Pour la première fois, cette semaine, les trois porte-avions chinois, le Liaoning, le Shandong et le Fujian, ont mené des entrainements et des essais à la mer, de manière simultanée.
Bien que n’agissant pas, ici, de manière cordonnée, et que ces navires, leurs équipages, et plus généralement, l’aéronautique navale embarquée chinoise, sont encore à apprendre le potentiel de cet outil, pour inventer les doctrines qui seront employées, cet événement marque une nouvelle étape dans cette progression très efficace.
Cette première constitue un excellent support, pour faire un point à date, quant aux capacités actuelles et à venir de la Marine chinoise dans le domaine des porte-avions, porte-aéronefs et aviation embarquée.
Sommaire
La force aéronavale chinoise monte en puissance rapidement depuis 10 ans
Depuis l’entrée en service du premier porte-avions chinois CV16 Liaoning, en septembre 2012, les forces navales de l’Armée Populaire de Libération produisent d’importants efforts, aussi bien pour rendre ce navire, et ceux qui ont suivi, opérationnels, que pour apprendre à s’en servir efficacement.
porte-avions Liaoning et chasseurs J-15
Lors des trois premières années de service du Liaoning, la Marine chinoise a initialement formé un petit nombre de pilotes aux manœuvres d’appontage et de décollage en employant le tremplin du Liaoning, ce qui ne s’est pas fait sans heurts en raison du manque d’expérience dans ce domaine, et d’un chasseur embarqué, le J-15, qui manquait encore de fiabilité. D’abord, de jour exclusivement, puis, progressivement, de jour et de nuit, et par tous les temps.
Sept ans plus tard, en septembre 2019, le second porte-avions, le CV 17 Shandong, entrait en service, premier navire entièrement conçu et fabriqué par l’industrie navale chinoise. À ce moment-là, la Marine chinoise disposait déjà de plusieurs escadrons de J-15 formés et équipés, grâce à l’expérience acquise sur le Liaoning.
Les deux navires entamèrent alors une seconde phase de formation, plus opérationnelle, portant sur l’exécution de missions aériennes en coordination étroite avec les forces navales, ainsi qu’avec les forces basées à terre, tout en restant, la plupart du temps, en mer de Chine.
Concomitamment au lancement du troisième porte-avions chinois, le CV 18 Fujian, un navire à la fois plus imposant, et surtout doté de catapultes électromagnétiques, les deux autres porte-avions entreprirent d’entamer des entrainements de projection de puissance, au-delà du premier cercle d’iles bordant la mer de Chine.
De sorte qu’aujourd’hui, l’aéronavale chinoise dispose de véritables capacités opérationnelles de chasse embarquée, qui prendront leur pleine mesure lors de l’entrée en servie du Fujian, probablement au second ou troisième trimestre 2025.
Le Liaoning, le Shandong et le Fujian : les 3 porte-avions chinois participent simultanément à des exercices à la mer
Lancement du porte-avions type 003 Fujian. Les hangars sur le pont protègent les 3 catapultes électromagnétiques.
Ainsi, le Liaoning et son escorte ont été vus à proximité des iles japonaises Senkoku-Shoto (désignation japonaise) ou Diaoyu Dao (désignation chinoise), bordant la mer de Chine, alors que le navire rejoignait l’Ocean Pacifique pour entreprendre des exercices à proximité de l’ile de Mykado.
Le Shandong, pour sa part, participait à la qualification d’appontage de nuit d’une partie de ses pilotes, en mer de Chine du Sud. Quant au porte-avions Fujian, celui-ci a entamé un quatrième voyage d’essais à la mer, durant lequel, semble-t-il, les catapultes électromagnétiques auraient été testées pour la première fois.
Cette démonstration de la Marine chinoise n’est probablement pas fortuite, puisqu’elle intervient le jour du 12ᵉ anniversaire de l’admission au service du Liaoning. Elle montre aussi, toutefois, que les navires chinois peuvent s’appuyer sur une disponibilité satisfaisante, tout au moins pour effectuer des missions de courte ou moyenne durée.
L’entrée en service du Fujian se rapproche à grands pas
Si le troisième porte-avions chinois, le Fujian, poursuit ses essais à la mer, après avoir été lancé en juin 2022, le navire semble se rapprocher, désormais, de son admission au service, estimée par les spécialistes du sujet, au second ou troisième trimestre 2025.
Vue d’artiste du Fujian avec son groupe aérien embarqué composé du J-15T, de J-35 et de KJ-600 (pret au catapultage)
Plus long de 11 mètres, plus large de 2 mètres et plus lourd de 10 à 15 000 tonnes que le Shandong, le Fujian se caractérise avant tout pas sa configuration CATOBAR, avec 3 catapultes électromagnétiques, pour lancer les avions, et non STOBAR, employant un tremplin pour cela.
Ce faisant, le Fujian sera non seulement capable de lancer des appareils plus lourdement armés et emportant davantage de carburant que ses deux prédécesseurs, mais il pourra, surtout, mettre en œuvre des appareils ne pouvant pas employer le tremplin pour décoller d’un pont d’envol, en particulier l’avion de veille radar aéroporté KJ-600, pendant chinois du E-2D Hawkeye américain.
De fait, avec un escadron de chasseurs bombardiers lourds J-15T, un du nouveau chasseur furtif J-35, des hélicoptères Z-8 et Z-20, ainsi que quelques KJ-600, sans compter les drones, le groupe aérien embarqué du Fujian n’aura guère à envier à celui des porte-avions américains des classes Nimitz, Ronald Reagan et Gerald Ford.
Pas de signes de la construction du 4ᵉ porte-avions chinois évoqué par les autorités il y a quelques mois
En mars dernier, à l’occasion des rencontres entre l’APL et les parlementaires chinois, Yuan Huazhi, qui commande les commissaires politiques des armées chinoises, a indiqué que la construction du 4ᵉ porte-avions pour la Marine chinoise, avait débuté. Il a, par ailleurs, précisé que la propulsion du navire, nucléaire ou conventionnelle, fera l’objet d’une communication officielle à venir.
Construction du porte-avion Fujian aux chantiers navals CSSC de Shanghai en 2022
Six mois plus tard, cependant, rien ne permet d’attester que cette construction a bien débuté. Plus spécifiquement, les clichés satellites des deux grands chantiers navals chinois, à Dalian et Jiangnan, ne montrent aucune construction navale pouvant, aujourd’hui, être clairement identifiée comme étant un nouveau porte-avions.
Cependant, cela ne signifie pas nécessairement que Yuan Huazhi a exagéré ses propos, ou qu’il s’est trompé. En effet, la notion de « construction d’un nouveau porte-avions », surtout lorsque la propulsion peut encore faire l’objet de débats, peut recouvrer de nombreuses « réalités » perçues, ne portant pas nécessairement sur l’assemblage du navire, seule phase observable par les satellites occidentaux.
Le porte-drones Type 076 devrait être lancé dans les prochains mois
Ce qui est parfaitement observé, en revanche, ce sont les progrès réalisés concernant la construction du premier porte-drones d’assaut Type 076, aux chantiers navals Hudong-Zhonghua de Shanghai.
Dérivé du porte-hélicoptères d’assaut Type 075, dont un quatrième navire devrait bientôt rejoindre la Marine chinoise, le Type 76 est toutefois beaucoup plus imposant, avec un tonnage estimé à 45 000 tonnes, 10 000 tonnes de plus que son prédécesseur.
Construction du premier Type 076 aux chantiers CSSC de Shanghai. Remarquez la tranchée a babord pour la catapulte electromagnétique.
Ce navire est équipé, lui aussi, d’une catapulte électromagnétique, d’une longueur de 100 mètres, comparable à celles installées à bord du porte-avions Fujian. Celle-ci permettra de lancer des drones de combat, lourdement chargé, pour mener des opérations d’appui des forces débarquées.
Si, jusqu’ici, la Marine chinoise avait surtout reproduit, avec efficacité, les modèles et doctrines des autres marines mondiales, occidentales ou russes, le Type 076 constitue un nouveau type de navire de combat, sans équivalent dans aucune des grandes marines de la planète à ce jour.
Pour autant, le type de drones, voire d’aéronefs, qui seront déployés à partir de ce navire, reste à déterminer, pour en comprendre le plein potentiel. Eu égard l’état d’avancement de la coque, il est possible que le lancement ait lieu à la fin de cette année ou au début de l’année 2025, pour une entrée en service en 2026.
La flotte de porte-avions, le joker de la Marine chinoise face à Taïwan
Reste que, pour l’heure, la flotte de grands navires aéronavals de la Marine chinoise, demeure très inférieure en volume, comme en capacités opérationnelles, à celle de l’US Navy.
Ceci amène de nombreux spécialistes à estimer que ces navires n’auront pas de rôle majeur à jouer, en particulier dans l’hypothèse d’un engagement militaire de la Marine chinoise autour de Taipan, entre 2027 et 2030, comme désormais souvent évoqué par le Pentagone.
Le porte-avions de USS Eisenhower et son carrier group.
Il est exact que considérer que ces navires, y compris le Fujian, ne devraient pas jouer un rôle déterminant dans une opération de blocus de l’ile de Taïwan par la Marine chinoise, ou dans l’hypothèse, plus improbable, d’un vaste assaut aéro-amphibie sur l’ile. Les forces aériennes basées à terre le long des côtes chinoises, et du détroit de Taïwan, suffisent à cette mission, sans devoir y risquer un de ces précieux navires, y compris si l’US Navy devait intervenir.
Pour autant, les porte-avions chinois, surtout s’ils peuvent être déployés en task force avec deux ou trois navires agissant de concert, pourraient jouer plusieurs rôles dans un scénario comme celui-ci, par exemple, en allant naviguer à proximité des eaux nippones, ou coréennes, voire des Philippines, forçant l’US Navy à diviser ses forces pour tenir en respect cette flotte non négligeable.
Ce faisant, les capacités de réponse de l’US Navy en soutien à Taïwan, pourrait perdre un porte-avions, soit un tiers des forces pouvant être déployées par Washington à cette mission, réduisant sensiblement le potentiel opérationnel américain, et son caractère dissuasif.
Conclusion
On le voit, les forces aéronavales chinoises, sont en constante évolution depuis l’entrée en service du Liaoning, il y a douze ans. Sans précipitation, mais de manière soutenue, celles-ci ont assimilé de nombreuses capacités. Au rythme actuel, il est probable que Pékin disposera d’une flotte de six porte-avions, dont 4 CATOBAR, et au moins deux à propulsion nucléaire, et d’une chasse embarquée moderne et bien entrainée.
Le porte-avions Liaoning a été acheté initialement à l’Ukraine, alors que la consruction du navire n’avait pas été achevée. Concomitament, Pékin a également acheté un Su-33 auprès de Kyiv, pour concevoir le J-15.
À ce moment-là, la Marine chinoise disposera d’une flotte aéronavale équivalente à celle de l’US Navy déployée dans le Pacifique, lui permettant d’entreprendre des missions de forces projetées, jusqu’ici du ressort de la seule marine américaine.
Dans tous les cas, les progrès réalisés sans interruption depuis plus de dix ans, maintenant, par les forces aéronavales de Pékin, sont tout sauf anecdotiques, et les démonstrations, comme celle entreprise cette semaine, en déployant ses trois navires simultanément, forment des jalons qui marquent efficacement cette progression, et ses changements de statut.
Alors que Kyiv a confirmé être en discussion avec ses partenaires ukrainiens, au sujet d’Eurofighter Typhoon, les forces aériennes ukrainiennes ont entamé leur transformation vers des avions de combat occidentaux, alors qu’un premier lot de F-16 est arrivé en Ukraine au début du mois d’aout.
Si le F-16 demeure au cœur des préoccupations et des efforts de Kyiv et de ses alliés occidentaux, avec un second lot de chasseurs devant être livrés avant la fin de l’année 2024, les forces aériennes ukrainiennes semblent produire un important effort pour diversifier l’origine des appareils à venir, en se tournant en particulier vers des appareils européens.
C’est ainsi qu’il y a quelques mois, Paris a annoncé l’envoi prochain de chasseurs Mirage 2000-5, et que Stockholm prépare, dans le cadre de la 17ᵉ tranche d’aide à l’Ukraine, la préservation d’un nombre indéterminé de JAS Gripen C/D, pour pouvoir être transférés, au besoin à l’avenir, vers Kyiv.
Cette détermination à étendre ses sources, vers des modèles européens, a franchi une nouvelle étape récemment. En effet, Rustem Umerov, le ministre de la Défense, a confirmé qu’il était en négociation avec ses partenaires européens, en vue d’obtenir des chasseurs Eurofighter Typhoon.
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Kyiv doit retrouver la supériorité aérienne au-dessus de son territoire, et vite !
Le fait est, les forces aériennes ukrainiennes sont aujourd’hui sous pression. En effet, après que la défense aérienne ukrainienne est parvenue à neutraliser la très puissante aviation de chasse russe pendant près de deux ans, la diminution de la densité de cette DCA, malgré le soutien occidental, et les efforts produits par les forces aériennes russes, pour retrouver la supériorité aérienne et des capacités de frappes, menacent à présent la résistance globale du front.
La DCA ukrainienne a tenu en respect la puissance force aérienne russe pendant deux ans, mais celle-ci s’est adaptée pour retrouver la supériorité aérienne dans ce conflit aujourd’hui.
Les forces aériennes russes ont, en effet, sensiblement adapté leurs doctrines, ainsi que leurs munitions, pour rester hors de portée de la défense aérienne ukrainienne, et pour profiter de ses faiblesses, notamment en faisant un large usage de bombes planantes pouvant être larguées à distance de sécurité par les chasseurs. En outre, les avions de combat emportent, à présent, presque systématiquement des pods de brouillage et un missile antiradiation, pour lutter contre la DCA ukrainienne.
