dimanche, novembre 30, 2025
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Naval Group dévoilera ses ambitions en matière de navires sans équipage au salon Euronaval 2024

Depuis le début de la décennie, Naval Group nous a habitué à découvrir, en octobre de chaque année, de nouvelles avancées majeures en termes d’innovations navales. Cette année ne dérogera pas à la règle, avec une nouvelle gamme de services et équipements, entièrement tournée vers la mise en œuvre des navires sans équipage par les marines militaires, qui sera présentée lors du salon Euronaval 2024

Composée de quatre familles de produits, allant du grand navire autonome au module de contrôle lui-même, celle-ci couvre l’ensemble des besoins pour opérer efficacement ces nouveaux systèmes, dans de nombreux cas d’usages, faisant de Naval Group un pionnier européen dans ce domaine très prometteur.

La course aux navires sans équipage est lancée pour les grandes marines militaires

Des quatre grands domaines d’application de la technologie des drones (aérien, terrestre, spatial et naval), le naval est celui qui est apparu le plus tardivement. Il fallut, en effet, atteindre un programme de la DARPA en 2012, le programme ACTUV, qui se concrétisera avec la construction du SeaHunter, pour que le sujet prenne véritablement son envol, et commence à intéresser les grandes marines mondiales qui, jusque-là, se montraient plus que réservées quant à son application, au-delà de petits systèmes sous-marins autonomes de reconnaissance, souvent à usage unique.

USV Sea Hunter US Navy Darpa
USV Sea Hunter de l’US Navy

Il est vrai que de nombreuses inconnues et interrogations s’appliquaient à ce domaine spécifique, notamment pour ce qui concerne le traitement des avaries et des fortunes de mer, qui pourtant focalise une part importante de l’action à la mer d’un équipage de navire, militaire ou civil.

Pour autant, au fil des essais, le SeaHunter, puis le Sea Hawk, montrèrent de réelles capacités, y compris lors des grands exercices de l’US Navy. En outre, des navires plus petits, spécialisés dans la défense des infrastructures côtières, commencèrent à être développés par certains pays ayant acquis un important savoir-faire dans le domaine des drones aériens, comme la Turquie ou la Chine.

Ce furent toutefois les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine, en particulier autour de Taïwan, qui propulsèrent cette nouvelle technologie, aux avant-postes des priorités de l’US Navy.

Constatant la progression très rapide de la flotte de haute mer de la Marine chinoise, s’appuyant sur des moyens industriels considérablement plus importants que ceux disponibles aux États-Unis, et face aux difficultés RH auxquelles toutes les armées occidentales sont confrontées, l’US Navy élabora, à partir de 2020, un plan visant à developper une vaste flotte de navires autonomes, plus de 150, pour épauler ses propres frégates et destroyers, et ainsi faire jeu égal avec l’APL.

Peu de temps après, les succès enregistrés par les drones de surface ukrainiens face à la puissante flotte de la mer Noire russe, finirent de convaincre les états-majors du potentiel de cette approche.

Outre les États-Unis, la Chine et la Turquie, déjà cités, plusieurs pays se sont engagés, eux aussi, à developper des capacités dans ce domaine. C’est notamment le cas de la Grande-Bretagne, de la Corée du Sud, et du Japon.

Hanwha Ocean OSV Swarm
Modèle de USV en essaim par hanwha Ocean

Bien qu’évoquant, de manière discrète, des essais menés avec d’autres partenaires français, Naval Group était resté, jusqu’en 2021, discret, à ce sujet. La surprise fut donc totale, lorsqu’à l’occasion des Innovation Days de cette année, un événement interne destiné à promouvoir l’innovation et à communiquer sur les avancées réalisées, le constructeur naval français présenta un démonstrateur de sous-marin autonome de 10 mètres de long et de 10 tonnes.

Conçu en grand secret et sur fonds propres, celui-ci était loin de ne constituer qu’une vague recherche conceptuelle appliquée à une maquette. En effet, le navire entama, quelques jours plus tard, seulement, une première campagne d’essais, suivie de plusieurs autres par la suite.

L’initiative de Naval group ne passa pas inaperçue à l’hôtel de Brienne, le ministère des Armées libérant rapidement, au travers de la DGA, une première enveloppe pour participer aux essais. Depuis, le développement d’un démonstrateur opérationnel de sous-marin autonome, basé sur le concept initial de Naval Group, a été inscrit dans la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, dotée d’une enveloppe de 5 Md€, dans le domaine des drones et systèmes autonomes.

Loin de se satisfaire de ce succès, l’industriel français vient de dévoiler, en amont du salon Euronaval, une gamme entière de systèmes, dédiée à la mise en œuvre de ces nouveaux navires et sous-marins autonomes, à destination des marines militaires. Celle-ci se compose de quatre catégories de systèmes.

Seaquest S/M/L : des navires de surface sans équipage de 6 à plus de 60 mètres de long

La plus emblématique est la famille de navires de surface sans équipage, ou USV, baptisée Seaquest. Celle-ci se décompose en trois classes de bâtiments de tailles et de fonctions différentes.

Naval Group Seaquest M & L
Seaquest M et L issus de la presentation video Naval Group

Le Seaquest S (Small), d’une longueur de 6 à 12 m, a un format adapté pour être transporté et mis en œuvre à partir des grands navires militaires, comme les frégates, les destroyers, les navires d’assaut ou les navires de soutien. Ils peuvent, en outre, s’avérer utiles pour assurer des missions de surveillance et de protection spécifiques, dans des espaces restreints, comme les ports.

Le Seaquest M (Medium), aura une longueur allant de 15 à 50 mètres. Ce format permet à l’USV de recevoir certains équipements lourds et volumineux, comme des missiles, de l’artillerie navale, un sonar ou un radar. Ils seront très certainement dédiés aux missions de protection littorale, n’ayant pas l’autonomie et la tenue à la mer pour efficacement accompagner une flotte de haute mer.

Cette mission sera confiée au Seaquest L (Large). D’une longueur supérieure à 50 mètres, soit la taille d’une corvette, le navire autonome pourra emporter simultanément armement et systèmes de détection, et pourra les mettre en œuvre, y compris par des mers formées. Il sera donc parfaitement adapté pour accompagner et escorter les forces navales océaniques, pour en accroitre l’efficacité et la puissance feu.

Seagent M/XL pour l’autonomie des systèmes sous-marins

Étonnamment, Naval Group n’a pas choisi de décomposer son offre de sous-marins autonomes, sur le même modèle que celui de Seaquest, peut-être en raison des engagements liant déjà l’industriel à la DGA, dans ce domaine.

Naval Group Seagent XL
Seagent XL issu de la présentation vidéo Naval Group

Ainsi, la gamme Seagent se compose non de deux modèles de sous-marins autonomes de taille croissante, mais de deux systèmes autonomes, destinés à mettre en œuvre ces unités navales. Le Seagent M permet de contrôler et commander les systèmes sous-marins autonomes de moins de 6 mètres. On pense, ici, aux différents modèles d’USV de reconnaissance sous forme de torpille autonome, ou de planeur sous-marin, qui arriveront massivement dans les forces navales dans un avenir proche.

Le Seagent XL, lui, est destiné à des navires sous-marins de grande taille, pouvant se substituer, dans ses missions, moyens de détection et armement, à des sous-marins conventionnels, comme c’est le cas du démonstrateur DDO en cours de conception pour la DGA.

Sealken U-S-A Dock pour lancer et récupérer les drones et systèmes autonomes à la mer

La famille Sealken, quant à elle, répond à des besoins très concrets des marines, pour la mise en œuvre de leurs systèmes autonomes, qu’ils soient aériens, sous-marins ou de surface. Plus particulièrement, les systèmes Sealken sont conçus pour permettre la mise à l’eau, à à l’air, ainsi que la récupération à la mer, de ces différents systèmes autonomes.

Naval Group Seagent Command
Seagent Command issu de la présentation Naval Group

La famille se décompose en 3 spécialités, selon qu’il s’agit de drones aériens (Sealken A-Dock), de navires autonomes de surface (Sealken S-Dock) et de drones sous-marins (Sealken U-Dock).

Assez peu spectaculaire en apparence, la gamme Sealken démontre la volonté, pour Naval group, d’apporter une solution globale aux marines militaires, pour l’ensemble des problématiques liées à l’utilisation des systèmes autonomes, en particulier à la mer, et en condition opérationnelle.

Steeris Mission System et Command : le cœur modulaire pour contrôler les drones et navires autonome

Le dernier composant de la gamme Naval Group, concerne le contrôle et la communication de ces systèmes autonomes, à bord des navires militaires, ou de la terre. Baptisée Steeris, cette offre se compose d’un système de mission permettant de piloter et de transmettre des instructions aux drones, et d’un module de commande (Steeris Command), conçu pour concentrer dans un espace restreint (un conteneur de 20 pieds, semble-t-il), l’ensemble des moyens de communication et des postes de commandes, permettant de contrôler ces drones, y compris en essaim, avec une équipe réduite.

Naval Group Steeris Command
Steeris Command issu de la présentation naval Group

On le voit, l’offre de Naval Group, qui sera détaillée lors du salon Euronaval, va bien au-delà de la simple présentation d’un nouvel USV, ou d’un dispositif de mise en œuvre des drones et navires autonomes. Il s’agit, en effet, d’une gamme de produits et services complète, portant en elle les premiers éléments d’une normalisation dans ce domaine, pour centraliser la mise en œuvre d’une vaste offre de systèmes autonomes navals.

Une alternative prometteuse aux contraintes qui s’appliquent aux navires militaires et à leurs équipages

La nouvelle gamme de Naval Group, particulièrement élargie et complète, s’avère donc très prometteuse, pour favoriser l’arrivée des systèmes autonomes dans les marines militaires, mais aussi pour répondre à de nombreuses contraintes auxquelles celles-ci sont exposées ces dernières années.

Ainsi, les unités de taille réduite, comme la Seaquest S, et le système de contrôle Steeris, offrent conjointement des alternatives intéressantes pour renforcer rapidement et efficacement la protection des infrastructures navales, notamment contre les tentatives de renseignement adverse, et ce, sans devoir mobiliser un grand nombre de personnels.

Associés aux Seaquest M et aux Seagent S/XL, pouvant opérer en amont des infrastructures elles-mêmes, ces systèmes permettent de créer un rideau défensif côtier permanent qui, autrement, aurait mobilisé un grand nombre de moyens et d’opérateurs.

Alors que les tensions vont croissantes sur plusieurs théâtres d’opération, cette gamme de protection côtière, par ailleurs transportable et projetable, permettrait de sensiblement durcir la sécurité des emprises navales, y compris contre la menace des drones d’attaque de surface, comme ceux employés en Ukraine.

Naval Group XLUUV
Naval Group dévoilera ses ambitions en matière de navires sans équipage au salon Euronaval 2024 12

Pour les flottes de haute de mer et de projection de puissance, le système proposé par Naval Group permet d’ajouter des USV et UUV aux capacités déployables par les grandes unités de surface, avec une empreinte limitée, puisqu’embarqué dans un simple module de mission standard.

Surtout, avec les Seaquest L et Seagent XL, ces flottes peuvent sensiblement accroitre leurs capacités défensives, en disposant d’un regain sensible de munitions disponibles, ainsi que de senseurs.

Ceci permet non seulement d’accroitre la puissance de feu de la flotte, en particulier pour faire face à des attaques de saturation, mais aussi d’étendre le périmètre de détection, et même de mettre en œuvre certaines capacités améliorant l’efficacité des senseurs, comme le multistatisme.

Reste que le plus grand intérêt, concernant l’offre de Naval group, repose sur son évident objectif pour en limiter le poids en matière de ressources humaines nécessaires à la mise en œuvre des systèmes. Or, toutes les armées occidentales, aujourd’hui, font face à d’importantes difficultés dans le domaine des ressources humaines, qui sont devenues, au fil des années, le facteur le plus contraignant concernant l’évolution de leur format.

Une technologie encore jeune, qui doit faire face à de nombreuses inconnues

Pour autant, il reste encore de nombreuses inconnues à lever, pour Naval group, comme pour tous les industriels engagés dans la révolution robotique des systèmes autonomes, pour définitivement convaincre les armées, en particulier les marines.

navires autonomes Sea hunter et Seahawk US navy
Naval Group dévoilera ses ambitions en matière de navires sans équipage au salon Euronaval 2024 13

Ainsi, si les démonstrations d’efficacité et de fiabilité des systèmes Sea Hunter et Sea Hawk de l’US Navy, ont apaisé les oppositions dans les marines militaires, il reste à s’assurer de leur réelle fiabilité à la mer, sur de longues durées, et notamment la manière dont ces systèmes autonomes peuvent être entretenus et réparés, en cours de mission, par les équipes techniques des destroyers et frégates qu’ils accompagnent.

Le poids de la maintenance doit, en outre, être analysé dans sa globalité. Ainsi, une étude de l’US Navy avait montré les risques d’engorgement des infrastructures de maintenance navale, par ces systèmes autonomes, alors que la maintenance à la mer ne sera que très limitée, ce qui obligera à une plus longue captation des moyens de maintenance dans les ports d’attache, entre les missions.

La fiabilité opérationnelle de ces systèmes, devra également être démontrée, en particulier en situation de combat, alors que les navires doivent être non-émitifs, et que la guerre électronique fait rage.

Plus globalement, les couts de construction et de possession de ces systèmes, sont encore très vagues, de sorte qu’il est difficile d’en apprécier la soutenabilité réelle, pour les marines aux moyens déjà sous fortes tensions.

HSU 001 UUV chine 2021
Présentation des drones UUV chinois HSU-001 en 2021

Enfin, reste le risque d’un abaissement du seuil d’engagement, que les systèmes autonomes portent intrinsèquement avec eux. On se rappelle, ainsi, le drone RQ-4 Global Hawk américain, abattu par un missile de défense aérienne iranien en juin 2019, et qui avait amené le président Trump à ordonner des frappes massives sur l’Iran en représailles.

Fort heureusement, sous la pression de ses conseillers proches, le président américain annula l’ordre de frappe au dernier moment. Toutefois, il est très probable que Téhéran n’avait pas anticipé une telle riposte potentielle des États-Unis, pour la destruction d’un système non habité.

Plus globalement, des études ont montré que l’utilisation croissante de systèmes non pilotés, abaissait sensiblement les seuils d’engagement des forces, les siennes comme celles de l’adversaire, avec un risque, lui aussi croissant, d’escalades à suivre.

Au-delà de ces aspects purement techniques et opérationnels, entourant la nouvelle offre de systèmes autonomes de Naval Group, l’industriel français fait, cette année encore, la preuve de son grand dynamisme en matière d’innovation, de recherche et développement, ainsi que d’ambitions et de stratégies.

Ainsi, après avoir présenté le drone sous-marin DDO en octobre 2021, Naval Group avait présenté, en octobre 2023, le Lanceur Modulaire Polyvalent, à nouveau à l’occasion des innovations Days, un système de défense rapproché permettant de mettre en œuvre 4 modules comprenant chacun 4 missiles à très courte portée Mistral-3, ou deux missiles MMP, 10 roquettes à guidage laser de 70 mm, ou deux charges de profondeur anti-sous-marine.

LMP Naval Group
Le Lanceur Modulaire Polyvalent, ou LPM, présenté par Naval group Uax Innovation Days 2023

Au même moment, Naval Group annonça le passage de sa gamme de sous-marins conventionnels, Scorpene et Barracuda, aux batteries lithium-ion, devenant le premier en Europe, et le second à l’échelle de la planète, à offrir de type de technologie.

L’industriel français présente donc, sur une base annuelle (2022 ayant été marqué par le salon Euronaval et la présentation du PANG), de réelles innovations, susceptibles de changer de manière sensible la conduite des opérations navales militaires.

On retrouve ce dynamisme dans l’extension des moyens et infrastructures industrielles du groupe. Celui-ci a, ainsi, présenté il y a peu, l’architecture retenue pour son nouveau site qui sera construit à La Londes, entre Toulon et Hyères, et qui sera entièrement dédié à la recherche et la production de systèmes autonomes et de drones navals.

