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Naval group pourrait bien vendre 6 sous-marins Scorpene de plus en 2024

Pour Naval Group, 2024 est d’ores-et-déjà une année exceptionnelle, en matière de contrats d’exportation. Le groupe français a, en effet, signé, coup sur coup, un contrat pour deux sous-marins Scorpene Evolved en Indonésie, puis un nouveau, pour quatre Blacksword Barracuda, aux Pays-Bas.

Ce faisant, Naval Group vient flirter avec les succès de 1967, avec deux contrats d’exportation de sous-marins sud-africains et pakistanais, pour la construction de, respectivement, 3 et 4 sous-marins classe Daphnée, et égaler les 6 sous-marins Scorpene classe Kalvari, commandés par New Delhi en 2005, dans le cadre du programme P75.

Mais 2024 pourrait bien passer du statut d’année exceptionnelle, à celui d’année historique. En effet, l’Argentine serait sur le point de lancer des négociations exclusives avec Naval Group, pour la commande de 3 sous-marins Scorpene, alors que les négociations avec New Delhi, au sujet des 3 sous-marins Scorpene supplémentaires évoqués en 2023, seraient sur le point d’aboutir.

La Marine argentine se rapproche encore davantage d’une commande de 3 sous-marins Scorpene

Depuis l’accident tragique du sous-marin San-Juan, perdu, avec 44 membres d’équipage à son bord, en novembre 2017, suite à une décompression explosive, la Marine argentine ne disposait plus que de deux sous-marins Type-209, acquis auprès de l’Allemagne fédérale en 1982.

ARA Santa Cruz et San Juan, Type-209, Marine argentiene
Les sous-marins ARA Santa Cruz et San Juan de la Marine Argentine naviguant de concert.

Cet accident provoqua, par ailleurs, l’arrêt de la modernisation du Santa Cruz, son sister-ship, modernisation qui fut totalement abandonnée en 2020, laissant la Marine Argentine, sans sous-marin pour protéger ses 5000 km de côtes, et un plateau océanique de quelque 6,5 millions de km².

Si la Marine Argentine n’a cessé, depuis, de réclamer, au plus vite, de nouveaux sous-marins, la sévère crise économique et sociale dans le pays, entamée en 2001, et qui atteint son paroxysme en 2023, empêchait toute négociation dans ce domaine, au-delà des consultations.

L’élection du président ultralibéral et populiste, Javier Milei, à la tête du pays, en décembre 2023, permit cependant d’améliorer les données macro-économiques du pays, de façon aussi rapide que spectaculaire, permettant de mettre fin à une crise inflationniste hors de contrôle, et à reprendre la main sur les finances publiques, ramenées à l’équilibre en quelques mois, à l’aide de coupes franches dans les dépenses de l’État.

Cette amélioration permit à Buenos Aires, d’entamer la modernisation des forces aériennes argentines, avec l’acquisition de 24 F-16 A/B danois d’occasion, pour un peu plus de 300 m$, associée à un contrat d’entretien et d’assistance, auprès de Lockheed Martin, pour 400 m$.

Il y a quelques jours, Buenos Aires publia la liste des priorités concernant la modernisation de ses armées pour 2025. Outre l’entrée en service des F-16 danois, le document évoque l’achat de véhicules blindés 6×6 ou 8×8, et le remplacement des 6 avions de transport Fokker F-28 et des hélicoptères UH-1.

Type 42 ARA Hercule marine argentine
Le destroyer Type 42 ARA Hercule est le dernier destroyer encore en service au sein de la Marine argentine, qui prévoit d’acquérir 2 frégates espagnoles ou italiennes, pour le remplacer.

Pour la Marine Argentine, les deux priorités sont le remplacement des deux destroyers Type 42,dont un seul, le ARA Hercule, est encore en service, et, surtout, l’acquisition de trois nouveaux sous-marins, afin de retrouver cette capacité au plus vite. Deux modèles sont évoqués comme étant privilégiés par Buenos Aires, le Type-209 NG de l’Allemand TKMS, et le Scorpene du français Naval Group.

C’est ce dernier qui représenterait, à présent, l’hypothèse de travail des autorités argentines. À en croire les dernières informations dans ce dossier, une lettre d’intention, entre Paris et Buenos Aires, devrait être signée à ce sujet le 15 octobre, suite à la visite du ministre de la Défense Argentine, Luis Petri, à Paris, le 2 octobre, pour rencontrer son homologue français, Sébastien Lecornu.

Le contrat, en cours de négociation, porterait sur trois sous-marins Scorpene Evolved de 2000 tonnes, le nouveau modèle équipé de batteries Lithium-ion présenté par Naval Group, il y a juste un an, et déjà retenu par Jakarta. Le montant avancé atteindrait 2 Md€.

Les négociations avec la Marine indienne pour 3 Scorpene supplémentaires proches d’aboutir

Outre l’Argentine, Naval Group est également proche de conclure un second contrat pour trois nouveaux sous-marins type Scorpene, cette fois en Inde. Cette commande a été évoquée officiellement lors de la visite de Narendra Modi à Paris, en marge des célébrations du 14 juillet 2023.

INS Kalvari Naval Group Scorpene Class
Lancement de l’INS Kalvari, premier sous-marin scorpene de cette classe, construit par MDL.

Aux côtés de 26 Rafale destinés, eux aussi, à la Marine Indienne, le premier ministre indien avait alors annoncé la prochaine commande de trois nouveaux sous-marins Scorpene, auprès de Naval Group.

Toutefois, les négociations de ces deux contrats ont été reportées de plusieurs mois, en raison des élections législatives indiennes qui se sont tenues les 19 avril et 1ᵉʳ juin 2024. Elles ont repris après que Narendra Modi a été reconduit au poste de premier ministre, en juin 2024, et ont rapidement avancé depuis.

Ainsi, à la fin du mois de juin 2024, les négociations entre la Marine indienne, Naval Group et les chantiers navals Mazagaon Dockyard Limited, qui ont construit les 6 premiers navires de la classe Kalvari, reprirent sur la base d’un budget de 35.000 crore (3,8 Md€), pour une construction locale représentant 60 % des sommes investies.

Pour Mazagaon Dockyard Limited, le sujet est aussi stratégique qu’urgent, alors que le 6ᵉ et dernier Kalvari, l’INS Vagsheer, sera livré à la Marine indienne au mois de décembre 2024. L’industriel indien doit donc entamer au plus vite la construction des trois navires supplémentaires, tant pour exploiter son outil industriel conçu à cette fin, que pour garder actif, son réseau de sous-traitance, celui-là même qui permettra d’atteindre les 60 % de production nationale, imposés par la nouvelle législation indienne.

Lancement INS Vagsheer MDL Naval Group
Lancement de l’INS Vagsheer, dernier sous-marin scorpene de la classe Kalvari construit par MDL à ce jour.

Les nouveaux sous-marins ne seront, cependant, pas de simples copies des six premiers navires. Ils seront plus longs, plus imposants, disposeront d’équipements modernisés et d’un nouveau système de propulsion, pour étendre les performances et l’autonome en plongée des navires.

On ignore, toutefois, si ce nouveau système de propulsion reposera sur le système anaérobie AIP développé par la DRDO, l’agence de l’armement indienne, ou sur les nouvelles batteries lithium-ion, qui équiperont les Scorpene Evolved indonésiens et, peut-être, argentins.

Cet arbitrage pourrait avoir d’importantes conséquences, puisque New Delhi a également lancé une autre compétition, baptisée P75i, pour acquérir six nouveaux sous-marins, équipés cette fois d’une propulsion AIP. Or, si les trois nouveaux Scorpene indiens, s’avèreraient être des Scorpene Evolved, équipés de batteries Lithium-ion, bien plus performantes que les systèmes AIP, il est tout à fait possible que la compétition P75i soit annulée, au profit de nouveaux Scorpene Evolved, par ailleurs plus économiques.

Une équation industrielle anticipée par Naval Group

Si ces deux contrats venaient à se concrétiser rapidement, il se pourrait bien que Naval Group signe une année en tous points historique en 2024. Et si des délais supplémentaires venaient à ralentir ces négociations, tout porte à croire que c’est 2025 qui le sera.

Cherbourg naval group
Consrtuction simultanée du Suffren et du Duguay Trouin sur le site de Cherbourg de Naval Group.

En effet, outre l’Argentine et l’Inde, le groupe français est engagé dans plus d’une dizaine de compétitions et consultations dans le monde, qu’il s’agisse de ses nouveaux Scorpene Evolved, ou des Blacksword Barracuda, choisis par La Haye.

Ce succès, s’il est mérité, n’est pas sans poser de sérieux enjeux, pour l’industriel français, et toute la chaine de sous-traitance qui fournit les composants et éléments embarqués, qui font l’efficacité de ces navires.

En effet, Naval Group ne dispose, en France, que d’un unique site pour assembler des sous-marins, à Cherbourg. Or, Celui-ci doit encore produire les trois derniers sous-marins nucléaires d’attaque classe Suffren, destinés à la Marine nationale, puis entamer la construction des 4 SNLE 3G, successeurs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins classe le Triomphant, qui portent aujourd’hui la composante sous-marine de la dissuasion française.

Avec les 4 Blacksword Barracuda, acquis par les Pays-Bas, le site de Cherbourg est donc à charge pleine jusqu’en 2036 ou 2037, avec peu de possibilités pour accroitre ses capacités propres. Quant à l’industriel français, il n’a guère intérêt à déployer, en France, un second site, qui risque de se retrouver en activité insuffisante, d’ici à une quinzaine d’années.

Blacksword barracuda Naval Group et Walrus néeraldnais.
Le Blacksword Barracuda remplacera le Walrus des forces navales néerlandaises

Toutefois, Naval Group a anticipé cette situation de longue date, au travers de deux actions spécifiques et complémentaires. En premier lieu, celui-ci a développé une compétence reconnue pour accompagner ses clients et partenaires, afin qu’ils assemblent leurs nouveaux sous-marins, directement dans leurs propres infrastructures industriels et chantiers navals.

Ce fut le cas des 6 sous-marins indiens classe Kalvari, ainsi que des sous-marins brésiliens classe Riachuelo, et ce sera, aussi, le cas des 2 sous-marins Scorpene Evolved indonésiens, qui seront construits par les chantiers navals PT PAL. Ces constructions locales s’accompagnent d’importants transferts de technologies, conférant aux acquéreurs une main mise avancée sur la maintenance et l’évolution de leurs navires.

Mais Naval Group ne s’est pas contenté d’accompagner ses clients. Ainsi, au Brésil, le français est partenaire à part entière des chantiers navals ICN d’Antigua, qui assemblent les Scorpene à destination de la Marine brésilienne, et qui construisent également le nouveau sous-marin nucléaire d’attaque du pays, l’Álvaro Alberto.

Naval Group détient, en effet, 41 % de ce chantier naval, les 59 % restant étant détenus par l’état brésilien. Ce faisant, ICN constituent un véritable vase d’expansion potentiel pour de nouvelles commandes de Scorpene et Scorpene Evolved, notamment en provenance d’Amérique du Sud, lorsque le pays ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour cela.

Scorpene Marine brésilienne
Sous-marin Riachuelo type Scorpene de la Marine brésilienne

Et même si l’assemblage est local, le soutien d’ICN, et de son réseau de sous-traitance, constitueront des alliés de poids pour le bon déroulement des contrats. Il en va de même, sans participation directe de Naval Group toutefois, de PT PAL en Indonésie, et de Mazagaon en Inde.

Ce faisant, Naval Group dispose d’une stratégie industrielle, des procédures ainsi que de plusieurs sites pour absorber ou accompagner, le cas échéant, de nouvelles commandes, et ainsi poursuivre sa prise de part de marché, en particulier face à l’allemand TKMS, dont le français est aujourd’hui devenu le principal adversaire lors des compétitions internationales.

Et de marchés potentiels, Naval Group ne manquent pas. Son PdG, Pierre Eric Pommelet, a ainsi indiqué, il y a peu, que le groupe était engagé dans 13 compétitions et discussions bilatérales, concernant la possible acquisition de sous-marins.

En plus des contrats précédemment évoqués, en Inde et Argentine, on sait ainsi que le français est engagé, en Europe, en Pologne, en Roumanie et en Grèce, en plus des Pays-Bas ; en Égypte, au Maroc et en Arabie Saoudite, en Afrique et Moyen-Orient ; et en Colombie et au Pérou, en Amérique du Sud. À cela s’ajoutent de possibles commandes supplémentaires au Chili, en Indonésie, et en Malaisie.

Signature contrat Scorpene Evolved naval Group indonésie
Signature du contrat entre la Marine indonésienne, PT PAL et Naval Group, pour la construction de 2 sous-marins Scorpene Evolved, en avril 2024.

Au total, ce sont donc près de 40 nouveaux sous-marins qui pourraient potentiellement être commandés à Naval Group, dans les années à venir, en plus des six déjà commandés (Indonésie, Pays-Bas), et des six en passe de l’être (Argentine, Inde).

On comprend, dans ces conditions, le manque d’empressement du groupe français, pour rejoindre la compétition canadienne, fut-elle de 12 navires, pour laquelle il dispose pourtant, incontestablement, de la meilleure offre avec la Blacksword Barracuda. Pour Naval Group, trois facteurs tendent à le garder à distance de cette compétition, au risque de remettre TKMS en scelle, après les revers indonésiens, néerlandais et, probablement, argentins.

D’abord, l’industriel craint que la compétition puisse être biaisée, comme c’était le cas concernant celle pour le remplacement des F/A-18 Hornet de la Royal Canadian Force, quittée rapidement par Dassault Aviation, Eurofighter et Boeing, tant il était évident qu’elle ne servait qu’à donner un certain vernis légal, à la commande à venir de F-35A.

Ici, Naval group redoute que cette compétition soit préemptée par Washington, pour amener Tokyo à rejoindre le second pilier de l’alliance AUKUS, avec la commande de 12 Taïgei par la Canada, à la clé.

Le français craint également que, comme dans les années 80, Washington s’oppose, purement et simplement, à ce qu’Ottawa ne s’équipe de sous-marins français, ce qui fut le cas alors, concernant un contrat portant sur 12 sous-marins classe Améthyste.

SSN AUKUS Biden Albanese Sunak
Malgrè les efforts et l’évidente bonne-foi du premier ministre australien Albanese, pour clore correctement le dossier des sous-marins classe Attack, Naval Group reste désormais largement sur la réserve lorsqu’il s’agit d’un des membres des « 5 eyes », dont le Canada fait parti.

Ensuite, l’industriel a certainement été échaudé par certaines révélations récentes, venues d’Australie, montrant comment les autorités du pays se sont jouées de lui, y compris pour tenter d’absorber certains savoir-faire industriels, pour finalement annuler le contrat de manière unilatérale, après une campagne de presse orchestrée directement depuis les plus hautes instances gouvernementales.

Pour terminer, Naval Group ne veut pas concentrer ses moyens dans cette compétition n’offrant que peu de visibilité, et à la probité douteuse, au risque de négliger les nombreux autres prospects, beaucoup plus lisibles, et moins sous influence, dans de nombreux domaines.

Conclusion

Les hésitations de Naval Group démontrent, aujourd’hui, à quel point l’industriel est dans une position de force, sur son marché, et qu’il a engagé une véritable stratégie de gestion de son effort, dans la durée, visant à garantir l’obtention des meilleurs résultats, sur la plus grande période de temps, et ainsi renforcer cette même position dominante.

Cette stratégie, associée au dynamisme dont le groupe fait preuve, depuis plusieurs années, en matière d’innovation, dessinent des perspectives très prometteuses pour l’avenir de Naval Group, même en dépit du renforcement concurrentiel, marqué par l’arrivée de nouveaux acteurs comme le Japon, la Corée du Sud, la Chine et, bientôt, la Turquie.

La Corée du Sud dévoile le Hyunmoo-5, le plus puissant missile balistique conventionnel jamais construit

Les missiles balistiques font un retour tonitruant dans l’actualité mondiale, ces derniers jours. En effet, au lendemain de l’attaque Iranienne sur Israël, qui a obtenu un certain succès, à l’aide de missiles MRBM, c’était au tour de la Corée du Sud de présenter, à l’occasion de sa parade grande militaire, son nouveau missile balistique de portée intermédiaire Hyunmoo-5.

Dernier représentant de la famille de missiles sud-coréens Hyunmoo, le Hyunmoo-5 n’est autre que le plus puissant missile balistique, armé d’une charge conventionnelle, jamais construit à ce jour. Intégré à la doctrine « 3 axes » sud-coréennes, conçue pour neutraliser la menace nucléaire de Pyongyang, ce missile est conçu pour éliminer les bunkers les mieux protégés de Corée du Nord.

L’évolution des missiles à longue portée sud-coréens de la famille Hyunmoo

Le programme de missiles à longue portée sud-coréen Hyunmoo, du nom d’une Tortue noire légendaire, symbole de longévité, a été entamé dans les années 80, pour faire face à l’arrivée des premiers missiles de la famille SCUD en Corée du Nord.

SRBM Hyunmoo-1
Le SRBM Hyunmoo-1 était dérivé du Nike Hercule américain

Entré en service en 1986, le Hyunmoo-1 était un missile balistique à très courte portée, dérivé du missile antiaérien Nike Hercule américain. Le missile, de presque 5 tonnes, avait une portée de 180 km, et emportait une charge militaire de 500 kg, et était aussi imprécis que les systèmes chinois et soviétiques de l’époque.

C’est après 2006, et le premier essai nucléaire nord-coréen, que la famille Hyunmoo, commença à évoluer rapidement, stimulée par la levée progressive de certaines restrictions imposées jusqu’en 1997 par Washington, sur le développement de ce type de vecteurs par Séoul.

Cet accord permit à la Corée du Sud de developper le missile balistique à courte portée Hyunmoo-2A, d’une portée de 300 km et transportant une charge militaire de 1 tonne. Entré en service en 2008, le Hyunmoo-2A a été conçu, paradoxalement, avec l’aide de Moscou, tout comme le système antiaérien K-SAM, équivalent du S-350, développé au même moment par les deux pays.

Il repose, ainsi, sur de nombreux composants provenant du système 9K720 Iskander, dont il reprend l’aspect général, et les dimensions. Rapidement, une seconde version, baptisée -2B, arriva dans les unités, avec une portée étendue à 500 km, identique à celle de l’Iskander russe (490 km pour respecter le traité INF).

Concomitamment au développement du missile balistique SRBM Hyunmoo-2A, la Corée du Sud entreprit la conception d’un missile de croisière, baptisé Hyunmoo-3. Celui-ci entra en service en 2006, deux ans avant le Hyunmoo-2A, avec une portée de 500 km, et une charge militaire de 500 kg.