Ainsi, les pertes enregistrées, ces derniers mois, par l’aviation tactique russe, ont sensiblement baissé, au prorata d’une activité beaucoup plus intense, qu’en début de conflit, lorsque les chasseurs et bombardiers tactiques russes étaient surtout équipés de bombes gravitationnelles.
Ce faisant, avec plus de 300 avions de chasse déployés pour le soutien de l’opération militaire spéciale, les forces aériennes russes disposent, aujourd’hui, d’une capacité de frappe très élevée, larguant plusieurs milliers de bombes planantes et de missiles tactiques chaque mois sur les positions ukrainiennes, sans que ce qui reste de l’aviation de chasse ukrainienne, puisse efficacement s’y opposer.
Le ministre de la Défense ukrainien confirme des négociations autour de l’Eurofighter Typhoon
Il est donc indispensable, pour Kyiv, de retrouver un potentiel suffisant pour regagner la supériorité aérienne, tout au moins, au-dessus de son territoire. Or, si le F-16 est un chasseur polyvalent très capable, il n’est pas, à proprement parler, un chasseur de supériorité aérienne. Contrairement à l’Eurofighter Typhoon.
L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne vont chacun retirer du service 24 Yphoon tranche 1.
En effet, le chasseur bimoteur européen, a été conçu, initialement, pour cette mission, raison pour laquelle il est, par exemple, plus puissant et plus rapide que son homologue, le Rafale. Dès lors, il n’est guère surprenant que Kyiv s’intéresse à ce modèle. D’ailleurs, des discussions avaient été entamées, à ce sujet, notamment avec Londres, dès le début du conflit.
Mais le plus avantage du Typhoon, aujourd’hui, n’est autre que sa disponibilité. En effet, les quatre pays européens participant au programme, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, ont tous trois annoncé le prochain retrait des Typhoon Tranche 1, le premier lot d’Eurofighter livré aux forces européennes, au début des années 2000.
Contrairement au Rafale F1, par nature très évolutif, et portés depuis au standard multimission F3, les Typhoon Tranche 1 n’ont que très peu évolué depuis leur entrée en service, et ils n’ont, en particulier, jamais été portés au standard tranche 3, doté de capacités avancées de frappe vers le sol. En revanche, ils demeurent des appareils de supériorité aérienne très performants, dotés d’un puissant radar, d’un système d’autoprotection SPARTAN équivalent au SPECTRA du Rafale, et d’un vaste panoplie de missiles air-air à courte, moyenne et longue portée.
Ainsi, ces appareils, dont près d’une centaine d’exemplaires est destinée à être retirée du service dans les mois et années à venir en Europe, aiguise les appétits de Kyiv, qui y voit là, une réponse à son impérieux besoin de supériorité aérienne, qui plus est venant d’Europe, et donc non soumis aux possibles renversements de position de Washington, suite aux prochaines élections présidentielles.
Le JAS 39 Gripen C/D toujours une priorité pour les forces aériennes en Ukraine
Au cours de la même allocution, Rustem Umerov a, par ailleurs, confirmé que les discussions étaient toujours en cours avec Stockholm, concernant la possible livraison de JAS 39 Gripen C/D aux forces aériennes ukrainiennes.
La Suède préserve un certain nombre de Gripen C/D pour être en mesure de les livrer à l’Ukraine au besoin.
Cette déclaration fait écho aux arbitrages rendus public dans le cadre de la publication de la 17ᵉ tranche d’aides suédoises à l’Ukraine. Celle-ci comprenait, entre autres, l’acquisition des pièces qui auraient dû être prélevées sur une partie de la flotte actuelle de Gripen C/D, pour produire les nouveaux Gripen E/F. Ce faisant, ces Gripen C/D se retrouvent préservés, précisément pour pouvoir, le cas échéant, être envoyés en Ukraine.
Comme dans le cas de l’Eurofighter, le Gripen est un avion européen, conçu et construit par Saab. Il ne souffre pas, dès lors, des mêmes arbitrages directs de Washington, en matière de réexportation. Toutefois, une partie des composants des Gripen sont américains, notamment le turboréacteur RM12, fabriqué par Volvo, mais qui s’avère, dans les faits, une production locale du F404 américain.
Dès lors, Washington pourrait, au besoin, s’opposer au transfert de ces appareils vers Kyiv, même si, dans ce cas, les États-Unis auraient bien du mal à justifier une telle position sur la scène internationale occidentale.
Les Mirage 2000-5 ukrainiens seront dotés de capacités air-sol
Ce ne sera en revanche pas le cas des Mirage 2000-5 promis par Paris à Kyiv, il y a quelques mois. Le chasseur monomoteur à hautes performances français ne fait appel, en effet, à aucun équipement importé, si ce n’est le siège éjectable Martin-Baker britannique.
Deux Mirage 2000-5F effectuent un vol suite à un tango scramble le 21 août 2018 sur la base aérienne d’Ämari en Estonie.
Le calendrier des appareils qui seront envoyés en Ukraine n’a toujours pas été dévoilé, même si les autorités françaises continuent de promettre une livraison « très rapide ». Le nombre de chasseurs, quant à lui, semble devoir être de 6 ou 7 appareils, prélevés sur la flotte encore en service au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace.
Bien qu’étant, lui aussi, un intercepteur très capable, avec un radar RDY performant, et des missiles MICA qui le sont tout autant, de récentes informations indiquent que les Mirage 2000-5 ukrainiens se verront dotés de capacités air-sol, à l’instar des modèles indiens et grecs, avant d’être livrés.
On peut supposer qu’il s’agit là de conférer à ces chasseurs, jusque-là employé exclusivement pour des missions d’interception et de supériorité aérienne par l’Armée de l’Air, la possibilité d’emporter des missiles de croisière SCALP-EG, et peut-être des bombes planantes propulsées A2SM Hammer, avec une interface de contrôle dans le cockpit, contrairement aux appareils ukrainiens actuels, qui ne peuvent que larguer une munition préprogrammée.
En revanche, l’hypothèse parfois évoquée, à ce sujet, de voir les -5 français emporter des missiles air-surface AM-39 Exocet, semble beaucoup plus soumise à caution, car elle impliquerait directement la France dans la destruction d’unités navales russes. Paris évitant de permettre d’employer ses munitions guidées pour frapper le territoire russe, on imagine difficilement qu’une telle capacité puisse être confiée aux forces ukrainiennes.
La formation et l’entrainement des équipages et des personnels de maintenance demeure le point bloquant pour les forces aériennes ukrainiennes
Reste qu’aujourd’hui, le goulet d’étranglement pour la transformation des forces aériennes ukrainiennes, vers des avions de combat occidentaux, et donc pour leur montée en puissance à venir, ne se trouve pas dans les appareils disponibles, ni dans les munitions, et pas davantage dans les infrastructures.
La formation des équipages et personnels de maintenance constitue le goulet d’etrangelement de la transformation de la force aérienne ukrainienne.
C’est, en effet, la formation des équipages et des personnels de maintenance, qui conditionne l’arrivée des nouveaux avions occidentaux. Or, cette formation, et plus généralement, la montée en compétence de l’ensemble des forces aériennes ukrainiennes, dans ces domaines, font face à de longs délais incompressibles.
Cette transformation s’avère même plus difficile qu’initialement envisagé par les partenaires occidentaux de l’Ukraine. Ainsi, l’US Air Force pariait sur la transformation globale des forces, en s’appuyant sur les personnels expérimentés, ayant déjà une longue expérience sur les appareils soviétiques, pour encadrer et accompagner les plus jeunes, de sorte à permettre de faire émerger, rapidement, une force aérienne entièrement structurée avec un échelonnement des compétences, comme en occident.
À l’usage, il s’est avéré qu’il était au moins aussi difficile, voire davantage, de transformer pilotes et personnels de maintenance expérimentés, et habitués aux procédures ukrainiennes/soviétiques, que de former des profils vierges. Ce faisant, il faudra de nombreuses années pour que les forces aériennes ukrainiennes parviennent à atteindre un niveau d’efficacité comparable aux forces aériennes occidentales, le temps que cette hiérarchie de grades, et surtout de compétences, se mette en place.
Dès lors, c’est avant tout cette procédure de formation et transformation qui, aujourd’hui, donne le tempo des livraisons des futurs avions de combat occidentaux aux forces aériennes ukrainiennes.
Au delà des compétences de maintenance, la mise en oeuvre d’un nouvel appareil requiert des équipements spécifiques, comme les bancs pour les moteurs.
Conclusion
Dans ce contexte, la possibilité donnée aux forces européennes, de former directement les équipages et les mécaniciens, électroniciens et armuriers ukrainiens, sur leurs propres appareils, pourraient effectivement permettre de multiplier les points d’entrée pour accélérer la livraison et la mise en œuvre efficace de ces nouveaux avions de combat.
Toute la question est de savoir si l’Ukraine parviendra à tenir, face aux coups de plus en pus durs et de moins en moins discernés des forces aériennes russes. Comme durant la bataille d’Angleterre et de la guerre des six jours, il est probable que l’avenir de la guerre en Ukraine, dépendra d’une poignée de pilotes et de mécaniciens…
Avec la flotte aéronavale, et une future flotte robotisée, l’extension de la flotte de sous-marins nucléaires d’attaque représente, pour l’US Navy, un des trois piliers mis en avant pour contenir la montée en puissance de la flotte chinoise.
Il s’agit, en effet, des trois domaines dans lesquels la Marine américaine sait encore disposer d’un avantage technologique et opérationnel important sur son homologue chinoise, dans l’hypothèse désormais admise, au plus haut niveau du Pentagone, d’une confrontation musclée, peut-être même militaire, entre les deux forces, d’ici à quelques années.
Toutefois, si l’US Navy a les technologies et les savoir-faire pour produire et mettre en œuvre des sous-marins nucléaires d’attaque, ou SSN selon l’acronyme anglophone, elle fait face à la saturation de ses deux chantiers navals capables de produire ces navires, Huntington Ingalls Industries à Newport News, Virginie, et General Dynamics Electric Boat, à Groton, dans le Connecticut.
C’est précisément pour cela que l’US Navy entend faire émerger un troisième chantier naval dédié, cette fois, exclusivement à la production et à la maintenance des submersibles de l’US Navy.
Cette initiative, historique depuis les années 60, sera accompagnée de deux autres spécificités, non moins majeures : l’appel à fonds d’investissement privé, pour transformer et étendre le chantier naval, et lui donner les capacités de produire des SSN, et l’émergence d’un nouvel acteur, appelé à devenir majeur, pour piloter ce chantier naval, afin d’étendre l’offre industrielle à sa disposition.
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L’évolution du rapport de force naval de l’US Navy face à la Marine chinoise ces 30 dernières années.
A la sortie de la Guerre froide, au début des années 90, l’US Navy jouissait d’une position hégémonique absolue sur les océans. Avec l’effondrement du bloc soviétique, la puissante marine, imaginée par l’Amiral Gorshkov, n’était plus capable de prendre la mer, et ses navires ont, pour beaucoup, passés de nombreuses années à quai, à rouiller et ramasser algues et bernacles.
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 21
Quant à la Marine chinoise, elle n’était composée que de navires de faible et moyen tonnage, à capacités strictement côtières, tous affichant un niveau technologique comparable à celui des navires US au milieu des années 50.
Elle dispose, aujourd’hui, de l’ensemble des navires nécessaires à cette mission, qui plus est en grand nombre, mais également de technologies parfaitement à niveau. Ainsi, les nouveaux navires chinois, comme les destroyers lourds Type 055, les porte-avions Fujian, les frégates Type 054A et les navires d’assaut Type 075, n’ont guère à envier à la plupart de leurs homologues occidentaux, y compris américaines.
Surtout, les forces navales de l’Armée Populaire de Libération, s’appuient à présent sur un potentiel industriel sans équivalent dans le monde, souvent comparé à celui qui fut mis en ouvre pour transformer l’US Navy pendant la Seconde Guerre mondiale. De fait, chaque année, la Marine chinoise admet au service quatre à cinq fois plus d’unités navales majeures, que l’US Navy.
Les capacités industrielles constituent le goulet d’étranglement de l’US Navy face à la Marine chinoise
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 22
Le Pentagone a, d’ailleurs, longtemps ignoré, volontairement ou non, les progrès industriels, technologiques, mais aussi doctrinaux, réalisés par la Marine chinoise. Il fallut ainsi atteindre la fin des années 2010 pour, qu’enfin, ce phénomène soit pris en compte dans la programmation industrielle de l’US Navy.
Toutefois, entre temps, l’industrie navale US s’est à ce point atrophiée, qu’elle s’avère, aujourd’hui, incapable de répondre, en l’état, à l’augmentation des ambitions industrielles de l’US Navy, cette dernière aggravant parfois elle-même la situation, avec un pilotage absurde de ses programmes, entrainant surcouts et délais supplémentaires, comme dans le cas des frégates de la classe Constellation.
Il fallut encore plusieurs années à l’US Navy, pour se pencher sur le goulet d’étranglement formé par les capacités industrielles pétrifiées des chantiers navales américains, les premières décisions pour y faire face n’étant apparues que dans le budget 2024.
Il n’est guère surprenant, dès lors, que face à l’évolution de la menace, et notamment à la possibilité d’un conflit sino-américain autour de Taïwan dès 2027, comme évoqué dans le Navigation Plan 2024, récemment publié par la CNO, l’amiral Franchetti, que des efforts beaucoup plus importants, en ce sens, ont été inclus dans le projet de budget 2025 de l’US Navy, au point de devoir reporter trois programmes majeurs emblématiques : le destroyer DDG(x), le sous-marin nucléaire d’attaque SSN(x) et le chasseur embarqué F/A-XX.
