Les autorités de l’armée sud-coréenne ont annoncé qu’elles avaient dû démonter et retirer 1.300 cameras de surveillance en circuit fermé (ou CCTV), de conception chinoise, pour les remplacer par autant de cameras de facture nationale.
Lors d’une enquête conjointe des différentes agences de renseignement sud-coréennes, a montré que ces caméras envoyaient des vidéos et des images vers un serveur basé en République Populaire de Chine.
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1.300 cameras de surveillances fabriquées en Chine retirées de la surveillance des baraquements de l’armée sud-coréenne
Les caméras sus citées, servaient à surveiller différents baraquements et zones de transit au sein des bases militaires sud-coréennes. Contrairement à ce que pensaient les militaires, il est apparu que celles-ci avaient été fabriquées en Chine.
L'Armée sud-coréenne retire 1.300 cameras de surveillance chinoises qui surveillaient un peu trop... 5
Surtout, elles disposeraient, selon l’enquête des services de renseignement sud-coréens, d’un protocole caché permettant de transmettre certaines images et certaines vidéos vers un serveur basé en Chine, ce qui est plus que problématique s’agissant d’installations militaires, même si, en l’occurrence, il ne s’agissait là que de zones vies. Le protocole employé pour le transfert de ces fichiers n’a pas été précisé.
Les 1300 caméras ont immédiatement été démontées, et font l’objet d’un remplacement rapide par des caméras de surveillance de conception et de fabrication nationale. Pour l’heure, les armées sud-coréennes et la Maison Bleue ne semblent pas vouloir employer cette découverte contre la Chine, alors que les tensions avec le voisin nord-coréen, allié de Pékin, sont au plus haut depuis une dizaine d’années, peut-être davantage.
Des caméras de surveillance conçues pour contourner les protocoles de sécurités des armées sud-coréennes ?
L’exemple sud-coréen montre à quel point il est aisé, même pour des systèmes relativement sécurisés, de contourner les protocoles de sécurité, pour organiser des fuites de données.
Ainsi, ici, les caméras sont parvenues à stocker et transmettre des données, hors du réseau local de surveillance vidéo, ce qui suppose d’avoir obtenu, d’une manière ou d’une autre, un accès sortant.
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Pour peu que le réseau CCTV ait été un minimum sécurisé, cela suppose donc que les protections mises en œuvre ont pu être contournées directement par les caméras, elles-mêmes, qui disposaient donc d’un protocole propre à cet effet. Il est aussi possible que le réseau CCTV des armées sud-coréennes ait été mal configuré et protégé, mais l’hypothèse apparait toutefois peu probable.
En outre, le fait qu’il ne soit pas fait mention de l’absence de transfert de données vers la Chine dans le communiqué, laisse supposer que ce piratage sortant, comme le transfert des données, sont certainement passés inaperçus un moment avant d’être détectés par les ingénieurs des armées. La durée de cette fuite n’est pas précisée non plus dans le communiqué, ce qui n’est guère bon signe dans ce domaine.
La grande vulnérabilité des armées, des services publiques et des entreprises, à l’électronique domestique chinoise.
L’exemple des armées sud-coréennes est tout sauf anodin. En effet, il est plus que probable que de grandes entreprises françaises et européennes, voire des services publics, et même, dans certains cas, des services des armées, aient installé des équipements électroniques domestiques de conception et facture chinoise, dans leurs propres infrastructures.
Or, qu’il s’agisse de cameras de surveillance, de webcam ou systèmes de téléconférence, d’imprimantes, de routeurs, de simples claviers ou de smartphones et tablettes tactiles, tous ces équipements sont en mesure de collecter des données, pour ensuite, de la même manière, les envoyer vers des serveurs chinois, tout en étend particulièrement difficile à repérer même pour des RSSI chevronnés.
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Les grandes entreprises et les grandes administrations, disposent des moyens pour sécuriser convenablement leurs infrastructures. C’est évidemment bien moins le cas de leurs sous-traitants ou des annexes administratives, qui disposent de bien moins de moyens dans ce domaine.
Or, ces cibles périphériques constituent d’excellentes sources de renseignements ascendants par recoupements et synthèses, permettant de reconstituer l’information recherchée, concernant une cible bien protégée, qu’il s’agisse d’espionnage industriel ou étatique.
Le chinois Huawei construit une usine de 80.000 m² près de Strasbourg, pour équiper des opérateurs Télécom français et allemands en 5G
Bien évidemment, cette information sud-coréenne, donne un tout nouvel éclairage sur l’annonce de l’abandon, par l’Union européenne, de l’interdiction pour les opérateurs Télécom européens, d’employer des systèmes 5G produits par le géant chinois Huawei.
L'Armée sud-coréenne retire 1.300 cameras de surveillance chinoises qui surveillaient un peu trop... 8
On imagine bien, dans ce contexte, que si Pékin n’hésite pas à implanter dans de simples caméras de surveillance CCTV, des systèmes de piratage aussi performants, ce qu’il en sera quant une de ses plus grandes entreprises d’État, aura la mainmise sur une partie de l’ensemble des réseaux Télécom européens.
Il semble, d’ailleurs, que les pressions pour autoriser Huawei à s’implanter, et à participer à la construction du réseau 5G européens, soient venues des Etats eux-mêmes, contre l’avis de la commission européenne, plus encline à suivre les recommandations, faites par les États-Unis dans ce domaine. Ainsi, Theirry Breton s’était fermement opposé à ce que l’industriel chinois participe à la construction du réseau 5G européen.
Espérons que l’expérience sud-coréenne saura convaincre les opérateurs européens qu’ils jouent vraiment avec le feu en choisissant de se tourner vers Huawei, et plus globalement, aux industriels qui intègrent ou revendent des systèmes électroniques domestiques chinois, en particulier aux entreprises, collectivités, administrations et, bien évidemment, aux armées.
Entre les F-35A, le développement du chasseur de 6ᵉ génération NGAD, et le programme KC-Z de ravitailleur furtif, la trajectoire de l’US Air Force, concernant l’évolution de sa flotte de combat, semblait gravée dans le marbre, il n’y a de cela qu’un an à peine.
Depuis, l’explosion des coûts de certains programmes stratégiques comme l’ICBM Sentinel et le bombardier B-21 Raider, les difficultés rencontrées pour maitriser les couts de possession du F-35, et l’arrivée des drones de combat du programme CCA pour faire face au tempo technologique chinois, ont sévèrement ébranlé cette planification.
Désormais, l’avenir même du NGAD est incertain, l’US Air Force ayant décidé de remettre à plat le concept même de cet appareil qui devait couter autour de 250 m$ pour remplacer le F-22 Raptor, afin de l’amener à un prix unitaire « comparable à celui du F-35A », selon le Secrétaire à l’Air Force, Frank Kendall.
C’est aujourd’hui au tour du programme de ravitailleur furtif, désigné sous le code KC-Z, de se voir directement menacé par cette remise à plat du NGAD, alors que l’ensemble du schéma tactique de la guerre aérienne américaine pourrait sortir profondément modifié par l’arrivée des drones de combat de type Loyal Wingmen issus du programme CCA.
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L’US Air Force tronque le programme KC-Y pour libérer des crédits pour le ravitailleur furtif KC-Z
Au début des années 2000, l’US Air Force entreprit de remplacer sa flotte de ravitailleurs en vol, alors composée de plus de 550 KC-10A Extender, KC-130 et KC-135, ces derniers, entrés en service dans les années 60, représentant 80 % de la flotte.
L’US Air Force aligne encore plus de 360 KC-135 Stratotanker aujourd’hui
Le super-programme fut alors décomposé en trois programmes successifs de 180 appareils sur une dizaine d’années chacun, et baptisés KC-X, KC-Y et KC-Z. À la suite d’une compétition ayant initialement vu l’A330 MRTT d’Airbus sélectionné, le Congrès fit pression pour choisir au final le KC-46A Pegasus de Boeing, en 2013.
Celui-ci connu de nombreuses difficultés, entrainant retards et surcouts importants, en partie assumés par l’avionneur américain lui-même. En 2019, l’US Air Force lança son second programme, ramené à 160 appareils. Là encore, le KC-46A Pegasus était opposé à l’A330 MRTT de l’européen Airbus, associé pour l’occasion à Lockheed Martin.
Il s’agissait, alors, de concevoir un avion ravitailleur furtif capable d’accompagner les chasseurs de l’US Air Force F-35 et NGAD en espace contesté, de sorte à en étendre le potentiel opérationnel dans la zone d’efficacité des armements et systèmes des chasseurs.
La remise à plat du programme NGAD pourrait bouleverser les besoins concernant programme KC-Z
Les récentes annonces, concernant la suspension temporaire du programme NGAD, allaient certainement avoir des conséquences sur les programmes KC-Y et KC-Z, ne serait-ce que par les arbitrages budgétaires qui sont actuellement menés par l’US Air Force.
Projet de LM pour le programme NGAS
À l’occasion de la conférence annuelle de l’Air & Space Forces Association’s (AFA), qui se tient en ce moment même dans la banlieue de Washington D.C., le Secrétaire à l’Air Force, Frank Kendall, a donné des précisions au sujet de la réévaluation en cours du programme NGAD, mais aussi de la seconde tranche du programme de drones de combat CCA, ainsi que sur l’avenir du programme KC-Z.
En effet, en tant qu’appareil de soutien direct de la flotte de chasse tactique, le futur ravitailleur de l’US Air Force, voit sa conception, et ses ambitions, découler directement des arbitrages qui seront faits dans ces deux programmes qui, eux-mêmes, vont lourdement influencer le schéma tactique et doctrinal de l’emploi de la force aérienne américaine dans les décennies à venir.
Concrètement, jusqu’à présent, le KC-Z était imaginé devoir accompagner les futurs NGAD, ainsi que les F-35A, au sein même de l’espace aérien aérien contesté par l’adversaire. En effet, ces deux chasseurs demeuraient les principaux vecteurs transportant munitions et effecteurs pour frapper l’adversaire, ce qui suppose qu’ils s’en rapprochent suffisamment, les mettant eux-mêmes à portée du feu de riposte.
Pour éviter que les chasseurs furtifs ne dépensent l’essentiel de leur carburant et de leur temps opérationnel sur zone, en allers-retours jusqu’à un ravitailleur évoluant hors de cet espace menacé, il était logique d’envisager de concevoir un ravitailleur lui-même furtif.
Bien évidemment, ceci aurait entrainé des ravitailleurs bien plus onéreux que les tubulaires actuels, dérivés d’avions de transport de passagers, et ne coutant qu’autour de 250 à 300 m$ l’unité, deux fois moins cher que le B-21 Raider furtif.
Chasseur de 6ᵉ génération et drones du programme NGAD
Quoi qu’il en soit, l’arrivée massive des drones de combat du programme Collaborative Combat Aircraft, ou CCA, et les contraintes budgétaires précédemment évoquées, changent profondément la donne.
D’abord, du point de vue du schéma tactique, ce seront les drones de combat, et non les avions de combat, qui pénètreront au plus profond du dispositif adverse, précisément parce que, même furtifs, ces appareils seront trop vulnérables pour que leur perte s’avère soutenable pour l’US Air Force.
Ensuite, parce que l’explosion des couts de certains programmes inamovibles de l’USAF, va sévèrement amputer les capacités d’investissement de celle-ci dans les deux décennies à venir.
Ces deux constats ont eu pour première conséquence de suspendre le programme NGAD, pour qu’il soit repensé dans son ensemble, à partir d’une expression de besoins entièrement actualisée. Selon les dernières déclarations de F. Kendall, et Andrew Hunter, son sous-secrétaire aux acquisitions, l’objectif désormais serait d’amener le prix du NGAD autour de celui du F-35A, soit environ 100 m$, contre 250 m$ initialement prévus.
Peu de temps après, l’US Air Force mit pleinement l’accent sur le programme CCA lui-même, devenu une priorité absolue, même vis-à-vis du renouvellement de la flotte de chasse elle-même, avec l’objectif d’entrer en service avant la fin de la décennie, aux côtés des F-35A. Parallèlement, l’hypothèse du développement d’un chasseur monomoteur léger, moins onéreux que le F-35A (et donc que le NGAD), a été avancée par les chefs militaires de l’USAF, pour remplacer la flotte de F-16.
Vue d’artiste du chasseur léger monomoteur furtif envisagé par l’USAF pour remplacer le F-16
C’est aussi au cours de la conférence de l’AFA, que Frank Kendall a confirmé que le développement d’un éventuel ravitailleur furtif, était désormais lié aux évolutions qui sortiront de la redéfinition du NGAD lui-même, sachant que la conjonction du nouveau schéma tactique et des contraintes budgétaires, semble d’ores-et-déjà avoir scellé l’avenir de ce programme.
Boeing présente la version terrestre du drone ravitailleur MQ-25 Stingray
Reste que, dans ce nouveau Schéma, si les chasseurs pilotés resteront en retrait de la zone d’engagement elle-même, et pourront donc plus aisément et efficacement se ravitailler en vol auprès des KC-46A, eux-mêmes en zone sécurisée, les drones de combat, eux, vont certainement être exposés aux mêmes contraintes, en matière d’autonomie réduite au-dessus de la zone efficace, que les chasseurs dans le schéma initial.
Bien évidemment, si cet espace est à ce point dangereux, que les avions de combat de furtifs eux-mêmes évitent d’y pénétrer, il n’est pas question d’y risquer un ravitailleur, tout furtif, peut-il être, pour ravitailler les drones eux-mêmes.
Par ailleurs, étant conçus pour des performances comparables à celles des avions de chasse qu’ils accompagneront et étendront, et étant lourdement chargés de munitions et de systèmes embarqués, ces drones de combat n’auront certainement pas l’autonomie des drones MALE actuels, et se rapprocheront davantage de celle des avions de combat.
Un MQ-25 Stingray de l’US Navy ravitallie un F/A-18 F Super Hornet lors des vols de qualification
Pour répondre à cela, Boeing entend profiter de l’expertise acquise avec le programme de drones ravitailleurs MQ-25 Stingray, mis en œuvre à partir des porte-avions de l’US Navy à ravitailler les Super Hornet. L’avionneur de Seattle présente, en effet, à l’occasion de la conférence de l’AFA, une version basée à terre du Stingray, spécialement conçue pour ce nouveau schéma tactique de l’US Air Force.
Avec une envergure de 28 mètres, 5 m de plus que la version naval, et dépourvu du système de repliage des ailes, indispensable sur porte-avions, le MQ-25 Stingray LBV (Land Based Version), pourra emporter 40 % de carburant en plus que la version navale, ainsi que deux pods de 1500 kg, pouvant accueillir des équipements de ravitaillement supplémentaires, voire des munitions.
Dépourvu de la perche de ravitaillement employée par les avions ravitailleurs pour se connecter aux chasseurs de l’US Air Force, le drone ravitailleur et furtif de Boeing, ne pourra pas ravitailler les avions de combat. Il pourra cependant transférer du carburant aux drones de combat eux-mêmes, à l’aide d’un panier de ravitaillement, pour en étendre l’autonomie, employant sa propre furtivité pour évoluer dans la zone contestée.
Le MQ-25 dispose en revanche d’une prise de ravitaillement, et pourra donc recevoir du carburant des ravitailleurs traditionnels, jouant potentiellement le rôle de nounou au service des drones de combat, en assumant les allers-retours.
