dimanche, novembre 30, 2025
Accueil Blog Page 40

Rheinmetall et Leonardo s’allient pour faire main basse sur le marché du renouvellement des chars et VCI

Cet été, l’allemand Rheinmetall n’a pas laissé passer sa chance, après l’échec des négociations entre KNDS et Leonardo, pour la modernisation de la flotte de chars de combat et des véhicules de combat d’infanterie de l’Armée italienne.

À peine le divorce était-il consommé, en juin dernier, et peut-être même alors que les discussions étaient en cours avec KNDS, l’Italien Leonardo s’est tourné vers le concurrent allemand de KNDS, Rheinmetall, pour annoncer, dès juillet, la signature d’un Mémorandum of Understanding, portant sur la co-conception et la fabrication d’un millier de véhicules de combat d’infanterie, et de 132 chars de combat, sur la base du Lynx et du Panther, que l’industriel allemand peinait jusqu’ici à exporter.

Les négociations entre l’industriel italien et son homologue allemand n’auront pas trainé en longueur. En effet, les deux groupes ont annoncé la création de la coentreprise pour porter ce programme, mais aussi pour faire main basse sur l’opulent marché du remplacement des chars et blindés de combat chenillés lourds, qui s’ouvre aujourd’hui, sur la scène internationale.

LRMV, une coentreprise Rheinmetall Leonardo équilibrée pour attaquer le marché du renouvellement des chars et véhicules de combat d’infanterie

Baptisée Leonardo Rheinmetall Military Vehicles, ou LRMV, la coentreprise est détenue à 50 % par Leonardo, à 40 % par Rheinmetall, et à 10 % par la filiale italienne du groupe allemand, et sera basée à La Spezia, qui abrite déjà la construction de véhicules militaires terrestres de Leonardo.

Roberto Cingolani Armin Papperger LRMV
Armin Papperger et Roberto Cingolani lors de la creation de LRMV

La conférence de presse, pour annoncer la création de LRMV, fut l’occasion pour Roberto Cingolani, le CEO de Leonardo, et Armin Papperger, le pétillant dirigeant de Rheinmetall, d’insister sur la dimension européenne de l’initiative, présentée comme une avancée majeure dans la consolidation de l’industrie européenne, en accord avec la perception largement prônée par l’Italie dans ce domaine.

Le KF41 Lynx italien prêt dans deux ans pour un marché de 1000 véhicules de combat d’infanterie chenillés lourds

Au-delà des indispensables épisodes de congratulations réciproques, cette annonce donne, surtout, le coup d’envoi à l’un des plus ambitieux programmes en matière de construction de véhicules blindés, en Europe, depuis la construction des Leopard 2 par Krauss-Maffeï Wegmann, dans les années 70 et 80.

En effet, LRMV va concevoir non pas un, mais 16 différents modèles de véhicules blindés chenillés, basés sur le KF41 Lynx de Rheinmetall, et produire, d’ici à 2040, plus d’un millier de ces blindés, pour l’armée italienne, afin, notamment, de remplacer les véhicules de combat d’infanterie Dardo, actuellement en service.

Pour cela, LRMV se voit dotée d’une confortable enveloppe de 15 Md€, soit le plus important marché de blindés, attribué en Europe depuis la fin de la guerre froide, et un cout de revient unitaire tout aussi confortable de 15 m€ par blindé, sachant que les prix différeront grandement selon les versions des blindés, ainsi que les équipements qui leurs seront intégrés.

Ce faisant, l’Armée italienne disposera de la plus imposante, et une des plus modernes forces blindées terrestres chenillées en Europe de l’Ouest, surclassant très nettement l’Allemagne et la Grande-Bretagne dans ce domaine.

KF-41 Lynx
Véhicule de combat d’infanterie KF41 Lynx

Rappelons que l’Armée de terre française a fait le choix d’une configuration entièrement sur roues de son parc blindé, pour privilégier l’aérotransportabilité, en dépit des contraintes que ce choix impose sur la masse maximale des blindés (32 tonnes pour un 8×8, 24 tonnes pour un 6×6), et sur la mobilité tout terrain. Ainsi, les chars Leclerc et les LRU sont les seuls blindés chenillés en parc, dans l’hexagone, aujourd’hui.

La commande de l’Armée italienne est non seulement d’un volume remarquable, elle est aussi urgente. En effet, LRMV va devoir livrer le premier VCI italien d’ici à deux ans seulement, soit à la fin de l’année 2026, ou au début de 2027.

Le MBT italien dérivé du KF51 Panther livré dans trois ans seulement

Il en va de même pour le second volet de ce super-contrat, portant cette fois sur le développement et la construction de 132 chars de combat dérivés du démonstrateur KF51 Panther, présenté sans succès depuis 2021 par Rheinmetall, jusqu’à la commande italienne, pour remplacer les Leopard 2A4, ainsi que comme une alternative économique et immédiatement disponible, au programme MGCS franco-allemand.

Le contrat italien prévoit une très importante enveloppe de 8 Md€ pour la conception et la livraison de ces 132 chars, soit un prix de revient unitaire de 60 m€, trois fois le prix d’un Leopard 2A8 ou d’un M1A2 SEPv3 aujourd’hui.

KF51 Panther Rheinmetall salon Eurosatory 2024
Le KF51 Panther lors du salon eurosatory 2024

Là encore, les délais sont très réduits, puisque le premier char est attendu d’ici à 3 ans, c’est-à-dire à la fin de l’année 2027. Sur des délais aussi réduits, il est probable que le Panther italien, comme le Lynx, reprendront l’essentiel des éléments constitutifs des modèles présentés par Rheinmetall, et que l’italianisation des blindés, portera presque exclusivement sur les systèmes embarqués déjà disponibles sur étagère, auprès de Leonardo et de la BITD italienne.

Leonardo et Rheinmetall veulent couper l’herbe sous le pied de KNDS et de Hanwha Defense en construisant une offre taillée pour l’exportation

De toute évidence, l’enveloppe globale de 23 Md€, allouée à LRMV pour la livraison de ces 1000 Lynx et 132 Panther, va bien au-delà des besoins stricts des armées italiennes qui aurait aisément pu obtenir des conditions plus favorables auprès d’autres industriels, même en production locale.

L’objectif de cette initiative, comme très souvent en Italie, est avant tout industrielle et commerciale, ce qui se retrouve dans les propos d’Armin Papperger, à son sujet. « Nous nous adressons principalement au marché italien, mais nous ciblerons également d’autres pays partenaires qui ont besoin de moderniser leurs systèmes de combat à l’avenir « , a-t-il ainsi indiqué, précisant que le marché aujourd’hui, concernant le remplacement des chars de combat, dépassait les 5000 exemplaires.

Cette ambition à l’exportation se retrouve dans les objectifs financiers avancés pour LRMV, qui vise à réaliser un chiffre d’affaires annuel de 2 à 4 Md€, avec une marge opérationnelle de 15 %.

char KF51 Panther de Rheinmetall
Rheinmetall et Leonardo s'allient pour faire main basse sur le marché du renouvellement des chars et VCI 8

On comprend, ici, qu’une part importante de l’enveloppe allouée par Rome, pour ce programme, vise non pas à équiper l’Armée italienne, ni à concevoir des blindés parfaitement adaptés à ses besoins, mais à déployer une infrastructure industrielle susceptible d’absorber 2 Md€ de livraison de blindés exports par an, soit une centaine de VCI, et quarante à cinquante chars de combat.

Ces objectifs montrent que Leonardo, Rheinmetall et les autorités italiennes, ont fait des délais de livraison, de la pérennité et de la modernité de l’offre, les arguments au cœur de la décision dans les années à venir, concernant les marchés exports.

En observant les évolutions des tensions sur l’ensemble des théâtres d’opération mondiaux, y compris en Europe, ainsi que les risques croissants de conflits directs, le pari de LRMV et de Rome, a toutes les chances de se révéler payant, d’autant que Hanwha Defense semble déjà à saturation industrielle, et que KNDS n’apparait pas spécialement volontaire à ce sujet.

Restera-t-il un marché adressable pour le futur programme MGCS franco-allemand ?

Armin Papperger a tenu à préciser, lors de cette conférence de presse, que cette nouvelle coopération, ne remettait pas en question la participation de Rheinmetall dans le programme MGCS franco-allemand, ni la possible participation de Rome dans celui-ci, même si le statut de ce dossier est encore très flou.

programme MGCS
Rheinmetall et Leonardo s'allient pour faire main basse sur le marché du renouvellement des chars et VCI 9

S’il est peu probable que Paris et Berlin se tournent vers LRMV pour remplacer leurs Leopard 2 et Leclerc, ou pour étendre leur flotte de chars, dans les années à venir, force est de constater, toutefois, que les ambitions de cette co-entreprise, empiètent très largement sur le marché adressable du futur système de combat blindé franco-allemand MGCS, et son char de combat, qui n’entrera pas en service avant 2040.

Ainsi, en fonction des tensions perçues, voire des conflits qui pourront éclater d’ici à cette date, il est très possible, et même probable, que l’essentiel des armées devant remplacer les M60, M1A1 et autres Leopard 2A4, se seront déjà tournées vers le Panther de LRMV, d’ici à ce que le MGCS soit effectivement disponible.

Si tel est le cas, il est fort possible que le programme MGCS souffre d’un contexte économique similaire à celui rencontré par le Leclerc dans les années 90 et 2000, alors que la demande mondiale avait déjà été largement satisfaite, une décennie auparavant, par le Leopard 2 allemand, le M1A1 américain, ou le T72 russe.

Leopard 2A4 grece
Rheinmetall et Leonardo s'allient pour faire main basse sur le marché du renouvellement des chars et VCI 10

Surtout, la menace de voir ce marché stratégique lui échapper, pourrait rapidement convaincre Berlin d’accélérer l’émergence du Leopard 2AX, et d’en faire une réelle alternative au KF51, donc au MGCS par transitivité commerciale (et non technologique).

Dans une telle hypothèse, la France serait définitivement exclue du marché mondial des blindés chenillés, au profit de l’Italie et de l’Allemagne, n’ayant pas anticipé la transformation du marché qui est à l’œuvre depuis quelques années, et plus spécifiquement, depuis le début de la guerre en Ukraine.

Conclusion

On le voit, la coentreprise LRMV créée par Leonardo et Rheinmetall, et financée par Rome, va bien au-delà des seuls besoins de modernisation des armées italiennes. Il s’agit, en effet, d’une initiative visant à faire émerger, sur des délais particulièrement courts, une offre alternative et attractive, de chars de combat et véhicules de combat blindés lourds chenillés, sur un marché en pleine mutation et en forte demande.

Ce faisant, LRMV pourrait bien disposer non seulement d’un modèle de char de combat, le Panther, et de véhicule de combat d’infanterie, le Lynx, à la fois modernes et très performants, mais aussi, et surtout, d’une capacité industrielle de production inégalée en Europe, et dans l’ensemble de la sphère occidentale, en dehors des États-Unis.

Bien qu’ils s’en défendent, cette initiative risque fort de porter atteinte, voire de condamner définitivement le programme MGCS, spécialement si elle venait effectivement à rencontrer son marché, et ainsi, à menacer les parts de marchés allemandes dans ce domaine.

KNDS Leclerc Evolution Eurosatory 2024
Leclerc Évolution de KNDS présenté au salon Eurosatory (Photo F. Dosreis)

ici, l’obstination du ministère des Armées françaises, en faveur du MGCS, à l’exception de tout autre programme de génération intermédiaire, s’arcboutant sur une flotte presque exclusivement sur roues, risque d’éroder considérablement le potentiel opérationnel réel des armées françaises, en matière d’engagement symétriques en Europe.

Elle pourrait, aussi, irrévocablement condamner toute la filière blindés lourds de l’industrie de défense française, qui ne pourra pas se relever d’un tel renversement de planification, une fois le marché restructuré, surtout après l’échec du Leclerc.

Étonnamment, avec Rafale F5, le drone Loyal Wingmen, et les frégates FDI, la France est parvenue à moduler ces risques de transformation de marché, pour la construction aéronautique et navale militaire. Pourquoi ne pas appliquer les mêmes paradigmes, aux véhicules blindés chenillés, et aux chars de combat ?

Avec le programme DDX italien, va-t-on vers le retour des croiseurs dans les marines européennes ?

Dans le cadre de la modernisation de la Marina Militare, la Marine italienne, le programme DDX, deux destroyers lourds devant remplacer les deux frégates antiaériennes Durand de la Penne, à horizon 2030, s’avère incontestablement le plus emblématique des nouvelles ambitions de Rome dans ce domaine.

Aux côtés des nouvelles frégates FREMM, des patrouilleurs d’escorte PPA, des nouveaux bâtiments de guerre des mines, et des sous-marins Type 212, ces deux destroyers de plus de 10.000 tonnes, procureront à la Marina Militare, une puissance de feu inégalée sur l’ensemble du bassin Méditerranéen, que ce soit pour escorter les porte-aéronefs Cavour et Trieste, les trois nouveaux navires d’assaut de 15.000 tonnes récemment commandés, ou pour poser une zone de déni d’accès.

De nouvelles informations, concernant ce programme, ont été divulguées récemment, renforçant encore davantage le caractère exceptionnel de ce programme, promettant de livrer les deux plus puissants navires de surface européens, alors que d’autres marines, dont la Royal Navy et la Bundesmarine, se dirigent, elles aussi, vers ce type de super-destroyers.

Au-delà des performances attendues des DDX, quels sont les avantages et capacités de ces nouveaux destroyers lourds, et apportent-ils, vraiment, des performances supérieures à celles des frégates modernes, plus compactes, mais beaucoup moins onéreuses ?

Programme DDX de la Marina Militare : 14000 tonnes, 80 VLS et un radar hors norme

Depuis son annonce, en 2021, pour remplacer les destroyers antiaériens de la classe Durand de la Penne à la fin de la décennie, le programme DDX, développé par Fincantieri pour la Marina Militare, promet de devenir le plus imposant, et surtout le plus lourdement armé des navires de surface combattants des flottes européennes.

D560 Durand de la penne destroyer Marina Militare
Les deux destroyers lourds du programme DDX de la Marina Militare, devront remplacer les deux destroyers antiaériens de la classe Durand de la Penne.

Si l’on en croit les dernières annonces concernant ce programme, il se pourrait bien qu’il devienne l’un des plus imposants destroyer lourd de la planète, en dehors des deux derniers représentants de la classe Kirov de la Marine russe, au statut opérationnel de plus en plus incertain.

En effet, les 2 destroyers devraient atteindre 179 mètres pour un tonnage de 14.000 à 14.500 tonnes, soit 2000 de plus que les Type 055 chinois, et presque 4000 tonnes de plus que les destroyers Arleigh Burke Flight III de l’US Navy.

Ces dimensions s’expliquent, en grande partie, par la volonté de la Marina Militare d’installer une nouvelle version du radar Kronos de Leonardo qui, pour l’occasion, verra la bande C remplacée par une bande S, aux côtés de la bande X traditionnelle, pour en améliorer les capacités de détection précoce, et les options de conduite de missiles.

Ce nouveau radar sera bien plus imposant, plus gourmand en énergie et plus lourd que le Kronos DBR qui équipe déjà les PPA de la classe Thaon di Revel, ceci contribuant sensiblement à la prise de volume et de déplacement du futur destroyer italien.

PPA Thaon di Revel
Les PPa de la classe Thaon di Revel sont equipées du radar Kronos DBR.

Côté armement, les DDX emporteront 10 systèmes VLS Sylver, dont probablement 6 Sylver 50 pour 48 missiles Aster 30 B1NT, ainsi que 4 Sylver 70, soit 32 silos. Ceux-ci pourront accueillir le missile de croisière MdCN, ainsi que le futur missile de croisière antinavires supersoniques du programme FC/ASW franco-britannique, rejoint par l’Italie il y a quelques mois. Ce silo de 7 mètres de long, pourra également accueillir, lorsqu’il sera disponible, le futur missile européen du programme HYDIS destiné à l’interception des missiles et planeurs hypersoniques à hautes capacités de manœuvre.

Le navire disposera, en outre, de 16 missiles antinavires Otomat de conception italienne, ainsi que d’une puissante artillerie navale, avec un canon de 127 mm, ainsi que 3 canons de 76 mm, faisant office d’artillerie navale moyenne et de CIWS. Il est aussi probable qu’il accueillera des systèmes d’arme à énergie dirigée et des Railguns, lorsqu’ils seront disponibles.

Enfin, les DDX disposeront de deux hélicoptères moyens navals, comme le NH90, et de plusieurs drones aériens, de surface et sous-marins pour compléter cette panoplie d’armement sans équivalent dans tout le bassin méditerranéen.

F127, Type 83, DDx : les marines européennes se tournent à nouveau vers les croiseurs et destroyers lourds

Ainsi armé, le DDX, toujours désigné comme « Destroyer » par la nomenclature italienne, n’usurperait pas la désignation de croiseur. À l’instar des Type 055 chinois, des Arleigh Burke américains, des Sejong le Grand sud-coréens, et des Maya nippons, ces destroyers disposent de capacités spécifiques les différenciant des destroyers et frégates. La Royal Navy, avec le programme Type 83, et la Bundesmarine, avec les frégates lourdes F127, semblent avoir été convaincues par ce constat.

Puissance de feu et le déni d’accès

Le plus marquant, pour ce qui concerne ces navires, n’est autre que leur puissance de feu, qu’il s’agisse de défense aérienne, de lutte antinavire et de frappe vers la terre. Avec 80 à 112 silos verticaux, ils peuvent poser une bulle d’interdiction navale et aérienne sans équivalent pour un navire de surface.I ls sont ainsi susceptibles de neutraliser la force aérienne sur un périmètre de 35.000 à 100.000 km², soit la superficie de la Belgique ou de la Grèce.

Aster 30 MBDA
Missile Aster 30.

En outre, avec plusieurs dizaines de missiles de croisière, voire de missiles balistiques à moyenne portée, ils font peser une menace bien réelle sur les infrastructures terrestres déployées dans un rayon de 1000 à 2500 km. Dès lors, leur déploiement représentera un message aussi bien politique que militaire, qu’il sera difficile d’ignorer pour les pays concernés.

Résilience aux attaques de saturation

Ces destroyers lourds représentent également le navire de prédilection pour repousser des attaques massives, visant à saturer les défenses de l’adversaire pour atteindre ses Capital Ships, comme les porte-avions ou les grands navires d’assaut.

Dans ce domaine, les DDX auront, certainement, la puissance de feu la plus efficace de tous les navires existants aujourd’hui, ou actuellement en cours de conception. En effet, avec 48 Aster 30 B1NT, ils disposeront d’une capacité d’interception d’un nombre presque équivalent de missiles de croisière antinavires, subsoniques et supersoniques, de missiles balistiques antinavires comme le DF-21D, et de missiles hypersoniques antinavires, comme le 3M22 Tsirkon.

À l’inverse, les navires américains, japonais, sud-coréens ou allemands, équipés de missiles SM-2, devront très probablement employer 2 missiles par cible, pour 64 SM-2 ensilotés, dans le meilleur des cas. Il est probable que le système HHQ-9 chinois des Type 055, nécessite, lui aussi, le tir simultané de deux missiles face à une menace directe.