Ce dynamisme, qui n’est pas sans rappeler celui de DCNS dans les années 90, avec notamment les Frégates Légères Furtives, est d’autant plus notable que Naval Group demeure un groupe industriel à forte dimension publique, parvenu à se défaire du fonctionnement de type arsenal, pour s’engager pleinement, et avec un évident succès, sur le marché mondial.

Conclusion

Une nouvelle fois, donc, Naval group nous aura gratifié d’une annonce spectaculaire, ce mois d’octobre 2024, avec la présentation de sa gamme complète dédiée aux systèmes navals autonomes.

Innovation days naval group
Les innovation days de Naval group sont devenus un rendez-vous attendus

Non seulement l’industriel français se positionne-t-il sur l’ensemble des créneaux identifiés sur ce marché, du drone de surface portuaire au grand navire autonome d’accompagnement hauturier, mais il propose une gamme complète de services et de produits, pour mettre en œuvre ces systèmes, de la manière la plus efficace qui soit.

Il reste, naturellement, beaucoup de chemins à parcourir, et cela commencera par la construction de démonstrateurs permettant de valider le potentiel opérationnel de ces systèmes, ainsi que la maitrise technologique de Naval Group dans ce domaine.

Pour autant, la dynamique est bien lancée, plaçant le français en amont de ses concurrents européens, et de manière élargie, dans un trio de tête mondial, concernant les technologies de systèmes navals autonomes, aux côtés des États-Unis et de la Chine.

On ne peut qu’espérer, comme ce fut le cas pour le démonstrateur de drone sous-marin en 2021, que la DGA embarquera rapidement dans cette aventure (si ce n’est pas déjà fait…), de sorte à associer un calendrier ambitieux, à ces initiatives qui le sont tout autant.

Le sous-marin nucléaire chinois ayant coulé est-il une supercherie ?

Depuis quelques jours, un grand nombre de sites d’informations, américains comme européens, relaient une actualité préoccupante. En effet, le premier des tout nouveaux sous-marins nucléaires chinois, de la classe Zhou, aurait coulé dans le fleuve Yangtsé, à proximité de la ville de Wuhan.

Reprenant un article du Wall Street Journal, citant des sources anonymes du Pentagone, ces médias expliquent que le fleuron de la flotte sous-marine nucléaire chinoise, aurait coulé entre le mois de mai et le mois de juin, alors qu’il était à quai, à proximité des chantiers navals de la ville.

Depuis, une intense activité est observée par satellite, autour de ce quai, avec des grues de relevage sur différentes barges, pour tenter de renflouer le navire. Bien entendu, présentée ainsi, l’information paraît solide et convaincante.

Toutefois, lorsque l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit rapidement que l’argumentation avancée est pour le moins floue, et très peu étayée, et surtout, que rien ne colle, ici, avec l’hypothèse d’un SNA construit par ce chantier naval fluvial.

Alors, ce fameux sous-marin nucléaire chinois de la classe Zhou, a-t-il vraiment coulé comme avancé par l’ensemble de la sphère médiatique aujourd’hui ? C’est loin d’être évident…

Itinéraire d’un emballement médiatique autour d’une hypothèse très peu étayée

Tout a commencé par un article du Wall Street Journal, publié le 26 septembre. Selon l’auteur, Michael R. Gordon, le premier des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque chinois de la Zhou, aurait coulé dans le port fluvial de la ville Wuhan, une ville de près de 10 millions d’habitants situées sur le fleuve Yangtsé, à quelque 500 km de Shanghai, et de la mer de Chine.

classe Zhou Wuchang
Cette image montrerait le nouveau SSn classe Zhou à quai a Wuchang. le navire que l’on devine ici, ne fait pas plus de 80 metres de long, et 8 metres de maitre-bau.

Pour étayer ses propos, le journaliste s’appuie sur des clichés satellites montrant une intense activité de barges munies de grues autour du quai d’accueil des chantiers navals Wuchang, ainsi que sur les déclarations de sources venant du Pentagone, mais sous couvert d’anonymat, attestant de la véracité du sujet.

Très rapidement, l’information fit l’effet d’une bombe médiatique. D’abord aux États-Unis, avec plusieurs grands sites d’informations, et de chaines d’information continue comme CNN, qui reprirent le scoop du Wall Street Journal. Puis, en Europe, avec un trajet similaire. Avant de devenir un des sujets les plus débattus sur les réseaux sociaux aujourd’hui.

Ce type d’emballement avait déjà été observé, il y a quelques mois, au sujet d’une information, assez floue, mais très largement relayée, concernant la perte d’un des nouveaux sous-marins nucléaire lanceur d’engins de la Marine chinoise, information depuis largement mise en doute par des analyses objectives.

Ce fut aussi le cas, en 2023, autour d’un cliché montrant d’évidentes fissures importantes sur le pont du tout nouveau porte-avions chinois, le CV18 Fujian, observées là aussi, sur des images satellites. Il s’est avéré, par la suite, qu’il s’agissait de simples coulures de carburant ou d’huile sur le pont, qui avaient disparu après avoir été nettoyées.

Un sous-marin nucléaire chinois a-t-il vraiment coulé dans le fleuve Yangtsé ?

Il est encore trop tôt pour juger de la stricte véracité ou, au contraire, de la supercherie, concernant l’information au sujet du sous-marin du Wuhan. Toutefois, de nombreux facteurs devraient appeler à la réserve, avant de relayer cette information comme un fait avéré.

Le sous-marin nucléaire d’attaque classe Zhou n’existait pas avant cet incident

En premier lieu, l’article du WSJ parle d’un tout nouveau sous-marin nucléaire d’attaque chinoise, de la classe Zhou. Or, ce modèle est à ce point nouveau, qu’il n’apparait dans aucune nomenclature publique, avant cet article.

Type 09IIIb
Ce cliché de 2022 montrerait la nouvelle version Type 09IIIb de sous-marins nucléaire d’attaque chinois. Il est dépourvu de croix de saint-André.

Aujourd’hui, la flotte de SSN chinois se compose de 2 SSN Type 09III, de 4 SSN Type 09IIIa et de trois SSN Type 09I, proches du retrait. Un nouveau SSN, baptisé Type 09IIIb, a été observé après son lancement en 2023, et une nouvelle classe, désignée comme Type 09V, serait en cours de conception.

Ces navires sont répertoriés par l’OTAN comme les classes Han (Type 09I) et Shang (Type 09III/a/b), le Type 09V n’ayant pas encore reçu de désignation connue, alors que les SSBN sont désignés comme les classes Xia (Type 09II) et Jin (Type 09IV).

Chaque désignation OTAN faisant référence à une grande dynastie chinoise, la classification Zhou (Dynastie de -1046 à -256 av. J.C, succédant à la dynastie Shang), pour un nouveau sous-marin nucléaire chinois, est toutefois possible, sans que cela ait été effectivement diffusé à ce jour.

Les images diffusées sont non conclusives

Au-delà de la nomenclature, les images publiées autour de ce sujet, sont loin d’être conclusives. Celles-ci montrent, pour toute démonstration, des barges équipées de grues, déployées le long du quai fluvial des chantiers navals Wuchang.

classe zhou marine chinoise Wuchang
Un des clichés diffusés par le WSJ – une procédure de draguage / désensablage des abords des quais serait cohérente avec ce cliché.

En premier lieu, il convient de noter que l’ombre portée entre les barges (en couverture de l’article), n’est très certainement pas celle d’un éventuel sous-marin submergé, mais l’ombre portée par la grue de la barge de gauche.

Quant à la silhouette visible sur un des clichés (cliché n°2), qui ressemble à un sous-marin équipé de barres de navigation en croix de saint-André, celui-ci ne ferait, selon le report de distance, que 70 m +- 10 mètres de long. Or, les sous-marins nucléaires chinois, sont beaucoup plus imposants.

Ainsi, un Type 09IIIa mesure 110 mètres de long, pour 11 mètres de large, soit plus de deux voitures de tourisme. Il suffit de comparer les tailles des véhicules parqués au nord du quai, pour voir que le submersible identifié comme un « nouveaux SNA chinois », ne ferait alors que 7 à 8 mètres de large.

Or, il est très improbable, pour une marine qui cherche à se doter de capacités océaniques et de projection de puissance, de chercher à se doter d’un nouveau SSN aussi compact, surtout lorsque la flotte de sous-marins nucléaire chinoise est encore très inférieure en nombre et performances, à celle de l’US Navy.

SSN Type 093
Les SSN Type 093 sont des submersibles imposant de 110 metres de long, et de 7 metres de tirant d’eau.

Qui plus est, ces dimensions correspondent justement à un autre modèle de sous-marins chinois à propulsion conventionnelle, précisément équipé d’une croix de saint-André, et observé il y a quelques mois, à Wuhan.

Un fleuve de faible profondeur pour accueillir un SSN

Ceci nous amène à la troisième incohérence dans ces affirmations. En effet, les chantiers navals Wuchang, n’ont jamais construit de sous-marins à propulsion nucléaire, jusque-là. Et pour cause : un SSN ayant un tirant d’eau de 7 mètres ou plus, celui-ci aurait toutes les peines du monde pour rejoindre l’Ocean sur le Yangtsé, dont la profondeur moyenne est de 9 mètres, alors qu’elle ne dépasse pas 6 ou 7 mètres en aval de Wuhan.

À ce titre, une nouvelle question émerge. Si un SSN de 7 mètres de tirant d’eau, venait à couler dans un fleuve dont la profondeur, au milieu du lit, est de 9 mètres, où se trouve le kiosque, sachant qu’un chavirage, sur fond alluvial, est très improbable ?

Yangtsé Wuhan
A Wuhan, le Yangtsé à une prondeur maximale de 9 metres, dans le lit de la rivère.

Même dans le cas d’un nouveau sous-marin conventionnel, plus compact et avec un tirant d’eau plus faible, il est très improbable que la profondeur du fleuve, à cet endroit, soit suffisante pour engloutir le kiosque suffisamment profond pour qu’il devienne invisible sur les clichés satellites.

Le contexte général fait naitre la suspicion sur les conclusions avancées

Enfin, le contexte entourant une telle hypothèse, est plus que suspicieux. En effet, tous les sous-marins nucléaires de la Marine chinoise, ont été construits par les chantiers navals Bohai.

Récemment modernisés et étendus, ces chantiers navals, situés sur la côte de la mer de Bohai, dans la province de Liaoning, sont à la fois protégés du regard des curieux, et suffisamment éloignés des grandes villes, pour contenir tout risque nucléaire.

Bohai Shipbuilding
Cliché des nouvelles installations destinées à accélrer la production de sous-marins à propulsion nucléaire sur les chantiers navals de Bohai.

Sachant cela, pourquoi la Marine chinoise aurait-elle pris la décision de construire, ou simplement de transférer, son nouveau sous-marin nucléaire d’attaque, fleuron de sa technologie, et pivot de son effort pour contenir l’US Navy, dans un chantier naval fluvial, distant de 800 km (parle fleuve) de la cote, et bordant une ville de près de 9 millions d’habitants.

Qui plus est, si un incident nucléaire venait à advenir à cet endroit, l’aval du Yangtsé pourrait en être lourdement contaminé, alors que ce fleuve alimente en eau plusieurs mégapoles, dont Shanghai, ainsi qu’une part importante de l’agriculture chinoise.

Porte-avions fissuré, naufrage d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins…: les rumeurs non fondées se construisent sur l’opacité médiatique de la Marine chinoise

On le voit, beaucoup de points appellent à la prudence dans ce dossier, prudence dont nombre de médias, réputés sérieux, n’ont pas fait preuve. Ici, il semble bien que, tel un Tulpa tibétain, le fameux sous-marin nucléaire chinois, qui aurait coulé dans le Yangtsé, jouisse à présent d’une réalité propre, médiatique pour l’occasion, sans pour autant que les faits aient été avérés de manière évidente.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois, qu’un tel emballement médiatique est constaté, autour de la Marine chinoise. Ainsi, à l’été puis à l’automne 2023, une rumeur, lancée par le The Daily Mail, fit état du naufrage d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins chinois, avec un bilan de 55 morts.

Type 09IV SSBN
Rien ne confirme que la Marine chinoise ait perdu un de ses SSBN en 2023.

Dans les faits, rien n’a permis d’accréditer les révélations du tabloïd britannique, aucune contamination de l’eau n’ayant été détectée, et aucune opération de secours de grande envergure de la Marine chinoise, sur le lieu supposé du drame, n’ayant été observée.

Quelques mois auparavant, en juin 2023, une autre information de ce type, là encore largement relayée dans les médias, faisait état de graves fissures observées sur le pont du porte-avions Fujian, le nouveau porte-avions équipé de catapulte de la Marine chinoise, qui avait été lancé peu de temps auparavant, alors qu’il ne s’agissait que de fuites d’huile.

L’appétence des médias pour ce type de sujet, et leur empressement à relayer des informations, plus qu’à les vérifier, n’est probablement pas le seul élément responsable de ces dérives. En effet, depuis 2019, Pékin a considérablement durci sa législation au sujet de la divulgation d’informations et de clichés concernant les équipements de défense du pays.

fissuers fujian
Interpretées comme des fissures initailement, les marques observées sur le pont du Fujian étaient en fait des trainées d’huile.

Ce faisant, non seulement les sources officielles et industrielles chinoises, jusque-là plutôt prolixes, se sont taries, mais ce fut également le cas d’une majorité de la communauté très active des spotters locaux, qui alimentait la sphère OSINT de nombreux clichés, vidéos et informations.

Dès lors, et alors que les tensions entre l’occident et la Chine sont allées croissantes, la demande en matière d’informations, en particulier concernant les déboires et difficultés supposées de l’APL et de l’industrie de défense chinoise, dû s’alimenter auprès de sources indirectes, largement moins fiables, et nettement plus exposées à des défauts d’interprétation, des biais, voire à la manipulation.

Conclusion

Quoi qu’il en soit, en l’état des informations diffusées à ce jour, et d’une analyse circonstancielle réduite, il apparait que les affirmations, selon laquelle un nouveau sous-marin nucléaire chinois, aurait fait naufrage à Wuhan, sont à prendre avec beaucoup de réserves.

Cela ne signifie pas, nécessairement, que l’information est fausse. Toutefois, on convient aisément que les éléments avancés, pour soutenir cette thèse, n’ont guère de substance, en dehors d’allégations venant de sources militaires américaines, ayant tenu à rester anonymes.

nouveau sous-marin chinois
Image satellite de mois de mai, montrant un nouveau modèle de sous-marin convetionnel diosposant de croix de saint-André, au chantiers navals Wuchang.

Il est aussi possible que ces sources aient confié au journaliste du WSJ, des éléments supplémentaires ne pouvant être publiés, pour appuyer leurs propos. Mais il est impossible, dès lors, d’en évaluer la solidité et la validité.

Dans tous les cas, les interrogations entourant cette affirmation, sont suffisantes aujourd’hui, pour faire preuve d’une extrême prudence dans la diffusion de cette information, et, le cas échéant, de le faire en prenant l’ensemble des réserves nécessaires, pour que le public ait conscience de son caractère (très) hypothétique.

Notons enfin que tenter de nuire, de cette manière, à la crédibilité de la menace chinoise, n’est certainement pas dans l’intérêt du Pentagone aujourd’hui, et qu’il est largement préférable, et raisonnable, de considérer l’APL et ses équipements, comme des adversaires potentiels performants et entrainés, que de se gausser d’un naufrage de sous-marin, ou de fissures sur un pont d’envol, qui n’existent pas.

Le Pentagone anticipe-t-il un abaissement du seuil nucléaire global ?

C’est devenu récurrent depuis le mois de février 2022, et le début de l’invasion russe de l’Ukraine. À chaque nouvelle étape franchie par un pays allié de Kyiv, en matière de livraison d’armement, Moscou réplique en menaçant ce même pays, ou l’Ukraine, de faire usage de ses armes nucléaires.

Ces menaces n’ayant jamais été mises à exécution jusqu’à présent, les nouvelles menaces proférées par les seconds couteaux de Vladimir Poutine, font à présent rire sur les plateaux télé et sur les réseaux sociaux. Il en est un, toutefois, qui ne rie pas du tout, c’est le Pentagone.