Bien que le MQ-25 Stingray BLV ne résulte pas d’une demande de l’US Air Force, et qu’il a été développé sur fonds propres, l’avionneur américain a largement capitalisé sur les acquis technologiques du MQ-25 en version navale, dont il reprend l’essentiel des systèmes, y compris le turboréacteur Rolls-Royce AE 3007AN, pour produire une solution presque clé en main, pouvant potentiellement répondre aux besoins de l’USAF en pleine recomposition.
Entre contraintes budgétaires et nouveaux paradigmes, le discours des chefs de l’US Air Force montre la fébrilité qui règne pour préparer l’avenir proche
La solution proposée par Boeing pourrait, effectivement, séduire Boeing, d’autant plus qu’elle permettrait, à moindres frais, de se passer du développement d’un avion ravitailleur furtif, que l’on imagine excessivement onéreux, dans un contexte ou chaque milliard de dollars compte (Pentagone oblige, on parle en milliard).
Ravitailleur Y-20U en phase de ravitaillement d’un J-20 et d’un J-16 des forces aériennes chinoises
Pour autant, cette bonne nouvelle potentielle, ne peut masquer l’évidente fébrilité qui transparait dans le discours des chefs civils et militaires de l’US Air Force, depuis le mois de mai 2024, et les premières fuites concernant l’explosion des couts du programme de missiles balistiques Sentinel (passé de 77,7 à 140 Md$ en trois ans seulement).
En effet, les pistes évoquées, pour répondre simultanément au défi technologique et militaire chinois, et aux contraintes budgétaires accrues, se contredisent parfois, et apparaissent souvent comme déconnectées d’une véritable stratégie globale parfaitement maitrisée.
Une chose est certaine, à présent, il faudra à l’US Air Force rapidement redéfinir une stratégie industrielle, même imparfaite, mais soutenable, pour redonner la cohérence qui lui fait aujourd’hui défaut, pour espérer dissuader Pékin de passer à l’action dans les années à venir autour de Taïwan, et peut-être même au-delà.
De l’aveu même de d’Andrew Hunter, qui dirige les acquisitions de l’US Air Force, le tempo technologique imposé par la Chine est désormais « incroyablement rapide », et la doctrine d’acquisition des équipements, mise en œuvre depuis une trentaine d’années, ne permet plus d’y répondre.
C’est dans ce contexte que ce même Andrew Hunter a présenté les nouveaux piliers stratégiques qui servent à présent à encadrer les acquisitions de l’US Air Force, et la conduite des programmes à venir, en particulier dans le domaine des drones.
En effet, après 30 années marquées par des ambitions technologiques parfois démesurées, des délais et des couts de programmes sans cesse revus à la hausse, et les grandes majors de l’industrie de défense US au centre du jeu, l’USAF s’engage dorénavant dans une doctrine qui rappelle celle appliquée durant les années 50 et 60, en rupture radicale avec celle qui amena à faire du F-35, le pivot central de nombreuses forces aériennes occidentales dans le Monde.
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Le tempo technologique chinois inquiète beaucoup l’US Air Force
Les lecteurs assidus de Meta-Défense ne seront évidemment pas surpris, tant le sujet a fait l’objet de nombreux articles depuis 2019. En effet, il apparaissait déjà, à cette date, que la Russie, mais surtout la Chine, s’étaient engagées dans une course aux armements qui s’apparentait à celle qu’avait connue le monde dans les années 50 et 60.
La Chine est parvenue, en vingt ans, à rattraper les vingt années de retard technologique qu’elle avait en matière de technologies de défense vis-à-vis de l’occident.
Ainsi, depuis le début des années 2000, les forces aériennes chinoises ont admis au service un nouveau chasseur tous les cinq à sept ans, avec une précision de métronome, chaque nouvel appareil apportant son lot de capacités spécifiques et de nouvelles technologies, bénéficiant, de manière incrémentale, à la génération suivante.
Il en est allé de même dans le domaine des munitions, de l’électronique embarquée, et même, depuis une dizaine d’années, des moteurs, ce qui a permis aux avionneurs chinois de rattraper, en un peu plus de vingt ans, les vingt années de retard technologiques qu’ils avaient sur les avions occidentaux au début des années 90.
Maintenant que les avionneurs chinois ont plus ou moins rattrapé leurs homologues occidentaux, ils sont en mesure d’imposer leur propre tempo sur l’ensemble de la sphère technologique aéronautique défense, en particulier face aux États-Unis, l’adversaire majeur dans le Pacifique, et en particulier, autour de Taïwan.
Ce constat est connu de l’US Air Force depuis 2019, et la doctrine Roper, qui se voulait précisément une réponse industrielle et technologique afin de redonner aux armées US l’ascendant et la réactivité nécessaires dans ce domaine. Toutefois, celle-ci fut écartée, en 2021, par le nouveau Secrétaire à l’Air Force, Frank Kendall.
L’USAF change de doctrine d’acquisition pour faire face à la Chine, pour accélérer ses capacités de réponse opérationnelle et technologique
C’est pourtant ce même Frank Kendall qui, un an et demi plus tard, remit nombre des avancées de la doctrine Roper, au cœur de la réforme qu’il entreprit de lancer au sein de l’US Air Force, précisément pour répondre au défi chinois.
l’avenir du chasseur de 6ème génération du programme NGAD apparait de plsu en plus incertain, au fil des annonces officielles ces dernières semaines.
Cette réforme apparait désormais au grand jour au travers de plusieurs décisions récemment annoncées, comme la suspension du programme NGAD de chasseur de 6ᵉ génération, le temps de réévaluer les besoins de l’USAF dans ce domaine, et la réponse que les industrielles peuvent y apporter.
C’est aussi, et surtout, dans le cadre du programme Combat Collaborative Aircraft, qui doit permettre de developper les drones de combat qui accompagneront les chasseurs américains, que cette nouvelle doctrine révèle toute sa différence.
La fin du technologisme pour trouver le bon équilibre entre capacités, technologies, délais et prix
En effet, après trente années marquées par des ambitions technologiques excessives ayant souvent lourdement handicapé les programmes du Pentagone, l’US Air Force privilégie, dans le cadre du programme CCA, d’atteindre un point d’équilibre optimal entre les capacités opérationnelles et les technologies embarquées, mais aussi les couts de conception et de production, et les délais de livraison des appareils.
Pour cela, comme l’a évoqué Andrew Hunter dans une récente conférence de presse, les équipes en charge des programmes intègrent désormais une personne en charge des négociations et des couts, ainsi qu’un militaire venant directement des opérationnels. Cela a permis, notamment, d’éviter une erreur de conception dans le cadre du programme CCA, avec des drones obligés d’évoluer trop près des avions de combat de contrôle.
La fin des grandes séries et de la suprématie des grands groupes industriels défense
Le point d’équilibre dépendant de quatre facteurs eux-mêmes à forte variabilité temporelle, il évolue d’autant plus rapidement. Ceci implique qu’il est dorénavant inefficace, et même contre-productif, pour relever le défi posé par la Chine, de rechercher systématiquement à developper un équipement en grande série, prévu pour durer de nombreuses années.
Les programmes en très grande série, comme le F-35, semblent devoir être désormais écartés par l’Us Air Force, qui veut pouvoir privilégier la reactivité pour faire face à la Chine.
Au contraire, la réactivité devenant un facteur décisif dans cette compétition au tempo soutenu, les séries seront nécessairement réduites, et le pas technologique, ou capacitaire entre deux séries, sera, lui aussi, réduit.
On retrouve, ici, l’un des fondements de la doctrine Roper, pour les Digital Century Series, à savoir des appareils spécialisés, à la durée de vie opérationnelle relativement réduite (15 ans), et produits en séries limitées, pour permettre à d’autres séries, intégrant des avancées plus récentes, d’émerger au plus vite.
Cette conjonction de séries réduites et de productions rapides, à l’empreinte restreinte dans le temps, tendra en outre à réduire la dépendance de l’US Air Force vis-à-vis des grands groupes industriels de défense américains, tels Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Boeing.
Il ne sera, en effet, plus nécessaire, dans ce cas, de s’appuyer systématiquement sur des groupes géants ayant une assise financière suffisamment stable pour garantir la pérennité d’un programme qui durera quarante ou cinquante ans, comme le F-35.
Ce faisant, des groupes de moindre importance, et même des startups, peuvent désormais concourir lors des compétitions de l’USAF, comme cela fut le cas pour le programme CCA, dont la première tranche de drones a été attribuée à General Atomics et la startup Anduril Technologies, et non à l’un des trois grands avionneurs américains.
Une transformation des acquisitions qui annonce une transformation de l’US Air Force globale
Dans le plan développé par Frank Kendall en 2022, la transformation des acquisitions de l’US Air Force, ne constitue que le prélude à une transformation beaucoup plus globale de la puissance aérienne américaine, toujours dans l’objectif de relever le défi chinois.
Le prototype General Atomics XQ-67A préfigure le modèle que general Atomics propose dans le cadre du programme CCA
Celle-ci va, en effet, devoir entièrement se restructurer pour être en mesure d’employer le plus vite, et le plus efficacement possible, de nouveaux équipements qui arriveront à un rythme soutenu.
Ceci suppose de transformer non seulement les infrastructures, qui vont devoir intégrer un puissant volet d’évolutivité, pour passer d’un modèle de drones ou d’aéronefs, à un autre, sur une période de temps réduite, mais aussi d’adapter la formation du personnel de maintenance et des opérateurs et équipages, pour qu’eux-mêmes puissent plus rapidement s’adapter à ces transformations continues.
Tout le défi, aujourd’hui, pour l’US Air Force, est de parvenir à entreprendre ces évolutions et transformations, dans un contexte marqué par un budget, certes très important, mais ne disposant plus que de faibles marges de progression, lui-même exposé à des augmentations importantes de couts des programmes historiques (ICBM Sentinel, F-35A, B-21 Raider, T-7A, E-7A Wedgetail..), ne laissant que 5 à 6 milliards de dollars chaque année, pour financer ces nouveaux systèmes.
Que va-t-il advenir des européens et de leurs flottes construites presque exclusivement sur le F-35 américain ?
Reste que si l’US Air Force aura certainement fort à faire pour se transformer et répondre aux enjeux et à la compétition chinoise, elle sait pouvoir, dans tous les cas, compter sur un budget conséquent et l’appuie du Congrès, pour accélérer le processus, s’il devait l’être.
Le F-35A s’est désormais imposé presque partout ou cela lui était possible en Europe.
La situation sera cependant autrement plus compliquée pour les alliés des États-Unis, en particulier ceux qui, en Europe, ont déjà produit des efforts colossaux pour s’équiper de chasseurs F-35, afin d’accroitre leur interopérabilité avec les forces aériennes américaines.
En effet, le corollaire de la transformation en cours, au sein de l’US Air Force, sera très probablement une réduction sensible de l’objectif de 1732 F-35A, initialement visé. Ce afin de libérer des ressources budgétaires et surtout humaines, et ainsi, accélérer la transformation vers les drones de combat du programme CCA. L’apparition, il y a quelques jours, d’un éventuel programme de chasseur léger, destiné à remplacer les F-16 américains, n’y est d’ailleurs assurément pas indifférent.
Non seulement le nombre de F-35 pourrait-il bientôt baisser outre-atlantique, au point que l’appareil pourrait ne plus être le pivot de la puissance aérienne américaine pour les quarante à cinquante années à venir, mais le rôle même des F-35A, au sein de l’USAF, va certainement évoluer, pour contrôler les drones de combat du programme CCA.
Or, il sera, sans le moindre doute, très difficile pour les pays ayant fait le choix de l’avion de Lockheed Martin, de financer l’achat et la mise en œuvre des mêmes drones Loyal Wingmen du programme CCA.
Le F-35A pourrait bientôt n’évoluer qu’accompagner de drones de combat Loyal Wingmen au sein de l’US Air Force. Mais sera-ce aussi le cas des clients internationaux de l’avion américain, déjà contraints d’immenses investissement pour l’acquerir ?
Surtout, on peut penser, une fois la transformation de l’USAF aboutie, que les appareils comme le F-35, verront, eux aussi, leur carrière opérationnelle réduite, d’autant que l’on sait maintenant depuis plusieurs années, que celui-ci est peu adapté au théâtre Pacifique, du fait d’une allonge et d’une capacité d’emport, en mode furtif, toutes deux trop contraintes.
On peut donc craindre que les clients européens et asiatiques du F-35, se retrouvent d’ici à une quinzaine d’années, avec un appareil censé durer encore vingt ans ou plus, au sein de leurs propres armées, alors que son remplacement aura déjà été largement entamé outre-atlantique, pour céder la place à des appareils plus spécialisés, plus avancés et moins onéreux à mettre en oeuvre.
Conclusion
On le voit, l’US Air Force semble avoir pris toute la mesure du défi technologique et opérationnel aujourd’hui posé par l’industrie aéronautique de défense chinoise, qui désormais ne fait plus le moins du monde l’objet de moqueries ou de négligence au Pentagone. Il était temps !
De toute évidence, le monde s’engage à nouveau dans une de ces périodes excessivement dynamiques de développement et d’innovations en matière de systèmes d’armes, comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, et les deux décennies qui suivirent, jusqu’au décrochage économique soviétique entamé à partir du milieu des années 70.
Moins de dix ans ont séparé la conception du P-51D Mustang de celle du F-86 Sabre, deux des chasseurs les plus emblématiques de l’US Air Force. Il faudra encore moins de dix ans pour voir arriver le F-4 Phantom II, aux performances encore sans commune mesure avec le sabre.
Pour autant, cette transformation en cours, au sein de l’US Air Force, risque bien de mettre en difficulté les forces aériennes occidentales, et européennes en particulier, qui ont presque toutes fait le choix du F-35 sur la promesse d’un avion standard dans les forces aériennes américaines pendant les trois ou quatre décennies à venir.
Il est tout de même surprenant de constater que ces interrogations, sur l’avenir du chasseur de Lockheed martin au sein des forces américaines, interviennent maintenant, après que celui-ci a terminé de convertir toutes les forces alliées adressables à son sujet…
Le SNU, ou Service National Universel, lancé en 2019, a, parmi ses objectifs, d’améliorer la mixité sociale et le sentiment d’engagement auprès d’une jeunesse présentée, à tort ou à raison, comme de plus en plus éloignée de la vie de la Nation.
Celui-ci vient de faire l’objet d’un rapport de la Cour des Comptes du plus préoccupant, jugeant le dispositif onéreux, mal planifié et, surtout, dont les objectifs s’avèrent flous et à géométrie variable selon l’actualité.
Ce constat contraste, presque en tous points, avec les retours élogieux concernant le dispositif de conscription choisie mis en œuvre par la Norvège et d’autres pays scandinaves, qui suscite à la fois l’adhésion de la jeunesse et des armées, au plus grand profit de la résilience nationale.
Se pose alors la question, de l’opportunité de remplacer un SNU peu efficace et onéreux, par un dispositif de conscription choisie, qui permettrait, pour un investissement identique, de renforcer le format des Armées, d’améliorer le recrutement des postes d’active et de la Garde Nationale, et d’accroitre, significativement, la résilience de la Nation, au sens large du terme ?
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La cour des comptes publie un rapport très critique sur le Service National Universel
Né d’une des promesses de campagne du candidat Macron lors des élections présidentielles de 2017, pour remettre en place un service national, le SNU a été lancé dès 2019, avec l’objectif d’atteindre, pour 2027, son plein potentiel.
Faut-il remplacer le SNU par une conscription choisie en France ? 30
Toutefois, les objectifs de ce service national universel, tels que présentés initialement, se sont rapidement effacés face à la réalité d’intégrer une classe d’âge, soit 850 000 jeunes, à un dispositif général nécessitant des infrastructures, des moyens humains et des crédits qui n’existent pas.