En effet, comme tous les modèles de la gamme Aster, le B1NT a été conçu pour garantir un taux d’interception très élevé, permettant une mise en œuvre de type Shoot-See-Shoot, dans laquelle le second missile n’est tiré que si le premier a raté sa cible, avec un taux d’interception moyen de 90%.

A l’inverse, le SM-2 américain nécessité une doctrine de type Shoot-Shoot-See. Le second missile « de sécurité » est tiré presque simultanément au premier dans une majorité de cas, pour garantir le taux d’interception. Dès lors, 48 Aster 30 B1NT garantissent un taux d’interception de plus de 43 menaces, contre seulement 32 pour 64 SM-2.

Destroyer Arliegh Burke US navy
Destroyer américain classe Arliegh Burke lançant un missile antiaérien SM-2.

En outre, le canon de 127 mm, ainsi que les 3 Strales de 76 mm qui encadrent le DDX, seront en mesure d’assurer une défense très efficace dans un rayon de 10 km contre les drones aériens et navals, même en vague saturante, sans qu’il soit nécessaire d’utiliser des missiles ensilotés en VLS, comme l’ESSM ou les CIWS RAM.

Puissance énergétique et capacité d’emport de systèmes proportionnelles au tonnage du navire

Enfin, ces destroyers disposent d’une puissance énergétique, plus spécialement électrique, bien plus importante que les navires de moindre tonnage. Cette puissance permet au navire d’alimenter des systèmes très gourmands en énergie, comme les radars et sonars les plus puissants, les systèmes informatiques de plus en plus nombreux, ainsi que les armes énergétiques, comme les lasers et les rail-guns.

Comme évoqué précédemment, le tonnage du navire permet, en outre, d’embarquer des systèmes très lourds, et notamment ceux placés en hauteur, créant un moment de force plus important lorsque le navire tangue.

Ce sont, d’ailleurs, les principaux arguments avancés par l’US Navy pour concevoir un navire de 14.000 tonnes, dans le cadre du programme DDG(x), successeur des destroyers Arleigh Burke, ces derniers ayant atteint les limites de production énergétique et d’emport de systèmes, pour leur coque de 10.000 tonnes.

Frégates bien armées vs destroyer lourd : une équation plus équilibrée qu’il n’y paraît

Ainsi présenté, il semble bien que le destroyer lourd, ou le croiseur, soit paré de toutes les vertus pour faire face aux enjeux à venir de la guerre navale, dans les décennies à venir. Pourtant, il convient de nuancer les avantages de ces navires très imposants, mais aussi très onéreux, vis-à-vis de frégates plus compactes, plus économiques, mais évidemment, largement moins lourdement armées.

Le nombre de VLS est équivalent rapporté aux couts et à l’empreinte RH

Le premier critère à prendre en considération, ici, est évidemment le prix des deux navires. On ignore quel sera le prix des DDX à ce jour. Toutefois, on peut aisément comparer le prix d’un destroyer Arleigh Burke, 2,5 Md$, avec celui d’une frégate classe Constellation, à 1 Md$, tous deux construits par l’industrie navale US.

CGI classe Constellation US Navy
Vue d’artiste de la classe de frégates USS Constellation.

Ainsi, pour le prix d’un Burke, armé de 96 silos verticaux, et par un équipage de 300 hommes, il est possible d’acquérir et d’armer 2,5 Constellation, soit 2,5 x 32 = 80 VLS, et une empreinte RH de 130 x 2,5 = 325 membres d’équipage, soit un potentiel opérationnel proche entre les deux options.

L’écart est plus marqué avec une frégate FDI de Naval Group à 700 m$, qui, pour le prix d’un Burke, permettrait d’acquérir au moins 3 frégates, soit 96 VLS, 25 missiles antinavires, 3 CIWS, 3 canons de 76 mm et trois radars Sea Fire 500, donc une puissance de feu supérieure et un potentiel de détection plus élevé.

Plus généralement, selon les pays d’origine, on constate aisément que l’empreinte budgétaire et humaine rapportée à l’armement embarqué, forme une constante en matière de construction navale, quelle que soit la taille du navire envisagé, de la frégate au croiseur. Il n’y a donc pas de bénéfice évident en faveur des destroyers lourds dans ce domaine, face à des navires plus compacts, mais plus nombreux.

La multistatisme compense le regain de puissance des senseurs embarqués

Il en va de même en matière de capacités de détection. En effet, si le SPY-6 des Burke Flight III, ou le Kronos des DDX, seront plus puissants et performants que leurs homologues sur Constellation et PPA, une fois compensés du nombre de navires, et de leur potentiel de répartition, ceux-ci s’avèrent, une nouvelle fois, proches en termes de capacités de détection, et de périmètre protégé.

frégates FREMM classe Aquitaine
Deux frégqtes classe Aquitaine de la Marine nationale.

En outre, les progrès réalisés, ces dernières années, en matière de multistatisme, c’est-à-dire de coopération entre deux radars, pour séparer l’émetteur du récepteur et ainsi augmenter le périmètre de détection et de conduite de tir, tendraient à sensiblement donner l’avantage aux systèmes distribués, donc aux frégates.

Une capacité de lutte anti-sous-marine moins efficace pour les destroyers lourds et les croiseurs

Un autre paramètre à étudier n’est autre que l’inadaptation des grandes unités de surface à la mission de lutte anti-sous-marine. Très spécifique, celle-ci suppose de disposer d’un navire très discret, acoustiquement parlant, et agile pour mener des sprints afin de se repositionner rapidement.

Bien évidemment, un destroyer lourd, comme les Burke américain, dispose d’un puissant sonar, et d’hélicoptères embarqués pouvant assurer une fonction de lutte ASM. Toutefois, ils s’avèrent bien moins efficaces, dans cette mission, que des unités navales plus compactes et plus discrètes, comme les frégates FREMM de la classe Aquitaine, spécialisées dans ce domaine, mais qui emportent toutefois 32 silos verticaux.

Un potentiel export supérieur pour les frégates et destroyers légers

Enfin, et c’est loin d’être négligeable pour des pays européens ou asiatiques, le prix d’un destroyer lourd en fait un navire très difficile à exporter, en comparaison de frégates beaucoup plus économiques, à la portée de Marines plus humbles, qui représentent néanmoins l’essentiel du marché export mondial.

Pour des États européens disposant d’une industrie navale militaire, comme l’Italie, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne ou l’Espagne, ce potentiel d’exportation est un critère déterminant dans la conception de la flotte de surface. Les exportations permettent en effet d’alléger le poids budgétaire de l’investissement initial, spécialement en matière de conception, ainsi que de garantir l’activité des chantiers navals, alors que la commande nationale, seule, est insuffisante pour cela.

FDI Kimon Marine hellenique
L’exportation des frégates FDI de Naval Group vers la Marine hellenique, contribue au maintient de la compétence industrielle sur le site de Lorient.

En outre, des navires de plus de 10.000 tonnes nécessitent des installations portuaires et de maintenance aux dimensions accrues, ce qui suppose, pour leurs utilisateurs, des investissements supplémentaires, que bien peu de Marines sont prêtes à financer.

Conclusion

On le voit, les deux destroyers lourds italiens, ou croiseurs pour certains, de la classe DDX, promettent d’être des navires de combat de surface en tous points remarquables, dotés d’une puissance de feu et de moyens embarqués sans équivalents sur l’ensemble du bassin Méditerranéen, et même du périmètre européen.

Leurs 14.000 tonnes, 80 VLS et 4 canons d’artillerie navale, en feront les destroyers les plus puissamment armés, et les mieux équipés, de ce théâtre, tout du moins jusqu’à l’entrée en service des futurs Type 83 britanniques, encore en phase de conception des spécifications.

Les DDX semblent bien avoir lancé une réelle appétence, pour certaines marines européennes, en faveur de ces grandes unités navales de surface lourdement armées et capables d’emporter un large panel d’équipements, tous plus énergivores les uns que les autres.

Type 83 Royal navy CGI
Vue simplifiée initiale du programme de destroyers lourds Type 83 de la Royal Navy.

Pour l’heure, la Marine nationale française semble se tenir à distance de cette évolution, concentrant ses efforts, dans ce domaine, sur des navires beaucoup plus compacts, comme les frégates FDI de 4500 tonnes, les corvettes Gowind 2500 ou les futures European Patrol Corvette.

On peut, naturellement, regretter cette réserve française, en partie liée aux augmentations maitrisées des dépenses de défense dans le cadre de la LPM 2024-2030. Toutefois, l’observation attentive du potentiel opérationnel comparé entre ces grands destroyers lourds et des frégates plus compactes comme les FDI, une fois rapporté aux notions de prix et d’empreinte RH, semble ne pas donner un avantage aussi net qu’anticipé à ces navires surpuissants.

Quoi qu’il en soit, il est probable que la question ne se posera, en France, qu’au milieu de la prochaine décennie, lorsqu’il faudra remplacer les deux frégates de défense aériennes de la classe Horizon, sauf si, entre temps, une révision des objectifs de format de la flotte de surface, soit adoptée.

Le Porte-avions nucléaire de nouvelle génération de la Marine nationale sera commandé en 2025

Depuis que le projet a été lancé, en 2020, le porte-avions nucléaire de nouvelle génération de la Marine nationale, successeur du PAN Charles de Gaulle, à partir de 2038, a fait l’objet d’âpres débats.

Pour ses détracteurs, le porte-avions serait, aujourd’hui, bien trop vulnérable aux armes antinavires modernes, comme les missiles balistiques antinavires ou les missiles hypersoniques, alors que les chasseurs modernes, épaulés du nombre suffisant d’avions ravitailleurs, sont à même de mener des raids à très longue distance, comme l’a montré l’opération Hamilton contre les installations chimiques syriennes, en 2018.

Ses défenseurs, au contraire, mettent en avant que la menace, aujourd’hui, n’est pas supérieure à ce qu’elle était dans les années 80, les systèmes défensifs ayant évolué au même rythme que les menaces. En outre, l’allonge que procurent les avions ravitailleurs, ne peut efficacement se substituer à la mobilité de la base aéronavale souveraine, que représente le porte-avions.

Quoi qu’il en soit, dans ce dossier, le gouvernement français a fait le choix de conserver l’outil opérationnel extraordinaire que représente un porte-avions à propulsion nucléaire, son escorte et son groupe aérien embarqué, pour les décennies à venir, et de préparer le développement du successeur du Charles de Gaulle, qui devrait être retiré du service, en 2038.

Le Porte-avions nucléaire de nouvelle génération sera plus imposant qu’imaginé

Si le PANG sera bien le successeur du Charles de Gaulle, il sera, en revanche, un tout nouveau navire, bien plus moderne, et surtout, considérablement plus imposant. Ainsi, alors que le porte-avions français, aujourd’hui, mesure 261 m de long, pour un déplacement de 42500 tonnes en charge, son successeur sera presque 50 mètres plus long, soit 310 mètres, et presque deux fois plus lourd, avec un déplacement qui avoisinerait, à présent, 80.000 tonnes.

porte-avions nucléaire de nouvelle génération PANG
Vue d’artiste du Porte-avions nucléaire de nouvelle génération de la Marine nationale

Ce faisant, le PANG serait non seulement le plus imposant navire militaire jamais construit en Europe, mais il évoluerait, en outre, dans la même catégorie que les nouveaux porte-avions chinois de la classe Fujian (316 m pou 80 000 tonnes), et que les porte-avions nucléaires américains classe Nimitz (333 mètres pour 88.000 tonnes).

Ces dimensions sont la conséquence du remplacement des Rafale M, qui arment aujourd’hui le Charles de Gaulle, par le NGF du programme SCAF, un appareil qui sera à la fois plus imposant et plus lourd que le Rafale, sans que ses dimensions exactes soient connues à ce jour.

En outre, les NGF évolueront aux côtés de drones de combat, certains aéroportés, d’autres autonomes, ces derniers devant donc être transportés et mis à œuvre, à partir des catapultes du nouveau porte-avions. Dès lors, pour mettre en œuvre une flottille de 25 à 30 NGF, il est nécessaire de prévoir un espace suffisant, dans les hangars, pour transporter et mettre en œuvre au moins autant de drones de combat de type Loyal Wingmen.

On ne peut exclure, par ailleurs, que d’autres aéronefs, pilotés ou drones, prennent place sur le pont du nouveau porte-avions. Ainsi, le regain de la menace sous-marine, un temps très atténuée avec la fin de la guerre froide, pourrait faire à nouveau émerger les besoins pour un appareil de sureté aérienne et de lutte anti-sous-marine embarqué, comme le faisaient les Bréguet Alizé à bord des porte-avions Clemenceau et Foch, pendant la guerre froide.

De fait, alors que le Charles de Gaulle avait des dimensions parfaitement adaptées au Rafale M et à la réalité des menaces et des scénarios d’engagement de 2000 à aujourd’hui, le PANG, lui, devra être bien plus imposant, pour transporter davantage d’avions de combat, eux-mêmes plus imposants, et un nombre important de drones spécialisés.

Sébastien Lecornu confirme la commande du PANG en fin d’année 2025

Bien évidemment, ces dimensions, comme les trois catapultes électro-magnétiques, la propulsion nucléaire conçue autour de deux réacteurs K22 de 220 MW chacun, et l’ensemble des systèmes embarqués, ont lourdement alourdi la facture prévue.

Rafale M à l'appontage sur le Charles de Gaulle
Rafale M à l’appontage sur le PAN Charles de gaulle

Ainsi, si le PANG devait couter 4 à 5 Md€, conception comprise, en 2019, il est désormais question d’un prix final de 8 à 10 Md€. Il est vrai qu’entre temps, la crise inflationniste consécutive de l’épisode covid, explique, à elle seule, la moitié de cette hausse.

Toutefois, pour certaines parlementaires, mais aussi certains hauts responsables militaires, le bénéfice attendu d’un tel navire, ne justifie pas un investissement équivalent à celui d’une centaine de chasseurs Rafale, ou de 700 chars de combat de nouvelle génération.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement français a arbitré en faveur du remplacement du Charles de Gaulle, à partir de 2038, par ce nouveau PANG. Pour autant, si certaines commandes de composants clés, comme les chaufferies nucléaires, ou les catapultes, ont d’ores et déjà été négociées, voire signifiées aux industriels, la commande ferme du porte-avions nucléaire de nouvelle génération, elle, n’avait pas été officialisée jusqu’à présent.

Ce sera chose faite en 2025, selon le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. C’est en tout cas ce qu’il a indiqué aux parlementaires de la commission défense de l’Assemblée nationale, lors des débats entourant le budget 2025 des armées, actuellement en cours de validation par le Parlement.

PAN Charles de gaulle FREMM
PAN Charles de gaulle et fréagte ASM classe Aquitaine

Si la plupart des ministères français verront leurs budgets réduits, ou tout au moins, gelés vis-à-vis de 2024, en raison de la crise de la dette souveraine française, ce ne sera pas le cas du ministère des Armées, situation internationale oblige, qui bénéficiera de 3,3 Md€ supplémentaires cette année, avec un budget de 50,5 Md€ pour 2025, conformément à la Loi de Programmation Militaire.

Il est vrai que la LPM 2024-2030 aura été l’une des rares lois cadres à avoir été votées, aux termes d’un débat parlementaire constructif en 2024, sans qu’il fût nécessaire de recourir au mécanisme de l’article 49.3 de la constitution. Les familles politiques ayant voté la LPM 2024-2030 étant majoritaires à l’Assemblée nationale et au Sénat, aujourd’hui, il est probable que le projet de Loi de Finance 2025, concernant le ministère des Armées, puisse trouver une majorité, même dans le difficile contexte politique du moment.

Un navire indispensable à la Marine nationale, et à la France

Pour beaucoup de parlementaires, un nouveau porte-avions lourd est considéré comme indispensable, tant pour la Marine nationale, que pour la dissuasion française, et pour la protection des intérêts et espaces maritimes clés du pays.

Il est, ainsi, incontestable que le Charles de Gaulle, comme les Foch et Clemenceau avant lui, auront joué des rôles majeurs dans une majorité des crises ayant impliqué les armées françaises ces cinquante dernières années, durant et après la guerre froide.

En outre, le navire, son escorte et son groupe aérien embarqué, concentre une puissance de feu, et une polyvalence unique sur les océans, qu’aucune force navale de surface, ou aérienne basée à terre, ne pourraient jamais égaler.

E2C Hawkeye marine nationale PAN Charles de Gaulle
Avion de veille aérienne avancée E-2C Hawkeye lors d’un touch-and-go sur pont du porte-avions américain

Ainsi, le PANG pourra assurer une mission d’escorte transocéanique, y compris contre les menaces aériennes et de surface, les missions de déni d’accès océaniques ou côtières, et les missions de projection de puissance, seul ou en appui de bâtiments amphibies.

Alors que les Ocean redeviennent une zone de conflictualité centrale entre grandes puissances, il n’est donc pas surprenant que celles-ci produisent d’immenses efforts pour tenter de se doter d’une capacité maitrisée, aujourd’hui, exclusivement par l’US Navy et la Marine nationale, comme c’est le cas de la Chine et de l’Inde.

Enfin, le porte-avions est le seul outil capable d’accompagner effectivement un corps expéditionnaire, pour aller protéger les territoires ultra-marins français, de manière souveraine.

Les tensions mondiales allant croissantes, les bases aériennes ou militaires projetées, comme celle déployée en Jordanie, demeurent soumises à des autorisations d’engagement données, ou pas, par le pays hôte. C’est, à ce titre, la raison pour laquelle les Rafale B et C ayant frappé les installations chimiques syriennes sont partis de Saint-Dizier, et non de Jordanie, en 2018.

Enfin, le porte-avions nucléaire français demeure le seul vecteur susceptible de transporter la dissuasion française aéroportée, au-delà du périmètre des missions Poker, de l’Armée de l’Air et de l’Espace, alors que la France ne dispose pas de capacités navales nucléaires de type missile de croisière ou balistique, sachant que jamais, un pays allié, autoriserait l’accueil d’un vecteur nucléaire français, sur son sol, même pour protéger un territoire ultra-marin.

Si second porte-avions il y a, il ne devrait pas être identique au PANG

Dès lors, un successeur au PAN Charles de Gaulle est bien indispensable à la France, si celle-ci entend maintenir son rang et son autonomie stratégique, sur la scène internationale, en ces temps particulièrement troublés.

USS NImitz
USS Nimitz et son groupe aéronaval

Reste qu’un unique porte-avions, ne permet de tenir l’alerte que la moitié du temps. Ainsi, la plus grande faiblesse constatée, concernant le Charles de Gaulle, un navire par ailleurs particulièrement bien conçu, aura été l’absence d’un second navire, pour maintenir une alerte permanente, pour la capacité aéronavale embarquée.

Toutefois, par son prix et sa propulsion nucléaire, le PANG souffrira, dans ce domaine, de la même faiblesse que son prédécesseur : il ne peut être exporté, ni directement, ni en accompagnement industriel. Or, l’exportation d’un équipement est consubstantielle de la soutenabilité budgétaire de son programme.

Ainsi, avec plus de 300 Rafale commandés sur la scène internationale, les recettes fiscales et sociales du programme Rafale, auront largement compensé les dépenses engendrées par les 225 appareils qui seront, à termes, commandés pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, et la Marine nationale, ainsi qu’une bonne partie des couts de R&D.

