lundi, décembre 1, 2025
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Programme SCAF : La coopération européenne va couter très cher à la France

Après des débuts très difficiles, le programme SCAF est parvenu, en 2023, à sortir de l’ornière dans laquelle il se trouvait, grâce à un accord politique imposé fermement par les trois ministres de la Défense français, allemands et espagnols.

Depuis, le programme semble sur une trajectoire plus sécurisée, même si les engagements actuels ne portent que jusqu’à la phase 1b d’étude du démonstrateur, et qu’il sera nécessaire, à nouveau, de renégocier le partage industriel au-delà, ce qui ne manquera pas de créer de nouvelles frictions.

Au-delà des tensions entourant les questions de partage industriel, voire de cahier des charges, divergent selon les forces aériennes, un nouveau sujet de discorde pourrait émerger prochainement, tout au moins en France.

En effet, loin de représenter la solution budgétaire optimisée avancée par l’exécutif français, pour justifier de cette coopération européenne, il apparait que le programme SCAF va couter plus cher, et même beaucoup plus cher, aux finances publiques françaises, comme à ses industriels, que si le programme était développé à l’identique, par la seule base industrielle et technologique aéronautique Défense nationale, avec un écart de cout, pour les contribuables français, pouvant atteindre les 20 Md€.

La Coopération européenne, seule alternative pour financer le développement du programme SCAF, selon l’exécutif français

Depuis le lancement du programme SCAF, le discours de l’exécutif français, pour en justifier le développement conjoint avec l’Allemagne, puis avec l’Espagne, n’a pas dévié d’un millimètre : les couts de développement d’un avion de combat et de son système de systèmes de 6ᵉ génération, sont à ce point élevés, qu’ils ne peuvent plus être supportés par un unique pays européen, fut-il la France.

Macron Merkel
Le programme SCAF a été lancé en 2017 par Emmanuel Macron, tout juste élu Président de la République, et Angela Merkel, alors en plein bras de fer avec Donald Trump.

Le sujet a, à de nombreuses reprises, été abordé sur la scène publique, notamment par les députés et sénateurs français, interrogeant le gouvernement pour savoir si la France était en mesure de développer, seule, un tel programme, en particulier lorsque le programme était au bord de la rupture.

La réponse donnée alors, par l’exécutif comme par la DGA, avançait que si la France devait faire seule un tel programme, celui-ci serait nécessairement moins performant et moins polyvalent, que ne prévoit de l’être SCAF aujourd’hui, pour des raisons essentiellement budgétaires. En d’autres termes, pour le gouvernement français, il n’y avait point de salut, en dehors de cette coopération franco-allemande, puis européenne.

Le programme SCAF en coopération coutera 14 Md€ de moins à la France, que si elle devait le faire seule.

L’étude des chiffres disponibles, aujourd’hui, tendrait, en effet, à accréditer la position gouvernementale. Ainsi, le budget total de R&D de l’ensemble du programme SCAF qui atteindrait les 40 Md€, permettant à chaque participant de ne participer qu’à hauteur de 13,3 Md€, soit, plus ou moins, un milliard d’euros par pays et par an, jusqu’en 2036 et le début de la production des avions eux-mêmes.

Même en tenant compte de la règle empirique qui veut que le codéveloppement engendre un coefficient multiplicateur de surcout équivalent à la racine carrée du nombre de participants, soit 1,73 pour 3 pays, la France économise bien 10 Md€ sur la phase de développement du programme.

Eurofighter Typhoon forces aériennes espagnoles
L’espagne prévoit de remplacer les 125 Eurofighter en service et à venir, par le programme SCAF.

Cet écart se creuse encore davantage en intégrant les couts d’acquisition des appareils eux-mêmes. Pour étayer cette affirmation, il est nécessaire de poser certaines valeurs de départ. Ainsi, le prix unitaire de l’avion, s’il était produit uniquement en France, sera considéré à 140 m€ TTC, avec une enveloppe complémentaire de services et équipement de 40 m€ TTC par appareil. Nous considérerons, également, que les couts de R&D, pour la France, seraient de 30 Md€, et que la France fera l’acquisition de 200 appareils.

Du côté du programme SCAF européen, nous considérerons un surcout par appareil et par services et équipements de 10 %, lié à la coopération (ce qui est très faible), soit respectivement 144 et 54 m€, alors que nous diviserons par deux le coefficient multiplicateur empirique de coopération internationale passant de 1,73 (racine carrée de 3) à 1,37, en admettant une coopération exemplaire entre les trois pays et leurs industriels, et très peu de dérives comme celles observées autour des programmes A400M ou NH90, pour un cout de R&D de 36 Md€.

Enfin, nous considérerons que l’Allemagne commandera 175 appareils, et l’Espagne 125, pour un total de 300 appareils pour ces deux pays, soit le remplacement incrémental de leurs flottes d’Eurofighter Typhoon en 2040. L’ensemble de ces valeurs sont, pour l’essentiel, des valeurs conservatoires, tendant à réduire l’efficacité de la démonstration qui suit.