Très tôt, le ministère des Armées a pris ses distances avec cette initiative, mettant en avant ses effectifs trop réduits et ses infrastructures bien trop limitées pour relancer une forme de service national obligatoire, comme durant la guerre froide.
C’est donc le ministère de l’Éducation Nationale qui récupéra la majeure partie du programme, alors que les objectifs évoluaient au gré de l’actualité et des attentes perçues de l’opinion publique. Ceux-ci se composent, aujourd’hui, d’un assemblage hétérogène d’objectifs souvent qualitatifs, comme « promouvoir la mixité sociale« , ou « améliorer la résilience de la Nation« , très difficiles, si pas impossibles, à quantifier.
Dès lors, aujourd’hui, même les personnes impliquées dans ce projet, peinent à en tracer les contours exacts. « Cette diversité d’objectifs a entretenu une incertitude sur l’ambition et le sens du SNU, se traduisant par des attentes diverses et contradictoires » indique ainsi le rapport de la cour des Comptes. En outre, deux des principaux objectifs, la mixité sociale d’une part, et l’engagement de l’autre, ne sont pas atteints, de l’avis de l’institution, alors même que le SNU n’en est qu’à sa forme simplifiée et réduite, uniquement fondée sur le volontariat.
Enfin, la Cour de Comptes interroge sur l’avenir de ce programme, qui couterait aujourd’hui autour de 3 000 € par jeunes pour les seules Phase 1 et 2 (en dehors de la Phase 3 d’engagement, donc), alors que les budgets pour son extension, estimés de 3 à 5 Md€, ne sont pas sécurisés, et que la construction des infrastructures et les recrutements nécessaires, ne sont pas même planifiés.
… pendant que les armées peinent à recruter et fidéliser leurs effectifs
Le rapport de la Cour des Comptes sur le SNU, fait naturellement écho aux difficultés rencontrées par les Armées, non seulement pour accroitre, mais aussi pour simplement maintenir leurs effectifs, y compris pour ce qui concerne la Garde Nationale, ce d’autant qu’il s’agissait d’un de ses objectifs premiers, tel qu’imaginé initialement.
Faut-il remplacer le SNU par une conscription choisie en France ? 31
En effet, en 2023, alors que les Armées devaient voir leurs effectifs croitre de près de 1.500 militaires d’active, celles-ci les ont vus, en fait, décroître de 2.500 militaires. Comme partout en Occident, les armées françaises souffrent de plusieurs maux concomitants, créant des tensions importantes dans le domaine des ressources humaines.
En premier lieu, elles peinent à recruter ou, plus précisément, à recruter les profils recherchés. Ainsi, sous l’effet de l’augmentation de la technicité demandée aux militaires, quels qu’ils soient, les armées doivent désormais recruter des profils plus poussés et mieux formés, qui sont aussi activement recherchés par le marché du travail.
En outre, les contraintes de la vie militaire, même si elles se sont sensiblement améliorées ces dernières années, découragent beaucoup de jeunes, qui préfèrent se tourner vers des carrières dans le privé ou vers la fonction publique.
Enfin, la sédentarité croissante des populations, entrainent une nette augmentation des profils inaptes médicaux, même si, là aussi, les armées ont ajusté leurs exigences pour ne pas se retrouver face à un mur, dans certaines spécialités en particulier.
Non seulement ont-elles du mal à recruter, mais les armées voient aussi le taux de renouvellement des contrats baisser ces dernières années, spécialement à l’issue du premier engagement. L’appétence du privé, en particulier de l’industrie, pour les personnes formées par les armées, entraine une certaine hémorragie de certains profils, qu’il est difficile d’endiguer, ce qui fait peser une importante pression sur le format des armées, ainsi que sur les pyramides des grades et des âges, particulièrement difficiles à équilibrer.
Le modèle de la conscription choisie, appliqué par les armées scandinaves, séduit en Europe
Les armées françaises sont loin d’être les seules à rencontrer ces problèmes de ressources humaines. Au contraire, elles sont même parmi les armées européennes et occidentales, qui résistent le mieux à cette menace.
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Plusieurs solutions ont été mises en œuvre par celles-ci, comme l’attribution de très fortes primes à la signature d’un nouveau contrat au sein des armées US, en particulier pour les spécialités les plus en tension, comme les codeurs informatiques ou les pilotes.
La Norvège a été la première à mettre en œuvre une nouvelle forme de conscription, répondant précisément aux besoins de ses armées. Pas question, en effet, en Norvège comme ailleurs, de revenir à une conscription obligatoire généralisée, les armées n’ayant ni les moyens humains, ni matériels, et pas davantage les infrastructures et les moyens budgétaires pour cela, qui plus est dans une période de fortes tensions internationales, comme aujourd’hui.
Pour répondre aux besoins de ses Armées, Oslo s’est donc tourné vers une nouvelle forme de conscription, appelée conscription choisie : si la conscription demeure obligatoire pour toute la classe d’âge, comme pendant la guerre froide, elle ne concernera, dans les faits, qu’une partie de celle-ci, en fonction des besoins et des moyens des armées.
La sélection des conscrits ne se fait pas par tirage au sort, comme le Draft américain en temps de guerre, mais directement par les armées elles-mêmes, sur les dossiers scolaires et péri-scolaires des jeunes, ainsi que sur l’acte, ou non, de volontariat.
Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défense, s’est rendu en Suède en 2024 pour observer la Conscription choisie mise en oeuvre dans le pays.
Introduite en 2015, cette forme de conscription concerne, en 2024, autour de 9000 jeunes norvégiens, soit 10 % de la classe d’âge, tous ou presque des volontaires. En effet, dans le pays, la conscription est devenue un sésame précieux à la fin des études, pour justifier de son appartenance à une certaine élite, et les volontaires sont plus nombreux que les places disponibles.
La Suède et le Danemark ont mis en place, eux aussi, une forme conscription choisie dans les années ayant suivi l’exemple norvégien, avec des retours tout aussi prometteurs. D’autres pays européens, y compris l’Allemagne, envisagent désormais d’y avoir recours, pour renforcer les effectifs de leurs armées.
Doit-on investir les 3 à 5 Md€ du SNU dans une conscription choisie pour renforcer les effectifs des armées ?
La comparaison des deux modèles, le SNU français, d’un côté, la conscription choisie scandinave, de l’autre, ne plaide évidemment pas en faveur du premier. Non seulement la conscription choisie vise-t-elle des objectifs parfaitement identifiés, au bénéfice des armées et de la résilience nationale, mais elle s’inscrit dans un modèle parfaitement adaptable et maitrisé, qui en garantit la pérennité et l’efficacité, y compris budgétaire.
Se pose, alors, la question du bienfondé du SNU, une fois sa dimension purement symbolique et politique écartée, et surtout, de l’opportunité de le remplacer par une conscription choisie qui, elle, serait performante sur de nombreux aspects, y compris ceux qui, aujourd’hui, sont vaguement identifiés comme étant les objectifs du SNU.
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En effet, le SNU, dans sa forme actuelle, constitue un crible potentiellement efficace pour permettre aux armées de « choisir » les profils à retenir pour cette conscription d’une durée suffisante pour s’avérer efficace du point de vue militaire, c’est-à-dire au moins 10 à 12 mois.
Il constitue, en outre, le cadre adapté pour permettre aux armées de dialoguer avec la jeunesse, et présenter les fonctions du conscrit, une fois choisi, le cas échéant, de façon valorisante, avec l’objectif de créer, rapidement, la même dynamique volontaire que celle observée en Scandinavie.
Enfin, le budget prévu pour le SNU par la Cour des Comptes, de 3 à 5 Md€, s’avère largement suffisant pour le convertir en conscription choisie portant sur plusieurs dizaines de milliers de conscrits chaque année, y compris en tenant compte des infrastructures à construire pour cela, avec une progressivité des dépenses correspondant aux contraintes budgétaires françaises actuelles.
Les 3 atouts de la conscription choisie
Évidemment, un tel basculement ne se ferait pas sans résistance. De la part du ministère de l’Éducation nationale, d’abord, assez peu connu pour sa coopération apaisée avec les armées. Mais aussi de la part des militaires, eux-mêmes, qui, en dépit de leurs difficultés à recruter, expriment souvent leurs fortes réticences à devoir restructurer leurs forces pour former et encadrer des conscrits ne restant qu’une année sous les drapeaux. Ce fut aussi le cas concernant les réservistes pendant longtemps et jusqu’il y a peu, cela dit.
Pourtant, la conscription choisie offre des atouts significatifs, susceptibles de séduire jusqu’aux plus rétifs, une fois correctement définie et bordée.
Progressivité et adaptabilité de la montée en puissance des effectifs
L’atout premier de la conscription choisie, est qu’elle permet une montée en puissance progressive et maitrisée des effectifs, sans remettre en question son propre modèle. Chaque année, en effet, les armées expriment leurs objectifs de conscription en termes de profils quantifiés, en fonction de leurs besoins, mais aussi de leurs moyens, qu’il s’agisse de personnels d’encadrement et de service (administratif, santé…), d’infrastructures, ainsi que de moyens militaires.
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La conscription choisie vise, en effet, à former des militaires efficaces, susceptibles d’être employés de manière opérationnelle le cas échéant. Les armées doivent donc, comme c’était le cas avec le service militaire historique, être en mesure de former et d’entrainer leurs recrues, ce qui suppose de disposer de l’ensemble des moyens nécessaires à cette mission, y compris les armements et équipements militaires.
Dans un contexte budgétaire contraint, l’acquisition et le déploiement de ces moyens, ne pourra être que progressif, ce qui exige que le nombre de conscrits le soit également, pour en optimiser l’efficacité.
Des volontaires au profil requis pour répondre aux besoins des armées
Le second atout de la conscription choisie, repose précisément sur sa spécificité, la sélection des profils. Cette fonctionnalité permet, aux armées, de retenir les profils qui répondent le mieux à leurs besoins, et qui seront les plus efficaces dans leurs fonctions, notamment en termes d’adaptation aux exigences militaires.
Dans ce domaine, le volontariat jouera un rôle déterminant, sans être absolu. Il convient, ainsi, de garder à l’esprit que le taux d’abandon, lors des premiers jours, ou des premières semaines, des contrats d’engagement dans les armées, sont souvent, si pas élevés, tout au moins significatifs.
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Cette approche permet surtout d’écarter les profils qui poseront des problèmes d’adaptation, de disciplines ou de comportement, et viendront détériorer l’efficacité du dispositif lui-même, comme c’était fréquemment le cas dans les unités constituées de conscrits, dans les années 80 à 90, avant que le Service Militaire soit suspendu.
Renforcer la porosité entre la jeunesse et les armées pour améliorer le recrutement de l’active et de la Garde Nationale
Enfin, cette sélection contribuera, comme en Scandinavie, à créer un sentiment positif vis-à-vis des armées, qui contribuera lui-même à accroitre leur attractivité auprès des jeunes, en amont de la conscription, tout comme en aval, pour rejoindre l’active ou la Garde nationale.
Cette dimension tendra également à améliorer l’image des armées dans la société civile, tout en étendant sensiblement, une fois que le dispositif aura atteint son régime de croisière, la porosité entre ces deux entités qui forment la Nation.
Ce d’autant que, efficacement articulée, la sélection des conscrits pourra participer efficacement à l’objectif de mixité sociale, cher au SNU, tout en conservant une certaine dimension « d’élite », articulée non sur l’origine sociale ni même, exclusivement, sur les résultats scolaires, mais sur l’acte de volontariat, l’implication dans la vie de la société, et dans le respect des institutions.
Conclusion
On le voit, si le SNU, sans grande surprise, s’avère un dispositif décevant, peu efficace et consommateur de deniers publics, il peut, en revanche, être transformé avantageusement pour former le socle d’une conscription choisie qui, elle, répondrait à des besoins bien identifiés, au profit de la résilience des armées, et avec elles, de la Nation, dans un contexte sécuritaire international qui ne cesse de se détériorer.
Le lieutenant Bertrand présente le métier d’operateur de prise de vue en opération. Stand défense sur le salon européen de l’éducation, les 3 armées sont représentées pour informer ou recruter des étudiants. 21 novembre 2013 à Paris porte de Versailles.
Outre le renforcement immédiat des effectifs des armées, la conscription choisie permettrait, très probablement, d’améliorer le recrutement pour les postes d’active, comme c’était le cas du Service militaire précédent, ainsi que de la Garde Nationale, et ainsi accroitre la sécurité du pays.
Enfin, la conscription choisie peut participer à recréer un lien plus étroit entre les armées et la jeunesse, et après elle, avec une partie significative de la société civile, qui l’aura pratiqué de l’intérieur, pour mieux en comprendre le fonctionnement et les besoins, de sorte à redonner aux questions de Défense, la place qui devrait être la leur, dans le débat public et politique.
Pour autant, la conscription choisie, en ayant perdu son caractère universel faussement égalitaire, aura certainement du mal à convaincre, en France, une classe politique et une opinion publique arcboutée, parfois, sur certains grands principes déconnectés de la réalité, mais dont l’audience publique fait encore recette.
Que ce soit en mer Rouge, ou en Ukraine, les drones d’attaque se sont imposés comme des munitions clés dans les conflits récents, volant occasionnellement la vedette aux missiles tactiques qu’ils complètent, et parfois même remplacent.
Bien plus économiques et rapides à produire que des missiles comparables en termes de portée, ces drones tactiques s’avèrent, en outre, généralement beaucoup moins onéreux que les munitions antiaériennes employées pour les intercepter, créant un déséquilibre totalement nouveau dans l’équation de la guerre aérienne.
Une entreprise américaine, Anduril, a parfaitement su anticiper cette évolution. Créée en 2017, cette startup est aujourd’hui valorisée 15 Md$, grâce à quelques modèles de drones et de drones d’attaque, comme la munition rôdeuse Altius, le drone de combat Fury, ou le drone sous-marin Dive-LD, tous ayant suscité un grand intérêt de la part des armées américaines.
Anduril a présenté un nouveau concept, cette semaine, visiblement très inspiré des retours d’expériences en Ukraine et en mer Rouge. La gamme de drones Barracuda, se compose ainsi de différents modèles de drones de taille croissante, destinés à emporter des charges utiles, elles aussi, croissantes, sur des distances de plus en plus élevées.
Surtout, dans sa déclinaison-M, le Barracuda se transforme en drone d’attaque, offrant toutes les vertus des missiles tactiques, du missile antichar au missile de croisière à longue portée, pour un prix sans commune mesure avec ceux-ci.
Sommaire
Anduril, le vainqueur surprise de la première tranche du programme CCA de l’US Air Force
La jeune entreprise de Costa Mesa, en Californie, s’était déjà fait remarquer ces dernières années, en participant à plusieurs programmes clés des armées américaines et de la DARPA, notamment avec la famille de drone Altius. Nombreux étaient ceux, dès lors, à prédire un avenir rempli de succès à Anduril.
l’Altius d’Anduril a été employé par plusieurs programme de l’Air Force Research Labs, et la Darpa. Il est ici largué d’un XQ-58A Valkyrie.
Toutefois, bien peu avaient effectivement prévu que la startup californienne s’imposerait, aux côtés du spécialiste des drones General Atomics, dans la compétition pour concevoir les drones de la première tranche du programme Collaborative Combat Aircraft, ou CCA.
Celui-ci s’avère, en effet, l’un des programmes les plus décisifs pour l’US Air Force, dans sa transition vers l’intégration des drones de combat dans son dispositif de guerre aérienne. Il est à ce point essentiel pour l’USAF, que celle-ci a préféré le préserver, quitte à mettre en danger le programme NGAD de chasseur de 6ᵉ génération, lorsque des impasses budgétaires sont apparues en juin 2024.