De même, les quatre frégates FDI commandées par la Grèce, ou bientôt commandées, pour la dernière unité, auront permis d’équilibrer les investissements liés à la conception des navires, et aux cinq frégates commandées par la Marine nationale.

FDI Kimon Marine hellenique
Frégate FDI de la marine Héllénique

En effet, le retour budgétaire, soit la somme des recettes fiscales et sociales générées par un programme de défense, en France, s’établit autour de 60 % du montant investi par l’État, et de 40 % des montants pour les équipements exportés. Ainsi, les 60 % appliqués aux 4 Md€ du programme FDI français, cumulés aux 40 % des 4 Md€ du programme FDI grec, représentent bien 2,4 + 1,6 = 4 Md€ de recettes sociales et fiscales en France, soit le prix déboursé par la Marine nationale pour ses cinq navires.

À l’inverse, un navire qui ne peut pas être exporté, comme le PANG, ne pourra être amorti, de manière certaine, budgétairement parlant, qu’à hauteur de 60 % des sommes investies en France, soit 7 à 9 Md€, sachant que 1 Md€ sont fléchés pour les catapultes électromagnétiques américaines.

Ce faisant, le navire va réellement couter 2,8 à 3,6 Md€ aux contribuables français, soit l’équivalent de 2,5 % des recettes générées par la TVA sur une année, ou 4,3 % des recettes fiscales liées aux impôts sur le revenu. Difficile, et même impossible, dans ces conditions, d’espérer construire un second porte-avions nucléaire de nouvelle génération, pour atteindre la permanence d’alerte.

Pour y parvenir, il serait nécessaire de construire ce second porte-avions, sur de nouveaux paradigmes, susceptibles de permettre de l’exporter, afin de le rendre budgétairement soutenable. Cela supposerait un navire plus compact, donc capable de transporter moins d’aéronefs, équipés de deux catapultes, voire d’une catapulte et d’un Skijump, pour réduire les couts importés, et propulsé par une chaufferie conventionnelle, pour éliminer l’ensemble des aspects susceptibles de venir entraver le processus d’exportation.

HMS Queen Elizabeth Royal Navy
Porte-avions HMS Queen Elizabeth de la Royal navy. Le navire est dépourvu de catapulte et de brins d’arrêt, mais dispose d’un Ski jump

Ce faisant, le navire serait plus compact, et surtout, bien plus économique. Ainsi, les porte-avions britanniques de la classe Queen Elizabeth, n’auront couté que 4 md€ chacun, pour un navire de 65.000 tonnes, à propulsion conventionnelle, dépourvu de catapultes, mais équipés d’un Skijump.

Dans cette configuration, l’exportation d’un unique porte-avions de ce type, à un client comme le Brésil, l’Égypte ou l’Arabie Saoudite, permettrait d’équilibrer la construction du second porte-avions de la Marine nationale.

Mieux encore, en intégrant au décompte, le groupe aérien embarqué au porte-avions exporté, qui devrait, en toute logique, être composé de Rafale M, et éventuellement, de drones de combat, les recettes supplémentaires générées, pourront équilibrer le financement du GAE français, voir, selon les configurations retenues, d’un second navire de même type pour la Marine nationale, pour assurer une capacité permanente à la mer.

De fait, sans remettre en question l’intérêt du PANG tel qu’aujourd’hui conçu, qui répond à des enjeux bien établis, l’hypothèse ouverte par le développement du Rafale F5 et de son drone de combat, permet de considérer des alternatives soutenables, pour effectivement doter la Marine nationale d’un second porte-avions, plus léger et à propulsion conventionnelle, répondant aux attentes du marché export.

Conclusion

L’annonce faite par Sébastien Lecornu, concernant la commande du futur Porte-avions nucléaire de nouvelle génération, à la fin de l’année 2025, constitue, sans le moindre doute, un soulagement pour la Marine nationale, et pour l’ensemble des militaires et civils, attachés au maintien de cette compétence presque unique, de la Marine nationale.

Porte-avions de nouvelle génération Sébastien Lecornu
Sébastien lecornu et emmanuel Chiva, avec le CEMM, lors de l’édition 2022 du salon Euronaval, devant la maquette du PANG.

Reste que le prix du navire, et sa propulsion nucléaire, éliminent toutes les options d’une possible exportation du navire, ce qui, par transitivité, font peser sur les finances publiques, une grande partie des couts de conception et de développement du navire.

Or, pour exploiter le potentiel offert par cet outil, et par les savoir-faires enviés de la Marine nationale et de la chasse embarquée française, dans ce domaine, un second porte-avions s’avèrera rapidement indispensable, surtout dans le contexte sécuritaire qui se dessine, pour les décennies à venir.

Dans le contexte budgétaire de la France, qui est appelé à durer probablement plusieurs années, et même plusieurs décennies, un second porte-avions ne pourra pas être un sistership au PANG, trop onéreux. Toutefois, un second modèle, plus léger, moins onéreux et exportable, pourrait rapidement atteindre un seuil d’équilibre budgétaire synonyme de soutenabilité.

Cette question ne sera pas arbitrée avant plusieurs années. Dans l’attente, la poursuite du programme PANG garantira le maintien des compétences industrielles et militaires, et le remplacement, le moment venu, du Charles de Gaulle, pour que la France continue de disposer des moyens de peser efficacement sur les océans.

Comment l’exercice Joint Sword 2024B chinois affaiblit-il les défenses de Taïwan ?

Depuis cinq ans, maintenant, Pékin a fait du déploiement de ses forces militaires autour de Taïwan, un outil, presque traditionnel, de sa diplomatie internationale, pour répondre à une « provocation », out tout au moins perçue comme telle, de la part de l’ile autonome.

Ce fut à nouveau le cas le 14 octobre. L’exercice Joint Sword 2024b, second de l’année, mobilisa 17 navires militaires de l’Armée populaire de libération, dont le porte-avions Liaoning, une force aérienne et aéronavale ayant effectué 125 sorties aériennes dans la zone d’identification aérienne de l’ile, et des forces des missiles basées à terre pour, à nouveau, simuler un blocus naval et aérien de Taïwan.

Il s’agissait, pour Pékin, de protester vigoureusement contre le discours du nouveau président taïwanais, Lai Ching-Te, ce 10 octobre, durant lequel celui-ci a notamment répété que l’ile de Taïwan n’était pas subordonnée à la République Populaire de Chine, un discours aux élans largement trop indépendantistes, pour Pékin et ses dirigeants.

Les exercices Joint Sword et le blocus de Taïwan, depuis la visite de Nancy Pelosi

Si les provocations chinoises autour de Taïwan datent, à présent, de 5 ans, celles-ci ont franchi un palier majeur à l’été 2022, à l’occasion de la visite de Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des Représentants des États-Unis, sur l’ile autonome, un camouflet pour Pékin et sa politique d’une seule Chine, établie avec Washington au début des années 70.

Type 054A Blocus de Taiwan Exercice Joint Sword 2024A
Une frégate Type 054A déployée par la Marine chinoise lors de Joint-Sword 2024 simulant le blocus de Taiwan.

Celle-ci fut négociée pour contrecarrer et affaiblir l’Union Soviétique en Asie, alors que les États-Unis sortaient très affaiblis de la guerre du Vietnam, contre la reconnaissance de l’unicité de la Chine, au dépit de l’allié taïwanais, et de la règle des neuf traits, qui aujourd’hui est au cœur de toutes les tensions en Mer de Chine du Su, et que la Chine avait subi de lourdes pertes et une cuisante défaite militaire, lors du conflit sino-soviétique de 1969.

Si, jusqu’au début des années 2010, le sujet était très secondaire, si ce n’est lorsque Pékin faisait pression sur les pays occidentaux, concernant la vente d’armes militaires à Taïwan. Mais avec l’arrivée de Xi Jinping à la tête de la République Populaire de Chine, les tensions crurent proportionnellement à la modernisation des forces de l’Armée Populaire de Libération.

Au point qu’à la fin des années 2010, après que la réunification de Hong-Kong a montré que Pékin n’avait nullement l’intention de respecter la règle l’un pays, deux régimes », les relations entre les deux États s’envenimèrent très rapidement, alors que le discours indépendantiste sur l’ile autonome, prenait de l’ampleur politique.

Washington, allié formel de Taipei, ne pouvait pas rester insensible aux demandes répétées d’un soutien américain pour cette ile qui, par ailleurs, détient des parts stratégiques du marché des semi-conducteurs à l’échelle de la planète, et qui tient, alors, dans sa main, les économies américaines, européennes et mondiales.

De fait, à compter de la fin des années 2010, les États-Unis intensifièrent leur soutien militaire à Taïwan, autorisant notamment la vente de F-16V Block 70, la version la plus moderne du chasseur américain, ainsi que de différents autres systèmes défensifs et offensifs.

F-16 Taiwan
Décollage d’un F-16 d’alerte des forces aériennes taïwanaises

Ce à quoi Pékin répliqua en organisant des démonstrations de forces d’ampleur croissante le long de la ligne de séparation jusqu’ici respectée par les deux camps, dans le détroit de Taïwan. Ce fut toutefois la visite de Nancy Pelosi, à Taipei, en aout 2022, qui mit définitivement le feu aux poudres dans ce dossier.

À compter de cette date, les démonstrations de forces de l’Armée Populaire de Libération, autour de l’ile, ne servait plus simplement à provoquer les armées taïwanaises, ou à inciter la classe politique et l’opinion publique du pays. Il s’agit, depuis cette date, de simuler la mise en œuvre d’un blocus maritime et aérien autour de l’ile, pour provoquer sa réédition, dans un exercice systématiquement baptisé Joint Sword.

Nouvelle démonstration de force ce 14 octobre, avec l’exercice Joint Sword 2024B, mobilisant 17 navires et 125 sorties aériennes en 24 h

Le dernier exercice de ce type eu lieu en avril 2024. Baptisé exercice Joint Sword 2024A, il mobilisa 19 navires militaires, 49 aéronefs dont 35 ont franchi la ligne médiane dans le détroit de Taïwan, ainsi que 16 navires de Gardes Côtes.

Ces navires avaient été déployés au large des cinq grands ports de l’ile, ainsi qu’à proximité des iles taïwanaises les plus proches des côtes de la République Populaire de Chine, de sorte à contrôler l’ensemble des trafics militaires et civils entrant et sortants de ces ports. Les forces aériennes n’interfèrent pas avec le trafic aérien de l’ile.

Toutefois, cet exercice mobilisa des forces nouvelles, notamment les avions de combat furtifs J-20, jusqu’ici écartées de ce type de mission, ou déployées de manière discrète, ainsi qu’au moins un destroyer Type 052D et un LPD Type 071. La propagande chinoise fit également état de la mobilisation de certaines unités de missiles balistiques Dong Feng, sans toutefois qu’un tir de ce type de missile ait été enregistré.

blocus de Taiwan Joint Sword 2024A CSIS
Déroulement de l’exercice Joint Sword 2024A (crédits CSIS)

Il s’agissait, déjà, en avril 2024, d’une protestation virulente de Pékin, contre le discours de prise de fonction du tout nouveau président taïwanais, Lai Ching-Te, porté au pouvoir pour ses positions indépendantistes, et son rejet de la tutelle de Pékin.

Six mois plus tard, le 14 octobre, c’est un autre discours de ce même Lai Ching-Te, qui mit à nouveau le feu aux poudres. Une fois encore, le président taïwanais réitéra sa détermination à ne pas céder au chantage militaire venu de de République Populaire de Chine, assurant que l’ile de Taïwan était déjà chinoise, mais pas inféodé à la RPC.

Cette fois, L’APL déploya 15 navires militaires, dont le porte-avions Liaoning, qui était positionné à l’est de l’ile, comme pour se positionner afin de faire face à une éventuelle flotte américaine venue lever le blocus chinois.

En outre, le porte-avions et les forces aériennes basées à terre de la Marine et de l’APL, réalisèrent 125 sorties aériennes autour et face à l’ile autonome, un record en une seule journée. Taipei précise avoir déployer ses propres avions et navires, pour observer les exercices chinois, et affirme que l’espace aérien et les eaux territoriales taïwanaises, n’ont jamais été franchies par le dispositif militaire de l’APL.

Les 5 grands ports taïwanais directement sous la menace d’une flottille de la Marine chinoise

Comme en avril dernier, les déploiements navals et aériens de l’APL, étaient positionnés face aux cinq grands ports, et six grands aéroports de l’ile, de sorte à montrer la capacité des armées chinoises, pour bloquer tout le trafic naval et aérien entrant et sortant de l’ile, sur des délais particulièrement courts.

Joint Sword 2024 flotilles
Positions des flotilles chinoises durant les exercices Joint Sword

Il n’a, en effet, fallu que 4 jours à l’APL pour déployer son dispositif aérien et ses flottilles navales, autour de l’ile. Même si le contenu du discours de Lai Ching-Te, et la réponse de Pékin, pouvaient être anticipé, au moins dans leurs grandes lignes, il n’en demeure pas moins que mobiliser une telle flotte, d’ont un porte-avions avec son groupe aéronaval et son groupe aérien embarqué, révèle une réactivité qu’il faut désormais prendre en compte, dans la planification de Taïwan et de ses alliés.

Ainsi, une flottille s’est positionnée au nord de l’ile, face à Keenlung et son port, l’un des plus importants de l’Asie du Sud-Est, et bloquant le contournement nord de l’ile. À une cinquantaine de miles au sud-ouest de celle-ci, s’est positionné une seconde flottille, bloquant l’accès nord au détroit de Taïwan, et faisant peser une menace directe du Taipei, et notamment sur son aéroport.

Une troisième flottille chinoise a été d’éplorée au centre de la ligne de démarcation du détroit de Taïwan, face à la ville de Taichung, seconde ville du pays avec 2,8 millions d’habitants, et où se situe, notamment, le fondeur TSMC. La quatrième flottille chinoise était située à l’entrée sud du détroit, face au port de Kaohsiung, et à la base navale de Zuoying.

Enfin, deux flottilles ont été déployées sur la façade Est de l’ile, une face à Taitung, l’autre face à Hualien, les deux villes les plus importantes de cette façade océanique taïwanaises. Hualien est un port stratégique pour les importations énergétiques de l’ile. En outre, comme évoqué précédemment, ce déploiement permet de faire face, au besoin, à une tentative venu de l’est, du nord (via les iles japonaises), ou du sud (venant de Guam), pour briser le blocus chinois.

Un dispositif répétitif destiné à mettre Taipei sous pression, et à surprendre les armées taïwanaises et leurs alliés américains, le moment venu

La stratégie répétitive menée par l’APL, donne certes certaines indications, quant aux probables objectifs et moyens de Pékin, si une opération militaire devait être engagée contre Taïwan. Spécifiquement, tout porte à croire, que la stratégie choisie, dans une telle hypothèse, sera le recours à un blocus naval et aérien, et non l’assaut aéro-amphibie, même si l’hypothèse ne peut être écartée.

J-20
Le J-20 dispose d’un système de capteurs destiné à explorer le spectre électromagnétique qui l’entoure.

La répétition permet, en outre, à l’APL d’accumuler de précieuses informations quant aux moyens déployés par les armées taïwanaises, y compris en matière de détection et de défense aérienne, et de batteries côtières, ainsi qu’au sujet de la réactivité observée de ses forces aériennes, navales et terrestres. Le spectre électromagnétique est également scruté, pour configurer, le cas échéant, les brouilleurs et munitions antiradiations.

En outre, la répétition de ces « exercices » permet de créer, du côté des armées comme de la classe politique taïwanaise, une certaine routine. Plus la routine sera ancrée dans les esprits, plus le passage à l’acte, qui débutera très certainement de la même manière que ces exercices Joint Sword, aura le potentiel de surprendre les défenseurs de l’ile.

Rappelons aussi que le dispositif observé ne constitue qu’une partie des moyens effectivement déployés par l’APL, autour de l’ile. Notamment, le déploiement des sous-marins, nucléaires ou conventionnels, de la Marine chinoise, demeure, le plus souvent, parfaitement ignoré.

Le tapage de surface, et la distance proche entre les flottes des deux pays, empêche l’exécution de procédures de recherche ASM efficace, permettant aux submersibles chinois, potentiellement, d’explorer les axes les plus efficaces, pour se positionner face aux ports taïwanais, ou pour protéger les flottes orientales, face à une éventuelle poussée de l’US Navy.

Reste, enfin, qu’on ne peut exclure que ces exercices permettent à l’APL de recueillir de nombreuses informations, par ailleurs étalées dans le temps, avec une saisonnalité et une météo différente, pour mener une vaste opération aéro-amphibie contre l’ile, en localisant les sites de posé et de débarquement les plus susceptibles d’accueillir les premières forces, afin d’établir une tête de pont, peut-être en saisissant un port en eau profonde.

Conclusion

On le comprend, ces exercices répétés, ne constituent, en rien, une démonstration de force stérile contre Taïwan. Chacun d’eux rapporte ainsi beaucoup plus d’informations sur les défenses et la géographie spécifique de l’ile, que sur les navires et aéronefs chinois eux-mêmes.

Mirage 2000 forces aériennes taiwanaises
Les chasseurs des forces aériennes taïwanaises sont souvent plus âgés, et disposent d’un potentiel de vol déjà largement érodé, en comparaison des avions de l’APL.

En outre, ils tendent à maintenir sous pression les défenseurs taïwanais, et aux forces armées de l’ile, tant à se dévoiler, qu’à user le potentiel de leurs avions de combat, bien moins nombreux, et beaucoup plus âgés, que les modèles mis en œuvre, ici, par les forces aériennes chinoises.

Enfin, la routine qui s’installe, autour de ces déploiements, rendra d’autant plus surprenant le futur, et désormais presque inévitable passage à l’acte, de l’APL, pour réintégrer de force l’ile autonome à la République Populaire de Chine.

Paradoxalement, l’US Navy, pas plus que l’US Air Force, ne semblent avoir reçu pour instruction de répondre à ces démonstrations de forces, par des déploiements en miroir. Il s’agit, très certainement, d’éviter de provoquer inutilement Pékin, que l’on sait très épidermique dans ce dossier.

Il est vrai que l’absence de déploiement de forces de l’OTAN, dans les pays d’Europe orientale, lorsque la Russie commença à déployer ses propres forces aux frontières de l’Ukraine, sous couvert d’exercices, eux aussi, répétitifs, à donner d’excellents résultats…

De l’Aster 15 au B1NT, l’épopée du meilleur missile antiaérien du moment

Ultime représentant d’un programme qui remonte à l’Aster 15 et aux années 90, rien ne distingue l’Aster B1NT lancé ce jour, du B1 en service au sein des batteries SAMP/T Mamba, de l’Armée de l’air et de l’espace.

C’est pourtant bien un tout nouveau missile qui a été lancé, pour la première fois, ce 8 octobre, sur le site d’essais des Landes de la DGA, à Biscarrosse en présence du ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, et le Délégué Général à l’Armement, Emmanuel Chiva, ainsi qu’un parterre de journalistes spécialisés. Autant dire que la pression était à son comble pour les équipes du missilier MBDA, concepteur du missile, à quelques minutes du tir.