Sur ces bases, les 200 appareils destinés aux forces aériennes et aéronavales françaises, couteront 36 Md€ aux finances publiques, pour un programme total à 66 Md€, développement inclus, dans le cas d’un programme exclusivement national, contre 40 Md€ pour les appareils, et 52 Md€ pour le programme, dans son format actuel.

porte-avions nouvelle génération
Le programme SCAF France portera probablement sur 200 appareils ou plus, sachant qu’une quarantaine, au moins, seront necessaires pour armer le nouveau porte-avions nucléaires PANG.

En d’autres termes, dans le cas du programme SCAF, la coopération européenne doit permettre aux finances publiques françaises, d’économiser 14 Md€, soit presque 27 % du prix du programme, par rapport à un programme exclusivement national. Alors, l’exécutif a-t-il raison de clamer le bienfondé de ce modèle ? C’est loin d’être évident, pour deux raisons : le retour budgétaire et les exportations.

Le retour budgétaire neutralise les bénéfices de la coopération sur le budget de l’État concernant le programme SCAF

Le retour budgétaire représente les recettes et économies appliquées au budget de l’État, par l’exécution du programme et de ses investissements. Il fait la somme des impôts et taxes générés directement et indirectement par les investissements, sur l’ensemble de la chaine industrielle, ainsi que des économies sociales pouvant s’appliquer au budget de l’État, du fait de la compensation des déficits sociaux.

Dans cette démonstration, pour plus d’efficacité, nous considérerons deux valeurs bornant le coefficient de retour budgétaire. La première, une valeur planché, est fixée à 50 %, dont 20 % de TVA, et 30 % d’impôts, de taxes et de cotisations sociales. Cette valeur correspond au cout des prélèvements français de l’OCDE, de 42 %, avec une TVA moyenne à 12 %, ramené à une TVA fixe à 20 % appliquée aux équipements des armées.

La seconde valeur applique un coefficient multiplicateur Keynésien aux recettes, lié à la Supply Chain de l’industrie de défense française, presque exclusivement française, entrainant une déperdition export particulièrement faible pour cette activité. En 2010, ce coefficient, en France, était de 1,39 pour l’investissement public. Nous ne prendrons, ici, que 1,3 pour un coefficient de retour budgétaire de 65 %, ce qui représente une valeur plafond largement par défaut, considérant la dimension industrielle et la dimension Defense de l’activité.

Ligne d'assemblage Dassault Aviation Merignac Rafale
L’industrie aéronautique militaire française est très peu exposée aux importations, ce qui lui confère un retour budgétaire particulièrement efficace.

En appliquant ces coefficients aux valeurs précédentes, nous obtenons respectivement un retour budgétaire de 33 Md€ (50 %) et de 42,9 Md€ (65 %), pour un programme exclusivement français, et de 22,5 Md€ (50 %) et 29,3 Md€ (65 %), pour les finances publiques françaises, dans le cas du programme européen.

Remarquez que dans ce dernier cas, nous avons appliqué un partage équipotentiel industriel entre les trois pays sur le volume total des appareils commandés, soit l’équivalent de 166,6 (=500/3) appareils produits en France.

Le solde budgétaire, la différence entre les dépenses et les recettes, s’établissent alors comme ceci :

  • Solde avec un retour budgétaire de 50 % (hypothèse basse) : – 33 Md€ pour le programme Fr, – 29,1 Md€ pour le programme EU
  • Solde avec un retour budgétaire de 65 % (hypothèse classique) : – 23,1 Md€ pour le programme Fr, – 22,4 Md€ pour le programme EU.

On le voit, une fois le retour budgétaire appliqué, la différence de cout entre les deux programmes, selon qu’ils sont exclusivement français ou en coopération européenne, à périmètre d’investissement constant, tend à considérablement se réduire, allant de 3,9 (33-29,1 Md€ en hypothèse basse) jusqu’à 0,7 Md€ (23,1-22,4 Md€ en hypothèse classique), selon les hypothèses.

Les industriels français pourraient perdre jusqu’au 55 Md€ de chiffre d’affaires sur le marché export en raison du partage industriel

Le volet des exportations a toujours représenté un sujet d’inquiétudes, en France, autour du programme SCAF. Industriels et analystes craignaient, en effet, de voir Berlin imposer son véto sur certains contrats exports clés, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Turquie, concernant le Typhoon. Si les inquiétudes portaient bien sur le bon sujet, il est probable qu’elles ne portaient pas sur le bon volet.

Rafale Forces aériennes helléniques
Cinq des huits opérateurs de Mirage 2000 se sont déjà tournés vers le Rafale, alors qu’un sixième, le Pérou, pourrait le faire prochainement.