Celui-ci sait parfaitement que le problème des lignes rouges, les vrais, c’est qu’on ne sait les avoir franchis, qu’une fois qu’il est trop tard. Surtout, l’arrivée de nouveaux vecteurs, plus rapides, et plus précis, ouvre désormais un vaste champ d’utilisation potentiel de l’arme nucléaire, craignant, de fait, un abaissement général du seuil nucléaire, même si le seuil stratégique, lui, demeure figé.

Le retour de la menace nucléaire désormais sensible sur plusieurs théâtres

À la fin de la guerre froide, les États-Unis et l’Union Soviétique disposaient, chacun, de 6000 têtes nucléaires prêtes à l’utilisation, réparties dans plusieurs dizaines de systèmes d’armes différents, allant de l’arme nucléaire tactique de quelques kilotonnes, du champ de bataille, aux missiles ICBM et SLBM armés de plusieurs têtes indépendantes de 100 kt ou plus, et aux bombes aéroportées de plusieurs mégatonnes.

ICBM DF-41 chine
Le Pentagone anticipe-t-il un abaissement du seuil nucléaire global ? 27

Si, à ce moment-là, la menace stratégique était considérable, et avait le potentiel de rayer irrévocablement l’Amérique du Nord, l’Europe et une grande partie de l’Asie de la carte, ce potentiel destructeur était tel, et les armes à ce point imprécises et destructrices, que l’utilisation même de l’arme nucléaire, ouvrait systématiquement la porte à un emballement stratégique, synonyme de fin des temps.

Les vingt-cinq premières années ayant suivi cette période, ont, quant à elles, été marquées par la presque disparition de la menace nucléaire. Ainsi, à la fin des années 2000, la Russie ne parvenait pas même à maintenir un sous-marin nucléaire lanceur d’engins en patrouille, alors que les missiles chinois étaient, pour l’essentiel, des modèles largement obsolètes dont l’emploi semblait irréaliste.

Dès lors, la menace nucléaire, alors, se concentrait sur des théâtres secondaires, comme en Corée ou dans la confrontation Inde/Pakistan, et restait, pour l’essentiel, sous le contrôle des États-Unis.

Les choses ont considérablement évolué ces dix dernières années. Non seulement la Russie a-t-elle retrouvé une puissance stratégique et tactique très significative, avec 2000 têtes armant 1500 vecteurs modernisés, pour l’essentiel intercontinentaux, mais la Chine s’est engagée dans un immense effort pour se doter, à son tour, d’une puissance stratégique majeure, avec une flotte de 6 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, qui ne tardera pas à passer à 12 navires, plus de 400 silos pour missiles ICBM de nouvelle génération, et une vaste panoplie de missiles à moyenne portée et de vecteurs aéroportés.

Les nouvelles armes nucléaires définissent un seuil très différent de celui de la guerre froide

Surtout, les vecteurs ont considérablement évolués, ces deux dernières décennies, avec l’arrivée de missiles de très haute précision, ne nécessitant plus que des charges réduites pour atteindre leurs objectifs, et des armes très rapides, voire hypersoniques, capables de passer outre les boucliers antimissiles déployés çà et là.

Mig-31K russe armé d'un missile Kinzhal
Comme beaucoup de missiles russes, le Kinzhal russe peut aussi bien emporrter une charge nucléaire non stratégique de 5 à 50 kt, qu’une charge convetionelle.

Ces nouvelles armes, associées à la montée des tensions, en Europe, face à la Russie, et dans le Pacifique, face à la Chine et la Corée du Nord, tendraient à rendre plus probable, selon le Pentagone, l’utilisation d’armes nucléaires de faible puissance, censées ne pas franchir le seuil stratégique que tous redoutent, y compris au Kremlin et à Pékin.

Concrètement, le Pentagone estime que les différentes options que fournissent désormais les armes émergentes, en termes de précision comme d’effets, associés au renforcement des effets destructeurs globaux du seuil stratégique, pourraient redéfinir le seuil nucléaire non stratégique, et favoriser l’utilisation de ce type d’armes, y compris pour atteindre des objectifs qui, jusqu’à présent, auraient été traités de manière purement conventionnelle.

À cette évolution inquiétante du seuil nucléaire, s’ajoute l’augmentation du nombre de points de frictions, et l’intensité de ces frictions, rendant l’hypothèse nucléaire bien plus pressante, aujourd’hui, qu’elle ne l’était durant la guerre froide.

Le pentagone forme ses officiers à comprendre et agir face aux différents scénarios nucléaires

Alors que, durant la guerre froide, la question nucléaire était strictement réservée aux élites politiques et militaires, la nouvelle réalité, à ce sujet, aujourd’hui, exige que les officiers soient en mesure de réagir, soit pour éviter le franchissement des seuils, soit pour y répondre de manière appropriée, et ainsi éviter l’escalade et le franchissement du seuil stratégique.

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Le Pentagone anticipe-t-il un abaissement du seuil nucléaire global ? 28

C’est dans ce contexte que les Armées américaines ont entrepris de former leurs officiers, pour comprendre ces menaces, et pour y répondre de la manière la plus appropriée. C’est en tour cas ce qu’a indiqué le Lieutenant. Général André J. Gebara, chef de cabinet adjoint pour la dissuasion stratégique et l’intégration nucléaire, à l’occasion de la conférence de l’Air and Space Forces Association, qui s’est tenue dans la banlieue de Washington DC en début de semaine.

« Que se passerait-il s’il y avait l’utilisation d’une arme nucléaire de faible puissance en Europe ? Ou s’il y avait une démonstration de force employant une arme nucléaire, ou un essai nucléaire ?« , a-t-il évoqué pour soutenir son propos.  » Et que se passerait-il, si nous venions à franchir une ligne rouge en INDOPACIFIQUE, sans que nous soyons au courant ?« , ajouta-t-il.

 » C’est le genre de choses que nos combattants doivent comprendre dès le début. Il n’est pas nécessaire que ce ne soit connu qu’au niveau présidentiel« , a-t-il poursuivi, avant d’éclairer l’audience quant à la formation qui sera donnée aux officiers américains dans ce domaine.

Vers un abaissement inévitable du seuil nucléaire dans un avenir proche, et l’échec probable des mesures de non-prolifération

Quoi qu’il en soit, le propos du général Gebara, ne laisse guère de doutes, quant à la certitude, pour le Pentagone, qu’il faut s’attendre à un inévitable abaissement du seuil nucléaire dans un avenir proche, avec deux théâtres, l’Europe et le Pacifique occidental, et trois adversaires, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, considérés comme les plus probables de franchir ce seuil.

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Le Pentagone anticipe-t-il un abaissement du seuil nucléaire global ? 29

Or, si le statuquo offert par la présente distribution des moyens nucléaires stratégiques, principalement aux mains des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, venait à ne plus garantir la non-utilisation de toutes les armes nucléaires, y compris de faible intensité, il est très probable que de nombreux pays choisiraient l’option de se doter, eux aussi, d’armes nucléaires non stratégiques, afin de tenter de neutraliser cette menace.

Plusieurs pays, dont la Turquie, la Corée du Sud, ou encore l’Arabie Saoudite, ont déjà évoqué le sujet, chacun ayant des critères de décision propres à ce sujet, liés le plus souvent à la réalité des menaces régionales perçues, ou des objectifs politiques de leurs dirigeants.

On comprend, dans ces conditions, que de nombreux spécialistes des questions nucléaires et de proliférations, estiment que les risques d’utilisation d’armes nucléaires sont, aujourd’hui, bien plus élevés qu’ils ne l’étaient durant la guerre froide, et pourquoi le Pentagone forme ses officiers à savoir réagir dans de tels scénarios.

TKMS veut passer aux batteries lithium-ion en s’appuyant sur une technologie française

Le concepteur naval et de sous-marin allemand TKMS, est aujourd’hui le leader incontesté du marché des sous-marins à propulsion conventionnelle. En effet, ses Type 209, Type 212 et Type 214 et dérivés, équipent aujourd’hui plus de la moitié des flottes mondiales disposant de sous-marins.

Pour autant, ette position dominante est à présent menacée, comme l’a montré l’étude publiée, il y a peu, sur ce site, au sujet de la compétition canadienne. En effet, le français Naval Group, avec le Scorpene Evolved et le Blacksword Barracuda, ou le sud-coréen Hanwha Ocean, avec le KSS-III, viennent directement menacer les parts de marché de TKMS dans ce domaine.

En outre, si l’industriel allemand avait bénéficié d’un atout concurrentiel pendant près de dix ans, dans la commercialisation du Type 214, grâce à la technologie AIP qui étendait l’autonomie en plongée des submersibles, l’arrivée des nouvelles batteries lithium-ion, tend à bouleverser ce marché, offrant des performances supérieures aux batteries plomb-acide et aux systèmes AIP, avec des contraintes de maintenance allégée.

Dans ce domaine, l’industriel allemand est en retard. Celui-ci n’a, en effet, pas la pleine maitrise de ces nouvelles batteries, alors que Mitsubishi Marines, avec le Taigei japonais, et Naval Group, avec les Scorpene Evolved et Blacksword Barracuda, commercialisent déjà cette technologie.

C’est pour cette raison que TKMS vient de solliciter la Bundesmarine, la Marine allemande, pour équiper l’un de ses six sous-marins Type 212A en service de ce type de batteries, pour en terminer le développement, confirmer le bon fonctionnement du système, et ainsi, pouvoir l’intégrer aux autres sous-marins produits par l’industriel, dont les Type 212 CD destinés à la Bundesmarine et à la Marine norvégienne, et proposé, avec insistance, à la Royal Canadian Navy.

L’arrivée batteries lithium-ion à bord des sous-marins

La technologie des systèmes anaérobies pour sous-marin, désignée par l’acronyme AIP pour Air-Independant Propulsion, n’est pas, en soi, nouvelle, ni moderne. En effet, les premiers systèmes, incorporant combustible et comburant stockés, ont été expérimentés dès le début du siècle, et les premiers dispositifs opérationnels, injectant de l’oxygène stockée pour permettre la combustion dans un moteur diesel, ont été installés dans les années 30.

gotland submarine Sous-marin diesel-électrique | Actualités Défense | Air Independant Propulsion AIP
Les Götland suédois sont équipés d’un système AIP Stirling.

Il fallut toutefois attendre les années 80, et les systèmes Stirling suédois, et Mesma français, pour que cette technologie devienne un véritable atout pour les sous-marins à propulsion conventionnelle, suivie, dans les années 2000, par les premiers systèmes employant des piles à combustible, à bord des Type 212 allemands, puis italiens.

Si ces systèmes permettent effectivement d’accroitre sensiblement l’autonomie en plongée des sous-marins conventionnelle, passant de quelques jours à deux ou trois semaines, selon les modèles, ils ont également de nombreuses contraintes, opérationnelles comme de maintenance.

De fait, il est employé avec parcimonie à bord des sous-marins en étant équipé, ceux-ci s’appuyant, le plus souvent, sur leurs traditionnelles batteries acide-Plomb, pour évoluer en plongée.

Au début des années 90, est apparue une nouvelle technologie de batterie, utilisant les caractéristiques de l’ion de lithium, pour accumuler et restituer de l’énergie électrique. Après quinze années de développement, et parfois de tâtonnement, ces batteries ont commencé à équiper un nombre croissant d’équipements, et sont, aujourd’hui, au cœur de deux révolutions : la numérisation de la société, en équipant smartphones et autres laptop, et la mobilité décarbonée, avec les voitures hybrides ou électriques.

Il fallut néanmoins encore attendre 15 autres années, pour que le premier sous-marin équipé de ces nouvelles batteries, le Taïgei, tête de série de la classe éponyme, entre en service au sein des forces navales d’autodéfense japonaises, en mars 2022.

Un atout décisif pour les sous-marins à propulsion conventionnelle

Si cette entrée en service est très récente, car il fallut s’assurer de l’efficacité et surtout, de la sécurité du système, elle n’en représente pas moins une évolution décisive concernant la flotte sous-marine à propulsion conventionelle.

classe Taigei
Le Taigei est le premier sous-marin équipé de batteries lithium ion a être entré en service, en mars 2022

En effet, ces batteries transforment radicalement les performances, ainsi que la doctrine d’utilisation, de ces sous-marins. Ainsi, à volume égal, vis-à-vis de batteries acide-plomb, des batteries lithium-ion augmentent considérablement l’énergie disponible, conférant au navire une autonomie de plongée proche de celle des systèmes AIP.

Par ailleurs, elles sont capables de libérer une puissance électrique très supérieure à celle des batteries aujourd’hui, et incomparable avec les systèmes AIP, offrant une vitesse de pointe et une capacité d’accélération largement accrues, décisives en matière de guerre sous-marine.

En outre, ces batteries se rechargent beaucoup plus rapidement que les batteries classiques, permettant à un submersible en étant équipé, de ne passer que 12 à 18 heures en surface, ou au Schnorchel, par mois de plongée. Elles ont, enfin, une durée de vie deux fois plus longue que les batteries acide-plomb actuelles.

TKMS sollicite le soutien de la Bundesmarine pour tester les batteries Lithium-ion à bord d’un sous-marin Type 212A

On comprend, dans ces conditions, l’empressement de TKMS, pour intégrer cette nouvelle technologie à son offre, et à ses nouveaux sous-marins, d’autant que son principal concurrent actuel, le français Naval Group, a annoncé, il y a tout juste un an, que toutes ses offres s’appuieraient, à présent, sur ces nouvelles batteries.

Bundesmarine Type 212A TKMS
La Marine allemande dispose de 6 Type 212A

Pour y parvenir, TKMS vient d’annoncer publiquement avoir sollicité l’aide de la Bundesmarine, la Marine allemande. L’industriel demande, en effet, à son principal client, la possibilité d’installer un système de batteries lithium-ion, à bord d’un des six sous-marins Type 212A actuellement en service en Allemagne.

Les contours de cette demande, n’ont pas été divulgués. Ainsi, bien que la formulation puisse laisser penser à une « mise à disposition d’un sous-marin pour essais », ce qui n’est déjà pas une mince affaire, considérant les tensions actuelles, il n’est pas exclu que cette demande soit accompagnée d’une participation de la Bundesmarine au financement du développement de cette technologie.

Pour convaincre son partenaire, TKMS met en perspective la possibilité, en cas d’essais concluants, d’équiper les Type 212CD commandés par la Bundesmarine et la Marine royale norvégienne, de ces batteries. Paradoxalement, la communication de TKMS laissait, jusqu’ici, entendre que ce serait bien le cas, mais ces récentes déclarations indiquent que, pour l’heure, c’est encore loin d’être garanti.

Ce point s’avère aussi, certainement, décisif pour la compétition canadienne, l’industriel allemand investissant massivement dans ce programme, pour tenter de reprendre la main au français Naval Group sur le marché mondial, après que ce dernier a conclu, coup sur coup, une commande pour 2 Scorpene Evolved en Indonésie, et pour 4 Blacksword Barracuda, aux Pays-Bas, tous deux équipés, précisément, de ces nouvelles batteries.

TKMS s’appuie sur les cellules du français SAFT, pour sa technologie lithium-ion

Paradoxalement, il est précisé, dans la communication de TKMS, que le groupe entend s’appuyer sur un partenaire français, le groupe SAFT, pour fournis les cellules énergétiques au cœur de ces nouvelles batteries.

Groupe SAFT
Le groupe SAFT,, appartenant à TotalEnergie, est un des plus importants spécialsites européens des technologies de batteries.

Créé en 1908, ce spécialiste des batteries a été racheté par Total Énergie en 2016. Son expertise est très vaste, allant des systèmes de télépéage à l’électrification sécurisée de grandes infrastructures industrielles, en passant par l’aéronautique et l’industrie de défense.

En 2020, Saft participa à la création de la société Automotive Cells Compagny, avec le fabricant français de véhicules Stellantis, et l’Allemand Mercedes-Benz, pour concevoir et produire les batteries des futurs véhicules électriques des constructeurs européens.

Ce faisant, l’industriel dispose d’une expertise et d’un important savoir-faire dans le domaine des batteries lithium-ion, mais aussi dans la coopération avec l’industrie allemande, ce qui a, certainement, influencé TKMS dans ses arbitrages.

