers et frégates, trois à quatre sous-marins, dont au moins un à propulsion nucléaire, et une vingtaine de navires secondaires ou de soutien.

Il s’agit, pour Pékin, de se doter rapidement d’une flotte capable de contenir la surpuissante US Navy, potentiellement épaulée de certains de ses alliés, en particulier en mer de Chine. Surtout, Pékin veut, sans le moindre doute, disposer d’une flotte susceptible de mener, à la demande des autorités, un blocus naval de l’ile de Taïwan, dès 2027, et produit les unités navales nécessaires à cela.

Ces deux dernières années, toutefois, un effort particulier a été observé dans la production chinoise, marquant une inflexion sensible dans ce domaine. En effet, là ou les chantiers navals ne produisait un grand navire aéroamphibie tous les ans, ou tous les deux ans, ceux-ci ont, aujourd’hui, trois grands navires de ce type en finition ou à l’essai : le nouveau porte-avions de 80.000 tonnes CV18 Fujian, un quatrième LHD lourd de 40.000 tonnes Type 075, le Jiangxi, et le nouveau porte-drones d’assaut Type 076 de 48.000 tonnes, dont le nom demeure inconnu.

À cette accélération sensible de l’effort chinois dans le domaine de la projection de forces, vient s’ajouter l’observation faite récemment, concernant la construction d’un nouveau navire de type porte-hélicoptères d’assaut, plus compact que les Type 075. Plus surprenant encore, celui-ci a été construit, de manière très rapide, par les chantiers navals Guangzhou, jusqu’ici spécialisés dans la production de navires commerciaux et de soutien à la Marine chinoise.

Or, par ses caractéristiques observables, et ses choix industriels, ce nouveau porte-hélicoptères pourrait bien devenir, dans les années à venir, le fer de lance de la flotte aéroamphibie chinoise, pour mener une opération d’assaut contre les ports taïwanais.

Pékin veut pouvoir mettre en place un blocus naval de Taïwan dès 2027 si nécessaire

Ces trois dernières années, un consensus semble avoir émergé, parmi les spécialistes de la puissance navale chinoise : Pékin, et la Marine chinoise, se préparent activement, depuis une dizaine d’années, pour une opération militaire contre Taïwan, et celle-ci pourrait intervenir dès 2027, sous la forme d’un blocus naval de l’ile et de ses ports.

Marine chinoise Type 055 Type 052D Type 056
La production rapide de croiseurs, destroyers et frégates, par les chantiers navals, semble viser, avant tout, à donner à la marine chhinoise, les moyens de mener un blocus naval de Taiwan, a relativement court terme.

Initialement posée par l’Amiral Phil Davidson en 2021, lorsqu’il commandait le commandement Pacifique des forces américaines, cette échéance est désormais nommée « fenêtre Davidson« , et est devenue, depuis deux ans, l’obsession des planificateurs militaires américains, au point que les Armées US privilégient, depuis cette date, les investissements visant à durcir leurs capacités de réponse à court termes aux programmes plus distants.

Il faut dire que cette prédiction n’est pas apparue dans le marc de café, ou dans l’observation de Saturne dans la maison du Bélier, mais dans l’analyse comparée des moyens à la disposition des forces navales et aériennes chinoises et américaines, sur ce théâtre, à partir de cette échéance.

En ayant fait porter l’essentiel de son effort industriel sur la production de navires de combat de surface, croiseurs, destroyers et frégates, sur des sous-marins non océaniques AIP Type 039A, et sur des avions de combat lourds à long rayon d’action, J-20 et J-16, Pékin a, en effet, intégré une trajectoire militaire dans laquelle un blocus naval de l’ile autonome, à partir de 2027, serait non seulement possible, mais probablement couronné de succès, s’agissant de repousser une intervention militaire US, le cas échéant.

Par ailleurs, l’hypothèse du blocus naval s’est trouvée considérablement renforcée par les manœuvres militaires et navales chinoises devenues récurrentes autour de Taïwan, notamment au travers des exercices Joint Sword, lancés à chaque fois que Pékin estime que Taipei ou Washington empiètent sur ses prérogatives sur l’ile, considérée comme une province chinoise sécessionniste par les autorités chinoises.

La Marine chinoise n’aura pas les moyens suffisants pour un assaut aéroamphibie contre Taïwan à cette échéance

En revanche, l’hypothèse d’un assaut aéroamphibie contre Taïwan, un temps présenté comme imminent, est désormais reléguée aux hypothèses plus distantes, et peu probables à court terme, y compris par le Pentagone.

Type 054A Blocus de Taiwan Exercice Joint Sword 2024A
Une frégate Type 054A déployée par la Marine chinoise lors de l’exercice Joint Sword 2024 simulant le blocus de Taiwan.

Ainsi, si Pékin avait multiplié les exercices de ce type, de 2019 à 2022, à grand renfort de couverture médiatique, précisément pour faire pression sur les autorités de l’ile, ceux-ci sont beaucoup moins relayés depuis, non sans raison.

En effet, la flotte d’assaut chinoise se compose, aujourd’hui, de 3, bientôt 4 grands navires d’assaut à pont droit Type 075 de 40.000 tonnes et 232 m, comparables aux LHA classe Wasp et America de l’US Navy, et de 8 grands navires de débarquement LPD Type 071, de 25000 tonnes. Bien qu’impressionnante de prime abord, cette flotte est très insuffisante pour espérer se saisir des grands ports taïwanais, avec une capacité de projection de seulement 10.000 hommes au total.

De fait, si un assaut devait avoir lieu aujourd’hui, la Marine chinoise devrait surtout s’appuyer sur la trentaine de navires de débarquement de chars LST Type 072 actuellement en service. Comparables au Ropucha russes, ces navires de 4000 à 7000 tonnes, permettent de plager pour débarquer les 250 hommes et les 10 véhicules blindés transportés.

Depuis 2022, cependant, cette manœuvre amphibie classique, est devenue marginale dans la planification militaire. En effet, la guerre en Ukraine a montré qu’elle était très difficile à mettre en œuvre, dans un contexte moderne, face aux moyens de défense côtière, et aux mines navales déployées par l’adversaire. Ainsi, la très puissante flotte de la mer Noire russe n’est jamais parvenue à mener une opération de débarquement en zone hostile, alors que telle était sa mission autour d’Odessa, en début du conflit.

De fait, une manœuvre offensive amphibie moderne, se doit de s’effectuer sous le couvert de l’horizon, à partir de navires disposant à la fois d’un radier pour mettre en œuvre les péniches et aéroglisseurs de débarquement chargée de transporter le matériel lourd, et les hélicoptères nécessaires pour assurer le transport des troupes et leur soutien.

Un nouveau porte-hélicoptères moyen en construction rapide par les chantiers navals de Guangzhou

Or, de ces navires, la Marine chinoise n’en dispose, aujourd’hui, que de 12, 4 LHD Type 075, et 8 LPD Type 071, soit une capacité de projection instantanée de seulement 10.000 hommes, et 300 véhicules.

Positions ports de Taïwan
Position des principaux ports de Taiwan

Or, pour se saisir efficacement de Taïwan, il serait nécessaire de s’emparer, rapidement, d’au moins trois des quatre grands ports de la façade occidentale de l’ile, à savoir Keelung/Taipei au nord, Taichung au nord-ouest, Mailiao à l’ouest, et AN Ping/Kaoshiung, au sud-ouest, afin de permettre à la flotte commerciale et de soutien chinoise, de transporter les forces venues du continent, pour soumettre les défenseurs Taïwanais.

Les ports de la façade orientale de l’ile, comme Hualien, seraient quant à eux opacifiés par un blocus naval, pour empêcher l’envoi de renforts, de matériels, munitions et vivres, venus des États-Unis. Il faudrait donc, à la flotte chinoise, une puissance d’assaut de 20 à 30.000 hommes, en première vague, pour réaliser cette mission, même en tenant compte du renfort des forces aéroportées.