Les deux familles de missiles Hyunmoo -2 et -3, continuèrent d’évoluer au fil des années. Ainsi, le SRBM Hyunmoo-2C, entré en service en 2017, a une portée de 800 km, et une charge militaire ramenée à 500 kg, alors que le missile de croisière Hyunmoo-3D, toujours en développement, vise une portée de 3000 km, avec une charge militaire identique.

Hyunmoo-2
Le SRBM Hyunmoo-2 est dérivé du missile Iskander russe, dont il reprend notamment la forme caractéristique

En 2012, Washington étendit son autorisation de portée et de puissance, vis-à-vis des missiles balistiques sud-coréens, entrainant le lancement du développement du Hyunmoo-4. Ce missile est dérivé en deux versions.

Le Huynmoo-4 est un SRBM d’une portée de 800 km, emportant cette fois 2,5 tonnes d’explosifs, pour éliminer les bunkers et les places fortes nord-coréennes. Le Huynmoo-4.4, lui, est un missile balistique à changement de milieu, ou SLBM, conçu par armer les nouveaux sous-marins classe Dosan Anh Changho, du programme KSS-III. Ces missiles ont effectué leurs premiers tirs respectivement en 2020 et 2021, et sont en phase d’entrée en service, aujourd’hui, au sein des armées sud-coréennes.

Séoul présente le nouveau missile balistique de portée intermédiaire Hyunmoo-5

En 2021, les États-Unis supprimèrent les dernières restrictions qui pesaient sur les programmes de missiles à longue portée sud-coréens. Ceci entraina la conception du missile balistique de portée intermédiaire, ou IRBM, baptisé Hyunmoo-5.

Long de 16 mètres pour une masse au décollage estimée supérieure à 32 tonnes, le missile affiche une portée efficace allant de 300 à 3000 km. Il se compose de deux étages à carburant solide, et est mis en œuvre à partir d’un Transporteur-Érecteur-Lancer, ou TEL, à neuf essieux. Il s’agit, incontestablement, du plus imposant missile balistique jamais conçu par Séoul.

Hyunmoo-5 TEL
Transporteur Érecteur Lanceur (TEL) du missile IRBM Hyunmoo-5

C’est ce missile, produit par Hanwha Aerospace et l’Agence de Développement Défense, l’équivalent sud-coréen de la DGA française, qui a attiré toute l’attention lors de la parade militaire organisée ce 1ᵉʳ octobre à Séoul, en présence du président Yoon Suk Yeol, et d’un parterre d’officiels, civils comme militaires.

Avec 8 tonnes d’explosifs, le Hyunmoo-5 emporte autant d’explosif que la plus puissante bombe conventionnelle américaine, la GBU-43/B MOAB

Si le Hyunmoo-5 impressionne déjà par ses dimensions, sa masse, et son très imposant TEL, ce sont sa mission, et sa charge militaire, qui s’avèrent les plus remarquables, et les plus remarqués.

En effet, le missile emporte pas moins de huit tonnes d’explosifs conventionnels brisants et perforants, pour venir à bout des bunkers les mieux protégés de Corée du Nord. Ce faisant, le Huynmoo-5 emporte une charge militaire conventionnelle équivalente à celle de la bombe américaine GBU-43/B Massive Ordonance Air Blast, ou MOAB, aussi appelée pour « Mother Of All Bombs ».

Cette bombe n’est autre que la plus puissante arme conventionnelle de l’arsenal US, conçue, elle aussi, pour éliminer les bunkers adverses, et la plus puissante bombe non-nucléaire jamais employée de façon opérationnelle, en l’occurrence, pour détruire un réseau de bunkers dans la région afghane de Nangarhar, en avril 2017.

B-2 Spirit MOAB
Bombardier furtif B-2 Spirit larguant une bombe MOAB

Ce faisant, le Hyunmoo-5 devient le plus puissant missile balistique à charge conventionnelle jamais construit, dépassant de beaucoup les 1,8 tonne du DF26 chinois et du K-4 indien, ou les 2,5 t du Hyunmoo-4. Il surclasse même la plupart des ICBM et SLBM américains, russes, chinois et européens, en matière de charge transportée (dans leurs cas, il s’agit toutefois de têtes nucléaires, considérablement plus destructrices).

Un missile Kim-Killer, intégré à la doctrine 3 axes sud-coréenne

La mission affichée du Hyunmoo-5 est d’éliminer les bunkers nord-coréens, dans le cadre de la doctrine « 3 axes ». Déjà abordée sur ce site, cette doctrine prévoit une réponse en trois temps, dans l’hypothèse d’une attaque imminente, potentiellement nucléaire, lancée par la Corée du Nord.

La première phase repose sur des frappes préventives, employant les missiles balistiques SRBM, les missiles de croisière et les avions de combat des forces armées sud-coréennes, pour éliminer les sites et les vecteurs pouvant potentiellement lancer des armes nucléaires contre le Sud.

La seconde phase prévoit l’interception en vol des vecteurs nucléaires ayant survécu aux frappes préventives de la phase une, et qui auront été lancés vers la Corée du Sud. Pour cela, les armées sud-coréennes feront usage du bouclier anti-aérien et anti-missiles en cours de déploiement, et de renforcement.

La troisième phase, enfin, vise à éliminer tous les centres stratégiques, politiques et militaires, de Corée du Nord, à l’aide de frappes de décapitation, menées par des missiles à longue portée, et par les forces aériennes.

C’est dans cette troisième phase que le Hyunmoo-5 prendra toute sa valeur-ajoutée. En effet, avec sa grande précision, ses 8 tonnes d’explosifs, cumulés à l’énergie cinétique d’un missile de plus de 15 tonnes évoluant à vitesse supersonique haute (ou hypersonique), au moment de l’impact, le Hyunmoo-5 sera en mesure de détruire les bunkers les mieux protégés de Corée du Nord.

Bien que ce ne soit pas officiellement évoqué dans la communication de Séoul, on comprend que ce nouveau missile vise, avant tout, à faire peser une menace directe sur le leader Kim Jong Un, et sur l’ensemble du clan Kim, en promettant qu’ils partageront le sort de tous les coréens, en cas de conflit.

Cette fonction n’a d’ailleurs pas échappé aux dirigeants de Pyongyang. Ainsi, par la voie de Kim Yo-jong, la très influente sœur de Kim Jong Un, la Corée du Nord a tenté de railler la puissance du nouveau missile de Séoul, largement « dépassé » par les armes nucléaires de son voisin.

Kim YO Jong
La pétillante Kim Yo-jong, soeur de Kim Jong Un, a tenté de railler le nouveau missile Hyunmoo-5 sud-coréen, le jugeant insignifiant face aux armes nucléaires du nord. Ce faisant, elle a toutefois révélé l’inquiétude que l’arrivée de ce missile fait peser sur le clan KIm.

Le fait que la sœur du dirigeant nord-coréen, réagisse à la présentation de ce missile, démontre, cependant, que le message véhiculé par le Hyunmoo-5, et la menace qu’il fait porter sur la famille Kim, sont clairement parvenus jusqu’aux oreilles de Kim Jong Un.

Séoul est prêt à franchir rapidement le pas nucléaire, en cas de besoin

Le Huynmoo-5 porte, enfin, un dernier message, adressé, cette fois, aussi bien à Pyongyang, qu’à Washington, Moscou ou Pékin. En effet, avec une telle capacité d’emport, le missile IRBM n’aurait aucun mal à transporter une charge nucléaire, sans qu’il ait été besoin de disposer des très contraignantes technologies de miniaturisation, qui s’imposent souvent lorsqu’il s’agit de missiles.

Or, la Corée du Sud maitrise déjà la technologie nucléaire civile, et dispose de plusieurs réacteurs, susceptibles de lui fournir le plutonium nécessaire à la création de têtes nucléaires, avec des délais particulièrement courts.

De fait, si Séoul devait, pour une raison quelconque, être menacé par une nation dotée, comme la Corée du Nord, ou la Chine, et que les États-Unis venaient à faire marche arrière, concernant leur engagement de protection nucléaire, le pays pourrait alors réagir sur des délais très courts, pour se doter non seulement d’armes nucléaires, mais de vecteurs IRBM capables de les transporter jusqu’à 3000 km de distance.

Rappelons, à ce sujet, qu’à la fin du mois d’aout 2024, le tout nouveau ministre de la Défense sud-coréen, Kim Yong Hyun, avait expliqué aux parlementaires du pays, en marge de sa nomination, qu’il n’excluait aucune option, y compris le développement d’une dissuasion nucléaire nationale, si les circonstances l’imposaient.

Conclusion

On le voit, la présentation publique du nouveau missile IRBM Hyunmoo-5 sud-coréen, ce 1ᵉʳ octobre, à Séoul, va bien au-delà d’une simple démonstration de forces, imbibée d’une course aux armements qui s’accélère, entre la Corée du Sud et son voisin du nord.

Hyunmoo-5 Seoul 1/10/24
Présentation du Hyunmoo-5 lors de la parade militaire du 1/10/24 à Séoul

Le missile apporte, en effet, une plus-value exclusive, susceptible de sensiblement influencer les décisions du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un qui, en dépit de ses menaces , quasi-hebdomadaires, d’utiliser l’arme nucléaire contre le Sud, sait à présent qu’il ne sortirait pas vivant, d’une telle confrontation, même en se réfugiant, li et sa famille, dans le plus protégé de ses Bunkers.

Au-delà de cet aspect, stratégique, certes, mais régional, le Hyunmoo-5 montre également la parfaite maitrise de la technologie balistique par les ingénieurs sud-coréens, eux qui n’avaient presque pas de BITD à la fin des années 80. On ne peut exclure, d’ailleurs, que certains pays, partenaires de Séoul, s’intéresseront, eux aussi, à ces capacités, même si les accords internationaux interdisent toujours d’exporter des missiles transportant une charge militaire de 500 kg ou plus, lorsque leur portée excède 300 km.

On peut toutefois se demande, aujourd’hui, combien de temps cette législation internationale, continuera de faire illusion, alors que tant du côté américain, que russe, que chinois, elle est de moins en moins respectée.

On imagine aisément, dans ce cas, qu’un pays comme la Pologne, puisse trouver séduisante, l’hypothèse de disposer de missiles de 3000 km de portée, capables d’emporter huit tonnes d’explosifs, pour tenir Moscou, comme toutes les grandes villes à l’ouest de l’Oural, en respect.

4 Md€ par frégate classe Hunter ! Qu’est-ce qui ne tourne pas rond en Australie ?

La construction des frégates de la classe Hunter vient de recevoir une seconde tranche de financements, annoncée par les autorités australiennes. Conformément aux recommandations de la Revue Stratégique 2024 australienne, ce programme, initialement de 9 navires pour 35 Md$, a été ramené à seulement 6 unités, alors qu’une nouvelle classe de 11 frégates polyvalentes, plus compactes et moins onéreuses, sera bientôt commandée pour parfaire la modernisation de la Royal Australian Navy.

La surprise, elle, vient du montant de cette seconde tranche, 19,87 Md$, après une première de 18,35 Md$, déjà investis, pour un budget total de 38,3 Md$, pour 6 navires seulement, contre 35 Md$ planifiés, mais pour neuf frégates.

Surtout, le prix de revient par navire, atteindra alors 6,4 Md$ australiens, soit 4 Md€, deux à quatre fois plus cher, que le prix moyen des frégates occidentales, y compris la classe Constellation de l’US Navy, pour des navires aux performances et caractéristiques très proches de celles des futures Hunter.

De telles dérives ont-elles déjà été constatées en Australie ? Et si oui, dans le cadre d’un problème non conjoncturel, et plus récurrent, comment expliquer de tels écarts de prix de revient, qui devraient pourtant alerter aussi bien la classe politique que l’opinion publique australienne ?

Les accusations de glissement budgétaire qui creusèrent la tombe des sous-marins Barracuda australiens de la classe Attack

On se souvient encore très bien, en France, des incessantes attaques de la presse australienne contre Naval Group, au sujet du programme SEA 1000 et de ses 12 sous-marins de la classe Attack.

Attack class Australie
L’Australie avait initialement commandé 8 sous-marins de la classe Attack auprès du français Naval Group

À ce moment-là, nombre de tabloïds du pays, accusaient l’industriel français de ne pas maitriser le budget et le calendrier prévisionnel présenté initialement, passant sous silence, qu’entre temps, le nombre de navires était passé de 8 à 12, et que les chiffres avancés couvraient un périmètre très différent de celui initialement négocié.

Ces mises en causes répétées créèrent le contexte favorable qui permit au premier ministre Scott Morrison, de négocier en grand secret avec Washington et Londres, le programme SSN-AUKUS, et d’annoncer à une opinion publique cuite à point, l’annulation du contrat Barracuda, pour se tourner vers des sous-marins à propulsion nucléaire américano-britanniques.

L’analyse des données, concernant les accusations de glissement budgétaire contre Naval Group, montre, à posteriori, que l’industriel français avait, au contraire, produit de très importants efforts pour contenir cette dérive, au-delà de l’augmentation homothétique liée au changement de format, et que le budget prévisionnel présenté quelques jours seulement avant l’annulation unilatérale de Scott Morrison, correspondait bien aux engagements initiaux pris.

40 Md$ australiens pour une flotte de 6 frégates Type 26 de la classe Hunter pour la Royal Australian Navy

Ce fut également le cas d’un autre grand programme, destiné lui aussi à la Royal Australian Navy, et lancé peu de temps après le programme SEA-1000. Sur la base d’un rapport commandé à la Rand Corporation, et rendu en 2016, les autorités australiennes lancèrent un appel d’offres pour la construction locale de neuf frégates modernes, destinées à remplacer les frégates de la classe Anzac.

Le budget, alors cadré, était de 35 Md$ australiens, soit moins de 22 Md€, pour un prix par navire déjà plus que confortable de 2,45 Md€, soit le prix d’un destroyer américain de la classe Arleigh Burke.

C’est le britannique BAe système, avec la nouvelle frégate Type 26, récemment commandée par la Royal Navy, qui s’imposa face aux offres de Navantia (F-5000) et Fincantieri (FREMM Modifiée). Sa sélection fut annoncée en juin 2018. Le navire devait, entre autres, intégrer un nouveau radar AESA de conception nationale, le système de combat AEGIS américain, et une interface conçue par le Suédois Saab. Ce faisant, la classe Hunter devait être « un des navires de combat les plus performants de la planète« , selon les autorités australiennes.

Classe Hunter Royal Australian Navy
Maquette de la classe Hunter

Rapidement, toutefois, des alertes furent émises, concernant le respect de l’enveloppe budgétaire initialement fixée. Au point qu’il y a quelques mois, alors que le programme avait déjà consommé plus de 18,35 Md$ australiens de crédits, pour la phase d’étude, le déploiement industriel, et pour entamer la construction des composants des navires, le programme fut ramené à seulement 6 navires.

Ce format a été préconisé dans le cadre de la nouvelle revue de défense, publiée en février 2024. Il prévoit, en outre, la construction d’une nouvelle classe de 11 frégates polyvalentes, plus compactes et moins onéreuses que les Hunter, pour permettre à la RAN, de monter en puissance face à l’évolution de la menace dans le Pacifique.

Sept mois plus tard, on apprend que les autorités australiennes viennent d’attribuer une seconde tranche budgétaire, pour exécuter programme Hunter. D’un montant de 19,87 Md$, il permettra de finaliser la construction des navires, amenant le programme à un total de 38,2 Md$ australiens, soit 23,7 Md$, mais pour 6 navires seulement.

4 Md€ par frégate, le prix de 4 frégates classe Constellation, le programme Hunter est hors de tous les standards

Les autorités australiennes annoncent qu’avec ce second volet de paiement, le prix unitaire de construction des frégates, sera égal à 3,7 Md$ australiens, soit 2,3 Md€, très proche, et même légèrement inférieur aux 2,45 Md€ prévus.

Ce prix est toutefois en trompe-l’œil. En effet, il ne considère que le prix d’assemblage et d’équipement des frégates, et non l’ensemble des investissements d’étude et de déploiement industriels, financés par la tranche 1. En tenant compte de ces paramètres, le prix unitaire d’acquisition de chaque frégate est égal à 6,37 Md$ aus, soit 3,95 Md€.

Hunter class frigate firing SM-2
Vue d’artiste de la classe Hunter – depuis, les silos arrières ont été supprimés

Ces couts sont sans commune mesure avec ceux pratiqués sur le marché occidental. Ainsi, développement compris, les frégates de la classe constellation, de l’US Navy, couteront moins de 2 Md€, et les frégates allemandes F126, bien plus imposantes et jaugeant 10 000 tonnes, mais pareillement équipées, 2,4 Md€.

Il est également pertinent de rapporter ce cout avec celui des frégates FDI acquises par la Marine Hellénique, pour moins de 1 Md€ par navire. Bien que moins volumineuse que les Type 26, la FDI emporte, elle aussi, 32 silos verticaux, 2×4 missiles antinavires, 1 CIWS SeaRam, deux tubes lance-torpilles Mu90, et un hangar pour hélicoptère naval moyen, comme la classe Hunter. Le radar AESA Seafire 500, et la chaine sonar Kingklip/Captas/Flash, sont par ailleurs au moins aussi performants que ceux qui équiperont les bâtiments australiens.

Un soutien inefficace et une hémorragie budgétaire, pour soutenir l’activité industrielle nationale

Bien évidemment, il est nécessaire, pour les autorités australiennes, de justifier, partiellement tout au moins, de tels écarts de prix constatés. L’argument avancé porte sur le soutien à l’activité industrielle nationale.

En effet, dans le cas du programme Hunter, le contrat prévoit le déploiement d’une infrastructure industrielle autonome, censée devoir générer, dans les 15 ans à venir, pas loin de 90 Md$ australiens d’activité, en tenant compte, cependant, des 40 Md$ investis dans celui-ci.

Construction classe hunter
Construction des premiers éléments des frégates de la classe Hunter en Australie

Là encore, il s’agit d’un argument en trompe-l’œil. Certes, la construction locale engendre une activité industrielle directe, et une activité économique induite, générant emplois et recettes fiscales. Toutefois, les surcouts engendrés sont très loin de compenser les bénéfices attendus par les « 2000 emplois créés« , qui représentent moins de 5 Md$ australiens d’injection économique, sur 10 ans, ou 15 Md$, sur l’ensemble de la durée du programme.