La fin de la technologie AIP se dessine à court terme

La requête de TKMS, auprès de la Bundesmarine, est toutefois assez inhabituelle, même en Allemagne. Elle est, sans le moindre doute, dictée par une certaine urgence pour l’industriel allemand, qui a représenté, ces 30 dernières années, plus de 30 % des exportations de défense allemandes.

Type 214 classe Reis turquie
Les Type 214, comme les navires turcs de la classe Reis, sont équipés de piles à combustible, et non de batteries lithium ion.

En effet, si le concepteur naval allemand a pu s’appuyer, depuis le début des années 2000, sur la plus-value offerte par les piles à combustible des systèmes AIP équipant, notamment, le modèle Type 214, cette technologie se voit, aujourd’hui, frappée d’obsolescence radicale, par l’arrivée des batteries Lithium-ion.

Les technologies AIP, qu’il s’agisse du système Stirling suédois, également employé sur les Type 39A chinois et les Soryu japonais, ou des piles à combustible des Type 214 allemands, des KSS-III sud-coréens, et des S-80 plus espagnols, souffrent, ainsi, de trois handicaps majeurs, face aux batteries Lithium-ion.

En premier lieu, elles n’autorisent qu’un très faible rendement énergétique, ce qui limite la vitesse des sous-marins utilisant ces systèmes, à des vitesses très réduites, de 4 ou 6 nœuds, parfois juste suffisantes pour lutter contre le courant.

D’autre part, l’autonomie des AIP est limitée par la quantité de comburant embarquée à bord du navire, et ne peut pas être rechargée à la mer, par les moteurs diesels, comme c’est le cas des batteries classiques, et, encore plus rapidement, des batteries lithium-ion. Enfin, ces systèmes nécessitent de lourdes infrastructures dédiées, pour être rechargés, très souvent disponibles uniquement dans le port d’attache du ou des navires.

On comprend, dès lors, tout l’intérêt de ces nouvelles batteries pour TKMS, qui offrent une autonomie en plongée presque équivalente à celle des AIP, sans aucune de leurs très lourdes contraintes. Il est alors improbable qu’à compter de maintenant, une marine fasse le choix d’un sous-marin AIP, si une offre lithium-ion lui est proposée par ailleurs, à un prix similaire.

Vers une redistribution des cartes sur le marché mondial des sous-marins ?

On comprend, aussi, à quel point cette nouvelle technologie a le potentiel de profondément restructurer le marché mondial des sous-marins à propulsion conventionnelle. En effet, le plus important acteur non occidental de ce marché, demeure, aujourd’hui, la Russie, avec notamment le 636.3 improved kilo, et la nouvelle classe Lada.

chantier naval Admiralty saint-petersbourg 636.3 Improved Kilo
La Russie voit ses parts de marché mondiale se reduire rapidement, après avoir raté le virage de l’AIP, et alors qu’il est improbable qu’elle puisse prendre celui des batteries Lithium Ion.

Cependant, la Russie a déjà perdu d’importantes parts de marché, en Inde notamment, ces dernières années, n’ayant, par exemple, jamais pu se doter d’une technologie AIP efficace. Sauf à se tourner vers la Chine, ce qui n’est pas exclu, il est très improbable que Rubin, le concepteur de ces sous-marins, parvienne à suivre le rythme technologique imposé aujourd’hui par Naval group, Mitsubishi, TKMS ou encore Hanwha Ocean, en particulier dans le domaine des batteries lithium-ion.

Outre la disparition probable de la Russie de ce marché, cette révolution Lithium-ion, pourrait être la marche technologique de trop, pour certains constructeurs, comme le suédois Kockums qui ne parvient plus à s’imposer depuis 20 ans dans les compétitions internationales, en dépit d’une agressivité commerciale parfois excessive, ou comme Navantia, dont le nouveau S-80 Plus semble obsolète en de nombreux aspects, avant même d’avoir été vraiment commercialisé sur la scène mondiale.

Reste à voir comment les trois acteurs les plus crédibles, Hanwha Ocean, Naval Group et TKMS (ordre alphabétique), se hiérarchiseront dans les mois et années à venir, le Japon n’étant pas, à ce jour, un véritable acteur international dans ce domaine, en raison de sa constitution, et non des compétences de ses industriels.

Comme évoqué dans l’article concernant la compétition canadienne, l’avantage semble, aujourd’hui, dans les mains du français Naval Group, par ailleurs engagé dans plusieurs autres discussions très avancées, notamment en Amérique du Sud, en Inde, en Égypte et en Grèce.

Reste que cet avantage sera nécessairement transitoire, d’autant que l’industrie allemande, comme l’industrie sud-coréenne, ne feront face qu’à des obstacles relativement mineurs pour se doter de cette technologie. Il revient donc à Naval Group de rapidement transformer cet atout temporaire en une position dominante structurelle, et ainsi s’assurer d’un marché suffisant pour les deux ou trois décennies à venir, pour franchir sereinement cette inévitable restructuration mondiale du marché des sous-marins à propulsion conventionnelle.

Programme EDIP : Les industriels de défense français et européens se livrent à un bras de fer féroce

Face au douloureux constat de son impréparation pour mener une guerre de haute intensité, l’Union européenne a lancé, en 2022, le programme EDIP. Celui-ci a pour rôle de stimuler la modernisation et l’extension de l’industrie de défense européenne, en soutenant des programmes d’équipements de défense européens.

Si, présenté ainsi, toutes les parties adhèrent évidemment à cette initiative, dans le détail, celui-ci met en lumière des conceptions radicalement différentes, et souvent opposées, du rôle de l’industrie de défense, et de la notion d’autonomie stratégique, selon que soit français, allemands ou italiens.

Cette opposition a donné lieu, ces dernières semaines, à une rude bras de fer entre ces deux conceptions qui s’opposent, bras de fer qui semble avoir tourné en faveur de l’Allemagne, et de la majorité des industriels européens, au détriment de l’autonomie stratégique européenne, et des ambitions initiales du programme EDIP, défendue par la France.

Le Programme Européen d’Investissement de Défense, ou programme EDIP

Créée en septembre 2022, quelques mois seulement après le début de l’offensive russe en Ukraine, le Programme Européen d’Investissement de Défense, ou EDIP selon l’acronyme anglophone, a pour rôle de stimuler l’industrie de défense européenne, en vue d’atteindre un plus haut niveau d’autonomie, et ainsi, d’accroitre la résilience collective de l’Union européenne face aux nouvelles menaces.

programme edip thierry breton
Commissaire européen au marché interieur, Theierry Breton avait de grandes ambitions pour le programme EDIP. Celles-ci ont répidement été douchées par l’Allemagne et d’autres pays « frugaux », opposés au recours à une nouvelle forme de dette mutualisée pour le financer.

Le programme était très ambitieux à sa création. Thierry Breton, le commissaire européen à l’innovation industrielle, parlait alors de plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements nécessaires pour restructurer l’industrie de défense européenne.

Cependant, rapidement, ces attentes furent revues à la baisse, plusieurs pays dits « frugaux », dont l’Allemagne, s’opposant à la création d’un nouveau fonds de dette mutualisée pour le financer, comme dans le cas de la crise Covid.

Aujourd’hui, EDIP dispose d’une enveloppe bien plus réduite de 1,5 Md€, même si le Comité Économique et Social Européen recommande l’augmentation de ce plafond. Cette enveloppe représente, toutefois, pour les industriels de défense européens, une source d’investissements non négligeables, pour accroitre et étendre leurs infrastructures, et pour stimuler leur innovation et leur efficacité commerciale.

Forte opposition entre les industries de défense françaises et européennes sur la part de composants importés pour l’éligibilité des programmes EDIP

C’est dans ce contexte que, depuis plusieurs mois, deux camps s’affrontent dans un bras de fer tout à fait féroce, autour du programme EDIP. Au centre de cette lutte, sont les critères d’éligibilité au soutien européen des programmes d’investissement défense.

Rafale en patrouille serrée
EN France, l’industrie de défense est subordonnée à l’efficacité des armées et à l’autonomie stratégique du pays.

En effet, la France, et quelques alliés, peu nombreux, il est vrai, réclament une règle stricte concernant la part de composants ou d’équipements importés, et soumis à autorisation d’exploitation ou de réexportation de la part du pays d’origine.

Le texte initial prévoyait une exclusion stricte de tout programme intégrant ce type de composants importés. Cependant, sous la pression de l’Allemagne, mais aussi de l’Italie, l’Espagne, la Suède ou encore, la Pologne, un système dérogatoire a été instauré, permettant d’obtenir ces financements européens, même lorsque 35 % de la valeur des équipements produits, sont soumis à autorisation de la part de leur pays d’origine.

Bien évidemment, pour Paris, un tel système était inenvisageable, d’autant que, selon les industriels français, il constituerait un appel d’air très puissant, pour amener une majorité d’industriels européens à se tourner vers ce modèle antinomique avec les objectifs initiaux ayant mené à la création de l’EDIP.

C’est pourtant bien ce que viennent d’obtenir une coalition menée par Airbus défense, Rheinmetall, mais aussi des entreprises franco-européennes, comme MBDA et KNDS, au grand damn des industriels français, furieux de cette conclusion.

L’européanisation de systèmes importés, spécialité de nombreux industriels européens

Ce dossier met en lumière deux conceptions radicalement différentes, et même antagonistes, de l’industrie de défense, par les pays européens.

D’un côté, la France, héritière du gaullisme, concentre ses investissements afin de garantir l’efficacité de ses armées, et obtenir la plus grande autonomie possible dans leur emploi, comme celui de leurs armements, pour les autorités politiques. En d’autres termes, l’industrie de défense française est subordonnée à la notion d’autonomie stratégique, et à l’efficacité opérationnelle des armées, afin de garantir la sécurité du pays, et la protection de ses interets.

Leopard 2A-RC 3.0 par KNDS Deutschland
Le très allemand Leopard 2A8/X devra obtenir l’autorisation d’exportation de Jerusalem, car intégrant nativement l’APS Eurotrophy.

Bien évidemment, Paris exporte des équipements de défense, et se positionne même sur la seconde marche du podium mondial, dans ce domaine. Toutefois, dans la conception française, ces exportations servent, avant tout, à garantir l’activité suffisante à l’ensemble de sa base industrielle défense, précisément pour atteindre cette autonomie stratégique presque totale, sachant que la seule commande nationale n’y suffirait pas, tout en abaissant les couts pour l’état de cet effort.

Cette conception est radicalement différente de celle qu’ont Berlin, Rome, ou encore Madrid, à ce sujet. Pour ces pays, l’investissement dans l’industrie de défense, est presque indépendant du besoin d’efficacité de leurs armées, la sécurité du pays étant pleinement et intégralement déléguée à l’OTAN, et par transitivité, aux États-Unis.

De fait, ces investissements visent avant tout des objectifs sociaux-économiques en termes de politique intérieure, et des objectifs d’influence, pour la politique extérieure. Il n’est, bien évidemment, pas nécessaire d’atteindre une autonomie stratégique globale et stricte, pour atteindre ces objectifs, et ces pays ont régulièrement recours à des partenaires non européens, pour équiper leurs armées, mais aussi pour developper leur propre BITD.

Le spécialiste dans ce domaine, est incontestablement l’industrie de défense allemande, qui s’est faite une spécialité de l’européanisation de systèmes importés. Cette stratégie, très efficace au demeurant, a pris naissance avec le missile antichar israélien SPIKE, devenu Eurospike pour l’occasion, qui a remplacé les Milan et HOT franco-allemands, auprès de 80% des armées européennes, en 15 années seulement.

Eurospike
Le missile Spike, produit par l’allemand Eurospike, demeure un missile israléien. Jerusalem a interdit aux armées européennes d’envoyer leurs Spike en Ukraine, alors que ce missile preprésente 80 % de la puissance antichar sur le vieux continent.

Si l’entreprise Eurospike n’est qu’à 20% israélienne, et 80 % allemande, le missile produit, lui, est bien entièrement d’origine israélienne, et donc soumis à l’accord de Rafael, et des autorités israéliennes, pour être produit comme pour être exporté, ou réexporté.

Le succès de l’Eurospike a convaincu l’industrie de défense allemande, de l’efficacité de ce concept. Celle-ci multiplie, depuis, les systèmes Euro-X, qu’il s’agisse de systèmes d’armes d’origine israélienne (Eurotrophy, EuroPuls, EuroArrow), ou américains.

L’Italie, quant à elle, est très impliquée avec la Grande-Bretagne dans certains programmes (GCAP, CAAM, F-35B, hélicoptères Westland-Agusta…), ainsi qu’avec les États-Unis (Bell, Sikorsky, Lockheed Martin…), pour developper ses nouveaux équipements, et son indsutrie de défense. Rome a, ainsi, obtenu de Washington et Lockheed Martin d’assembler les F-35A et B, destinés à ses propres armées, et à l’ensemble des forces aériennes du bassin Méditerranéen.

C’est également le cas de l’Espagne, avec l’ASCOD et le S-80, tous deux coproduits avec les États-Unis, et bien sûr, de la Pologne, qui a fait de l’acquisition d’équipements sud-coréens (FA-50, Chunmoo, K2, Krab..), américains (M1A2, F-35A, HIMARS, Patriot…) et britanniques (CAAM, Arrowhead 140…), les piliers de la montée en puissance de ses armées et de son industrie de défense nationale.

K2 Black Panther Pologne
La Pologne a priviélgié des equipements sud-coréens et américains pour equiper ses armées, et pour developper son indsutrie de défense.

On comprend, dans ce contexte, pourquoi ces pays ne se montrent guère enthousiastes quant la France, et son industrie de défense, exigent que le programme EDIR soit avant tout fléché vers des équipements au concept opposé de ceux de leurs programmes en cours.

La France a la seule industrie de défense autonome en Europe

Il est vrai que, dans ce dossier, la France a beau jeu de se montrer intransigeante. En effet, l’industrie de défense française est la seule, en Europe, à avoir été conçue, précisément pour atteindre l’autonomie stratégique, et pour donner aux armées françaises les moyens pour « choisir nos guerres, et les gagner« , selon la formule du général de Gaulle.

De fait, l’exigence stricte initiale du programme EDIP, pour financer exclusivement des programmes européens dépourvus de composants importés soumis à autorisation, ne représente qu’un effort très minime, pour l’industrie de défense française, afin de s’y adapter.

Rafale merignac
La France est le seul pays à disposer d’une BITD globale, suceptible de produire l’immense majorité des équipements, et de leurs composants, employés par les armées françaises.

Dans le même temps, l’Industrie de défense française est très peu exposée à d’éventuelles mesures de réciprocité de la part des principaux partenaires de l’industrie de Defense européenne, comme les États-Unis, la Corée du Sud et l’Israël.

Non seulement Paris ne collabore-t-il que de manière marginale, sur le plan industriel de défense, avec Washington, et pas du tout avec Jérusalem et Séoul, mais l’industrie de défense française n’est pas exposée, ou à peine, dans ces trois pays.

La situation est très différente pour l’Allemagne, très proche, nous l’avons vu, d’Israël, qui est à la foi un client de son industrie de défense (sous-marins, corvettes), et un partenaire de celle-ci (EuroSpike, EuroArrow…). C’est également le cas avec les États-Unis, Rheinmetall participant au programme OMFV de l’US Army avec le KF41 Lynx, alors que l’industrie allemande collabore pour la production de nombreux équipements US destinés à ses propres armées, ou au marché européen(missiles Patriot, F-35…) .

KF-41
Rheinmetall propose le KF21 Lynx à l’US Amry, dans le cadre du programme OMFV, destiné à remplacer les M2 Bradley.

C’est, enfin, le cas de l’Italie, avec Fincantieri qui contrôle les chantiers navals Marinette Shipbuilding produisant les frégates classe Constellation pour l’US Navy, par exemple, mais aussi de la Suède (radars, munitions, Gripen), et plus généralement, d’un grand nombre d’industriels européens.

Les européens n’ont rien appris des interdictions américaines et israéliennes concernant la réexportation vers l’Ukraine d’équipements de défense, même étiquetés européens.