Au rythme actuel de production des grandes unités navales amphibie, soit 1,5 unité par an, un délai d’une douzaine à une quinzaine d’années, serait alors nécessaire, pour atteindre les 25 à 30 navires Type 075 et 071 requis pour cette mission.

C’est dans ce contexte qu’est apparu, cette semaine, un nouveau navire, assemblé par les chantiers navals Guangzhou (Canton en chinois), près de Hong-Kong, affichant toutes les caractéristiques d’un LHD de taille moyenne.

Long de 200 mètres pour un maitre-bau d’environ 40 m, le navire devrait avoir un tonnage en charge de 25 à 30.000 tonnes, 25 à 30 % plus léger qu’un Type 075. Il est couvert d’un pont droit, classique pour le LHD, sans catapulte (contrairement le Type 076 destiné à mettre en œuvre des drones de combat), ce qui le spécialiserait, effectivement, pour les hélicoptères ou les drones à décollage et atterrissage vertical.

Type 075
Par ses dimensions, les LHD classe Type 075 se rapprochent des LHA/MHD de la classe America de l’US Navy.

La présence d’un radier n’a pas pu être confirmée par les observations satellites. En revanche, le navire est équipé d’un ilot double, comme le Type 076, une configuration généralement employée pour optimiser le contrôle du navire, d’une part, et celui des opérations aériennes, de l’autre.

Un porte-hélicoptères d’assaut plus compact que les LHD Type 075, et plus rapide à produire, pour remplacer les LST Type 072 chinois ?

Ce ne sont toutefois pas ses caractéristiques, ni son architecture, qui font de ce nouveau navire, un sujet d’intérêt des plus préoccupants. En effet, celui-ci est apparu presque par surprise sur les récents clichés satellites des chantiers navals de Guangzhou, au point que sa construction n’a été révélée qu’une fois le navire déjà lancé.

De toute évidence, il a été construit très rapidement, beaucoup plus que les autres grands navires amphibies chinoises, comme le Type 075 et le Type 076, dont la construction, aux chantiers navals Hudong-Zhonghua de Shanghai, est suivie presque pas à pas, depuis des mois, par les spécialistes de l’analyse des clichés satellites.

La vitesse de construction du nouveau LHD s’explique peut-être par le choix du chantier naval. En effet, les chantiers navals de Guangzhou étaient jusque-là spécialisés dans la fabrication de navires de moyen tonnage à vocation commerciale, et aux navires de soutien de la Marine chinoise, comme les nouveaux pétroliers ravitailleurs rapides Type 901 de 45.000 tonnes.

classe mistral
Compact, polyvalent et économique, le Mistral coute moins de 400 m€ à construire, et peut être livré en deux ans à peine.

Or, par ses dimensions, le nouveau LHD chinois, est proche d’une autre classe de navire de même type, la classe Mistral française, construit, justement, par un chantier naval civil, et non militaire, les Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, selon des standards, là encore, civils, pour en accroitre l’efficacité et le rapport performances-prix.

Ainsi, chaque mistral aura couté autour de 380 m€ à la France, pour une capacité de débarquement de 450 hommes et 59 blindés, dont 13 chars, ainsi qu’une flotte d’une quinzaine d’hélicoptères, et de quatre chalands de transport de débarquement, ou deux transporteurs rapides EDAR. En comparaison, les LHD classe America de l’US Navy, proches en tailles de Type 075, peuvent projeter jusqu’à 1500 hommes et une centaine de véhicules, mais auront couté, chacun, la bagatelle de 3,3 Md$, soit le prix de 8 Mistral.

Surtout, la construction d’un Mistral n’a duré que 14 mois, et la qualification, 12 mois, contre 3 ans pour construire un America, et trois ans supplémentaires pour sa qualification. Alors que la construction des Type 075 a duré, en moyenne, 21 mois, on peut spéculer, sans grands risques, que les chantiers navals de Guangzhou, pourraient aisément construire un de ces nouveaux LHD en 8 à 10 mois, et en produire trois par an, pour le prix d’un unique Type 075.

La flotte chinoise prête pour un assaut aéroamphibie contre Taïwan dès 2030 ?

On comprend bien, dès lors, tout l’intérêt que peut, potentiellement, représenter cette nouvelle classe, pour la mission décisive et stratégique que représente la reprise de Taïwan, pour les autorités chinoises.

En effet, avec un potentiel de transport et de projection de 500 hommes par navire, il ne faudrait que 15 navires, et 5 ans, pour atteindre le seuil de 20.000 projetables, requis pour mener cette mission, en conservant le rythme actuel de production de grands LHD Type 075.

Carrier group marine chinoise
La Chine s’est dotée, en une decennie, d’une vertiable flotte de haute mer, devenue la prinicpale compétitrice de l’US navy dans le Pacifique.

Dès lors, Pékin serait, effectivement, en capacité de mener une opération aéroamphibie contre les quatre grands ports taïwanais, permettant de multiplier les axes de pénétration, et ainsi saturer les forces armées de Taipei, de sorte à s’assurer d’une victoire rapide, en évitant l’enlisement du conflit, comme en Ukraine.

Il est probable que Pékin développe, ici, une stratégie en deux temps, avec d’abord un blocus, destiné à user la détermination et la résistance des Taïwanais, notamment en éliminant sa puissance aérienne et navale, et peut-être à bloquer une éventuelle contre-offensive américaine. Or, même si cette stratégie était couronnée de succès, elle ne garantirait pas la soumission de l’ile.

En outre, si le blocus devait perdurer, les États-Unis pourraient bien reprendre l’avantage, notamment en s’appuyant sur leur supériorité sous-marine pour réduire, patiemment, le volume des forces navales adverses, en préparant une seconde offensive navale, plus déterminante, et mieux planifiée.

Il est donc indispensable, pour l’APL, de disposer d’un second volet dans sa stratégie, visant à soumettre militairement Taïwan, au travers d’une opération, d’abord aéroamphibie, puis terrestre.

Pour cela, la capture des quatre grands ports de la façade occidentale de l’ile, s’avère déterminante, et ces nouveaux LHD, conçus, tels les Liberty Ships, pour être produits rapidement et en grande quantité, permettront probablement de remplacer les LST actuellement en service, et dépassés, pour résoudre ce problème de puissance déployable, sur un calendrier satisfaisant aux exigences de Pékin, et surtout de Xi Jinping, qui n’acceptera pas de ne pas retourner Taïwan dans la Chine populaire, de son vivant.

Conclusion

On le voit, le nouveau porte-hélicoptères, observé pour la première fois, cette semaine, sur les quais des chantiers de Guangzhou, demeure, en de nombreux aspects, un grand mystère.

Assaut amphibie APL
La Chine realise régulièrement d’importants exercices de débarquement, pour faire pression sur taiwan. Toutefois, aujourd’hui, elle ne dispose pas des capacités de projection aéroamphibie, pour se saisir efficacement de plus de un ou deux ports, sur l’ile autonome.

Si certains y voient un nouveau navire expérimental, d’autres un navire de recherche potentiel, l’hypothèse la plus probable, aujourd’hui, est qu’il s’agit d’une réponse aux besoins de la Marine chinoise, à moyens termes, pour densifier ses capacités de projection amphibie, en vue de préparer un assaut sur Taïwan.

En effet, en bien des aspects, ce navire rappelle la classe Mistral française, un navire fort réussi, mais conçu à l’économie, pour doper et étendre les capacités de projection de puissance de la Marine nationale, tout en s’adaptant à la nouvelle réalité de cette mission, qui exclut, à présent, l’utilisation des LST.