Ce fut donc une surprise, lorsque l’Air Force confia une partie aussi déterminante de ses technologies à venir, à une jeune startup, alors que les trois grands avionneurs, Lockheed Martin qui a conçu le F-22 Raptor et le F-35 Lightning II, Northrop Grumman à l’origine du B-2 Spirit et du B-21 Raider, et Boeing, concepteur du F/A-18 E/F Super Hornet et du F-15EX Eagle II, étayent tous dans les rangs.
Anduril présentera, à l’occasion de l’Air Force Conférence, qui se tiendra la semaine prochaine, son drone combat Fury destiné au programme CCA, aux côtés du XQ-67 de General Atomics, six mois seulement après avoir été désignés vainqueur de cette première compétition.
Avec les drones Barracuda, Anduril forge le chainon manquant entre les drones d’attaque et les missiles tactiques
Si l’avenir d’Anduril semble désormais assuré au travers du programme CCA de l’US Air Force, et des différents programmes liant l’entreprise aux autres forces armées américaines, celle-ci n’entend pas, en bonne startup qu’elle est, se reposer sur ses lauriers.
Drone d’attaque Barracuda-250 de Anduril
L’entreprise vient, pour cela, de présenter une toute nouvelle gamme de drones, baptisée Barracuda. Celle-ci se compose de 3 modèles aux performances croissantes : le Barracuda-100 d’une portée de 100 à 150 km et transportant 15 kg de charge utile ; le Barracuda-250, portant à 270 à 350 km en fonction de l’altitude et la vitesse de lancement, pour 15 kg de charge utile ; et enfin, le Barracuda-500, transportant 50 kg de charges utiles jusqu’à 900 km.
Les trois modèles sont propulsés par un petit turboréacteur pouvant les amener jusqu’à une vitesse subsonique élevée, et utilisent un système de navigation inertiel et GPS, ainsi qu’un système optique ou laser pour le guidage final.
Selon le modèle, le Barracuda est conçu pour être aérotransporté par un avion de combat ou un hélicoptère, ou être lancé du sol ou de la surface, à partir d’un système lance-missile. Le Barracuda-100 a ainsi des dimensions et un système de lancement et d’accroche comparables à ceux du missile Hellfire employé par les hélicoptères d’attaque et les drones MALE américains, comme l’AH-64 Apache et le MQ-9 Reaper.
Le Barracuda-250, lui, peut prendre place dans la soute à munition du F-35, voire être mis en œuvre par les systèmes HIMARS. Quant au Barracuda-500, il peut être transporté comme un missile de croisière ou un missile antinavire par un avion de combat, mais aussi par des avions de transport comme le C-130 sous forme de palettes, pour un largage en essaim.
De fait, bien que conçus comme des drones d’attaque, les Barracuda d’Anduril peuvent se substituer, dans de nombreux cas, mais pas dans tous, aux munitions plus conventionnelles, comme les missiles tactiques, les missiles de croisières ou les bombes planantes guidées.
Des munitions plus versatiles, plus économiques et plus rapides à produire que les missiles modernes
Remplacer un missile par un drone n’a, en soi, qu’un intérêt limité, parfois même uniquement sémantique. Cependant, le concept, imaginé par Anduril, ne se réduit pas à une simple famille de drones d’attaque plus ou moins performants ou polyvalents.
Anduril propose, autour du Barracuda, un implantation indsutrielle complete conçue pour répondre à la demande des armées en cas de conflit.
La startup californienne propose, en effet, non pas des munitions à longue ou très longue portée, mais une offre industrielle complète, pour produire en grande quantité, rapidement, et à prix réduits, les drones de la famille Barracuda.
Cette approche résulte directement de l’observation des contraintes rencontrées par les armées et industriels américains et européens, lorsqu’il fallut soutenir l’Ukraine contre la Russie, au-delà de quelques semaines, mais aussi lors des différents wargames simulant le théâtre pacifique, mettant en évidence la difficulté, pour les armées occidentales, de combattre, une fois les stocks initiaux de munitions épuisés, après quelques jours seulement d’engagement.
En effet, la nature même des munitions tactiques de précision employées jusqu’ici, comme les missiles de croisière, interdit toute production de masse, tant ses systèmes sont complexes et onéreux à assembler.
À l’autre bout de l’offre, se situent les drones d’attaque à longue portée, comme le Shahed-136, baptisé Geranium-2 dans sa version modifiée russe. Celle-ci est produite à 500 exemplaires par mois par l’unique usine russe qui l’assemble, contre seulement 20 à 30 missiles de croisière, et moins d’une dizaine de missiles balistiques par l’ensemble de l’industrie de défense russe.
La Russie produit autour de 500 nouveaux droens d’attaque à longue portée Geranium-2 chaque mois.
Bien évidemment, le potentiel opérationnel d’un Iskander-M et d’un Shahed sont très différentes. Toutefois, en bien des domaines, le drone d’attaque s’avère aussi efficace qu’un missile, sans en avoir les contraintes ni les couts, alors que ses caractéristiques permettent d’imaginer des cas d’usage innovants, comme les essaims.
Le pari fait par Anduril avec la gamme Barracuda, est donc d’employer des drones d’attaque en lieu et place de missiles, à partir des mêmes vecteurs que ceux qui lancent les missiles aujourd’hui, dans une offre industrielle globale garantissant la soutenabilité de la production pour répondre aux besoins des armées, y compris au combat : homme affamé, poisson vs apprendre à pêcher…
Les attaques de saturation au cœur des stratégies du XXIᵉ siècle
Les Barracuda, comme les Shahed et Geranium avant eux, vont permettre d’amener un grand nombre de munitions de précision, de taille et de rayon d’action variable, dans la profondeur du dispositif de l’adversaire, et de soutenir cet effort offensif dans la durée.
Cette approche permettra de saturer les défenses aériennes adverses, soit en augmentant le nombre de munitions lancées simultanément contre une même cible, aussi bien défendue soit-elle, soit en augmentant le nombre de cibles visées au même moment. Dans les deux cas, les défenses aériennes de l’adversaire, seront mises à mal.
Le Barracuda-100 à des dimension et des systèmes d’emport et de larguage très proches de ceux du missile Hellfire.
L’offre industrielle, accompagnant les Barracuda d’Anduril, doit permettre de remplacer, dans la durée, les munitions employées au combat, pour empêcher qu’une rupture de capacités ne se produise, comme ce fut le cas pour les armées ukrainiennes à partir de l’été 2023, après qu’elles ont consommé leurs propres stocks de munitions d’artillerie et d’aviation.
En amont du conflit, elle permettra, surtout, de produire et stocker un grand nombre de munitions, que ce soit pour s’assurer de maintenir une intensité de frappes élevée dans la durée de l’engagement, ou, au contraire, pour effectuer des premières frappes massives destinées à amoindrir immédiatement les capacités de résistance et de riposte de l’adversaire, et limiter ainsi la durée du conflit.
Une inversion inédite de l’équation technologique et économique de la guerre aérienne
L’arrivée massive des drones d’attaque dans les arsenaux militaires mondiaux, ne va pas se réduire à n’ouvrir que quelques nouvelles perspectives en matière de frappes préventives et de pérennité de la puissance de feu. En effet, ceux-ci vont, également, profondément bouleverser la nature même de la guerre aérienne, et de l’équation qui la sous-tend.
Les drones d’attaque posent, à ce sujet, un problème pour l’heure, sans solution, concernant l’équilibre entre les moyens offensifs et défensifs. Jusqu’ici, pour faire face à la menace aérienne, il fallait déployer des capacités sol-air très performantes à base de missiles, des capacités sol-air moins performantes, mais beaucoup plus nombreuses à base de canons, ou s’en remettre à d’autres avions.
Les systèmes d’artillerie antiaériens canons*missiles, comme le Pantsir russe ou le Skyranger 30 allemand, s’avèrent très efficaces pour protéger certaines infrastructures. leur prix, et leur empreinte indsutrielle et humaine, empeche toutefois qu’ils puissent être considérés comme une solution adaptée aux attaques de saturation par drones d’attaque.
Dans tous les cas, l’équation entre les couts de destruction d’une cible aérienne, et les couts de la cible elle-même, s’avéraient plus ou moins équilibrés, ou, tout du moins, du même ordre de grandeur. C’est précisément cet équilibre qui est largement remis en question par l’arrivée de ces drones d’attaque.
Ne coutant, pour le Shahed, que quelques dizaines de milliers de $, ils sont, le plus souvent, plus de dix fois moins chers que les missiles employés pour les arrêter. Ce faisant, même lorsque chaque missile sol-air fait mouche, les écarts de couts s’avèrent insoutenables pour le défenseur.
Et ce n’est pas tout ! En effet, comme les missiles de croisière, les missiles antiaériens sont complexes et onéreux à produire, et ne sont donc livrés qu’en relatives petites quantités aux armées, sans qu’il soit possible d’accélérer cette production de manière soutenable au-delà d’un certain seuil.
Les systèmes antiaériens balistiques, comme les canons, ou à énergie dirigée, comme les laser et canon à micro-onde, s’avèrent bien plus efficaces dans le rapport entre le cout de l’interception, et le cout de la cible à détruire. Toutefois, ces systèmes sont lourds, onéreux à produire, et surtout, ils ne sont efficaces qu’à courte portée, de l’ordre de quelques kilomètres.
S’ils peuvent être adaptés pour défendre une ligne d’engagement, ou certaines infrastructures critiques, ils s’avèrent, en revanche, impossible de les déployer en nombre suffisamment pour protéger l’ensemble des cibles accessibles dans la profondeur du territoire à la portée de ces drones. En outre, ils s’avèrent peu efficaces contre des cibles rapides et manoeuvrantes, comme les missiles traditionnels.
La saturation par l’utilisation de drones d’attaque va rapidement devenir une stratégie majeure pour la plupart des armées mondiales.
Dès lors, aujourd’hui, il n’existe pas de solution technologique, efficace et soutenable, à la menace que vont faire peser les drones d’attaque, dans les années à venir, sur les cibles militaires et civiles. Reste à voir si, effectivement, ce déséquilibre est appelé à s’atténuer avec le temps, avec l’apparition de nouvelles technologies (drones d’interception ? laser/canon aéroportés ?…).
Dans le cas contraire, les drones d’attaque rejoindront les seules armes dont il n’est possible de se prémunir qu’en les mettant soit-même en œuvre, pour constituer une force de dissuasion. Elles ont été rassemblées dans un acronyme devenu célèbre pendant la guerre froide : NRBC (Nucléaire, Radiologique, Bactériologique, Chimique).
Après le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe, le Rafale pourrait bientôt débarquer sur le continent sud-américain. Plusieurs forces aériennes sud-américaines doivent, en effet, moderniser leurs flottes de chasse plus ou moins rapidement, et le Rafale est souvent cité, par la presse locale, comme l’un des favoris, voire le favori de la compétition.
Jusqu’à présent, c’était la Colombie qui semblait représenter le potentiel le plus important à court terme pour l’avionneur français. Après s’être brouillé avec Jérusalem, Bogotá doit, en effet, rapidement remplacer les Kfir C10 formant actuellement sa flotte de chasse, alors que les industriels israéliens ont cessé d’assurer le soutien des appareils colombiens.
Selon toute vraisemblance, ce dossier devrait donc déboucher rapidement, sachant que le Rafale avait été initialement choisi par les forces aériennes colombiennes, en 2021, y compris face au Typhoon, qui lui est à nouveau opposé aujourd’hui, pour un contrat portant sur 18 appareils.
Toutefois, la Colombie pourrait bien ne pas être le seul, ni le premier pays sud-américain, à mettre en œuvre le chasseur français. En effet, les forces aériennes et les autorités péruviennes ont entamé la procédure pour remplacer les Mig-29, Su-25 ainsi que les 11 Mirage 2000P, et le Rafale serait, selon les confidences obtenues par la presse spécialisée, le grand favori dans ce dossier.
Sommaire
Les forces aériennes péruviennes doivent remplacer leur flotte de chasse
Les forces aériennes Péruviennes mettent en œuvre, aujourd’hui, une flotte de chasse composée d’appareils russes et français. En 1997, Lima avait fait l’acquisition de 21 MIG-29 et 18 Su-25 d’attaque, suivis, l’année suivante, par 3 Mig-29 supplémentaires, pour remplacer les Su-22 acquis dans les années 70, suite au coup d’État militaire du général pro-soviétique Álvaro, et pour épauler les 12 Mirage 2000P acquis en 1984 auprès de la France.
Il ne reste que 8 des 24 MIG-29 acquis en 1997-1998 par le Pérou, encore en service aujourd’hui
De cette flotte, ne reste aujourd’hui que 8 Mig-29 modernisés en 2008, 2 Su-25 et 11 Mirage 2000P, ainsi qu’une vingtaine d’avions d’attaque légers américains A-37 Dragonfly, datant des années 60.
Dès 2013, Lima entreprit de lancer des consultations en vue de moderniser cette flotte, le pays ayant plusieurs disputes territoriales, notamment avec le Chili. Plusieurs modèles ont été évalués, dont le Su-35s russe, l’Eurofighter européen et le Rafale français.
Rapidement, toutefois, la réalité des couts s’est imposée, pour un pays dont le PIB plafonne à 250 Md$ et l’ambition d’acquérir 60 chasseurs russes et 60 appareils européens, un temps évoquée, fut rapidement abandonnée.
Depuis, les forces aériennes péruviennes et le ministère de la Défense, ont poursuivi leurs évaluations, alors que, dans le même temps, la flotte de chasse du pays se réduisait inexorablement, en particulier concernant les appareils russes.
Le projet de budget 2025 des armées péruviennes intègre le financement pour l’achat de 24 nouveaux avions de chasse
Après 10 années de négociations à bas bruits, le dossier de la modernisation de la flotte de chasse péruvienne est revenue, depuis quelques mois, sur le devant de la scène. Afin de répondre à cette situation, le général Carlos Enrique Chàvez Cateriano, Commandant en chef des forces aériennes péruviennes, avait annoncé le lancement d’une compétition internationale, il y a quelques mois, en vue de moderniser cette flotte.
Le Mirage 2000P conitnue de porter, en grande partie, la sécurité du Ciel péruvienne, en particulier autour de la triple frontière avec le Chili et la Bolivie.
Plusieurs appareils ont été évalués par Lima : le F-16 américain, le JAS 39 Gripen suédois, et le Rafale français. En outre, des discussions auraient été lancées avec la Corée du Sud, au sujet du KF-21 Boramae, avec l’ambition affichée, pour Lima, d’une coproduction locale.
L’annonce faite, à ce sujet, en juillet 2024, ne donnait que très peu d’informations. On en sait désormais plus, alors que le ministre de la Défense péruvien, le général Walter Astudillo Chàvez, a informé la Commission de la Défense nationale du Congrès, que le projet de budget 2025 pour les armées, intégrait le financement du programme pour la modernisation de la flotte de chasse Péruvienne.
Ainsi, l’objectif visé par ce programme, est d’acquérir « 24 avions de chasse de pointe (modernes) », de sorte « disposer d’un niveau de dissuasion important dans la région », selon le ministre Astudillo Chàvez, face à cette même commission, il y a quelques jours.
Le Rafale français donné favoris face au F-16 et au Gripen au Pérou
Selon les confidences obtenues par les correspondants locaux du site spécialisé infodefensa.com, le Rafale de Dassault Aviation serait unanimement considéré comme le favori de cette compétition.