Reste que la position française est tout sauf dogmatique et dénuée de sens. Ainsi, l’exemple, pourtant très récent, du refus de Jérusalem, mais aussi de Washington, de transférer vers Kyiv, certains des équipements militaires israéliens et américains, ou contenant des composants soumis à autorisation de ces deux pays, a considérablement handicapé l’aide européenne à l’Ukraine, en particulier au début du conflit.

Ainsi, en 2022, c’étaient les missiles antichars britanniques NLAW, les Javelin américains, et dans une moindre mesure, les Milan français, qui ont défrayé la chronique aux mains des soldats ukrainiens. Cette situation a surtout masqué le refus strict de Jérusalem, concernant l’envoi de missiles Spike ou Eurospike, prélevés sur les inventaires des armées européennes, vers Kyiv. Or, ce missile représentait 80% de la puissance de feu antichar européenne, à ce moment-là.

Un autre épisode, plus récent, aurait dû interpeller les décideurs européens. En novembre 2023, le président colombien, Gustavo Petro, avait refusé de qualifier le Hamas d’organisation terroriste, dans le cadre de l’attaque du 7 octobre 2023.

Kfir C10 Forces aériennes colombiennes
Les autorités israléiennes ‘n’ont pas renouvelé le programme de maintenance des Kfir C10 colombien, après que le président colombien ait refusé de qualifier le Hamas d’organisation terroriste.

Ceci provoqua la colère des autorités israéliennes, qui décidèrent d’annuler les contrats industriels de défense en cours, dont l’acquisition de systèmes d’artillerie ATMOS, et surtout, le contrat de maintenant de la flotte de chasse colombienne, composée de Kfir C10. Il est évident qu’il y a, ici, une disproportion majeure entre la nature de l’affront, et la décision israélienne.

Pourtant, en dépit de ces deux épisodes, de nombreuses armées européennes semblent convaincues qu’il est raisonnable de commander des équipements de défense israéliens, dont certains sont critiques, comme le système antiaérien David Sling finlandais et l’Arrow3 allemand, ou les systèmes d’artillerie PULS et Atmos, choisis par le Danemark, les Pays-Bas et par l’Allemagne. Ce alors même que la diaspora russe représente aujourd’hui 15% du corps électoral israélien…

Il en va de même des États-Unis. Il convient ainsi de se rappeler que Washington a joué la neutralité, lors de l’invasion turque de Chypre en 1974, privilégiant ses intérêts géopolitiques à ses engagements de défense.

Alors que Donald Trump est à nouveau aux portes de la Maison-Blanche, avec un programme plus isolationniste que jamais, et qu’il ne cesse de menacer les européens de mesures de coercitions, s’ils ne « payaient pas leur dû », on peut s’interroger sur la portée des moyens à disposition du Bureau Ovale, le cas échéant, alors que le F-35 doit obtenir une autorisation numérique de Lockheed Martin, simplement pour lancer le moteur.

Conclusion

On le voit, la conclusion des arbitrages entourant l’éligibilité des programmes européens de défense, aux financements EDIP, était aussi prévisible, qu’elle est regrettable. Il s’agit, en effet, de la victoire d’une majorité très nette d’industriels européens, face à une poignée de résistants gaulois, friands de sangliers et, parfois, de bagarres.

SAMP/T NG CGI
De nombreux pays européens ont fait le choix de systèmes antiaériens américains ou israléiens, alors que des solutions européennes, très performantes, et economiques, existent, comme l’Iris-T SLM, le VL MICA ou le SAMP/T NG.

Blague à part, comme le craint la BITD française, il est probable que le système dérogatoire mis en place autour du programme EDIP, va inciter les industriels européens à se tourner encore davantage, et structurellement, vers Washington, Séoul et Jérusalem, pour produire des équipements de défense, certes performants, probablement économiques, mais dont le contrôle demeurera hors des mains des européens eux-mêmes.

Si ceux-ci se draperont sans nul doute de la cape du pragmatisme industriel, comme ils le firent durant des années au sujet de la Russie, et continuent de le faire au sujet de la Chine, sous couvert de « Real-politik », cet arbitrage doit surtout amener les autorités françaises à abandonner leurs illusions concernant l’émergence d’une Europe-puissance, car de cela, personne ne veut sur le vieux continent.

Cette trajectoire, sous influence allemande selon la BITD française, appelle également à reconsidérer le bienfondé de certains programmes européens en coopération, comme SCAF et MGCS, constatant que, de toute évidence, Paris et Berlin sont sur deux trajectoires, non seulement différentes, mais souvent opposées, sur la conception même du rôle de l’industrie de défense, dans le pays comme en Europe.

F-35 : La Turquie proche d’un accord pour acquérir 20 chasseurs furtifs américains ?

Après une commande de 40 F-16V pour les forces aériennes turques, déjà annoncée, il semblerait, à présent, que les négociations autour de 20 F-35 soient proches d’aboutir entre les États-Unis et la Turquie, après qu’Ankara a donné son accord à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, en mars dernier.

En effet, selon des sources citées par la presse grecque, Washington et Ankara seraient proches de trouver un compromis, au sujet de la batterie S-400 acquise auprès de la Russie, celle-là même qui déclencha la mise sous sanction CAATSA du pays et son exclusion du programme F-35.

Reste que ces négociations inquiètent au plus haut point Athènes et Nicosie, craignant un déséquilibre du rapport de force avec le voisin turc. Surtout, cette annonce, remise dans son contexte, semble dessiner une prochaine évolution de la stratégie d’exportation du chasseur de Lockheed Martin, alors que le programme NGAD, lui, est en pleine mutation.

L’arrivée de la première batterie S-400 et l’exclusion de la Turquie du programme F-35

En décembre 2019, le président Donald Trump décida d’exclure la Turquie du programme F-35, et de mettre le pays et son industrie de défense sous sanction, en application de la nouvelle législation CAATSA. En effet, Ankara venait de recevoir les premiers éléments de la batterie de défense aérienne S-400, acquise auprès de la Russie.

Arrivée S-400 en turquie juillet 2019
Si les premiers éléments de la batterie S-400 turque ont été livrés par Moscou en juillet 2019, c’est en decembre de la même année, une fois qu’elle a été déclarée opérationelle, que Donald Trump a accepté, sous la pression du Congrès, de mettre le pays sous sanction CAATSA, et de l’exclure du programme F-35.

Pour Washington, l’arrivée de cette batterie antiaérienne constituait non seulement une violation de la législation CAATSA, mais elle menaçait les secrets du F-35, en lui permettant de recueillir des informations concernant le chasseur furtif, informations qui, une fois recueillies par la Russie, pourrait permettre d’en faciliter la détection.

Cette mise sous sanction a été rejointe rapidement par l’Europe, en protestation de l’opération militaire déclenchée par la Turquie dans le nord de la Syrie contre leurs alliés Kurdes contre l’État Islamique.

Privée du soutien et des technologies occidentales, l’industrie de défense turque se retrouva rapidement à l’arrêt, entrainant de nombreux retards pour certains programmes critiques, y compris sur la scène export, comme le char lourd Altay, l’hélicoptère T-129 ou les corvettes Ada.

Après quatre années de bras de fer, la situation s’est désormais apaisée, en particulier entre Ankara et Washington, notamment une fois que les autorités turques ont levé leur veto concernant l’adhésion de la Finlande et la Suède à l’OTAN.

Ainsi, les armées turques purent commander 40 F-16V pour moderniser leur flotte de chasse, tout en entamant des négociations avancées avec plusieurs pays européens, en particulier l’Espagne, en vue d’acquérir, entre autres, 40 Eurofighter Typhoon, tout en permettant à l’industrie de défense nationale de redémarrer rapidement.

Washington et Ankara seraient proches d’un compromis pour permettre aux forces aériennes turques d’acquérir 20 F-35

Paradoxalement, c’est la guerre en Ukraine qui offrit une porte de sortie pour cette situation à Ankara, et R.T Erdogan. En effet, le président turc décida d’abandonner la stratégie de menaces plus ou moins directes contre la Grèce et certains alliés de l’OTAN, dont la France, appliquée depuis 2020, pour exploiter son veto statutaire qui émergea de la demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande, à l’OTAN.

F-35A US Air Force
F-35 : La Turquie proche d'un accord pour acquérir 20 chasseurs furtifs américains ? 52

Si les arguments avancés pour s’opposer publiquement à ces adhésions portaient essentiellement sur l’accueil d’opposants politiques et de kurdes par les deux pays nordistes, en coulisse, Ankara entrepris surtout de négocier la levée des sanctions touchant son industrie de défense et ses armées.

À l’issue de ces négociations, qui ont duré près d’une année, Washington consentit à autoriser la levée d’une majeure partie des sanctions appliquées en lien avec la législation CAATSA, une fois que Stockholm et Helsinki auront rejoint l’Alliance Atlantique. C’est ainsi que, quelques jours à peine après le feu vert turc à l’adhésion suédoise, Washington autorisait l’exportation de 40 chasseurs F-16V, de 80 kits pour transformer autant de F-16 Block 52 turcs vers ce standard, ainsi que de nombreuses munitions, équipements et pièce, le tout pour 20 Md$.

En revanche, de F-35, il n’était toujours pas question, puisque la menace représentée par la batterie S-400, demeurait inchangée. Tout du moins, dans le discours officiel. En effet, en coulisse, américains et turcs se sont attelés à trouver un compromis, permettant à Ankara de pouvoir réintégrer le programme F-35.

Selon des sources citées par le quotidien grec Ekhatimerini.com, ce compromis serait proche d’aboutir. Il s’agirait, pour Ankara, de transférer sa batterie S-400, soit vers un pays tiers (on pense évidemment à l’Ukraine), soit de mettre sous cocon sur la base aérienne OTAN d’Incirlik, sous la garde de l’US Air Force.

Selon les sources du quotidien, ce compromis, proche d’un accord, permettrait à Ankara d’acquérir 20 F-35, soit autant qu’Athènes a annoncé prévoir d’acheter de chasseurs américains. Il est aussi probable que, dans une telle hypothèse, l’industrie aéronautique de défense turque, pourrait être autorisée à rejoindre à nouveau le programme F-35, au plus grand plaisir de Lockheed Martin, tant son remplacement, après l’éviction de 2020, aura été difficile et onéreuse.

La Grèce s’inquiète de l’arrivée probable du F-35 au sein des forces aériennes turques

Bien évidemment, le retour probable du F-35 en Turquie, n’est pas du tout du gout de la Grèce comme de Chypre. En effet, Athènes et les forces armées helléniques, comme Nicosie et les faibles forces de défense chypriotes, sont exposées à des revendications territoriales et maritimes turques depuis de nombreuses années, exacerbées depuis l’arrivée du nationaliste R.T Erdogan au pouvoir en 2000.

RAfale F-35A
La grèce etendait s’appuyer sur ses 30 F-35A et ses 24/30 Rafale pour compenser son infériorité numérique face aux 240 F-26 turcs.

Or, les armées turques surclassent numériquement très nettement les armées helléniques, qui s’appuient sur certains équipements avancés, une détermination à toute épreuve, et sur le soutien de certains de ses alliés européens, en particulier la France, pour en contenir la menace.

Dans ce contexte, Washington avait annoncé qu’il autorisait la vente de 40 F-35A à Athènes, concomitamment à l’autorisation d’exportation des F-16V turcs. Ceci devait permettre aux forces aériennes helléniques de compenser leur désavantage numérique, ne disposant que de 70 F-16V et de 24 Rafale face aux 120 F-120 F-16V et 130 F-16 Block 52+ des forces aériennes turques.

Toutefois, pour des raisons d’arbitrage budgétaire, le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, ne s’est engagé, à ce jour, que sur 20 F-35A. Il est d’ailleurs très probable que le plafond de 20 appareils, accordé par Washington à Ankara, est en lien avec les 20 F-35A commandés par Athènes.

Reste que l’hypothèse annulerait l’avantage supposé procuré par l’achat des 20 F-35A pour les forces aériennes helléniques, mettant, à nouveau, Athènes en situation de faiblesse relative face à Ankara, et son très imprévisible président.

Erdogan Su-57E
R.T Erdogan a mimer l’interet pour le Su-57A russe, pour tenter de faire flechir la détermination du congrès américain.

De nombreuses voix s’élèvent, naturellement, depuis que l’information sur le probable accord américano-turc s’est ébruitée, en particulier dans la presse hellénique, et dans les soutiens politiques d’Athènes au Capitole. Ceux-ci mettent, en particulier, en avant le risque de voir la Turquie retro-ingénierer le chasseur furtif, en vue d’en transmettre les informations à Moscou.

Qu’on adhère ou pas aux accusations grecques, on ne peut cependant nier que le retour de la Turquie au sein du programme F-35, influencera considérablement l’équilibre des forces en mer Égée, autour de Chypre et en Thrace orientale, alors que le premier ministre turc a, à plusieurs reprises, montré qu’il pouvait changer de positions, y compris sur des sujets majeurs internationaux, de manière aussi radicale que spontanée.

EAU, Turquie… : Les États-Unis préparent-ils un allègement des restrictions d’exportation autour du F-35 ?

Se pose donc la question des motivations de Washington, et de Joe Biden en particulier, dans ce dossier ? Pour répondre à cette question, il convient de regarder la récente tournée du président américain, auprès de plusieurs alliés « difficiles », comme l’Inde et les Émirats arabes unis.

Si, à New Delhi, Joe Biden a obtenu très peu d’engagement de son homologue, Narendra Modi, ce ne fut pas le cas à Abu Dhabi. Rappelons que celui-ci s’était lui-même opposé à l’exécution du contrat signé par Donald Trump une heure seulement avant son départ de La Maison-Blanche, contrat de 20 Md$ portant, notamment, sur 80 F-35A, 20 EA-18G Growler et six systèmes Reaper.

Donald Trump
Donald Trump avait signé le contrat de 20 Md$ avec les Emirats arabes unis une heure à peine avant de quitter la Maison-Blanche

Pour le président américain, ces équipements de pointe ne pouvaient pas être livrés aux EAU, qui venaient d’accorder une licence de déploiement 5G au chinois Huawei. Comme en Turquie, la Maison-Blanche mettait en avant les risques d’interception de certaines technologies critiques du chasseur furtif américain, pouvant être exploitées par la Chine pour mieux le détecter, en particulier dans le Pacifique.

Or, au même titre qu’avec Ankara, il semble que Joe Biden ait entrepris de remettre le contrat F-35A émirati sur la table, avec l’ambition de le conclure avant son départ. Pour le président American, il s’agit certainement de resserrer les liens avec certains alliés géographiquement et militairement clés, en amont d’une période qui promet d’être particulièrement difficile, et risquée.

Cependant, on ne peut écarter le fait que ces négociations interviennent maintenant que tous les pays européens et les alliés proches, susceptibles de se tourner vers le F-35, l’ont effectivement fait, ou promettent de le faire très bientôt. En d’autres termes, le potentiel d’expansion commercial du chasseur de Lockheed a, à présent, atteint ses limites, dans le cadre d’exportation actuel.

Or, les États-Unis ont assumé l’immense majorité des couts pharaoniques de développement de ce chasseur, que seul un grand succès à l’exportation serait en mesure de compenser. On peut donc s’attendre, à présent, à un rapide assouplissement des contraintes d’exportation appliquées au F-35, ce d’autant que l’effet leurre de la stratégie « vente privée », a atteint tous ses objectifs.

programme ngad vue d'artiste
Le programme NGAD est en cours de redefinition en profondeur, et viserait, désromais, à produire un appareil de combat au même prix que le F-35.

Ce d’autant qu’une seconde menace ne tardera pas à débarquer sur le chasseur de Lockheed Martin. En effet, après la suspension du programme NGAD, l’US Air Force a annoncé que, désormais, son objectif était d’amener le nouveau chasseur de 6ᵉ génération, « au prix d’un F-35 actuel », soit autour de 100 m$, contre 250 m$ prévus jusqu’à présent.

Bien évidemment, dans une telle hypothèse, il est très probable que l’US Air Force basculera une partie importante des commandes prévues de F-35A, vers ce nouvel appareil, conçu sur des paradigmes beaucoup plus saints que celui-ci. Dès lors, il est nécessaire, pour l’USAF, de compenser, d’une manière ou d’une autre, son désengagement vis-à-vis de LM, et l’extension du périmètre d’exportation représente certainement une excellente base de négociation.