En d’autres termes, moins de 40% des investissements consentis, concernent l’activité économique australienne. C’est pourtant uniquement sur celle-ci que s’imputent les recettes fiscales et sociales, relativement faibles en Australie, pour créer le retour budgétaire, en moyenne de 35 % dans ce pays.

Dès lors, la compensation industrielle générée par les immenses surcouts du programme Hunter, ne concerne que 35% x 40 % = 14% de l’ensemble des sommes investies, très loin de compenser un prix d’acquisition final deux à quatre fois plus élevé, que si les navires avaient été commandés de manière plus traditionnelle, entrainant une dépense de 15 à 25 Md$ Aus, sur les 38 Mds Aus investis dans celui-ci, en pure perte.

10 Md€ pour l’achat de chaque sous-marin du programme SSN-AUKUS

On retrouve cette même aberration budgétaire, dans le programme SSN-AUKUS, qui rassemble l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Celui-ci doit permettre à l’Australie d’acheter, dans le meilleur des cas, 3 SSN classe Virginia, dont un d’occasion, auprès de l’US Navy, et de codévelopper et de construire cinq nouveaux SSN-AUKUS, avec le Royaume-Uni.

SSN USS Montana Virginia Class
USS Montana, de la classe Virgina, lors de ses essais.

Là encore, les arguments avancés sont industriels et économiques, au-delà de la supériorité incontestable des SSN sur les sous-marins à propulsion conventionnelle, lorsqu’il s’agit de faire de très longs trajets sous-marins.

Pour les autorités australiennes, qui par ailleurs n’ont aucun programme nucléaire civil, la participation à ce programme génèrera une activité importante pour la construction de ses 5 SSN, mais également pour la maintenance, en poste avancée, des SSN américains et britanniques, dans le Pacifique.

Pour autant, le budget total du programme SSN-AUKUS australien, aujourd’hui, est estimé à 368 Md$ au, soit 228 Md€. Ramené aux 8 navires visés, cela représente donc 28,5 Md€, par navire, sur l’ensemble de la durée de vie du bâtiment.

En moyenne, le prix d’acquisition d’un navire représente de 25 à 40 % de son cout total de possession. En prenant le plancher de cette fourchette, soit 25 %, cela indique que chaque SSN-AUKUS, coutera à l’Australie, 7,2 Md€, y compris les 3 Virginia, dont un d’occasion, qui pourtant ne coutent à l’US Navy que 3 Md€ pièce.

Le plus étonnant est de constater que rapporté aux éléments budgétaires avancés pour le programme Orka néerlandais, un unique AUKUS-SSN coutera, sur sa durée vie, l’équivalent d’une dizaine de Blacksword Barracuda, à des prix relativement proches de ceux proposés par Naval Group à Canberra concernant les Swordfish Barracuda du programme Attack, annulé il y a trois ans maintenant.

Conclusion

On le voit, il existe, de manière évidente, un important problème dans la manière dont est conçu l’investissement industriel de défense, par l’Australie. L’hyper-appétence pour la construction d’infrastructures industrielles locales, sur des modèles économiques à moyen terme, par ailleurs, loin d’être sécurisés, entraîne des surcoûts allant bien au-delà du raisonnable, ou de la simple prise de risque politique.

FDi Greece
Les frégates FDI grecques coutent 4 fois moins cheres de les hunter australiennes, pour des equipements et des performanes, au moins égales.

Force est de constater, également, que les exigences de Canberra, concernant les déploiements industriels nationaux, s’appliquent avant tout aux partenaires européens et asiatiques, mais que très rarement, aux industriels américains, même s’il est vrai que ceux-ci ont déjà, tous, des emprises significatives dans le pays.

Le plus étonnant, dans ce dossier, est probablement la passivité de l’opinion publique, comme celle de la classe politique australienne dans son ensemble, face aux sommes astronomiques évoquées par leur gouvernement, ci 40 Md$ pour six frégates, là 368 Md$ pour huit sous-marins.

Reste que, si les tensions internationales venaient à s’accroitre encore davantage, dans un avenir proche, ces dizaines de Md$ dépensés pour rien, par les gouvernements australiens successifs, risquent fort de sévèrement manquer, pour assurer la défense efficace de l’ile, en particulier face à la Chine, spectaculairement efficace dans ces domaines.

Le Pentagone s’oppose à la commande d’un second SSN classe Virginia en 2025

Depuis la présentation du projet de budget du Pentagone pour 2025, à mars dernier, le Pentagone et le Congrès s’opposent autour de la commande d’un second sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Virginia.

À la suite du passage en commissions parlementaires, en juin, les Représentants comme les Sénateurs, se sont prononcés en faveur de cette commande. Toutefois, pour financer les 400 m$ nécessaires, les parlementaires ont réduit le budget prévu pour le programme de chasseur F/A-XX à seulement 53,8 m$, contre 1,5 Md$, en 2024.

Aujourd’hui, c’est le Secrétaire à la Défense, Lloyd Austin lui-même, qui s’invite dans le débat, en appelant les parlementaires à respecter la planification proposée par l’US Navy, au risque de voir le programme de chasseur de 6ᵉ génération devant remplacer les Super Hornet, reporté de plusieurs années, et rater la fenêtre pour son entrée en service, prévue de 2033 à 2037.

Bras de fer entre le Congrès américain et le Pentagone au sujet de la commande d’un second SSN classe Virginia en 2025 pour l’US Navy

En juin 2024, dans le cadre de l’étude du budget 2025 du Pentagone, le Congrès américain avait annoncé une mesure pour le moins drastique. En effet, le sénat avait autorisé le financement, sur cet exercice, de la première partie d’une commande d’un second sous-marin classe Virginia, pour 400 m$.

Pentagone SECDEF LLoyd Austin
Le Secretaire à la Défense Lloyd Austin a directement ecrit au Congrès pour demander le retrait de la commande du second sous-marin nculéaire classe Virginia sur l’année 2025

Pour financer ce programme, le Sénat avait simplement éliminé les financements prévus par l’US Navy, pour le programme de chasseur de nouvelle génération F/A-XX sur cette année. Plus tôt, la chambre des représentants avait été encore plus radical, en autorisant une enveloppe de financement de 1 Md$ pour ce second SNA sur 2025, là encore au détriment du F/A-XX, et d’autres programmes jugés prioritaires par le Pentagone et l’US Navy.

Pour autant, pour l’US Navy, il n’est pas question de retarder encore davantage son programme d’avion de combat de 6ᵉ génération, dont les crédits, en 2025, avaient été déjà très sensiblement diminués, passant de 1,5 Md$ en 2024, à seulement 400 m$, en 2025, pour libérer les crédits nécessaires à des investissements prioritaires en termes de modernisation industrielle, de disponibilité des équipements, et de renforcement des défenses des bases dans le Pacifique.

Or, dans le plan budgétaire du Sénat, ce programme, pourtant jugé également prioritaire par l’US Navy, ne recevait que 53,8 m$, un montant très insuffisant qui marquerait l’arrêt net de la dynamique, et un report de plusieurs années, par la suite.

C’est en substance ce qu’a expliqué Lloyd Austin, le Secrétaire à la Défense américain, dans un courrier adressé aux parlementaires des deux comités défense du Congrès. « L’ajout d’un second sous-marin obligerait le ministère à réduire le programme de chasse de nouvelle génération de 400 millions de dollars, rendant le programme de chasse inexécutable et dégradant la capacité de la marine à aligner les capacités d’avion de nouvelle génération requises entre 2033 et 2037 » explique-t-il ainsi.

Et d’appeler les parlementaires américains à respecter, stricto sensu, le plan budgétaire présenté par l’US Navy, celui-ci représentant, de son point de vue, le meilleur compromis pour atteindre les objectifs visés, dans le respect des réalités budgétaires et industrielles du moment.

Deux agendas qui s’opposent régulièrement entre le Pentagone et le Congrès

Dans ce dossier, comme dans de nombreux autres, deux agendas souvent divergents s’opposent radicalement. D’un côté, les parlementaires américains doivent répondre à des exigences nationales et locales, sur le plan électoral, en particulier en cette année de grandes élections.

Congrès US - sénat
C’est le Congrès, et non l’executif, qui a le dernier mot, outre Atlantique, concernant le budget du Pentagone et la ventialitation des investissements de défnese.

Or, pour nombre d’entre eux, et en particulier, pour le camp républicain, le maitre-mot est aujourd’hui d’augmenter le format de la flotte américaine, et plus particulièrement de la flotte sous-marine, pour contenir la menace chinoise.

À cette exigence nationale, s’ajoutent fréquemment des considérations régionales, notamment pour satisfaire les industries de défense, et leurs nombreux et influents électeurs, en promettant une activité renforcée, centrée sur leurs propres circonscriptions.

De l’autre côté du spectre, se trouve le Pentagone et les armées, sous la houlette de l’administration en place. Ceux-ci ont, le plus souvent, des impératifs uniquement centrés sur les besoins des armées, à courts, moyens et longs termes.

Il est donc fréquent que ces deux points de vue se confrontent, avec des résultats très variables. Ainsi, le Congrès a, à plusieurs reprises, tenu le rôle de garde-fou contre les ambitions excessives des armées US, en matière de nouvelles technologies, notamment en interdisant le retrait des A-10 et F-15 de l’US Air Force, tant que ces appareils n’auront pas été remplacés par les F-35A et F-15EX prévus à cet effet.

A-10 Thunderbolt II US Air Force
Le Congrès a interdit à l’US Air Force le retrait des A-10 pendant plus de dix ans, malgrès l’insistance du Pentagone.

À l’inverse, pour des questions d’emploi et d’influence, ce même Congrès a forcé l’US Navy à exécuter la commande de 34 LCS, bien après qu’il était devenu évident que ces navires n’étaient pas adaptés aux besoins à venir.

L’industrie navale américaine est incapable de lancer la construction d’un second SSN classe Virginia en 2025

Au sujet de la commande d’un second sous-marin de la classe Virginia, la raison serait plutôt en faveur du Pentagone. En effet, celui-ci avance deux arguments difficiles à ignorer, pour abandonner l’idée de sacrifier le programme F/A-XX en 2025, au profit de la commande d’un second SSN classe Virginia.

En premier lieu, et sans grande surprise, Lloyd Austin indique, dans son courrier aux parlementaires, que l’industrie navale américaine était incapable d’exécuter, de manière efficace, une telle commande, en 2025.

En effet, un récent rapport réclamé par le Secrétaire à la Navy, avait mis en évidence que la construction des SSN Virginia Block IV affichait un retard de 36 mois, alors que celle des futurs Block V, à peine démarrée, enregistrait déjà 24 mois de retard.

SSn Virginia construction
la construction des SSN classe Virginia Block IV, a 3 ans de retard, selon le rapport rendu au SECNAV, Carlos Del Toro, il y a quelques mois.

Dès lors, les industriels navals américains, devront, avant tout, apurer le retard enregistré dans ce domaine, avant de pouvoir, efficacement, accepter des commandes surnuméraires de sous-marins nucléaires d’attaque, comme réclamée par le Congrès.

Le second argument concerne les conséquences prévisibles, sur le programme F/A-XX, d’une réduction brutale et massive des crédits annuels disponibles. Ainsi, selon le SECDEF, amener le budget 2025 à 53,8 m$, comme réclamé par les sénateurs, entrainerait un retard qui ne permettrait plus de respecter la fenêtre 2033-2037, pour l’entrée en service du chasseur de nouvelle génération embarqué de l’US Navy.

L’US Navy vise toujours à remplacer Super Hornet et Growler par le F/A-XX entre 2033 et 2037

Or, si celle-ci a accepté de réduire ses investissements dans ce programme, en 2025, pour financer certaines urgences identifiées face à l’échéance de 2027, le CNO (Cheffe des opérations navales, ou cheffe d’état-major de l’US Navy), l’amiral Lisa Franchetti, a bien précisé que celui-ci demeurait prioritaire pour la Marine américaine, dans sa confrontation prévisible avec l’Armée Populaire de Libération.

Rappelons, à ce sujet, que l’US Navy avait déjà accepté, dans sa planification, de retarder deux des trois programmes majeurs à venir, en l’occurrence, le nouveau sous-marin d’attaque SSN(x) et le nouveau destroyer DDG(x), pour libérer les crédits nécessaires à la poursuite du développement du F/A-XX sur le calendrier prévu, en dépit de la réorganisation budgétaire, conséquence de l’échéance identifiée pour 2027, d’une possible confrontation avec la Marine chinoise.

Programme F/A-XX de l'US navy
Le Programme F/A-XX demeure prioritaire pour l’US Navy, et ne peut être reporté au delà de sa fenetre de liraison prévue, de 2033 à 2037

Or, c’est la première fois que l’US Navy fait, d’un programme d’avion de combat, sa priorité opérationnelle, qui plus est aux dépens de la surface, et de la flotte sous-marine, réputées les plus influentes dans cet état-major.

Ainsi, pour la CNO, il est indispensable, aujourd’hui, que le programme F/A-XX respecte son calendrier, pour apporter ces nouvelles capacités de 6ᵉ génération, reposant notamment sur la mise en œuvre de nouveaux senseurs, et de drones, à cette échéance, somme toute très proche de celle visée par l’US Air Force avec le programme NGAD.

On peut aisément spéculer, considérant cet empressement des deux principales forces aériennes américaines, et mondiales, que l’une comme l’autre dispose d’informations prévisionnelles sur les nouveaux moyens en cours de développement en Chine, et contre lesquels, ni les F/A-18 E/F et F-15EX, ni les F-35A/B/C, ne seraient de taille pour s’assurer de la supériorité aérienne.

On retrouve d’ailleurs cet empressement dans les deux programmes eux-mêmes, le NGAD visant à developper le nouveau chasseur d’ici à 5 ans, et le F/A-XX d’ici à 10, là où il fallut plus de quinze ans pour developper le F-35, et dix de plus, pour le rendre opérationnel.

La préparation opérationnelle et la disponibilité ont la priorité sur les nouveaux équipements de l’US Navy aujourd’hui

Si le programme F/A-XX représente la priorité à moyen terme de l’US Navy, à court terme, celle-ci se concentre sur deux objectifs beaucoup plus concrets, bien que bien moins spectaculaires : la préparation opérationnelle, et l’amélioration rapide de la disponibilité de ses unités.

US navy task force
Pour faire face à la Marine chinoise, et pouvoir répondre à l’émergence d’autres zones de tension, i’Amiral Franchetti a decidé de mettre l’accent sur la disponibilité des unités navales et aériennes de l’US navy, avec l’objectif d’atteindre 80% d’ici à deux ans.

Ces deux aspects sont notamment développés dans le Navigation Plan 2024, rendu public il y a quelques semaines, qui se concentre, en grande partie, sur les mesures qui seront prises rapidement pour anticiper la possibilité d’un conflit avec la Chine à partir de 2027.

Ces mesures reposent sur des investissements ciblés pour améliorer et étendre les capacités de production et de maintenance de l’industrie navale et aéronautique US, ainsi que pour renforcer et densifier les défenses sur les bases et unités déployées sur le théâtre Pacifique. Ce sont ces investissements qui expliquent la réduction du budget 2025 de F/A-XX, spécifiquement.

Plus récemment, l’amiral Franchetti a dévoilé l’objectif visé par l’US Navy, pour anticiper, à nouveau, ce même conflit éventuel autour de Taïwan en 2027, mais aussi la possibilité, que d’autres conflits explosent au même moment, l’obligeant à intervenir et, donc, à diviser ses forces.

Pour cela, l’US Navy vise à présent un taux de disponibilité de ses unités navales, sous-marines et aériennes, uniforme et supérieur ou égal à 80 %. Ceci demandera d’importants efforts, car, dans ces trois domaines, des déficiences, en termes de disponibilité, sont régulièrement épinglées par les rapports des organes du Congrès ou du Pentagone.

Conclusion

De toute évidence, l’US Navy, le Pentagone, et le Secrétaire à la Défense, lui-même, ont décidé à présent de monter aux créneaux, devant les parlementaires du Congrès, pour que la planification élaborée soit strictement respectée.

carrier strike group marine chinoise
La Marine chinoise poursuit une croissance rapide de ses moyens, mais aussi de ses compétences, avec un rythme très soutenu d’exercices .

Il s’agit d’une démarche relativement rare, dans le fonctionnement politique américain, plus enclin au compromis qu’à la confrontation, dans ce domaine, avec le risque d’un blocage budgétaire qui serait très dommageable aux armées.

Reste que le front uni présenté par Lloyd Austin, Carlos del Toro et Lisa Franchetti, ici, renforce l’intensité dramatique de cette opposition, et révèle, entre les lignes, la fébrilité des autorités militaires américaines, en particulier face à l’échéance 2027.

Il ne fait aucun doute, à présent, que toutes les décisions venues du Pentagone, sont validées au spectre de cette échéance, et des informations aux mains des décideurs US, dans ce dossier, pour estimer la réalité de cette menace.

Sous-marin Type 041 : de nouvelles révélations sur la classe Zhou de la Marine chinoise

Le 27 septembre 2024, nous publiions un article concernant l’information, largement relayée par la presse occidentale, au sujet du naufrage du tout nouveau sous-marin nucléaire d’attaque chinois, identifié comme la classe Zhou.

Dans cet article, nous pointions les différentes incohérences entourant ces affirmations, et invitions donc nos lecteurs à les prendre avec beaucoup de réserves. On en sait à présent davantage, non au sujet de ce naufrage supposé, toujours flou, mais de cette nouvelle classe de sous-marins nucléaires, baptisée classe Zhou par la classification occidentale.

Et comme nous l’anticipions alors, ces informations contredisent de nombreux éléments de la version initialement diffusée au sujet de cette affaire par le Wall Street Journal, citant des sources au Pentagone voulant garder l’anonymat.

Emballement médiatique au sujet du naufrage à quai du nouveau sous-marin classe Zhou à propulsion nucléaire chinois

Petit rappel des faits. Le 26 septembre 2024, le Wall Street Journal publiait un article, annonçant que la toute nouvelle classe de sous-marins nucléaires d’attaque chinois, baptisée classe Zhou par la nomenclature occidentale, avait coulé à quai, sur le fleuve Yangtsé.

sous-marin nucléaire chinois coulé Wuchang
Les affirmlations entourant le naufrage du premier Type 041 classe Zhou de la Marine chinoise découlent principalement de cette photo, montrant plusieurs barges munies de grues, entourant l’emplacement auquel le nouveau sous-marin chinois avait été observé auparavant.

Selon l’article, il s’agissait d’un puissant revers pour la Marine chinoise, qui verrait ses procédures industrielles, ses efforts de formation, et donc ses ambitions, remises en question par cet incident majeur. Le WSJ s’appuyait sur des révélations venant de sources appartenant au Pentagone, mais souhaitant garder l’anonymat.