Un fonds d’investissement privé et les chantiers navals Austal pour construire un 3ᵉ chantier naval produisant des sous-marins nucléaires
C’est dans ce cadre que l’US Navy vient d’annoncer qu’elle venait d’attribuer un contrat de 152 millions de $, à destination des chantiers navals Austal. Ce contrat a pour objet de soutenir l’industriel, et le fonds d’investissement privé United Submarine Alliance Qualified Opportunity Fund LP, ou USA Fund, qui finance le projet, pour acquérir et transformer les chantiers navals de Mobile, dans l’Alabama.
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 23
Ce chantier naval de 355 acres US (150 hectares), va être étendu de 75 %, et transformé par Austal, afin de produire et entretenir les sous-marins nucléaires américains, devenant alors le 3ᵉ site industriel dans ce domaine à disposition du Pentagone.
L’initiative de l’US Navy constitue une rupture à plus d’un titre vis-à-vis de la doctrine industrielle appliquée ces trente dernières années. En premier lieu, celle-ci s’appuie, pour la première fois, sur un fonds d’investissement privé, créé spécifiquement pour ce programme, semble-t-il, et non sur des investissements exclusivement publics et industriels, comme appliqué jusque-là.
Surtout, en se tournant vers Austal, un chantier naval jusqu’ici secondaire, spécialisé dans les coques aluminium, l’US Navy permet l’émergence d’un troisième industriel dans le domaine très spécialisé des sous-marins nucléaires, prenant de fait le contrepied de la grande concentration industrielle de 1994.
À ce sujet, l’US Navy semble emboiter le pas de l’US Air Force, qui fit de même en choisissant deux industriels émergents, GA-ASI et Anduril Technologies, et non l’un des trois avionneurs majeurs (Lockheed, Northrop et Boeing), pour son programme de drone de combat CCA.
Objectifs : produire les 1,5 SSN qui manquent chaque année à l’US Navy et accélérer la maintenance de la flotte sous-marine US
Les objectifs de cette initiative sont assez évidents, même s’ils ne sont pas encore clairement explicités par l’US Navy ou Austal. Les infrastructures actuelles, de Newport News et Groton, permettent de produire deux sous-marins nucléaires par an. Pour remplacer les SSN Angeles encore en service par la classe Virginia, tout en étendant la flotte à 65 navires d’ici à 2040, contre 45 aujourd’hui, cette capacité est déjà à saturation.
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 24
Or, ces deux chantiers navals doivent également construire, à présent, un sous-marin nucléaire lanceur d’engins SSBN classe Columbia, pour remplacer les SSBN de la classe Ohio, qui portent la composante sous-marine de la dissuasion US. Il manque donc un sous-marin nucléaire par an, à l’US Navy, pour respecter ses prévisions, et même 1.5 navire, en prenant compte les besoins liés au programme SSN-AUKUS.
Dans le même temps, les deux chantiers navals actuels, peinent à assurer simultanément, la production des navires, et la maintenance programmée de la flotte sous-marine de l’US Navy, faute d’infrastructures et de main-d’œuvre, alors que la pression opérationnelle impose une meilleure disponibilité des unités navales.
L’arrivée de ce troisième chantier naval doit donc permettre d’absorber le surplus de production réclamé pour accroitre la flotte sous-marine de l’US Navy et de SSN-AUKUS, ainsi que d’agir comme un vase d’expansion pour fluidifier la maintenance de cette flotte, et accroitre la disponibilité des navires.
Calendrier, technologies, sécurité et main-d’œuvre qualifiée : le nouveau chantier naval de Mobile, Alabama, aura de nombreux défis à relever
Si l’initiative de l’US Navy, Austal et USA Fund, a de grandes ambitions, elle devra toutefois relever de très nombreux défis, pour être effectivement efficace. Le premier d’entre eux n’est autre que celui du calendrier.
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 25
En effet, le déficit de production et de maintenance en matière de sous-marins nucléaires, est très présent aujourd’hui, et handicape déjà lourdement l’évolution de cette flotte, pourtant au cœur des efforts de l’US Navy pour contenir la puissance navale chinoise, et ainsi, peut-on l’espérer, dissuader Pékin de tout aventurisme autour de Taïwan.
De fait, pour être efficace, le site de Mobile devra être pleinement opérationnel, tant en termes de production que de maintenance, d’ici à deux ans seulement, pour absorber, potentiellement, le choc de 2027. Or, deux ans pour transformer et étendre un chantier naval, afin de produire des sous-marins, nucléaires qui plus est, est un délai particulièrement court, même avec le soutien plein et entier de l’US Navy.
Il lui faudra, en effet, effectuer un bond technologique majeur, les SSN étant un concentré de technologies très avancées. Plus spécifiquement, le chantier naval devra acquérir la compétence pour installer des chaufferies nucléaires, ce qui revient, plus ou moins, à installer une mini-centrale nucléaire dans un navire.
Les enjeux en termes de procédures industrielles, mais également de sécurité, sont évidemment d’une nature tout autre que pour la construction de navires de surface, comme les LCS précédemment construites par Austal.
L'US Navy s'appuie sur un fonds d'investissement privé pour accélérer la production de sous-marins 26
Surtout, l’industriel va devoir recruter et former une main d’œuvre très qualifiée, respectant, qui plus est, les critères de sécurités et de confidentialités indispensables pour ce type d’activité. Or, les difficultés en matière de main d’œuvre handicapent déjà lourdement les deux chantiers navals traditionnels américains. De fait, le défi RH sera certainement le plus déterminant, et le plus difficile à relever, pour Austal, dans ce programme.
Il faudra donc attendre d’en apprendre davantage sur cette initiative, et sur les solutions apportées par l’ensemble des partenaires concernés, pour lui donner forme, pour se faire une idée exacte du potentiel industriel de ce nouveau site.
Après l’US Air Force, l’US Navy investit pour diversifier et étendre ses partenaires industriels majeurs
Reste qu’avec cette initiative, l’US Navy devient la seconde force armée américaine, à prendre le contrepied de l’organisation actuelle de l’écosystème industriel défense du pays. En effet, après avoir capté la presque totalité des grands programmes des armées US, depuis le début des années 90, les cinq grands acteurs industriels de ce marché, Lockheed Martin, Northrop Grumman, RTX (Raytheon), Boeing et General Dynamics, voient certains d’entre eux leur échapper, au profit d’industriels émergents (GA-ASI, Austal, Marinette Shipbuildings…), et même de start-ups, comme Anduril Technologies.
Il s’agit, de toute évidence, pour l’US Air Force et l’US Navy (jusqu’à présent), de redynamiser la concurrence au sein de la BITD US, et ainsi amoindrir le poids économique et politique de ces industriels majeurs, souvent en situation de quasi-monopole, ayant entrainé des hausses de prix des équipements de défense, plusieurs fois supérieurs à l’inflation, ces trente dernières années.
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF
Il est ainsi apparu, dans le cadre du programme de drones de combat CCA, que les offres des avionneurs dominants, s’avéraient plusieurs fois plus chères que celles des deux vainqueurs, notamment en raison d’arbitrages industriels et technologiques très excessifs, vis-à-vis des besoins, selon l’USAF.
La suspension du programme NGAD envoie, elle aussi, un message à ces mêmes industriels. Alors que le prix du chasseur de 6ᵉ génération, dans les offres Boeing et Lockheed Martin, avoisinait les 250 m$, l’US Air Force vise, à présent, un appareil « du même ordre de prix que le F-35A« , soit moins de 100 m$.
Ce repositionnement envoi deux messages simultanément : d’abord, il n’est plus question, à présent, de laisser filer les prix des avions de combat comme ces dernières décennies, alors qu’un F-22 aura couté, en 2010, le prix de 60 F-4 Phantom II en 1960, et de 10 F-15 en 1980. Ensuite, en visant précisément le prix du F-35A, l’US Air Force met à l’index le prix de l’avion de Lockheed Martin, pour un appareil monomoteur de 5ᵉ génération, face à un chasseur bimoteur lourd de 6ᵉ génération.
On pourrait s’attendre à une évolution similaire concernant les prix des sous-marins américains, avec cette initiative, sachant, par exemple, qu’un Virginia, aujourd’hui, coute le prix de 2 Astute britanniques, et de 3 Suffren français, des navires très capables également.
De toute évidence, à l’aube d’une période de très forte instabilité internationale, avec des conflits potentiels menaçants à plusieurs endroits sur la planète, les Armées US entendent remettre la BITD en ordre de bataille, pour produire vite, beaucoup, au bon prix, et ainsi relever les défis qui se présentent. Ou tout du moins, essayer de la faire.
En juillet 2022, l’amiral Mike Gilday, le Chef des opérations navales, ou CNO, publiait le Navigation Plan 2022. Ce document constituait la synthèse des objectifs à court et moyen termes de la plus puissante marine militaire de la planète, dans un environnement en pleine mutation, alors que la guerre en Ukraine avait à peine débuté, et que les tensions avec la Chine, la Corée du Nord et l’Iran, étaient encore en phase ascendante.
Ce navigation Plan était construit autour de la planification à moyen terme de l’US Navy, visant à revenir à une flotte de plus de 400 navires, à horizon 2045, avec de nouveaux programmes dans le domaine des sous-marins (SSBN Columbia et SSN(x)), des navires de surface (destroyers DD(x) et frégates Constellation), et des avions de combat, avec le F/A-XX.
En outre, l’US Navy mettait en avant son ambition de se doter d’une très vaste flotte de navires de surface et sous-marins robotisés, pour contenir la montée en puissance de la Marine Chinoise, qui avait annoncé son intention de faire jeu égal avec elle d’ici à 2049.
Cette semaine, la nouvelle CNO, l’Amiral Lisa Franchetti, a, à son tour, présenté sa propre vision au travers du Navigation Plan 2024. Visiblement, les deux années qui se sont écoulées ont fortement influencé les objectifs de l’US Navy, car le document n’a plus guère à voir, avec son prédécesseur.
Sommaire
La Cheffe des Opérations Navales, l’amiral Lisa Franchetti, a dévoilé le nouveau Navigation Plan 2024
Il est vrai que ces deux dernières années ont été particulièrement riches en éléments majeurs, avec la guerre en Ukraine qui s’est intensifiée et dont la durée dépasse toutes les prévisions, les tensions de plus en plus en plus importantes entre la République Populaire de Chine et Taïwan, mais aussi avec les autres pays limitrophes de la Mer de Chine, dont le Japon et les Philippines, l’engagement sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale des marines occidentales en mer Rouge face à la menace Houthis, les démonstrations de forces à répétition de Pyongyang, ou encore le conflit entre Israël et le Hamas, au Proche-Orient.
L’amiral Liza Franchetti a prêté serment en novembre 2023, en tant que Cheffe des Opérations Navales, ou CNO, le chef d’état-major de l’US navy.
Dans le même temps, la production des chantiers navals et de l’industrie aéronautique chinoise a encore progressé, avec l’arrivée prochaine d’un nouveau porte-avions doté de catapultes électromagnétiques, le Fujian, d’un navire porte-hélicoptère d’assaut type 075, d’un navire porte-drones, disposant d’une catapulte Type 076, et d’un grand nombre d’escorteurs, destroyers lourds Type 055, destroyers antiaériens Type 052DL et frégates de lutte anti-sous-marine Type 054A et B.
L’arrivée des chasseurs embarqués J-15T et surtout du J-35 furtif, qui se veut le pendant chinois du F-35C, du KJ-600, équivalent du Hawkeye, et du Z-20, inspiré du SeaHawk, tend également à réduire l’avantage technologique supposé de l’US Navy, alors que la Marine chinoise développe, comme elle, des solutions robotisées, qu’il s’agisse de drones de combat, de drones d’attaque, ou de navires et sous-marins sans équipage.
Dans tous ces domaines, la production chinoise s’avère de deux à cinq fois plus rapide que celle des chantiers navals américains, alors que la Russie, pourtant engagée dans un effort sans précédent en Ukraine, ne semble pas ralentir la production de ses nouveaux sous-marins et navires de défense côtiers.
L’arrivée prochaine du J-35 au sein de la Marine chinoise doit permettre aux groupes aériens embarqués des porte-avions chinois de faire jeu égal avec leurs homologues de l’US Navy.
2027 demeure la date à laquelle l’US Navy anticipe le début d’un probable affrontement avec la Chine
La première des grandes ruptures concernant ce Navigation Plan, n’est autre que le calendrier. Ainsi, là où la version 2022 était tout entière construite autour du projet Fleet Design 2045, destiné à encadrer la transformation de l’US Navy à cette échéance, le nouveau document se concentre autour du « Projet 33 », qui n’est autre qu’une série d’objectifs à échéance 2027.
L’échéance de 2027 a été évoquée pour la première fois par l’Amiral Phil Davidson en mars 2021, lorsque ce dernier commandait les forces américaines du Pacifique. Pour l’officier général, l’objectif affiché publiquement par Pékin, de soutenir la comparaison avec l’US Navy en 2049, pour le centenaire de la création de la République Populaire de Chine, n’était qu’un leurre. Dans les faits, la trajectoire industrielle, alors constatée, permettrait à Pékin d’envisager une opération militaire contre Taïwan dès 2027, même si les États-Unis devaient intervenir en soutien de leur allié.
Selon l’US Navy, une confrontation avec la Chine concernant taiwan pourrait intervenir à partir de 2027.
Depuis, cette date a été souvent reprise par les militaires américains, en particulier les forces déployées dans le Pacifique de l’US Air Force et l’US Navy, en première ligne dans une telle hypothèse.
L’hypothèse 2027 est toutefois devenue un fait, lorsqu’il y a un an, Xi Jinping ordonna aux forces armées chinoises, d’être en mesure de s’imposer face à n’importe quel adversaire, au sein du périmètre rapproché du pays, comprendre le premier cercle d’iles bordant les mers de Chine, et entourant Taïwan.