Fort heureusement, ce premier tir contre un drone cible qui évoluait à vitesse subsonique élevée à 6000 mètres d’altitude, et à 20 km de distance, s’est parfaitement déroulé, et s’est conclu par un impact direct de la cible, entrainant sa complète destruction. Il en faudra encore plusieurs autres pour qualifier l’Aster 30 B1NT afin d’équiper, d’abord, les nouveaux systèmes SAMP/T NG commandés par les armées françaises et italiennes, puis les frégates FDI et PPA de leurs deux marines.

Ce processus, le missilier MBDA le connait bien, lui qui a conçu, et développé, avec la coentreprise Eurosam formée par MBDA et Thales, cette famille de missiles antiaériens exceptionnels, qui ne cessent de montrer des qualités opérationnelles hors norme depuis leur entrée en service, il y a 24 ans de cela.

Tout commença par un programme pour remplacer les MIM-23 Hawk français et allemands

L’origine du missile Aster se trouve au début des années 80, lorsque Paris et Bonn lancèrent une étude préalable, en vue de développer un remplaçant européen aux systèmes MIM-23 Hawk, en service au sein de l’Armée de Terre et de la Bundeswehr.

MIm-23 hawk
Au milieu des années 80, les armées européennes commencèrent à s’interroger concernant le remplacement de leurs systèmes antiaériens MIM-23 Hawk.

Le programme attira rapidement l’attention d’autres pays européens, dont l’Italie qui devait également remplacer ses Hawk et ses Nike Hercuie, et le Royaume-Uni, pour remplacer ses missiles sol-air à moyenne et longue portée Bloodhound.

En outre, le besoin de remplacer les Masurca, SM1-MR, Seaslug et SeaDart en service à bord des frégates et destroyers des quatre marines, s’invita dans la réflexion. Rapidement, toutefois, l’Allemagne prit ses distances avec ce programme européen, pour se tourner vers des systèmes américains, Patriot pour les forces terrestres, et SM-2 pour ses frégates.

Côté britannique, la fin de la menace soviétique entraina tout simplement le retrait des BloodHound en 1991, sans qu’il soit prévu de les remplacer, la British Army estimant pouvoir se satisfaire de ses nouveaux systèmes Rapier à courte portée face à la réalité constatée de la menace.

De fait, lors de la signature du Mémorandum of Understanding, en 1989, actant le lancement de la conception du missile Aster, seules la France et l’Italie restaient en lice, même si Londres continuait de s’intéresser à la version navale.

2000 : L’Aster 15 pour protéger le porte-avion Charles de Gaulle de la Marine nationale

Si, dès le début des travaux, deux versions du missile étaient envisagées, le premier à longue portée, au-delà de 100 km, l’autre pour remplacer les systèmes d’autodéfense à courte portée Crotale Naval et Aspide, c’est cette dernière version qui fut développée en priorité, dans le cadre du système SAAM, pour Système Anti-air missile. Elle devait armer, en priorité, le nouveau porte-avion nucléaire français, le Charles de Gaulle qui entrerait en service en 2000.

Aster 15 PAN Charles de Gaulle
Lancement d’un Aster 15 du PANG Charles de Gaulle

Le SAAM comprenait un radar Arabel de Thales (qui s’appelait alors encore Thomson CSF jusqu’en décembre 2000), le nouveau système de lancement vertical VLS Sylver 43 de DCNS, et le missile surface-air Aster 15. Long de 4,2 mètres pour une masse de 310 kg, le nouveau missile affichait une portée de 30 km, et un plafond donné à 13 km.

Sa vitesse de Mach 3, associée à un système de pilotage en force PIF-PAF, et à un autodirecteur radar, conférait à l’Aster 15 une très grande efficacité, mainte fois démontrées lors des essais avec un taux d’impact sur cible supérieur à 95 %, contre tous les types de cibles du moment, allant de l’avion de chasse à l’hélicoptère, en passant par le missile antinavire à trajectoire rasante ou le missile de croisière antinavire supersonique à trajectoire plongeante.

Avec 32 missiles prêts au tir à son bord, jamais un porte-avions français n’aura été aussi bien protégé que le Charles de Gaulle, y compris pour faire face à de potentielles attaques de saturation, telles qu’envisagées pendant la guerre froide.

2008 : L’Aster 30 pour les frégates de défense aériennes classe Horizon franco-italiennes

Les excellentes performances de l’Aster 15, notamment en termes de PK (Probability of Kill), lors des essais, ont rapidement convaincu MBDA de developper le missile à moyenne portée de la famille sur la même base.

Frégate défense aérienne Forbin
Le système PAAMS de la frégate de défense aérienne Forbin, classe Horizon, se compose de 6 systèmes Sylver 50 poyr 48 silos verticaux pouvant accueillir des Aster 15 ou 30.

C’est ainsi que naquit, peu de temps après, l’Aster 30, qui n’est autre qu’un Aster 15 équipé d’un booster 70 cm plus long. Le nouveau missile de 4,9 mètres et 450 kg, atteignait la vitesse de Mach 4.5, pour une portée supérieure à 100 km. Il fut rapidement sélectionné par Paris, Rome et Londres pour équiper leurs nouveaux destroyers antiaériens de la classe Horizon, avant que la Royal Navy ne décide de concevoir son propre destroyer antiaérien, qui deviendra le Type 45, tout en restant fidèle aux missiles Aster.

Pour exploiter les nouvelles performances de l’Aster 30, un nouveau système naval fut conçu, le PAAMS, pour Principal Anti-Air Missile System, conçu au sein d’une coentreprise entre Eurosam, la coentreprise franco-italienne qui développa l’Aster 15, et UKAMS, une filiale britannique de MBDA.

Le PAAMS se compose du VLS SYLVER 50 de DCNS (aujourd’hui Naval Group), d’une longueur de 5 mètres pour accueillir les 4,9 m de l’Aster 30, ainsi que du radar EMPAR italien pour les frégates françaises et italiennes de la classe Horizon, et du radar SAMPSON, de BAe Systems maritime, pour les destroyers britanniques Type 45.

L’association de ces radars PESA rotatifs et des missiles Aster 15 et 30, permit aux destroyers et frégates de défense aérienne des trois marines européennes de se doter d’une capacité d’engagement à longue portée simultanée allant jusqu’à 16 cibles.

Déârt d'un missile Aster à bord d'un destroyer britannique Type 45 en mer Rouge
Tur d’un Aster 30 du système Sea Viper contre un missile balsitique houthis à bord d’un destroyer Type 45 de la Royal Navy.

Si le PAAMS, baptisé Sea Viper outre-manche, n’avait pas les performances d’engagement simultané du système AEGIS des destroyers Arleigh Burke et croiseurs Ticonderoga de l’US Navy, capables d’engager, théoriquement, jusqu’à 200 cibles, cette nouvelle capacité surpassait très nettement les performances des systèmes à guidage semi-actif comme le SM-1MR, Masurca et Sea Dart, qui équipaient les destroyers antiaériens français, britanniques et italiens jusque-là.

En outre, l’Aster 30 s’est rapidement avéré aussi performant, en matière de taux d’interception, que son petit frère, l’Aster 15, avec un taux d’impact (et non de simple destruction), largement supérieur à 90 %, même lors des tirs en conditions dégradées (limites de plafond, de distance, cibles supersoniques manoeuvrantes, faible surface radar..).

Ainsi, là où le système AEGIS, basé sur le missile SM-2, préconise le tir de 2 missiles par cible, dans une logique dite « Shoot-Shoot-See », le PAAMS et l’Aster 30 permet d’appliquer une doctrine « Shoot-See-Shoot », qui attend de vérifier la destruction de la cible par le premier tir, avant, éventuellement, d’en engager un second en cas d’échec du premier missile. De fait, pour un taux de destruction identique, l’Aster 30 et le PAAMS, consomment deux fois moins de missiles que l’Aegis américain.

2010 : Première capacité antibalistique avec l’Aster 30 B1 pour le système SAMP/T Mamba

Concomitamment au développement du PAAMS pour les frégates et destroyers, Paris et Rome entreprirent, au début des années 2000, celui du système Surface-Air Moyenne Portée / Terre, ou SAMP/T (prononcez « sampté »), pour remplacer les MIM-23 Hawk en services dans les armées des deux pays.

Système SAMP/T Mamba missile Aster 30
Tir d’un missile Aster 30 B1 par le système SAMP/T Mamba

Pour l’occasion, le système était équipé du même radar Arabel que celui mis en œuvre à bord du PAN Charles de Gaulle, pour le SAAM. Un Transporteur-Érecteur-Lanceur (TEL) à 8 missiles, un module de commande, pouvant contrôler jusqu’à 6 TEL, et un module de réparation, complètent le SAMP/T, qui sera baptisé Mamba par l’Armée de l’Air, qui met en œuvre ces systèmes en lieu et place de l’Armée de Terre en France.

Pour l’occasion, une nouvelle version de l’Aster 30 fut développée. Baptisée Aster 30 B1, ce missile se caractérise, notamment, par une capacité antibalistique contre des missiles de type SRBM (Short Range Ballistic Missile) d’une portée inférieure à 600 km, et une nouvelle charge militaire double, l’une spécialisée pour la destruction des aéronefs et missiles de croisière, et l’autre, pour la destruction des imposants missiles balistiques.

Ainsi, tous les systèmes SAMP/T français, italiens et singapouriens, sont équipés exclusivement de ces missiles Aster 30B1. En outre, tous les Aster 30 livrés aux forces navales, depuis 2010, sont également à ce même standard. Toutefois, les frégates Horizons, FREMDA (classe Alsace) et une partie des FREMM (Classe Aquitaine) dotées de Sylver 50, n’ayant pas été modernisées pour mettre en oeuvre spécifiquement ce missile, la double charge différenciée n’est toujours pas exploitée, à ce jour, en antibalistique.

À l’instar des essais sur les cibles aérodynamiques, les tirs d’essais de l’Aster 30 B1 contre des cibles balistiques, ont montré l’excellente tenue du missile, avec un taux d’impact toujours supérieur à 90 %, que ce soit pour le SAMP/T, mais aussi pour les versions navales.

radar Arabel
Radar Arabel du système SAMP/T

L’interception de missiles antinavires balistiques Houthis par la frégate Alsace, puis par un destroyer britannique Type 45, ont confirmé les performances exceptionnelles de ce missile d’une polyvalence rare, y compris contre des missiles balistiques en conditions réelles, avec, là encore, un PK hors norme, alors même que ni les frégates classe Alsace françaises, ni les destroyers Type 45 britanniques, ne sont qualifiés en antibalistique, à proprement parler.

2024 : Capacités antibalistiques et MARV avec l’Aster 30 B1NT pour SAMP/T NG

L’Aster 30 B1NT, qui a été tiré pour la première fois, ce 8 octobre, représente la nouvelle évolution du missile antiaérien et antibalistique franco-italien. Comme évoqué précédemment, si l’aspect extérieur du missile demeure inchangé, car très efficace, presque tout, à l’intérieur de celui-ci, a été modifié.

Ainsi, le B1NT emporte un nouvel autodirecteur radar disposant d’un faisceau plus étroit, mais beaucoup plus puissant, lui permettant de détecter et suivre à plus grande distance ses cibles, y compris celles disposant d’une surface radar réduite, comme les cibles furtives, ou les MARV (MAneouvrable Reentry Vehicle), les ogives manoeuvrantes libérées par certains missiles balistiques à moyenne portée, comme le désormais célèbre Fattah iranien, le DF-21D chinois, ou le Huynmoo-2C sud-coréen.

Le missile s’appuie, entre autres, sur un module d’intelligence artificielle, pour anticiper les manœuvres de la cible, de sorte que celle-ci ne sorte pas de l’étroit faisceau radar de l’autodirecteur actif. Enfin, si le B1NT conserve les capacités de manœuvre déjà très élevées du B1, il voit sa portée étendue « au-delà de 150 km », ainsi que son plafond, lui conférant un périmètre de protection, ou « foot-print », deux fois plus étendu que celui du B1.

Ainsi, une batterie SAMP/T NG, armée du missile Aster 30 B1NT, suffit à protéger une grande agglomération de la taille Paris, à la fois contre les menaces aérondynamiques, et contre les menaces balistiques et hypersoniques, ayant une portée inférieure à 1500 km.

missile Kinzhal
Le Kinzhal, comme tous les missiles hypersoniques de première génération, et les missiles balistiques équipés de MARV, seront traités par l’Aster 30 Block 1NT

Pour exploiter les performances du nouveau missile, il fallait un nouveau système. C’est le SAMP/T NG, dont la commande officielle a été annoncée par Paris et Rome, il y a peu. Celui-ci s’appuie sur un module de commande entièrement modernisé, et surtout sur un nouveau radar, le Kronos de Leonardo, pour les systèmes italiens, et le GM300, de Thales, pour l’Armée de l’Air et de l’Espace française.

En outre, le SAMP/T NG permettra d’intégrer des TEL VL MICA et CAAM, pour le transformer en véritable système antiaérien et antibalistique multicouche capable d’intercepter des cibles aérodynamiques, comme des avions, des hélicoptères et des missiles de croisière, ainsi que des cibles balistiques MRBM (Medium Range Ballistic Missile) d’une portée inférieure ou égale à 1500 km, et de systèmes hypersoniques de première génération et/ou équipés de MARV, comme le Kinzhal (déjà à la portée du SAMP/T selon de nombreux échos), le Tzirkon et le DF-21D.

Contrairement au B1, le B1NT sera pleinement intégré en version navale, notamment dans le cadre de la refonte à mi-vie des frégates de la classe Horizon françaises et italiennes, qui recevront le radar Kronos italien pour l’occasion, ainsi qu’à bord des PPA italiennes dans leur version lourde.

En revanche, l’évolution des FREMDA et FREMM équipées de SYLVER 50 et du radar Herakles, pourtant très capable, comme concernant les FDI et leur radar Sea Fire 500, n’a pas encore été notifiée aux industriels jusqu’à présent. Gageons que cela interviendra bientôt, eu égard à l’évolution des menaces de type Anti-Ship Ballistic Missile, ou AShBM, constatée en mer Rouge.

2027 : L’Aster 15 EC pour renforcer les capacités d’autodéfense des porte-avions et frégates

Au début de l’année 2024, Eurosam a annoncé le développement d’une nouvelle version de son premier-né, l’Aster 15. Baptisé Aster 15 EC, cette nouvelle mouture verra les performances du missile doublées, avec une portée étendue au-delà de 60 km. Ses systèmes de manœuvre et son autodirecteur seront, eux aussi, modernisés.

Frégate classe Formidable Singapour
Les 6 frégates singapouriennes de la classe Formidable sont équipées de missiles Aster 15

Exclusivement naval, l’Aster 15 EC doit entrer en service en 2027, pour équiper, à nouveau, le porte-avions Charles de Gaulle, à l’occasion de sa troisième IPER (indisponibilité Périodique). Le navire français recevra, pour cela, le nouveau radar AESA plaque Sea Fire 500 de Thales qui équipe déjà les frégates FDI, en lieu et place de l’Arabel, pour exploiter les nouvelles performances du missile.

Le Charles de Gaulle n’est pas la seule cible visée par MBDA et Eurosam, avec l’Aster 15 EC. En effet, outre le porte-avions de la Marine nationale, le porte-aéronef Cavour de la Marina Militare, les frégates FREMM des deux flottes, les FREMM exportées en Égypte, au Maroc et en Indonésie, ainsi que les frégates classe Al Ryaiadh saoudiennes, le LPD Kalaat Béni Abbes algérien, les corvettes classe Al Zubarah qataris et les frégates singapouriennes classe Formidables, soit près d’une vingtaine de navires qui sont, eux aussi, équipés d’Aster 15, et de Sylver 43.

La plupart de ces navires devant entamer, dans les années à venir, une phase de modernisation, l’Aster 15 EC constituera une plus-value majeure permettant d’accroitre sensiblement leurs capacités d’autodéfense, mais aussi, pour certains, leurs capacités d’escorte, y compris face aux menaces émergentes, comme les missiles de croisière supersoniques.

Une saga loin d’avoir atteint son apogée pour la famille Aster et MBDA

Avec l’Aster 30 B1NT, et l’Aster 15 EC, l’aventure de cette famille de missiles sol-air et surface-air, débutée il y a plus de 30 ans maintenant, est encore loin de devoir s’étioler. En outre, il est très probable qu’à l’instar des évolutions déjà effectuées, d’autres versions se profiteront à l’avenir, pour répondre à l’évolution des menaces, sur terre comme en mer.

programme HYDIS
Le programme HYDIS vise à developper l’intercepteur hypersonique du programme TWISTER.

Bien que n’étant pas, à proprement parler, développé par Eurosam, le programme européen HYDIS, piloté par MBDA France et Leonardo, en constituerait un prolongement logique. Intégré au programme européen TWISTER, qui doit, à horizon 2030-2035, doter l’Europe d’une capacité de détection précoce, de suivie et d’interception des menaces balistiques et hypersoniques, Hydis porte sur l’étude de l’intercepteur hypersonique, conçu spécifiquement pour détruire les planeurs hypersoniques, en phase de transit et de planée.

Reste que la polyvalence des missiles de la famille Aster, aussi performants dans leur version terrestre, face au Patriot PAC, que navale, face au SM-2 et au SM-6, tout en étant moins onéreux que chacun ces deux missiles, atteste de l’efficacité du modèle initial, qui, au final, n’aura que très peu évolué jusqu’ici.

L’arrivée du SAMP/T NG, doté d’un radar considérablement plus puissant et performant que l’Arabel du Mamba, et de l’Aster B1NT, offrant notamment des capacités d’interception contre des missiles hypersoniques de première génération (Kinzhal, Tzirkon, DF-21D..), avec un PK sans équivalent, permettant le tir d’un unique missile par cible, devrait, on peut l’espérer, permettre à Eurosam de s’imposer, enfin, face au Patriot américain.

Quant aux versions navales B1NT et 15 EC, avec une telle polyvalence et une telle efficacité, elles permettront d’égaler, voire surpasser, les performances les SM-2 et SM-6 les plus évolués, et offrent un équivalent VLS presque doublé par rapport à l’AEGIS américain.

FDI Kimon Marine hellenique
Pour un prix et une empreinte humaine trois fois inférieure à celle d’un destroyer Arleigh Burke, les nouvelles FDI offrent une capacité de défense aérienne presque identique, du fait des meilleures performances de l’Aster 30/B1/NT face au SM2 américain, permettant de ne tirer qu’un missile par cible, contre deux pour le système américain.

Ainsi, une FDI de 4500 tonnes, une frégate à vocation anti-sous-marine emportant 32 Aster 30, fera jeu égal, en matière d’escorte antiaérienne, avec un destroyer Arleigh Burke, dont les 96 silos verticaux n’emportent que 64 SM-2, mais tirés nécessairement par 2. Et que dire de 3 FDI, qui ont la même empreinte budgétaire (2,4 Md€), et en matière de ressources humaines (300 membres d’équipage), qu’un unique Burke Flight III, pour une capacité d’escorte presque doublée, avec, pour 3 Sylver 50 et 1 Sylver 70 par navire, l’équivalent de 144 SM-2 et 24 MdCN ?