L’information, et ses conclusions, ont rapidement fait le tour de la planète et des médias, qui reprirent pleinement l’une comme l’autre, sans la moindre réserve. Or, comme exploré dans notre article du jour suivant, le 27 septembre, nombres de ces affirmations étaient soit contestables, soit insuffisamment documentées pour être prises sans réserve.

Ainsi, les clichés montraient d’abord un nouveau modèle de sous-marin à quai, puis des barges entourant cet espace, interprétées comme une mission de renflouement du navire victime d’un naufrage à quai, provenaient des chantiers Wuchang, sur le Yangtsé. S’il construisent bien des sous-marins à propulsion conventionnelle, notamment les Type 039A classe Yuan de la Marine chinoise, et leur version export destinée, notamment, au Pakistan, ces chantiers navals n’ont jamais participé à la fabrication de sous-marins à propulsion nucléaire.

En outre, les dimensions extrapolées des clichés, concernant ce nouveau sous-marin équipé d’une croix de saint-André, par ailleurs identifié depuis plusieurs mois, ne correspondaient pas à celles des SSN (sous-marin nucléaire d’attaque) chinois.

type 041 nouveau sous-marin chinois
Le Type 041 avait été identifié en mai 2024 à quai des chantiers navals Wuchang, à Wuhan. On remarque sur ce cliché que le navire a des dimensions très prches de celles du SSK Type 039a pakistanais de la classe Hangor.

Par ailleurs, par ses dimensions et son tirant d’eau, un SSN chinois aurait toutes les peines du monde pour rejoindre l’océan, à partir de Wuhan, la profondeur du fleuve étant à peine supérieure à son tirant d’eau, même allégé, spécialement en eau douce.

Enfin, le choix de Wuchang, pour concevoir et construire une nouvelle classe de SSN, exposerait l’ensemble de l’aval du fleuve, qui alimente en eau douce la ville de Shanghai, à des risques de contamination très élevés en cas d’incident, alors que, dans le même temps, les chantiers navals Bohaï, dans la province de Liaoning, qui produisent tous les SSN et SSBN chinois, ont été modernisés et étendus précisément pour accroitre la production de ces navires. Ils sont, d’ailleurs, éminemment plus sécurisés et sûrs, que ce soit pour se prémunir de l’espionnage comme pour contenir les conséquences d’un éventuel incident nucléaire.

En d’autres termes, de nombreuses allégations initiées par l’article du WSJ, et largement relayées par la presse mondiale, sonnaient faux, et invitaient donc à beaucoup de prudence, au sujet de cette information.

Le Type 041 classe Zhou, pas un sous-marin nucléaire, mais plus qu’un sous-marin conventionnel AIP

Depuis, le Pentagone, mais aussi plusieurs spécialistes reconnus de la flotte sous-marine chinoise, ont remis bon ordre dans ce dossier, tout au moins, pour ce qui concerne la fameuse classe Zhou, qui étaient jusque-là, inconnue de la sphère publique.

On apprend, ainsi, que la classe Zhou, serait en réalité le Type 041 dans la désignation chinoise. Il s’agirait d’une évolution des Type 039a classe Yuan, des sous-marins à propulsion conventionnelle réputés performants et équipés d’un système AIP de type Stirling, emprunté à la technologie suédoise.

Type 039A
le Type 039a, classe Yuan dans la nomenclature occidentale, est un sous-marin convetionnel très capable, notamment équipé d’une copie du système AIP Stirling suédois.

Le navire serait plus imposant que la classe Yuan, avec une longueur estimée de 84 mètres, et un mètre-bau de 9 mètres, pour un tonnage probable en plongée de 4000 à 4500 tonnes, le classant dans la catégorie des sous-marins conventionnels de type grand océanique, comme le Blacksword barracuda français.

Il est, par ailleurs, équipé de safrans en croix de saint-André (en X), ce qui améliore la manœuvrabilité en plongée, et permet au besoin de se poser plus facilement sur le fond marin, sans risquer de les endommager.

La classification chinoise du navire, Type 041, indique surtout qu’il ne s’agit pas d’un sous-marin à propulsion nucléaire, dont la désignation normée aurait été Type 09xx, mais d’un sous-marin à propulsion conventionnelle, évolution du Type 039A classe Yuan.

Une nouvelle technologie pour étendre l’autonomie en plongée des sous-marins conventionnels

Pour autant, selon les informations confirmées par le Pentagone, mais toujours pas étayées par des éléments de preuve objectifs, le Type 041 emporterait bien un réacteur nucléaire. Plus précisément, il emporterait un mini-réacteur nucléaire, dont la fonction serait de se substituer au système AIP Stirling des Type 039A.

Une alternative au système AIP Stirling et à ses contraintes

En effet, les systèmes AIP Stirling employés sur les sous-marins conventionnels chinois, permettent au navire de produire de l’électricité en plongée, à l’aide d’un système exploitant la dilation des gaz chauffés à l’aide d’un dispositif de combustion sans explosion associant une source mixte carburant et comburant.

Saab Stirling MkIII
Le système AIP Stirling MkIII du suédois Saab. Stokholm avait vendu, dans les années 2000, 10 systèmes de ce type à Pékin.

Ce faisant, le navire peut produire une force mécanique sans consommer l’oxygène du bord, qui peut ensuite soit être convertie en électricité, soit directement employée sur l’arbre d’hélice pour la propulsion. Ce système permet, ainsi, d’étendre l’autonomie en plongée du sous-marin, qui peut atteindre une quinzaine de jours à faible vitesse, contre 4 ou 5 jours, avec des batteries plomb-acide classiques.

Or, le Stirling a plusieurs inconvénients. La première est que son utilisation est limitée aux réserves de comburant et carburant spécifiques disponibles à bord du navire. De fait, ce dispositif n’est employé qu’avec parcimonie par les commandants de navire.

D’autre part, il est difficile à piloter, et ne permet pas d’atteindre des vitesses importantes. En effet, le pilotage de l’énergie libérée par le système Stirling repose en partie sur l’inertie thermique des pièces mises en œuvre, de sorte qu’il est impossible de faire varier rapidement la puissance délivrée, pour, par exemple, permettre au navire d’accélérer subitement.

Enfin, le rechargement du Stirling, est une procédure longue et difficile, qui requiert des infrastructures portuaires spécifiques, généralement disponibles uniquement dans le port d’attache du navire.

Un mini-réacteur nucléaire, pour remplacer le système Stirling à bord des sous-marins conventionnels chinois

Pour passer outre ces limitations et contraintes, les ingénieurs chinois auraient décidé, selon le Pentagone, d’intégrer un mini-réacteur nucléaire, en lieu et place du système Stirling AIP, à bord de la nouvelle classe de SSK Type 041.

mini-réacteur nucléaire chinois
La chine est très active dans le developpement de mini-reacteurs nucléaires.

Concrètement, ce mini-réacteur devrait permettre d’alimenter en électricité l’ensemble des systèmes du bord, voire, potentiellement, de réduire la consommation de puissance des moteurs électriques sur les batteries, lorsque celui-ci évolue. Ceci doit permettre d’en étendre considérablement l’autonomie en plongée, pour atteindre des performances supérieures à celle du Stirling, sans en avoir les contraintes.

L’idée est évidemment séduisante. Un mini-réacteur est plus compact et moins onéreux, qu’une chaufferie nucléaire classique, employée pour propulser les sous-marins nucléaires d’attaque ou lanceurs d’engins.

En outre, la maintenance à quai, comme à la mer, de ce dispositif, sera certainement moins contraignante que pour les Stirling, sauf, lors de la délicate procédure de rechargement du cœur. Celle-ci ne devrait, cependant, intervenir qu’au bout de plusieurs années, et non à chaque retour au port du navire.

Par ailleurs, en se concentrant sur la production électrique du bord, le mini-réacteur offre aux navires en étant équipés, une marge de progression concernant l’ajout de systèmes, de plus en plus gourmands en ampères. Il ouvre, aussi, de nouvelles options tactiques, le navire pouvant, au demeurant, rester submergé sur de très longue période, tant qu’il reste à vitesse réduite.

Enfin, on ne peut exclure que cette technologie soit associée aux nouvelles batteries lithium-ion, ce qui conférerait au nouveau SSK chinois, des performances tout à fait inégalées pour un navire de ce type.

Le Type 041 n’est pas un sous-marin nucléaire

Pour autant, cette hypothèse, qui reste d’ailleurs à confirmer par d’autres sources que les annonces du Pentagone (ils se sont déjà trompés, volontairement ou pas, par le passé), ne permet absolument pas de qualifier le Type 041 de « nouveau sous-marin nucléaire chinois », et encore moins de nouveau sous-marin nucléaire d’attaque, ou SSN selon l’acronyme anglophone.

SSN Type 093
Les SNA chinois Type 09III ont des dimensions, et des performances, très supérieures à celles des SSK, y compris les Type 041.

En effet, le réacteur nucléaire embarqué n’a qu’un rôle secondaire dans les performances du navire, qui s’avèrera incapable de s’aligner sur les performances des véritables sous-marins à propulsion nucléaires, capables de très longs trajets à grande vitesse et grande profondeur, sans qu’il soit jamais nécessaire de faire surface, pendant toute la durée d’une mission pouvant dépasser les 2 mois.

Le Type 041, lui, aura certes probablement de bien meilleures performances que les SSK de génération précédente, mais il restera soumis aux limitations de ce type de navire, en particulier pour recharger les batteries à l’aide des moteurs diesels, ce qui oblige le sous-marin à venir en surface, ou très proche de la surface, pour renouveler son oxygène.

Les interrogations industrielles demeurent autour des allégations américaines

Si une partie du voile semble avoir été levée sur la mystérieuse classe Zhou, qui n’est donc pas un sous-marin nucléaire, de nombreuses interrogations subsistent, concernant les affirmations initiales.

Ainsi, plusieurs spécialistes du sujet, se montrent circonspects au sujet de la possibilité, pour les chantiers navals Wuchang, d’avoir les compétences pour installer une chaufferie nucléaire, fut-elle « mini ».

Ils s’interrogent, également, sur l’intérêt de construire et assembler un nouveau sous-marin conventionnel à Wuchang, pour aller y installer, par la suite, la chaufferie nucléaire à Bohaï, d’autant que les infrastructures de ce chantier naval ont été modernisées et étendues ces dernières années, et qu’il pourrait donc prendre en charge la construction entière du navire.

chantiers navals Wuchang de Wuhan
vue des chantiers navals Wuchang à Wuhan. remarquez la proximité des habitations.

Demeurent, également, les interrogations entourant les affirmations de naufrage du navire. En effet, un Type 039A, dont le Type 041 est dérivé, a un tirant d’eau de 7 mètres, là où la profondeur moyenne du Yangtsé, à cet endroit, serait de 9 mètres.

Or, si le navire avait dû couler, à cet endroit, on s’attendrait à ce que le kiosque du navire demeure visible, surtout pour un navire équipé d’une croix de saint-André conçue pour permettre un posé océanique souple, et éviter les chavirages, qui plus est, sur un sol fluvial particulièrement meuble.

Conclusion

On le voit, les récentes informations complémentaires, diffusées par le Pentagone, et complétées par certains des meilleurs spécialistes du sujet en occident, présentent un tableau fort éloigné des affirmations initiales entourant ce sujet. Pour autant, de nombreuses interrogations demeurent, dans ce dossier, interrogations qui ne seront probablement pas levées avant plusieurs semaines, voire, plusieurs mois.

Entre temps, une majorité du public aura absorbé les informations d’une exactitude tout à fait relative, véhiculées par l’article du WSJ, et relayées par la presse mondiale, faisant apparaitre la menace navale chinoise, comme bien moins sérieuse qu’il n’y paraît.

Or, si, comme il semble que ce soit le cas, le Type 041 est effectivement une nouvelle classe de SSK (sous-marin conventionnel d’attaque), équipée d’un mini-réacteur nucléaire faisant office d’AIP, et, on peut l’anticiper, de batteries lithium-ion, la Marine chinoise disposerait alors d’un nouvel atout considérable pour accroitre l’efficacité de sa flotte sous-marine, en dépit des dernières faiblesses encore constatées concernant les SSBN Type 09IV, et les SSN Type 09IIIa.

Type 039C sous-marin marine chinoise
Il y a seulement deux ans, apparaissait une nouvelle version du Type 039, baptisée Type 039c, caractérisée par un kiosque conçu pour accroitre la furtivité du navire aux sonars actifs, ce qui démontre le dynamisme de l’ingénierie chinoise dans ce domaine.

Loin d’être un sujet de raillerie, l’arrivée de cette nouvelle classe de sous-marin, capable d’étendre le périmètre défensif traditionnel des sous-marins conventionnels chinois, devrait au contraire être prise très au sérieux pas le Pentagone, d’autant qu’elle donnera le temps aux industriels et marins chinois, de parfaire leur maitrise de la propulsion nucléaire sous-marine, avant d’entamer la production en grande série, spécialement des nouveaux SSN Type 09V et SSBN Type 09VI.

Notons, enfin, que l’utilisation de ces mini-réacteurs, à bord des Type 041, pourrait constituer une excellente plateforme d’aguerrissement pour les ingénieurs de la tranche nucléaire sous-marine chinoise, permettant ainsi à la Marine chinoise d’anticiper, sur le plan des compétences, l’augmentation prochaine des cadences de production des véritables sous-marins nucléaires, cette fois.

Reconnaissons que tout ceci n’invite guère à l’excès d’optimisme, dans l’hypothèse d’une confrontation sino-américaine autour de Taïwan, dans les années à venir…

Le 30/09 va-t-il marquer le retour des missiles balistiques en occident ?

L’attaque menée par Téhéran, ce 30 septembre, avec 181 missiles balistiques dénombrés lancés contre Israël, aura été la plus importante frappe de missiles balistiques de l’histoire, dépassant de beaucoup la centaine de missiles lancée le 13 avril, ou les 88 missiles Scud lancés par l’Irak contre Israël, en 1990.

Alors que les deux frappes précédentes n’ont pas engendré de changement de posture, en particulier en occident, au sujet des armes balistiques tactiques, il se pourrait bien que celle du 30/09, entraine une réaction toute autre, en particulier, de la part des armées occidentales.

En effet, pour la première fois, l’utilisation de ces armes, aura permis de prendre en défaut la défense aérienne Israël, censée être la plus performante du camp occidental, probablement même de la planète, par la densité de moyens déployés, et les performances reconnues des systèmes antiaériens et antibalistiques israéliens.

181 missiles balistiques iraniens ont saturé les défenses antibalistiques plus performantes et denses de la planète

Comme évoqué dans un précédent article, il ne fait aucun doute, à présent, que les frappes iraniennes sont parvenues à submerger, tout au moins partiellement, les défenses aériennes israéliennes, contrairement à ce qui est avancé par l’état-major de Tsahal, et le Centcom américain, le commandement central du théâtre d’opération, basé au Qatar.

départ missile balistique iranien
Départ d’un missile balistique iranien lancé vers Israël

Ainsi, plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux, peu de temps après ces frappes, démontrent, sans ambiguïtés possibles, qu’une part importante des missiles iraniens, est parvenue à passer outre le bouclier antibalistique israélien, pour frapper plusieurs cibles, dont le siège du Mossad et la base aérienne de Nevatim.

Pour l’heure, si le déni israélien et américain, selon lequel la défense aérienne aurait intercepté toutes les menaces avérées contre ses infrastructures civiles et militaires, est ouvertement taillé en brèche, les revendications iraniennes, parlant de 20 F-35i israéliens détruits au sol, sont impossibles à confirmer, d’autant que l’Iran ne dispose pas de moyens satellites pour attester de ce bilan.

Pour autant, les vidéos publiées montrent que Nevatim a été frappé, a minima, par une vingtaine de missiles balistiques détonés en vingt secondes seulement. Chaque missile iranien transportant une tonne, en moyenne, d’explosifs, ce sont donc 15 à 20 tonnes d’explosifs qui auraient détoné en surface, sur cette base, entrainant nécessairement de très importants dommages.

Or, depuis les frappes préventives égyptiennes et syriennes, au début de la guerre du Kippour, jamais les bases aériennes israéliennes n’auront été frappées par des moyens adverses, précisément grâce à une défense aérienne particulièrement dense, créant un mur infranchissable, tout au moins, jusqu’à présent.

Onéreux, longs et difficiles à produire, les missiles balistiques ont aussi des caractéristiques uniques aujourd’hui

Alors qu’ils étaient employés par les armées américaines et françaises pendant la guerre froide, avec différents modèles de missiles balistiques à courte et moyenne portée, les missiles balistiques non stratégiques ont entièrement disparu des inventaires des armées occidentales avec la fin de la guerre froide.

missiles balistiques Iskander-M russe
Le Pentagone anticipe un abaissement du seuil nucléaire et de l’utilisation des armes nucléaires non stratégiques

La seule exception, dans ce domaine, aura été la Corée du Sud, qui a poursuivi le développement de cette capacité, pour tenir en respect Pyongyang, très richement doté dans ce domaine.

Jugé trop cher à produire, et trop contraignant à mettre en œuvre, le missile balistique SRBM (Short Range Ballistic Missile, d’une portée inférieure à 1000 km) et MRBM (Medium Range Ballistic Missile, d’une portée allant de 1000 à 3000 km), a cédé sa place aux missiles de croisière aéroportés et navales, comme le Tomahawk, le SCALP-EG/Storm Shadow, le Taurus, ou le MdCN. Bien que contrainte de la même manière par le traité INF, la Russie, elle, n’a pas renoncé à cette capacité, avec le système SRBM Iskander-M d’une portée de 490 km, juste sous la limite de 500 km imposée par le traité américano-soviétique.

Dans le reste du monde, en revanche, le missile balistique tactique continua d’évoluer, sous l’impulsion de la Chine, de la Corée du Nord, de l’Iran, du Pakistan et de l’Inde. Ces dernières années, l’utilisation potentielle de ces armes, et les stocks de missiles, se sont considérablement étendues, grâce à des performances accrues, permettant notamment de les employer pour attaquer des cibles mobiles, dont les navires, comme cela a été plusieurs fois le cas en mer Rouge ces derniers mois.

Il faut dire que les missiles balistiques SRBM, comme l’Iskander-M russe, le Kn-17 nord-coréen et le Fateh iranien, et MRBM, comme le DF-21 chinois et le Fattah iranien, ont à présent de nombreux atouts, susceptibles de compenser leurs couts de fabrication plus élevés.