Corollaire de cette omniprésence de l’échéance 2027, le Navigation Plan 2024, s’il fait référence à d’autres théâtres, notamment autour de l’Europe et au Proche et Moyen-Orient, est, avant tout, centré sur le théâtre pacifique, et sur la confrontation, de moins en moins hypothétique, car de plus en plus probable, avec la Chine et ses armées.
L’US Navy privilégie la disponibilité des forces et l’amélioration des infrastructures aux programmes à moyen termes
L’US Navy va privilégier pendant les 3 années à venir la disponibilité des unités navales et aériennes existantes, au développement de nouveaux programmes.
Ces reports visent à libérer les crédits et les ressources humaines pour trois taches jugées prioritaires par l’état-major de l’US Navy, et largement détaillées dans le Navigation Plan 2024. D’abord, il s’agit d’améliorer sensiblement la disponibilité des équipements, navals comme aériens, de sorte à disposer, à cette échéance, d’une capacité d’action optimisée, et de moyens étendus.
Ensuite, il permet d’investir dans les infrastructures, qu’elles soient militaires comme industrielles, précisément pour améliorer la disponibilité des grands équipements, mais aussi en augmentant le potentiel de réparation en cas de conflit, alors que tout indique qu’il s’agirait d’un important goulet d’étranglement pour l’US Navy, qui ne peut pas s’appuyer sur une puissante industrie navale civile, comme la Chine.
Enfin, un effort important sera fait en matière de formation, d’entrainement et de préparation opérationnelle de l’ensemble des personnels, qui, pour répondre au défi chinois, vont devoir parfaitement assimiler l’utilisation de nouveaux équipements, mais également de nouvelles doctrines comme la Joint-All Domain qui encadre l’engagement collaboratif au cœur de la stratégie du Pentagone aujourd’hui.
Les alliés des États-Unis prennent une part inédite dans le Navigation Plan 2024
Le troisième et dernier point marquant de ce Navigation Plan 2024, qui n’apparaissait que peu dans les versions précédentes, est l’omniprésence des références faites, dans ce document, aux forces et Marines alliées.
Le programme DDG(x) de destroyer de nouvelle génération, a été reporté de plusieurs années, pour libérer les ressources nécessaires à la préparation de l’échéance 2027.
Ainsi, le rôle essentiel de l’US Navy dans la protection des alliés des États-Unis dans le Pacifique, et au-delà, est abordé à plusieurs reprises dans le document, notamment pour justifier de l’indispensable amélioration de la disponibilité des équipements navals et aériens, indispensables pour protéger simultanément les différents alliés potentiellement exposés à un conflit sino-américain dans le Pacifique.
La vision dans ce domaine, portée par le document, va également au-delà du seul théâtre pacifique, notamment pour ce qui concerne les marines européennes, pour contrôler la menace russe, sachant que le document semble considéré que Pékin et Moscou constituent aujourd’hui un axe cohérent, sur lequel se sont greffés Pyongyang et Téhéran. En d’autres termes, si un conflit devait émerger entre les États-Unis et la Chine, il est probable qu’il s’étendrait rapidement à ces trois autres pays, ainsi qu’aux alliés des États-Unis, dans le pacifique et ailleurs.
Conclusion
On le voit, le nouveau Navigation Plan 2024, publié cette semaine par l’US Navy, est un document très différent de la version précédente 2022. Ainsi, si l’ancienne mouture semblait encore empreinte des doctrines appliquées depuis la fin de la guerre Froide, avec des objectifs distants et très ambitieux, la nouvelle version se concentre sur une échéance à court terme, 2027, avec une certaine fébrilité qui démontre tout le sérieux de l’hypothèse pour le Pentagone.
Le Navigation Plan 2024 de l'US Navy met l'échéance de 2027 au centre de sa stratégie à venir 33
De toute évidence, l’US Navy va privilégier, pour les 3 années à venir, la montée en puissance des moyens existants, en améliorant rapidement la disponibilité des équipements, la formation et l’entrainement des équipages, et en renforçant et en modernisant les infrastructures militaires et industrielles, pour soutenir un engagement face à la Marine chinoise en 2027.
Enfin, et c’est aussi particulièrement notable, le nouveau Navigation Plan 2024, met l’accent sur la coopération avec les forces et marines alliées, et sur la protection des alliés menacés, là encore, une notion presque absente des versions précédentes, presque exclusivement tournées vers la vision centralisée américaine des menaces et des besoins.
En bien des aspects, donc, le Navigation Plan 2024 de l’amiral Franchetti, est un document de rupture avec la doctrine appliquée par l’US Navy ces trente dernières années. Surtout, il prend comme pivot, un possible conflit sino-américain, probablement autour de Taïwan, qui interviendrait en 2027, ou peu après. Cela montre, sans équivoque, à quel point l’hypothèse est jugée sérieuse par le Pentagone, au point d’influencer directement la stratégie d’équipement et de préparation des forces, pour plusieurs années.
En septembre 2021, Athènes annonçait la commande de 3 FDI, la nouvelle frégate de défense et d’intervention de Naval Group. Cette commande, aux côtés de celle de 18 avions Rafale, scellait l’accord de défense franco-grecque, signé par Emmanuel Macron et Kyriakos Mitsotakis.
Alors que les nouvelles frégates de la Marine Hellénique sont actuellement en construction aux chantiers navals de Lorient de Naval Group, le premier ministre grec vient d’annoncer qu’il entamait la procédure d’acquisition de la quatrième unité de cette classe, certainement en levant l’option prévue au contrat.
Mais la nouvelle frégate ne sera pas identique à la première unité, qui sera livrée l’année prochaine à la Marine Hellénique. En effet, celle-ci, ainsi que les frégates n° 2 et n° 3, seront armées de missiles de croisière MdCN, ce qui conférera à la Marine Hellénique une nouvelle capacité de frappe vers la terre à longue portée, déterminante pour contrôler la mer Égée.
Sommaire
Lancement de la seconde FDI grecque à Lorient
Alors que la première des trois frégates grecques, le Kimon, a été lancée le 28 septembre 2023, le second navire de la classe, le Nearchos, a fait de même il y a quelques jours, soit moins d’un an après.
La Grèce va commander une 4ᵉ FDI armée de missiles de croisière MdCN 40
Le Kimon est actuellement en phase de finition à quai, et devrait pouvoir entamer les essais à la mer dès le début de l’année 2025, pour une livraison à la Marine hellénique en fin de la même année.
Le Nearchos devrait suivre quelques mois plus tard, à la mi-2026, alors que la troisième unité de la classe, le Firmion, mis sur cale, il y a quelques mois, sera livré avant la fin de l’année 2026.
La France et la Marine nationale ont accepté de reporter la livraison de leurs propres FDI, dont cinq exemplaires ont été commandés, pour accélérer la livraison des navires helléniques. Ainsi, si la première FDi française, l’Amiral Ronarc’h, sera bien livrée dès le début d’année 2025, le second navire, l’Amiral Louzeau, ne le sera qu’en 2027, et le troisième, l’Amiral Castex, qu’en 2028.
Les deux derniers navires français, l’Amiral Nomy et l’Amiral Cabanier, ne seront livrés qu’en 2031 et 2032, probablement pour alléger la pression budgétaire sur la LPM 2024-2030.
Le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, annonce la commande d’une 4ᵉ frégate de Défense et d’Intervention
La Grèce va commander une 4ᵉ FDI armée de missiles de croisière MdCN 41
Il s’agit, certainement, de l’exécution de l’option attachée au contrat de 2021, la Marine Hellénique ayant depuis cette date, annoncé son intention de se doter de quatre de ces navires. Toutefois, les capacités budgétaires d’Athènes obligeaient alors à la prudence, surtout s’agissant d’un navire dont la première unité n’avait pas encore été construite.
Ces réserves ont, de toute évidence, été levées à présent. Il est probable que le respect strict, par Naval Group, du calendrier promis, ainsi que les efforts produits pour intégrer l’industrie navale grecque au programme, ont porté leurs fruits.
Si le montant du contrat n’a pas été encore rendu public, cette annonce constitue incontestablement une bonne nouvelle pour le site Naval Group de Lorient, qui garantit ainsi son activité sur l’année 2029, quel que soit le calendrier choisit par Athènes pour ce navire.
À partir de la seconde FDI, les frégates grecques seront armées de missiles de croisière MdCN
L’annonce du premier ministre grec a été confirmée par le ministre de la Défense, Nikos Dendias. Celui-ci a surtout révélé que le nouveau navire, serait doté de missiles de croisière « SCALP Naval », désignation encore usitée à Athènes pour le missile MdCN.
Plus précisément, selon le ministre de la Défense, outre ce navire, les frégates Nearchos et Firmion, encore en construction, seront, elles aussi, équipées de ce missile d’une portée estimée supérieure à 1500 km, et dérivé du missile de croisière aéroporté SCALP-EG, que les forces aériennes helléniques emploient avec leurs Rafale.
La Grèce va commander une 4ᵉ FDI armée de missiles de croisière MdCN 42
Cela suppose qu’au moins un des quatre SYstèmes de Lancement VERtical SYLVER de ces frégates sera un SYLVER 70 de 7 mètres, capable d’accueillir le missile MdCN, et non un SYLVER 50, de 5 mètres de profondeur, conçu pour le missile Aster 30.
Bien que compacte, avec une longueur de 122 mètres pour un tonnage en charge de 4600 tonnes, les FDI helléniques auront alors toutes les caractéristiques d’un petit destroyer : à leurs capacités anti-sous-marines avancées que leur confère le sonar de coque Kingklip et le sonar à profondeur variable CAPTAS 4, s’ajoutent les capacités antiaériennes et antibalistiques du couple formé par le radar AESA SeaFire 500 et le missile Aster 30 Block1, et, désormais, une capacité de frappe vers la terre à longue portée avec le MdCN.
Avec 4 unités, la Marine hellénique aura la possibilité de contrôler 140 000 km² d’espace aérien, maritime et sous-marin en mer Égée, avec des capacités d’action très avancées pour ce pays de seulement 10 millions d’habitants, exposé en permanence à la menace turque.
La décision d’Athènes de se tourner vers le MdCN est aussi révélatrice qu’une certaine évolution dans la doctrine hellénique qui, jusqu’il y a peu, semblait avant tout désireuse de densifier et étendre les capacités et la puissance de feu antiaérienne de ses navires.
Une source d’inspiration pour la Marine nationale ?
Paradoxalement, le décalage des FDI françaises, pour permettre la construction des navires grecs, dans les chantiers navals de Lorient, offre une alternative intéressante pour la Marine nationale.
Frégate FDI classe Amiral Ronarc’h de la Marine Nationale sur le site Naval Group de Lorient
En effet, les FDI grecques seront non seulement armées de 4 SYLVER, et non 2 comme l’Amiral Ronarc’h, mais on peut aisément anticiper que les deux Sylver supplémentaires seront des Sylver 70, pouvant accueillir, depuis peu, aussi bien le MdCN que l’Aster 30.
Cela signifie que le navire est adapté à cette fonction, et que l’étude, pour permettre cette installation, aura déjà été réalisée, lors du lancement du second navire français, fin 2025 ou début 2026.
Ceci laisse le temps à la Marine nationale, mais surtout au ministère des Armées, et au Parlement, d’amender le contrat pour équiper les 4 FDI françaises restantes, dans une configuration similaire aux FDI helléniques, à 2 SYLVER 50, et 2 SYLVER 70.
Ainsi armées, les frégates de la classe Amiral Ronarc’h, auront un potentiel opérationnel comparable, et même supérieur dans certains domaines, à celui des 6 FREMM de la classe Aquitaine.
Un succès prometteur pour les compétitions à venir pour la FDI
La commande à venir de la 4ᵉ frégate grecque, constitue aussi un succès prometteur pour Naval Group, alors que sa frégate est aujourd’hui engagée dans deux compétitions de premier plan, en Norvège et en Indonésie.
La Grèce va commander une 4ᵉ FDI armée de missiles de croisière MdCN 43
En de nombreux aspects, la FDI répond parfaitement au cahier des charges établi par la Marine royale norvégienne, notamment par ses dimensions réduites, et ses capacités avancées. L’arrivée du Sylver 70 et du missile de croisière MdCN, constituera incontestablement un nouvel atout pour la FDI dans cette compétition, ce d’autant que la frégate française sera certainement la seule à proposer ce type d’intégration parmi les concurrentes.
Le MdCN sera aussi un atout de taille dans la compétition indonésienne, dans laquelle la FDI est opposée à des navires bien plus imposants, mais aussi plus onéreux, dont aucun ne dispose de cette capacité de frappe vers la terre.
Or, sur un théâtre aussi étendu que les iles indonésiennes, disposer d’un missile de croisière capable de parcourir 1500 km ou plus, constituerait un atout incontestable pour la marine du pays, en portant le feu bien plus précocement que ne peuvent le faire les missiles antinavires pouvant faire office de missile de croisière pour attaquer des cibles terrestres, mais à des distances bien moindres.
Surtout, dans un cas comme dans l’autre, la confiance renouvelée d’Athènes vis-à-vis de Naval Group, constitue un gage de qualité et d’efficacité aux yeux des éventuels clients à venir.
Et un nouvel atout pour le Scorpene Evolved en Grèce
Enfin, l’annonce concernant l’arbitrage en faveur du MdCN, est de bon augure concernant les chances du Scorpene Evolved dans la future compétition organisée par Athènes pour le remplacement de ses sous-marins Type 209.