En effet, le principal inconvénient, concernant le programme SCAF, au sujet des exportations, n’est pas lié au périmètre ni au possible droit de véto de Berlin, mais à la ventilation de l’activité industrielle, en exécution de ces commandes internationales.

Ainsi, dans le cas d’un programme national, l’activité générée sera intégralement exécutée en France, par la BITD française, alors qu’elle sera équitablement répartie entre les trois partenaires, dans le cas du programme européen.

Ici, nous considérerons que le cout unitaire d’un appareil vendu à l’exportation équivaut à son prix unitaire hors taxe, auquel s’ajoutent deux lots d’équipements et services, contre un seul pour les armées Fr/De/Es employé précédemment.

Dans le cas d’un programme national, le chiffre d’affaires France hors taxes, réalisé pour 100 appareils exportés égale 18,3 Md€, 200 appareils pour 36,7 Md€, 300 appareils pour 55 Md€ et 400 appareils pour 73,3 Md€. Ce même CA HT pour la France, dans le cas du programme européen, égale 6,7 Md€ pour 100 appareils, 13,4 Md€ pour 200 appareils, 20,2 Md€ pour 300 et 26,9 Md€ pour 400 avions exportés.

De fait, la différence de Chiffre d’Affaires entre le programme France et européen, pour la BITD française, va de 11,6 Md€ à 46,4 Md€, en faveur du programme français, soit l’équivalent de 140 000 à 557 000 emplois annuels pleins. Sur une période de 40 ans de production (hypothèse haute), la différence représente de 5 600 à 22 300 emplois à plein temps.

L’État Français va perdre jusqu’à 24 Md€ sur le programme SCAF, en raison de la coopération européenne

Cependant, l’intérêt des exportations, pour la France, n’est pas uniquement que de créer de l’activité industrielle et des emplois. Celles-ci génèrent, en effet, des recettes supplémentaires au budget de l’État, de la même manière que précédemment, au travers d’un coefficient de retour budgétaire.

N’étant pas soumis à TVA, ce coefficient est toutefois réduit de 20 %, et les deux valeurs balises précédemment employées, se transforment donc en 50%-20%=30%, valeur planché, et 65%-20%=45 %, valeur plafond.

NGF programme SCAF
Le NGF ne représente qu’un élément du programme SCAF dans son ensemble.

Une fois appliquées aux chiffres d’affaires France générés selon l’hypothèse d’exportation, nous obtenons donc :

Retour export (30 %) Programme FrProgramme EuDifférence (m€)
100 app. exportés5 5002 0173 483
200 app. exportés11 0004 0336 967
300 app. exportés16 5006 05010 450
400 app. exportés22 0008 06713 933
Retour budgétaire appareils exportés, hypothèse à 30 %, en million d’euros.
Retour export (45 %)Programme FrProgramme EuDifférence (m€)
100 app. exportés8 2503 0255 225
200 app. exportés16 5006 05010 450
300 app. exportés24 7509 07515 675
400 app. exportés33 00012 10020 900
Retour budgétaire, appareils exportés, hypothèse à 45 %, en million d’euros.

En intégrant le solde budgétaire étudié dans la précédente section, pour les acquisitions nationales, nous obtenons donc le tableau suivant :

Solde budgétaire France total du programme SCAF, en million d’euros – en gras les seuils autoporteurs

On le voit, le seul cas dans lequel le programme SCAF Européen, s’avérerait plus performant, budgétairement parlant, qu’un programme SCAF français identique, s’observe avec un retour budgétaire en hypothèse basse de 50 % / 30 %, et avec un total export de 100 appareils, ou moins.

GCAP Tempest Royal Air Force Farnborough 2024
La Grande-bretagne rpévoit d’injecter 12 Md£ dans la R&D du programme GCAP, concurrent du SCAF.

À l’inverse, dans le cas d’un retour budgétaire à 65 % / 45 %, par ailleurs loin d’être une hypothèse peu probable concernant l’industrie de défense, le programme SCAF serait non seulement jusqu’à 20 Md€ plus performant en version nationale, mais à partir de 300 appareils exportés, il atteindrait même un solde budgétaire positif, pour les finances publiques, signifiant qu’il rapporterait davantage de recettes et économies budgétaires, qu’il n’aura couté à l’état.

Or, 300 appareils, c’est précisément le nombre de Rafale aujourd’hui exportés, alors que Dassault Aviation peut, dans les mois et années à venir, d’accroitre encore considérablement ce total des ventes. Rappelons également que 70 % des pays utilisateurs de Mirage 2000 se sont tournés vers le Rafale à ce jour, et que le Pérou pourrait bien faire de même prochainement, et que le nombre de Rafale exporté excède désormais celui des Mirage 2000.