En effet, selon le site, le F-16 américain souffrirait, aux yeux des militaires péruviens, des contraintes d’utilisation imposées par Washington, mais aussi d’une conception monomoteur et d’une grande prise d’air ventrale, rendant le vol à très basse altitude plus dangereuse, notamment en raison du risque aviaire.
Le F-16 est jugé trop américain et inadapté au vol ç très basse altitude par les forces aériennes péruviennes.
Le JAS 39 Gripen E/F, quant à lui, souffre d’un prix élevé, pour un chasseur monomoteur, alors que, comme le F-16, il s’agit d’une évolution du Gripen des années 80, considéré par Lima comme équivalent au Mirage 2000P des forces aériennes péruviennes.
Il est enfin probable que les performances, et la fiabilité des Mirage 2000P, déployés sur la base aérienne de La Joya, à proximité de la triple frontière avec le Chili et la Bolivie, l’un des points les plus critiques du ciel péruvien.
En effet, après 40 années de service, les Mirage 2000 péruviens continuent d’assurer leurs missions avec efficacité et disponibilité, avec un taux d’attribution extraordinairement faible de seulement 8%, là où les deux tiers des Mig-29, les quatre cinquièmes des Su-25 acquis en 1997, ont déjà été retirés du service.
Nul doute que cette fiabilité, en plus de l’efficacité opérationnelle du M2000 qui demeure, aujourd’hui encore, un intercepteur des plus capables, auront joué en faveur du Rafale dans ce dossier.
Vers une commande échelonnée, comme en Indonésie, ou l’intégration de Rafale d’occasion, comme en Grèce ?
Pour autant, le choix du Rafale n’ira pas sans d’importants problèmes, pour Lima et les forces aériennes péruviennes. En effet, le projet de budget 2025 prévoit, pour ce dossier, une enveloppe de 7 580 millions de soles, soit un peu moins de 2 Md$.
La Croatie a acquis 12 Rafale B/C d’occasion portés au standard F3R, pour 1 Md€.
Bien évidemment, un tel budget est très insuffisant pour acquérir 24 Rafale neufs (mais aussi 24 F-16V ou 24 Gripen E/F neufs, d’ailleurs). Même en tenant compte d’un stock de munitions réduit, en raison d’un risque moindre, et un soutien plus limité, la création d’une flotte de 24 chasseurs modernes requiert un budget allant de 3,5 à 4 Md$.
Ce point n’aura certainement pas échappé aux militaires péruviens, d’autant qu’ils sont en relation permanente avec Dassault Aviation et la BITD aéronautique française (Safran, Thales, MBDA…) pour la mise en œuvre et l’entretien des M2000P.
Deux hypothèses peuvent donc être considérées à ce degré d’information. La première est que le budget 2025, ne couvre qu’une partie de la commande telle que visée par les forces aériennes péruviennes, et qu’un second volet, d’un montant identique, interviendra ultérieurement, pour compléter la commande et atteindre le format de 24 chasseurs.
Ce fut notamment cette procédure qui fut appliquée par Jakarta pour décomposer la commande de 42 Rafale pour les forces aériennes indonésiennes, en trois lots permettant de respecter le financement annuel des programmes de défense, et ses limites.
Pour la Grèce, les Rafale d’occasion offerts par la France consittiueaient aussi bien une solution budgétaire qu’une réponse à l’urgence pour tenir en respect Ankara, alors que les tensions étaient élevées en mer Egée.
La seconde hypothèse, qui ne peut être écartée, concerne une commande mixte, mêlant des appareils neufs et des appareils d’occasion, prélevés sur la flotte de Rafale des forces aériennes françaises.
Ce modèle avait été notamment employé pour la Grèce, qui avait un besoin urgent de Rafale face à la menace turque en mer Égée. La France avait alors accepté de transférer 12 Rafale B/C (dont six offerts et six vendus d’occasion) prélevés sur l’inventaire de l’Armée de l’Air et de l’Espace, aux forces aériennes helléniques, après avoir été modernisés au standard F3R par Dassault, alors qu’Athènes commandait, par ailleurs, six Rafale neufs, puis six autres appareils neufs supplémentaires, quelques mois plus tard.
Le KF-21 Boramae doit encore murir avant d’intéresser les forces aériennes péruviennes
En juillet 2024, lorsque l’information concernant la modernisation de la flotte de chasse péruvienne était apparu, un autre appareil retenait également l’intérêt de l’état-major des forces aériennes du Pérou.
Ainsi, le nouveau KF-21 Boramae, le chasseur bimoteur de génération intermédiaire développé par la Corée du Sud, pour remplacer ses F-5 et ses F-16 les plus anciens, avait spécialement retenu l’attention de Lima.
Le KF-21 Boramae sud-coréen interesse le Pérou, mais seulement une fois qu’il aura fait ses preuves.
Non seulement le chasseur sud-coréen parait-il prometteur, en termes de performances et de capacités opérationnelles, et économique à l’achat, avec un prix d’acquisition estimé entre 60 et 80 m$, mais Séoul se montrerait particulièrement souple, en matière de compensations industrielles, pour soutenir l’exportation de son premier avion de combat.
Ceci laissait envisager, par le ministère de la Défense péruvien, une possible coopération industrielle autour de l’appareil, en profitant de la distance prise par Jakarta avec ce programme, précisément pour se tourner vers le Rafale français.
Si l’hypothèse Boramae demeure vivace aujourd’hui, il semblerait, selon les informations obtenues par infodefensa.com, que celle-ci soit envisagée à plus long terme par Lima, l’appareil devant encore faire la preuve de son efficacité, de sa fiabilité et de sa pérennité, avant que le Pérou ne s’engage dans ce dossier.
On notera, à ce sujet, que la flotte de 24 chasseurs envisagée par l’état-major pour le budget 2025, équivaut à la flotte de chasse péruvienne du moment. On comprend, dès lors, que l’hypothèse KF-51 est encore très floue et distante pour les forces aériennes péruviennes.
Vers un 6ᵉ opérateur international du Mirage 2000 s’étant tourné vers le Rafale ?
Un arbitrage de Lima en faveur du Rafale, constituait un nouveau stratégique pour Dassault Aviation, et ce, à plus d’un titre. D’abord, cela permettrait à l’avionneur français de reprendre pied avec le Rafale en Amérique du Sud (sauf si la Colombie se décide avant), après l’échec retentissant du Rafale au Brésil en 2011, au profit du JAS 39 Gripen E/F suédois.
5 des 8 clients exports du Mirage 2000, dont les EAU (ici un m2000-9 émirati), se sont déjà tournés vers le Rafale
L’Amérique du Sud constitue, en effet, un vase d’expansion stratégique pour l’avionneur français dans les années à venir, alors que plusieurs des forces aériennes de ce continent vont devoir moderniser leurs flottes de chasse dans les années à venir.
Surtout, le Pérou serait le 6ᵉ pays à se tourner vers le Rafale, pour remplacer ses propres Mirage 2000. Ce dernier avait été exporté vers 8 pays dans le monde (Brésil, EAU, Égypte, Grèce, Inde, Qatar, Pérou, Taïwan), soit un taux de fidélisation de 75 % exceptionnel pour l’avionneur français, ce d’autant que la France refuse désormais d’exporter des armements majeurs vers Taïwan, pour ne pas provoquer Pékin.
Par ailleurs, l’échec au Brésil, est le fait d’une gestion désastreuse du dossier par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, alors que Brasília s’était déjà prononcé en faveur de l’avion français, mais de manière officieuse.
Considérant qu’aujourd’hui, quatre des utilisateurs du Rafale (Égypte, Grèce, Inde et Qatar) ont commandé (ou vont le faire très bientôt, pour l’Inde), des lots supplémentaires d’appareils, on comprend que les chasseurs de Dassault Aviation sont, aujourd’hui, et de loin, les meilleurs VRP pour le Rafale aujourd’hui, et pour le SCAF, demain, le cas échant.
Conclusion
Une nouvelle fois, donc, les informations en provenance de Lima, mettent en avant une probable commande de chasseurs Rafale français pour les forces aériennes péruviennes, notamment pour remplacer la flotte de Mirage 2000P, en service depuis le milieu des années 80.
Le Rafale F5 et le drone de combat dérivé du Neuron, tous deux prévus pour le début des années 2030, redonneront une dynamique incontestable à l’offre de Dassault sur la scène internationale.
Le dossier, tel que présenté aujourd’hui, apparait loin d’être bouclé, tant l’écart est important, entre le budget de 2 Md$, prévu à ce sujet par le ministère de la Défense en 2025, et l’objectif affiché d’acquérir 24 appareils.
Toutefois, des alternatives existent, qu’il s’agisse de commandes échelonnées, comme ce fut le cas pour l’Indonésie, ou la possibilité d’intégrer des appareils d’occasion dans la flotte pour en diminuer le prix, comme se fut fait pour la Grèce.
Dans tous les cas, un arbitrage de Lima en faveur du Rafale, constituerait un nouveau succès stratégique pour Dassault Aviation et l’ensemble de la Team Rafale, et contribuera à sécuriser le carnet de commande et l’activité de l’ensemble de la BITD aéronautique française, alors même qu’en France, des incertitudes subsistent concernant le respect de la LPM 2024-2030, sur fond de crise de la dette, et de fortes tensions politiques intérieures.
Alors que les autorités communiquent activement au sujet de l’exercice naval Ocean-2024, qui rassemblerait, selon la Marine russe, 400 navires, 125 avions et 90.000 hommes, il semble, comme évoqué dans la première partie de cet article, que celle-ci souffre de certaines faiblesses majeures, venant faire douter des chiffres annoncés par Moscou.
Après avoir étudié, de manière détaillée, la flotte sous-marine des VMF, cette seconde partie va se concentrer sur la flotte de haute mer, la flotte côtière, ainsi que sur les grands programmes industriels, supposés permettre de renouveler les moyens de la Marine russe.
Sommaire
La flotte de haute mer russe en perte rapide de moyens et de compétences
Si la flotte sous-marine russe demeure une menace importante, y compris pour l’OTAN, ce n’est plus le cas de la flotte de surface de haute mer. Celle-ci se compose, en effet, aujourd’hui, d’un assemblage disparate et vieillissant de navires, pour l’essentiel hérités de la flotte soviétique, péniblement modernisés par les chantiers navals russes, dotés d’une disponibilité médiocres et de capacités opérationnelles parfois obsolètes, alors que les nouvelles unités se font toujours attendre.
Croiseur Amiral Nakhimov lors de sa modernisation
Concrètement, la flotte de haute mer russe se compose, aujourd’hui, d’un porte-avions, le Kuznetzov, au statut à ce point incertain que son équipage a été en partie déployé en Ukraine comme une unité d’infanterie de Marine, d’un unique croiseur nucléaire, le Piotr Veliky, dont la modernisation est repoussée depuis huit ans, au fur et mesure que celle de son sister-ship, l’Admiral Nakhimov, traine en longueur, et de deux croiseurs de la classe Slava, des navires dont l’efficacité opérationnelle a été fortement compromise après la perte du Moskva, troisième unité de la classe, lors des premiers mois de combat en Ukraine.
Ces trois classes formaient, pourtant, le fer de lance de la puissance navale russe au début des années 90, sous l’impulsion des réformes engagées dans les années 60 par l’amiral Gorshkov, pour doter l’Union Soviétique d’une flotte de haute mer susceptible de s’opposer à l’US Navy, à la suite de ce qui fut ressenti comme une défaite par les VMF, lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962.
Cette transformation entrainera la création de plusieurs classes emblématiques de la Marine soviétique des années 80, comme les croiseurs nucléaires Kirov, les croiseurs porte-hélicoptères Kiev, les croiseurs lance-missiles Slava, les destroyers Udaloy et Sovremenny, et les frégates Krivak.
Force est de constater, aujourd’hui, que ce sont toujours ces navires qui forment l’essentiel de la flotte de surface de haute mer russe. Ainsi, outre les navires précédemment cités, la Marine russe aligne 10 destroyers, dont 8 Udaloy anti-sous-marins et 2 Sovremenny, tous entrés en service de 1982 à 1993, à l’exception de l’Admiral Chabanenko, le dernier Udaloy livré en 1999, alors que la finition du navire avait été interrompue plusieurs années après la chute de l’Union soviétique.
La situation est sensiblement différente concernant les 10 frégates en service, même si, parmi elles, figurent une Krivak I (pr 1135 Burevestnik), le Ladny, entrée en service en 1980, et une Krivak II (Pr 1135M), le Pilivyy, entrée en service en 1981.
Frégate Admiral Gorshkov lors des essais du missile hypersonique 3M22 Tzirkon
Le reste de la flotte est composé de deux frégates de 4300 tonnes de la classe Neustrashimyy, entrées en service en 1990 et 2009, de trois frégates classe Admiral Grigorovish de 3800 tonnes, entrées en service en 2016 et 2017, et de 3 frégates de 5300 tonnes classe Admiral Gorshkov, entrées en service en 2018, 2020 et 2023.
Outre les unités de surface combattantes, la Marine russe met également en œuvre une flotte de 17 navires de débarquement de type LST (Landing Ship Tank), pour les opérations amphibies.
À l’exception des deux navires de 6600 tonnes de la classe Ivan Grene, entrés en service en 2018 et 2020, les 15 autres unités des classes Tapir (5000 t) et Ropucha (4000 t), sont toutes entrés en service de 1968 à 1991, et s’avèrent vulnérables aux menaces modernes, comme l’ont montré les attaques de drones ukrainiens ayant gravement endommagé trois d’entre elles.
On le voit, la flotte de haute mer russe, aujourd’hui, n’est plus que l’ombre de ce que fut la flotte soviétique dans les années 80, alors même qu’elle met en œuvre, pour l’essentiel, les mêmes navires, partiellement modernisés seulement, et incontestablement vétustes.
Il apparait surtout que les seuls navires modernes livrés ces 25 dernières années, s’avèrent être des frégates relativement compactes, ou deux LST aux performances et comportements largement contestés par les marins russes eux-mêmes.
Ceci fait apparaitre d’importants problèmes en matière de construction des unités de surface de plus de 6000 tonnes. Il est donc probable, aujourd’hui, que la situation et les difficultés ne s’amélioreront pas, dans un avenir pas si proche, pour la flotte de haute mer de Moscou.
La « Mosquito Fleet » des corvettes de la Marine russe, un joker opérationnel à l’efficacité contestée en Ukraine
Conscient des difficultés rencontrées par les chantiers navals russes, pour construire de grandes unités de surface combattantes, la Marine russe a concentré ses efforts, durant les années 2000 et 2010, sur le développement d’une flotte importante de petites unités côtières lourdement armées, donnant naissance à ce qui a été qualifié de « Mosquito Fleet » par l’OTAN.
Corvette Buyan
Celle-ci se compose, aujourd’hui, de plus de 80 corvettes aux dimensions et performances très hétérogènes, allant des redoutables Gremyashchiy (pr 22085) de 2500 tonnes, mieux armées que beaucoup de frégates occidentales deux à trois fois plus lourdes, aux Tarantul de 500 tonnes, faisant office de vedettes lance-missiles antinavires côtières.
Les deux tiers de cette flotte sont composés de navires hérités de l’époque soviétiques, dont 19 Grisha (1982-1994), 8 Nanuchka (1987-1990), 19 Tarantul (1985-2003) et 6 Parchim (1986-1990).