La Grèce va commander une 4ᵉ FDI armée de missiles de croisière MdCN 44
En effet, le nouveau Scorpene Evolved est non seulement le seul sous-marin européen proposé avec des batteries Lithium-Ion, bien plus performantes, y compris face aux systèmes AIP mis en œuvre, notamment, par les Types 214 turcs de la classe Reis, mais le sous-marin français peut également lancer la version à changement de milieu du même MdCN.
De fait, si la Marine hellénique est prête à sacrifier une partie de ses précieux missiles surface-air, pour se doter de ces missiles de croisière, on imagine bien la plus-value déterminante que représente, pour le Scorpene Evolved, la possibilité de mettre en œuvre le missile de croisière français.
Aithon Narlis a participé à la rédaction de cet article
Rome vient d’annoncer la commande de 25 F-35A et F-35B supplémentaires, à destination des forces aériennes italiennes, pour amener le format d’appareils commandés à 115 appareils, soit la plus importante flotte de F-35 en Europe.
Ces annonces à répétition montrent une volonté apparente, pour les autorités du pays, de faire des armées italiennes, le pivot sud et Méditerranée de l’OTAN, et en plusieurs aspects, la plus puissante force aérienne en Europe. Ce même effort est observé pour la marine et les forces terrestres italiennes, toutes ayant annoncé, récemment, de nombreux programmes d’équipements ambitieux.
Pourtant, l’étude plus approfondie des paramètres des armées italiennes, et de l’effort de défense du pays, pourrait bien montrer une réalité sensiblement différente.
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25 F-35 italiens supplémentaires pour 7 Md€ pour les forces aériennes italiennes
À l’occasion de la publication du document de programmation pluriannuel, ou DDP, par les autorités italiennes, il est apparu que Rome prévoyait de commander 25 nouveaux F-35, pour un montant de 7 Md€. 15 de ces appareils seront des F-35A, qui viendront s’ajouter aux 60 exemplaires déjà commandés pour les forces aériennes italiennes.
Les forces aériennes et l’aronautique navale italienne disposent de 33 F-35 opérationnels aujourd’hui.
Les 10 autres, seront des F-35B à décollage et atterrissage vertical ou court. Ils s’ajouteront aux 15 F-35A déjà commandés, et en partie livrés, aux forces aéronavales italiennes, pour armer les porte-aéronefs Trieste et Cavour, alors que 15 autres F-35B ont été commandés pour les forces aériennes italiennes.
Le contrat aura un cout estimé par les autorités italiennes à 7 Md€, ceci comprenant les cellules, les moteurs, ainsi qu’un certain nombre de pièces et de munitions. Les aéronefs seront assemblés sur le site de Cameri, dans le Piémont. En décembre 2023, Rome avait indiqué que sa participation au programme F-35 avait généré une injection globale de 6,3 Md€ dans l’économie italienne, dont 1,6 Md€ pour le seul site de Cameri.
Une force aérienne de 115 F-35 et 96 Eurofighter Typhoon d’ici à 2032
Cette nouvelle commande amènera la flotte de F-35 italienne à 115 appareils, avec un objectif final de format revenu à 131 exemplaires, après avoir, un temps, été revu sensiblement à la baisse par Rome. Les F-35A remplaceront les Tornado encore en service, alors que les F-35B remplaceront les AV-8B+.
Parallèlement, les autorités italiennes ont confirmé la commande de 24 Eurofighter Typhoon Tranche IV. Ces appareils remplaceront les 26 Typhoon Tranche I commandés à l’entrée en service de l’appareil, dont la modernisation est jugée trop onéreuses au regard de l’acquisition de nouveaux aéronefs. L’Allemagne et l’Espagne ont récemment pris des décisions identiques pour remplacer leurs Typhoon Tranche I.
Les forces aériennes italiennes alignent 96 Eurofighter Typhoon.
Au total, d’ici à 2032, les forces aériennes italiennes aligneront donc 96 Typhoon, ainsi que 90 F-35A et B, soit un 186 avions de combat, faisant jeu égal avec les 185 Rafale B/C de l’Armée de l’Air, prévus par la LPM 2024-2030, à échéance 2035. L’aéronautique navale italienne, elle, alignera 30 F-35B, contre 40 Rafale M pour l »aéronavale française.
Un effort de modernisation qui concerne toutes les armées italiennes
Le ministère de la Défense italien dépense, en 2024, 7,5 Md€ pour les programmes d’acquisition des équipements des armées. À ce montant s’ajoutent 1,8 Md€ investis par le ministère de l’Industrie dans ce domaine.
En effet, pour Rome, l’investissement dans l’équipement des armées constitue également un investissement industriel majeur, destiné à entrainer, avec lui, l’ensemble de l’industrie du pays. Ce faisant, Rome dépense 9,3 Md€ en programme d’acquisition défense en 2024, soit davantage que les 9,1 Md€ prévus par le budget des Armées 2024 en France. C’est également une hausse de 85 % de ce budget, en comparaison des de 5,4 Md€ de 2020.
Des forces armées italiennes au sommet de la hiérarchie européenne d’ici à 2035 ?
Ce faisant, les armées italiennes disposeront d’un inventaire d’équipement remarquable en 2035. L’Armée de terre alignera 255 à 325 chars lourds, dont 125 Ariete modernisés et 130 à 200 Panther, 122 chasseurs de chars 8×8 Centauro II, un millier de véhicules de combat d’Infanterie Lynx dérivés en différentes versions, 630 APC Freccia, 21 HIMARS, 85 canons de 155 mm autoportés Pzh2000 et sur roues, et plusieurs milliers de véhicules. 5 batteries antiaériennes SAMP/T NG et 6 à 9 batteries à courte portée Griffon, assureront la défense aérienne de ces forces.
Leonardo et Rhienmetall vont concevoir le nouveau char italien sur la base du KF-51 Panther.
La Marina Militare, elle, alignera 2 porte-aéronefs, le Cavour et le Trieste, 3 nouveaux LHD de 16.500 tonnes, 4 destroyers anti-aériens, 12 frégates et 8 sous-marins conventionnels Type 212. Elle disposera également de 7 OPV lourds de la classe Thaon di Revel, équipés comme des frégates légères ou moyennes, ainsi que cinq grands navires de guerre des mines, huit corvettes EPC et 3 à 4 pétroliers ravitailleurs classe Volcano.
Enfin, la force aérienne italienne disposera de 211 avions de combat F-35 et Typhoon, épaulés par 3 Awacs Gulfstream 550, 3 appareils de renseignement électroniques de même modèle, 7 ravitailleurs KC-767 et KC-130, et 37 avions d’entrainement avancés M-345/346.
D’importantes faiblesses et de gros déficits capacitaires dans les armées italiennes
Toutefois, si ces chiffres font la part belle aux systèmes de combat, on constate rapidement que les armées italiennes souffrent de plusieurs lacunes pouvant sévèrement entraver son action opérationnelle.
Ainsi, malgré les 211 avions de chasse en perspective, la flotte de ravitailleurs italiens demeurent excessivement faibles, avec 4 KC-767 capables effectivement d’accompagner des appareils sur un raid à longue distance. À titre d’exemple, la France prévoit de disposer de 15 A330 MRTT, pour 225 avions de chasse, et la Grande-Bretagne, de 9 appareils, pour 180 chasseurs.
De même, les forces aériennes italiennes ne disposent pas de flotte de transport tactique ou stratégique, en dehors de quelques avions de ligne transformés et de 7 C-27 Spartan. Sa flotte de soutien, également, s’avère particulièrement réduite.
malgré sa flotte de chasse impressionante, les forces aériennes itlaiennes n’alignent que 7 Leonardo C-27 Spartan pour toute flotte de transport.
L’Armée de terre, enfin, ne dispose que d’un faible nombre d’APC, et d’une artillerie limitée, qui contraste avec la puissance de feu offensive que représenteront presque 300 chars, et un millier de Lynx.
Les plus importants contrastes se trouvent, quant à eux, dans les effectifs, ainsi que dans la ventilation budgétaire. Ainsi, les armées italiennes, en dépit de leur arsenal impressionnant, n’alignent que 159.000 militaires, dont 100.000 pour les forces terrestres, 30.000 pour les forces aériennes et 29.000 pour les forces navales.
Le budget 2024 de la défense italienne, quant à lui, n’atteint que 34 Md€ en 2024, à peine 1,5 % de son PIB. 21 Md€ sont fléchés vers le fonctionnement des armées, soldes et entrainement, et 9,3 Md€, pour l’acquisition des équipements neufs.
Il reste, dès lors, moins de 4 Md€ pour l’ensemble des missions périphériques, comme le renseignement, la préparation de l’avenir, les infrastructures, et le déploiement des forces.
Les forces aériennes italiennes recevront 25 F-35 supplémentaires 50
Cette structure budgétaire est très spécifique, pour un pays ayant un niveau de vie comparable à celui de la France, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Elle interroge donc, nécessairement, sur la préparation opérationnelle effective des armées italiennes, et sur leurs capacités à agir effectivement comme une force autonome.
Conclusion
Reste qu’avec un effort de défense de seulement 1,5 % du PIB, les armées italiennes savent pouvoir disposer d’une certaine réserve budgétaire pour corriger ces faiblesses, surtout si Donald Trump revenait à la Maison-Blanche. Rome n’aurait alors d’autres choix que d’augmenter massivement leurs dépenses de défense, sachant que l’Italie sait prendre grand soin de ses relations transatlantiques.
On ne peut qu’espérer, dans une telle hypothèse, que l’Italie ventilera ses investissements de défense non pour soutenir sa propre industrie de défense, mais bel et bien pour se préparer au combat.
Alors que les risques de voir Washington affaiblir ou supprimer la protection américaine de l’Europe ne cessent de croitre, les armées britanniques et françaises constituent, en de nombreux aspects, les forces militaires les plus complètes et les plus expérimentées de l’ensemble du théâtre européen, exception faite de la Russie. Ce sont aussi les deux seuls pays européens à disposer de la puissance nucléaire stratégique.
Pourtant, ces deux puissances clés pour la sécurité du vieux continent, semblent aujourd’hui sur le déclin, payant le prix de budgets militaires trop réduits et d’une activité opérationnelle trop soutenue pour le format de leurs armées, durant les années 2000 et 2010. En outre, celles-ci sont exposées à d’importantes difficultés dans les domaines des ressources humaines et à des arbitrages sévères en matière de programmes d’équipements.
Aujourd’hui, le risque de voir, sur un calendrier particulièrement court, les États-Unis se désengager du théâtre européen, ne cesse de croitre. Ces deux pays pourraient, alors, avoir à assumer le rôle de protecteur de l’Europe, pour lequel ni l’un, ni l’autre n’est pleinement dimensionné.
Cependant, qu’en serait-il si les armées britanniques et françaises, venaient à opérer telle une force armée unifiée, pour contenir la menace russe, mais aussi pour fédérer les européens autour d’un nouveau pacte sécuritaire ?
Sommaire
La menace croissante d’un désengagement des États-Unis du théâtre européen et annexes
Lors d’une récente interview, l’ancien président Donald Trump, à nouveau favori des sondages dans la course à la Maison-Blanche, a réitéré ses menaces concernant un retrait de la protection « offerte » par les États-Unis, aux pays européens de l’OTAN, si les européens « ne payaient pas leur dû« , sans véritablement préciser ce que le « dû » en question, représentait.
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Quoi qu’il en soit, entre les propos du candidat Trump, et ceux de son colistier, JD Vance, il ne fait guère de doute que s’ils venaient à retrouver le Bureau Ovale, le soutien américain à la défense européenne serait sous une menace historique, même si les européens venaient à céder aux exigences forcément croissantes et itératives, du nouveau président américain.
En outre, même s’il ne mettait pas ses menaces à exécution, ou si Kamala Harris remportait la présidence, le développement des tensions entre Washington et Pékin, voire entre Séoul et Pyongyang, risquent fort d’amener les armées américaines à devoir se désengager massivement des théâtres européens, moyen-orientaux et africains, pour concentrer leurs forces sur le théâtre Pacifique, face à l’Armée Populaire de Libération.
Les armées françaises et britanniques demeurent sous le seuil de crédibilité pour se substituer à la protection américaine
Toutefois, les armées américaines ne représentent pas uniquement la principale force militaire de l’OTAN, ni le bouclier nucléaire de l’ensemble de ses membres, en dehors de la Grande-Bretagne et de la France qui disposent de leur propre dissuasion stratégique.
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En effet, Washington est également le ciment fédérateur qui maintient l’Alliance Atlantique comme un ensemble militaire cohérent, et donc dissuasif. De fait, le retrait de la protection effective américaine de l’Europe, quelle que soit sa forme, pourrait probablement entrainer la dislocation de l’Alliance, chaque pays cherchant à trouver une voix intermédiaire, par exemple, en négociant avec Moscou, pour garantir sa sécurité, autant que possible.
Les deux puissances nucléaires stratégiques européennes, par ailleurs toutes deux membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations-Unis, ne parviennent cependant pas à apparaitre comme une alternative crédible aux États-Unis, le cas échéant, aux yeux des européens.
Les raisons à cela sont multiples. Dune part, des armées conventionnelles trop réduites pour peser face aux armées russes ; de l’autre, des positions parfois ambiguës vis-à-vis de la défense de l’Europe ; et, enfin, des doctrines nucléaires purement nationales, sans aucun volet spécifique européen.
De fait, aujourd’hui, ni Londres, perçu comme directement lié aux États-Unis en toute chose, ni Paris, perçu comme un partenaire non fiable aux ambitions hégémoniques en Europe, ne peuvent représenter une alternative suffisamment fédératrice pour garantir la cohésion du bloc européen de l’OTAN, en cas d’un retrait de Washington.
Le potentiel d’une coordination stratégique entre Paris et Londres en matière de défense
Si la dimension de la confiance politique relève pleinement des dirigeants français et britanniques, le fait est, aujourd’hui, ni la France, ni la Grande-Bretagne, ne disposent de forces armées suffisamment crédibles, pour convaincre les Européens de demeurer unis face à la menace russe.