Vitesse hypersonique pour réduire les délais de réaction

En premier lieu, ceux-ci sont rapides, et même très rapides. Pour la plupart d’entre eux, le transit et la phase finale s’effectue ainsi à vitesse hypersonique, supérieure à mach 5, considérablement plus rapide que les missiles de croisière subsonique, et sans commune mesure avec les drones d’attaque, évoluant à 200 ou 300 km/h.

DF-17 missile APL
Missile hypersonique SRBM chinois FD-17 lors de la parade miltiaire de 2019, pour les 70 ans de la création de la République Populaire de Chine.

Dès lors, il ne faut que qu’une dizaine à une quinzaine de minutes, souvent moins, à ces missiles pour parcourir les 1200 km séparant les sites de lancement, en Iran ou en Corée du Nord, de leurs cibles, en Israël ou dans le sud de la Corée du Sud.

Celles-ci ont donc un délai de réaction très réduit, pour anticiper ces frappes, détecter les vecteurs, et les intercepter avec les moyens appropriés, sachant que la lutte anti-balistique est un exercice très complexe, en dépit des systèmes automatisés modernes.

Il est encore plus difficile, voire impossible, de protéger passivement, ou d’évacuer, les infrastructures et équipements visés par ces frappes, le délai entre l’identification de la cible par les moyens adéquates, et sa frappe, ne dépassant le plus souvent pas la minute, parfois moins.

L’anticipation des frappes peut résulter de l’observation satellite du déploiement des batteries de missiles adverses. C’est probablement ce qui a permis, aux États-Unis, d’avertir Tel Aviv de l’imminence de la frappe iranienne du 30 septembre, avec d’autres sources, comme les interceptions radios, et le renseignement sur place.

Toutefois, l’arrivée des nouveaux carburants solides, ne nécessitant plus le chargement du missile en carburant liquide avant le tir, tend à diminuer les délais de lancement, réduisant d’autant les opportunités d’observation, d’identification et de transmission de l’alerte.

Trajectoires semi-balistiques et complexes, capacités de manœuvre et leurres pour déjouer la détection et la conduite de tir

Outre leur vitesse élevée, et les temps de réaction très courts qu’ils imposent, les missiles balistiques modernes, s’appuient sur d’autres caractéristiques et moyens, pour éviter les interceptions, et optimiser les taux d’impact.

SRBM coréen avec planeur hypersonique
Test d’un missile balistique SRBM nord-Coréen équipé d’un planeur hypersonique

En premier lieu, certains de ces missiles, comme l’Iskander -M russe, suivent une trajectoire complexe, conçue pour déjouer les défenses aériennes de l’OTAN. Plutôt que de suivre une trajectoire balistique classique, l’Iskander-M, ainsi que certains modèles chinois, nord-coréens et iraniens, suivent une trajectoire dite semi-balistique, dont l’apogée, autour de 50 km, leur permet d’évoluer sous le plancher des systèmes endo-atmosphériques haut (Arrow 2, Thaad) et des armes exoatmosphérique (Arrow 3, SM-3), tout en restant au-dessus du plafond des systèmes antibalistiques endo-atmosphériques bas, comme le Patriot-PAC, le David Sling ou le SAMP/T.

En suivant cette trajectoire, ces missiles ne peuvent être interceptés par les systèmes endo-atmosphériques bas, qu’une fois la phase de plongée finale entamée vers la cible, ce qui réduit le temps de réaction, mais aussi les opportunités d’interception, un Patriot-PAC comme un David Sling, ne pouvant protéger, face à ces missiles, que des cibles proches de quelques dizaines de km, du site de lancement des armes antibalistiques.

À cela s’ajoutent, à présent, des capacités de manœuvre lors du vol de transit et de la phase finale, pour ces nouveaux missiles balistiques. Ce faisant, le calcul de l’interception antibalistique s’avère considérablement plus complexe, et oblige à employer plusieurs missiles simultanément, lancés vers les différentes trajectoires de calcul.

Thaad antibalistique US Army
Système antibalistique endo-atmosphérique haut THAAD de l’US Army

Enfin, les missiles balistiques modernes, emportent des systèmes de défense propres, comme des leurres qui sont lancés pour réduire l’efficacité des autodirecteurs finaux des missiles antibalistiques.

On comprend, dès lors, à quel point une attaque massive, potentiellement saturante, comme celle lancée contre Israël le 30 septembre, s’avère un défi presque impossible à relever pour les défenses antibalistiques, même les plus évoluées et denses, surtout si, comme évoqué, certains modèles très modernes, comme le MRBM Fattah, ont été lancés simultanément à des missiles plus anciens, comme le Shahab-3.

Une précision qui désormais permet d’employer ces missiles balistiques pour des frappes tactiques

Enfin, la précision des missiles SRBM et MRBM, s’est considérablement accrue ces dernières années, y compris pour les modèles iraniens, et probablement nord-coréens. La précision des modèles russes et chinois, comme l’Iskander-M et le DF-21, ne faisait pas vraiment débat, en revanche.

Frappes SRBM iraniens en Irak 2020
Resultat des frappes de SRBM iraniens contre une base aérienne irakienne occupée par l’US Air Force en 2020

Ce faisant, ces armes représentent désormais une alternative crédible pour mener des frappes tactiques, même armées d’une charge militaire conventionnelle, que ce soit pour détruire des cibles lourdement durcies, en cumulant l’énergie cinétique déployée à l’impact, à la charge explosive, ou pour passer au travers de défenses aériennes conçues, avant tout, pour repousser des attaques aériennes et de missiles de croisière, comme c’est le cas d’une immense majorité des armées occidentales, en particulier au sein de l’OTAN.

Les nouvelles armes hypersoniques, cumulent tous ces atouts, et nécessitent de nouveaux moyens pour s’en prémunir.

Il y a quelques années, une nouvelle catégorie de missiles balistiques est apparue, les missiles hypersoniques, représentée initialement par le missile Kinzhal russe, et rejoint depuis, par le YJ-21 chinois, et le PrSM américain.

Ces nouveaux missiles cumulent l’ensemble des atouts précédents, avec une vitesse hypersonique sur l’ensemble du vol, des capacités de manœuvre des planeurs hypersoniques, une trajectoire très complexe rendant presque inutile les systèmes antibalistiques traditionnels, et une grande précision, de l’ordre de quelques mètres.

Yj-21 Type 055 Maine chinoise
Tir d’un missile balistique YJ-21 à partir d’un destroyer lourd Type 055

C’est la raison pour laquelle plusieurs pays, dont les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Europe, ont entrepris de concevoir une nouvelle famille d’intercepteurs, capables de se confronter à ces nouvelles menaces, avec un plafond de 50 à 60 km, d’immenses capacités de manœuvre cumulées à une grande vitesse, de nouveaux autodirecteurs et des systèmes de détection et d’alerte avancée, pour conserver les délais de réaction nécessaires.

Un taux d’impact démontré qui qualifie les missiles balistiques à courte et moyenne portée, pour des frappes nucléaires.

Reste que la précision démontrée par ces nouveaux missiles balistiques, y compris en condition de combat, associée au taux d’impact sur cible que l’on constate, par défaut, lors des frappes iraniennes contre Israël, et leur capacité pour pénétrer la meilleure defense antibalistique occidentale, vont certainement ouvrir de nouvelles perspectives concernant l’utilisation potentielle des SRBM et MRBM, en particulier maintenant que le traité INF est rendu caduque.

Ce taux d’impact, particulièrement, pourrait permettre de réintégrer ces missiles, à la famille des vecteurs potentiellement efficace pour transporter des charges nucléaires, en particulier de faible puissance.

lancement d'un Iskander-M russe
L’Iskander-M russe peut tranporter une tête miltiaire convetionelle de 700 kg ou un tête nucléaire de 15 à 50 kt.

Aujourd’hui, en occident, la frappe nucléaire est exclusivement portée par des systèmes de rentrée atmosphérique indépendants, transportés par des missiles stratégiques ICBM et SLBM, par des missiles de croisières furtifs ou supersoniques, évoluant à très basse altitude, et enfin, dans certains cas plus symboliques qu’opérationnels, par des bombes gravitationnelles.

Les systèmes SRBM, comme le Pluton français, ou MRBM, comme le Pershing-2 américain et le Hadès français, ont été retirés du service, à la fin de la guerre froide, ne représentant plus un enjeu pertinent face à une Russie très affaiblie, et en l’absence de toute autre menace.

Le retour de la puissance conventionnelle et stratégique russe, d’une part, l’émergence de missiles iraniens susceptibles d’atteindre l’Europe, de l’autre, et la multiplication des pays dotés de systèmes importés ou de facture nationale (Algérie, Turquie, Égypte, Arabie Saoudite, Biélorussie, Azerbaïdjan…), appellent, à présent, à réviser ce paradigme, qu’il s’agisse de répondre aux menaces nucléaires directes venues de Russie, ou aux menaces conventionnelles d’autres pays.

Une arme à capacité duale nécessaire pour compléter l’inventaire des armées occidentales

Enfin, les missiles SRBM et MRBM, peuvent être armés, au besoin, d’une tête militaire conventionnelle, ou d’une charge nucléaire. Ceci permet, notamment, à certains pays, comme la Chine et la Russie, de justifier d’une production relativement élevée de ces systèmes, tout en améliorant leurs capacités en matière de dissuasion.

Missile Hades
Le Hades français, successeur du Pluton, avait une vingtaine d’années d’avance sur les systemes russes et chinois, à son entrée en service au debut des années 1990. Il suivait, notamment, déjà une trajectoire semi-balistique, pour s’infiltrer dans les défenses aériennes soviétiques.

Ainsi, les SRBM et MRBM, et leurs successeurs, équipés de planeurs hypersoniques, pourront atteindre des couts de conception et de production sensiblement inférieurs aux systèmes exclusivement nucléaires, comme l’ASMPA-R français aujourd’hui, dont le prix unitaire de 15 m€, correspond au prix de 7 à 10 Iskander-M, et probablement de plus d’une quinzaine de MRBM iraniens ou nord-coréens.

Dans le registre conventionnel, ces missiles permettraient de mener des frappes, potentiellement importantes, contre des sites militaires adverses, le cas échant, afin d’en détruire les capacités de commandement, les stocks de munition ou de carburant, ou les moyens offensifs ou défensifs clés, avec un faible préavis, et un risque bien plus faible qu’avec des frappes aériennes.

Dans le domaine nucléaire, un MRBM-H (-Hypersonic), ferait peser une menace à la fois très difficile à intercepter, et pourtant parfaitement visible par son déploiement, pour faire la démonstration de la détermination du pays, face à une menace symétrique de l’adversaire, venant alors enrichir sensiblement le lexique grammatical de la dissuasion de son pays détenteur.

Conclusion

On le voit, à l’instar de l’apparition des drones d’attaque Shaheb-136 en Ukraine en octobre 2022, eux aussi iraniens, qui fit émerger, dans les armées occidentales, les besoins concernant les drones d’attaque à longue portée, les frappes iraniennes du 30 septembre, contre Israël, pourraient bien amener ces états-majors, à reconsidérer rapidement le potentiel opérationnel offert par les missiles balistiques SRBM et MRBM.

missiles balistiques KN-23 Corée du nord
SRBM Kn-23 nord-koréen, très proche en performances et capacités, de l’ISkander-M russe.

Si ce besoin peut émerger dans la plupart des armées européennes, ce sont en particulier les trois pays dotés de l’OTAN, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui auraient le plus grand intérêt à se doter rapidement de nouvelles capacités dans ce domaine, tant ces missiles peuvent s’avérer une réponse pertinente aux enjeux de dissuasion, comme aux enjeux conventionnels.

Le sujet n’est pas, en soi, nouveau. À plusieurs reprises, ce site, et d’autres, sur différents médias, ont plaidé pour le retour, au sein des armées françaises, d’une capacité SRBM/MRBM étendue, et duale, notamment pour contre-balancer la monter en puissance des capacités et arsenaux de certains pays, potentiellement hostiles, dans ce domaine.

Reste que ce besoin n’est, en réalité, qu’un parmi une longue liste de moyens qui font aujourd’hui lourdement défauts, aux armées françaises, pour relever le défi posé par la Russie, ses alliés et ses partenaires, en Europe, autour du Bassin méditerranéen, au proche et Moyen-Orient, ou dans le Caucase, c’est-à-dire, sur l’ensemble des théâtres pouvant directement influencer la sécurité du pays, et de l’Europe en général.

Il est certainement indispensable, à présent, de mener une étude objective et dénuée de préjugés et de pressions politiques, pour comprendre et peser la réalité de ces menaces, ainsi que les moyens effectivement nécessaires pour s’en prémunir, seuls ou en coalition, pour la France.

C’est à cette condition, et aux arbitrages indispensables qui en résulteront, que la sécurité du pays pourra être garantie par les armées, et que la parole française retrouvera tout son poids, sur la scène internationale.

Sous-marins canadiens : quel modèle pour la Royal Canadian Navy ?

C’est officiel, le ministère de la Défense canadien a donné le départ pour la compétition visant à acquérir 12 nouveaux sous-marins canadiens à propulsion conventionnelle, pour remplacer les 4 sous-marins de la classe Victoria mis en œuvre par la Royal Canadian Navy depuis le début des années 2000, après avoir servi plusieurs années au sein de la Royal Navy britannique.

Il s’agit là, incontestablement, de la plus importante compétition de ces 10 dernières années, avec la compétition Australienne, portant initialement sur huit navires, qui fut remportée en 2015 par Naval Group, avant d’être annulée par Canberra au profit du programme de sous-marins nucléaires d’attaque SSN-AUKUS.

Dès lors, les six constructeurs de sous-marins de la sphère occidentale sont aujourd’hui dans les rangs, pour se positionner sur cette compétition qui pourrait bien influencer la hiérarchie mondiale dans ce domaine, pour plusieurs décennies.

Quels sont les six modèles de sous-marins proposés, leurs caractéristiques, mais surtout, dans quelle mesure répondent-ils aux besoins de la Royal Canadian Navy ?

La Royal Canadian Navy veut remplacer ses 4 sous-marins classe Victoria par 12 nouveaux navires

Cela fait maintenant trois ans que le ministère canadien de la Défense, a annoncé son intention de lancer une compétition pour le remplacement des quatre sous-marins de la classe Victoria. Ces navires, entrés en service au sein de la Royal Navy au début des années 90, n’ont rejoint la Royal Canadian Navy, qu’au début des années 2000, mais marquent désormais le poids des années.

Victoria-class sous-marin
La Marine canadienne met en oeuvre aujourd 4 sous-marins de la classe Victoria.

Toutefois, là où quatre submersibles semblaient répondre aux besoins d’Ottawa depuis la fin de la guerre froide, les nouvelles revendications russes en arctique, et la militarisation de cet espace maritime désormais contesté, ont amené les autorités canadiennes à revoir à la hausse leurs besoins en matière de flotte sous-marine.

Ainsi, ce ne sont pas quatre, ni même six ou huit sous-marins, qui doivent être commandés pour la Royal Canadian Navy, mais douze, pour protéger les intérêts de ce pays parcouru par 243 000 km de côtes, devançant très largement les 55 000 km de l’Indonésie, ou les 38 000 km de côtes russes.

Cette situation avait déjà amené, il y a quatre ans maintenant, Ottawa à commander 15 nouvelles frégates, dérivées du modèle Type 26 britannique, un navire imposant de 7000 tonnes, équipé de moyens avancés en matière de lutte anti-sous-marine.

Les autorités canadiennes ont annoncé, en fin de semaine dernière, avoir transmis aux constructeurs occidentaux, une demande d’information, devant être retournée avant le 18 novembre, pour participer à cette compétition pour 12 nouveaux sous-marins à propulsion conventionnelle et capacités arctiques, un contrat estimé par Ottawa de 40 à 65 milliards d’euros (60 à 100 milliards de dollars canadiens), sur l’ensemble de sa durée de vie.

Les 6 modèles en lice pour la compétition canadienne

Il ne fait guère de doutes que 5 des 6 constructeurs occidentaux de sous-marins conventionnels, répondront à cette RFI (Request for Information) envoyée par le ministère de la Défense canadien, tant le marché est déterminant.

Attack class Australie
La compétition canadienne n’est pas sans rappeler celle organisée, dix ans auparavant, par l’Australie.

La seule interrogation concerne, à ce jour, la participation du Japon, avec la pourtant très efficace classe Taïgei, Tokyo n’ayant pas encore indiqué s’il autorisait Mitsubishi à concourir, ou pas, en accord avec la constitution du pays, toujours très restrictive, bien qu’assouplie en matière d’exportation d’armement ces dernières années.

Dans cette étude, nous considérons que le modèle nippon participera, au même titre que le Type 212 CD de l’allemand TKMS, le KSS-III Dosan Anh Changho sud-coréen, le S-80 PLus Issac Peral de l’espagnol Navantia, et le modèle C-71 Expeditionnary Submarine des suédois Kockums et Saab.

Le français Naval group n’ayant pas indiqué quel modèle sera proposé à Ottawa, nous prendrons, ici, le Blacksword Barracuda, récent vainqueur de la compétition néerlandaise, qui semble être le modèle de la gamme du constructeur répondant le mieux aux exigences canadiennes.

Sous-marins canadiens caractéristiques
Synthèse des principales caractéristiques des 6 modèles de sous-marins engagés dans la compétition canadienne

Type 212 CD (TKMS, Allemagne)

Après la défaite face au Blacksword Barracuda aux Pays-Bas, malgré un recours légal rejeté par la justice Batave, l’allemand TKMS met, à présent, toute son énergie pour promouvoir son modèle Type 212 CD dans la compétition canadienne.

Évolution du Type 212 qui équipe déjà la Bundesmarine et la Marina Militare italienne, le Type 212 CD a été conçu pour répondre aux besoins exprimés par la Marine norvégienne pour le remplacement des sous-marins de la classe Ula, dont TKMS est sorti vainqueur en 2019, en grande partie grâce à l’intervention de Berlin, qui s’est engagé à commander, pour la Bundesmarine, deux exemplaires du nouveau sous-marin, et d’assumer une grande partie des couts de développement du nouveau modèle.

TKMS Type 212CD
Vue d’artiste du Type 212 CD commandé à 6 exemplaires par la Marine norvégienne ainsi que par la Bundesmarine

Long de 73 mètres, pour un tonnage de 2800 tonnes en plongée, c’est le modèle le plus compact de cette compétition. Le Type 212 CD dispose, cependant, d’atouts importants, étant, notamment, le seul à intégrer un système anaérobie AIP et, selon TKMS, des batteries lithium-ion, même si l’industrie allemande semble moins avancée dans ce domaine que ses concurrentes japonaises ou françaises.