Une chose est certaine, si tel est bien le cas, et que ce navire représente bien la première unité d’une classe de LHD moyens, conçus pour renforcer les moyens d’assaut aéroamphibie à moyen termes de la Marine chinoise, contre Taïwan, nous serons vite fixés. En effet, pour cela, il sera indispensable, aux chantiers navals chinois, de produire rapidement, et en grande série, une flotte de 15 à 20 de ces navires, afin de disposer, d’ici à 2030, de la puissance de projection nécessaire, pour réussir cette mission. Il ne reste donc plus qu’à attendre, et à observer.

La stratégie de Dassault Aviation pour l’avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh

Avec 548 avions commandés, ou assurés de l’être, à ce jour, dont 323 pour l’exportation, le Rafale s’avère être un formidable succès pour son concepteur, Dassault Aviation, et l’ensemble de la Team Rafale.

Ce succès est historique, car pour la première fois, depuis le Mirage III, un chasseur français de nouvelle génération, s’est mieux exporté que le modèle de génération précédente, en l’occurrence, le Mirage 2000, vendu à 297 exemplaires, sur la scène internationale.

Ce succès, qui ne semble pas devoir s’apaiser dans les années à venir, pose désormais un nouveau problème à l’industriel français. En effet, la demande mondiale, aujourd’hui, est très importante, et le Rafale est engagé dans plus d’une dizaine de compétitions et consultations mondiales, alors que, dans le même temps, l’avionneur doit encore livrer pas moins de 260 appareils à ce jour.

Ce carnet de commande, envié par de nombreux avionneurs européens, russes ou chinois, n’est pas sans poser de nouveaux défis pour Dassault Aviation, qui doit adapter son offre ainsi que sa production, à cette nouvelle réalité. Pour y répondre, celui-ci parie sur une stratégie commerciale à trois niveaux, qui transparait dans de récentes révélations, concernant l’implication française à Dhaka, pour vendre 8 à 12 nouveaux Rafales aux forces aériennes du Bangladesh.

La France pousse le Rafale pour renforcer les forces aériennes du Bangladesh

En effet, selon la presse indienne, il semblerait que la récente visite du président Français, Emmanuel Macron, à Dhaka, la capitale du Bangladesh, en marge du sommet du G-20 de New Delhi, ait été l’occasion pour la diplomatie française, et pour Dassault aviation, d’activement soutenir le Rafale, dans la compétition qui l’oppose à l’Eurofighter Typhoon, pour la modernisation des forces aériennes du pays.

Macron Bangladesh
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 70

Le contrat porterait sur l’acquisition de 8 appareils, accompagnés de l’ensemble des munitions, pièces détachées et systèmes, permettant de les mettre en œuvre dans un escadron de chasse, pour un montant estimé de 2,5 Md$, accompagnée d’une option pour 4 appareils supplémentaires.

Les chasseurs viendraient renforcer la flotte de chasse du pays, actuellement composée de 8 MIG-29 modernisés en 2014 par la Biélorussie, et d’une trentaine de J-7, un chasseur chinois dérivé du Mig-21, tous deux largement dépassés, en particulier pour ce théâtre spécialement actif, le Bangladesh bordant notamment le golfe du Bengale.

Bien qu’ayant un PIB par habitant encore très faible, autour de 3000 $ par an, le pays connait une croissance très soutenue, de l’ordre de 7 % par an, ce qui devrait lui permettre de plus que doubler celui-ci, aujourd’hui 460 Md$, d’ici à 2040, pour dépasser les 1.000 Md$.

Cette croissance, qui se construit en partie sur la montée du niveau de vie en Chine et en Inde, offrira donc, à l’avenir, à Dhaka, des moyens bien plus importants, pour ses armées. La France entend se positionner sur ce marché, de façon privilégiée, y compris en soutenant des contrats qui, par leur volume, ne semblaient pas intéresser Dassault Aviation jusqu’ici.

Le carnet de commande du fleuron de Dassault Aviation aujourd’hui, face aux capacités industrielles de production

Cette négociation s’inscrit dans un contexte que l’avionneur n’avait plus connu depuis la fin des années 60 et le début des années 70, avec le succès du Mirage III et du Mirage V. En effet, le carnet de commande actuel du Rafale, nécessitera plus de sept ans pour être apuré, si les cadences de production du site de Mérignac, et de l’ensemble de la chaine de sous-traitance de la Team Rafale, parviennent à atteindre l’objectif de trois appareils produits chaque mois, fixé par Eric Trappier.

Ateliers Rafale Mérignac
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 71

Or, aujourd’hui, les délais de livraison apparaissent comme un critère majeur, au sujet des contrats de livraison d’armement, face à l’évolution rapide des tensions internationales. En outre, même si, au besoin, les cadences de production peuvent encore croitre, pour aller jusqu’à 4, voire cinq appareils par mois, l’avionneur doit disposer, pour s’engager dans cette voie, d’une visibilité suffisante, dans la durée, pour justifier des investissements nécessaires à cela.

Plus spécialement, Dassault n’a pas grand intérêt, aujourd’hui, à investir dans un second site de production de Rafale, en plus de Mérignac, alors que les besoins sont concentrés, ce qui signifie, très certainement, qu’une période de vaches maigres, avec un repli significatif des demandes d’exportation, concernant le Rafale et son successeur, interviendra sur la scène internationale, au-delà de 2040, et pour une période d’au moins 10 ans.

Pour faire face à ces besoins et exigences d’apparence contradictoire, l’avionneur français s’est engagé, semble-t-il, dans une stratégie commerciale décomposée en trois piliers, destinés à soutenir, pour les dix années à venir, les ventes du Rafale, sur la scène export.

La stratégie commerciale de Dassault Aviation se développe sur trois piliers complémentaires

Pour répondre à ses besoins, Dassault Aviation doit articuler une offre susceptible de consolider ses parts de marchés à court et moyens termes, avec une empreinte réduite sur ses chaines de production, ainsi que garantir un second souffle au Rafale, une fois les commandes actuelles apurées, d’ici à la fin de la décennie, et disposer de vases d’expansion de production, pour des commandes potentielles massives, le cas échéant.

RAfale grèce
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 72

On comprend, désormais, par l’étude des différentes offres en cours de négociation, que chacun de ces aspects, fait l’objet d’une offre spécifique, formant trois piliers, presque indépendants, pour optimiser le succès du Rafale.

Colombie, Pérou, Oman… : Dassault Aviation multiplie les discussions pour des commandes de faible à moyenne amplitude du Rafale à court terme

Alors que l’avionneur français avait refusé, en 2022, une première commande colombienne de seulement 4 appareils, exigeant une commande de 12 Rafale ou plus, pour structurer son offre et son outil productif, Dassault Aviation semble, à présent, beaucoup plus enclin à accepter des commandes de petit volume, comme les 8 Rafale du Bangladesh.

Et ce n’est pas un hasard ! En effet, en 2021, la principale préoccupation de l’avionneur, était de garantir la pérennité de sa ligne de production, pour les cinq années à venir, alors que les contrats Indiens, qatari et égyptiens de 2015/2016, arriveraient à leur terme. Il lui fallait donc un volume de commande minimum, pour dimensionner efficacement, dans la durée, son outil productif.

Aujourd’hui, la situation est presque à l’opposée de ce qu’elle était, il y a trois ans. Ainsi, la ligne de production est sécurisée, à cadence soutenue, pour plus de sept ans, et de nombreuses discussions en cours, laissant supposer que d’autres contrats supplémentaires (Pérou, Colombie…), ou complémentaires (Grèce, EAU, Égypte…), pourraient être annoncés prochainement.

Dans ce contexte, la préoccupation de Dassault, est de privilégier les contrats consolidant ses parts de marché et portant sur une grande valeur ajoutée services, tout en limitant leur empreinte industrielle.