Au début des années 2010, sur la base du modèle de corvette légère Buyan (3 exemplaires), la Marine russe conçu le projet 21631 Buyan-M. Ces navires de 950 tonnes, dont 11 exemplaires ont été livrés de 2014 à 2023, ont été armés de missiles de croisière Kalibr, d’une portée supérieure à 1500 km, ce qui permettait alors à Moscou de contourner les interdictions du traité INF sur les missiles à courte et moyenne portée en Europe, qui interdisait la détention et le déploiement de missiles de croisière sur lanceur terrestre d’une portée supérieure à 500 km.
Ainsi, les 4 Buyan-M de la flotte de la mer Noire, et les trois de la flotte de la Caspienne, ont activement participé, au début du conflit, aux frappes contre l’Ukraine, en employant leurs missiles Kalibr. Il est toutefois apparu rapidement que cette stratégie pouvait exposer les corvettes à des attaques ukrainiennes, et qu’elles s’avéraient, au final, assez peu efficaces, en comparaison des frappes de missiles lancés par les bombardiers russes.
Corvette Karakurt. Remarquez le système Pantsir-M
La vulnérabilité des Buyan-M a finalement dissuadé la Marine russe de persévérer en ce sens. Celle-ci met, désormais, l’accent sur la livraison des nouvelles corvettes légères Karakurt, des navires de 67 mètres et 800 tonnes, destinées à remplacer les Grisha et Nanuchka hors d’âge
Lourdement armées dans le domaine antinavire, avec deux systèmes UKSK VLS armé de 4 missiles Kalibr ou Oniks, elles disposent aussi d’un puissant armement antiaérien, antimissile et antidrone, avec un système Pantsir-M. Cependant, leur faible autonomie à la mer de 15 jours, les cantonnent à des missions de protection côtière et des infrastructures portuaires.
Lider, Super-Gorshkov, Ivan Rogov… : De nombreux programmes annoncés, mais au statut incertain
On le voit, si la Marine russe dispose de moyens significatifs, sans atteindre les chiffres évoqués concernant l’exercice Ocean-2024, ceux-ci révèlent, dans le détail, une réalité complexe très loin d’être homogène.
Ainsi, sa flotte sous-marine et sa flotte de corvettes, s’avèrent effectivement efficace et en plein renouvellement. La flotte de haute mer, elle, semble devoir n’évoluer que très lentement, étant contrainte à conserver, pour de nombreuses années encore, ses navires hérités de l’époque soviétique, à l’efficacité et la disponibilité devenues dangereusement basses.
Pourtant, en 2018, Vladimir Poutine avait lui-même annoncé un effort important destiné à moderniser la Marine russe, et cette composante de haute mer en particulier. De nombreux programmes avaient alors été présentés comme imminents, parfois par la Marine russe elle-même, à l’occasion de différents salons de l’armement naval mondiaux.
Maquette du destroyer Lider
Depuis, cependant, les informations au sujet de ces programmes, se sont faites de plus en plus rares, pour finalement disparaître du discours officiel russe ces trois dernières années. Le plus représentatif d’entre eux, était le destroyer lourd Lider, destiné à remplacer, selon le discours de l’époque, les croiseurs des classes Kirov et Slava.
Ce destroyer de 190 m et 19 000 t, à mi-chemin du croiseur, devait être doté d’une propulsion nucléaire, comme les Kirov, et d’un arsenal offensif et défensif qui en aurait fait l’unité de surface combattante la plus lourdement armée du moment, avec 64 silos UKSK pour missiles Kalibr, Oniks et Tzirkon, 56 silos pour un système antiaérien dérivé du S-500, et 16 silos Redut pour l’autodéfense. Plus aucune information officielle sur le Lider n’a été communiquée depuis 2020.
Il en est allé de même du destroyer projet 22350M Super Gorshkov. Dérivés des frégates 22350 Admiral Gorshkov, ces destroyers de 7000 à 8000 tonnes, armés de 12 systèmes VLS UKSK (48 silos pour missiles de croisière et antinavires), et de 32 silos Redut, devaient permettre de remplacer avantageusement une partie des destroyers Udaloy et Sovremenny, avec une puissance de feu deux fois plus élevée que les frégates de la classe Gorshkov.
À la suite de l’étude préalable qui se termina en 2019, la Marine russe cessa de communiquer sur ce navire, concentrant ses efforts sur des navires plus compacts, à la trajectoire industrielles mieux maitrisées et surtout moins onéreuses, comme les Gorshkov, ou les corvettes 22380/5.
Maquette de la frégate lourde 22350M Super-Gorshkov
Toutefois, l’exposition des chantiers navals Zaliv aux attaques ukrainiennes, aura, très certainement, fortement affecté, si pas arrêté, la construction de ces deux navires. En outre, la vulnérabilité des unités amphibies et grandes unités navales, aux missiles antinavires comme aux drones, démontrée par les ukrainiens en mer Noire, pourrait également avoir instillé le doute parmi les décideurs russes, quant à l’intérêt d’une classe de navires, par essence très onéreuse, pour une Marine russe qui n’est pas parvenue à prendre le contrôle de la mer Noire, malgré un avantage numérique et technologique incontestable.
Là encore, aucune information concernant le programme n’a plus été divulguée depuis 2021, exception faite de quelques informations « complémentaires » au sujet de la possibilité, pour le LHD, de transporter des drones, ou de servir de navire hôpital. Cela dit, il semble évident que la Marine russe n’a aucun intérêt à communiquer à son sujet, précisément parce que les navires sont censés être fabriqués à portée de tir des ATACMS et SCALP-EG ukrainiens.
LHD Ivan Rogov
Au final, aucun des grands programmes présentés à la fin des années 2010, pour former la relève des grandes unités de surface de la Marine russe, a fait l’objet de communications officielles depuis plus de trois ans maintenant. En outre, rien n’indique que des constructions de ce type aient été entreprises, ni au travers des analyses photographiques satellites des chantiers navals russes, ni au travers de clichés publiés par les Spotters sur les réseaux sociaux.
Il est donc probable qu’ils soient mis en sommeil, le temps de passer l’épreuve ukrainienne, voire qu’ils aient été purement et simplement annulés. Cependant, ces délais viendront handicaper, de manière évidente et sensible, le potentiel naval opérationnel de la Marine russe dans les années et décennies à venir, en particulier dans le domaine de la flotte de surface de haute mer, celui qui, précisément, permet de contrôler les espaces maritimes.
Conclusion
Nous voilà au terme de cette synthèse concernant la Marine russe, aujourd’hui, et son évolution probable dans les années à venir. Comme c’est souvent le cas, il est impossible de répondre à la question de départ, par une réponse simple et courte.
En effet, si la flotte de haute mer russe souffre de graves lacunes, et ne montrent aucun signe pouvant indiquer une amélioration prochaine dans ce domaine, sa flotte côtière, en revanche, a bien entamé sa transformation, avec des navires remarquablement armés qui devront, toutefois, démontrer leur efficacité au combat, et pas uniquement sur les tableaux Excel.
Buyan-M lançant un missile de croisière Kalibr
C’est bien, cependant, la flotte sous-marine russe, ou plutôt les flottes sous-marines, qui représentent, aujourd’hui, le bras armé de Moscou, sur et sous les océans. Ainsi, en dépit d’un PIB 35 % inférieur à celui de la France, et 12 fois plus faible que celui des États-Unis, la Russie va bientôt disposer d’une flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SSBN 3,5 fois plus importante que celle de la France ou de la Grande-Bretagne, et 15 % plus importante que celle de l’US Navy.
C’est aussi le cas dans le domaine des sous-marins nucléaires d’attaque et lance-missiles, SSN et SSGN, ne cédant qu’à l’US Navy dans ce domaine, et surclassant de 70 % le nombre de navires du couple franco-britannique. Enfin, les 21 sous-marins à propulsion conventionnelle russes, complètent ce potentiel opérationnel à moindre cout, pour rapprocher la flotte sous-marine russe, dans son ensemble, en nombre, des flottes chinoises et américaines, pour un pays infiniment moins riche et moins peuplé.
De toute évidence, Moscou et la Marine Russe, refont le même pari que celui qui fut fait dans les années 50 et 60, et qui permit à l’Union soviétique de relever le défi naval occidental, en concentrant ses efforts sur la flotte sous-marine et la flotte de bombardement naval.
Le risque, pour l’occident, est évidemment de se satisfaire de la faiblesse de la flotte de haute mer, et de se gausser de cette Mosquito Fleet, plus efficace qu’il n’y parait, pour oublier que cette menace sous-marine russe a le potentiel de considérablement entraver les liaisons transatlantiques, mais aussi transpacifiques et en Méditerranée, afin de menacer ses économies européennes sous respirateur énergétique et économique constant.
Frégate de lutte anti-sous-marine française classe Aquitaine
Alors que la lutte anti-sous-marine était devenue, pour une majorité de marines occidentales, y compris l’US Navy, une capacité secondaire face à la défense aérienne, antibalistique et anti-surface, il leur faudra de nombreuses années pour retrouver les navires et aéronefs spécialisés, et surtout le savoir-faire et le niveau de performances qui étaient le leurs, à la fin de la guerre froide, alors que la Royal Navy est passée de 30 frégates anti-sous-marines en 1990, à seulement 8 en 2030, et l’US Navy, de 56 O.H Perry et Knox à cinq Constellation, dans le meilleur des cas, à ces mêmes dates.
Plus que jamais, l’expertise de la Marine nationale, l’une des seules marines occidentales, si ce n’est la seule, à ne pas avoir baissé sa garde dans le domaine de la lutte anti-sous-marine, avec, en 2030, 13 frégates ASM, 16 Patmar, et leurs équipages formés, entrainés et aguerris, sera déterminante dans les années à venir, spécialement pour contenir la menace sous-marine russe.
La Marine russe a donné le départ, ce 9 septembre, de l’exercice naval général baptisé Ocean-2024. Bien qu’essentiellement centralisé autour de la flotte du Pacifique, celui-ci a l’ambition de démontrer l’efficacité et les capacités opérationnelles des VMF (Военно-Морской Флот pour Flotte militaire océanique), la Marine russe, sur presque la totalité des théâtres sur lesquels elle est engagée, à l’exception de l’Atlantique.
Comme toujours, les chiffres accompagnant la communication russe autour d‘un exercice majeur, peuvent impressionner, ainsi que sa dimension internationale, avec notamment la participation de la Marine chinoise.
Toutefois, ces chiffres masquent, dans de nombreux cas, une Marine russe en perte rapide de moyens et de compétences, qui peine à se renouveler dans certains domaines, et dont les arbitrages structuraux sont remis en question par la réalité des combats en Ukraine, mais qui, dans d’autres domaines, se révèle effectivement redoutable d’efficacité.
Que vaut donc, objectivement, la Marine russe aujourd’hui ? Doit-on la craindre, en occident, et dans quelle mesure est-elle une menace pour la sécurité européenne ? Comme souvent, la réponse à cette question ne peut pas se résumer en quelques mots seulement.
Sommaire
Exercice Ocean-2024 : Moscou annonce une démonstration de forces de la Marine russe du Pacifique à la Baltique
Depuis le lancement de l’exercice Ocean-2024, les médias russes internationaux, comme les agences de presse du pays, se veulent dithyrambiques autour des moyens déployés par les VMF, la Marine russe.
Exercice ocean-2024
Ainsi, selon la communication officielle du Kremlin, l’exercice rassemblerait 400 unités navales, 125 avions de combat, 7500 équipements militaires et 90.000 hommes. Outre la flotte du Pacifique, basée à Vladivostok, les flottes de la Caspienne, de la mer Noire et de la Baltique, participent également à cet exercice, ainsi que des unités navales déployées en Arctique et en Méditerranée.
Enfin, Moscou insiste, dans sa communication au sujet d’Ocean-2024, sur la participation de l’Armée Populaire de Libération, seule nation alliée à y avoir dépêché des moyens militaires, en l’occurrence, 3 navires et 15 avions, ce qui reste très modeste pour la Marine chinoise. Il semblerait, enfin, que 15 pays, non cités nommément, aient envoyé 32 observateurs internationaux pour suivre Ocean-2024.
De prime abord, donc, les chiffres avancés par Moscou peuvent impressionner. Ils sont faits pour cela, même s’il faut, pour y parvenir, exagérer quelque peu le trait. Ainsi, il convient de rappeler qu’aujourd’hui, la surpuissante US Navy, disposant d’un potentiel opérationnel incomparable avec la Russie, n’aligne pourtant que 382 navires de guerre dans son inventaire, et la Chine, seconde marine mondiale, un peu plus de 450.
La Marine russe, elle, aligne 418 unités navales, mais un tiers de ces navires est constitué de patrouilleurs légers, opérés par traditionnellement par les Gardes Cotes dans de nombreux pays, ainsi que de remorqueurs portuaires et de barges de débarquement, non décomptés par les autres forces navales. En outre, elle fait face, depuis de nombreuses années, à une très faible disponibilité de ses navires, ne lui permettant de déployer guère plus de quelques dizaines de navires à la mer simultanément.
Flotte de la mer Noire
De fait, il est fondamentalement impossible que 400 unités navales militaires russes aient pu être mobilisées pour participer à cet exercice, et il serait même surprenant que plus d’une cinquantaine de grandes unités navales y participent.
Les photos publiées par les médias russes ne montrent, d’ailleurs, pas une autre vérité, avec des flottilles relativement réduites, et composées essentiellement de corvettes et de navires légers, entourant une ou deux frégates ou destroyers.
Il convient donc de prendre avec beaucoup de réserve les chiffres avancés par la communication russe, concernant l’exercice Ocean-2024, et plus généralement, au sujet du potentiel opérationnel des VMF.
Mais que vaut, aujourd’hui, réellement, la Marine russe ? Et dans quelle mesure représente-t-elle un adversaire potentiel crédible, pour les États-Unis et le Japon, dans le pacifique, et pour les Marines européennes, dans l’Atlantique et en Méditerranée ? Pour répondre à cette question, il convient de décomposer la Marine russe en plusieurs capacités spécifiques : sa flotte stratégique, sa flotte sous-marine, sa flotte de surface de haute mer, et sa flotte côtière. Comme nous le verrons, selon le point de vue retenu, les résultats peuvent être très différents.
La flotte sous-marine stratégique russe demeure l’atout premier de la Marine russe
Comme les quatre autres pays membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unis, la Marine russe dispose d’une flotte sous-marine stratégique. Héritée de l’époque soviétique, celle-ci se compose de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SSBN, dont la fonction est d’assurer la capacité de seconde frappe nucléaire du pays.
Construction d’un sous-marin 636.3 Improved Kilo
Aujourd’hui, la flotte stratégique russe se compose de 12 SSBN. Cinq d’entre eux sont de la classe projet 667BDRM Delfin, désignés par l’OTAN sous le nom de Delta IV. Ces navires de 13.500 tonnes en surface, 18 200 t en plongée, sont entrés en service de 1985 (K-51 Verkhoturye) à 1990 (K-407 Novomoskovsk). À partir de 2007, ils ont été modernisés pour mettre œuvre 16 missiles balistiques C29MRU Sineva d’une portée de 8 500 km emportant 4 MIRV chacun.
Ces sous-marins seront remplacés, d’ici à la fin de la décennie, par les 7 derniers SSBN du projet 955A Boreï-A. Ils viendront alors renforcer les 4 Boreï-A déjà en service, ainsi que les 3 Projet 955 Boreï initiaux, entrés en service en 2013 et 2014.