Conclusion

On le voit, les négociations actuelles, entre Washington et Ankara, concernant un possible, et désormais probable, retour de la Turquie dans le programme F-35, et l’acquisition de 20 appareils, pour l’instant en tout cas, répondent à de nombreux objectifs pour la Maison-Blanche, à la manœuvre dans ce dossier.

Les craintes exprimées par Athènes et Nicosie, à ce sujet, son bien évidemment justifiées. Toutefois, l’hypothèse la plus probable, en cas de conflit gréco-turc, serait que Washington bloque purement et simplement, aux deux belligérants, la possibilité d’utiliser leurs flottes respectives de F-35, exclusivement réservées, aux yeux de Washington, à contenir les menaces sur l’OTAN. Pour la Grèce, il convient donc de penser son effort de défense, en dehors du paramètre F-35, d’un côté comme de l’autre.

RAfale grèce
F-35 turcs et grecs ou pas, Athènes à tout interet à parier sur ses Rafale pour contenir la menace turque.

Reste que les efforts déployés ces dernières semaines et derniers mois, par les autorités US, et par Joe Biden lui-même, pour renouer avec certains alliés, avec une commande possible de F-35 à la clé, invitent à la spéculation, en particulier une fois intégrés aux évolutions entourant le programme NGAD de l’US Air Force.

Il est probable, sans être certain, que celle-ci s’apprêterait à annoncer une diminution significative de ses objectifs de format de la flotte F-35A américaine, pour se tourner vers le NGAD, qui sera bien moins cher que prévu, et vers un éventuel successeur au F-16, bien moins onéreux à l’achat, et surtout à la mise en œuvre, que le chasseur de LM, non sans avoir, auparavant, fait les poches de l’ensemble de ces alliés, avec cet appareil plus prometteur que véritablement performant.

Aithon Narlis a collaboré à cet article.

L’allemand Rheinmetall va-t-il renverser la table de l’industrie de défense européenne d’ici à 2030 ?

Après plusieurs années difficiles, marquées par le refus par la Bundeswehr de se tourner vers le KF41 Lynx et le KF51 Panther, l’allemand Rheinmetall est aujourd’hui installé dans une dynamique bien plus favorable, avec la livraison des Lynx à la Hongrie, et surtout, l’important contrat en préparation autour de ses deux blindés phares, pour l’Armée italienne, en partenariat avec Leonardo.

En dépit de ces difficultés apparentes, Rheinmetall a été, ces cinq dernières années, l’une des entreprises de défense en Europe ayant enregistré la plus forte progression de son chiffre d’affaires Défense, passé de 3,4 Md$ en 2018, à 6,1 Md$ en 2023, une progression de 80 %, très supérieure aux 22,3 % de BAe, aux 15,2% d’Airbus Defense, aux 13,4 % de Thales et même aux 41% de l’Italien Leonardo.

Et la dynamique ne semble pas destinée à s’étioler, le groupe allemand ayant récemment annoncé une progression de 33% de son CA au premier semestre 2024. Fort de cela, son CEO, Armin Papperger, n’a pas caché sa satisfaction, ni l’ambition qu’il a désormais pour son groupe : atteindre un chiffre d’affaires de 40 Md€ en 2030, et s’imposer comme la première entreprise européenne de défense à cette date.

La plus forte croissance de l’industrie de défense européenne en 2023

Il faut dire que, ces derniers mois, les bonnes nouvelles se sont succédé pour le groupe de Düsseldorf. D’abord, au sujet du véhicule de combat d’infanterie KF41 Lynx, alors que l’usine d’assemblage construite en Hongrie a débuté son activité, pour fournir les quelque 218 blindés aux armées hongroises à un rythme de 50 exemplaires par an.

Rheinmetall KF41 Lynx
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Le Lynx devrait, également, connaitre l’épreuve du feu d’ici à la fin de l’année 2024, avec la livraison des premiers exemplaires promis à l’Ukraine. Il est par ailleurs toujours en compétition en Grèce et aux États-Unis.

Le second relais de croissance du groupe allemand, est le système antiaérien Skyranger 30 et 35, déjà choisi par plusieurs armées européennes, y compris la Bundeswehr pour 49 exemplaires, afin de remplacer les Gepard. Là encore, plusieurs exemplaires sont destinés à l’Ukraine, pour densifier la defense antimissile et antidrone autour des installations critiques et/ou des unités au combat.

L’artillerie représente un troisième point d’appui pour la croissance des ventes du groupe, celui-ci fournissant notamment le tube L/52 employé par le Pzh2000 et le RCH-155 commandés par la Bundeswehr, l’Ukraine et grand favori en Suisse. C’est aussi Rheinmetall qui fabrique le canon des nouveaux Leopard 2A8 de KNDS.

C’est toutefois la signature prochaine du partenariat avec Leonardo, pour la conception et la construction de 200 chars de combat et plus de 500 véhicules de combat d’infanterie pour les armées italiennes, qui marque un tournant dans les ambitions de Rheinmetall. Ce contrat, estimé à plus de 30 Md€, va, en effet, lui permettre de lancer la construction de son nouveau char de combat KF51 Panther, qu’il présente comme une alternative au futur Leopard 2AX, Abrams M1E3 et même au MGCS.

KF51 Panther Rheinmetall salon Eurosatory 2024
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Cette dynamique a permis à Rheinmetall d’enregistrer la plus forte croissance au sein des grandes entreprises de défense européenne en 2023, avec une progression de 21 %, contre 10 % pour Thales, 9 % pour BAe, 7 % pour Airbus et -4% pour Leonardo.

Rheinmetall vise un chiffre d’affaires de 40 Md€ en 2030, et la première place de l’industrie de défense en Europe

Surtout, elle permet à Armin Papperger, son CEO, d’afficher désormais ouvertement les ambitions visées par la stratégie agressive qu’il a mise en œuvre depuis qu’il a pris les rênes de l’entreprise en 2013.

En effet, à l’occasion de la présentation des résultats semestriels du groupe, affichant une très confortable croissance de 33 %, celui-ci a indiqué qu’il entendait franchir le cap des 10 Md$ de chiffre d’affaires en 2024, contre 7,1 Md€ en 2023 (Défense + civil), soit une progression de 40 %.

Mais les ambitions de Rheinmetall ne se limitent pas à cet objectif. En effet, son CEO a dévoilé l’objectif à moyen terme de l’entreprise de Düsseldorf : atteindre un Chiffre d’Affaires de 40 Md€ en 2030, quatre fois plus que celui visé pour 2024. Ce chiffre correspond, aujourd’hui, au CA global de toutes les industries de défense françaises et allemandes réunies.

Skyranger 30 Rheinmetall
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Ceci suppose une progression linéaire de plus de 30 % par an, pour les cinq années à venir, un objectif qui semble davantage s’appliquer à des startups de la Tech, qu’à une entreprise fondée en 1889. Pour autant, les récents succès commerciaux du groupe rendent, si pas certaines, tout au moins crédibles, de telles ambitions, qui propulseraient l’entreprise au sommet de la hiérarchie européenne des entreprises de défense, ainsi que dans le TOP 5 des entreprises de défense occidentales.

Une stratégie industrielle et commerciale à contre-pied des industries de défense européennes, personnifiée par son CEO, Armin Papperger

Pour y parvenir, Armin Papperger entend s’appuyer simultanément sur l’augmentation de la demande en matière d’armement en Europe et dans le Monde, ainsi que sur une stratégie de croissance externe agressive, permettant au groupe d’étendre son périmètre technologique, industrielle et géographique.

Le fait est, depuis son arrivée à la tête de l’entreprise, celui-ci n’a eu de cesse que de prendre le contre-pied systématique du fonctionnement traditionnel des entreprises de defense occidentales.

D’abord, en se dissociant de la vision strictement nationale de la plupart de ces entreprises. Ainsi, Rheinmetall s’est fortement implantée, du point de vue industriel, dans de nombreux pays de clients et prospects : en Grande-Bretagne en 2019, en reprenant l’activité véhicules blindés de BAe, aux États-Unis avec American Rheinmetall, en Afrique du Sud… Rheinmetall s’est aussi engagée dans plusieurs coentreprises permettant d’accroitre son implantation locale comme en Hongrie, en Ukraine et, récemment, en Italie.

Armin Pappeger Panther Lynx
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Surtout, Rheinmetall n’hésite pas à investir massivement ses propres deniers, pour developper de nouveaux systèmes d’armes. Ainsi, ses trois produits phares du moment, le KF41, le KF51 et le Skyranger, ont été développés majoritairement en fonds propres, sans commande publique ni filet de sécurité.

Cette stratégie va en l’opposé de celles appliquées par la grande majorité des entreprises européennes, et même occidentales, évoluant dans la sphère défense, ces trente dernières années, qui refusent, le plus souvent, d’investir au-delà de quelques millions d’euros pour le développement d’un équipement ou d’une technologie en fonds propres.

Une industrie de 130 ans pilotée comme une Startup

Le fait est, Armin Papperger a montré, ces dix dernières années, qu’une nouvelle voie pouvait être tracée pour le pilotage de l’industrie de défense, ne passant pas par l’implication anticipée des armées nationales.

Ce n’est pas, en soi, une première. Certaines entreprises, notamment dans le domaine naval comme TKMS avec les sous-marins Type 209/214 et les corvettes Meko, ou Naval Group avec les corvettes Gowind et les sous-marins Scorpene et Blacksword Barracuda, avaient montré qu’il était possible de developper certains équipements majeurs, uniquement à destination de l’exportation.

Corvette Gowind 2500
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Toutefois, le CEO de Rheinmetall a mis en place une stratégie mettant à contribution les marchés pour soutenir sa croissance, par l’acquisition d’entreprises, ainsi que par le développement de nouveaux équipements, en anticipation de phase vis-à-vis du marché.

Ce faisant, l’entreprise a pu developper ses propres équipements, avant même que les armées allemandes n’aient même conscience du besoin, comme pour le système antiaérien SHORAD Skyranger, ou le char de combat de génération intermédiaire KF51 Panther.

Au pire, même si la Bundeswehr résistait aux appels de l’entreprise, comme cela a été le cas en préférant le Puma au Lynx, et le Leopard 2A8 au KF51, ces développements en fonds propres confèrent à l’entreprise une parfaite liberté d’action, pour nouer les partenariats nécessaires avec d’autres pays, comme ce fut le cas pour la Hongrie, l’Ukraine et l’Italie.

Cette capacité capitalistique, qui se rapproche davantage du pilotage d’une startup, que d’une entreprise de 130 ans, permet aussi au groupe de planifier une croissance horizontale, en intervenant dans de nouveaux domaines, au travers de certains partenariats et coentreprises, notamment avec les entreprises américaines comme Lockheed Martin, ou israéliennes comme Rafael (EuroSpike).

Une menace pour les industries de défense allemandes, et françaises ?

Les ambitions affichées la semaine dernière par Armin Papperger, loin d’être fantaisistes, s’appuient donc sur une stratégie lancée depuis de nombreuses années, qui semble à présent montrer toute son efficacité.

KNDS Deutschland Krauss-Maffei Wegmann
Chaine de production de Krauss-Maffei-Wegmann pour le Leopard 2

Reste que si Rheinmetall venait à effectivement atteindre ses objectifs d’ici à 2040, cela risquerait fort de profondément bouleverser les équilibres industriels et défense en Allemagne, ainsi que dans toute l’Europe.

Il est ainsi très probable que le groupe de Düsseldorf cherchera, une nouvelle fois, à prendre le contrôle de KNDS Deutschland, au travers d’une offre que la famille Baude, aura beaucoup de mal à refuser, surtout venant de la part d’un géant national et européen comme celui-ci. D’autres grands acteurs allemands, comme Hensoldt et TKMS, pourraient, à leur tour, être absorbés par Rheinmetall dans les années à venir, même si l’État fédéral allemand s’y investit.

Ce faisant, Rheinmetall deviendrait un géant national, comme BAe en Grande-Bretagne, ou Leonardo en Italie, surpassant toutefois ces deux entreprises pour prendre la première marche du podium européen des industries de défense.

Or, si Rheinmetall atteint une position dominante, comme celle-ci, tout en s’appuyant sur la stratégie d’investissements mise en œuvre ces dix dernières années par Armin Papperger, le groupe allemand disposerait simultanément des moyens financiers, industriels et technologiques, pour piloter la politique industrielle défense allemande, et pour en accélérer et étendre les ambitions.

programme MGCS
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Ce faisant, les groupes français, hors du périmètre de Rheinmetall, subiraient de plein fouet la concurrence globale de ce nouveau géant, bien plus dynamique et volontaire, que ne peuvent l’être aujourd’hui BAe, Airbus et Leonardo, notamment dans les accords commerciaux et industriels pouvant être conclus avec les éventuels clients à venir.

Il est d’ailleurs très probable que, dans une telle hypothèse, des programmes européens comme MGCS, soient abandonnés par l’Allemagne, pour privilégier la construction rapide d’un nouveau char sur la base du KF51 et du Leopard 2AX, plus rapidement développés, et beaucoup moins onéreux, donc prêts pour le marché international.

Conclusion

Si, pendant plusieurs années, la stratégie appliquée par Rheinmetall et son CEO, Armin Papperger, pouvait sembler désordonnée, voire agressive, en particulier dans le cadre du programme MGCS, et si les succès commerciaux se faisaient attendre, celle-ci apparait, à présent, bien plus structurée et planifiée, alors que les succès s’enchainent ces derniers mois.

Surtout, cette stratégie, qui n’hésite pas à prendre le contre-pied direct des us et coutumes de l’industrie de défense européenne, en pilotant son activité comme une Startup, et non comme un groupe centenaire, pourrait bien lui permettre de prendre, comme annoncé cette semaine, une position dominante et sans partage en Europe, venant menacer directement les marchés stratégiques d’autres entreprises européennes, en particulier en France.

Blindé chenillé KF41 Lynx Rheinmetall Eurosatory 2024
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De fait, si la trajectoire de croissance visée par Rheinmetall venait à se confirmer dans les mois à venir, les grands groupes industriels défense français, comme Thales, Naval group, Safran, KNDS France, MBDA et Dassault Aviation, n’auraient certainement qu’une fenêtre étroite pour eux-mêmes transformer leurs propres stratégies, afin d’y faire face, notamment en s’appuyant sur les marchés pour financer une croissance interne et externe, et pour inverser les paradigmes qui aujourd’hui font de la commande publique le point de départ inamovible, de toute initiative.

Reste à voir si les conservatismes, que l’on sait très puissants au sein de la BITD française, sauront s’effacer face à cette nécessité, ou si celle-ci verra, peu à peu, ses marchés extérieurs phagocytés par le tempo imposé par Rheinmetall dans tous les domaines de l’industrie de défense.

Avec le programme MSS, La Marine néerlandaise invente le Naval Wingmen pour 2027

Avec le programme MSS, La Koninklijke Marine, la Marine royale néerlandaise, est aujourd’hui engagée dans un important effort de modernisation, pour s’adapter et se renforcer face aux nouvelles menaces géopolitiques.

Au-delà de la modernisation de sa flotte, avec le remplacement de ses frégates anti-sous-marines classe Karel Doorman, par les navires de la classe ASW-Fregat (anti-submarine warfare frigate), de celui des chasseurs de mines classe tripartite par les grands navires de guerre des mines classe City, La Haye a récemment arbitré en faveur du Blacksword Barracuda de Naval Group, pour remplacer ses trois sous-marins de la classe Walrus.

Toutefois, la Marine néerlandaise ne s’est pas contentée de simplement remplacer ses unités par des navires plus modernes. En effet, depuis un an maintenant, celle-ci développe un programme de navires d’accompagnement, autonome ou à équipage réduit, pour ses nouvelles frégates.

Ce programme a désormais atteint le seuil de maturité, puisque Gijs Tuinman, le secrétaire à la Défense, vient de tracer les lignes et le calendrier de la construction de ces Naval Wingmen, confiée sans surprise à Damen, dans un courrier adressé à la chambre des Représentants.