Dans tous les cas, même si le SAMP/T n’a, à ce jour, probablement pas eu le succès qu’il méritait sur la scène internationale, il ne fait guère de doutes que l’aventure Aster constitue un des meilleurs exemples d’une coopération européenne pleinement réussie, parvenue à doter les armées et marines françaises et italiennes d’une défense antiaérienne et antibalistique entièrement souveraine, par ailleurs remarquablement efficace, dans le cadre d’une coopération constructive et efficacement pilotée. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Des militaires de Corée du Nord auraient été tués dans le Donbass

Depuis le début de l’offensive contre l’Ukraine, en février 2022, peu de pays ont fait preuve d’autant de fidélité et de soutien vis-à-vis de la Russie, que la Corée du Nord. D’un premier soutien politique, au début du conflit, au transfert de missiles balistiques à courte portée, ces derniers mois, Pyongyang n’a eu de cesse d’apporter à Moscou, tout le soutien possible, dans ce conflit, y compris en se désolidarisant de Pékin à plusieurs reprises.

Le transfert de missiles balistiques Hwasong-11A, ou KN-23, à partir du début de l’année 2024, semblait constituer un plafond au-delà duquel Pyongyang ne pourrait aller, pour épauler les forces armées russes en Ukraine.

Ces dernières semaines, toutefois, certaines informations ont filtré venant des services de renseignement ukrainiens, faisant état de la présence de soldats nord-coréen, à proximité des lignes d’engagement. Une information qui a pris beaucoup de crédits depuis quelques jours, maintenant que Kim Yong-hyun, le ministre de la Défense sud-coréen, a confirmé la mort de plusieurs militaires nord-coréens, lors d’une frappe d’artillerie ukrainienne, dans le Donbass.

Le soutien militaire de la Corée du Nord à Moscou n’a cessé d’augmenter depuis le début du conflit en Ukraine

Après plus de deux décennies, durant lesquelles Moscou s’était aligné sur les positions occidentales, concernant la Corée du Nord, notamment en matière de sanctions et l’interdiction de livrer au pays, armes et technologies de défense, les deux pays renouèrent des relations privilégiées, à partir de 2019, et la première visite de Kim Jong Un à Vladivostok, pour y rencontrer son homologue russe, Vladimir Poutine.

Kim Jong-Un Vladimir Poutine juin 2024 pyongyang
Rencontre de Kim jong Un et Vladimir Poutine a Pyongyang en juin 2024

Ce fut toutefois la posture nord-coréenne en soutien à la Russie, à l’assemblée des Nations Unies, au début de l’invasion russe de l’Ukraine, que les relations entre Pyongyang et Moscou, franchirent une étape décisive, vers un rapprochement désormais proche de l’alliance militaire de fait.

Ainsi, dès l’été 2022, des rumeurs faisaient état de négociations entre les deux pays, au sujet de l’acquisition de plusieurs centaines de milliers d’obus d’artillerie et de roquettes, pour soutenir l’effort de défense russe, les deux armées partageant les mêmes standards d’équipements dans ce domaine.

Les observations satellites de l’étroite frontière entre les deux pays, montrèrent, à partir du mois d’octobre 2022, des premiers trains lourdement chargés de munitions, transitant de Corée du Nord vers la Russie. Flux qui ne s’est jamais tarie depuis.

En septembre 2023, Kim Jong Un se rendit en personne en Russie, dans le cadre d’une visite organisée par le Kremlin. Le chef d’État nord-coréen visita notamment, à cette occasion, l’usine d’aviation Komsomolsk. Il rencontra, à l’occasion d’un long entretien de quatre heures, le président russe, en marge du Forum Économique de l’Est, qui se veut la réponse aux rencontres de Davos, pour les pays de l’Eurasie.

KIm jong un Su-57 Moscou septembre 2023
Kim Jong Un dans un cockpit de Su-57 lors de sa visite en Russie en septembre 2023

Quelques mois plus tard, à partir de mars 2024, les premières observations d’utilisation de missiles balistiques KN-23, d’une portée de 900 km, et très inspirés de l’Iskander russe, furent réalisées en Ukraine. Depuis, le nombre de missiles nord-coréens envoyé contre l’Ukraine, n’a cessé de croitre.

Enfin, en juin 2024, c’est le président russe Vladimir Poutine, qui s’est rendu à Pyongyang, pour une visite d’état très attendue des autorités nord-coréennes. Cette visite donna lieu à de nombreuses célébrations dans le pays, et fut largement exploitée médiatiquement, en particulier par Kim Jong Un. Toutefois, il ne semblait pas, jusqu’à présent, que celle-ci avait entrainé une évolution dans le soutien militaire nord-coréen à la Russie.

Selon le ministre de la Défense sud-coréen, des militaires nord-coréens auraient bien été tués en Ukraine

Cette évolution a peut-être émergé, ces dernières semaines. En effet, plusieurs rapports, en provenance des services de renseignement ukrainiens, semblaient indiquer la présence accrue de militaires nord-coréens, à proximité des lignes d’engagement, aux côtés des forces russes.

En l’absence de confirmation officielle, l’information n’avait, jusqu’ici, pas fait grand bruit. Cela pourrait, à présent, être le cas. En effet, le ministre de la Défense sud-coréen, Kim Yong-hyun, a confirmé l’information selon laquelle plusieurs soldats nord-coréens avaient été tués, à l’occasion d’une frappe d’artillerie ukrainienne, contre des positions d’artillerie russes dans le Donbass.

missiles balistiques KN-23 Corée du nord
Missile balistique KN-23 ou Hwasong-11a nord-coréen

« Nous pensons qu’il y a eu des pertes et des blessés nord-coréens en Ukraine« , a-t-il déclaré aux parlementaires sud-coréens, insistant sur le fait que les recherches effectuées par son ministère, confirmeraient la présence de militaires nord-coréens, en Russie.

« Il est très probable que la Corée du Nord enverra des troupes pour aider la Russie en Ukraine« , ajouta-t-il, avant de conclure « Les relations entre la Russie et la Corée du nord évoluent vers une alliance militaire de fait. Dès lors, des troupes nord-coréennes pourraient prochainement être envoyées en Ukraine« .

L’inquiétude monte concernant les compensations obtenues par Kim Jong Un, pour son soutien à la Russie

Les pertes nord-coréennes dans le Donbass, confirmées par Séoul (sans toutefois en apporter la preuve), peuvent s’expliquer au-delà du déploiement de troupes aux côtés des forces russes.

On peut penser, notamment, à l’accompagnement des munitions nord-coréennes vers la ligne d’engagement, voire à l’assistance dans leur mise en œuvre, aux côtés des forces russes. Il est d’ailleurs très probable que des formateurs occidentaux fassent de même aux côtés des forces ukrainiennes, pour la mise en œuvre, et la maintenance des équipements transférés vers Kyiv.

Sous-marin romeo nord-coréen
Les nouveaux sous-marins nord-coréens sont des copies des modèles Romeo soviétiques datant des années 50

Cependant, ces révélations confirment l’implication croissante de Pyongyang aux côtés de Moscou dans ce conflit, et le risque de voir, à terme, des forces nord-coréennes venir soutenir directement les forces russes, pour emporter la décision.

Pour Séoul, cette hypothèse serait des plus problématiques. En effet, si, aujourd’hui, il est possible de suivre l’implication de la Corée du Nord aux côtés de la Russie, très peu d’informations ont filtré, au sujet des compensations obtenues par Pyongyang, pour cet effort de plus en plus important.

Il est, ainsi, exclu de penser que cette participation nord-coréenne soit désintéressée, ou simplement pour s’attirer les bonnes grâces de Vladimir Poutine. En outre, les armées nord-coréennes, souffrent de très nombreuses obsolescences, face aux armées du sud et leurs alliés américains, obsolescences qui bénéficieraient grandement de matériels et des technologies russes.

C’est notamment le cas dans le domaine des sous-marins, qui devient critique dans la confrontation latente entre les deux Corées, pour que chaque camp dispose d’une véritable capacité de seconde frappe. Or, les sous-marins nord-coréens sont dérivés de modèles Tango et Romeo soviétiques datant des années 50, très peu performants, et surtout, très peu discrets, donc à la merci des KSS-I (Type 209), KSS-II (Type 214) et, dans une moindre mesure, des KSS-III (Dosan Anh Changho) sud-coréens, ces derniers n’étant pas conçus pour la fonction de hunter-killer.

Su-35s
La livraison de chasseurs évolués, comme le Su-35se, à la Corée du nord, par la Russie, modifierait sensiblement le rapprot de force en Corée, et l’applicabilité de la doctrine « trois axes » sud-coréennes, pour contenir la menace nucléaire nord-coréenne.

C’est également le cas dans le domaine des défenses aériennes, indispensable pour que Pyongyang puisse contenir la puissance aérienne sud-coréenne et américaine, en cas de conflit. C’est enfin encore plus critique, concernant la flotte de chasse nord-coréenne, sont l’avion de combat le plus évolué demeure une poignée de Mig 29 de première génération faiblement équipés.

C’est toutefois dans le domaine de la dissuasion, et notamment la miniaturisation des têtes, et l’intégration des têtes d’entrées à trajectoire indépendante MIRV, que les craintes sont les plus importantes, en particulier pour les Etats-Unis.

En effet, étant donné l’importance de l’assistance nord-coréenne constatée, vers la Russie, on peut penser, à présent, que ces compensations sont, ou seront particulièrement élargies, avec le potentiel de profondément bouleverser le rapport de force sur la péninsule coréenne.

C’est bien ce sujet qui inquiète, aujourd’hui, tant Séoul que Washington, et Tokyo, sachant que la Russie a tout intérêt à créer des zones de fortes tensions, voire de conflits, provoquant l’engagement des forces américaines, afin de les amener à diviser leurs moyens, et ainsi de lever la pression qu’elles pourraient, autrement, concentrer sur elle seule, en Europe.

HS-16B Corée du Nord kim jong Un
missile balsitique hypersonique HS-16b lors des essais. On ignore si ce modèle est effectivement opérationnel, au sin des armées nord-coréennes, ou pas.

On comprend, également, le manque d’enthousiasme de Pékin dans ce dossier, qui pourrait amener à l’augmentation des moyens américains, mais aussi japonais, sud-coréens, australiens, philippins et même, européens, dans le Pacifique occidental, ce qui ne pourra qu’entraver davantage sa liberté d’action autour de Taïwan.

Conclusion

Les révélations de Kim Yong-hyun, ne changent pas fondamentalement la réalité géopolitique, ni les rapports de forces, qui déterminent l’évolution du conflit en Ukraine. Cependant, la présence de militaires nord-coréens, à proximité des lignes d’engagement, indique qu’une nouvelle étape a été franchie dans le rapprochement entre Pyongyang et Moscou, et dans l’alliance militaire de fait, qui en émerge.

Surtout, cette évolution tend à accroitre, encore davantage, les inquiétudes entourant les compensations promises par Vladimir Poutine, pour le soutien que Kim Jong Un et les armées nord-coréennes, lui apportent, compensations qui pourront, très probablement, altérer, dans les années à venir, le rapport de force sur la péninsule coréenne.

Reste à voir, à présent, la solidité de cette alliance émergente russo-coréenne, et la manière dont le chef du Kremlin, entend la mettre en œuvre, pour renforcer ses positions sur les autres théâtres, en particulier en Europe.

Car, au final, il ne fait guère de doutes que cette transformation servira, avant tout, les intérêts géopolitiques russes, même si les relations entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un, seront certainement d’une tout autre nature, que celle qu’il entretient avec son autre allié fidèle, le Biélorusse Alexandre Loukachenko.

L’effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l’OTAN

Après une longue période de sous-investissement dans les armées, après la fin de la guerre froide, l’effort de défense représente, à nouveau, un enjeu majeur, pour de nombreux pays en Europe, en particulier depuis le début de la guerre en Ukraine, et la montée des tensions avec la Russie.

Pour autant, cet effort de défense est loin d’être homogène entre les alliés, y compris sur le territoire européen, qui pourtant partage une certaine unicité de destin, ainsi que de très fortes relations politiques et économiques, au travers de l’Union européenne.

Existe-t-il un, ou plusieurs critères, pouvant expliquer de tels écarts en matière d’effort de défense, et quels sont les seuils qui pourraient s’y appliquer, pour le modéliser ?

2 % de PIB d’écart entre les 5 pays européens qui dépensent le plus et le moins au sein de l’OTAN

En matière d’effort de défense, de très importants écarts sont observés selon les pays. En moyenne, les pays européens consacrent 2,19 % de leur PIB à leurs investissements de défense, bien au-delà des objectifs fixés par le sommet de Cardiff, en 2014.

Effort de défense Otan sommet de vilnius
L’unité des « photos de famille » lors des sommets de l’OTAN, masque de profondes différences en matière d’effort de défense, et de perception de la menace.

Toutefois, une fois ramené à la réalité du cumul des dépenses de défense des pays européens appartenant à l’OTAN, sur le PIB cumulé de ces pays, ce taux est ramené à 1,96%.

Surtout, des écarts considérables existent entre les 5 pays consacrant le plus de leur PIB, à leurs armées (Pologne, Estonie, Grèce, Lettonie et Lituanie), avec un effort moyen de 3,3 % du PIB, et les 5 pays qui y consacrent le moins (Espagne, Slovénie, Luxembourg, Belgique et Italie), avec un effort de défense moyen de seulement 1,33%, soit 2 % PIB d’écart, entre des deux groupes de cinq pays.

La population, le revenu par habitant, ou l’antériorité au sein de l’OTAN, ne constituent pas des filtres efficaces pour expliquer les écarts

Plusieurs paramètres peuvent être étudiés pour représenter la réalité de l’effort de défense. Ainsi, la population d’un pays, pourrait constituer un angle pertinent d’analyse dans cette perspective.

Ce n’est cependant pas le cas. Ainsi, les pays de moins de 5 millions d’habitants, dépensent en moyenne 2,26 % de leur PIB pour leurs armées, contre 2,21 % pour les pays de 5 à 10 millions d’habitants, 2,07% pour les pays de 10 à 25 millions d’habitants, et 2,21 % pour les pays de plus de 25 millions d’habitants. Toutes ses valeurs évoluent à moins de 5 % autour de l’effort moyen de défense européen au sein de l’OTAN, de 2,19 % PIB.

NATO Steadfast 2021 exercice
L'effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l'OTAN 56

Autre possibilité, le PIB par habitant pourrait conditionner les moyens dont chaque pays, appartenant le plus souvent également à l’UE, priorisent leurs investissements. Pour autant, là encore, les écarts sont loin d’être significatifs.

Ainsi, les deux pays affichant un PIB/habitant inférieur à 10 k$/an, l’Albanie et la macédoine du nord, dépensent 2,13 % de leur PIB, à leurs armées, contre 2,4% entre 10 et 20 k$, 2,43 % de 20 à 40 k$, et 1,92 %, au-delà de 40 k$.

On constate bien, en effet, un écart net entre les pays ayant franchi le seuil des 40 k$ / habitant / an, et ceux qui ne l’ont pas encore atteint. Le plus souvent, ces pays font également partie de ceux appartenant à l’ancienne sphère ouest-européenne, ayant fondé l’Union européenne.

Pour autant, l’absence de progressivité dans les différents seuils, exclu toute relation de cause à effet directe, entre le PIB / habitant / an, et même entre antériorité au sein de l’UE et/ou de l’OTAN, et l’effort de défense constaté.

L’effort de défense est une fonction dépendant de la distance des frontières russes et biélorusses

Toutefois, en classant les pays européens, membres de l’OTAN, par effort de défense décroissant, il apparait très vite qu’une grande majorité des pays dépensant le plus, sont situés à l’Est du continent. Mieux encore, sept des dix pays européens consacrant le plus de leurs richesses produites, chaque année, à leurs armées, ont une frontière commune avec la Russie, ou la Biélorussie.

Les pays frontaliers de la Russie et la Biélorussie consacrent en moyenne 2,9 % de leur PIB pour leurs armées

Ainsi, les sept pays européens ayant une frontière commune avec la Russie ou la Biélorussie, les trois pays Balte, la Finlande, la Suède, la Norvège et la Pologne, consacrent en moyenne 2,9 % de leur PIB à leurs investissements de défense.

K2 Black Panther Pologne
L'effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l'OTAN 57

Le pays européen qui dépense le plus, au sein de l’OTAN, pour ses armées, est la Pologne, avec un effort de défense de 4,12 %, par ailleurs le plus élevé de l’ensemble de l’Alliance Atlantique.

Elle est suivie, dans ce domaine, par les trois pays Baltes, l’Estonie, avec 3,43 % du PIB, la Lettonie, avec 3,15 %, et la Lituanie, avec 2,85 %, sachant que Vilnius a annoncé une augmentation à venir de cet effort, dès 2025.

Les trois pays de la péninsule scandinave, la Finlande avec 2,41%, la Suède avec 2,21 %, et la Norvège avec 2,20 %, concluent les efforts de défense de ce premier groupe, qui, avec une moyenne de 2,9 %, affiche un effort de défense moyen 32 % supérieur à la moyenne des membres européens de l’OTAN.

Les pays à moins de 600 km des frontières russes, dépensent 2,16 % de leur PIB pour leur défense

Le second groupe d’étude, est constitué des pays n’ayant pas de frontière commune avec la Russie ou la Biélorussie, mais dont les frontières sont à 600 km, ou moins, des frontières de ces deux pays.

Leopard 2 Bundeswehr
L'effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l'OTAN 58

Les pays concernés sont la Bulgarie, la République tchèque, le Danemark, l’Allemagne, la Hongrie, les Pays-Bas, la Roumanie, la Slovaquie, la Turquie et le Royaume-Uni. En moyenne, ces dix pays consacrent 2,18 % de leur PIB à leurs armées, à seulement 1 % sous la valeur moyenne de l’alliance.

En outre, les 5 pays qui ont le plus important effort de défense dans ce groupe, ne consacre, en moyenne, que 2,25 % à cette mission, contre 2,07 % pour les 5 derniers, révélant une réelle homogénéité.

Au-delà de 600 km, l’effort de défense passe sous la barre des 1,75% du PIB

Le dernier groupe, dans cette analyse, concerne les 11 pays distants de plus de 600 km des frontières russes. Il s’agit de l’Albanie, la Belgique, la Croatie, la France, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg, la Macédoine du nord, le Portugal, la Slovénie et l’Espagne.

Les membres de ce groupe, le plus distant des frontières russes et biélorusses, ne consacrent que 1,75 % de leur PIB, à leurs armées, un écart de 20 %, avec la moyenne des pays européens membres de l’OTAN.

armée italienne
L'effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l'OTAN 59

Contrairement au groupe précédent, celui-ci n’est pas homogène. Ainsi, les 5 pays qui consacrent le plus à la mission Défense, la Grèce (3,08%), la Macédoine du Nord (2,22%), la France (2,06%), l’Albanie (2,03%) et la Croatie (1,81%), dépensent en moyenne 2,24 % de leur PIB à leur défense, très proche des 2,19 moyens en Europe.

Au contraire, les 5 pays qui consacrent le moins à cette mission, l’Espagne (1,28 %), la Slovénie (1, 29%), le Luxembourg (1,29%), la Belgique (1,30%) et l’Italie (1,49%), investissent, en moyenne, moins de 1,34 % de leur PIB à leurs armées, un écart de 39 % avec la moyenne européenne de l’OTAN.