Conclusion

On le voit, programme SCAF, dans son organisation européenne actuelle, est loin d’être justifiable par des arguments budgétaires, et encore moins par d’éventuels arbitrages technologiques défavorables, s’il devait être réalisés seul. Au contraire, en dehors de la phase de R&D initiale, toutes les autres phases industrielles, se montrent beaucoup plus efficaces, budgétairement, socialement, comme en termes d’emplois créés, dans l’hypothèse d’un modèle exclusivement national.

Notons, enfin, que si la coopération facilite, aujourd’hui, le financement du programme dans sa phase initiale de R&D, nombreux sont ceux qui, autour de ce programme, s’inquiètent de la marche budgétaire considérable qu’il devra franchir, à partir de 2031, lorsque la phase industrielle débutera, et que le partage des couts perdra de son efficacité.

SCAF Robles Lecornu Pistorius
Il aura fallu l’intervention des trois ministres de la défense Lecornu (fr), Robles (Es) et Pistorius (All) pour sortir de programme SCAF de l’ornière dans laquelle se trouvait le programme depuis 3 ans.

De fait, une fois mis en perspectives l’ensemble des aspects budgétaires, mais également les difficultés industrielles rencontrées lors des négociations, le volet social, et les risques directement liés aux programmes en coopération, il apparait que rien, aujourd’hui, ne plaide en faveur de la poursuite de SCAF dans son modèle actuel, si ce n’est un dogme politique plébiscitant la coopération européenne, et l’éventuelle volonté de masquer des dépenses à venir, qu’il sera difficile de financer, par des dépenses plus aisément soutenables aujourd’hui, sur la phase de développement.

D’ailleurs, la situation est strictement la même, mais en faveur de l’Allemagne cette fois, concernant le programme MGCS, Berlin disposant effectivement de l’ensemble des compétences, et du marché international captif avec le Leopard 2, pour developper seul son nouveau char, et le rentabiliser, budgétairement, par l’exportation, ce qui sera beaucoup plus difficile à faire, pour Paris. Cependant, Berlin sait pouvoir financer seul le développement du MGCS, le cas échéant, ce qui n’est pas le cas de la France, aujourd’hui, concernant le programme SCAF, tout au moins dans le contexte politique et budgétaire du moment.

Reste qu’entre un programme à 12 ou 15 Md€, pour 300 chars de nouvelle génération, et un programme à 70 Md€, pour 200 avions de combat, il est impossible de compenser l’un par l’autre, et les pertes d’exploitation et de recettes budgétaires liées au partage au sein du programme SCAF, par celles qui seront générées par le programme MGCS, font de cet accord global franco-allemand SCAF + MGCS, un puissant tremplin pour l’industrie allemande, sans réelles contreparties pour la partie française, bien au contraire.

Comment financer des programmes industriels de défense en France, hors de la LPM 2024-2030 ?

Un nombre croissant de voix s’élève, aujourd’hui en France, pour pointer les insuffisances concernant les programmes industriels de défense, ayant fait l’objet d’arbitrages difficiles pour respecter l’enveloppe de 413 Md€ de la toute récente Loi de Programmation Militaire 2024-2030, obtenue de hautes luttes par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, auprès du ministère des Finances.

Ainsi, si la LPM 2024-2030 s’inscrit dans un budget en forte croissance, il apparait que les tensions internationales, le tempo technologique, et même les risques de conflit, ont augmenté beaucoup plus rapidement, ces dernières années, sur fond de contraintes budgétaires incontournables, alors que la dette souveraine française a dépassé les 110 % de PIB, et que les déficits publics ne parviennent pas à revenir sous la barre des 3 %.

De fait, la LPM, et son enveloppe budgétaire, apparaissent aujourd’hui comme la limite haute, de ce que les armées françaises, et l’Industrie de défense nationale, peuvent espérer obtenir dans les années à venir.

Mais qu’en serait-il s’il existait un modèle alternatif, complémentaire de la LPM, capable de porter le financement de ces programmes industriels défense qui font défaut aujourd’hui, et de soutenir l’industrie de défense en enrichissant son catalogue, sans grignoter la LPM, et sans déstabiliser les comptes publics ? Impossible ? C’est pourtant ce que proposent les Capsules de Développement de Programme de Défense, ou CDPD !

La transformation rapide et radicale du contexte géopolitique et technologique militaire mondial, qui a surpris les armées occidentales

Si les équilibres stratégiques, géopolitiques et technologiques, hérités de la fin de la guerre froide, ont perduré pendant presque trente ans, ils sont, ces dernières années, profondément remis en question, par l’émergence de nouvelles puissances militaires majeures comme la Chine, l’arrivée de nouvelles technologies défense structurantes comme les drones, et le retour à une logique de confrontation de bloc, comme au plus fort de la guerre froide.

J-35 marine chinoise
La technologie militaire chinoise évolue très rapidement, venant désormais tangenter, parfois dépasser, les technologies occidentales les plus évoluées.