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Mais qu’en serait-il, si Paris et Londres faisaient front commun dans ce domaine, en rassemblant, de manière organique, leurs forces armées, de sorte à disposer d’une puissance commune et globale ? Le fait est, la force résultante serait, en tous points, particulièrement convaincante…
La Grande-Bretagne et la France, des partenaires de 120 ans dans tous les coups durs
L’hypothèse d’un rapprochement des armées françaises et britanniques, dans une vision organique unifiée, est tout sauf une hypothèse absurde. Historiquement, en effet, les deux pays ont démontré une grande cohésion, en particulier dans les moments difficiles, pour engager leurs armées de manière coordonnées et efficaces.
Dès le début du XXᵉ siècle, Paris et Londres ont fait front commun, en Europe en particulier, pour contenir la montée en puissance de l’Allemagne prussienne, et les deux armées ont combattu côte à côte dans les tranchées européennes, sur les océans ou aux Dardanelles, pendant toute la Première Guerre mondiale.
Il en fut de même durant la Seconde Guerre mondiale, les britanniques déployant leur principal corps d’armées aux côtés des armées françaises face à la Belgique en 1940. Si ce corps n’a pas été annihilé, à Dunkerque, pour continuer le combat après la défaite de la bataille de France, ce fut grâce aux forces d’arrière-garde françaises, qui ont retenu les forces allemandes pendant l’opération Dynamo.
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En dehors de l’épisode de Mers-El-Kebir, les forces françaises ont trouvé asile et soutien à Londres pendant trois ans, et la libération du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, et ont activement participé au soutien des forces britanniques, notamment à Bir Hakeim. Et c’est bien grâce à Churchill, et non à Roosevelt, que la France a été considérée comme un vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, et non un pays sous tutelle, comme le souhaitait le président démocrate américain.
Après la Seconde Guerre mondiale, les armées françaises et britanniques ont continué à opérer conjointement, même si Londres décida de se rapprocher beaucoup plus de Washington, après l’affaire de Suez de 1956.
Ainsi, que ce soit au Liban, dans les Balkans, au Moyen-Orient, en Afghanistan, en Libye, au Mali et en Syrie, les armées des deux pays ont très souvent agi de concert, habituées qu’elles sont à collaborer étroitement, sur tous les théâtres. Elles pourraient donc, si pas simplement, en tout cas, efficacement, se coordonner étroitement, pour agir comme une seule et unique force armée, si cela s’avérait nécessaire.
Des forces terrestres complémentaires et très expérimentées, habituées à collaborer sur le terrain
L’effet le plus déterminant, d’un tel rapprochement, pour atteindre les objectifs fédérateurs en Europe, concernerait les forces terrestres. En effet, ensemble, l’Armée de terre et la British Army, représenterait une force terrestre de manœuvre et de projection de puissance, bien plus crédibles, qu’elles ne peuvent le faire, chacune de leur côté.
Celles-ci aligneraient, en effet, presque 200.000 militaires professionnels, et 60.000 réservistes opérationnels, soit bien davantage que ne pourrait en envoyer l’US Army, en cas de conflit en Europe.
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Elles disposeraient, en outre, de près de 350 chars lourds, 700 chars légers / véhicules de reconnaissance et de combat, 1400 véhicules de combat d’infanterie, 3000 transports de troupes blindés, 110 hélicoptères de combat, 160 hélicoptères de manœuvre et une centaine d’hélicoptères de reconnaissance armés.
L’artillerie demeurerait un maillon relativement faible de cette force unifiée, avec moins de 200 tubes, une trentaine de LRM, et une défense antiaérienne d’accompagnement trop légère. Pour autant, les deux armées ont pour doctrine de coopérer avec leurs forces aériennes respectives, dans ce domaine, pour assurer la défense aérienne des zones d’engagement.
Surtout, les deux forces disposent de l’expérience du combat, qui plus est, du combat en coopération, et consacrent une partie importante de leurs moyens pour assurer le soutien des forces, qu’il s’agisse de logistique, de renseignement ou de commandement.
On remarque, enfin, que ces deux forces se complètent dans de deux nombreux domaines, les forces françaises étant plus légères et plus mobiles, alors que les forces britanniques s’avèrent souvent plus lourdes, mais mieux blindées et plus lourdement armées.
Une puissance aérienne redoutable, capable de projections à longue distance et suffisante pour soutenir deux théâtres
Avec 330 avions de combat modernes, la flotte de chasse franco-britannique s’avèrerait capable de tenir tête aux forces aériennes russes, dans tous les domaines, en dehors du bombardement stratégique. En effet, même si la Russie dispose encore d’un millier d’avions de combat tactique, seuls 40 % d’entre eux sont des appareils modernes Su-30SM, Su-34, Su-35s et Su-57.
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En outre, les équipages de la Royal Air Force comme de l’Armée de l’Air et de la Marine nationale, disposent d’un entraînement bien plus abouti que leurs homologues russes, qui ne volent que 120 heures par an, et qui ne disposent que de simulateurs simplifiés.
Les flottes de soutien sont également bien dimensionnées, avec une trentaine de ravitailleurs A330 MRTT, 4 à 7 Awacs, 8 à 14 appareils de renseignement, 8 transports lourds C-17, une cinquantaine d’A400M, 16 C-130 et 27 CN325.
En matière d’hélicoptères, le force aérienne unifiée disposerait de 60 Ch-47 Chinook, d’une cinquantaine d’hélicoptères de manœuvre, et de 40 hélicoptères moyens H160. Une trentaine de drones MALE Reaper complète cet arsenal.
Une Marine de guerre surclassant largement la Marine russe, et disposant de la seconde capacité de projection de puissance de la planète
Une marine franco-britannique représenterait la troisième puissance navale de la planète, et la seconde en matière de projection de puissance. Elle se composerait, en effet, de trois porte-avions majeurs et de cinq navires d’assaut, ce qui est équivalent (pour l’instant), à la Marine chinoise. Néanmoins, la Royal Navy et la Marine nationale ont une expérience de longue date concernant la projection de puissance, opérant porte-avions et navires d’assaut sans interruption (ou presque), depuis la Seconde Guerre mondiale, là où la Marine chinoise ne dispose de son premier porte-avions que depuis une dizaine d’années, et de son premier LPD, depuis vingt ans.
The Royal Navy warship HMS Defender has joined the French aircraft carrier Charles de Gaulle ready to support operations against Daesh.
La flotte d’escorteurs se compose, elle, de 10 destroyers antiaériens, 6 Type 45, 2 Horizon et 2 FREMDA, tous mettant en œuvre 32 ou 48 très performants missiles Aster 15 et 30. À cela s’ajoutent aujourd’hui 18 frégates ASM et cinq frégates légères, ainsi qu’une vingtaine de patrouilleurs océaniques et frégates de surveillance armés.
En matière de sous-marins, La Royal Navy et la Marine nationale aligne, aujourd’hui, 11 sous-marins nucléaires d’attaque, évoluant rapidement vers une flotte de 13 navires modernes et performants, 7 Astute et 6 Suffren, sensiblement supérieurs aux Akula, Anteï, Sierra et Viktor III, qui forment le gros de la flotte nucléaire tactique russe aujourd’hui.
Une vingtaine de navires de guerre des mines, en cours de remplacement, et une flotte de soutien composée de 12 pétroliers ravitailleurs (un des grands points forts de la Royal Navy), et de trois grands navires de soutien de débarquement de la classe Bay, complètent cette flotte de surface très cohérente.
L’aéronautique navale alignerait 70 chasseurs embarqués Rafale M et F-35B, 3 Awacs E2-C/D Hawkeye, 25 avions de patrouille Maritime Atlantique 2 et P-8A Poseidon, ainsi que plus de 130 hélicoptères dont une cinquantaine équipée pour la lutte anti-sous-marine.
Cette force navale combinée dépasse en nombre et capacités les forces de surface russes, et disposent de moyens dissuasifs pour contenir la flotte sous-marine de Moscou. Elle peut, en outre, déployer des moyens importants en Méditerranée et autour du Golfe Persique en cas de besoin, et dispose d’un format suffisant pour garantir une disponibilité suffisante d’un groupe aéronaval et d’un groupe d’assauts amphibie, avec les aéronefs, navires d’escorte et de soutien nécessaires.
Une dissuasion suffisante pour contenir pleinement la menace russe en Europe
Reste à étudier le domaine le plus critique de dossier, la dissuasion. Ensemble, la dissuasion française et britannique représentent 8 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, chacun d’eux étant armé de 16 missiles balistiques M51 et Poseidon.
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Cette configuration permet de maintenir à la mer, en temps de paix, deux SNLE, et de garder en alerte 24 h, deux autres, sur deux sites différents. En outre, la France conserve deux escadrons de chasse stratégiques armés de missiles de croisière supersoniques à charge nucléaire ASMPA-R, et d’une capacité à équiper certains Rafale M de la flottille 12F de ce missile.
Ce dispositif est aujourd’hui largement suffisant pour neutraliser tous les scénarios, qu’il s’agisse de défendre les deux pays, ou l’ensemble des alliés européens, face à la menace russe, qu’elle soit stratégique ou tactique.
Rappelons, en effet, que les États-Unis ne disposent que de 12 SNLE aujourd’hui, pour porter la dissuasion de seconde frappe, ainsi que de 400 missiles ICBM en silo, et une centaine de bombardiers stratégiques, sachant qu’ils doivent nécessairement disposer d’une telle puissance de feu pour tenir en respect simultanément la Russie, la Chine et la Corée du Nord, et qu’ils doivent, en outre, protéger le territoire US, l’Australie, le Japon et la Corée du Sud, hors domaines dans l’hypothèse européenne.
Redynamiser les accords de Lancaster House pour viser non la standardisation, mais la complémentarité des moyens et des expériences
Enfin, un rapprochement stratégique franco-britannique ouvrirait de nombreuses opportunités de coopération dans le domaine de l’industrie de défense, spécialement si Londres et Paris cherchent davantage la complémentarité des moyens, que leur homogénéité.
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Ainsi, Paris dispose des technologies de missiles balistiques stratégiques à changement de milieux, qui échappe à l’industrie de défense britannique, obligée de se tourner vers le Poseidon américain pour armer ses SSBN. Dans l’hypothèse d’un retrait sur soi isolationniste des États-Unis, une telle alternative permettrait de préserver l’efficacité de la dissuasion britannique.
Dans d’autres domaines, ce sont les industries britanniques qui se trouvent en avance sur leurs homologues françaises, ou qui disposent de compétences complémentaires, permettant au couple franco-britannique défense, de se hisser au même niveau technologique que les États-Unis sur l’immense majorité des technologies defense.
Un rapprochement organique des armées des deux pays, favoriserait la résurgence des accords de Lancaster House, qui permettrait de mutualiser certains développements d’équipements majeurs.
Enfin, et c’est loin d’être négligeable, eu égard des difficultés que rencontrent aujourd’hui les armées des deux pays, un rapprochement permettrait de mettre en commun les expériences acquises pour résoudre certains de ces problèmes, à un niveau bien supérieur que le simple échange. On peut également assumer que certaines ressources de soutien, de commandement, de renseignement et de formation, gourmandes en moyens, pourraient être, elles aussi, mutualisées, précisément pour optimiser l’efficacité et en diminuer les couts financiers comme l’empreinte en matière de personnels.
Même dans le domaine du recrutement, il est possible, sans que ce soit garanti toutefois, que la dynamique ainsi créée, participe à un regain d’attrait des armées auprès de la jeunesse des deux pays, surtout si, dans ce domaine également, les initiatives sont prises conjointement.
Un effet de contagion européen autour d’un rapprochement franco-britannique en matière de défense
Reste que même en présentant un front uni, et une coordination organique de leurs armées, le couple franco-organique pourrait avoir du mal à convaincre les plus réticents des pays européens, qu’il s’agisse de convictions ou d’ambitions politiques et industrielles.
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Cependant, comme pour le cas du rapprochement entre les deux pays, Paris et Londres pourront s’appuyer sur certains alliés historiques, pour créer une dynamique suffisante en Europe, pour rassembler une majorité de pays.
Ainsi, la Belgique serait, de toute évidence, le premier pays à se tourner vers cette alliance, Bruxelles étant un allié historique des deux pays, et un partenaire clé de la France en matière de défense. Il en va de même de la Grèce, surtout si l’alliance résultante venait à ne porter que sur les pays européens, excluant de fait la Turquie.
Les Pays-Bas, le Luxembourg et la Norvège, pourraient rapidement suivre, là encore en lien avec les alliances historiques vis-à-vis de Paris et Londres, entrainant avec eux la Scandinavie, et certainement les Pays Baltes, le plus en demande en matière de protection stratégique.
Les plus difficiles à convaincre, autour d’une telle alliance formée autour des dissuasions et des armées françaises et britanniques, seraient probablement la Pologne, l’Italie et surtout, l’Allemagne. Chacun de ces pays investit, en effet, massivement pour prendre une position dominante dans la défense européenne, sans toutefois pouvoir se passer de la dissuasion nucléaire américaine.
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De fait, l’hypothèse de voir ces ambitions s’effacer face à la dissuasion franco-britannique, et à une puissance militaire coordonnée de ces deux pays, fédératrice en Europe, serait certainement accueillie plus que froidement, en particulier par Berlin.
Toutefois, si le nombre de pays européens s’alignant sur cette initiative devait atteindre un certain seuil, nul doute que Berlin, Varsovie et Rome feraient de même, assurément en cherchant à prendre une position dominante dans ce nouveau dispositif.