Bien plus modernes et silencieux que les Delta IV qu’ils remplacent, les Boreï-A sont des SSBN de 124 mètres et 24,000 tonnes en plongée, emportant chacun 16 missiles balistiques RSM-56 Bulava d’une portée supérieure à 9000 km, armés de 6 MIRV et dotés d’une précision bien supérieure à celle de ses prédécesseurs, ainsi que de systèmes défensifs.
Initialement, l’objectif annoncé par Vladimir Poutine visait une flotte de 12 SSBN Boreï et Boreï-A pour 2030. En 2018, celui-ci annonça cependant la construction de 2 unités supplémentaires, portant la flotte à 14 navires, ce qui en ferait la plus importante flotte sous-marine stratégique de la planète en nombre de navires, suivie par l’US Navy, avec 12 SSBN Columbia/Ohio, la Chine avec 6 Type 094 en service, 8 prévus et probablement, à terme, une flotte à 12 navires à parité des États-Unis, suivis de la Grande-Bretagne et la France, avec 4 SSBN classe Vanguard et le Triomphant, et l’Inde, avec deux SSBN.
La flotte sous-marine russe se renouvelle et demeure une menace
Comme c’était le cas lors de la guerre froide, la flotte sous-marine tactique de la Marine russe, représente toujours un adversaire de taille, de l’avis même de l’US Navy. Contrairement aux flottes américaines, britanniques et françaises, exclusivement composées de sous-marins à propulsion nucléaire, les VMF ont fait le choix de disposer, à la fois, de navires à propulsion nucléaire et à propulsion conventionnelle.
12 sous-marins nucléaires d’attaque Akula, Sierra et Viktor 3
La flotte de sous-marins à propulsion nucléaire se compose, elle-même, de deux familles de navires. Les 12 sous-marins nucléaires d’attaque SSN, deux projet 945A Sierra, deux projet 971RTMK Victor 3, 6 Projet 971l et deux Projet 971U Akula (plus un en réserve), ont principalement pour mission la chasse aux sous-marins adverses, en particulier les SSBN de l’OTAN. On parle alors de hunter killer (oui, c’est de là que vient le nom du film)
SSN Akula
Tous ces navires ont été conçus à l’époque soviétique, et sont entrés en service de 1990 à 1995, à l’exception des deux derniers Akula 971U, entrés en service en 1996 et 2000. Ils sont armés de torpilles lourdes ASM, mais peuvent également, à l’occasion, lancer des missiles de croisière ou missiles antinavires Kalibr par leurs tubes lance-torpilles. Bien que datés, les Akula demeurent des sous-marins discrets, rapides et très capables, tout comme les Sierra et Viktor 3, mais dans une moindre mesure.
11 sous-marins nucléaires lance-missiles classes Anteï et Yasen/M
La Marine russe met également en œuvre 11 sous-marins nucléaires lance-missiles, ou SSGN. Sept d’entre eux appartiennent au projet 949A Anteï, code OTAN Oscar 2, des navires de 155 mètres et 19,000 tonnes en plongée, armés de 6 tubes lance-torpilles, et surtout de 24 tubes de lancement vertical armés de missiles de croisière supersoniques antinavires P-700 SS-N-19 Shipwreck, d’une portée de plus de 600 km, et transportant une charge militaire conventionnelle de 750 kg.
Entrés en service à la fin des années 80 et au début des années 90, les Anteï sont aujourd’hui remplacés par les SSGN du projet 885M Yasen, dont trois exemplaires sont déjà en service, en plus de l’unique projet 885 Yasen, le K-560 Soverodvinsk.
SSGN YasenM
Longs de 130 m pour un déplacement en plongée de 13 800 tonnes, les 12 Yasen / M vont remplacer les SSN les plus anciens, y compris certains Akula, ainsi que les SSGN Oscar 2. Chaque navire met en œuvre 10 systèmes VLS de lancement vertical pouvant accueillir chacun 4 missiles de croisière Kalibr ou 3 missiles antinavires supersoniques P-800 Oniks. Il pourra également mettre en œuvre le missile hypersonique 3M22 Tzirkon, probablement à raison de trois par VLS, comme pour les Oniks.
Si les SSN Akula ou Sierra russes ont avant tout une mission de hunter killer, la mission principale des SSGN russes est d’attaquer, par une frappe massive et saturante, les grandes formations navales de l’OTAN, et plus spécialement les grandes unités navales comme les porte-avions et les porte-hélicoptères amphibies.
Réputés rapides et discrets, ces navires représentent une véritable menace pour les flottes de l’OTAN, en particulier concernant la liaison transatlantique, mais aussi en Méditerranée, dans laquelle patrouillent régulièrement des Oscar 2. Ensemble, les SSN et SSGN russes représentent, aujourd’hui, la plus importante menace russe en haute mer, pour les marines occidentales.
21 sous-marins à propulsion conventionnelle Kilo, Improved-Kilo et Lada
Si la Marine russe dispose de la seconde flotte mondiale de sous-marins à propulsion nucléaire, avec 35 navires, derrière les 59 sous-marins américains, mais largement devant les 11 britanniques et les 10 français, elle dispose également de la seconde flotte sous-marine conventionnelle, avec 21 navires, ne cédant qu’aux 45 sous-marins de la Marine chinoise dans ce domaine.
Sous-marins 636,3 Improved Kilo traversant le Bosphore
Cette flotte se compose de 8 sous-marins projet 877 Kilo hérités de l’époque soviétique, de 11 des 18 projet 636.3 Improved Kilo devant être livrés (plus le B-237 Rostov sur le Don détruit à quai en mer Noire), et d’un unique projet 677 Lada, 10 devant encore être livrés.
Ces navires sont beaucoup plus compacts et légers que les sous-marins nucléaires, avec une longueur de 65 à 72 mètres, et un déplacement en plongée de 2300 à 2700 tonnes. Ils ont, par ailleurs, un équipage réduit (35 hommes), et coutent beaucoup moins cher à construire (200 m$ pour un improved Kilo).
En revanche, ces sous-marins conventionnels ne disposent pas de l’allonge, de la vitesse ou de l’autonomie nécessaire pour mener les missions océaniques. Ils sont donc principalement employés au sein des flottes des mers étroites (Baltique, Noire), ou pour protéger les zones côtières au-dessus du plateau continental russe, au sein de la flotte du Nord (Mourmansk) et du Pacifique (Vladivostok).
Les Improved-Kilo et les Lada disposent, comme les Akula, de la capacité de lancer des missiles de croisière Kalibr, même si le nombre de munitions embarquées se limite à quelques exemplaires.
Sous-marin Kronstadt de la classe lada
Si les sous-marins classiques russes ne représentent pas une menace importante pour le trafic transatlantique ou océanique, ils peuvent, en revanche, se montrer de redoutables adversaires pour neutraliser la navigation en mer Baltique ou en Méditerranée, y compris contre les grandes unités navales de l’OTAN qui y croisent.
Très discrets par nature, ils complètent efficacement la flotte sous-marine nucléaire russe, et participent à la protection des côtes et alentours des bases navales russes, en particulier de l’incursion de sous-marins adverses.
Depuis un peu plus d’une dizaine d’années, l’Union européenne s’est emparée du dossier de l’industrie de défense, sur la base de deux constats préoccupants. D’abord, les armées européennes, dont l’une des missions principales, la protection de l’espace européen, requiert une grande homogénéité, brillent par leur manque de standardisation, ceci venant handicaper leurs capacités à se soutenir mutuellement et à coopérer efficacement.
D’autre part, les armées européennes se reposent encore majoritairement sur des équipements de défense venant de pays non européens, en particulier des États-Unis, ce qui nuit considérablement au développement d’une base industrielle et technologique défense capable de soutenir les armées européennes en cas de conflit.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, ces deux problèmes majeurs ont considérablement handicapé le soutien potentiel des européens à Kyiv. Ils ont ainsi entrainé la livraison d’une multitude d’équipements différents, prélevés sur les inventaires des armées, créant un chaos logistique qui handicape toujours les armées ukrainiennes. Dans certains domaines, l’opposition des pays d’origine des armements a privé les armées ukrainiennes de moyens critiques, pourtant disponibles en Europe.
Surtout, il est apparu que les capacités industrielles européennes, en matière de défense, étaient bien trop faibles pour soutenir un tel conflit, obligeant Kyiv à se reposer avant tout sur les États-Unis pour résister aux assauts russes. Cette dépendance fit craindre un effondrement des armées ukrainiennes, lorsque le Congrès américain a bloqué, pendant plus de six mois, l’aide militaire américaine vers l’Ukraine.
Dans ce contexte, le rapport sur le futur de la compétitivité européenne, traitant, entre autres, de l’industrie de défense européenne, était très attendu, notamment pour servir de ligne directrice à l’action de la nouvelle Commission dans ce domaine. Force est de constater que si les diagnostics posés dans ce rapport, sont les bons, et les mêmes, d’ailleurs, que précédemment identifiés, les solutions préconisées, en revanche, sont beaucoup plus sujettes à caution.
Sommaire
Le rapport sur le futur de la Compétitivité européenne de septembre 2024 et son volet sur l’industrie de défense européenne
Publié le 9 septembre, ce rapport dresse un tableau exhaustif de l’ensemble des enjeux industriels en Europe pour les années à venir. De nombreux domaines, de l’Énergie à l’Intelligence artificielle, en passant par les transports ou l’industrie pharmaceutique, sont ainsi étudiés. Le 7ᵉ de ces sujets concerne l’industrie de défense européenne.
Industrie de défense : l'UE pose les bons diagnostics, mais préconise les mauvaises solutions 76
Le rapport commence par poser un cadre pondéré, précisant que l’industrie de défense en Europe représente un chiffre d’affaires annuel de 135 Md€, dont 52 Md€ dédiés à l’exportation, pour un demi-million d’emplois au sein de l’UE. Ce domaine est présenté comme indispensable à l’effort de défense et à la posture dissuasive européenne, tout en participant au mix technologique global, au travers d’une R&D de pointe.
Le diagnostic est implacable : l’Union européenne se repose majoritairement sur des armements américains pour équiper ses armées
Après quoi, les différents problèmes et obstacles sont identifiés et quantifiés. Ainsi, sur les 75 Md€ investis par les armées européennes de juin 2022 à juin 2023, en matière d’équipements de défense, plus de 56 Md€, soit 78 %, ont été adressés à des entreprises non européennes, dont 47 Md€, 63 %, aux seules entreprises américaines.
Pourtant, dans l’immense majorité des cas, les industriels européens disposaient d’équipements compétitifs en termes de performances et de prix, pour répondre aux besoins des armées européennes.
Selon le rapport, cette appétence européenne pour les équipements non-européens, et américains en particulier, s’explique par la faiblesse des capacités de réponse de l’industrie de défense européenne, notamment en termes de délais, amenant les armées européennes à se tourner vers des solutions « sur étagère », plus rapidement disponibles.
Chaine de production de Krauss-Maffei-Wegmann pour le Leopard 2
Ce faisant, les commandes européennes d’armement contribuent à conserver l’industrie de défense européenne dans une forme atrophiée, l’empêchant, justement, d’étendre son emprise industrielle, et ainsi d’être en capacité de répondre rapidement aux besoins présents et à venir.
L’accès aux financements et à l’investissement demeure le point faible de l’écosystème industriel défense européen
La seconde faiblesse structurelle identifiée par le rapport concerne l’accès aux financements du secteur industriel défense. Ainsi, dans son ensemble, la seule R&D défense européenne souffrirait d’un déficit de financement de 2 Md€ et d’un déficit d’investissements du même montant.
Sans surprise, ce sont, avant tout, les PME/PMI européennes qui se trouvent les plus handicapées par ces difficultés, qui résultent d’une politique d’investissement public jugée trop limitée, et surtout par la résistance des acteurs financiers européens, qui continuent de considérer l’industrie de défense comme étant « à risque ».
En outre, les initiatives européennes et nationales, pour tenter de compenser ce phénomène, seraient insuffisantes et trop divisées, selon le rapport, pour apporter une réponse globale et efficace à ce problème majeur.
L’absence de grands acteurs défense européens handicaperait l’efficacité de l’industrie de defense au sein de l’UE
Enfin, le rapport identifie directement une base industrielle technologique et défense trop fragmentée, et le trop faible nombre de grands acteurs européens susceptibles de se positionner face aux géants américains sur les marchés et en matière de R&D, comme un des principaux facteurs aggravants pour expliquer le manque d’efficacité de l’industrie européenne de défense.
Industrie de défense : l'UE pose les bons diagnostics, mais préconise les mauvaises solutions 77
Le rapport explique, ainsi, qu’à la fin de la guerre froide, l’industrie de défense américaine est passée par une grande phase de concentration, pour créer les acteurs majeurs qui, aujourd’hui, s’imposent sur les marchés mondiaux et particulièrement européens.
Rappelons, en effet, qu’en 1994, l’administration Clinton décida de faire fusionner les 52 plus grandes entreprises de défense américaine, dans cinq grands groupes qui deviendront Lockheed Martin, RTX (ex Raytheon), Northrop Grumman, Boeing et General Dynamics. Depuis, ces groupes se sont toujours placés au sommet de la hiérarchie mondiale des entreprises de défense, tout au moins jusqu’à l’arrivée, très récente, des grands groupes chinois dans ce domaine.
Avec 30 ans de retard sur les États-Unis, le rapport européen préconise la consolidation dans l’industrie de défense.
En bien des aspects, le diagnostic fait par le rapport, piloté par l’Italien Mario Draghi, s’avère correct, d’autant plus que la plupart des points avancés, sont connus depuis de nombreuses années.
En revanche, pour ce qui concerne les interprétations proposées de ces obstacles, comme pour les solutions pour en venir à bout, les conclusions de ce rapport, s’avèrent souvent contestables, et même, parfois, anachroniques.
Les armées américaines font marche arrière et tentent de diversifier à nouveau le paysage industriel défense national
Ainsi, l’obsession européenne pour la consolidation des grandes entreprises européennes de defense, sur la base du modèle américain des années 90, omet de prendre en considération qu’aujourd’hui, ce modèle est régulièrement désigné comme responsable des grandes difficultés rencontrées par les armées américaines en matière d’équipements de défense.
General Atomics XQ-67A
En effet, cette concentration industrielle a fait naitre des géants industriels, généralement en position de monopole, dotés de prérogatives technologiques et économiques, sur les territoires, mais également vis-à-vis des armées US. Celles-ci ont profondément déséquilibré les rapports de force lors des négociations des grands contrats d’équipements de défense américains.
Face à cela, aujourd’hui, les armées US tentent de faire émerger de nouveaux acteurs, comme Anduril et GA-ASI dans le cadre du programme CCA de l’US Air Force, précisément pour redynamiser le paysage industriel défense, et avec lui, retrouver des marges de négociations, en vue de faire baisser les prix des matériels, qui ont progressé 5 fois plus vite que l’inflation depuis 1970.
La consolidation industrielle ne garantirait pas l’harmonisation des équipements de défense en Europe
En outre, l’émergence de grandes entreprises européennes n’est en rien la garante d’une standardisation des équipements au sein des armées. Ainsi, l’un des exemples les plus notables, à ce sujet, concerne l’une des principales entreprises européennes de défense multinationale, le missilier MBDA.
Issu de la fusion Matra Bae Dynamics, d’Aérospatial Missiles et d’Alenia Marconi Systems, MBDA produit, bien souvent, plusieurs modèles nationaux d’une même variété de missile, à la demande des gouvernements et des armées, les premiers cherchant à conserver la main mise sur l’ensemble des technologies, pour les employer (ou les exporter) sans entrave, les secondes cherchant des équipements répondant exactement à leurs besoins.
Les nouveaux VL MICA de l’AAE ont été déployés pour assurer la défense aérienne de certains sites des jeux olympiques, comme à Marseille.