Ce faisant, là où la Russie, la Chine ou la Corée du Nord, ont rapidement développé leurs armées et leurs technologies de défense, les occidentaux, longtemps enlisées dans la doctrine des bénéfices de la Paix, et les conflits périphériques asymétriques, en Irak et en Afghanistan, ont laissé s’éroder leurs armées et leur avance technologique, ouvrant la porte à des contestations de l’hégémonie occidentale, pouvant déboucher sur des conflits majeurs.

De fait, la plupart des armées occidentales, s’est laissé surprendre, à l’exception notable de la Corée du Sud et Israël, en situation de conflit ininterrompue depuis les années 50, et tentent, depuis quelques années, de rattraper le retard accumulé, et de reconstruire un outil de défense suffisant pour contenir l’ensemble des menaces.

Pour beaucoup de pays, notamment en Europe, cette reconstruction s’avère difficile, les contraintes budgétaires, politiques et sociales, ainsi que le poids des dettes souveraines et des déficits publics accumulés ces dernières décennies, ne permettant pas d’en passer par l’émission de dettes pour financer cette nécessaire transformation, sur un calendrier particulièrement court.

Une LPM 2024-2030 ambitieuse, mais insuffisante pour répondre aux évolutions des menaces et des technologies défense

En France, cette reconstruction a débuté, timidement, à partir de 2017, avec une trajectoire établie par le président Macron, censées permettre de redonner aux armées françaises, les moyens nécessaires pour entamer sa reconstruction, au travers de la LPM 2019-2025.

Programmes industriels de défense Dassault Rafale merignac
La LPM 2024-2030 respecte le format des armées définit par le Livre Blanc de 2013, dans un contexte géopolitique sans comparaison avec aujourd’hui.

Bien que celle-ci fut presque intégralement exécutée, une première pour le pays, l’efficacité des hausses budgétaires consenties a été lourdement érodée par les conséquences de la crise Covid, et spécialement la poussée inflationniste qui suivit.

En 2023, le nouveau gouvernement et le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, présentèrent une nouvelle Loi de Programmation Militaire, encore plus ambitieuse. En effet, cette LPM 2024-2030, est dotée une enveloppe globale de 413 Md€, et prévoit d’amener le budget des armées à 67 Md€ en 2030, soit le double de ce qu’il était en 2016.

Elle permet, en outre, de financer le lancement de nombreux programmes majeurs, comme le Rafale F5 et son drone de combat, le porte-avions de nouvelle génération, les nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, les hélicoptères H160M et les patrouilleurs océaniques.

Par ailleurs, les programmes majeurs en cours ont été sécurisés, comme les programmes Scorpion et Caesar MkII de l’Armée de Terre, les programmes FDI et SNA Suffren de la Marine Nationale, et les programmes Rafale, A400M et A330 MRTT de l’Armée de l’air.

Porte-avions de nouvelle génération Sébastien Lecornu
La LPM 2024-2030 prévoit le développement de plusieurs programmes majeurs de première importance, dont le porte-avions de nouvelle génération, successeur du PAN Charles de Gaulle à partir de 2038.

Pour autant, les besoins sont tels, et la pression technologique et opérationnelle si intense, que les limites de cette LPM 2024-2040, sont rapidement apparues, qu’il s’agisse de l’impossibilité pour l’Armée de terre de renouveler et renforcer sa composante blindée chenillée lourde, pour la Marine nationale, de se doter de l’indispensable second porte-avions, et pour l’Armée de l’Air, d’étendre sa flotte de chasse.

En particulier, cette LPM demeure cadrée par le format des armées établit par le Livre Blanc sur la Défense de 2013, dans un contexte international sans aucun rapport, avec ce qu’il est aujourd’hui.

Un modèle alternatif pour financer des programmes majeurs hors LPM

En dehors d’un changement politique radical en faveur des armées, qu’aucun des grands partis politiques français envisageait dans son programme électoral, il semble, aujourd’hui, impossible, pour la France, d’aller au-delà des objectifs fixés par cette LPM 2024-2030, et de son enveloppe budgétaire globale de 413 Md€.

De fait, la résignation parait s’être imposée dans l’ensemble de la technosphère défense française à présent, sachant que cette LPM engendrera un inévitable déclassement militaire et diplomatique du pays, ainsi que de son industrie de défense, dans les années à venir, que ce soit face à des adversaires potentiels, comme la Chine et la Russie, mais également face à certains de ses alliés, comme l’Allemagne, la Corée du Sud, la Turquie ou la Pologne.

Scarabee Arquus
Le Scarabee d’Arquus aurait certainement rencontré le succès sur la scène internationale, si l’Armée de terre ou les forces spéciales françaises en avaient acquis quelques dizaines.