Que nous enseigne cette relation entre distance et effort de défense ?

À l’observation des résultats de cette méthodologie, et de ce découpage, il apparait qu’en dehors de la Grèce, et très certainement de la Turquie, ces deux pays étant antagonistes strictes, tous les pays européens semblent ne considérer que la seule menace russe, comme point d’origine de la menace qui leur permet de construire leur effort de défense.

Ainsi, même des pays exposés à des menaces secondaires, comme la France, l’Espagne ou l’Italie, sur le bassin Méditerranéen, respectent ce découpage, et s’intègrent pleinement dans le modèle. En revanche, pour la Grèce, la seule menace prise en compte, est la Turquie, avec qui elle a des frontières communes, ce qui explique le très haut niveau de son effort de défense.

Armée de terre
Bien que les armées françaises ont été à de nombreuses reprises déployées en Afrique et au Proche et Moyen-Orient, ces dernières années, l’effort de défense français, s’inscrit pleinement dans la moyenne des pays distants de plus de 600 km de la Russie, à 1,70 %, une fois déduis les investissements concernant la dissuasion.

Cet effort de défense est, par la suite, en fonction de la distance qui sépare le pays, de la menace, et donc du risque qu’un éventuel conflit, atteigne son territoire. En effet, le « risque de guerre », pour l’ensemble des membres de l’OTAN, pourrait apparaitre identique, et donc entrainer une homogénéité dans l’effort de défense.

Ce n’est pas le cas, et les chiffres indiquent un découpage en fonction de la distance de la plus grande menace. C’est donc, très certainement, non le risque de guerre, mais le risque que la guerre atteigne le pays, qui détermine le coefficient de modération, positif en cas de frontières communes avec la menace, négatif lorsque la menace est à plus de 600 km, mais toujours d’un niveau similaire, soit 0,5 à 0,7 points de PIB.

Conclusion

On le voit, la construction de l’effort de défense, répond à un schéma loin d’être trivial. Ainsi, celui-ci semble se construire sur deux facteurs : d’une part, la menace pressentie la plus importante, et d’autre part, le risque que le conflit puisse atteindre le territoire du pays.

RAfale grèce
L'effort de défense dépend de la distance aux frontières russes dans l'OTAN 60

Ainsi, en supprimant l’anomalie grecque, du groupe 3, l’effort de défense moyen plonge sous le seuil des 1,75 %, soit un écart de 0,45 % vis-à-vis de l’effort de défense moyen, alors que les frontaliers, eux, dépensent 2,9 % de leur PIB, soit 0,7 % de plus que la moyenne, pour prévenir le risque que le conflit ne débute, en particulier sur leur propre territoire.

À ce titre, l’anomalie grecque, constatée dans le modèle, n’en est pas une. En effet, pour Athènes, le plus grande menace s’avère être la Turquie, et non la Russie, pays avec lequel la Grèce entretient, par ailleurs, de meilleures relations que ces voisins, en lien avec la tradition orthodoxe.

Or, la Grèce ayant une frontière commune avec la Turquie, elle reprend le coefficient multiplicateur des pays en infériorité militaire, constaté auprès des pays bordant la Russie, concernant son propre effort de défense, de 3,08% PIB.

On notera, enfin, que l’on retrouve les mêmes écarts, constatés autour de l’effort de défense, dans l’interprétation de la réalité de la menace russe, faites par les chefs d’état-major, et les autorités politiques des pays les plus proches de la Russie, et bien moins sensible, dès lors que ces frontières s’éloignent.

Le Rafale F5 et son drone Loyal Wingmen, anticipent l’évolution de la guerre aérienne à venir

Attendu depuis de nombreux mois, le lancement officiel du développement du drone de combat Loyal Wingmen, qui accompagnera le futur Rafale F5, a été annoncé, ce 8 octobre, à l’occasion des célébrations entourant les 60 ans de la Force Aérienne Stratégique, qui assure la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française depuis 1964.

À cette occasion, des éclaircissements, mais aussi, peut-être, certaines indiscrétions, ont été donnés non seulement sur ce drone, qui doit entrer en service en 2033, mais aussi au sujet du Rafale F5, lui-même, qui pourrait être bien plus évolué qu’anticipé jusque-là.

Alors que la LPM 2024-2030, commence à porter ses fruits, du point de vue budgétaire, ces annonces dessinent de nouvelles perspectives, opérationnelles, comme commerciales, pour ce couple Rafale F5 – Loyal Wingmen, qui s’apparente bien davantage à un passage vers la 6ᵉ génération des systèmes de combat aérien, qu’à une évolution itérative du fleuron de Dassault et de l’ensemble de ses partenaires industriels.

La ministre des Armées et Dassault aviation annoncent le lancement du développement du drone de combat Loyal Wingmen, pour accompagner le Rafale F5

Dévoilé à l’occasion des discussions parlementaires concernant la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, le drone de combat de type Loyal Wingmen, destiné à accompagner le Rafale F5, entrera donc en service en 2033.

Rafale F4 Mont de Marsan
Livraison du premier Rafale F4 à l’Armée de l’Air en fevrier 2024

C’est en substance ce qu’a annoncé Sébastien Lecornu, le ministre de la Défense français, à l’occasion des célébrations qui se sont déroulées à Mont-de-Masan, ce 8 octobre, pour le 60ᵉ anniversaire des Forces Aériennes Stratégiques.

Ce n’est pas par hasard que cette date, et ce lieu, ont été choisis pour annoncer le lancement du développement de ce drone de combat, qui sera conçu sur les acquis réalisés autour du programme de drone furtif Neuron, à partir de son premier vol en 2012, mais qui sera, selon les dires d’Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, son concepteur, sensiblement plus imposant, et plus lourd, que son prédécesseur.

En effet, le nouveau Loyal Wingmen français, équipera certainement, en priorité, les deux escadrons de bombardement stratégique français, le 1/4 Gascogne et le 2/4 Estérel, qui recevront concomitamment le nouveau missile de croisière stratégique ASN4G, en cours de développement, notamment pour garantir l’efficacité des frappes nucléaires françaises, même au travers d’un réseau défensif antiaérien spécialement dense.

En outre, le drone est issu de concepts et d’analyses développés depuis plusieurs années par le Centre d’Expériences Aériennes Militaires, dont la mission est précisément d’anticiper et préparer l’avenir de l’Armée de l’Air et de l’Espace, et qui se situe sur la BA 118 de Mont-de-Marsan, épaulé pour cela par l’escadron de chasse et d’expérimentation « Côte d’Argent », appartenant lui aussi au CEAM.

Un Loyal Wingmen pour accompagner le Rafale F5 dès 2033

Si peu de détails ont été donnés quant aux dimensions, performances et capacités opérationnelles du nouveau drone de combat, on sait cependant que celui-ci sera conçu pour offrir une furtivité avancée, et qu’il devra accompagner les Rafale F5, sur l’ensemble de la durée de la mission. Il disposera, en outre, de systèmes de détection propres, ainsi que d’une soute à munition, dont les dimensions, ou la fonction, n’ont cependant pas encore été dévoilées à ce jour.

Rafale F5 et Neuron
Le Rafale a participé à la campagne d’avaluation du drone Neuron.

La mission du drone sera, notamment, de dégager la voie au Rafale F5, en particulier dans le domaine des menaces sol-air, sachant que la mission SEAD (recherche et destruction des défenses aériennes), sera l’une de ses fonctions principales, profitant pour cela de sa grande furtivité, héritée du Neuron.

Rappelons, à ce titre, que lors des essais avec la Marine nationale, le Neuron serait parvenu à déjouer la détection du porte-avions et de ses frégates d’escorte, pour s’approcher en position de tir, vis-à-vis du navire amiral français.

Cela suppose donc un appareil de relativement grande taille, pouvant accueillir une soute à munition qui devra, très certainement, s’avérer suffisante pour emporter au moins deux bombes A2SM Hammer de 250 ou 500 kg, ou des missiles air-air MICA NG et METEOR.

La furtivité avancée, réclamée par la mission SEAD, suppose également une forme spécifique, notamment pour empêcher les phénomènes de résonance électromagnétique qui permettent aux radars UHF et VHF, de mieux détecter les appareils furtifs.

soute à munition Neuron
Soute à munition du drone Neuron

Enfin, le drone devra avoir une vitesse de croisière comparable à celle du Rafale, y compris à basse ou très basse altitude, et une autonomie de combat, calquée sur celle de l’avion de combat, avec ou sans le recours au ravitaillement en vol.

Comme l’avait souligné Eric Trappier lors d’une précédente interview, il est très improbable que ce cahier des charges puisse être satisfait par un drone de la taille du Neuron. Il faut donc s’attendre, ici, davantage à un drone ayant les dimensions, et la masse à vide, d’un m Mirage 2000, soit 15 mètres de long ou d’envergure, pour une masse à vide de 7,5 tonnes, et dont la propulsion serait assuré par un turboréacteur M88 privé de post-combustion.

Des informations filtrent autour des avancées de la version F5 du Rafale ?

Le Loyal Wingmen n’aura pas été la seule star de cette célébration du 8 octobre. En effet, le Rafale F5 était, lui aussi, sur toutes les lèvres, et il semblerait que certains journlistes aient obtenu quelques indiscrétions, autour de cette future évolution du chasseur de Dassault Aviation, qui doit entrer en service, au début de la prochaine décennie.

On savait déjà que le F5 bénéficierait d’un nouveau radar, et d’un nouveau câblage en fibre optique, pour supporter l’augmentation de la masse des données générée par ses nouveaux capteurs, et ceux de ses drones d’accompagnement, afin d’alimenter une fusion de données largement améliorée vis-à-vis des modèles précédents.

tableau de bord du Rafale F3R
Le Cockpit du Rafale devra certainement sensiblement évolué pour la version F5, peut-être en passant à un veritable Glass-Cockpit ?

Ceci explique, d’ailleurs, que seuls les Rafale à partir du standard F4.2, pourront pleinement évoluer vers le standard F5, car ils auront été construits spécifiquement pour accueillir ce nouveau câblage, et ces nouveaux systèmes numériques, créant au passage une divergence dans l’arborescence d’évolution de la famille Rafale, avec deux branches distinctes.

Toutefois, si on en croit un article du site The War Zone, les évolutions du Rafale F5, pourraient être bien plus structurelles, qu’initialement évoquées. Ainsi, le site évoque l’ajout de réservoirs conformes, permettant d’accroitre l’autonomie des appareils, sans devoir emporter les lourds, encombrants et très peu discrets, réservoirs pendulaires supersoniques ou subsoniques, qui restent presque en permanence sous les ailes des Rafale aujourd’hui.

En outre, la discrétion du chasseur français pourrait être très sensiblement améliorée. Sans revendiquer le statut de chasseur furtif, comme le F-35 américain, cette transformation pourrait permettre au Rafale de demeurer très attractif, face à des appareils, eux aussi discrets, comme le KF-21 Boramae sud-coréen, et le Kaan turc, tout en conférant une survivabilité accrue lors des missions.

L’ajout de réservoirs conformes pourrait également amener Safran à augmenter la puissance du réacteur M88, pour conserver un rapport performances poids satisfaisant, même lorsque l’appareil sera lourdement chargé, mais aussi, et surtout, pour permettre le vol en super-croisière, c’est-à-dire à vitesse supersonique, sans post-combustion, alors que les trainées des réservoirs pendulaires, auront été supprimées.

Rafale M88 Aviation de chasse | Analyses Défense | Construction aéronautique militaire
Le Rafale F5 et le developpement du Loyal Wingmen pourrait être l’occasion pour developper un turboreacteur M88 à la poussée accrue ?

Enfin, le Rafale F5 serait conçu pour évoluer aux côtés de différents drones, et pas, uniquement, aux côtés du Loyal Wingmen, dont la conception a été lancée. On peut donc s’attendre, ici, à ce que les avancées enregistrées par MBDA, dans le domaine des Remote Carrier Expendable, permettent au Rafale F5 d’emporter ces systèmes, dès son entrée en service.

Dassault Aviation va-t-il réussir l’incroyable défi de faire du Rafale F5 un véritable Super-Rafale sans changer de cellule ?

Ce faisant, le Rafale F5, et son environnement de combat, n’auront plus guère à voir avec le Rafale F3R actuel, pourtant déjà performant et attractif, à en juger par ses succès commerciaux récents.

En effet, il ne s’agira pas, ici, simplement d’évolutions itératives, destinées à en améliorer les performances et les capacités opérationnelles, mais d’un véritable saut générationnel, entrainant une doctrine d’emploi radicalement différente, entre les deux lignées Rafale.

Ainsi, la lignée traditionnelle, composée des appareils actuels et jusqu’au Rafale F4.1, demeurera empreinte des doctrines actuelles de 4ᵉ et 5ᵉ générations, dans laquelle l’avion de combat est le principal vecteur, qui transporte et contrôle ses propres effecteurs, les systèmes et munitions embarqués.

Le Rafale F5 s’apparente, en termes de cahier des charges, à un véritable Super-Rafale

La lignée nouvelle, elle, est destinée à se rapprocher de ce que l’on définit, aujourd’hui, comme la 6ᵉ génération d’avions de combat. L’avion, s’il peut encore emporter des munitions, y verra sa mission se transformer, pour déléguer aux drones, l’essentiel du transport et de la mise en œuvre des effecteurs, lui-même jouant le rôle de pivot arrière, l’image du quaterback en football américain convenant parfaitement dans ce dispositif global.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Dans la doctrine des avions de comabt de 6ème génération, ce sont les drones, non les avions de combat, qui portent les effecteurs et les munitions. Ici, la présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

Bien évidemment, les contraintes et attentes, pour l’avion piloté, différent considérablement entre ces deux conceptions divergentes de la conduite de la guerre aérienne.

Or, un appareil rapide, notamment avec la super-croisière, disposant d’une grande autonomie avec des réservoirs conformes, et à la discrétion renforcée, sans toutefois devoir être lui-même furtif, cette contrainte s’appliquant aux drones, se calque parfaitement à ce que l’on peut attendre du Rafale F5, à en croire les indiscrétions révélées par TWZ. On note également que cette description correspond au cahier des charges établit dans un précédent article, au sujet d’un éventuel Super-Rafale.

Jusqu’à présent, les avionneurs qui se sont engagés dans une transformation capacitaire aussi radical, d’un avion de combat existant, n’ont pu le faire qu’en acceptant de redessiner la cellule de l’appareil, et, bien souvent, en le remotorisant totalement.

Deux lignées d’avion de combat qui évolueront de concert

Ce fut le cas du F/A-18 E/F Super Hornet de Boeing, vis-à-vis du F/A-18 Hornet de MacDonnell-Douglass, du Gripen E/F vis-à-vis du JAS-39 Gripen C/D de Saab, ou encore du Super-Étendard, face à l’Étendard IV de Dassault. Bien que revendiquant une filiation directe, ces appareils ont été contraints de voir leur cellule entièrement redessinée pour pouvoir évoluer, et tous reçurent un nouveau turboreacteur.

Super Etendard Marine argentine
Bien que dérivé de l’Etendard IV, le Super Etenderd partageait moins de 10% de composants commun avec son predecesseur.

Les divergences entre les Rafale de la lignée originelle, et ceux de la lignée nouvelle, à partir du F4.2, seront en revanche, beaucoup plus réduites, de sorte qu’un grand nombre des systèmes et équipements embarqués dans le nouveau Rafale F5, sera identique à ceux qui équipent déjà le Rafale F4, lui-même une évolution itérative remontant au Rafale F1.

Ainsi, en dehors des aspects strictement spécifiques à celle nouvelle lignée, concernant la fusion de données et l’engagement collaboratif avec des drones de combat, les deux lignées évolueront, à l’avenir, de concert.

On peut d’ailleurs penser qu’assez rapidement, la lignée historique sera, elle aussi, dotée de certaines capacités du F5, comme par exemple la possibilité de contrôler des drones Remote Carrier, voire, si tel est bien le cas, de recevoir des réservoirs conformes et un moteur survitaminé.

Le couple Rafale F5 Loyal Wingmen, sera-t-il la star des avions de combat des années 2030 ?

Reste que, si l’évolutivité des Rafale déjà en service, et de ceux qui seront livrés jusqu’en 2030, au standard F4.1, est assurée pour ses utilisateurs, l’arrivée du Rafale F5, et le couple qu’il formera avec le nouveau drone de combat de Dassault Aviation, vont représenter un puissant bouleversement sur le marché international des avions de combat, à partir de cette date.

prototype kf-21 Boramae
Le KF-21 Boramae espere profiter de l’espace de latence entre les Eurocanard et les SCAF/GCAP, pour s’emparer de partis de marchés de 2030 à 2040, afin de péreniser la filière chasse sud-coréenne,

La principale évolution, concernant ce marché, anticipée jusqu’il y a peu, concernait l’arrivée des avions de combat d’avionneurs émergents, comme le KF-21 Boramae sud-coréen, et le Kaan turc, des appareils évoluant à mi-chemin entre la 4ᵉ et la 5ᵉ génération, et qui proposeront, on peut s’en douter, des prix très attractifs, soutenus par des états ayant tous deux fait, du développement de leur industrie de défense, une priorité nationale.

Les dernières déclarations faites par le Pentagone et le Département d’État américain, d’une part, au sujet d’un probable assouplissement, à venir, des règles d’exportation du F-35, et l’arrivée désormais très probable du FC-31 chinois, vont très certainement représenter de sérieuses déconvenues, pour Ankara comme pour Séoul, dans leurs ambitions respectives.

Ce tableau, jusqu’à présent, était très peu favorable au Rafale et à Dassault Aviation, sur une période allant de la fin de la décennie actuelle, à l’entrée en service, toujours hypothétique, du NGF du programme SCAF, au-delà de 2040.

Le Rafale F5, tel que perçu aujourd’hui, ainsi que son drone Loyal Wingmen, ont le potentiel de profondément bouleverser ce paysage, en étant le premier système de combat aérien de 6ᵉ génération, disponible sur la scène export, dès le début de la prochaine décennie.

F-35A
De nombreuses informations laissent penser que les restrictions d’exportation entourant le F-35A aujourd’hui, pourraient être levées dans un avenir plus ou moins proche, par le Pentagone.

En s’appuyant sur un parc installé de probablement 400 à 500 avions Rafale à cette date, montrant des qualités de fiabilité reconnues de tous, le nouveau chasseur de Dassault pourra ainsi mettre en avant des performances, et une furtivité accrue, probablement du même ordre que celle proposée par les futures versions « 5G » du Kaan et du Boramae, tout en proposant une offre opérationnelle très étendue, mettant l’appareil au même niveau que le F-35A américain.

En outre, tout comme le Rafale F5, le drone de combat Loyal Wingmen bénéficia de toute l’expertise résultante de plusieurs décennies d’expériences de Dassault Aviation et de l’ensemble de la BITD aéronautique française, pour le développement, mais aussi pour la maintenance et l’évolutivité du nouveau drone, afin d’en garantir l’efficacité et la disponibilité, sur la durée.

Dans ce contexte, il ne fait guère de doutes que certains des clients historiques du Rafale, comme l’Inde ou l’Égypte, pourraient rapidement se tourner vers ce nouvel appareil, et l’ensemble de son système de combat, comme ils l’auraient fait avec un véritable Super-Rafale.