C’est ainsi que MBDA produit 2 types de missiles sol/surface-air à courte et moyenne portée, le CAMM britannique et le MICA VL français, les deux étant basés sur des missiles air-air à courte portée, l’ASRAAM et le MICA, eux aussi conçus par MBDA. Il en va de même dans le domaine des missiles antinavires avec l’Exocet français et l’Otomat italien, et dans de nombreux autres domaines. Il est, d’ailleurs, assez rare qu’un des quatre pays participant à MBDA, acquière un type de missiles venant d’un des trois autres pays.
L’équilibrage intra-européen des retours budgétaires, le meilleur moyen d’inverser la tendance actuelle en Europe
Aujourd’hui, la décision d’acquisition des équipements de défense des armées en Europe, comme leur origine, demeure une prérogative stricte des gouvernements nationaux. Or, force est de constater que ces derniers n’ont, tout simplement, aucun intérêt à privilégier une offre européenne, parce qu’elle est européenne.
Ce faisant, il n’est pas surprenant que les marchés industriels de défense tombent majoritairement dans l’escarcelle des industriels américains : si aucun intérêt direct n’est à attendre, côté européen, autant en profiter pour donner des gages aux États-Unis, qui ne manque jamais une occasion, par ailleurs, de faire valoir cette posture de protecteur de l’Europe.
Lorsque ce n’est pas le cas, les arguments de prix, de compensations industrielles ou offsets, voire de délais de livraison, proposés par les acteurs émergents comme la Corée du Sud ou Israël, finissent de convaincre les décideurs européens, les industriels européens manquant d’infrastructures et de commandes nationales pour s’aligner dans ces domaines.
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De fait, pour effectivement convaincre les chancelleries européennes, de privilégier les offres industrielles européennes de défense, il est superflu de créer des acteurs majeurs multinationaux, au risque de nuire à la concurrence, et donc d’engendrer une hausse incontrôlable des prix, comme aux États-Unis, ou d’accroître les aides et investissements européens, dont l’efficacité reste à démontrer.
Une solution pourrait être, en revanche, de mettre en œuvre un mécanisme d’équilibrage des retours budgétaires produits dans le, ou les pays européens producteurs des équipements, vers le client européen de ces équipements.
Un tel mécanisme permettrait de restituer aux clients européens de l’industrie de défense européenne, une partie des recettes sociales et fiscales générées par l’exécution du contrat, sur une base comparable, par exemple, à la TVA intra-européenne.
Ceci permettrait aux offres européennes de compenser les écarts de prix avec certaines entreprises étrangères ne souffrant pas des mêmes contraintes sociales et fiscales, notamment en équilibrant les coûts de main d’œuvre industrielle, et favorisant, de fait, le développement et le déploiement de la BITD en Europe.
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Un mécanisme européen de ce type, en encadrant et bordant les accords entre vendeur(s) et acheteurs(s) européens, aiderait, en outre, à rationaliser les capacités industrielles européennes, sans qu’elles viennent s’empiler sans perspective à moyen terme, comme c’est souvent le cas pour les offres intégrant une fabrication locale d’une commande nationale. Il soutiendrait, par ailleurs, l’investissement des industriels européens hors de leurs frontières, mais toujours en Europe, tout en garantissant l’état d’origine, principal soutien financier de l’industriel, d’un certain retour sur investissement.
Enfin, un tel mécanisme promouvrait grandement les coopérations européennes, en matière de composants européens, plutôt que la multiplication de références aux performances similaires, venant au final se phagocyter les unes les autres sur les marchés européens trop exigus, sans jamais pouvoir atteindre les seuils d’efficacité industriels et économiques.
Conclusion
On le voit, dans son volet défense, le rapport sur le futur de la compétitivité industrielle européenne, se caractérise, avant toute chose, par son conservatisme et son manque de nouvelles solutions.
Ainsi, les diagnostics, s’ils sont, en général, parfaitement exacts, s’avèrent surtout identiques à ceux faits précédemment, sans véritablement apporter de visions nouvelles dans ce domaine, alors même que la situation européenne a beaucoup évolué depuis deux ans et demi, et le début de la guerre en Ukraine, notamment en mettant en lumière l’incapacité de cette industrie à soutenir un conflit majeur dans la durée.
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En outre, le diagnostic concernant le manque d’harmonisation des équipements et la fragmentation des industries, semble, quant à lui, pour le moins daté, reprenant des paradigmes américains que les armées US, elles-mêmes, remettent en question aujourd’hui.
C’est aussi le cas de certaines solutions avancées, spécialement dans ce dernier domaine, alors qu’un simple regard de l’autre côté de l’Atlantique montre que la consolidation industrielle a montré ses limites, et ses dérives, aux États-Unis, en créant des géants industriels devenus trop encombrants pour les armées américaines.
Néanmoins, des solutions efficaces, innovantes et entièrement européennes, pour répondre aux constats incontournables faits dans le rapport, peuvent être imaginées. Ainsi, un mécanisme de partage des recettes sociales et fiscales générées par les contrats de défense entre les clients et leurs fournisseurs européens, redonnerait de l’attractivité aux équipements européens de défense, et soutiendrait le développement de la BITD européenne, au profit de la résilience, et donc de la capacité européenne à dissuader un adversaire.
Cette solution, pleinement incluse dans les prérogatives des autorités européennes, semble être ignorée du rapport, alors même qu’elle est relativement simple à imaginer, et à mettre en œuvre. On imagine bien, cela dit, qu’un tel mécanisme provoquerait l’ire des États-Unis, qui, par ailleurs, empêchent les industriels européens de pénétrer leur propre marché de l’armement, si ce n’est de manière marginale. Est-ce là, la raison du manque de créativité des européens pour effectivement soutenir leur propre autonomie stratégique ?
Avec un total d’aides dépassant aujourd’hui les 4 Md€, la Suède fait partie des pays ayant, proportionnellement, le plus aidé l’Ukraine, en particulier dans le domaine militaire, pour un pays de seulement 10,5 millions d’habitants.
Stockholm vient d’annoncer le 17ᵉ paquet d’aide militaire qui sera envoyé vers Kyiv. D’un montant de 402 m€, ce nouveau paquet contient des éléments de protection individuelle, de nouveaux missiles antiaériens RBS 70, ainsi que des équipements pour protéger le trafic maritime et fluvial du pays.
Surtout, alors que la livraison de chasseurs JAS 39 Gripen aux forces aériennes ukrainiennes, un temps envisagé, semblait avoir écarté pour ne pas venir nuire à l’entrée en service des F-16, Stockholm vient d’annoncer une enveloppe de 201 m€, pour préserver la flotte de Gripen C/D de la Flygvapnet, afin d’être en mesure, à l’avenir, de les livrer à l’Ukraine, à la demande du gouvernement suédois.
Sommaire
La livraison de JAS 39 Gripen C/D à l’Ukraine mise en attente face aux F-16 européens
JAS 39 Gripen D et avion d’alerte aérienne avancée Saab 340 des forces aériennes thailandaises
Très performant, doté d’une électronique embarquée moderne, et d’un grand nombre d’armements et de systèmes embarqués, le Gripen, dans sa version C/D, est un appareil très capable, probablement plus efficace que les F-16 transférés en Ukraine par les pays européens. L’hypothèse avait donc suscité de nombreux espoirs dans le pays.
En octobre 2023, les autorités suédoises avaient même lié la livraison de ces chasseurs à l’Ukraine, à son adhésion à l’OTAN, alors bloquée par la Turquie et la Hongrie. Depuis, Ankara comme Budapest, ont levé leur véto, et la Suède est devenue officiellement le 32ᵉ membre de l’Alliance Atlantique le 7 mars 2024.
Toutefois, Stockholm dû mettre en attente la livraison des Gripen à l’Ukraine, l’OTAN préférant privilégier la livraison des F-16 déjà prévue, une centaine d’avions ayant été prévus d’être transférés dans les mois à venir, au fur et à mesure que les équipages et personnels de maintenance ukrainiens auront été formés.
La Suède annonce le 17ᵉ paquet d’aide militaire à l’Ukraine de 4,6 milliards de Couronnes
Ce 9 septembre, le gouvernement suédois a annoncé un 17ᵉ paquet d’aide militaire destiné à l’Ukraine. D’un montant de 4,6 milliards de couronnes, soit 402 m€, celui-ci porte sur différents systèmes destinés aux forces armées ukrainiennes, ainsi qu’une aide de 700 millions de couronnes en numéraires.
vedette suédoise CB90
500 millions de couronnes sont ainsi consacrés aux forces terrestres ukrainiennes, permettant la fourniture de nouveaux missiles RBS 70, un système antiaérien MANPADS très efficace, en service dans une vingtaine de forces armées dans le monde, dont six appartiennent à l’OTAN. De nouveaux canons sans recul antichars, ainsi que leurs munitions et des mines antichars, et des équipements de protection individuelle, complètent ce premier lot.
Le volet naval de ce paquet d’aides, est également doté de 500 millions de couronnes. Celui-ci permettra de livrer à Kiev 6 nouveaux bateaux Stridsbåt 90 H, ou CB90, un navire de 15 mètres et de 20 tonnes, conçu pour évoluer en zone côtière et sur les fleuves.
Capable d’atteindre les 40 nœuds, cette vedette ne nécessite qu’une remorque spécifique pour être mise à l’eau. Elle peut transporter, en plus de ses 3 membres d’équipage, une vingtaine de commandos, et emporte trois mitrailleuses lourdes de calibre .50 (12,7 mm), un lance-grenade ainsi que 4 mines sous-marines ou des charges de profondeurs. Ils auront pour mission principale d’escorter les navires commerciaux arrivant, ou quittant les ports ukrainiens, ainsi que de mener des opérations de sécurité ou de harcèlement sur les fleuves.
2,3 Md couronnes (201 m€) pour préserver les JAS 39 Gripen C/D pour l’Ukraine
La surprise de ce 17ᵉ paquet, porte sur le troisième volet. D’un montant de 2,3 milliards de couronnes, soit 201 m€, elle va permettre d’acquérir des pièces détachées pour les chasseurs JAS 39 Gripen C/D.
JAS 39 Gripen C suédois armés de missiles antinavires RBS 15 et missiles air air AIM-120
Quel rapport avec l’Ukraine, direz-vous ? Les Gripen C/D de la Flygvapnet, l’armée de l’air suédoise, sont employés pour construire les nouveaux Gripen E/F. Ce n’est pas l’appareil qui évolue de standard, comme c’est le cas, par exemple, du Rafale passant du standard F3R au standard F4, ou du F-16 porté au standard Block 70 V. En revanche, pour réduire les couts, certaines pièces du Gripen E/F, sont prélevées sur les Gripen C/D.
Ce sont précisément ces pièces qui seront achetées avec les 2,3 milliards de couronnes. Ce faisant, le programme de production de JAS 39 Gripen E/F, dont 60 exemplaires doivent être livrés à la Flygvapnet d’ici à 2032, ne prendra pas de retard. Dans le même temps, une partie de la flotte de Gripen C/D suédoise sera préservée, pour, à l’avenir et au besoin, être livrés à l’Ukraine.
Le nombre d’appareils concernés n’a pas été détaillé par le communiqué du gouvernement suédois. Toutefois, étant donné le montant concernant, il est peu probable que cela concerne davantage que 10 ou 12 appareils. Ceci permettra à Kyiv de disposer, au besoin, d’une marge de sécurité en cas de recul des États-Unis dans leur soutien militaire à l’Ukraine, en particulier si Donald Trump venait à s’imposer lors des prochaines élections présidentielles américaines.
Le JAS 39 Gripen C/D
Conçu dans les années 80 pour succéder au JAS 37 Viggen, le JAS 39 Gripen (Jakt-Attack-Spaningsflygplan soit Chasse, Attaque, Reconnaissance Griffon) a fait son premier vol en 1988, et est entré en service e, 1996. Il appartient ç la génération des Eurocanards, mais contrairement au Rafale et au Typhoon Eurofighter, celui-ci est monomoteur et beaucoup plus léger que les appareils français et européens.
Le Gripen C/D peut decoller en 400 m et atterir en 500 m. Il est régulièrement déployé pour exercice à partir des autoroutes suédoises.
Long de 15 m, pour 8,4 mètres d’envergure et une masse à vide de 6,8 tonnes, le Gripen est beaucoup plus compact, et 35 % plus léger que ses homologues européens. Sans avoir l’allonge et la capacité d’emport de ces deux appareils, il est toutefois doté de performances remarquables pour un appareil aussi léger, avec une vitesse max de Mach 2, un plafond à 15.200 m, un rayon d’action de combat de 800 km, et une capacité d’emport, en plus du carburant interne, de presque 5 tonnes, notamment grâce au turboréacteur Volvo RM12, version du F404 américain produite sous licence.
Le Gripen emporte, par ailleurs, une grande variété de munitions, allant du missile air-air à longue portée Meteor au missile de croisière Taurus et au missile antinavire RBS 15, ainsi que différents modèles de bombes guidées laser ou GPS. Il peut, par ailleurs, emporter des pods de brouillage ALQ-TLS, ainsi que des missiles antiradiations, et dispose d’une électronique embarquée très moderne, notamment son radar PS-05A.
Ainsi, en bien des aspects, le JAS 39 Gripen C/D, que la Suède met en réserve pour l’Ukraine, s’avère sensiblement plus moderne face aux F-16 A/B et F-16 Block 15 actuellement offerts à l’Ukraine, spécialement dans sa capacité à mettre en œuvre certaines munitions très avancées, comme le missile Meteor et Taurus.
La Suède exemplaire dans le soutien à l’Ukraine avec 48,1 Md couronnes (4,2 Md€) d’aides depuis février 2022
En bien des aspects, la Suède a été parmi les pays les plus volontaires en Europe, dans le soutien apporté à l’Ukraine, et en particulier pour ce qui concerne l’aide militaire directe. Stockholm a ainsi livré, depuis le début du conflit, une aide militaire globale de 48,1 milliards de couronnes, soit 4,2 Md€, représentant 0,8 % de son PIB.
les deus ASC 890 des forces aériennes suédoises seront remplacés par trois GlobalEye. L’Awacs suédois interesse également les forces aériennes françaises.
Grâce à une industrie de défense étendue, héritée de son statut de non-aligné pendant la guerre froide, et jusqu’au moins de mars 2024, la Suède a livré certains des équipements les plus performants au sein des forces ukrainiennes, comme le véhicule de combat d’infanterie CV 90, le système d’artillerie porté Archer, ou le char Stridsvagn 122, dérivé du Leopard 2.
Dans le domaine aérien, Stockholm s’est engagé à livrer deux avions de veille aérienne avancée ASC 890, un appareil bi-turbopropulseurs équipé du radar PS-890 à antenne AESA, et du système Erieye, pour assurer les missions de type Awacs qui font aujourd’hui terriblement défaut aux forces aériennes ukrainiennes.
Enfin, dans le domaine naval, la Suède a livré des missiles antinavires System 17, ainsi que des vedettes côtières et fluviales CB90. De nombreux équipements individuels, notamment pour la protection (casques, protections balistiques) et pour le combat hivernal, ainsi que des prestations de formation des soldats ukrainiens, et d’accompagnement à la mise en œuvre des armements transmis, complètent ce panneau.
À noter que, contrairement à d’autres pays, Stockholm ne prend pas en compte le prix au neuf des équipements transmis à l’Ukraine, ni les prix des équipements acquis pour remplacer ceux transmis, dans son calcul du montant des paquets d’aides.