Dassault Rafale montagne
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 73

Ainsi, un contrat de 8 appareils, comme au Bangladesh, ou de 12 Rafale, comme en Serbie, répond bien mieux à ces exigences, que des contrats de 36 ou 42 appareils, comme en Inde ou en Indonésie. En effet, la part relative des services, pour ces contrats, est beaucoup plus importante que pour de ceux concernant de nombreux aéronefs, car la transformation des armées de l’air, et la formation de leurs effectifs, sont quasiment identiques, quel que soit le volume d’appareils commandés.

En outre, la part relative des pièces et munitions, est également plus élevée, rapportée au nombre total d’appareils. Or, tout ceci ne vient pas saturer la ligne de production de l’avionneur. Par ailleurs, ces contrats de faible volume ouvrent plus aisément la voie à des options, qui elles, interviendront potentiellement à une échéance plus éloignée, tout en ayant un taux de conversion élevé.

Les contrats de moindre volume offrent également, selon la concurrence, une plus grande flexibilité en matière de calendrier, surtout lorsqu’il est nécessaire de transformer une force aérienne, vers un appareil de nouvelle génération. Dès lors, l’avionneur peut faire valoir des arguments périphériques, comme la formation des formateurs en France, permettant d’alléger les tensions sur la chaine de production, elle-même.

Enfin, ces contrats constituent un ensemble qui, une fois recomposés et cumulés à une offre plus importante, peut permettre de justifier une nouvelle augmentation des cadences de production, sans risques excessifs pour l’industriel, sur la durée.

Inde, Arabie saoudite : les deux contrats potentiels majeurs du Rafale toujours en discussion

À ce premier pilier, auquel appartient notamment le Pérou, la Colombie, Oman, le Bangladesh, ou encore l’Irak, s’ajoute un second pilier, lui aussi à court ou moyen termes, mais aux enjeux radicalement différents.

Rafale indian air force
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 74

Il s’agit des contrats portant spécifiquement sur la construction locale de chasseurs Rafale, par le pays client. Ce pilier s’articule, aujourd’hui, principalement autour du contrat MRCA 2, en Inde, qui porte sur l’assemblage local de 114 chasseurs modernes « moyens », pour remplacer les Jaguar de l’Indian Air Force.

Une seconde négociation, actuellement menée par Dassault Aviation, concernerait l’Arabie saoudite. Si la demande initiale de Ryad concerne 54 appareils, un nombre probablement insuffisant pour justifier d’une fabrication locale, certaines sources ont fait échos de volumes plus importants, pouvant, dès lors, justifier une telle procédure, alors que les autorités du pays, sont engagées dans un effort significatif visant à developper l’industrie aéronautique, civile comme militaire, et l’industrie de défense du pays.

Pour Dassault Aviation, ces négociations s’avèrent stratégiques à plus d’un titre. D’une part, elles permettraient d’augmenter considérablement le parc de Rafale, un élément crucial pour les revenus récurrents de l’avionneur et de toute la Team Rafale, pour les 40 années à venir. Surtout, cela se ferait sans transformation industrielle majeure en France, un pays dont les contraintes légales sont beaucoup plus élevées.

Dès lors, la prise de risque, pour déployer une capacité industrielle d’assemblage déportée, à volume suffisant, est bien moins élevée pour Dassault Aviation en Inde, ou en Arabie Saoudite, qu’en France, ce d’autant que le client en assumerait l’essentiel des couts.

Rafale merignac
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 75

En outre, une fois la capacité déployée, elle pourrait être exploitée comme vase d’expansion du site principal d’assemblage de Mérignac, en France, tout en s’appuyant sur les relations diplomatiques et militaires régionales, de ces pays, pour convaincre de nouveaux clients.

C’est d’ailleurs précisément ce que tente de faire le russe Sukhoï avec les Su-30MKI, aujourd’hui, afin de contourner la législation CAATSA américaine, alors que New Delhi a obtenu l’autorisation d’exporter les appareils produits sous licence par HAL, sur la scène internationale, dans un contexte, il est vrai, très particulier.

EAU, Grèce, Égypte, Qatar, Indonésie… : le potentiel du club Rafale reste à exploiter au-delà de 2030

Le dernier pilier de cette stratégie, est apparu il y a quelques jours, lorsque le site Latribune.fr, a révélé des négociations entre Paris et Abu Dhabi, concernant la participation des Émirats arabes unis, au programme Rafale F5, et au développement de son drone de combat.

Il s’agit, ici, pour Dassault Aviation, de mettre à profit ce que Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, avait désigné sous le nom de « Club Rafale », lors des discussions concernant la LPM 2024-2030.

Concrètement, l’objectif recherché est d’intégrer les clients existants du Rafale, et leur industrie aéronautique de défense, dans le développement des évolutions de l’appareil, et de son système de systèmes.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 76

Cette stratégie présente de nombreux atouts complémentaires aux deux précédents piliers. D’abord, elle permet d’alléger le poids de l’investissement, et de la production industrielle stricte, sur la Team Rafale, tout en assurant une évolution rapide et ambitieuse, à la famille Rafale, au point de l’amener aux frontières de la 6ᵉ génération des avions de combat, avec le standard F5 et ultérieur, et son/ses drones de combat.

Par ailleurs, le standard F5 n’étant pas rétrocompatible, il sera nécessaire, aux membres du Club Rafale qui y participent, de commander de nouveaux appareils, appareils qui ne seront fabriqués qu’à partir de 2030, c’est-à-dire une fois la bulle de commandes actuelles, apurée.

Enfin, cette participation peut s’appuyer sur plusieurs pays ayant une industrie aéronautique militaire existante, en demande d’activité (comme la Grèce et l’Inde), et sur ceux ayant une industrie aéronautique militaire naissance, mais prioritaire pour les autorités (cas des EAU, du Qatar ou de l’Indonésie).

De cette façon, le Club Rafale, déjà fort de 8 pays (Croatie, Égypte, Émirats arabes unis, Grèce, Qatar, Inde, Indonésie, Serbie), pourrait devenir, au-delà d’un outil de fidélisation, un argument de vente, pour les pays n’ayant pas encore fait le choix de l’appareil français, au travers des piliers 1 ou 2, comme c’est le cas du Pérou et de l’Arabie Saoudite, tous deux souhaitant developper leur industrie aéronautique de défense,

Le parc installé de Rafale, l’objectif stratégique de Dassault pour franchir les écueils de marché à venir

Ainsi structurée, l’offre Rafale semble parée pour absorber, dans les années à venir, de nouvelles commandes, sans déstabiliser les équilibres industriels en France, et sans prise de risques excessive pour les industriels.

Rafale egypte
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 77

Par ailleurs, ces trois piliers tendent à se renforcer les uns les autres, le premier générant de nouvelles références, le second imposant le Rafale dans la hiérarchie mondiale, et le troisième, constituant autant une stratégie de fidélisation qu’un argument de vente.

Cette stratégie globale vise, bien évidemment, à accroitre les parts de marché de l’avionneur et de la Team Rafale, et donc à garantir leur rentabilité à court terme, au travers de nouveaux contrats. Elle va, cependant, bien au-delà des ventes elles-mêmes.

En effet, chaque Rafale vendu à l’export rapporte, en moyenne, 4 m€ par an à l’industrie aéronautique de défense française, générant un revenu récurrent qui, aujourd’hui, dépasse déjà les 1,3 Md€, uniquement pour les pièces détachées et les contrats d’assistance. À ceci s’ajoutent, tous les 8 à 10 ans, une phase de modernisation, qui se chiffre de 10 à 20 m€ par aéronef, parfois davantage.