Il existe pourtant un modèle alternatif, la Capsule de Développement de Programme Défense, ou CDPD, complémentaire à la LPM, et susceptible de libérer des ressources et des espaces pour combler tout ou partie des impasses faites, comme pour se saisir de certaines opportunités n’ayant pas pu être planifiées lors de sa conception.

La Capsule de Développement de Programme de Défense, ou CDPD, pour encadrer et protéger le développement de programmes hors LPM

Comme la LPM constitue un plancher inamovible pour assurer une transformation minimale des armées et de l’industrie de défense, la Capsule de Développement des Programmes de Défense a pour fonction de créer un environnement autonome et sécurisé, pour developper certains programmes industriels de défense, sans venir ponctionner les ressources de la LPM.

De manière synthétique, la CDPD constitue donc, en quelque sorte, une mini-LPM autonome, au périmètre limité à un unique programme industriel, qui disposerait de son propre environnement décisionnaire, et de son propre modèle de financement.

Équilibrer les dépenses et les recettes pour le budget de l’État, par programme industriel de défense

Ne pouvant ponctionner les crédits alloués au ministère des Armées, par la Loi de Programmation Militaire, le CDPD doit disposer de son propre modèle de financement. Celui-ci peut revêtir différentes formes, par exemple, autour d’une société de financement dédiée à son développement, s’appuyant sur des capitaux privés ou mixtes, à l’instar des sociétés de projet étudiées en 2014 par la DGA.

Corvette Gowind 2500
Le financement de la construction de 4 Gowind 2500 pour la Marine nationale, permettrait très certainement de débloquer favorablement le contrat pour 5 corvettes de ce type, en cours de négociation avec Athènes.

Pour autant, quel que soit le modèle employé, celui-ci devra, lors de la livraison des équipements aux Armées, passer par un financement public. Pour respecter le principe de neutralité budgétaire, il est donc nécessaire d’obtenir un solde budgétaire positif, c’est-à-dire des recettes et économies budgétaires engendrées par le programme, supérieures aux dépenses qu’il engendre pour l’État.

Ce sujet a été développé à de nombreuses reprises sur ce site. Rappelons que, d’un point de vue macroéconomique, le solde budgétaire des programmes industriels de défense français s’établit autour de 65 % des dépenses, en tenant compte des taxes directes, et des taxes et charges sociales s’appliquant sur les salaires des emplois en France.

À cela, s’ajoute un coefficient multiplicateur keynésien sur ces deux ressources, sachant que l’industrie de défense est très faiblement exposée à l’importation, dans sa Supply Chain, permettant de concentrer l’essentiel des cycles primaires, au sein même de l’économie nationale, et donc exposés à la captation fiscale et sociale française.

Changer de paradigmes autour des coopérations internationales industrielles de défense

On comprend, de ce chiffre, que pour atteindre la neutralité budgétaire, autour d’une Capsule de Développement de Programme de Défense, il est donc indispensable d’intégrer, lors de la conception même du programme, et de son modèle budgétaire, des partenaires étrangers, afin de générer les 35 % de ressources supplémentaires pour l’état, du fait de l’acquisition de ces équipements pour des armées étrangères.

Leclerc Evolved
Si la France commandaient 150 nouveaux chars Leclerc Evolved, dans le cadre d’une CDPD, KNDS France n’aurait alors qu’à trouver un contrat export de 100 de ces chars, pour en neutraliser le solde budgétaire. . (Photo F. Dosreis)

Or, cette approche n’est que rarement employée en France, alors qu’elle l’est plus fréquemment dans d’autres pays, comme en Italie, au Royaume-Uni, et surtout en Allemagne. Ainsi, pour s’arroger le contrat norvégien pour 4 sous-marins Type 212 NFS, Berlin n’a pas hésité à s’y investir directement, en commandant deux sous-marins du même modèle, pour la Bundesmarine, et à en assumer l’essentiel des coûts de R&D.

Au final, les recettes budgétaires et sociales engendrées par la construction des six sous-marins, auront largement compensé l’investissement de R&D et les couts d’acquisition des deux sous-marins allemands, sans qu’il soit nécessaire de ponctionner les autres ressources du ministère de la Défense, ou de l’État fédéral allemand.

Les États-Unis, eux aussi, savent parfaitement employer ce modèle, y compris en allouant, à certains de ses alliés, une aide budgétaire directe, pour acquérir des équipements américains. C’est notamment ce que tente de faire, aujourd’hui, Lloyd Austin, le Secrétaire à la Défense, aux Philippines, en promettant une aide de 500 m$, pour sortir le Gripen et le KF-21 du tableau, et imposer le F-16V.

Quoi qu’il en soit, autour de ce modèle, la France dispose d’un atout considérable. En effet, les déficits sociaux systémiques, compensés chaque année par le budget de l’État, permettent d’intégrer les charges sociales dans l’équation budgétaire d’un programme, tels des économies valant recettes pour le budget de l’État, permettant d’atteindre un solde budgétaire de 65 %, et non de 35 %, comme en Allemagne, et 25 % aux États-Unis.