Le projet MICAN devient le programme MSS, pour Multifunction Support Ship, confié à Damen

Le programme, aujourd’hui baptisé MSS pour Multifunction Support Ship, est passé par plusieurs étapes, et plusieurs dénominations. Présenté en mai 2023 à Farnborough, à l’occasion du Combined Naval Day, il était alors désigné sous le nom de Trific, acronyme de The Rapid Increase of the Firepower Capability.

navires robotisés MICAN marine néerlandaise
Le programme Trific, tel que présenté en 2023

Il s’agissait, alors, d’un navire à équipage réduit, agissant comme un arsenal ship au profit des frégates, en transportant des munitions prêtes à l’emploi, dans des systèmes de type container. En revanche, il n’emportait aucune capacité d’action autonome, ni même aucun senseur.

En décembre 2023, le programme était rebaptisé MICAN, pour Modular Integrated Capability for ACDF and North Sea. Le concept avait alors quelque peu évolué, puisque les Naval Wingmen se voyaient doter de la capacité d’emporter des senseurs, encore sous forme modulaire, et par là, de la possibilité d’agir en autonomie. En outre, le navire d’une soixantaine de mètres, la taille d’une petite corvette, se voyait doter de drones aériens et navals, de leur déploiement (et récupération, le cas échéant), et de leur contrôle potentiel.

Dans le courrier adressé par Gijs Tuinman, le secrétaire à la Défense néerlandais, a sa chambre basse, cette semaine, le programme a une nouvelle fois changé de nom, pour devenir le Multifunction Support Ship, ou MSS. En revanche, les arbitrages faits autour du programme MICAN, semblent avoir été tous conservés.

Un Naval Wingmen à équipage réduit pour épauler les futures frégates ASWF de la Marine néerlandaise

Ainsi, les MSS seront des navires d’une soixantaine de mètres, à équipage réduit, destinés à évoluer aux côtés des nouvelles ASW-Fregat, pour en étendre la puissance de feu et les capacités de détection et d’action.

ASW-Fregat
Modèle ASW-F des marines néerlandaises et belges

Il aura plusieurs missions, et son chargement modulaire sera adapté en fonction des besoins. Traditionnellement, il évoluera à proximité des ASWF, pour en renforcer la puissance de feu antiaérienne. Le MSS pourra alors lancer des missiles antiaériens, qui seront contrôlés et guidés par la frégate elle-même.

Il pourra, également, emporter des systèmes de détection sous-marine, pour étendre le potentiel de détection de la frégate, en particulier dans les environnements complexes comme la mer du Nord.

Par ailleurs, le MSS pourra agir au profit de forces débarquées, qu’il s’agisse de mener des reconnaissances et des frappes à l’aide de drones et munitions rôdeuses, ou d’assurer une défense antiaérienne renforcée, aux côtés de la frégate.

Enfin, il pourra, au besoin, emporter des modèles de guerre électronique, pour protéger la frégate des missiles à guidage radar, ou pour perturber les systèmes de détection, de géolocalisation et de communication de l’adversaire.

Bien que le terme de Naval Wingmen ne soit pas employé par la communication néerlandaise, les MSS auront donc de missions très semblables à celle des drones Loyal Wingmen qui accompagneront bientôt les avions de combat. Il convient donc bien à ce navire, et permet d’en percevoir, instinctivement, les missions.

Un calendrier raccourci pour coller à la livraison des ASW-Fregat

Face à l’évolution de la menace, notamment en Europe, la Koninklijke Marine est pressée, qu’il s’agisse de moderniser sa flotte, ou d’en étendre le potentiel opérationnel. Ainsi, celle-ci aura remplacé plus de 65 % de sa flotte d’ici à 2035, dans un effort sans précédant ces 40 dernières années.

Blacksword barracuda Naval Group et Walrus néeraldnais.
La Marine néerlandaise produit un effort sans précédent pour se moderniser rapidement, comme avec le remplacement des sous-marins classe Walrus.

Afin de renforcer les ASW-Fregat dès leur admission au service, il fallait également que les MSS arrivent rapidement. De toute évidence, cette exigence a été prise en compte. En effet, le programme, estimé entre 250 m€ et 1 Md€ (ça, c’est de la fourchette…), doit permettre de recevoir les deux navires commandés auprès de Damen, dès 2026, et de les déclarer opérationnels pour 2027.

On ignore, cependant, si cette capacité sera déployée à partir de la terre temporairement, ou à partir d’autres frégates néerlandaises. On peut, en effet, craindre que cette déclaration s’avère plus politique que pratique.

En effet, pour mettre en œuvre les armements transportés, encore faut-il que la frégate accompagnée, soit en mesure de contrôler ces munitions. Or, rien n’indique, à ce jour, que la Marine néerlandaise prévoit d’embarquer des missiles SM-2 et ESSM sur les MSS, comme c’est le cas des quatre frégates antiaériennes De Zeven Provincien.

De fait, il est très probable que les deux ans séparant l’entrée en service des MSS, en 2027, de celle de la première ASWF, en 2029, serviront à peaufiner l’efficacité de ces navires, et seront surtout mis à profit pour concevoir, tester et déployer les modules permettant d’embarquer les futurs armements et équipements prévus pour étendre le potentiel des frégates.

Faites ce que je dis, pas ce que j’écris : La Haye veut équiper ses MSS d’équipements israéliens Barak-8 et Harop

Reste que si l’initiative néerlandaise est originale et, certainement, promise à un avenir opérationnel brillant, celle-ci pêche dans un domaine, qui en terni nécessairement le potentiel leadership.

Missile Barak-8 IAI
La marine néerlandaise semble avoir arbitrée en faveur du missile naval de défense aérienne israléien Barak-8 pour équiper les MSS, et par transitivité, les ASWF.

En effet, la communication néerlandaise précise que les MSS embarqueront des missiles antiaériens Barack-8, ainsi que de munitions rôdeuses Harop, tous deux conçus par l’israélien IAI. Ceci laisse, par ailleurs, également supposer que les ASWF néerlandaises pourraient, elles aussi, se tourner vers le missile israélien, pour assurer la défense aérienne.

L’arbitrage néerlandais aurait pu passer inaperçu. Après tout, ce ne sera pas la première fois que La Haye se serait tourné vers Jérusalem, comme ce fut le cas, notamment, pour les systèmes d’artillerie à longue portée PULS, il n’y a de cela que quelques mois.

Depuis, cependant, les Pays-Bas ont publié une nouvelle Revue Stratégique 2024, très ambitieuse, qui fait de l’acquisition d’équipements européens, un objectif stratégique prioritaire, pour accroitre et renforcer la résilience collective du vieux continent.

Il existe, de manière évidente, une puissante dichotomie, entre ces deux déclarations, espacées de seulement deux semaines, ce d’autant que des solutions de défense antiaériennes et antimissiles navales européennes existent bel et bien, qu’elles sont très efficaces, comme démontré en mer Rouge, et qu’elles sont également économiques.

Il est évident que ce type de contradictions altère profondément la crédibilité du discours néerlandais, sachant, malheureusement, que La Haye est loin d’être le seul, en Europe, à plébisciter la BITD européenne et son développement, dans son discours, et à se tourner, derechef, vers des équipements américains, israéliens ou sud-coréens, pour équiper leurs forces armées.

La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe

Avec 11 frégates, la Marine allemande est censée disposer, aujourd’hui, d’une flotte de haute mer suffisante pour contrôler, avec la Royal Canadian Navy, la Marine royale norvégienne et la Royal Navy, l’ensemble de l’Atlantique Nord, notamment pour contenir le transit potentiel des sous-marins nucléaires russes partis de Mourmansk.

Cependant, aujourd’hui, cet inventaire est avant tout théorique. En effet, sur les 11 frégates en services, seules 3, les F124 Sachsen, s’avèrent être de véritables escorteurs. Quant à ses quatre frégates les plus modernes, et les plus imposantes, les F125 classe Bade-Wurtemberg, elles n’ont tout simplement aucune capacité d’escorte, ni même d’autodéfense en zone de tension, étant conçu comme d’imposants OPV plus lourdement armés que les patrouilleurs traditionnels.

Face à ce constat, et dans l’attente de l’arrivée des nouvelles F126 de lutte anti-sous-marine, à partir de 2028, la Bundesmarine a entrepris d’étudier le renforcement des capacités défensives, comme des armements, des F125 Bade-Wurtemberg. Reste que la transformation ne sera pas simple, et que son efficacité restera à démontrer.

La flotte de frégates de la Marine allemande aujourd’hui, entre obsolescence et choix contestables

La Bundesmarine, la Marine allemande, met en œuvre, aujourd’hui, une flotte de surface combattante composée de 11 frégates, épaulée par cinq corvettes K130 de défense côtière classe Braunschweig.

Cette flotte se compose de quatre frégates anti-sous-marine F123 classe Brandenburg, de trois frégates antiaériennes F124 classe Sachsen, et de quatre frégates F125 classe Bade-Wurtemberg, ses navires les plus imposants et les plus récents.

4 frégates anti-sous-marine F123 classe Brandenburg

Entrées en service de 1992 à 1996, les frégates anti-sous-marines F123 jaugent 5000 tonnes à pleine charge, et emportent un armement et un équipement parfois daté, comme le système antiaérien d’autoprotection armé de 16 missiles Sea Sparrow mis en œuvre par deux VLS Mk41.

Marine allemande F123 frigate
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 80

Bien que destinées à la lutte ASM, trois des quatre frégates sont dépourvues de sonar tracté à profondeur variable, pour ne se reposer que sur le sonar de coque DSQS-23BZ, ce qui constitue une faiblesse considérable pour la lutte ASM en delà du plateau océanique, ou simplement au-delà de 100 mètres de profondeur, ou débute le plus souvent la thermocline.

Les navires ont été modernisés en 2021, pour en améliorer le système de combat, et les capacités de détection radar. Toutefois, dans le domaine ASM, ces frégates demeurent au bord de l’obsolescence, alors que le missile Sea Sparrow, même épaulé par les deux CIWS SeaRam, ne suffit pas à en faire un escorteur antiaérien crédible.

3 frégates antiaériennes F124 classe Sachsen

Les trois frégates antiaériennes F124 classe Sachsen, sont incontestablement, aujourd’hui, les navires de surface combattants, les plus efficaces de la Bundesmarine. Entrés en service de 2004 à 2006, ces escorteurs antiaériens de 5800 tonnes, emportent un puissant radar 3D SMART-L de Thales, permettant de mettre en œuvre les 24 missiles surface-air à moyenne portée SM-2 Block IIIa et les 32 missiles à courte portée ESSM, emportés dans les 4 systèmes VLS Mk41, soit 32 silos.

Fregate F124 Hamburg Bundesmarine
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 81

Paradoxalement, avec son sonar d’étrave DSQS-24B, leur hélicoptère embarqué, et les deux tubes lance-torpilles triples, les Sachsen disposent d’un potentiel de lutte anti-sous-marine très proche de celui des F124 Brandenburg, faisant de ces trois navires, des escorteurs polyvalents très capables.

4 frégates F125 classe Bade-Wurtemberg

Les quatre frégates F125 classe Bade-Wurtemberg de la Bundesmarine, sont à la fois ses frégates les plus imposantes, les plus récentes, et les moins utiles, aujourd’hui. Ces navires, jaugeant plus de 7000 tonnes en charge, sont entrés en service de 2019 à 2022, à raison d’un navire tous les ans.

Malheureusement pour la Bundesmarine, à ce moment-là, la pensée dominante, à Berlin, était que la Russie ne représentait aucune menace pour l’Europe, et qu’il en allait de même, des autres pays jugés à risque par ses voisins et alliés, comme l’Iran, la Chine, la Corée du Nord…

Dès lors, les 4 F-125 ont été conçues et équipées, non comme de véritables escorteurs spécialisés, ce qui est la fonction première des frégates, mais comme un grand navire de patrouille océanique, mieux armé qu’un OPV, et disposant d’une très grande autonomie à la mer.

Fregate Baden-Wurtemberg F125
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 82

Dès lors, si les Bade-Wurtemberg disposent d’un radar très performant, le Hensoldt TRS-4D AESA, qui équipe notamment les batteries IRIS-T SLM, elles n’emportent que deux CIWS SeaRam et un canon de 127 mm, pour toute défense aérienne. Et si elles alignent jusqu’à huit missiles antinavires Harpoon ou NSM, elles ne disposent d’aucune capacité de lutte anti-sous-marine, pas même d’un sonar de coque.

Ainsi, en bien des aspects, les F125 ont un potentiel opérationnel semblable à celui des frégates légères furtives de la classe Layette françaises, qui ont été modernisées pour recevoir un sonar de coque, et ne peuvent donc pas être qualifiées de frégates (de 1ᵉʳ rang), car dépourvues de potentiel d’escorte, mais plutôt de grand navire de patrouille.

Iris-t SLM, capacités ASM : la Bundesmarine veut faire des F125 Bade-Wurtemberg de véritables frégates

De fait, sur ses 11 frégates en service, la Bundesmarine ne peut s’appuyer, concrètement, que sur les 3 F124 Sachsen, pour être déployées en zone de tension, comme ce fut le cas en mer Rouge ces derniers mois.

En effet, ni les Bade-Wurtemberg, ni les Brandenburg, n’ont le potentiel opérationnel requis pour évoluer dans une telle zone (pas davantage que les FLF, même modernisées, et pourtant placardées frégates de premier rang, soit dit en passant, raison pour laquelle la Marine nationale ne les enverra jamais en mer Rouge…).

Ce puissant handicape est désormais difficile à ignorer par le ministère de la Défense allemand, comme par la Chancellerie. Quant à Boris Pistorius, le ministre de la Défense, il produit d’importants efforts pour tenter d’améliorer la situation.

IRIS-T SLM faisant feu
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 83

D’abord, en étendant et accélérant les programmes en cours, dont les frégates F-126 Niedersachsen, portées de 4 à 6 unités, livrées de 2028 à 2034 pour remplacer les F123 Brandenburg. Les futures frégates F127 prendront, elles, le relais des F125 Sachsen à partir du milieu de la prochaine décennie, même si la conception générale du programme fait encore débat, y compris en termes de nombre d’unités (probablement 4).

Surtout, le ministère de la Défense a annoncé deux initiatives visant à renforcer l’efficacité opérationnelle des F125, il est vrai, à ce point insuffisante que les frégates ne peuvent pas même être déployées en zone de tension, ne pouvant pas assurer pleinement leur propre sécurité, sans parler des missions d’escorte.

Pour cela, des travaux ont été entrepris pour équiper, rapidement, ces frégates du système antiaérien IRIS-T SLM, qui se montre très efficace en Ukraine, y compris contre les missiles de croisière supersoniques russes. Les détails de cette intégration ne sont pas, à ce jour, révélés, pas davantage que son calendrier.

Il en va de même de la seconde capacité dont le ministère de la Défense veut doter les F-125, à savoir d’en renforcer les capacités de lutte anti-sous-marine. Plusieurs pistes semblent devoir être envisagées, sachant que l’ajout d’un sonar de coque, ou d’un sonar remorqué à profondeur variable, semble pour l’heure écarté.

En effet, s’il a été relativement simple, rapide et peu onéreux, pour les FLF française, de recevoir un sonar de coque, le navire avait été initialement conçu pour cela, et ne fut pas équipé de ce sonar, que suite à des arbitrages budgétaires.

Classe Lafayette frégate Courbet
Frégate FLF Courbet, 3ᵉ unité de la classe Lafayette

À l’inverse, l’intégration d’un sonar au F125, réclamerait certainement d’importants travaux touchant la structure même du navire, ce qui s’avèrerait à la fois très long, et très couteux, pour des résultats certainement loin d’être aussi efficaces que pour des intégrations natives.

Les pistes retenues, dans ce domaine, semblent davantage s’orienter vers l’utilisation de drones et/ou de navires robotisés, en exploitant les importants espaces disponibles dans le hangar à RHIB et à hélicoptères du navire. Ces véhicules sans équipage, pourraient à leur tour être équipés de sonars, voire de bouées acoustiques, comme celles employées à partir des avions de patrouille maritime ou les hélicoptères de lutte ASM.

Les deux hélicoptères NH90 des F125, quant à eux, seraient en charge de coordonner l’action de lutte ASM, et d’emporter et larguer les torpilles anti-sous-marines, le cas échéant.