Ainsi, une flotte export de 450 appareils, génèrerait presque 3 Md€ de revenus récurrents par an à BITD aéronautique française, sur les 30 à 40 années à venir, auxquels s’ajouteront les 1,5 Md€ déboursés par la France, pour ses 225 appareils. Les 4,5 Md€ ainsi générés, constitueraient alors un confortable revenu récurrent pour cette industrie, même si le marché devait connaitre un creux sensible dans le renouvellement des avions de combat.

Rafale croatie
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 78

À ce paramètre, déjà décisif, s’ajoute celui de la fidélité des forces aériennes, vis-à-vis des avionneurs partenaires. Ainsi, sur les huit forces aériennes qui s’étaient tournées précédemment vers le Mirage 2000, cinq ont déjà fait le choix du Rafale (Grèce, Égypte, Inde, Qatar et EAU), et un sixième, le Pérou, semble décidé à franchir, lui aussi, le pas.

De fait, multiplier les références, même avec des flottes réduites, représente aussi un enjeu de taille pour l’avenir de la filière aéronautique militaire française, comme le nombre de cellules vendues, qui, lui, garantit sa pérennité budgétaire.

Conclusion

Contrairement à d’autres grands groupes de défense européens, comme Rheinmetall ou Leonardo, Dassault Aviation, et plus généralement, l’industrie de défense française, sont traditionnellement discrets, qu’il s’agisse de leurs discussions en cours, et encore davantage, de leurs stratégies.

Pour comprendre celle-ci, il est donc nécessaire de décrypter les offres, pour tenter d’en faire émerger un modèle. C’est ce que nous avons tenté de faire, ici, au sujet du Rafale. Comme on le voit, celle-ci apparaît, aujourd’hui, remarquablement structurée, pour répondre à des enjeux pourtant complexes, et pour s’intégrer dans des contraintes qui le sont tout autant.

Rafale Qatar
La stratégie de Dassault Aviation pour l'avenir du Rafale se dévoile au Bangladesh 79

Ainsi, en décomposant sa stratégie commerciale et industrielle en trois piliers complémentaires, l’industriel contourne nombre des obstacles qui pouvaient entraver sa progression, sur un marché atypique par son ampleur, et sa concentration.

On comprend, par ailleurs, que Dassault Aviation est encore loin, très loin d’en avoir fini avec le Rafale, l’appareil pouvant encore, au travers du Rafale F5, d’une part, et du club Rafale, de l’autre, rester sur la plus haute marche du podium européen, et se positionner comme la véritable alternative au F-35, à l’échelle mondiale, pendant de nombreuses années.

Reste à voir, maintenant, comment cette stratégie évoluera au fil du temps, et la manière dont elle s’articulera avec le programme SCAF, dont l’avenir demeure incertain, tout au moins, pour sa partie européenne.

Nouveau succès du canon CAESAR en Europe pour 2024 !

2024 aura certainement été l’année du retour en force de KNDS France sur la scène européenne, et ce, grâce au canon CAESAR, le CAmion Équipé d’un Système d’ARtillerie. A l’issue du salon Eurosatory, en juin 2024, le groupe français, spécialiste des armements terrestres et des véhicules blindés, avait enregistré des commandes venant de l’Estonie, Arménie et la Croatie, venant s’ajouter aux commandes Lituaniennes, Belges et tchèques, passées auparavant.

Ce succès est encore loin de devoir s’arrêter. En effet, plusieurs pays européens, s’intéressent de près au système d’artillerie français, en particulier pour remplacer leur artillerie tractée, comme l’Espagne, la Finlande et la Grèce.

C’est aussi le cas du Portugal, qui vient de confirmer la prochaine commande de 36 canons CAESAR auprès de KNDS France, précisément pour remplacer ses canons tractés M114A1 américains, un modèle entré en service au milieu de la Seconde Guerre mondiale, sous la désignation M1.

Le canon CAESAR démontre l’efficacité de son concept en Ukraine

Le succès du CAESAR, aujourd’hui indiscutable, était loin d’être acquis, jusqu’il y a peu. Certes, des pays, comme la Thaïlande (6 exemplaires en 2006), l’Arabie Saoudite (76 exemplaires en 2006) et l’Indonésie (37 exemplaires en 2012), s’étaient tournés vers le système français, après sa commercialisation au début des années 2000.

Caesar 6x6 A400M
Longtemps, le CAAESAR était perçu par les armées européennes, comme un système d’artillerie ayant tout sacrifié à l’aerostransportabilité.

Toutefois, le canon CAESAR était principalement perçu comme un système léger, spécialement conçu pour les théâtres de moindre intensité, en particulier en Europe, alors que les armées du vieux continent continuaient de se tourner massivement vers les systèmes d’artillerie blindés chenillés, comme le M109 américain, ou le Pzh2000 allemand.

Il fallut attendre 2017 et la commande danoise de 15 CAESAR 8×8, plus tard portée à 19, pour qu’un premier pays choisisse le système français pour remplacer ses propres capacités d’artillerie automotrice, en l’occurrence, les M109 danois. En dépit des excellentes performances des CAESAR français en Irak, aux mains de la Task Force Wagram, celui-ci peinait toujours à convaincre, en particulier dans sa version 6×6, en Europe.

L’envoi des premiers canons CAESAR français en Ukraine, à l’été 2022, aura profondément fait évoluer cette perception. Non seulement le conflit en Ukraine aura remis l’artillerie au centre des préoccupations des armées européennes, mais le conflit a rapidement démontré la grande vulnérabilité des systèmes tractés aux tirs de contrebatteries et aux drones.

Dans le même temps, le système français a démontré des qualités exceptionnelles, surprenant probablement de nombreuses armées, sur le champ de bataille, aux mains des artilleurs ukrainiens. Par sa mobilité, sa portée, sa précision, sa rusticité et sa fiabilité, il s’est rapidement imposé comme le meilleur des systèmes d’artillerie envoyés en Ukraine par l’Occident, et comme le cauchemar des artilleurs russes.

caesar ukraine
Le Caesar s’impose aujourd’hui comme le plus efficace des systèmes d’artillerie de 155 mm en Ukraine.

Surtout, en dépit de son apparente vulnérabilité, face aux systèmes plus lourdement blindés, les pertes concernant le CAESAR, s’avèrent beaucoup plus basses que les M109, Krab et AS90, compensant ce manque de blindage, par son excellente mobilité.

En outre, sa rusticité lui permet d’avoir un taux de disponibilité très supérieur à celui des systèmes les plus évolués, comme le Pzh2000 et l’Archer, sans que les statistiques montrent des capacités supérieures de ces derniers.

De fait, sans surprise, après quelques mois, les commandes européennes se sont succédé, avec la République tchèque (62 Caesar 8×8), la Belgique (28 Caesar MkII), l’Estonie (12 Caesar 6×6), et un tir groupé formé par la Lituanie (18 Caesar MkII), l’Arménie (36 Caesar 6×6) et la Croatie (nombre indéterminé), à l’occasion du salon Eurosatory 2024.

Le Portugal va remplacer ses obusiers tractés M114A1 de 155 mm par 36 CAESAR

Et cette dynamique ne semble pas destinée à ralentir. En effet, le Portugal a confirmé, ce 26 octobre, la commande de 36 Caesar français, afin de remplacer ses obusiers tractés de 155 mm M114A1, acquis en 1983 à 40 exemplaires, dont 18 exemplaires demeurent en service au sein du 5ᵉ régiment d’artillerie, opérant dans le cadre de la Brigade de réaction rapide portugaise.

La commande sera exécutée dans le cadre du plan décennal de défense portugais, qui s’étale de 2023 à 2034, alors que Lisbonne doit également remplacer ses 18 M109A1, en service au sein de la brigade mécanisée portugaise, et les 21 L119 LG de 105 mm, opérés par le 4ᵉ régiment d’artillerie de la même Brigade de réaction rapide.