Ce faisant, Dassault pourraient sécuriser encore davantage ses parts de marché, y compris sur la période bouleversée qui s’annonce, tout se dotant, et avec lui, les armées françaises, d’un filet de sécurité concernant un possible échec du programme SCAF qui, s’il n’est pas souhaitable, demeure une hypothèse de travail qui ne peut être écartée.

Conclusion

On le voit, les annonces faites ce 8 octobre à Mont-de-Marsan, par Sébastien Lecornu, donnent le coup d’envoi d’une étape décisive de l’évolution du programme Rafale, et avec elle, des capacités opérationnelles futures des forces aériennes françaises, comme de l’évolution de l’industrie aéronautique défense française, pour les deux décennies à venir.

Rafale B missile ASMPA
Le Rafale F5 et son drone loyal Wingmen auront pour première mission de remplacer les Rafale B dans la mission de dissuasion nucléaire française.

Épaulé d’un drone de combat furtif de type Loyal Wingmen, le Rafale F5 pourrait bien représenter le premier système de combat aérien de 6ᵉ génération déployé en Europe, ainsi que le seul proposé sur le marché mondial, dès le début de la prochaine décennie.

Ce faisant, ce couple, aussi redoutable qu’innovant, assurera l’efficacité des forces aériennes françaises, en particulier dans le domaine de la dissuasion, lorsque associé au nouveau missile de croisière ASN4G, potentiellement hypersonique. Il conférera, également, à l’industrie aéronautique nationale, une offre sans équivalent sur le marché, pendant plusieurs années.

Reste certaines questions qui demeurent sans réponse, comme l’existence, ou pas, d’une version navale du drone Loyal Wingmen, ce qui supposerait, par transitivité, la commande de nouveaux Rafale F5 pour la Marine nationale. En outre, les révélations faites par TWZ, n’ont pas été confirmées par d’autres sources à ce jour.

Il va donc, certainement, falloir encore se montrer patient, pour se faire une idée précise de ce que sera, ou ce que ne sera pas, le Rafale F5, et de son potentiel opérationnel comme commercial. Pour autant, les avancées enregistrées, ici, invitent à l’optimisme. Profitons-en !

Le système hard kill Trophy protège à présent contre les menaces plongeantes

Déjà plébiscité par les grandes armées occidentales, le système de protection hard kill Trophy, de l’Israélien Rafael, offre une protection supplémentaire très significative contre les missiles et roquettes antichars, avec un taux d’interception de 90%, selon l’industriel.

Toutefois, les enseignements, venus d’Ukraine, montrent qu’une nouvelle trajectoire de menaces, contre les chars de combat, ainsi que tous les blindés de première ligne, est de plus en plus présente, engendrant la mise hors de combat d’un nombre croissant de véhicules.

C’est pour répondre à ces attaques dites verticales, ou plongeantes, que Rafael vient d’annoncer l’arrivée d’une mise à jour logicielle, qui doit permettre à son système hard kill, d’intercepter ces menaces, et ainsi assurer une défense périmétrique étendue aux blindés, face à la plupart des menaces existantes.

Un système Hard Kill pour redonner la survivabilité nécessaires à la manœuvre des chars de combat et véhicules blindés de première ligne

Parmi les enseignements les plus marquants de la guerre en Ukraine, figure la grande vulnérabilité des blindés de première ligne, aux différentes armes antichars. La puissance de feu, y compris des unités d’infanterie, dans ce domaine, a engendré la quasi-neutralisation de la manœuvre blindée, entrainant, comme durant les trois premières années de la Première Guerre mondiale, un conflit figé, reposant avant tout sur l’infanterie et l’artillerie, avec des pertes énormes des deux cotés.

Merkava Trophy Tsahal
Mekava de Tsahal dans la bande de Gaza.

Les blindages passifs des chars de combat, qui constituent le poing armé de la capacité de manœuvre blindée, se sont avérés insuffisants pour les protéger de ces missiles et roquettes antichars, y compris pour les mieux protégés d’entre eux, comme le T-90M russe, le Leopard 2 allemand, le Challenger 2 britannique, et le M1A1 Abrams américain.

Pour renforcer la survivabilité de ces blindés, les deux protagonistes ont ajouté des briques réactives au blindage passif. En explosant lorsque frappées par une roquette, ces briques neutralisent la charge creuse destinée à percer le blindage du char. En outre, des systèmes de protection dits Soft kill, comprenant des leurres, des systèmes de brouillage et des fumigènes d’obfuscation, ont été ajoutés aux blindés, pour tenter d’en accroitre la survivabiltié.

Bien qu’apportant un surcroit notable de survivabilité, ces systèmes se sont avérés insuffisants pour retrouver la survivabilité des chars et blindés lourds en première ligne, nécessaire pour la manœuvre.

C’est dans ce domaine que les systèmes de protection active, ou APS, de type Hard Kill, apportent une plus-value déterminante. Ceux-ci sont, en effet, conçus pour détecter les menaces se dirigeant vers le blindé, à l’aide d’un système radar déployé pour couvrir les 360° l’entourant, et d’un système d’interception, projetant un effecteur destiné à faire détoner le missile ou la roquette, à quelques mètres, avant qu’ils n’atteignent du blindé.

Le Trophy de l’Israélien Rafael, a été le pionnier dans ce domaine. Conçu à la suite des pertes importantes de chars et véhicules de combat d’infanterie israélien lors du conflit de 2006, celui-ci est entré en service en 2009, et a connu son baptême du feu en 2011.

Trophy US Army M1A2 SEPv2
M1A2 SEPv2 Abrams équipé du système Trophy. L’exposition des antennes sur cette adaptation interroge sur la survivabilité du système en zone d’engagement.

Les résultats furent à la hauteur des attentes de Tsahal. En effet, celle-ci ne perdit plus un seul char Merkava, ou blindé Namer, protégés par le Trophy, depuis l’installation de ces systèmes, tout au moins jusqu’à l’intervention contre le Hamas dans la Bande de Gaza, suite aux massacres du 7 octobre 2023.

Rafael annonce, à ce titre, un taux d’interception de 90 % contre les menaces de type missiles et roquettes antichars. Cette efficacité a, d’ailleurs, convaincu de nombreuses armées occidentales, qui décidèrent d’en équiper les nouvelles versions de leurs chars, comme les Leopard 2A7HU, Leopard 2A8 et KF51 Panther allemands, ainsi que le Challenger 3 britannique, le M1A2 SEPv2 américain, le Leclerc Evolved français, et le K2PL polonais.

Déjà leader du marché, le Trophy de l’Israélien Rafael, peut désormais traiter les menaces plongeantes par une mise à jour logicielle

Toutefois, le Trophy, comme l’ensemble des APS Hard Kill du moment, souffrait jusqu’ici d’une faiblesse, face à une menace qui est devenue très sensible, là encore, avec le conflit en Ukraine. En effet, de nombreux chars russes comme ukrainiens, ont été détruits par des attaques non pas horizontales et tendues, mais verticales et plongeantes.

La nécessité d’ajouter une protection contre les menaces verticales plongeantes au Trophy

Face à la réalité des menaces antichars dans les années 70 et 80, lorsqu’ils furent conçus, les chars modernes ne disposent que d’un faible blindage supérieur, permettant en particulier de ne pas accroitre encore davantage le poids déjà colossal de la plupart de ces blindés.

Munition rodeuse lancet
Les munitions rodeuses, comme le Lancet russe, représentent à présent une menace très importante pour les chars et vehicules blindés de premi!re ligne, même lorsqu’ils sont protégés par le génie.

Outre cette faiblesse déjà majeure, la plupart de la vétronique et les armes secondaires des chars et blindés de première ligne, sont montées sur ce plan horizontal supérieur, rendant difficile l’ajout de briques réactives qui, par ailleurs, endommageraient gravement ces systèmes clés, si elles devaient exploser.

C’est pour ces raisons que le missile antichar FGM-148 Javelin a été conçu pour suivre une trajectoire plongeante sur sa cible, assurant la destruction quasi-systématique du blindé visé, en cas d’impact. Depuis, d’autres munitions exploitant cette faiblesse ont été développées, comme les obus d’artillerie à sous-munitions antichars actives (BONUS…), et surtout, depuis quelques années, les munitions rôdeuses, et les drones FPV.

C’est pour répondre à ces nouvelles menaces, que Rafael a développé une évolution de son APS Trophy, capable de détecter et intercepter les drones, munitions et missiles, suivant une trajectoire plongeante.

Une évolution logicielle pour étendre le périmètre de défense du Trophy

Contrairement à Rheinmetall, qui a développé une solution dédiée, complémentaire à son APS StrikeShield, pour traiter ces menaces, Rafael a fait le pari de se contenter d’une simple évolution logicielle du Trophy HV (Heavy Vehicle), pour y parvenir.

Trophy Merkava IV
Gros plan sur le Merkava IV, et sur ses antennes Trophy, de part et d’autres de la tourelle

Cette mise à jour logicielle doit permettre au Trophy d’étendre sa bulle de protection dans le plan vertical, jusqu’à une élévation conditionnée par la manière dont les antennes radars AESA et les lanceurs robotisés, ont été installés.

Cette mise à jour ayant été développement depuis plusieurs années, il est probable que les nouvelles versions des chars modernes, actuellement en développement, en ont intégré les contraintes, afin d’atteindre une élévation optimisée pour protéger efficacement le plan vertical.

Pratiquement, selon Rafael, cette mise à jour permettra d’intercepter les menaces plongeantes de type missiles et munitions rôdeuses, mais aussi les drones FPV conçus pour relâcher des munitions à la verticale du blindé. Bien que cela ne soit pas évoqué, on peut imaginer que les munitions d’artillerie antichar intelligentes, ainsi que les munitions d’aviation, pourraient, elles aussi, être interceptées par le système.

Retrouver la survivabilité nécessaire à la manœuvre, pour empêcher l’enlisement d’un conflit

Avec cette évolution, les chars et blindés, équipés du Trophy, ou d’un autre système APS Soft Kill et Hard Kill, aux performances similaires, verront leur survivabilité au combat, s’étendre considérablement, en comparaison de la situation constatée, aujourd’hui, en Ukraine.

Leopard 2A6 ukraine
Malgrè son blindage et ses atouts tehcnologiques, les chars occidentaux n’ont pas fait la decision en Ukraine, et souffrent des mêmes faiblesses que leurs homologues russes et ukrainiens, face aux armes antichars modernes.

Ce faisant, les armées pourraient retrouver une capacité de manœuvre suffisante, pour ne plus devoir s’enterrer et s’en remettre à des combats d’artillerie et d’infanterie, comme c’est le cas en Ukraine.

En outre, les blindés de pointe, chars lourds et VCI, pourraient retrouver une survivabilité suffisante pour s’engager dans des espaces aujourd’hui mortels, comme en zone urbaine, permettant, là encore, d’éviter l’enlisement d’un conflit, alors que les armées occidentales ne sont pas conçues, aujourd’hui, pour soutenir efficacement ce type d’engagement, dans la durée.

C’est, évidemment, une priorité pour les armées israéliennes, qui, plus que tout, redoutent l’enlisement, en particulier en zone urbaine, que ce soit dans les territoires palestiniens, face au Hamas, ou au Liban, face au Hezbollah.

Dans les deux cas, un enlisement du conflit entrainerait non seulement d’importantes pertes militaires israéliennes, mal supportées par l’opinion publique du pays, mais aussi de très importantes pertes civiles, entrainant le durcissement des positions internationales à son égard.

Merkava de Tsahal à Gaza en situation de guerre urbaine
Merkava de Tsahal à Gaza en situation de guerre urbaine

On comprend, ici, tout l’intérêt d’une mise à jour logicielle, permettant de déployer rapidement la capacité sur un vaste parc de blindés déjà protégés par le système Trophy, avec une immobilisation très réduite des véhicules eux-mêmes.

Sachant que le Hezbollah a eu le temps de s’inspirer des retours d’expérience venus d’Ukraine, concernant les munitions rôdeuses et drones FPV, et qu’il dispose des moyens pour se doter rapidement de ce type de munitions, on comprend l’urgence, pour Tsahal, de se doter rapidement de cette protection supplémentaire, aujourd’hui.

Pour les armées européennes, qui font face à un engagement potentiel symétrique, face à la Russie, un Trophy aux capacités étendues, dans le plan vertical, agira comme un puissant multiplicateur de forces, pour compenser le déséquilibre numérique potentiel, le cas échéant.

Il est néanmoins très regrettable qu’Israël refuse toujours de transférer ses systèmes d’armes vers l’Ukraine, y compris lorsqu’ils sont installés sur des équipements européens. En effet, l’ajout de systèmes Trophy à certains des chars et VCI européens envoyés en Ukraine, constituerait un retour d’expérience de grande valeur, pour en évaluer l’efficacité dans un conflit symétrique, mais aussi pour retourner une situation militaire qui évolue défavorablement pour les ukrainiens.

Conclusion

L’arrivée de la mise à jour logicielle du système Trophy, pour en étendre les capacités de protection au plan vertical, constitue une évolution significative, pour deux raisons. D’abord, cette évolution, pour les blindés protégés par le Trophy HV, destinés à opérer en première ligne dans des environnements très complexes, en renforcera considérablement la protection, donc la survivabilité, de sorte à leur redonner la capacité de manœuvre indispensable pour éviter l’enlisement du conflit.

KNDS Leclerc Evolution Eurosatory 2024
l’intégration des antennes trophy dans des cellules protégées comme ici sur le Leclrec Evolved de KNDS france, permet elle d’obtenir une capacité de détection sur le plan verticale suffisante, pour efficacement protéger le char contre des menaces plongeantes ? (Photo F. Dosreis)

Ensuite, en procédant à une simple mise à jour logicielle, Rafael montre qu’aujourd’hui, c’est bien le logiciel, et non le hardware, qui pilote les capacités opérationnelles, et offre la souplesse et la réactivité nécessaire pour s’adapter aux évolutions rapides engendrées par l’accélération du tempo technologique militaire mondial.

On peut penser que cette annonce n’est pas sans rapport avec la probable opération massive israélienne qui se prépare au sud-Liban, alors que Tsahal redoute, plus que tout, un enlisement du conflit, synonyme de nombreuses difficultés.

Reste à voir, à quel point cette mise à jour logicielle, pourra bien assurer une protection suffisante sur le plan vertical des blindés déjà équipés du Trophy, comme le Merkava, le Namer ou le Leopard 2A7HU, sans qu’il soit nécessaire, pour cela, de repositionner les antennes radar et les tourelleaux du Trophy.

L’Indian Air Force a besoin de 400 avions de combat supplémentaires face aux menaces à venir

Avec presque 600 avions de combat, l’Indian Air Force est aujourd’hui la cinquième force aérienne de la planète, derrière l’US Air Force, les forces aériennes chinoises, l’US Navy et les forces aériennes russes.

L’inde n’ayant pas, à proprement parler, d’ambitions en matière de projection de forces, et n’étant pas engagée dans des alliances contraignantes, on pourrait penser qu’un tel format s’avèrerait suffisant pour assurer la défense du pays et de ses frontières.

Pourtant, depuis le retrait des Mig-27 en 2019, puis des derniers Mig-21, cette année, l’IAF ne cesse de réclamer davantage d’avions de chasse, avançant que les 31 escadrons de chasse actuels, sont insuffisants pour accomplir efficacement ses missions, et qu’il en faudrait 42, pour cela.

Il y a quelques jours, le nouveau chef d’état-major de l’Indian Air Force, l’Air Chief Marshal Amar Preet Singh, a même précisé, peu de temps après sa prise de commandement, que l’objectif de 42 escadrons de chasse, devrait probablement être revu à la hausse, étant donné l’évolution des menaces.

Peut-on, aujourd’hui, évaluer, de manière rationnelle, les besoins exacts de l’IAF, en matière d’avions de combat et d’escadrons de chasse ? Quels modèles d’appareils répondraient aux mieux aux besoins de New Delhi ? Et ce déficit, s’il est avéré, touche-t-il également d’autres moyens de l’Indian Air Force ?

L’Indian Air Force aligne aujourd’hui la 5ᵉ flotte de chasse de la planète

Avec 140.000 militaires d’active, et autant de réservistes, l’Indian Air Force est une des plus imposantes forces aériennes de la planète. Elle met en œuvre, aujourd’hui, un peu moins de 2000 aéronefs, dont 600 avions de combat.

Su-30MKI Indian Air Force
Paire de Su-30MKI des forces aériennes indiennes

Le principal avion de combat indien, est le Su-30MKI, un chasseur lourd polyvalent de conception russe, acquis par New Delhi à 272 exemplaires en 2000, et livré à partir de 2004. Majoritairement assemblés en Inde par HAL, ces appareils emportent de nombreux systèmes, armements et équipements indiens et occidentaux modernes.

La seconde flotte, en nombre, se compose de 115 SEPECAT Jaguar, un avion d’attaque franco-britannique, vendu à New Delhi par Londres à la fin des années 70. Désormais obsolète, il doit être prochainement retiré du service pour être remplacé, notamment, par le vainqueur de la compétition MRCA 2.

L’IAF met également en œuvre une soixantaine de MIG-29, dont douze en version modernisée UPG, et une quarantaine de MIG-21, devant être retirés du service d’ici à 2025.

Bien qu’entré en service au milieu des années 80, la quarantaine de Mirage 2000 encore en service, plus dix biplaces d’entrainement, continuent de jouer un rôle important dans la défense aérienne du pays. À l’instar des M2000-5 grecs, les avions indiens emportent le radar RDY, et disposent de capacités air-sol, en plus des capacités d’interception du -5, avec ses missiles MICA.

L’excellente tenue des Mirage 2000 au sein de l’IAF, y compris au combat, lors de la guerre du Kargil de 1999, a certainement été un argument majeur ayant amené New Delhi à commander 36 avions Rafale français, en 2016, après l’échec du programme MMRCA, remporté pourtant par l’appareil.

Rafale Indian air force
Rafale de l’Indian Air Force

Le chasseur français est aujourd’hui l’appareil le plus moderne et performant de la flotte de combat indienne. Il est, à ce titre, employé de manière intensive par l’IAF, y compris pour assurer les missions de dissuasion, en transportant la bombe atomique indienne.

Il dispose, lui aussi, de plusieurs équipements venus d’autres pays que la France, comme un viseur à casque et un leurre tracté israéliens, et des munitions françaises, israéliennes et indiennes. Avec le radar RBE-2, le système d’autodéfense Spectra, et les missiles MICA et Meteor, c’est en outre l’appareil le plus apte à s’opposer aux J-20 chinois, dans l’arsenal indien.

Enfin, l’IAF aligne une trentaine de chasseurs légers HAL Tejas Mk.1, un appareil aux performances limitées, et doit recevoir, dans les années à venir, 172 Tejas Mk.1A, disposant de meilleures capacités opérationnelles.

Évoluant dans la même gamme d’appareils que le JF-17 sino-pakistanais, ou que le FA-50 sud-coréen, le Tejas Mk.1A dispose d’une avionique moderne et de performances honorables en termes de vitesse et de plafond. Toutefois, comme ses concurrents, sa faible capacité d’emport de 4 tonnes, et son rayon d’action inférieur à 500 nautiques, en restreignent le potentiel opérationnel, et le désignent à des missions de défense aérienne exclusivement dans le ciel indien, et de soutien aérien rapproché sur la seule ligne d’engagement.