Le Type 212 Cd est commandé, à ce jour, à quatre exemplaires pour la Marine royale norvégienne, et deux pour la Bundesmarine allemande. Toutefois, Oslo a annoncé son intention de porter sa flotte à six navires, alors que Berlin semble aller dans la même direction, même si les discussions sont encore en cours au Bundestag et entre le ministère de la Défense et la Chancellerie, à ce sujet.

KSS-III (Hanwha Ocean, Corée du Sud)

Le sud-coréen Hanwha Ocean est, pour ainsi dire, un nouvel acteur sur le marché mondial des sous-marins. Pour autant, son nouveau KSS-III, premier sous-marin entièrement conçu et fabriqué par l’industrie du pays, s’avère des plus prometteurs, et dotés de caractéristiques uniques dans ce domaine.

Si le Type 212 CD est le compact des sous-marins proposés à Ottawa, le KSS-III, au contraire, est le plus imposant, avec une longueur de 89 mètres, et un tonnage en plongée de 3750 tonnes.

KSS III Dosan Anh Changho
La classe KSS-III Dosan Anh Changho a été conçu pour participer à la doctrine « trois axes » sud-coréenne.

Bien que dérivé du Type 214 allemand, qui a formé la classe KSS-II, le KSS-III est un sous-marin conçu spécifiquement pour répondre aux besoins de la Marine sud-coréenne. Ainsi, le navire n’est pas du tout un chasseur de sous-marins exceptionnel, les modèles nord-coréens étant tous dérivés des classes soviétiques Romeo et Tango, aussi peu discrets que mal équipés en matière de senseurs et d’armements anti-sous-marins.

Mais là n’est pas la mission principale du KSS-III. Celle-ci est de participer à la doctrine « trois axes » du pays, conçue pour contenir la menace nucléaire aux mains de Pyongyang, grâce à des frappes préventives de décapitation et de suppression des moyens nucléaires de l’adversaire.

Pour cela, le KSS-III est doté d’une puissance de feu sans équivalent en matière de frappe vers la terre, avec 10 silos verticaux armés chacun d’un missile balistique à changement de milieu Hyunmoo 4-4, d’une portée de 800 km, et transportant deux tonnes de charge explosive conventionnelle.

Classe Taïgei (Mitsubishi, Japon)

Au Japon, le successeur de la déjà très réussie classe Soryu, est la classe Taigei, dont le premier des 7 navires commandés par les forces navales d’autodéfense nippones, le Taïgei, est entré en service 2022.

classe Taigei
Les trois sous-marins de la classe taigei sont aujourd’hui les seuls navires en service employant des batteries lithium-ion.

Ce navire n’est autre que le premier submersible militaire opérationnel, à être équipé de batteries Lithium-ion, qui lui confèrent une autonomie de plongée et une puissance délivrée très supérieures à celles des batteries classiques Acide-plomb employées jusqu’à présent.

En outre, contrairement aux systèmes AIP, qui équipent notamment la classe Soryu, ces nouvelles batteries se rechargent rapidement, directement à la mer, en surface ou au Schnorchel, de sorte qu’un submersible en étant équipé, peut tenir la posture sous-marine pendant un mois, en ne passant que 12 heures en recharge de batteries à proximité de la surface.

Ainsi, alors que le rechargement des systèmes AIP nécessite des installations industrielles spécifiques, pour recharger les piles à combustible en comburant, les navires équipés de ces nouvelles batteries disposent d’une très grande souplesse d’utilisation, pour une autonomie en plongée presque équivalente, tout en conférant au navire, une énergie très importante pour des pointes de vitesse élevées, au besoin.

Dès lors, le Taïgei s’avère un chasseur de sous-marins et de navires redoutable, y compris en espace ouvert, là où la plupart des sous-marins conventionnels, sont contraints de chasser à l’affut, en espérant que la cible s’approche suffisamment de lui. Ce qui convient bien aux marines opérant en mer étroite, comme la Suède en mer Baltique, mais bien moins aux marines océaniques, comme les forces navales d’autodéfense japonaises, ou la Royal Canadian Navy.

S-80 plus (Navantia, Espagne)

Comme le KSS-III, le modèle de sous-marin S-80 Plus est le premier submersible militaire conçu et produit par son industriel, en l’occurrence l’espagnol Navantia. Après une Genèse pour le moins mouvementée, marquée par plusieurs années de retard et des surcouts importants, le premier navire de la classe, le S-81 Isaac Peral, est entré en service en novembre 2023.

Navantia S-80 plus classe Isaak Peral
Les S-80 Plus de la classe Isaac Peral doivent remplacer les Agosta au sein de la Marine espagnole.

Long de 81 mètres pour un tonnage de 2965 tonnes en plongée, le S-80 plus a été conçu comme un sous-marin conventionnel océanique pour remplacer les 4 Agosta de conception française, mis en œuvre par la Marine espagnole depuis les années 80.

Équipé d’un système de propulsion anaérobie AIP, le navire a beaucoup profité de l’assistance technique et technologique US, en particulier lorsque Navantia s’est retrouvé dans une impasse, après des erreurs de conception venant menacer la flottabilité du submersible, lui conférant, selon Navantia, jusqu’à 55 jours d’autonomie en plongée, ce qui semble très ambitieux.

Si le S-80 plus n’a pas d’arguments techniques ou opérationnels différenciant forts, et s’il souffre encore de certains problèmes de jeunesse, comme le montre les délais de livraison des trois unités à suivre pour la Marine espagnole, celui-ci bénéficie d’un soutien inconditionnel de la part de Madrid et de Navantia, tous deux très actifs pour promouvoir le modèle sur la scène internationale. Reste que, jusqu’à présent, cette stratégie n’a pas porté ses fruits.

C-71 Expeditionnary submarines (Saab Kockums, Suède)

Second candidat malheureux de la compétition néerlandaise, le C-71 des suédois Saab et Kockums, mise à présent tout sur la compétition canadienne. Dérivé de la nouvelle classe A-26 Blekinge, dont deux navires ont été commandés par la Marine suédoise, le C-71 en est une version agrandie, conçue pour les espaces océaniques.

C-71 Expeditionary submarines Kockums Saab
Vue d’artiste du C-71 Expeditionary Submarine de Saab Kockums

Reste que ce navire n’a jamais été commandé à ce jour, ni par Stockholm, ni par une marine étrangère, et les informations le concernant sont donc limitées. Au mieux, sait-on qu’il a une longueur de 82 mètres pour un tonnage en plongée de 3300 tonnes, et qu’il disposera d’un système AIP avancé, comme les Blekinge dont il reprend de nombreuses caractéristiques.

Ainsi, on peut sans grand risque admettre que le navire jouira d’une grande discrétion acoustique, qu’il sera très automatisé, et très polyvalent. En revanche, la défaite aux Pays-Bas, alors qu’il était associé à l’industriel local Damen, et à l’américain Lockheed, tend à élimer l’aura de performances et de prix que voulait lui conférer Kockums et Saab dans cette compétition, ce qui risque fort de se reproduire au Canada.

Blacksword Barracuda (Naval Group, France)

Le dernier modèle de cette compétition, sera probablement le Blacksword Barracuda, de Naval Group, le récent vainqueur de la compétition aux Pays-Bas, pour peu que le français décide de participer à la compétition, ce qui n’est pas encore acquis. Ce succès, face à deux poids lourds de l’industrie sous-marine mondiale, l’allemand TKMS et le suédois Kockums, allié à Damen pour l’occasion, font probablement du Blacksword Barracuda, le favori de la compétition canadienne.

Il faut dire que le modèle français, dérivé du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, ne manque pas d’atouts pour séduire. Comme le Taïgei, il est ainsi équipé de batteries Lithium-ion, l’industriel français ayant, pour ainsi dire, fait l’impasse sur la technologie AIP, pour se concentrer sur ces nouvelles batteries, considérées comme le système de propulsion le plus performant du moment par Naval Group.

Blacksword barracuda Naval Group
Le Blacksword barracuda de Naval Group s’est imposé face au Type 212 CD et au C-71 aux Pays-Bas.

En outre, le navire peut s’appuyer sur certaines technologies directement importées des SNA, comme le Pumjet, une hélice propulsive carénée réduisant les bruits de cavitation, et permettant au navire de maintenir des vitesses de 12 à 16 nœuds, en fonction de la profondeur, tout en restant aussi discret qu’un sous-marin à hélice classique à 6 ou 8 nœuds.

Ce faisant, le couple formé par le pumjet et les batteries lithium-ion, confère au Blacksword des capacités de chasseur de sous-marins avancées, lui permettant, un temps au moins, de tenir tête aux SSN et SSGN adverses, un atout de taille face à la Marine russe.

Enfin, le Blacksword Barracuda profite d’un dernier point fort, il est bon marché. En effet, lors de la compétition néerlandaise, l’offre de Naval Group s’est avérée 25 % moins chère que celle de ses deux concurrents, ce qui a joué un rôle déterminant dans le succès de l’offre française, en particulier face au couple Kockums-Damen, qui bénéficiait pourtant d’une assise industrielle locale très attractive.

5 critères d’évaluation pour départager les concurrents

Pour hiérarchiser ces six modèles de sous-marins, nous allons les évaluer, avec une note allant de 1 à 5, 5 étant la meilleure, dans cinq catégories clés pour les besoins de la Royal Canadian Navy.

Hunter-Killer

Le terme Hunter-killer rassemble l’ensemble des potentiels d’un navire, en matière de lutte anti-sous-marine et, dans une moindre mesure, de lutte anti-surface. Les navires canadiens étant appelés à évoluer en Atlantique et Pacifique Nord, ainsi que dans l’Ocean arctique, cette capacité est primordiale, sachant que l’essentiel de la menace dans ces secteurs, vient de la flotte sous-marine russe.

ssn classe Akula
Les sous-marins canadiens devront se confronter à des sous-marins à propulsion nucléaire russes en actique, comme les SSN Akula.

Dans ce domaine, c’est incontestablement le Blacksword Barracuda qui remporte la note maximale de 5, en raison, comme évoqué précédemment, du couple formé par les batteries lithium-ion et le pumjet, associé à sa grande discrétion, lui permettant de tenir tête à tous les modèles de sous-marins russes, y compris les SSN et SSGN, dans une posture défensive tout au moins.

Les Taigei et Type 212 CD bénéficiant de batteries Lithium-ion, et le C-71 d’une discrétion très avancée, sont crédités de la note de 4. Le S-80 plus espagnol et le KSS-III, avec leur système exclusivement AIP, obtiennent la note de 3, car exclusivement capable de mener des chasses à l’affut.

Frappe vers la Terre

La frappe vers la terre est devenue, ces dernières années, une caractéristique majeure des sous-marins océaniques, y compris les modèles à propulsion conventionnelle. Dans ce domaine, c’est le KSS-III sud-coréen qui s’impose, sans surprise, avec la note de 5, avec ses 10 VLS armés de missiles balistiques.

Le Blacksword Barracuda est crédité d’une note de 4, car le navire peut mettre en œuvre le missile de croisière MdCN d’une portée de 1500 km, et qu’il pourrait faire de même avec le Tomahawk américain, choisi par La Haye.

Missile MdCN changement de milieux
La capacité de frappe vers la terre est devenue une composante des capacités demandées aux flottes sous-marines.

Les Type 212 CD, C-71, Taigei et S-80 Plus reçoivent la note de 3. Bien qu’aucun ne soit effectivement équipé de missiles de croisière à ce jour, des études sont en cours pour les en doter, qu’il s’agisse de missiles antinavires à changement de milieux à capacités de frappe vers la terre, ou de missiles de croisière classique. Ils sont tous, en revanche, des modèles importés.

La capacité à naviguer sous la banquise arctique est une exigence prioritaire de la Royal Canadian Navy. Dans ce domaine, c’est le Type 212 CD de TKMS qui s’impose avec la note maximale de 5, en disposant simultanément de batteries lithium-ion (si cette information se confirme), et d’un système AIP, lui conférant une autonomie en plongée supérieure aux autres navires, tout en conservant le regain de puissance offerte par les nouvelles batteries.

Le Taigei et le Blacksword Barracuda obtiennent la note de 4, considérant que les batteries Lithium-ion offrent davantage de flexibilité et de puissance, donc de sécurité, que les systèmes AIP dans cet exercice. Enfin, les S-71, S-80 plus et KSS-III, avec un système exclusivement AIP et des batteries classiques, obtiennent la note de 3.

Fabrication locale et transfert de technologies

Par son montant, son volume et sa durée, le contrat canadien portera, évidemment, un important volet de fabrication locale et de transfert de technologies. Cette exigence étant stricte, tous les industriels participants devront s’y plier. Toutefois, tous n’ont pas la même expérience et expertise dans ce domaine.

Type 214 classe Reis turquie
TKMS comme Naval group ont acquis une grande expéreince dans le pilotage et l’accompagnement de fabrications locales, comme ici les Type 214 de la classe Reis turque.

Ici, ce sont Naval Group et TKMS qui s’imposent avec la note de 5, ayant tous deux plusieurs exemples récents de productions locales réussies de sous-marins modernes, comme les Type 214 des classes Reis (Turquie) et KSS-II (Corée du Sud), pour TKMS, et les Scorpene des classes Kalvari (Inde) et Riachuelo (Brésil), pour le français Naval Group.

Kockums et Hanwha Ocean ont, eux aussi, une expérience de fabrication locale de sous-marins, avec les Collins australiens et les Nagapasa indonésiens, plus limitée, et surtout distante dans le temps, que les deux industriels précédents. Ils recoivent la note de 4.

Navantia, pour sa part, a une expérience avérée en matière de fabrication locale, mais qui n’a jamais été portée dans le domaine sous-marin. L’espagnol reçoit donc la note de 3. Quant à Mitsubishi, et l’industrie de défense nippone en général, ils n’ont aucune expérience dans ce domaine, qu’il s’agisse de navires militaires ou de sous-marins, en lien avec la constitution du pays. Il est crédité de la note de 2.

Prix

Reste l’argument qui n’est jamais présenté comme étant le plus déterminant dans la communication officielle, et qui pourtant concentre toutes les attentions des décideurs, le prix.

Le récent succès de Naval Group et du Blacksword Barracuda aux Pays-Bas, avec une offre annoncée 25 % moins onéreuse que celles de TKMS (Type 212 CD) et Saab-Kockums-Damen (C-71), lui confère la note maximale de 5.

Blacksword barracuda Naval Group et Walrus néeraldnais.
Le Blacksword Barracuda remplacera le Walrus des forces navales néerlandaises

La Taigei, reconnu économique, lorsque produit au Japon, avec un prix unitaire de l’ordre de 750 m$, est crédité de la note de 4, tout comme le S-80 Plus et le KSS-III, tous deux étant très activement soutenus par leurs pays d’origine, en recherche d’un premier succès à l’exportation, en particulier en baissant le prix final par des aides indirectes.

Enfin, les deux candidats malheureux de la compétition néerlandaise, sont crédités de la note de 3, sachant que l’un, comme l’autre, n’a guère de moyens, aujourd’hui, de sensiblement baisser le prix de son offre, sauf une intervention massive de son pays d’origine.

Synthèse

Le tableau ci-dessous, fait la synthèse des notes attribuées aux six modèles de sous-marins canadiens dans les cinq catégories retenue dans cette analyse.

sous-marins canadiens synthèse flat
Synthèse des notes attribuées aux différents modèles engagés dans la compétition canadienne

Avec 23 points et une note moyenne de 4.6/5, le Blacksword Barracuda de Naval Group s’impose très nettement dans ce panel, terminant avec la note maximale dans 3 des 5 catégories. Sans surprise, le Type 212 CD le suit, avec 20 points et une note moyenne de 4/5. Le modèle allemand s’impose avec la note maximale dans deux catégories, mais est handicapé par son prix et ses capacités de frappe vers la terre, en deçà des meilleurs modèles.

Le KSS-III de Hanwha Ocean, termine ce podium, avec 19 points et une note moyenne de 3.8/5. Le navire sud-coréen s’impose nettement dans la catégorie de frappe vers la terre, mais souffre dans le domaine Hunter-killer et de navigation arctique, du fait de propulsion exclusivement AIP. Enfin, le Taigei, le S-80 Plus et le C-71 terminent au pied du podium, aucun de ces navires n’ayant obtenu la note maximale dans une catégorie.

Si cette grille de lecture offre une vision synthétique, elle ne donne pas, en revanche, une vision conforme à celle qui sera faite par les autorités canadiennes. Celles-ci vont, en effet, prioriser certains critères, jugés plus déterminants, en leur conférant un coefficient multiplicateur pour la note finale.

KSS-III Dosan ahn Changho
Les KSS-III sud-coréens sont très inspirés des Type 214 allemands, dont huit exemplaires ont été construits par hanwha Ocean sous licence pour former le programme KSS-II.

Bien évidemment, ces critères et ces éléments de pondérations sont inconnus à ce jour. Cependant, il est possible de s’en rapprocher, en analysant les demandes spécifiques des autorités canadiennes, qu’il s’agisse de la RFI, et surtout des différentes déclarations faites à ce sujet, jusqu’à présent.

Il apparait, ainsi, que les critères Hunter-Killer, Navigation arctique et Production locale, sont des sujets d’importances pour Ottawa, alors que la frappe vers la terre, n’est que rarement évoquée. Nous créditerons donc ce dernier d’un coefficient multiplicateur de 1, et les trois autres catégories, d’un coefficient de 2. Quant au prix, il s’avère, comme toujours, décisif, et reçoit le coefficient de pondération de 3.

Grille d'évaluation pondérée des sous-marins canadiens
Grille d’évaluation pondérée des sous-marins canadiens

On le voit, l’application de ces coefficients de pondération, ne change pas le classement final de cette évaluation. Le Blacksword Barracuda de Naval group, grâce à un prix attractif, s’impose nettement avec une note finale de 4,7 / 5, distançant très sensiblement le second, le Type 212 CD allemand, avec la note de 4/5, et le troisième, le KSS-III sud-coréen, avec 3,7 /5. Les trois suivants, à nouveau, se retrouvent dans un mouchoir de poche, à plus d’un point plein du premier.

Conclusion

On le voit, en l’état des informations disponibles publiquement, autour de la compétition pour la construction de 12 sous-marins conventionnels pour la Royal Canadian Navy, tout indique que le Blacksword Barracuda, de Naval Group, n’usurperait pas son statut de favori, si Naval décidait de participer le présenter.

Barracuda présentation
Présentation su Barracuda classe-5. Remarquez le pumpjet.