M114A1 115mm Howitzer
Le M114 a été l’obusier de campagne de 155mm standard de nombreuses armées occidentales, durant la guerre froide. Il est entré en service au sein de l’US Army en 1942.

Le modèle commandé par Lisbonne est, sans surprise, le CAESAR MkII 6×6, la nouvelle version du système d’artillerie français commandé à ce jour à 109 exemplaires par la France, 28 exemplaires par la Belgique, et 18 exemplaires par la Lituanie.

Le Portugal devient, ainsi, le 7ᵉ pays européen, membre de l’OTAN, à choisir le canon CAESAR français, ce qui en fait le système d’arme majeur français le mieux exporté en Europe, ces 50 dernières années, et le plus grand succès export de KNDS France (ex-Nexter, Ex-GIAT..), en Europe.

Un rapport performances-prix et une fiabilité idéaux pour remplacer l’artillerie tractée

La commande portugaise est intéressante à plus d’un titre, en particulier, car il s’agit de la première commande de CAESAR, spécifiquement passée pour remplacer une flotte de canons tractés au sein de l’OTAN. Or, le système d’artillerie français répond parfaitement à ce type de besoin, et est un des rares systèmes pouvant répondre précisément à ce besoin.

En effet, avec un prix unitaire inférieur à 4 m€ pour le Caesar 6×6, et 5 m€ pour le Caesar 6×6 mkII, le système a un prix proche de celui des systèmes d’artillerie tractée modernes, comme le M777 américain, dès lors que l’on considère de prix du véhicule de transport.

Il est, en outre, considérablement moins onéreux que les autres systèmes d’artillerie automoteurs, qu’ils soient chenillés comme le Pzh2000 (>15 m€) et le K9 (>12 m€), ou sur roues, comme l’Archer (>10 m€) ou le RCH-155 (>15 m€).

Canon caesar Mkii
Mieux protégé, modernisé et disposant d’un moteur deux fois plus puissant, le Caesar MkII a intégré les enseignements venus d’Ukraine et des déploiements précédents.

En revanche, il dispose d’une survivabilité très supérieure aux systèmes tractés, mise en évidence en Ukraine, avec une attrition inférieure à 10%, pour le Caesar, et supérieure à 30%, pour le M777, ceci ayant d’ailleurs fait dire au Général James Rainey, chef du Commandement des contrats à terme de l’US Army, que ceci étaient désormais condamnés à disparaître, à court termes.

Concomitamment, le CAESAR a montré des performances au combat comparables aux meilleurs systèmes d’artillerie envoyés en Ukraine, comme le Pzh2000 et l’Archer, tout en affichant une disponibilité très supérieure à ces systèmes, pourtant beaucoup plus onéreux.

Enfin, la guerre en Ukraine a montré le besoin, pour les armées européennes, de renforcer leur propre artillerie, en volume, celle-ci s’avérant indispensable pour contenir la puissance de feu des armées russes, lourdement armées dans ce domaine, alors que la puissance aérienne est, en partie, neutralisée par les défenses aériennes modernes.

KNDS France a anticipé l’explosion de la demande CAESAR dans les années à venir

Ce faisant, le CAESAR français a aujourd’hui une position dominante, en particulier en Europe, pour le remplacement de l’artillerie tractée à présent obsolète, comme au Portugal, ou pour renforcer, à couts maitrisés, les puissants, mais très onéreux, systèmes automoteurs sous casemate, comme dans les pays baltes.

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KNDS France produit 12 Caesar par mois.

Sans surprise, KNDS France est donc engagé dans de nombreuses négociations et compétitions, y compris en Europe, pour le CAESAR, comme en Finlande, pour remplacer les canons de batterie côtière K-53, mais également en Espagne, en Lettonie, en Pologne et en Grèce, pour ne citer que les discussions les plus avancées.

Dans le même temps, KNDS France doit livrer, dans les années à venir, 389 exemplaires du CAESAR, soit 191 MkII, 62 en version 8×8 et 136 Caesar 6×6, dont 72 pour l’Ukraine. Pour satisfaire ces commandes, et pour pouvoir en absorber de nouvelles, avec des délais de livraison compétitifs, l’industriel a porté ses cadences de production à 12 exemplaires par mois, 144 par an, contre 36 par an, il y a juste deux ans.

Ce faisant, le carnet de commande de KNDS représente moins de 3 ans de production, lui permettant de s’engager sur des livraisons en moins de deux ans, une fois pris en compte l’étalement planifié des commandes déjà passées.

On peut donc s’attendre à de nouvelles commandes sur des délais relativement courts pour le CAESAR, sachant que pour de nombreuses forces armées, il est urgent de moderniser et renforcer leurs capacités d’artillerie, pour anticiper la période de fortes tensions qui se dessine, à partir de 2027, en Europe, ainsi que dans le Pacifique, et par transitivité, sur l’ensemble de la planète.

La Pologne va moderniser ses 48 F-16 pour deux fois leur prix d’achat de 2003

En 2003, la Pologne annonçait la commande de 48 F-16 C/D Block 52, auprès de l’américain Lockheed Martin, pour un montant de 3,5 Md$. Il s’agissait, alors, de la version la plus moderne du chasseur américain, ainsi que du plus important contrat d’armement jamais signé par un pays appartenant, précédemment, à l’ex-bloc soviétique ou au pacte de Varsovie.

Depuis, l’appétence polonaise pour les équipements de défense américains, ne s’est pas apaisée, avec la commande récente de chars M1A2, de systèmes HIMARs, ou encore d’hélicoptères de combat AH-64. C’est à nouveau le cas, aujourd’hui, alors que Varsovie vient d’officialiser la modernisation de ses 48 F-16 Block 52, vers le standard F-16V ou Block 70/72.

Toutefois, le montant de cette commande, 7,3 Md$, interpelle, tant il est élevé, et interroge, par extension, sur le bienfondé des commandes passées par les autorités polonaises depuis 2017, pour moderniser leurs forces armées.

L’effort de défense sans égal de la Pologne depuis 2016

Depuis 2016, la Pologne s’est engagée dans un formidable effort pour étendre et moderniser ses forces armées. Ainsi, les dépenses de défense du pays sont passées de 10 Md$ et 1,9 % de son PIB, en 2016, à 40 Md$ et presque 4,2 % de son PIB, en 2024.

MIG-29 Forces aériennes polonaises
Au début des années 2000, Varsovie entrepris de remplacer ses MIG-29 hérités du pacte de Varsovie, par des chasseurs modernes occidentaux.

Pour Varsovie, il s’agit de répondre à la montée en puissance rapide de la menace russe sur le front oriental de l’OTAN, et de dissuader Moscou de tout aventurisme sur le territoire polonais, sans devoir dépendre, outre mesure, de la protection de ses alliés.

Ce regain d’investissement permit aux armées polonaises de s’engager dans une phase de modernisation et de transformation, sans équivalent en Europe ces 60 dernières années, passant notamment de 4 à 6 divisions blindées et mécanisées et de 70 à presque 150 avions de combat.

Pour cela, Varsovie a multiplié les commandes d’armement, principalement vis-à-vis de l’allié américain (M1A2 Abrams, HIMARS, F-35, Patriot, AH-64 Gardian), et du partenaire sud-coréen (chars K2, systèmes d’artillerie K9, LRM Chunmoo-2, avions d’attaque FA-50), mais aussi vers la Grande-Bretagne (frégates Arrowhead 140, systèmes CAMM), et de systèmes polonais.

Selon la planification annoncée, les armées disposeront, d’ici à 2035, de 1250 chars de combat, soit la moitié du parc européen, mais aussi des 2/3 des systèmes d’artillerie mobile, et des 3/4 des systèmes lance-roquettes multiples, du théâtre européen occidental.