Ce faisant, il suffit d’atteindre, au sein d’un programme, un engagement de partenariat, autour de l’exportation des équipements, équivalent ou supérieur à la moitié des investissements français, pour obtenir un solde budgétaire positif ou nul, permettant de gommer l’influence budgétaire du programme, sur le budget de l’État.

NGF programme SCAF
Les grands programmes de coopération défense français, comme SCAF et MGCS, ne permettent pas s’exploiter à son plein potentiel le retour budgétaire de l’industrie de défense française, adossée à la capacité d’exportation du second vendeurs d’équipements de défense de la planète.

On remarquera que les paradigmes employés aujourd’hui par la France, notamment autour des programmes SCAF ou MGCS, n’apportent, dans ce domaine, aucun bénéfice en matière de poids relatif des investissements consentis, sur le budget de l’État. Au contraire, en ventilant les recettes liées aux exportations auprès des partenaires, ce modèle tend à considérablement réduire les chances d’atteindre un solde budgétaire positif, comme c’est aujourd’hui le cas, par exemple, pour le programme Rafale.

Trois catégories de programmes éligibles au CDPD

Ainsi structuré, il serait possible, pour la France, de lancer l’étude et les négociations, pour plusieurs CDPD susceptibles d’apporter des solutions d’équipements pour trois catégories de programmes, aujourd’hui, sans solution.

La première catégorie concerne les programmes parfaitement identifiés, par les armées, mais retardés, ou mis de côtés, lors des arbitrages budgétaires autour de la LPM. Il peut s’agir de nouveaux programmes, ou de programmes complémentaires à d’autres intégrés à la LPM, pour en étendre le volume.

La seconde catégorie concerne les opportunités d’exportation identifiées par les industriels, et qui pourraient se concrétiser si les Armées françaises venaient à y participer. C’est, ici, typiquement un cadre semblable à celui des sous-marins norvégiens, ayant permis à la Bundesmarine de recevoir deux nouveaux sous-marins, sans impacts sur le budget fédéral.

Type 2123 NFS
Berlin avait convaincu Olso de se tourner vers le Type 212 en s’engageant à acquérir deux navires et en assumant les couts de conception.

La troisième catégorie, enfin, concerne le développement et la production d’équipements répondant à des besoins émergents, non identifiés lors de la conception de la LPM, afin de permettre aux armées et aux industriels, de rester au contact technologique et opérationnel avec le tempo imposé par d’autres armées, ou d’autres industriels.

Toutefois, au-delà des catégories d’éligibilité, le développement d’une CDPD, devra répondre à certaines contraintes, en particulier pour les armées, celles-ci devant être en mesure d’intégrer les nouveaux équipements de manière efficace dans leur inventaire, et donc de disposer des ressources humaines et capacités de maintenance nécessaires pour cela.

Notons que les couts de maintenance et de mise en œuvre, au moins sur la durée de la LPM en cours, pourraient être couverts selon un modèle comparable à celui des acquisitions des équipements, par un solde budgétaire positif lié soit aux réserves budgétaires positives liées à l’acquisition des équipements sur la scène export, soit par les recettes engendrées par leur maintenance vis-à-vis de l’industrie française, pour les matériels en service à l’étranger.

Redonner aux armées et aux industriels des canaux de coopération

La CDPD permet d’apporter un modèle budgétaire soutenable pour financer des programmes d’équipements majeurs de défense, hors de la trajectoire tracée par la LPM en cours. Elle permet, également, de restructurer le lien entre les industriels et les armées, en matière de conduite des programmes.

En effet, si industriels et militaires travaillent fréquemment et efficacement, en France, concernant les programmes à destination des armées nationales, la coopération, en soutien des exportations, est beaucoup plus difficile.

Caesar MK2 eurosatory
Le ministère de la Défense avait accepté d’acquérir, en 1994, 5 exemplaires du nouveau canon Caesar, pour lancer sa carrière internationale. Il a depuis été commandé à plus de 400 exemplaires par des armées étrangères. Il est peu probable que Nexter aurait pu vendre le système, sans ce coup de pouce d’Alain Richard, le ministre de la défense de l’époque.

Ainsi, il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, que les armées françaises décident de s’équiper d’un équipement non planifié, pour soutenir sa carrière à l’exportation. Dans ce domaine, si l’Armée de terre consentit à acquérir 5 Canons Caesar au milieu des années 90, pour lancer les contrats d’exportation, les blindés Scarabée d’Arquus et Titus de Nexter, les corvettes Gowind 2500 et les sous-marins Scorpene de Naval Group, ou encore le Super-Mirage 4000 de Dassault, ont été boudés par les Armées, alors que tous avaient un potentiel d’exportation important, engendrant des trajectoires commerciales très disparates.