Il faut, cependant, garder à l’esprit les limites d’un tel exercice. Ainsi, Ottawa étant très proche de Washington, la compétition peut être orientée par les services américains, pour favoriser l’alliance AUKUS dans le Pacifique, par exemple, en soutenant activement le modèle japonais ou, au contraire, en appuyant le modèle allemand pour former une flotte homogène arctique avec la Bundesmarine et la Marine royale norvégienne. En outre, on ne peut exclure que certains pays s’investissent au-delà du cadre classique, pour présenter une facture finale plus attractive qu’initialement, et remporter la décision.

Il convient donc de prendre cette analyse comme indicateur à l’instant T, présentant la hiérarchie perçue des offres internationales dans cette compétition stratégique, et non comme une prédiction concernant son résultat final.

La défense aérienne israélienne prise en défaut par les missiles balistiques iraniens ?

En début de soirée, ce 1ᵉʳ octobre, la défense aérienne israélienne s’est confrontée à une attaque très importante de missiles balistiques iraniens, comme l’avaient annoncé les États-Unis quelques heures auparavant. Contrairement aux frappes du 13 avril, cette attaque a été menée uniquement par des missiles balistiques à moyenne portée (MRBM), dont la portée, supérieure à 1000 km, est suffisante pour atteindre l’ensemble du territoire israélien à partir du sol iranien.

Au-delà des promesses de ripostes annoncées par l’État Hébreux, et soutenues par les États-Unis, cette attaque a été la plus importante frappe balistique jamais menée à ce jour, contre le système de défense antiaérienne et antibalistique le plus évolué et le plus dense du camp occidental.

Et si Jérusalem revendique la destruction de tous les missiles menaçants, les vidéos qui émergent à présent, sur les réseaux sociaux, semblent montrer une réalité bien différente. Alors, la défense antiaérienne israélienne a-t-elle vraiment repoussé l’attaque iranienne, ou s’est-elle fait submerger par celle-ci ?

181 missiles balistiques iraniens lancés contre des cibles israéliennes en 30 minutes

Il faut dire que, pour cette attaque, Téhéran n’a rien laissé au hasard. Non seulement celle-ci s’avère la plus importante attaque de l’histoire employant des missiles balistiques, mais elle s’est également concentrée sur un très court intervalle, 30 minutes séparant la première et la dernière explosion en Israël.

départ missile balistique iranien
Départ d’un missile balistique iranien lancé vers Israël

Pour cela, il semble que le corps des Gardiens de la Révolution, a employé plusieurs modèles de missiles MRBM comme le Shahab 3, le Quiam-1, et peut-être même le nouveau missile balistique Fattah, entré en service en 2023. Employant un carburant solide, le Fattah est présenté comme disposant de capacités de manœuvres hypersoniques par Téhéran, sans que cela ait pu être confirmé à ce jour.

Quoi qu’il en soit, les vidéos publiées sur les réseaux sociaux, comme les communiqués de Tsahal, confirment que les missiles iraniens sont arrivés avec une grande densité aux dessus de leurs objectifs, qui semblent, à cette heure, avoir été exclusivement des cibles militaires.

Pour y faire face, Israël disposait du système de défense antiaérienne et antibalistique le plus évolué et le plus dense déployé en occident. Celui-ci se compose d’une couche endo-atmosphérique haute et exo-atmosphérique, avec les systèmes Arrow 2 et Arrow 3, pouvant atteindre des cibles balistiques à plus de 100 km d’altitude.

De 5 km à 30 km d’altitude, c’est le système David Sling qui prend le relais. Capable d’intercepter aussi bien des cibles aérodynamiques, avions et missiles de croisière, que des cibles balistiques en phase terminale, celui-ci est, peu ou prou, le pendant israélien du Patriot PAC américain, et du SAMP/T franco-italien.

Enfin, sous les 5 km d’altitude, c’est le célèbre système Iron Dome, qui entre en jeu. Spécialisé dans l’interception des roquettes, drones et obus d’artillerie, ce système n’est cependant pas conçu pour intercepter des cibles aussi rapides que des missiles balistiques en phase terminale.

Guerre de communiqués et de revendications entre la défense aérienne israélienne et les gardiens de la Révolution iraniens

Comme il est de coutume, les communiqués des forces armées israéliennes, et des gardiens de la révolution iraniens, présentent un bilan radicalement différent, et même opposés.

Vidéo d’interception de missiles balistiques iraniens par la défense aérienne israélienne

Ainsi, pour Tsahal, tous les missiles qui représentaient une menace, soit 90% d’entre eux, ont été interceptés par la défense antibalistique du pays. Si des détonations ont bien eu lieu au sol, il ne s’agissait que de missiles ayant dévié de leur trajectoire, et ne représentant aucune menace, ni pour les civils, ni pour les infrastructures militaires. En tout état de cause, Tsahal ne reconnait, à cette heure, aucune victime de ces attaques.

Pour les Gardiens de la Révolution, au contraire, 90 % des 181 missiles envoyés, auraient atteint leurs cibles, en l’occurrence trois bases militaires israéliennes, notamment impliquées dans les récentes attaques contre les leaders du Hamas et du Hezbollah.

Les États-Unis, pour leur part, semblent accréditer le communiqué israélien, annonçant également l’interception de tous les missiles menaçants, et aucune victime à cette heure. En outre, Washington précise que les destroyers de l’US Navy déployés dans la zone, ont réalisé l’interception de douze missiles balistiques iraniens.

Les vidéos qui émergent sur les réseaux sociaux contredisent les déclarations israéliennes

Par leurs moyens propres de renseignements, et par tradition, on peut être plus enclin à se fier au bilan israélo-américain, qu’à celui venu des Gardiens de la Révolution. Pourtant, depuis quelques heures, de nombreuses vidéos commencent à apparaitre sur les réseaux sociaux, montrant une réalité bien différente.

Ainsi, sur plusieurs d’entre elles, les impacts de missiles balistiques sont à la fois nombreux, mais également concentrés dans l’espace et le temps. Et si on observe certaines interceptions réussies, tout indique que ces frappes auraient majoritairement fait mouche, sauf à ce que les coordonnées d’attaque des missiles auraient toutes été erronées.

Ainsi, dans la vidéo ci-dessus, ce sont pas moins de 17 impacts en 20 secondes qui sont enregistrés, avec une concentration des impacts cohérente avec la précision des missiles iraniens. La vidéo ci-dessous montre la même frappe, sous un angle différent

D’autres vidéos apparaissent régulièrement depuis quatre heures maintenant, montrant des impacts proches des habitations et infrastructures civiles.

En outre, une vidéo publiée montre au moins une victime israélienne, probablement civile, écrasée par le corps d’un missile, certainement après une interception israélienne réussie. L’image ci-dessous montre ce corps de missile.

chute corps de missile Actualités Défense | Alliances militaires | Défense antiaérienne
La défense aérienne israélienne prise en défaut par les missiles balistiques iraniens ? 69

Ces vidéos montrent, de toute évidence, que le taux d’interception de la défense antibalistique israélienne aura été bien inférieur aux déclarations faites par Tsahal, et Washington, à ce sujet.

Combien reste-t-il de missiles balistiques aux iraniens, et de missiles antibalistiques en Israël ?

En menant cette frappe, sensiblement plus importante et létale que celle du 13 avril, les autorités iraniennes ont très certainement anticipé la possibilité d’une riposte israélienne, potentiellement soutenue par Washington et les armées américaines.

Les forces aériennes israéliennes mettent en œuvre plus de 270 avions de combat, dont 39 F-35i, 66 F-15 et 175 F-16, épaulés par 14 avions ravitailleurs B707 et KC-130H, ainsi que 4 Awacs. Elles disposent donc, de manière évidente, des capacités pour mener des raids longue distance, qu’il s’agisse de frapper les sites nucléaires iraniens, les sites industriels liés à l’exportation de pétrole, voire les centres de décision et de commandement, militaires et politiques, du pays.

Sachant cela, Téhéran a, très certainement, anticipé des moyens pour contenir cette menace israélienne, qui plus est potentiellement soutenue par Washington. La plus évidente repose sur son stock restant de missiles balistiques.

missile balistique iranien qased
missile balistique iranien qased

En effet, depuis plusieurs années, les autorités civiles et militaires du pays communiquent sur le grand nombre de missiles balistiques produits et stockés sur des sites sécurisés, pour frapper, au besoin, un agresseur potentiel, comme Israël.

Le fait que Téhéran a consenti à une frappe initiale aussi massive de 181 missiles, laisse donc supposer que le pays dispose encore d’un grand nombre de ces missiles, complétés, par ailleurs, par des missiles de croisière, ainsi qu’un très grand nombre de drones d’attaque, comme le Shahed-136 désormais tristement célèbre en Ukraine.

Israël, pour sa part, dispose d’une défense antimissile puissante et dimensionnée pour repousser une attaque massive. Toute la question, à présent, et de savoir à quel point l’état Hébreux dispose encore de suffisamment de missiles Arrow et David Sling, pour éventuellement repousser, ou tout au moins atténuer, une ou plusieurs nouvelles frappes iraniennes, le cas échéant, ce qui est loin d’être garanti.

Système de défense aérienne iranienne Arrow 3
Combien reste-t-il de missiles Arrow 2 et 3 et David Sling à l’état hébreux ?

Le déploiement de plusieurs destroyers AEGIS américain classe Arleigh Burke, à proximité des côtes israéliennes, et la livraison, en urgence, de batteries Patriot-PAC et Thaad, pourraient donner des indications dans ce domaine. Raison pour laquelle, si de telles décisions étaient prises, elles seraient, un temps au moins, tenues secrètes.

Téhéran dispose-t-il d’autres atouts pour contenir la menace de riposte israélienne ?

Pour autant, la seule supériorité numérique, en matière de missiles balistiques, face aux systèmes ABM israéliens, ne représente probablement pas un enjeu suffisamment fort pour, éventuellement, convaincre Jérusalem, et Washington par extension, d’arrêter leurs frappes de riposte.

Face au caractère inévitable de ces ripostes, suite à l’attaque de ce soir, il est probable que les autorités iraniennes disposent d’autres moyens susceptibles de dissuader israéliens et américains. Parmi eux, on peut penser à la livraison massive de missiles et drones antinavires aux forces Houthis, pour mener des attaques de saturation contre les navires occidentaux transitant en mer Rouge, alors que les forces iraniennes, elles, feraient de même dans le Golfe Persique.

Il est également possible que Téhéran soit plus confiant qu’on peut l’imaginer, dans les performances de ses propres systèmes de défense aérienne, y compris contre des appareils furtifs comme le F-35.

F35i Adir
Le F35i Adir israélien

On peut penser, aussi, qu’en dehors des forces aériennes israéliennes et des chasseurs embarqués à bord de l’USS Eisenhower, les forces américaines déployées au proche et Moyen-Orient, notamment au Qatar, aux EAU, en Arabie Saoudite, à Oman et en Jordanie, ne seront pas autorisées à mener des attaques contre le sol iranien, par les pays hôtes, au risque de se trouver eux-mêmes la cible des missiles iraniens.

Enfin, rien n’exclut que le programme nucléaire militaire iranien soit plus avancé qu’anticipé, et que Téhéran procède à un premier essai dans les jours ou les heures à venir, pour envoyer un message très audible à Jérusalem et Washington.

Dans tous les cas, les cartes dans les mains des autorités iraniennes, se sont avérées certainement suffisamment convaincantes pour qu’elles s’autorisent à mener cette puissante attaque contre Israël, avec la certitude de concentrer l’ire de Tsahal et des armées US, en retour.

Le budget des armées russes 2025-2027 va-t-il être torpillé par l’Arabie Saoudite ?

Après avoir presque doublé de 2022 à 2024, pour atteindre 10.400 milliards de roubles cette année, soit 112 Md$, le budget des armées russes s’apprête à croitre encore de manière très significative en 2025, selon le budget fédéral présenté cette semaine par Moscou.

Il s’agit, pour le Kremlin et le ministère de Défense, de poursuivre la transformation des armées russes en cours, ainsi que leur changement de format, et de financer la poursuite de l’opération spéciale militaire en Ukraine, de plus en plus couteuse.

Étonnement, en dépit d’un effort de défense représentant 6,3% du PIB prévu pour 2025, et 32,5 % du budget fédéral, celui-ci devrait rester sous contrôle, avec un déficit public de l’ordre de 0,5 % seulement, selon les informations officielles transmises.

Toutefois, des facteurs extérieurs pourraient bien, très prochainement, faire dérailler cette planification budgétaire, au point de mettre en péril les ambitions militaires de Vladimir Poutine, y compris en Ukraine. C’est en particulier le cas des changements qui s’opèrent, en ce moment, en Arabie Saoudite, concernant la production de pétrole brut.

Les dépenses de défense russes augmenteront de 25 % en 2025.

Dans les faits, le ministère des Armées russes recevra donc, en 2025, un budget de 13.500 milliards de roubles, soit 145 Md$, ce qui représente une hausse de plus de 25 % vis-à-vis du budget 2024.

budget des armées russes
Le budget des armées russes 2025-2027 va-t-il être torpillé par l'Arabie Saoudite ? 77

À ce moment-là, les armées auront vu leur budget multiplié par 2,5 depuis le début du conflit, en février 2022. Cette hausse est cependant censée être la dernière, selon la planification budgétaire russe.

En effet, dans le cadre de la planification budgétaire 2025-2027, présentée conjointement, le budget 2026 devrait enregistrer une légère baisse, à 12.800 Md de roubles (137 Md$ au taux de change actuel), pour remonter à 13.000 Md de roubles (139 Md$ 2024), en 2027.

Quelques indications ont été données concernant certains programmes financés sur cette période de temps. Ainsi, 6.100 Md roubles (65 Md$) seront employés pour atteindre une position de leadership technologique, 234 Md roubles (2,5 Md$) pour acheter de nouvelles machines outils, 175 Md roubles (1,8 Md$) pour l’achat de composants électroniques et de semi-conducteurs, et 112 Md roubles (1,2 Md$), dans le domaine des drones et systèmes autonomes. Enfin, 46,9 Md roubles (520 m$) seront employés pour developper de nouvelles technologies nucléaires.

Au-delà de ces aspects technologiques, on note également 40 Md roubles consacrés au nouveau fonds des défenseurs de la mère patrie, qui accompagne les vétérans et leurs familles, et 14 Md roubles (150 m$), pour l’extension de la réserve mobilisable.

Uralvagonzavod
Le budget des armées russes 2025-2027 va-t-il être torpillé par l'Arabie Saoudite ? 78

En revanche, aucune information n’est donnée concernant les principaux sous-budgets, à savoir les couts de personnels, très grevés par les soldes désormais proposées dans le cadre de l’opération Militaire Spéciale en Ukraine, pour convaincre les volontaires, pas davantage pour ce qui concerne l’acquisition d’équipements et de munitions, ces trois volets consommant pourtant l’essentiel des crédits.

Un budget des armées russes en décroissance nette de 2025 à 2027, pour financer la stratégie en Ukraine et en Europe.

Si cette hausse du budget de la Défense parait spectaculaire, il le devient beaucoup mois, une fois que les données macroéconomiques du pays, y sont intégrées. Ainsi, en 2024, le pays aura enregistré une inflation de 7 % selon les prévisions, et rien n’indique, à ce jour, que la dynamique inflationniste tendra à s’atténuer dans les mois et années à venir.

Au contraire, la banque centrale russe a été contrainte, il y a quelques semaines, d’amener son principal taux directeur à 19 %, pour réduire l’apport de liquidité sur le marché, et tenter, si pas d’enrayer, tout au moins de contenir, cette poussée inflationniste qui dure depuis plusieurs années maintenant.

Ainsi, si ce taux d’inflation se maintient, le budget de la défense russe sera, en 2027, équivalent à celui de 2023, en termes de moyens, même si les usines d’armement et les soldes des militaires sont moins dépendantes que les autres domaines économiques, de cette inflation galopante.

roubles russes
Le budget des armées russes 2025-2027 va-t-il être torpillé par l'Arabie Saoudite ? 79

Or, cette hausse, en valeur, est aujourd’hui indispensable pour satisfaire à la hausse des dépenses liées à trois facteurs indépendants. D’abord, il y a quelques semaines, Vladimir Poutine a ordonné une nouvelle hausse des effectifs des armées pour atteindre 1,5 million d’hommes sous les drapeaux, à la fin de l’année 2025.

Il s’agit là d’une hausse de plus de 15 % des effectifs des armées, qu’il faudra non seulement solder, mais également héberger, équiper et entrainer, sur des délais très courts, entrainant inévitablement une hausse des couts pour les armées du même ordre, pendant plusieurs années, dans le meilleur des cas.

Dans le même temps, les armées russes ont considérablement augmenté les soldes des nouveaux volontaires envoyés en Ukraine, pour atteindre des soldes de plus de 2000 $ par mois, contre 700 à 800 $ auparavant.

Avec 700.000 militaires russes engagés dans l’opération militaire spéciale, et en tenant compte du taux d’attrition, cette disposition engendrera, sur un an, une hausse de 40 à 50 % des soldes de la moitié des militaires russes, et de 75 % de ses militaires sous contrat, soit une hausse de la masse salariale de plus de 30 % en un an.

Enfin, plusieurs rapports indiquent que certains équipements en stock, comme les véhicules de combat d’infanterie BMP-2, les chars T-90 et T-72, ou les systèmes d’artillerie Msta-S, sont proches de l’épuisement des stocks. Il sera donc nécessaire, à l’industrie de défense russe, de remplacer les pertes matérielles en Ukraine, non par des équipements remis en état et rapidement modernisés, mais par des plateformes entièrement neuves, et beaucoup plus onéreuses à construire.

T72 BMP-2
La majorité des réserves de chars T-72 et de VCI BMP-2 a déjà été consommée pour remplacer les pertes enregistrées en Ukraine.

Dès lors, l’action conjuguée de l’inflation, d’un côté, et de la hausse des dépenses, conséquences de facteurs inévitables, tend à sensiblement diminuer la portée de la hausse budgétaire annoncée cette semaine, sachant que, dans la trajectoire actuelle, elle sera très certainement à peine suffisante pour atteindre ces objectifs en 2025, et insuffisante dès 2026.

Un budget fédéral prévisionnel russe maitrisé grâce à la hausse des revenus liés à l’exportation des hydrocarbures

Reste qu’en dépit de cette hausse, et malgré une croissance 2024 qui ne dépassera pas les 3,5 %, la planification budgétaire russe laisse apparaitre, pour 2025, comme c’était aussi le cas en 2024, un déficit public largement maitrisé, représentant seulement 0,5 % du PIB.