En 2024, la Pologne commande la modernisation de ses 48 F-16 vers le F-16V pour 7,3 Md$

C’est dans ce contexte que Varsovie vient de valider la modernisation de sa flotte de F-16 Block 52, pour la porter au standard F-16V, la plus évoluée et la plus performante, concernant l’appareil de Lockheed Martin.

F-16V Lockheed-Martin
Le F-16V dispose d’une avionique entièrement modernisée, mais a perdu, au fil des années, les lignes racées qui faisait de lui le chasseur exceptionnel qu’il était.

La modernisation portera sur une grande partie des systèmes électroniques de l’appareil, avec notamment, 58 radars AN/APG-83 équipés d’une antenne AESA, 73 systèmes de guerre électronique IVEWS, ainsi que de nombreux systèmes secondaires. La commande couvre également les besoins d’accompagnement et de formation, la mise à jour des logiciels, et les équipements de maintenance nécessaires à ces nouveaux systèmes.

Il ne semble pas que Varsovie ait commandé de nouveaux turboréacteurs pour ses appareils, ce qui signifie que les F-16V seront certainement au standard Block 72. Il est enfin probable que le contrat couvre aussi la livraison de certaines munitions, particulièrement celles qui ne pouvaient pas, jusqu’ici, être mises en œuvre par les appareils polonais. Là encore, le sujet n’est pas précisé dans la communication polonaise.

Les forces aériennes polonaises ne seront pas les premières à se tourner vers le nouveau standard F-16V, pour la modernisation de leur flotte de F-16. Ainsi, la Grèce a commandé, en 2017, la modernisation de 84 de ses F-16 C/D Block 52 vers le standard Block 72, la transformation des appareils étant réalisée par l’industriel local HAI. Un an plus tôt, en 2016, Taïwan lançait le programme Feng Zhan, pour la modernisation de 140 de ses F-16 vers le standard F-16V, ainsi que la commande de 66 appareils neufs.

Ce qui étonne, en revanche, est le prix de la commande polonaise, annoncé à 7,3 Md$, soit deux fois le prix des 48 appareils neufs achetés en 2003, alors que l’inflation, aux États-Unis, de 2003 à 2024, n’a atteint que 70 %, et qu’il s’agit d’une modernisation, et non d’appareils neufs.

Par ailleurs, la modernisation des 84 F-16 grecs, commandée en 2016, n’a été facturée que 1,5 Md$, alors que la modernisation des 140 F-16 Taïwanais, n’aura couté que 4,5 Md$, en 2021. Plus étonnant encore, les 66 F-16V neufs, commandés par Taipei, n’ont été facturés que 62 milliards de Taïwan dollars, soit 2 Md$ américains.

48 F-16 modernisés à demi-potentiel pour le prix de 42 Rafale F4 ou de 52 JAS 39 Gripen E/F neufs

Le montant astronomique que Varsovie a accepté de payer à Lockheed Martin, est encore plus surprenant, lorsqu’on le compare aux récents contrats signés concernant des appareils non américains.

Rafale F4 Mont de Marsan
Pour 7,3 Md$, les forces aériennes polonaises auraient pu acquerir 42 Rafale F4 neufs, comme les forces aériennes indonésiennes.

Ainsi, l’Indonésie a fait l’acquisition de 42 avions Rafale B/C français, au standard F4, pour un montant de 7 Md€, soit 7,6 Md$, un écart de prix de seulement 4 % avec la modernisation des F-16 polonais.

Or, la commande indonésienne porte, bien évidemment, sur des appareils neufs, par ailleurs bimoteurs, bien plus performants que ne le sont les F-16V, et livrés avec un ensemble de munitions, pièces détachées, systèmes de maintenance et simulateurs, pour permettre aux forces aériennes indonésiennes, de mettre pleinement en œuvre, leurs avions de combat.

En outre, le Rafale est encore engagé dans une dynamique de modernisation qui l’amènera, avec le standard F-5, à la marge de la 6ᵉ génération des avions de combat, avec l’arrivée du drone de combat Loyal Wingmen dès 2033, là où le F-16V est, très certainement, la dernière grande évolution du F-16, une cellule conçue au début des années 70.

De son côté, le Brésil a commandé, en 2016, 36 JAS 39 Gripen E/F au suédois Saab, actuellement en cours de livraison, pour un montant total de 5 Md$, soit une flotte de 52 appareils neufs, pour les 7,3 Md$ que va dépenser Varsovie pour moderniser des appareils ayant déjà consommé la moitié de leur potentiel de vol, et à qui il reste, au mieux, 20 ans de carrière opérationnelle.

Bien que plus léger et monomoteur, comme lui, le JAS 39 Gripen E/F est un appareil au moins aussi performant, et plus moderne que le F-16V, conçu notamment pour disposer d’une maintenance allégée, et pour pouvoir être mis en œuvre à partir de terrains de fortune, un argument de poids pour un pays qui manque singulièrement de profondeur stratégique, comme la Pologne.

Saab JAS 39 Gripen E/F
Pour 7,3 Md$, la Pologne aurait pu acquerir 52 JAS 39 Gripen E/F, neufs, et mieux adaptés pour permettre aux forces aériennes polonaises, de faire face aux forces aériennes russes,

Dans un cas comme dans l’autre, on explique mal l’arbitrage de Varsovie, en faveur de la modernisation de ses F-16, alors que, pour le même investissement, les forces aériennes polonaises auraient pu commander une flotte équivalente, ou supérieure en nombre, d’appareils plus modernes, et neufs, auprès de ses partenaires européens.

C’est d’autant plus surprenant qu’un tel arbitrage aurait permis d’éviter la commande, contestable, des 36 FA-50 restants, soit 1,5 Md$, un appareil léger monomoteur, destiné, soi-disant, à remplacer les Su-25 pour les missions d’appui aérien rapproché, pour employer ses F-16 Block 52 pour cette mission, bien plus adaptés pour évoluer près d’un théâtre contesté, que l’avion léger sud-coréen.

Notons enfin qu’en cumulant une telle commande, avec celle, en cours de négociation, pour 32 appareils de combat supplémentaires, le F-15EX et le Typhoon étant souvent évoqués à ce sujet, Varsovie aurait certainement pu atteindre un volume suffisamment pour justifier d’une construction locale avec transfert de technologies, mais aussi pour rejoindre le développement de l’appareil choisi, comme le programme Rafale F5.

Les commandes d’armement polonaises impressionnent par leur étendue, mais sont-elles rationnelles ?

Il est donc très difficile de trouver une quelconque rationalité, dans la justification de la commande des kits de modernisation F-16V pour les F-16 C/D polonais, pour un montant qui aurait permis, sans équivoque, d’acquérir des appareils plus performants et neufs, et de rationaliser la flotte de chasse du pays.

K2 Black Panther Pologne
la Livraison des 180 premiers K2 sud-coréens à la Pologne est presque terminée.

À bien y regarder, cependant, Varsovie est assez coutumière de ce type d’arbitrage, concernant la modernisation de ses armées, allant à l’encontre de toute rationalité, et participant même, parfois, à rendre les armées et l’industrie de défense polonaises, très difficiles à maintenir, dans la durée.

3 modèles de chars, 3 modèles d’artillerie mobile et 2 modèles de LRM pour la seule armée de terre polonaise

Ainsi, les récents contrats annoncés, ces dernières années, pour la modernisation du parc blindé de l’Armée de terre polonaise, interpellent à plus d’un titre. Bien que prévoyant de se doter de la plus importante flotte de chars en Europe, avec 1500 MBT, celle-ci sera loin d’être homogène, car composée de 3 modèles d’origine différente, entre les 250 Leopard 2 allemands, les 250 M1A2 Abrams américains, et les 1000 K2 Black Panther, sud-coréens.