Reste que, même équipés de ces deux nouvelles capacités, les F125 demeureront des navires 2000 tonnes plus lourds, aussi chers, et largement moins efficaces dans tous les domaines, que les FDI françaises, par exemple.

La Bundesmarine attend avec impatience la livraison des 6 F126 Niedersachsen de lutte anti-sous-marine

Il n’est dont pas surprenant, dans ce contexte, que la Bundesmarine attende avec une grande impatience, l’arrivée des frégates F126 Niedersachsen, à partir de 2028. Confiée au néerlandais Damen, la construction de ces 6 frégates a débuté en décembre 2023 à Wolgast, dans le Lander Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Les cinq autres unités, elles, seront construites à Kiel.

F126 frégate ASM
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 84

Destinées à remplacer les F123, les nouvelles frégates seront spécialisées dans la lutte anti-sous-marine. Comme c’était déjà le cas des F125, les F126 seront deux fois plus imposantes que les frégates qu’elles remplaceront, avec un tonnage de 10 000 tonnes en charge. Ce qui est, en fait, paradoxale, puisque le tonnage ne constitue en rien un atout dans la mission de lutte anti-sous-marine, bien au contraire, y compris en zone océanique.

Elles seront, en revanche, bien mieux équipées, avec le même radar TRS-4D que les F125, et surtout une suite sonar complète, incluant sonar de coque, sonar remorqué à profondeur variable, et flute d’écoute très basse fréquence.

En outre, son vaste hangar aviation, et son pont d’envol, permettra de mettre en œuvre deux hélicoptères NH90 spécialisés dans la lutte anti-sous-marine, emportant chacun sonar plongeant, bouées acoustiques et torpilles ASM, ainsi que différents types de drones.

L’armement défensif du navire sera, lui aussi, bien plus conséquent. Si le canon de 127 mm sera conservé, tout comme les 2 systèmes VLS Mk41, celui-ci accueillera jusqu’à 64 missiles ESSM, bien plus performants que les Sea Sparrow des F123. En revanche, les deux systèmes CIWS SeaRam, comme les huit missiles antinavires NSM, et les systèmes d’artillerie légère, seront identiques aux F125.

tir ESSm F124
La Marine allemande veut réarmer ses 4 frégates modernes face à la menace russe 85

Bien que disposant de capacités largement accrues, vis-à-vis des F123, les choix entourant la conception des F126 font débat. En effet, par son tonnage et ses dimensions, très excessifs, le navire s’avère aussi très onéreux, 1,4 Md€ par frégate.

Or, ce montant correspond, en effet, au prix exact de 2 frégates FDI classe Amiral Ronarc’h, de la Marine nationale, elles aussi très performantes et bien équipées en matière de lutte ASM, et disposant de capacités de lutte antiaérienne largement accrues face au 64 ESSM des F126, avec 16/32 missiles Aster 30/B1, et potentiellement un CIWS SeaRam.

Les armées allemandes peinent à retrouver l’efficacité opérationnelle perdue ces 30 dernières années

Le fait est, qu’il s’agisse de programmes industriels, ou de l’équipement et l’entraînement de ses forces armées, le ministère de la Défense allemand peine grandement, aujourd’hui, à retrouver le chemin de l’efficacité budgétaire comme opérationnelle.

Ainsi, les 100 Md€ du Zeitenwende ont à présent presque intégralement été consommés, sans que les armées allemandes aient pu renouer avec cette efficacité, même si certaines obsolescences critiques ont été adressées.

P8 Poseidon
Sunset over Adriatic, Croatia

Ainsi, même si elle n’a jamais été conçue pour la projection de puissance, comme les armées françaises, britanniques ou américaines, la Bundeswehr avait représenté, pendant toute la guerre froide, le pilier central, fiable et solide, de la défense en Europe. Aujourd’hui, cependant, elle ne semble plus en situation de reprendre ce rôle, alors que d’autres pays, en particulier la Pologne, se positionnement pour endosser le costume.

On retrouve, dans les programmes de frégates allemandes, l’ensemble des travers qui, aujourd’hui, handicapent la Bundeswehr pour retrouver l’efficacité qui était la sienne, avec une ingérence politique excessive dans leur conduite, et des ambitions industrielles, plus que technologiques, allant bien au-delà des exigences de la mission.

Reste qu’aujourd’hui, avec une situation budgétaire bien plus satisfaisante, et une position économique dominante en Europe, c’est bien Berlin, et non Paris ou Rome, qui est en mesure de donner le La en matière de programmes de défense en Europe. Constatant le manque d’efficacité dans ses programmes intérieurs, jusqu’à maintenant en tout cas, on peut donc s’inquiéter de la trajectoire qu’un tel leadership pourra donner à la défense européenne.

L’Iran dévoile le drone d’attaque Shahed-136B capable d’atteindre l’Europe

Le 21 septembre, l’Iran a présenté certains de ses nouveaux armements à l’occasion d’une parade militaire. Parmi ces équipements, figurait le Shahed-136B, une nouvelle version du drone d’attaque qui fait, depuis deux ans maintenant, régulièrement les gros titres de la presse mondiale, notamment pour son utilisation massive par les forces russes en Ukraine.

Concomitamment à la présentation d’un nouveau missile balistique d’une portée de 1000 km baptisé « Jihad », héritier du Fateh-120, également au cœur de l’actualité, ce nouveau drone d’attaque permettrait à Téhéran de frapper la moitié du territoire de l’UE, et mettrait l’ensemble du territoire européen, à la portée des armées russes, à partir de son propre sol.

L’arrivée du drone d’attaque Shahed-136 en Russie a bouleversé le conflit en Ukraine

Entré en service en 2021, le drone d’attaque iranien Shahed-136 a fait son apparition sur la scène internationale dans le cadre de la guerre au Yémen, étant mis en cause dans l’attaque du pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien et mis en œuvre par un armateur israélien.

petrolier Mercer Street frappé par un drone Shahed-136 en 2021
Le pétrolier Mercer Street frappé par un drone Shahed-136 en 2021

C’est toutefois son apparition en Ukraine, lors de frappes russes contre les installations civiles et militaires à l’automne 2022, que ce drone d’attaque, désormais largement connu, commença à faire les gros titres de la presse occidentale.

Le Shahed-136, et sa version russe baptisée Geranium (ou Geran) 1 et 2, sont des drones de 3m50 de long et 2m50 d’envergure, formé par un corps central tubulaire et une aile delta, et propulsé par un petit moteur à explosion de 50 cv entrainant une hélice à pas fixe.

Grâce à un pilote automatique simplifié et une navigation inertielle / GPS, le Shahed-136 peut atteindre des cibles à plus de 1700 km de distance (confirmés) à une vitesse moyenne de 185 km/f et une altitude sol d’une centaine de mètres, et les frapper avec une précision de quelques mètres, pour faire détoner sa charge de militaire de 40 kg.

Bien que lent et vulnérable aux défenses aériennes, y compris les plus légères, le Shahed-136 s’est rapidement imposé comme une des principales munitions employées par les armées russes pour frapper les infrastructures ukrainiennes, plus spécifiquement les infrastructures civiles (énergie, transport, télécommunication, ferroviaire et industriel).

Usine drones d'attaque Geranium-2
Production en grande série des drones Geranium par la Russie

En effet, s’il ne brille pas par ses performances, sa précision, sa survivabilité ni par sa capacité tactique, le Shahed-136 à deux atouts décisifs dans ce conflit : il coute très peu cher à produire, de l’ordre de 20 à 30.000 $, et peut-être produit rapidement en grande quantité.

Ainsi, aujourd’hui, l’industrie russe livre plus de 500 Geran-2 par mois à ses forces armées, permettant de mener des frappes presque ininterrompues sur l’Ukraine depuis plusieurs mois. Surtout, le drone d’attaque coute souvent bien moins cher à produire, que ne coute la production des armements employés pour s’en protéger.

De fait, s’il est un armement qui peut recevoir le qualificatif, souvent galvaudé, de Game-Changer, dans ce conflit, c’est incontestablement le Shahed-136, tant son arrivée a contribué à profondément transformer la physionomie et la dynamique même de la guerre en Ukraine.

Téhéran dévoile le Shahed-136B d’une portée étendue à 4000 km

Si Téhéran clame une portée de 2500 km pour son Shahed-136, dans les faits, aucun vol de plus de 1700 km n’a pu être observé à ce jour. Or, si cette portée permet de frapper Israël en trajectoire quasi rectiligne à partir du sol iranien, elle est insuffisante pour des trajectoires moins prédictibles, rendant son interception plus difficile.

Il n’est donc guère surprenant que les ingénieurs iraniens aient planché, une fois l’efficacité et le potentiel opérationnel du drone d’attaque confirmés, sur un nouveau modèle, à la portée et aux performances accrues.

Shahed-136B drone d'attaque septembre 2024
Première présentation du drone d’attaque Shahed-136B à Téhéran le 21 septembre 2024.

Ce nouveau modèle semble avoir été dévoilé à l’occasion d’une parade militaire qui s’est tenue à Téhéran ce 21 septembre 2024. Pour la première fois, en effet, les armées iraniennes ont présenté le Shahed-136B, présenté comme le successeur du Shahed-136, dont il reprend même la désignation normée, en dépit d’une apparence très dissemblable.

En dehors de son aspect, on sait aujourd’hui très peu de choses sur ce nouveau drone. Rompant avec l’aile delta, il reprend l’aile droite et le plan horizontal à double dérives de nombreux drones, pour des dimensions que l’on peut estimer autour de 5 m x 5 m. Les formes retenues semblent également permettre d’accroitre la discrétion du drone, spécialement IR, sans être furtif, pour en accroitre la survivabilité.

Le corps de l’engin étant largement plus volumineux, on peut anticiper un moteur plus puissant, susceptible de lui conférer une vitesse de croisière bien plus élevée, là encore, pour en accroitre la survivabilité et réduire les temps de trajets. Il est donc très probable que le Shahed-136B sera sensiblement plus lourd, que son prédécesseur.

Concrètement, seules deux informations chiffrées ont été dévoilées par Téhéran autour de ce drone. Sa charge militaire est ainsi portée à 50 kg d’explosifs, soit autant que n’en contiennent les bombes aériennes de 125 kg, ou l’équivalent de 6 obus de 155 mm. Surtout, la portée du Shahed-136B est annoncée atteindre les 2500 miles, soit 4000 km.

Un drone d’attaque capable de frapper tout le Moyen et Proche-Orient, ainsi que l’ensemble de l’Europe à partir du territoire russe.

Cette portée, qui doit évidemment être prise avec réserves, venant de Téhéran, est suffisante pour atteindre, à partir du sol iranien, des cibles comme Varsovie, Berlin ou Le Caire.

Shahed-136B
le Shahed-136B apparait sensiblement plus imposant que le Shahed-136.

Surtout, elle permettrait de conférer à ces drones, des trajectoires beaucoup plus indirectes et imprévisibles, pour frapper le territoire israélien, déjà à portée des Shahed-136, mais avec des trajectoires presque rectilignes.

On se doit, également, de considérer l’utilisation potentielle de ce drone d’attaque par la Russie, Moscou et Téhéran s’étant montrés très poreux en termes d’armements, ces deux dernières années. Dans cette hypothèse, le Shahed-136B pourrait atteindre l’ensemble du territoire européen, à partir du sol russe, y compris les plus villes les plus distantes, comme Lisbonne.

Prix et production industrielle, les deux critères d’efficacité des drones d’attaque

Pour autant, il est difficile, aujourd’hui, d’estimer la réelle plus-value opérationnelle de ce Shahed-136B, en particulier face au Shahed-136. En effet, les deux critères qui font la véritable efficacité du drone d’attaque iranien, aujourd’hui, sont son faible prix, et sa simplicité technologique, permettant notamment de le produire en grand nombre, même à partir d’infrastructures industrielles simplifiées, reposant essentiellement sur une main d’œuvre importée.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
L'Iran dévoile le drone d'attaque Shahed-136B capable d'atteindre l'Europe 93

Or, les dimensions et l’architecture visible, au sujet su Shahed-136B, permettent de spéculer sur le fait que ce drone sera beaucoup plus long, et cher, à produire. Toute la question, à présent, est de savoir à quel point, les nouvelles performances amélioreront sa survivabilité et ses performances, pour parvenir à maintenir l’équation d’efficacité constatée du Shahed-136.

Il est cependant probable que le Shahed-136B sera appelé, non à se substituer à son prédécesseur, mais à en compléter le potentiel opérationnel, pour disposer d’un potentiel de frappes largement plus étendu, sans en perdre les plus-values offertes par ce type d’armes.

En effet, même employé en petit nombre, en complément de la version initiale, le nouveau drone pourrait avoir une influence sensible sur les opérations, notamment en forçant, encore davantage, le défenseur à protéger ses infrastructures critiques, sur l’ensemble de sa profondeur, plutôt que dans la bande des territoires menacés par le Shahed-136.

Ceci se fera, nécessairement, au détriment de la concentration des moyens de défense aérienne et antidrone, exposant donc l’ensemble à des attaques saturantes, dont le plafond aura été sensiblement abaissé. De fait, même sensiblement plus onéreux et plus long à produire, le Shahed-136B pourrait influencer, de manière très visible, les rapports de forces, que ce soit au Proche-Orient comme en Europe.

Les solutions pour se protéger des drones d’attaque peinent à émerger

Ce d’autant qu’à ce jour, il n’existe toujours aucune solution efficace pour s’en prémunir. Ainsi, l’utilisation des défenses aériennes traditionnelles, avec des missiles à plus d’un million d’euros, et des batteries à plus de 100 millions, ne représente pas une solution soutenable pour s’en protéger, même en s’appuyant sur une défense périmétrique limitée aux espaces de pénétration possibles.

Iris-t slm en ukraine
L'Iran dévoile le drone d'attaque Shahed-136B capable d'atteindre l'Europe 94

De même, une défense articulée autour de l’artillerie antiaérienne, ou les armes à énergie dirigée, obligerait à des déploiements extrêmement nombreux, très gourmands en personnels et en investissements initiaux, même si le cout d’usage est, lui, très faible.

Il en va de même concernant le brouillage et la guerre électronique, ce d’autant que ces drones intègrent désormais des systèmes de navigation, inertiels et/ou vidéos, conçus pour leur permettre de quitter la zone de brouillage pour reprendre la mission.

De fait, pour se prémunir de ces frappes, aujourd’hui, les armées occidentales se retrouvent face à un très faible nombre d’options. La première serait l’application des mêmes principes que ceux employés pour la dissuasion nucléaire, à savoir de disposer de capacités de frappes symétriques ou supérieures, garantissant des destructions telles chez l’assaillant, qu’il en serait dissuadé d’employer ces armes.

Toutefois, face à des pays comme la Russie, disposant d’une profondeur stratégique sans commune mesure avec l’Europe, ou comme l’Iran, vivant déjà dans un environnement dégradé, on peut penser que des frappes conventionnelles symétriques, même menées, elles aussi, contre les infrastructures civiles, s’avèreraient effectivement dissuasive.

industrie russe de defense Uralvagonzavod
L’usine Uralvagonzavod de Nijni Taguil est à plus de 2500 km des frontières de l’OTAN, hors de portée de tous les systèmes tactiques employés à ce jour.

La seconde solution serait de faire face à ces drones avec des moyens aériens spécialement conçus, des drones d’interception reprenant les performances, les tactiques et les couts d’utilisation et de fabrication beaucoup plus réduits, des chasseurs de la Seconde Guerre mondiale, adaptés pour neutraliser ces menaces.

Conclusion

Étonnamment, aujourd’hui, l’utilisation du drone anti-drone se limite à des drones eux-mêmes à utilisation unique, conçus pour abattre les drones de reconnaissance en les percutant. Si cette solution peut s’avérer efficace pour nettoyer la zone d’engagement, elle est inadaptée pour contrer les drones d’attaque à longue portée, conçus pour cibles des infrastructures distantes de plusieurs centaines ou plusieurs milliers de km.

Pour cela, il s’avère nécessaire de disposer d’appareils de combat disposant, également, d’une grande autonomie, d’une vitesse élevée pour réaliser les interceptions, et d’un armement embarqué permettant leur réutilisation. Espérons que ce constat s’imposera bientôt pour les armées comme pour les industriels.