En outre, si les réserves de changes et le fonds de réserve fédéral ont presque été apurés ces deux dernières années, les réserves d’or du pays, elles, demeurent stables, avec quelque 2300 tonnes d’or dans les coffres russes, soit une valeur de 150 Md$, ou 8 % du PIB russe aujourd’hui.

Le budget 2025, même s’il consacre 41 % de ses 41.300 milliards de roubles (433 Md$) aux armées et services de sécurité du pays, contient des hausses dans plusieurs domaines sociaux, comme la Santé (20 Md$), l’éducation 16 Md$), et la politique de soutien aux familles (43 Md$) et à la maternité (19 Md$).

Hôpital russie
salle de soins intensifs dans un hôpital russe.

Les pensions de retraites, elles, augmenteront de 1 Md$ pour atteindre 8,8 Md$. Surtout, le nouvel effort pour remettre à niveau ces pensions, bénéficiera de 14 Md$ en 2025, pour une hausse des retraites dépassant les 150 % en moyenne.

Le risque d’une baisse des cours des hydrocarbures menace les équilibres budgétaires russes à court terme

Il apparait, de ce qui précède, que le budget des armées russes, présenté cette semaine à Moscou, anticipe probablement la fin de cette guerre, lors de l’année 2025, seule hypothèse permettant, effectivement, de stabiliser les dépenses de défense sur le plafond 2025 pour 2026 et 2027, tout en satisfaisant aux objectifs fixés par Vladimir Poutine.

En outre, si ce n’était pas le cas, il semble bien que les finances publiques russes auront les réserves suffisantes pour accroitre, encore, en 2026 et 2027, ce même budget, et atteindre les objectifs ainsi fixés, tout en poursuivant l’effort en Ukraine.

Toutefois, ce scénario, réconfortant pour le Kremlin, parait être dangereusement menacé par les récentes déclarations venues de Ryad. En effet, les autorités saoudiennes ont laissé entendre qu’elles étaient prêtes, dès la fin d’année, et sur l’ensemble de l’année 2025, à augmenter leur production de pétrole, ce qui entrainerait, immanquablement, à une baisse rapide et massive des cours des hydrocarbures.

Raffinerie Gazprom en Siberie
Raffinerie Gazprom en Siberie

En effet, la politique de cours élevés, lancer dans le cadre d’un accord liant l’OPEP et la Russie, et qui permit de maintenir les cours du baril de brut autour de 100 $, commence à couter à l’Arabie Saoudite, d’importantes parts de marchés, avec la montée en puissance d’autres pays producteurs non affiliés à l’OPEP, comme les États-Unis. En outre, la demande mondiale stagne dans ce domaine depuis deux ans, et pourrait même diminuer à l’avenir, avec la baisse de la croissance chinoise, et les efforts de décarbonations des économies occidentales.

Dès lors, Ryad a besoin, rapidement, d’augmenter sa production, pour retrouver ses parts de marchés menacées, alors que le Royaume a besoin de nouvelles recettes pour financer ses grands projets de transformation de son économie.

Or, dans une telle hypothèse, on peut s’attendre à une réaction similaire de la part de tous les membres de l’OPEP, avec, comme principale conséquence, une baisse rapide des cours du brut, et donc du gaz naturel, les deux mamelles sur lequel le budget prévisionnel russe est aujourd’hui construit.

À ce titre, il convient de rappeler que, jusqu’en 2022, le budget fédéral russe était toujours construit selon trois hypothèses (haute, moyenne et basse), en fonction des cours des hydrocarbures. Le budget présenté par Moscou, cette semaine, ne prend pas les mêmes précautions, et tout semble indiquer qu’il a été construit sur une hypothèse de cour de 90 ou 100 $ le baril, soit une hypothèse haute.

Ainsi, une baisse du prix du baril à 70 $, associée à une hausse de la production des membres de l’OPEP, priverait le budget fédéral de près d’une centaine de milliards de $ de recettes, entrainant le déficit public de 0,5 à 6 % du PIB.

MBS et Poutine
La bonne entente entre Vladimir Poutine et le prince saoudien Mohamad Bin Salman, pourrait prochainement passer une période de froid glacial, si l’Arabie Saoudite augmente, comme elle l’a annoncé, sa production de brut.

La Russie ne pourrait pas se refinancer sur les marchés internationaux, du fait des sanctions occidentales, et pas davantage auprès de New Delhi et Pékin, les deux pays se montrant, en tout cas jusqu’à présent, très rétifs à ce sujet. Moscou n’aurait d’autre choix que de consommer sa réserve d’or, pour compenser ses déficits, et de s’appuyer sur les quelque 600 Md$ d’épargne domestique des russes, si tant est qu’elle puisse effectivement être mobilisée (ce qui est loin d’être garanti, ou facile).

Conclusion

Dans tous les cas, Moscou se retrouve, aujourd’hui, dans une situation budgétaire loin d’être confortable, entre des dépenses militaires qui ne pourront que croitre tant que l’opération militaire en Ukraine perdurera, des recettes budgétaires qui ne pourront que décroitre, tant que Ryad augmentera sa production, et des sanctions internationales bien plus contraignantes qu’il n’y parait.

Dans ce contexte, le choix fait par le Kremlin, de n’étudier qu’un unique scénario budgétaire, en contradiction complète avec la pratique traditionnelle russe, et soviétique avant elle, apparait comme un pari des plus risqués, même si, du point de vue russe, tout indique que l’Ukraine serait proche de l’effondrement.

De fait, plus que les annonces de Vladimir Poutine, que les démonstrations de force (ou plutôt de faiblesse) des pilotes de chasse russes, ou que le budget des armées présenté cette semaine, c’est bien la position de Ryad, et les cours des hydrocarbures, qu’il conviendra de surveiller, dans les semaines, et les mois à venir, pour déterminer à quel point la Russie sera, ou ne sera pas, en mesure de soutenir longtemps l’effort nécessaire pour poursuivre ce conflit, et pour menacer l’Europe, après cela.

Les drones d’attaque AQ400 Scythe vont-ils sauver l’Ukraine ?

Depuis plusieurs mois, la situation en Ukraine est devenue particulièrement chaotique. À l’avancée des troupes russes dans le Donbass, s’oppose l’initiative militaire ukrainienne dans l’oblast de Koursk, alors que, selon les biais de chacun, certains sont convaincus de l’effondrement inéluctable du système défensif de Kyiv, ou de l’économie russe.

Dans les faits, il est aujourd’hui impossible de prédire l’évolution de ce conflit, tant les variables sont nombreuses, et les effets de seuils très élevés. Ainsi, selon la réalité des lignes rouges du Kremlin, réelles et non perçues ou communiquées, mais aussi selon la perception de ces mêmes lignes rouges, ou selon les résultats des élections présidentielles américaines, dans un peu plus d’un mois, les trajectoires peuvent être radicalement différentes.

Le mieux qui puisse être fait, aujourd’hui, est de se concentrer sur la réalité présente du conflit. C’est précisément ce qu’ont fait les ingénieurs ukrainiens, épaulés par des équipes américaines et un chef de projet du génie australien, en développant le drone d’attaque AQ400.

Construit en bois, ce drone d’attaque, d’une portée de 750 km, a été récemment employé pour mener de vastes attaques contre des sites industriels et de stockage d’armement, en détruisant plusieurs, et usant les défenses aériennes russes.

L’Ukraine face à la pression constante des armées russes et l’interdiction occidentale des occidentaux de frapper la Russie

Il est indéniable que la situation, aujourd’hui, est très détériorée pour l’Ukraine. En dépit de l’aide militaire et financière venue d’Europe et des États-Unis, le pays ne parvient plus que très difficilement à renouveler ses effectifs et ses moyens, face aux sévères pertes enregistrées, en particulier dans le Donbass, et l’épuisement qui touche les forces engagées.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
Le Shahed-136 aura été le seul armement pouvant revendiquer le terme game-changer en Ukraine, avec les drones navals ukrainiens.

Alors que les industries ukrainiennes, ainsi que les infrastructures énergétiques, de communication et de transport, sont régulièrement la proie des attaques de missiles et de drones russes, la seule alternative, pour Kyiv, repose sur la symétrie des moyens, pour frapper les infrastructures industrielles et logistiques russes, déployées dans la profondeur du dispositif militaire de ses armées.

Malheureusement pour les armées ukrainiennes, celles-ci ne disposent plus de moyens propres dans ce domaine, leurs quelques missiles balistiques à courte portée, et missiles de croisière, ayant déjà tous été consommés, alors que la production de ces systèmes est particulièrement longue et onéreuse.

Dans le même temps, les alliés occidentaux de l’Ukraine, refusent que les missiles à longue portée envoyés aux armées ukrainiennes, comme les Storm Shadow / Scalp-EG livrés par la Grande-Bretagne et la France, soient employés pour frapper la profondeur russe. Bien que vivement critiquée sur la place publique, cette décision repose, de manière évidente, sur des informations liées au franchissement de certaines lignes rouges bien réelles pour le Kremlin, avec le risque d’une extension du conflit en Europe.

Or, aujourd’hui, les armées européennes ne sont pas prêtes, dans leur grande majorité, à soutenir un tel engagement, même face à des armées russes affaiblies qui, pour l’occasion, pourraient massivement mobiliser, mais également recevoir des aides très significatives, venues de ses alliés nord-coréens, iraniens ou chinois.

Quant aux États-Unis, ils savent pertinemment qu’un engagement en Europe signerait la perte rapide de Taïwan, et un risque d’effondrement du dispositif défensif dans tout le Pacifique Occidental, les armées US ne pouvant soutenir deux engagements majeurs efficacement, contre la Chine et contre la Russie.

batterie Patriot Pologne
La défense aérienne occidentale est conçue pour repousser des attaques aériennes, d’avions et de missiles de croiisère, pas pour contrer des vagues de drones à 20.000 $.

De fait, même sans en venir à la confrontation nucléaire, personne, en occident, et surtout pas les États-Unis, ne veulent d’une extension du conflit en Ukraine, fusse au prix de l’Ukraine, bien moins essentiel, pour Washington, que Taïwan, du pont de vue géopolitique et économique.

L’exemple du drone d’attaque Shahed-136 pour les armées ukrainiennes

Comme évoqué dans un précédent article, le seul équipement pouvant être qualifié de véritable game-Changer, avec les drones navals ukrainiens, dans ce conflit en Ukraine, aura été le drone d’attaque iranien Shahed-136, et sa version russe, le Geranium 1 et 2.

D’une portée de 1700 km, ce drone transporte, à une vitesse de 185 km et à quelques dizaines à centaine de mètres d’altitude, une charge militaire de 40 kg sur une trajectoire prédéfinie par navigation satellite GPS, GLONASS ou BeiDou.

Ne coutant que 20 à 30.000 $, et pouvant être produit en grande quantité, ce drone est venu éreinter les défenses aériennes ukrainiennes, jusque-là très efficaces, en attaquant massivement, dès l’automne 2022, les infrastructures civiles et militaires du pays, notamment sa production électrique.

Fabrication drones d'attaque geranium-2 alabuga
fabrication des drones d’attaque Geran-1 et 2 en Russie

Bien que très vulnérable, avec un taux d’impact sur cible inférieur à 10%, le Shahed-136 a permis de sensiblement améliorer l’efficacité des frappes de missiles de croisière et balistique, jusqu’ici contenue par la defense aérienne ukrainienne. Dès lors, ce système s’est avéré un outil très précieux pour Moscou et ses armées, dans ce conflit, et une véritable plaie pour Kyiv et les forces armées ukrainiennes.

Facile et rapide à produire, le drone d’attaque AQ400 Scythe permet de mener des attaques massives dans la profondeur russe

Si aucun des systèmes antiaériens actuels, côté ukrainien, comme côté occidental, n’a été conçu pour se protéger efficacement de ces drones d’attaque lancer par vague de plusieurs dizaines contre une même cible, il en va tout autant, côté russe.

Partant de ce constat, il ne fallut pas longtemps, aux ukrainiens, pour s’engager dans la conception d’un drone d’attaque similaire au Shahed. C’est la société Terminal Autonomy, créée, il y a un an et demi, par un ancien ingénieur des Royal Marines australien, et un partenaire ukrainien, qui s’est attelé à cette tâche.

Celle-ci reçue rapidement le soutien de Kyiv et de Washington, mais aussi de la société Palantir Technologies, qui fournie les données et capacités de traitement des images satellites, pour déterminer les trajectoires de ces drones.

AQ100 Bayonet
AQ100 Bayonet

Le premier modèle, baptisé AQ100 Bayonet, a été une munition rôdeuse de 10 kg et d’un mètre d’envergure, capable de tenir l’air pendant une heure à 145 km/h, et d’atteindre des cibles à 50 km de portée. Avec une charge militaire de 4 kg, et un prix unitaire de 2000 $, ce drone, conçu en bois, a rapidement séduit les armées ukrainiennes, qui en recevraient désormais plusieurs centaines par mois.

L’AQ400 Scythe, du nom du peuple qui vécu en Ukraine septentrionale et en Crimée, entre le VIIᵉ et le IIIᵉ siècle avant J.C, est un drone d’attaque, lui aussi construit en bois. Plus lourd, avec une masse au décollage de 100 kg, il a une portée de 750 km, et une charge militaire de 43 kg.

Il permet donc de frapper dans une large bande entourant les lignes d’engagement, et profondément dans le territoire russe, sans pour autant atteindre les grandes villes clés que sont Moscou et Saint-Pétersbourg.

Une pression inattendue sur la logistique russe, sans pouvoir escalader le conflit

Bien que sensiblement moins performant que les Shahed-136, les AQ400 Scythe ukrainiens se montrent relativement efficaces dans leurs frappes contre les infrastructures russes. Le taux d’impact n’est pas différent de celui des Shahed, de l’ordre de 10 %, même s’ils sont 20 % moins rapide, et d’une portée moitié moindre.

L’efficacité des frappes constatées est aussi à mettre au crédit des trajectoires élaborées par Palantir Technologies, et par près d’un millier d’Ukrainiens entrainés à mettre en œuvre ces systèmes.

AQ400 Scythe

En outre, étant particulièrement léger et simple à construire, les AQ400 n’ont pas besoin d’infrastructures industrielles lourdes pour être assemblés en série, ce qui rend la localisation et la destruction de ces sites, par les armées russes, beaucoup plus difficile.

Enfin, contrairement aux missiles de croisière occidentaux, ne portant pas plus loin que les AQ400 pour l’essentiel, leur utilisation ne permet pas à Moscou d’invoquer une escalade extérieure dans ce conflit, pour justifier de son extension, en particulier face à ses soutiens chinois, très sensibles aux apparences.

Depuis son arrivée dans les forces armées ukrainiennes, l’AQ400 a déjà permis de remporter plusieurs succès, concernant les frappes ukrainiennes dans la profondeur du dispositif russe, qu’il s’agisse de détruire des sites de stockage de munitions, ou de frapper des bases aériennes et des postes de commandement.

Selon son concepteur, M Serra-Martins, l’arrivée de ces drones aurait déjà obligé les russes à redéployer une partie de leur défense aérienne, pour tenter de s’en protéger. Il avance, d’ailleurs, qu’en disposant des appuis et du budget nécessaire, pour produire massivement ces drones d’attaque, il serait même possible de redonner aux Ukrainiens l’avantage dans ce conflit.

Aider l’Ukraine à produire massivement des drones d’attaque à très longue portée

Bien évidemment, venant de son concepteur et maitre d’œuvre industriel, on peut supposer quelques tendances à l’exagération dans ce domaine. Pour autant, avec un prix unitaire de seulement « quelques milliers de $« , soit moins de 10 000 $ sémantiquement parlant, il est vrai que cette solution peut, potentiellement, ouvrir des opportunités tactiques, et même stratégiques, des plus significatives, aux forces armées ukrainiennes.

missile scalp-eg Zelensky
L’eficacité des missiles de croisière justifie leur utilisation contre certaines cibles très durcies. En revanche, pour une majorité d’entre elles, les attaques massives de drones s’avèrent certainement bien plus destructrices, et efficaces du point de vue économique.

Ainsi, il serait possible de livrer 200 à 250 systèmes ou plus, pour le prix d’un missile de croisière neuf à 2 m$. S’ils sont envoyés simultanément vers une même cible, l’effet de saturation permettrait à 50 ou 75 d’entre eux de frapper la cible, soit 2 à 3 tonnes d’explosifs détonnés, contre 500 kg pour un missile de croisière qui a, au mieux, un taux d’impact de 50 %.

En d’autres termes, face aux missiles de croisière, le potentiel de destruction de surface de l’AQ400 est 8 à 12 fois supérieur, alors que celui de consommation des défenses aériennes adverses, serait probablement du même ordre.

De fait, aider l’Ukraine à produire très massivement les drones d’attaque AQ400, s’avérerait une décision des plus judicieuses, de la part des occidentaux, alors que 50 m$ par mois, consacrés à cette fonction, suffiraient à produire 5000+ drones, et à saturer en quelques semaines, l’ensemble des défenses aériennes russes sur la ligne d’engagement et dans sa profondeur, et à repousser les dispositifs de soutien des armées russes, à plus de 600 km des lignes de front.

Une menace qui pourrait rapidement se retourner contre les occidentaux

Reste que ce qui est vrai en Ukraine et en Russie, l’est tout autant concernant les pays occidentaux. Ainsi, comme évoqué dans un précédent article, l’arrivée du nouveau drone d’attaque Shahed-136b iranien, a le potentiel de menacer l’ensemble du territoire européen, même le plus éloigné, à partir du territoire russe.

Shahed-136B
le Shahed-136B apparait sensiblement plus imposant que le Shahed-136.

Il s’avère donc très urgent, aujourd’hui, d’imaginer des systèmes de défense susceptibles de pouvoir intercepter ces menaces, potentiellement saturantes, si possible pour un prix inférieur ou égal à celui des drones d’attaque eux-mêmes, de sorte que l’avantage qu’ils procurent en ce moment, contre les défenses aériennes ukrainiennes ou russes, disparaisse.

Il semble, également, particulièrement urgent pour les pays européens, de se doter, en retour, de ces mêmes capacités de frappe massive, ne serait-ce que pour faire peser, sur un adversaire potentiel, la même menace que celle qu’il peut faire peser sur les pays européens, à l’aide de ces systèmes.

Dans tous les cas, il apparait à présent indispensable, pour les pays occidentaux, de répondre à cette menace par les moyens adéquats, sachant que l’utilisation de la réponse nucléaire, dans un tel cas, ne se justifie pas, même pour Moscou.