Pire encore, les K2 seront, eux-mêmes, disponibles en trois versions différentes, le K2A1 d’origine, acquis directement en Corée du Sud, à 180 exemplaires, le K2PL, qui sera construit en Pologne, et une version intermédiaire, en cours de négociation.

La situation n’est guère meilleure pour les systèmes d’artillerie, entre les Krabs (300+ ex) produits par l’industrie polonaise, et les K9 acquis auprès de la Corée du Sud (824 ex), eux aussi livrés en deux standards, le K9A1 initial, produit en Corée du Sud, et le K9PL, qui doit être produit en Pologne. À ces deux systèmes, pourraient bientôt s’ajouter un système sur roues, comme le Caesar français ou l’Atmos israélien.

K9 Thunder Finlande
Comme pour les K2, les canons automoteurs K0 commandés par la Pologne à la Corée du sud, seront livrés en deux standards.

Même dans le domaine très spécifique des lance-roquettes multiples, les armées polonaises bégaient, avec la commande de 290 K239 Chunmoo-2 sud-coréens, et de 506 Himars américains.

De fait, non seulement l’Armée de terre polonaise va-t-elle disposer d’un inventaire matériel pléthorique, pour une force armée de seulement 100.000 hommes aujourd’hui, mais cet inventaire s’avèrera très hétérogène, ce qui va complexifier au possible la maintenance de ces équipements modernes, beaucoup plus gourmands en maintenance, que les T-72, 2S3 et autres Grad, auxquelles elle était habituée.

4 avions de combat pour une flotte de moins de 150 appareils pour l’Armée de l’air polonaise

Il en ira de même pour les forces aériennes polonaises, et en particulier pour la flotte de chasse. En effet, selon la planification retenue actuellement, celle-ci doit se composer, en 2035, de 32 F-35A, des 48 F-16V Block 72, évoqués ici, de 36 FA-50 PL légers, et de 32 chasseurs d’un modèle encore indéterminé, en cours de négociation, le Typhoon européen et le F-15EX américain, étant pressentis à ce sujet, jusqu’ici.

Il s’agira donc, pour elles, de mettre en œuvre quatre modèles différents de chasseurs modernes, tous très exigeants en termes de maintenance, nécessitant des infrastructures et des bancs dédiés, et des formations très différentes, car ne partageant ni le même moteur, ni le même radar.

FA-50 Pologne
la commande des 36 FA-50 sud-coréens fait de plus en débat en Pologne.

Paradoxalement, cette flotte de 148 avions de combat, ne disposera que de deux avions d’alerte aérienne avancée, pour en assurer la coordination, en l’occurrence, deux Saab 340 AEW&C, un nombre très insuffisant pour assurer une veille permanente de l’espace aérien, et, pour l’heure, d’aucun avion ravitailleur, même si des discussions sont en cours pour l’A330 MRTT européen, ou le KC-46 américain.

La planification industrielle et budgétaire des armées polonaises, une épée de Damoclès créée par Varsovie

Au-delà des questions de ressources humaines, pour mettre en œuvre l’ensemble des équipements commandés par Varsovie pour plusieurs dizaines de Md$, qui restent aujourd’hui sans réponse solide, et du cauchemar logistique que la maintenance de ces différents systèmes fera peser sur les forces armées polonaises, la planification polonaise, telle que construite à ce jour, constitue une terrible Épée de Damoclès budgétaire, militaire et industrielle, pour le pays.

On peut aisément comprendre l’empressement de Varsovie, pour moderniser rapidement ses forces armées, face au changement de posture de Moscou, ces dernières années. En effet, la Pologne a, historiquement, toujours durement payé son excès de confiance dans les promesses de ses alliés, de participer à sa défense.

Pour autant, cette modernisation globale, concomitante à une extension des forces, se concentre sur une durée particulièrement courte, une vingtaine d’années seulement, de 2015 à 2035, avec un pic de 2025 à 2030.

Or, l’immense majorité des équipements qui sont acquis, aujourd’hui, par les Armées polonaises, ont un cycle de vie similaire, avec une modernisation, tous les 10 à 15 ans, et une durée de vie opérationnelle, de 30 à 40 ans.

parade miltiaire pologne
les armées plonaises vont renouveller presque tous les equipements sur une période de moins de 20 ans, ce qui n’ira pas sans poser de sérieux problèmes à l’avenir.

Cette simultanéité, qui s’appuie en grande partie sur la très bonne santé économique du pays, entraine l’augmentation rapide de l’activité de l’industrie de défense polonaise, soutenue par les transferts de technologies de ses fournisseurs, pour permettre une fabrication locale.

Toutefois, une fois passée ce pic d’activité, cette industrie risque fort de se retrouver sans activité, pendant 15 à 20 ans, le temps d’atteindre la prochaine phase de renouvellement, qui sera, elle aussi, massive et limitée dans le temps. Entre temps, cette industrie n’aura que les phases de modernisation des équipements polonais, et l’espoir de quelques succès à l’export, peu probables, pour garantir sa survie, ce qui apparait comme très hasardeux.

On remarquera, ainsi, qu’en dépit des espoirs polonais, aucun pays européen ne s’est tourné vers Varsovie pour, éventuellement, acquérir des K2 ou des K9, produits en Pologne, préférant la sécurité offerte par les chars blindés allemands, américains, ou, directement, sud-coréens.

Or, si cette industrie venait à disparaitre, faute d’activité, les armées polonaises seraient en grande difficulté pour maintenir efficacement un parc aussi pléthorique, alors que, budgétairement, le pays devra faire face, en matière de défense, à une succession de phases nécessitant des investissements très importants, et des phases de faible investissement.

Ce constat est d’autant plus regrettable que la Pologne, avec de telles ambitions, avait largement le temps d’étaler sa montée en puissance, sur une période beaucoup plus longue, de sorte à garantir l’activité dans la durée de sa propre industrie de défense, sur la base de ses propres besoins, ce qui aurait permis, à la génération prochaine, de prendre le relais des importations, comme le fit très bien fait la Corée du Sud, entre la fin des années 80, et le début des années 2010.

Conclusion

On le voit, même avec la meilleure bonne volonté du monde, il est difficile de voir une logique émerger des décisions polonaises, en matière de défense, ces dernières années. En outre, si l’on pouvait, un temps, penser qu’il s’agissait là, avant tout, d’une posture électoraliste du PiS, le parti politique de droite radicale au pouvoir de 2014 à 2023, force est de constater que le nouveau gouvernement, de centre gauche, reproduit strictement le même schéma, et n’apporte pas davantage de rationalité, dans ce dossier.

amrmée plonaise
Outre les questions d’optimisation budgétaire et indsutrielle, pour les armées polonaises, la question des ressources humaines, necessaires pour mettre en oeuvre et maintenir la panoplie d’quipements commandés à ce jour, est loin d’avoir trouver une réponse satisfaisante pour l’instant.

En tout état de cause, dépenser 7,3 Md$, pour moderniser des appareils acquis neufs, en 2003, pour moitié moins cher, et qui n’ont plus que la moitié de leur potentiel de vol restant, a de quoi alerter, quant à la boulimie de commandes défense des autorités polonaises aujourd’hui, d’autant que, pour le même prix, et en rationalisant les dossiers en cours, Varsovie pourrait se doter d’une force aérienne de combat neuve et autrement plus efficace !

Quoi qu’il en soit, cette appétence extrême pour les contrats de défense à dix chiffres, est loin de garantir l’efficacité des armées polonaises dans les années à venir, sauf à ce que Varsovie se reprenne, et injecte une véritable dose de réalisme, et de programmation, dans cette planification chaotique, qui ne fait que flatter une partie de l’opinion publique du pays, sans véritablement renforcer la sécurité de celui-ci.