Conclusion
On le voit, l’hypothèse d’une coordination étroite entre Paris et Londres, concernant l’utilisation de leurs forces armées, et de leur dissuasion, représente très certainement la meilleure, peut-être même la seule, alternative pour empêcher l’effondrement du bloc européen, si la protection américaine du vieux continent venait à être supprimée, ou significativement réduite.
Il est certainement inutile, aujourd’hui, d’envisager publiquement un tel scénario, ceci ne pouvant que créer des tensions avec Washington et avec plusieurs capitales européennes, alors que le cas ne se présente pas encore.
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Néanmoins, étant donné la nature et la réactivité potentielle de la menace sur l’Europe, comme de celle sur la protection américaine, il serait certainement bienvenu que Paris et Londres entament, dès à présent, mais très discrètement, de telles discussions, pour être en mesure de réagir très rapidement le cas échéant.
Reste que, dans ce domaine, l’instabilité politique française, constitue un handicap plus que sévère pour entamer des discussions aussi stratégiques avec les autorités britanniques, elles-mêmes exposées à des problèmes importants sur la scène intérieure.
Il faut pourtant espérer que le sens de l’anticipation des dirigeants français et britanniques, ne soit pas à ce point émoussé par les considérations intérieures, qu’ils en auront perdu de vue la réalité des menaces stratégiques qui peuvent advenir à court terme, en particulier en Europe, et que l’hypothèse ici soulevée, aura été abordée, même de manière informelle.
En matière de défense antiaérienne à moyenne et longue portée, l’offre occidentale est relativement réduite, avec le Patriot américain, le David Sling israélien et le SAMP/T Mamba franco-italien.
D’une portée de 100 à 200 km, et d’un plafond de 25 à 35 km, ces systèmes sont en mesure d’assurer une défense efficace contre les avions de combat, les hélicoptères et les missiles évoluant à moyenne et haute altitude, ainsi que contre les missiles balistiques à courte ou moyenne portée, dans leur phase descendante.
En dépit de succès commerciaux limités jusqu’à présent, en particulier face à l’omniprésent Patriot américain, Paris et Rome ont, ensemble, développé une nouvelle version modernisée du Mamba, baptisée SAMP/T NG, déjà commandée, en 2023, à deux exemplaires, un par pays, à des fins de développement.
Le ministre des Armées français, Sébastien Lecornu, vient de confirmer, à l’occasion d’une rencontre avec son homologue italien Guido Crosetto, la commande du rétrofit des 7 batteries Mamba restantes, au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace, vers le SAMP/T NG, avec une première livraison qui interviendra dès 2026.
Sommaire
Paris commande le rétrofit de 7 SAMP/T NG supplémentaires pour moderniser l’ensemble de ses batteries Mamba
La transformation des 8 batteries Mamba française au standard SAMP/T NG, n’est pas une surprise. Celle-ci était, en effet, planifiée dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, qui doit également permettre la commande de 4 batteries supplémentaires en 2027.
Le radar GF300 de Thales est intégré à un conteneur standard permettant une mise et une sortie de batterie en quelques minutes seulement
Selon la LPM, l’Armée de l’Air et de l’Espace alignera donc, en 2032, au terme de ces deux contrats, 12 batteries SAMP/T NG, soit une progression de 50 % vis-à-vis du format actuel, deux des dix batteries initiales ayant été retirées depuis leur entrée en service. Rappelons que, parallèlement, l’AAE doit recevoir, sur cette LPM, un total de 12 batteries VL MICA d’ici à 2035, dont 9 batteries jusqu’en 2030, qui remplaceront les systèmes Crotale NG encore en service.
Les budgets de ces deux opérations majeures, permettant de radicalement moderniser et étendre la défense aérienne française, n’a pas été publiquement annoncé. Au mieux, sait-on qu’en 2024, pas moins de 700 m€ auront été investis par les armées dans ce domaine.
Le SAMP/T NG, un nouveau système de défense aérienne et antibalistique multicouche et modulaire très prometteur
Les batteries SAMP/T NG ne seront pas seulement plus nombreuses au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elles seront aussi beaucoup plus performantes que les Mamba actuels, pourtant déjà fort efficaces, en Ukraine.
Vue d’artiste du système SAMP/T NG
En effet, le SAMP/T NG apporte de nombreuses améliorations très significatives, comme le nouveau radar Ground Fire GF300 de Thales. Doté d’une antenne AESA, ce radar assure une surveillance à 360° avec une élévation atteignant 90°, et peut suivre simultanément jusqu’à 1000 cibles, allant du drone léger à basse altitude (en fonction de l’altitude et de la distance), au missile balistique, et même les munitions comme les obus de mortier et d’artillerie.
Le poste de contrôle a lui aussi été entièrement modernisé, afin de permettre à une équipe réduite de contrôler le radar et les 6 transporteurs érecteurs lanceurs (TEL) armés chacun de 6 missiles Aster 30 Block 1 antiaérien et antibalistique SRBM et Block1 NT, antibalistique MRBM. Sa conception modulaire et embarquée dans des conteneurs, permet en outre une mise en batterie en 15 minutes seulement, et une levée de batterie en 10 minutes.
Mais la plus grande innovation concernant le SAMP/T NG n’a été dévoilée que récemment. En effet, outre les 6 TELs Aster, le système peut intégrer nativement une batterie VL MICA, son radar et ses TELs, pour ajouter des missiles VL MICA d’une portée de plus de 20 km, et étendre ainsi ses capacités de défense. Les SAMP/T NG actuellement livrés n’intègreront cependant pas cette capacité, qui n’a pas encore été formellement commandée par le ministère des Armées.
La modularité du système permet, en outre, d’ajouter ou de connecter d’autres systèmes, de sorte à disposer d’un système antiaérien multicouche qui n’aura rien à envier aux systèmes comparables russes, israéliens ou chinois, spécialistes de ce type de défense intégrée.
Nouveaux missiles antibalistiques Aster Block1 NT
L’autre avancée majeure du SAMP/T NG concerne l’intégration du missile antibalistique Aster 30 Block1 NT. Ultime représentant, à ce jour, de la famille Aster, ce missile est, en effet, conçu pour être en mesure d’intercepter avec une grande efficacité les missiles balistiques SRBM (Short-Range Ballistic Missile) et MRBM (Medium Range Balistique Missile), d’une portée atteignant 1500 km.
Les 7 batteries SAMP/T Mamba françaises seront modernisées vers le SAMP/T NG 78
Pour cela, le missile dispose d’un nouvel autodirecteur radar en bande Ka, qui augmente la portée de détection et la capacité de détection contre des cibles plus furtives, notamment grâce à un faisceau radar plus étroit, permettant d’augmenter sensiblement les chances d’impact direct de la cible.
Le Block 1NT est à ce point performant qu’il est capable, selon MBDA, d’intercepter les têtes multiples larguées par les missiles balistiques, ainsi que d’intercepter les missiles évoluant à vitesse hypersonique et disposant de capacités de manœuvre. Il faudra cependant attendre le missile AQUILA de MBDA, pour intercepter des planeurs hypersoniques en phase de planée de transit.
Le Mamba fait ses preuves en Ukraine, mais reste discret sur ses succès
Ainsi paré, le SAMP/T NG sera donc bien plus performant et efficace que le SAMP/T Mamba qu’il va remplacer. Pourtant, ce dernier a montré une grande efficacité opérationnelle, depuis que la première batterie, envoyée par Rome, est arrivée en Ukraine.
Certes, les autorités ukrainiennes, françaises et italiennes, demeurent relativement discrètes au sujet des performances de cette batterie. Cependant, depuis son entrée en service, les ministres de la Défense français et italiens, Sébastien Lecornu et Guido Crosetto, se montrent particulièrement confiants dans les performances du système franco-italien, soutenant, l’un comme l’autre, qu’il s’est avéré très efficace, en Ukraine, y compris contre les missiles balistiques, les drones et, même, les missiles hypersoniques, bien qu’aucune source indépendante ne confirme cela.
Les 7 batteries SAMP/T Mamba françaises seront modernisées vers le SAMP/T NG 79
On remarque, également, qu’alors que les Ukrainiens demandaient davantage de batteries Patriot jusque-là, ils se sont mis, une fois le Mamba mis en service, à réclamer avec autant d’instance plus de batteries SAMP/T. Leur souhait a d’ailleurs été exaucé puisque l’Italie a annoncé l’envoie d’une seconde batterie, il y a peu.
Paris et Rome tentent de pousser le SAMP/T NG sur le marché européen
Ces performances opérationnelles à venir, associées au fameux badge « Combat Proven », ainsi que les menaces diffuses qui subsistent concernant la position de Donald Trump vis-à-vis de l’Europe, s’il venait à être élu, semblent d’ailleurs avoir convaincu les deux ministres de l’opportunité de pousser le SAMP/T NG sur le marché européen et mondial.
Il faut dire que, jusqu’à présent, le système européen n’avait guère convaincu du point de vue commercial, seul Singapour s’étant porté acquéreur du système, dont il est très satisfait, soit dit en passant.
Pour cela, Paris et Rome mettent en avant non seulement les capacités du nouveau SAMP/T NG, mais également son prix, compétitif vis-à-vis du système américain, et surtout sa dimension purement européenne, indépendante de toute interférence étrangère.
Il faudra, cependant, à MBDA, de se montrer effectivement capable d’accroître ses capacités de production de missiles, à un niveau suffisant pour soutenir un engagement, et plus globalement, de livrer rapidement systèmes et minutions, pour que français et italiens puissent effectivement convaincre en Europe, qu’il s’agisse du SAMP/T NG comme du VL MICA.
On le sait, les armées américaines, y compris l’US Air Force, rencontrent de sérieux problèmes dans le domaine des ressources humaines, handicapées par l’insuffisance des recrutements, et les non-renouvellements de contrats, créant une hémorragie difficile à juguler.
Ce problème touche désormais toutes les spécialités, y compris la fonction la plus attractive et symbolique de l’US Air Force, les pilotes de chasse. En effet, dans une note de service récemment publiée, celle-ci indique qu’il lui manque, aujourd’hui, plus de 1800 pilotes, dont 1142 pilotes de chasse, vis-à-vis de ses effectifs planifiés.
Et cela commence à sévèrement handicaper le fonctionnement même de la formation de ces pilotes, avec, à terme, une possible diminution du potentiel opérationnel de la plus puissante force aérienne de la planète.
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Il manque 1848 pilotes, dont 1142 pilotes de chasse à l’US Air Force en 2024
La note de service, rédigée en aout 2024, et dont l’authenticité a été confirmée par les journalistes du site Defensenews.com, indique que l’US Air Force fait face, aujourd’hui, à un déficit de 1848 pilotes diplômés, dont 1142 pilotes de chasse, pour satisfaire à ses objectifs d’effectifs.
Il manque 1142 pilotes de chasse à l'US Air Force 86
À titre de comparaison, l’Armée de l’Air et de l’espace aligne un peu plus de 900 pilotes de chasse, pour une flotte de 185 avions de combat. De fait, un déficit de 1100 pilotes représente un déficit global estimé représentant plus de 200 avions de combat, soit 10 % de la flotte de chasse de l’US Air Force, qui aligne 11900 pilotes de chasse pour 2000 chasseurs en ligne.
Les jeunes pilotes de chasse de l’USAF envoyés vers d’autres types d’appareils, faute de capacités d’instruction
Les effets de ce déficit de pilotes de chasse, pourraient même avoir des effets encore plus sévères sur le flux des ressources humaines de l’US Air Force. En effet, il apparait qu’aujourd’hui, celle-ci se voit contrainte d’orienter les pilotes de chasse fraichement macaronés à l’issue de la formation sur T-38 Talon, vers d’autres spécialités.
Ce déficit de pilotes ne concerne pas spécialement les jeunes recrues, mais également, et surtout, les pilotes confirmés, ceux-là mêmes qui encadrent et forment les jeunes macaronés sur les avions d’armes F-15, F-16, A-10, F-22 et F-35.
Ce faisant, l’US Air Force est contrainte de créer un tampon entre la sortie de l’école de chasse initiale, sur T-38, et la transformation sur avion d’arme, notamment en orientant les jeunes pilotes vers un rôle d’instructeur initial sur T-6, pendant une année ou plus. Notez qu’il s’agit d’une solution que les armées françaises avaient, elles aussi, mise en œuvre, parfois à l’excès, dans les années 90 et 2000.
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D’autres pilotes fraichement macaronés se voient proposer une réorientation, potentiellement temporaire, vers d’autres spécialités, comme les forces de bombardement, ou de transport, sachant qu’ils auraient, selon l’USAF, la possibilité de revenir vers la spécialité chasse, lorsque les circonstances le permettront.
Les armées américaines et la Garde Nationale handicapées par l’insuffisance des recrutements et des renouvellements de contrats
La situation qui touche aujourd’hui les pilotes de chasse de l’US Air Force, concerne aussi, dans les faits, l’ensemble des spécialités pour toutes les armées américaines, y compris la réserve et la Garde nationale.
Ainsi, en 2023, Il manquait 41 000 nouvelles recrues à l’US Army, alors que l’US Navy n’a atteint, sur cette année, que 65 % de ses objectifs de recrutement. Paradoxalement, après plusieurs années difficiles, l’US Air Force est parvenue, en 2023, à rétablir l’équilibre en matière de recrutement, alors que l’US Marines Corps et la nouvelle US Space Force, demeurent excédentaires dans ce domaine.
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Pour autant, même ces forces sont exposées à d’importants problèmes RH, en lien avec le faible taux de renouvellement des contrats des personnels, en particulier au terme de leur premier contrat, obligeant les armées à de profondes réorganisations et baisses d’effectifs, pour que ces déficits ne viennent pas déstabiliser l’emploi ou la formation des forces, comme c’est aujourd’hui le cas pour les pilotes de chasse de l’Air Force.