Les menaces contre lesquelles les avions de combat indiens doivent protéger le pays

L’Inde n’étant pas un pays particulièrement exposé hors de son territoire national, les seules menaces auxquelles le pays, et ses forces aériennes, doivent faire face, sont positionnées à ses frontières.

J-10CE Pakistan
le pakistan a déjà recu une quinzaine de 36 J-10CE, commandés auprès de la Chine. cet appareil, proche du F-16 et du Mirage 2000, peut mettre en oeuvre des munitions avancées, comme le missile air-air à longue portée PL-15

L’Inde partage ses frontières terrestres avec sept pays : Bangladesh, Bhoutan, Chine, Myanmar, Népal, Pakistan et Afghanistan (l’inde considère que le Cachemire est indien dans son ensemble, alors que le Cachemire pakistanais a une frontière commune avec l’Afghanistan), et ses frontières maritimes avec trois d’entre eux (Bangladesh, Myanmar et Pakistan) et quatre autres (Indonésie, Sri Lanka, Thaïlande et Maldives).

S’il a existé des tensions avec certains de ses voisins, ce sont toutefois les tensions avec le Pakistan, d’une part, et la Chine, d’autre part, qui représentent l’essentiel de la menace militaire à laquelle New Delhi, et l’Indian Air Force, doivent faire face à présent.

Les forces aériennes pakistanaises, en plein renouveau avec le soutien de Pékin

Depuis l’indépendance de 1947, et la formation de l’Inde et du Pakistan, les forces armées des deux pays se sont déjà affrontées lors de 4 guerres en 1947, 1965, 1971 et 1999. Celles-ci prirent naissance dans la partition des Indes britanniques, et en particulier, dans le choix donné aux principautés autonomes du Cachemire et de Jammu, de choisir leur pays de rattachement.

Bien que beaucoup moins peuplé (238 m vs 1,450 m d’habitants), et bien moins riche (380 Md$ vs 3450 Md$ de PIB), le Pakistan dispose d’une très puissante force armée, représentant, en moyenne, 50 % des forces armées indiennes, en volume, en dépit d’un budget défense très inférieur, 11 Md$, contre 75 Md$ pour l’Inde.

JF-17 Forces aériennes pakistanaises
JF-17 des forces aériennes pakistanaises emportant le missile antinavire chinois SM400

Dans beaucoup de domaines, on constate, en effet, un écart important entre les moyens à disposition des armées pakistanaises et indiennes, en faveur de ces dernières. Ce n’est toutefois pas le cas, pour ce qui concerne les forces aériennes, et plus particulièrement, la flotte de chasse.

En effet, Islamabad aligne, aujourd’hui, près de 500 avions de combat, dont 85 F-16 américains, une centaine de Mirage III et autant de Mirage V, ainsi que 60 F-7, version chinoise du Mig-21.

Au-delà de ces appareils datés, les forces aériennes pakistanaises mettent surtout en œuvre plus de 150 JF-17, un chasseur léger monomoteur codéveloppé avec la Chine, affichant, comme, le Tejas MK.1A, des performances plus qu’honorables pour un appareil aussi légers et économiques. Il dispose, en outre, d’une avionique moderne, lui permettant de mettre en œuvre des munitions avancées chinoises, y compris les missiles air-air à longue portée PL-15, se voulant l’équivalent du Meteor européen.

Plus récemment, Pékin a autorisé la vente au Pakistan de 36 J-10CE, la réponse chinoise au F-16. Bien que, lui aussi, monomoteur, le J-10C est un chasseur d’un tout autre gabarit que le JF-17, le plaçant dans la catégorie des chasseurs monomoteurs à hautes performances, comme le F-16 ou le Mirage 2000. Il dispose, en outre, d’un équipement très moderne et puissant, et d’une capacité d’emport de 5,6 tonnes. Son rayon d’action de combat, cependant, demeure limité à 500 nautiques.

Les forces aériennes de l’Armée Populaire de Libération, un adversaire à la supériorité écrasante

À l’est de l’Inde, se trouve la désormais très puissante Force aérienne de l’Armée Populaire de Libération (APL), et ses presque 2200 avions de combat. Si, jusqu’au début des années 2000, celle-ci était très majoritairement équipée d’appareils affichant un important retard technologique et capacitaire sur les appareils américains, européens et même russes, celle-ci a fait des progrès fulgurants, ces 25 dernières années, au point d’être devenue l’obsession de la surpuissante US Air Force.

J-16 forces aériennes Armée Populaire de Libération
Dérivé du Su-30MKK, le J-16 est un chasseur bombardier polyvalent lourd, disposant d’une avionique beaucoup plus moderne que les appareils russes.

L’APL aligne, aujourd’hui, un peu moins de 2200 avions de combat, dont les deux tiers (1500 appareils) sont des chasseurs modernes de 4ᵉ génération tels les J-10 (800 app), J-11 (380) et J-16 (250), tous disposant de performances et d’équipements avancés, et notamment de radars AESA, de systèmes de guerre électronique d’autoprotection, et d’une vaste panoplie de munitions ; ainsi que d’une centaine de Su-30 et Su-35, acquis auprès de la Russie.

À ceci s’ajoutent, à présent, 300 J-20, le chasseur lourd furtif de 5ᵉ génération chinois, lui aussi très bien équipé, et disposant d’une vaste panoplie d’armements et de systèmes embarqués. Le reste de la flotte, environ 300 appareils, est composé d’appareils plus anciens, dont 170 chasseurs bombardiers JH-7, et une centaine d’intercepteurs J-8, bientôt remplacés par des J-20.

De fait, non seulement la flotte de chasse chinoise est-elle plus de trois fois plus volumineuse que l’indienne, mais elle aligne, en outre, des appareils souvent plus modernes ou plus performants que la majorité de ceux en service en Inde.

Quel scénario doit être privilégié pour dimensionner, au plus juste, l’Indian Air Force ?

Pour autant, les risques d’une confrontation directe et massive entre la Chine et l’Inde, sont assez peu probables. Par ses positions sur la scène internationale, Pékin aurait beaucoup de mal à justifier une campagne militaire d’importance pour s’emparer des plateaux tibétains et himalayens, alors que, même surclassée numériquement, l’IAF infligerait de très lourdes pertes aux forces aériennes chinoises, ce qui pourrait retarder les ambitions de Pékin, notamment contre Taïwan.

J-16 et J-20 ravitallée Y-20U
Ravitailleur Y-20U en phase de ravitaillement d’un J-20 et d’un J-16 des forces aériennes chinoises

En revanche, un nouvel affrontement entre l’Inde et le Pakistan, est d’autant plus possible que les tensions internationales rendront difficiles l’application de vastes sanctions internationales contre Islamabad, alors que le Pakistan est désormais le premier partenaire militaire et politique de la Chine, peu susceptible de s’opposer à un tel conflit.

En effet, les trajectoires économiques et démographiques comparées de l’Inde et de la Chine, ne sont pas en faveur de Pékin à moyen terme, surtout si New Delhi prend peu à peu la place de son voisin, en tant qu’atelier industriel de l’Occident.

Dès lors, à compter de 2050, peut-être même de 2040, l’Inde sera en mesure de directement menacer la suprématie chinoise dans la sphère asiatique, tout en ayant des relations bien plus apaisées avec les États-Unis et l’Europe.

Dès lors, si la Chine ne prendra pas le risque de s’engager militairement contre l’Inde, en première intention, on peut aisément envisager que l’APL profiterait d’un nouveau conflit indo-pakistanais, pour faire main baisse sur les haut-plateaux et une partie du nord du pays, pouvant même faire ainsi jonction avec les prises territoriales dans le Cachemire visées par Islamabad, affaiblissant pour longtemps l’Inde, sa puissance économique et militaire, et peut-être, même, sa suprématie démographique.

Une menace pakistanaise appuyée par l’APL sur les espaces contestés dans l’Himalaya

Dans cette hypothèse, cependant, il est très improbable que Pékin emploierait toute sa puissance militaire. Elle devrait, en effet, conserver au moins un quart de sa puissance aérienne, en réserve, pour assurer la défense du ciel chinois.

J-10C PL10 PL15
J-10C avec 2 missiles PL-15 à longue portée, et deux missiles PL-10 à courte portée.

En outre, on imagine mal qu’elle puisse se dessaisir de moins de la moitié de cette même flotte de chasse, employée pour maintenir la pression contre Taïwan, et se saisir d’une opportunité, si elle apparaissait, et surtout pour empêcher les États-Unis de se déployer sur l’ile, après avoir observé un important allégement du dispositif chinois.

De fait, on peut penser, dans le cas d’un nouvel affrontement indo-pakistanais, que l’APL ne consacrerait pas plus de 25 % de ses moyens, pour ouvrir un second front himalayen, obligeant ainsi les armées indiennes à diviser leurs forces.

Ce d’autant que ces 25 % suffisent à conférer un avantage considérable à l’alliance de fait sino-pakistanaise, sachant que New Delhi ne disposera, dans les faits, d’aucun allié prêt à s’impliquer dans ce conflit à ses côtés, pour rétablir l’équilibre : la Russie n’ira pas contre Pékin ; les États-Unis ne sont jamais intervenus au profit d’un allié dans un conflit face à une puissance militaire majeure ; et l’Europe, France comprise, n’en ayant tout simplement plus les moyens.

Il manquerait 400 avions de combat à l’IAF face à la menace combinée sino-pakistanaise

Il ne restera donc plus aux armées indiennes, qu’à compter sur elles-mêmes pour se défendre simultanément sur ces deux fronts. Concernant l’IAF, elle devra affronter, simultanément, l’ensemble de la flotte de chasse pakistanaise, soit 500 appareils, et le quart de la flotte de chasse chinoise, soit 550 appareils.

Jaguar IAF
Jaguar de l’Indian Air Force

Avec ses 600 appareils aujourd’hui en lice, sachant que le programme MRCA 2, vise à remplacer le retrait des 115 Jaguar, et que les 40 MIG-21 encore en service, seront retirés en 2025, et remplacés par les Tejas Mk.1A à livrer, ce nombre n’est pas appelé à évoluer positivement de manière significative dans les quelques années à venir.

Dès lors, pour être à parité, il manque, aujourd’hui, 1000-600 = 400 avions de combat modernes aux forces aériennes indiennes, pour être en mesure de contenir, avec efficacité, un double front sino-pakistanais, dont au moins 250 appareils de génération intermédiaire, comme le Rafale ou le Typhoon, pour compenser les avancées technologiques chinoises prévisibles, avec le J20, le J-35 et les évolutions du J-16.

À raison de 18 appareils par escadrons, il manque donc 24 escadrons de chasse à l’IAF, au-delà des 31 actuellement en service, pour un total de 55 escadrons, bien loin, en effet, des 42 escadrons de chasse visés jusqu’il y a peu, d’autant que ce décompte ne tient pas compte de la menace que représentent les quelque 200 bombardiers stratégiques H-6N chinois, dont il faudra se prémunir, ni les appareils de chasse indiens, prélevés sur la flotte tactique, pour assurer les missions stratégiques.

Les flottes d’avions d’alerte aérienne avancée, d’écoute électronique et de tanker, sont également sous-dimensionnées

En appliquant le même modèle au reste de la flotte de l’IAF, on constate que la chasse indienne n’est pas la seule à être sous-dimensionnée pour faire face aux forces sino-pakistanaises.

A 50 Su 30MKI IAF Aviation de chasse | Analyses Défense | Construction aéronautique militaire
L’inde ne dispose que de 6 avions Awacs, dont 3 A-50 russes.

C’est notamment le cas des six Awacs indiens, trois A-50 russes et trois R-99 brésiliens, largement surpassés par les 9 Saab-2000 Erieye pakistanais, et par la trentaine de KJ-200/500/2000 chinois, faisant apparaitre un déficit minimum de 10 appareils de ce type pour surveiller le ciel indien.

Il en va de même des 6 avions de renseignement électronique SIGINT (-5 appareils), et des 6 Il-78 de ravitaillement en vol (-4). À noter que les avions de soutien (Tanker, Awacs et SIGINT), agissant comme des multiplicateurs de forces, sont les plus à même d’apporter un rapport de force positif sur la base d’une flotte de chasse équipotentielle.

En outre, Pékin produit d’importants efforts pour enrichir et moderniser rapidement cette même flotte de soutien, au point qu’en 2030, il est probable que cette flotte chinoise sera double de ce qu’elle est aujourd’hui, peut-être même davantage.

Quels appareils et sur quels calendriers pour répondre aux besoins de l’IAF

Pour l’heure, l’Indian Air Force est engagée dans deux programmes à court terme, et un programme à moyen terme, pour moderniser sa flotte de chasse. Ainsi, les quelque 160 Tejas Mk.1A, devant être livrés dans les 8 à 10 années à venir, doivent permettre de remplacer les Mig-27 et Mig-21 déjà retirés du service, alors que les 114 avions de combat du programme MRCA 2, doivent remplacer les Jaguar, et, probablement, les Mirage 2000 indiens, ces derniers devant être retirés du service d’ici à 2035. Quant au programme AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft), il doit permettre de remplacer les Su-30MKi à partir de 2040.

Il-78 Mirage 2000 IAF
La flotte de tanker indienne ne se compose que de 6 Il-78 russes.

En d’autres termes, il n’existe, à ce jour, aucun véritable programme qui permettrait d’accroitre le format de la chasse indienne. Au contraire, sachant qu’il fallut plus de 20 ans pour produire le Tejas Mk.1, un appareil bien plus simple que l’AMCA, on peut douter du respect du calendrier avancé par HAL dans ce domaine.

L’hypothèse, parfois avancée, par New Delhi, repose sur l’arrivée du Tejas Mk.2, un appareil plus lourd et plus performant que le Mk.1, qui volerait dans la catégorie du M-2000 et du F-16, mais dont aucun prototype ne vole à ce jour. Toutefois, comme concernant l’AMCA, on peut s’interroger sur la pertinence, pour New Delhi, de parier son avenir, à court ou moyen terme, sur des calendriers aussi hypothétiques, et sur des performances qui restent à démontrer, autour du programme Tejas en général.

Pour autant, New Delhi n’est pas sans option. La première, et la plus évidente, serait d’étendre le programme MRCA, pour porter sur 222 (12 escadrons+6), voire 294 appareils (16 escadrons + 6). Ceci permettrait de rapidement réduire l’écart avec les forces de l’alliance sino-pakistanaise, tout en prenant un avantage dissuasif sur les forces aériennes pakistanaises, elles-mêmes.

Aujourd’hui, deux modèles semblent avoir la préférence de New Delhi dans ce programme : le F-21 de Lockheed Martin, et le Rafale français. Toutefois, pour faire face à la menace chinoise, le Rafale devrait s’imposer pour l’IAF. Non seulement l’appareil est plus performant, emporte davantage et va plus loin, que le F-16V renommé par LM pour des raisons légales, mais le chasseur français, dans sa version F4.2, pourra évoluer vers la version F5, pour mettre en œuvre drones et loyal Wingmen, ce dont le F-21 sera dépourvu.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
La Rafale F5 pourra évoluer vers le stadnard F5, conçu pour mettre en oeuvre des drones de combat de type Remote Carrier et Loyal Wingmen.

Au-delà de ces quelque 100 ou 200 appareils supplémentaires, New Delhi pourrait se tourner vers Moscou pour acquérir une centaine de Su-35s ou, mieux, de Su-57e. Non seulement ces appareils sont très capables, surtout s’il est possible d’y intégrer certains composants occidentaux, comme ce fut le cas pour les Su-30MKI, mais leur acquisition, qui ne saurait être refusée par Moscou, créerait une divergence entre Pékin et le Kremlin, ce qui pourrait largement profiter à l’Inde, qui pourrait ainsi retrouver un allié de poids, jusqu’ici phagocyté par Pékin.

Cela permettrait, par ailleurs, à New Delhi de préserver son positionnement non-aligné, mis à mal, aujourd’hui, par la radicalisation de l’axe Pékin-Moscou, obligeant New Delhi à un rapprochement marqué avec les États-Unis, ce qui ne fait, au final, qu’accroitre les frictions entre l’Inde et la Chine.

Enfin, et il ne faut pas le négliger, une telle approche permettrait à New Delhi de négocier le soutien de Paris et Moscou, et de leurs industries de défense respectives, pour développer rapidement le programme AMCA, et peut-être aussi, le programme TEDBF de l’Indian Navy, sur des délais courts visant une entrée en service en 2035, avec l’objectif d’atteindre, à cette échéance, une autonomie flirtant avec les 80%, pour la conception des avions de combat, y compris dans certains domaines clés, comme les turboréacteurs.

Conclusion

On le voit, bien que disposant d’une force aérienne puissante et bien équipée, l’Inde est loin d’être dans une position confortable, face à une alliance sino-pakistanaise qui ne fait que se renforcer, et qui risque bien, à terme, de se transformer en alliance militaire, pour saisir le nord et le nord-est du pays.

Rafale Su-30MKI et Tejas Mk1
Su-30MKI, Rafale et Tejas MK.1, sont les avions de combat les plus modernes de l’IAF

Dans une telle hypothèse, la flotte de chasse indienne serait alors largement surclassée par le nombre, au risque que cette faiblesse, évidente, vienne aiguiser les appétits d’Islamabad et de Pékin, dans les années à venir.

Pour neutraliser cette menace, l’IAF devrait, sur des délais courts, étendre massivement sa flotte de chasse, pour passer de 600 avions de combat, aujourd’hui, à un millier d’appareils, soit 400 chasseurs supplémentaires à produire sur des délais les plus courts possibles.

Plusieurs alternatives s’offrent à New Delhi, pour y parvenir. Certaines sont douteuses en termes de calendrier (Tejas Mk2, AMCA), d’autres sont plus réalistes, mais également plus onéreuses, au travers d’une extension du programme MRCA 2, voire une commande directe de Su-35s/57e, à la Russie.

Pour autant, ce surcout, dans les dix ans à venir, sera très certainement compensé par les recettes fiscales engendrées par la croissance indienne très soutenue, entre 5 et 6 % par an, qui lui permettra de doubler son budget défense d’ici à 2035, à effort de défense constant.

Su-57
Le Su)57 russe, dans sa version export, pourrait représenter une alternative interessante, pour accroitre efficacement la flotte de chasse indienne, avec des effets de bord potentiellemetn bénéfiques poru New Delhi.

Étant donné l’exposition indienne qui résulte de la faiblesse relative de sa chasse, et de ses avions de soutien (tanker, Awacs, SIGINT), et même si d’autres familles d’équipements des armées, méritent, elles aussi, des investissements massifs et rapides (artillerie autotractée, VCI, sous-marins), le ministère de la Défense indien dispose, certainement, d’une trajectoire budgétaire permettant de relever ces défis.

Reste à voir à quel point, le gouvernement indien, et l’ensemble de la classe politique et de l’intelligentzia des grandes familles industrielles du pays, sauront mettre leurs ambitions de côté, face à la réalité des menaces qui pèsent sur le pays, pour donner corps à ces programmes, aussi vitaux qu’urgents, désormais.