Dispenses médicales, remboursement des frais universitaires, primes…: les armées US multiplient les incitations pour juguler la crise des ressources humaines
Pour répondre à ce défi majeur, les armées américaines multiplient les initiatives et incitations, tant pour augmenter leur attractivité que pour faciliter la signature des contrats. En conséquence, les exigences, en matière d’aptitude physique, ont sensiblement été revues à la baisse, en particulier pour les spécialités dites « non-combattantes », pour lesquelles un mécanisme de dispense médicale a même été instauré.
Ainsi, l’indice de masse corporel exigé par les forces armées US a été rehaussé, ceci ayant permis d’étendre l’assiette de recrutement. En outre, certaines maladies rédhibitoires jusqu’à présent, comme le diabète ou l’endométriose, peuvent faire l’objet de dérogations, presque systématiquement accordées en fonction des spécialités.
Le niveau d’instruction requis des militaires ayant beaucoup augmenté des deux dernières décennies, les armées américaines ont également mis en place un mécanisme permettant aux volontaires d’apurer leurs crédits étudiants, lors de la signature de leur premier contrat.
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Des efforts très importants ont aussi été mis en œuvre pour tenter de retenir les militaires en fin de contrat, en particulier pour les spécialités en tension. Ainsi, en fonction de l’expérience, de la spécialité, et de la durée du contrat de réengagement, l’US Air Force accorde aujourd’hui aux pilotes, une prime annuelle allant de 15.000 à 50 000 $, ce qui peut représenter jusqu’à 600 000 $, en plus d’une solde revue à la hausse, pour un contrat de 12 ans.
Des difficultés RH qui touchent toutes les armées occidentales
Les difficultés, en matière de recrutement et de renouvellement de contrat, sont loin de ne concerner que les armées américaines. Ainsi, l’immense majorité des forces armées européennes, mais aussi japonaises ou australiennes, est exposée aux mêmes problèmes.
C’est en particulier le cas des armées britanniques. Ainsi, il y a quelques mois, un parlementaire londonien indiqua que les armées britanniques perdaient ses effectifs trois fois plus vite qu’elle ne parvenait à les recruter. Le problème est tel qu’aujourd’hui, certains navires, comme les deux navires d’assaut de la classe Albion, et plusieurs navires de la Royal Auxiliary Fleet, sont maintenus à quai, faute de pouvoir les armer d’un équipage complet.
Il en va de même de la Marina Militare, la Marine italienne. De l’aveu de son chef d’état-major, l’amiral Guiseppe Cavo Dragone, il y a quelques mois, il manquait aujourd’hui 10.000 marins italiens pour mettre en œuvre efficacement la nouvelle flotte italienne. Un an plus tôt, son prédécesseur, l’amiral Enrico Credendino, avait reconnu, devant les parlementaires italiens, être incapable de fournir un équipage complet à toutes ses frégates, ce qui n’empêche pas Rome de commander de nouveaux navires pour étendre sa flotte.
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Pour répondre à ce défi, plusieurs pays, notamment en Scandinavie et dans les pays Baltes, ont, à nouveau, recours à la conscription, selon un modèle, la conscription choisie, qui désormais intéresse jusqu’aux grands pays d’Europe de l’Ouest, dont l’Allemagne, elle aussi très exposée à ce type de contraintes RH.
Fort heureusement, ces difficultés ne concernent pas que les démocraties occidentales. Ainsi, même la très puissante Armée Populaire de Libération, rencontre aujourd’hui des difficultés en matière de ressources humaines, même si, dans ce cas précis, c’est bien davantage l’inaptitude médicale, qui touche plus des deux tiers des jeunes chinois, qui handicape les processus de recrutement. Toutefois, dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, les réserves demeurent importantes pour Pékin, tout au moins pour l’instant.
Conclusion
Les difficultés RH, que rencontrent nombres d’armées, constituent, aujourd’hui, un des enjeux les plus cruciaux, et les plus complexes, à surmonter, pour s’assurer de disposer d’une puissance militaire efficace et, donc, dissuasive.
Ce paramètre, souvent ignoré face à d’autres critères, comme l’effort de défense, ou l’arsenal des équipements militaire, représente pourtant le pivot même permettant de convertir une administration militaire en une véritable force armée.
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On remarque, à ce titre, que les stratégies mises en œuvre varient considérablement selon que le pays a une tradition opérationnelle forte, ou qu’il est exposé à une menace directe, et les pays se sentant, à tort ou à raison, moins exposés.
Ainsi, si les premiers se montrent inventifs et réactifs pour palier des déficits RH, les autres, au contraire, privilégient des armées » de façade « , tout en répondant strictement aux exigences de l’OTAN, par exemple, en multipliant les acquisitions d’équipements, sans chercher à résoudre les déficits RH constatés.
C’est pourtant bien ce domaine qui conditionnera effectivement l’efficacité opérationnelle de ces armées, si elles devaient effectivement être engagées au combat. Il est probablement temps, à présent, et face à la réalité des menaces, de transformer les objectifs fixés par l’OTAN sur la base de seuls critères budgétaires et d’équipements, pour s’assurer que ces alliés pourront, effectivement, répondre présent, de manière efficace, le moment venu.
En décembre 2023, Vladimir Poutine annonçait une nouvelle augmentation du format des armées russes, qui passait de 1,2 à 1,32 million de militaires en activité, et 2,3 millions de militaires, en comptant les réserves.
À peine un an plus tard, le chef du Kremlin récidive, pour la troisième fois depuis le début du conflit en Ukraine. Cette fois, 180.000 militaires supplémentaires rejoindront les armées russes à compter du 1ᵉʳ décembre 2024, pour atteindre un format de 1,5 million d’hommes, et 2,4 millions, réserves incluses.
Ce faisant, les armées russes deviendront la seconde force armée de la planète, en termes d’effectifs, derrière la Chine et ses 2 millions d’hommes, mais devant les 1,32 million de soldats américains, et les 1,43 million de soldats indiens, et faisant jeu égal avec les 1,55 m millions de soldats appartenant aux membres européens de l’OTAN.
Sommaire
Vladimir Poutine veut 180.000 militaires d’active de plus dans les armées russes, soit les effectifs de la Bundeswehr
Le 16 septembre 2024, Vladimir Poutine a annoncé avoir ordonné au gouvernement de prendre les mesures nécessaires, y compris du point de vue budgétaire, pour augmenter les effectifs des armées russes de 180.000 hommes, et ainsi les porter à 1,5 million d’hommes. Il s’agit d’une augmentation équivalente à l’ensemble des forces armées allemandes aujourd’hui (182.000 h), la seconde armée, en nombre, du bloc européen, après la France (208.000 h).
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Cette augmentation prendra effet le 1ᵉʳ décembre 2024, un an, jour pour jour, après la précédente augmentation d’effectifs de 170.000 hommes, ayant amené les armées russes au format de 1,32 million d’hommes, et 2,2 millions, en y incluant les réservistes.
Ce sera la troisième augmentation massive du format des armées depuis le début du conflit, celles-ci étant passées de 1 million d’hommes en janvier 2022, à 1,5 million théoriques, au 1ᵉʳ janvier 2025, sans devoir repasser par une impopulaire mobilisation, comme ce fut le cas en novembre 2022, pour contenir la contre-offensive Ukrainienne.
Les nouveaux effectifs serviront, selon Vladimir Poutine, à renforcer les armées, notamment les 700.000 hommes déployés dans le cadre de « l’opération militaire spéciale », en Ukraine, mais aussi, certainement, à regarnir les forces le long des frontières de l’OTAN et d’autres pays.
Les armées russes et la réserve représenteront 6 % de la population active russe masculine
Avec 1,5 million de soldats sous les drapeaux, et 900.000 réservistes, pour leur immense majorité, des hommes, les militaires représenteront alors 6 % de la population russe masculine de 15 à 64 ans, avec des taux de représentation certainement beaucoup plus élevés dans les tranches d’âge intermédiaires.
Il s’agira, alors, d’un effort de militarisation sans précédent en Russie, comme dans tous les pays membres de l’OCDE, depuis la fin de la guerre froide, nombre d’autant plus significatif qu’il concerne la population masculine censée être la plus active dans le pays, même si deux tiers des femmes russes travaillent aujourd’hui.
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En outre, cette captation de la population masculine active et fertile, aura sans doute un impact significatif sur l’évolution de la démographie du pays, surtout cumulée aux quelque 200.000 morts et 400.000 blessés estimés du côté russe de la guerre en Ukraine. Et ce, en dépit des efforts produits par les autorités pour inciter les femmes à faire beaucoup d’enfants, dès l’âge de 18 ans, sans grand succès jusqu’à présent, il est vrai.
La société russe se militarise encore davantage, pourquoi faire ?
Reste que cette annonce représente une nouvelle étape dans la très inquiétante militarisation de la société russe. Rappelons, en effet, que le discours officiel des autorités du pays, tend à considérer le conflit en Ukraine comme appartenant à un conflit plus large entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, qui pourrait bien connaitre d’autres points d’engagement, quelle que soit la conclusion, ou pas, du conflit ukrainien.
Ainsi, avec les 350.000 militaires supplémentaires qui seront enrôlés sous les drapeaux de décembre 2023 à décembre 2025, les armées russes pourront alimenter au moins deux groupes d’armées supplémentaires, susceptibles de faire peser une pression importante sur les pays frontaliers, notamment en Europe, et de saisir, le cas échant, toutes les opportunités qui se présenteront, qu’il s’agisse de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, ou d’un conflit sino-russe autour de Taïwan.
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À ce titre, le ministère de la Défense russe a annoncé, depuis deux ans, la constitution de près d’une centaine d’unités militaires nouvelles, pour l’essentiel situées dans la région Zapad (est) face aux frontières avec l’OTAN. Il est probable que ces effectifs supplémentaires serviront à constituer ces unités, et ainsi à retrouver une capacité d’initiative face à l’OTAN, même si le conflit ukrainien devait continuer à s’enliser.
Les interrogations sur la soutenabilité budgétaire de l’effort de défense russe deviennent plus pressantes
Si le Kremlin ne semble pas rencontrer de difficultés pour augmenter le format de ses armées, la population russe étant d’une docilité teintée d’un profond patriotisme sans faille, la soutenabilité de l’effort économique demandé par V.Poutine devient de plus en sujette à caution, alors que les réserves de change du pays tendent à diminuer rapidement.
En outre, là où Moscou comptait sur les banques chinoises, pour soutenir ses efforts financiers et budgétaires, celles-ci se sont majoritairement désengagées de l’économie russe, et refusent à présent de travailler en rouble, ce qui n’est guère de bon augure pour l’économie du pays, déjà isolée d’une grande partie des mécanismes mondiaux contrôlés par les banques et États occidentaux.
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Enfin, la réforme fiscale attendue en début d’année 2024, pour faire davantage peser la pression sur les revenus des grandes entreprises et des oligarques, n’aura finalement pas eu lieu, privant le Kremlin des ressources supplémentaires nécessaires pour financer cet effort de guerre, et obligeant les autorités à puiser dans les réserves financières restantes, d’autant que les échanges commerciaux avec certains grands partenaires, comme la Chine ou l’Inde, se font en yuans et en roupies, sans possibilité de les convertir à nouveau en roubles pour le fonctionnement de l’État russe.
À cela s’ajoute, à présent, l’épuisement progressif des stocks d’armes hérités de l’armée rouge, ne laissant plus que deux ans, peut être trois, durant lesquels ces blindés mis en réserve, pourront encore être transformés à moindre cout en blindés modernes pour remplacer les pertes enregistrées en Ukraine. Après quoi, Moscou n’aura, en effet, d’autres choix que de construire des équipements neufs, bien plus onéreux et longs à produire, ce qui viendra nécessairement handicaper ses capacités opérationnelles russes, en Ukraine ou ailleurs.
Une fenêtre d’opportunités de plus en plus étroite pour Vladimir Poutine
Il résulte de ce qui précède, deux conclusions. La première est que la ressource humaine constitue, aujourd’hui, la ressource la plus facilement et rapidement mobilisable pour le Kremlin, mais aussi la plus facilement remplaçable à court terme, même si les conséquences à plus long terme pourront être très lourdes.
En second lieu, il est évident, à présent, que la fenêtre d’opportunités pour employer efficacement l’outil militaire russe, tend à se réduire rapidement pour Vladimir Poutine, et que cet effort, tel que structuré aujourd’hui, ne pourra guère durer plus d’un ou deux ans encore, chaque mois passé supplémentaire venant encore davantage endommager durablement l’économie russe.
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À cela s’ajoute, enfin, les conséquences potentielles d’une élection de Donald Trump en novembre prochain, pouvant ouvrir de nombreuses opportunités relativement proches, ainsi que celles, plus lointaines, d’une possible confrontation sino-américaine dans le Pacifique, voire d’une nouvelle guerre en Corée ou au Moyen-Orient.
On comprend, dans ce contexte, les raisons ayant amené le chef du Kremlin à décréter une nouvelle augmentation massive du format des armées russes, ce qui s’avère le plus simple, le moins risqué et le moins contraignant, pour réagir aux évolutions géopolitiques probables à venir, et se saisir des opportunités en position de force, pour sortir au mieux de cette séquence.
Reste que le pari est aussi risqué qu’il est cynique, Poutine jouant avec la vie de ses concitoyens et celle des ukrainiens, pour espérer se trouver en position de force, militaire et diplomatique, le moment venu, si celui-ci vient effectivement. Car si Kamala Harris s’impose, que les théâtres taïwanais, coréens et moyen-orientaux demeurent figés, et que la résistance ukrainienne demeure, les options alors à sa disposition, seront aussi peu nombreuses qu’e’elles seront très risquées, pour lui, comme pour les autres.