La CDPD permettrait, au contraire, de lier les deux, dans une trajectoire commune, permettant notamment aux Armées de s’équiper de certains équipements mis de côtés jusqu’à présent, sans devoir renoncer aux autres équipements planifiés, et aux industriels de convaincre les Armées de s’équiper de matériels à l’avenir export attesté (puisque déjà commandés par au moins un partenaire au sein de la CDPD), sans que cela engendre de renoncements, non plus.

À titre d’exemple, la CDPD aurait permis à la Marine nationale d’aller au bout du programme FREMM, pour 13 unités, en embarquant le développement de la FTI, devenue FDI depuis, pour cinq exemplaires destinés à la flotte française, une fois que la Grèce en avait commandé ses trois unités. Au final, ce modèle aurait permis à la Marine de disposer de 20 frégates de premier rang, plutôt que 15, tout en soutenant l’activité export de Naval Group, et l’activité de ses bureaux d’études.

Conclusion

Bien évidemment, la Capsule de Développement de Programme de Défense, présentée ici, ne représente qu’une ébauche du modèle pouvant être conçu autour de ce paradigme. En particulier, l’organisation de la source de financement, et la qualité exigée de l’analyse prospective en termes de recettes budgétaires et sociales générées, nécessiteront des études détaillées, pour border l’ensemble des aspects, spécialement la soutenabilité budgétaire.

Lecornu assemblée nationale
la CDPD permet de créer un modèle de structure léger et dynamique permettant de porter le financement d’équipements de défense, tout en garantissant la neutralisation des couts par des recettes fiscales pour l’Etat.

Reste que ce schéma conceptuel, pourrait permettre de créer un second modèle de programmation militaire industrielle, variable cette fois, et complémentaire de la programmation ferme de la LPM. Celui-ci permettrait aux industriels et militaires, d’aller chercher les ressources, et les partenaires, et ainsi répondre, dynamiquement, aux différentes exigences nécessaires à l’autorisation de créer la CDPD.

Qui plus est, ce modèle dynamique, permettrait de libérer des énergies, mais également d’accroitre la prise de risque de ces deux acteurs, dans ces domaines compétitifs, commercialement parlant, et déterminants sur le champ de bataille, et ainsi, prévenir la trajectoire de déclassement qui semble se dessiner sous les pieds du pays, aujourd’hui.

Enfin, par sa nature, ce modèle ne vient en aucun cas parasiter l’exécution de la LPM, qui demeure le socle sur lequel l’effort de défense se construit, et ne représente, à ce titre, aucun risque pour celle-ci, que ce soit lors de la phase d’étude nécessaire à sa mise en œuvre, et lors de son exécution.

Les 2 nouvelles frégates FREMM Evo commandées pour la Marina Militare, auront-elles un équipage ?

Attendue depuis plusieurs mois, la commande des deux nouvelles frégates FREMM Evo, évolution modernisée des Fremm classe Bergamini, pour la Marina Militare, a été signée cette semaine entre l’OCCAR et Orizzonte Sistemi Navali (OSN), la coentreprise de Fincantieri et Leonardo, dédiée à cette fonction.

Dotées de systèmes modernisés et de nouvelles capacités antibalistiques, antidrone, cyber et en matière de guerre électronique, ces nouvelles conféreront à l’industrie navale italienne, un nouveau cheval de bataille compétitif sur la scène internationale, et à la Marine italienne, des capacités accrues alors qu’elle ambitionne de devenir la première flotte de surface européenne.

Encore faut-il que ces nouvelles frégates puissent être dotées d’un équipage, ce qui semble bien, aujourd’hui, représenter la plus grande difficulté pour Rome et la Marina Militare, à ce sujet.

La Marina Militare, la plus imposante flotte du bassin Méditerranéen

Si, traditionnellement, la Marina Militare a toujours fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités italiennes, celle-ci est devenue, depuis une vingtaine d’années, le support d’un effort politique et industriel majeur dans le pays, quelle que soit l’orientation du gouvernement à Rome.

Porte-aéronefs Trieste Marine italienne
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C’est ainsi que la marine italienne est devenue, aujourd’hui, la plus importante flotte militaire dans le bassin Méditerranéen, avec huit sous-marins, deux porte-aéronefs, trois navires amphibies, quatre destroyers et treize frégates, surpassant nettement les flottes espagnoles, françaises et turques, déployées en Méditerranée.

Et Rome n’entend pas s’arrêter là. Ainsi, plusieurs programmes de modernisation des unités navales sont en cours, avec quatre sous-marins Type 212 NFS pour remplacer les quatre sous-marins de la classe Sauro, le porte-aéronef Trieste de presque 40.000 tonnes qui vient relever le Giuseppe Garibaldi de 14.000 tonnes, ainsi que la livraison de deux frégates Fremm multirolo+ prévue pour 2025, pour remplacer les deux frégates classe Maestral, et de quatre nouvelles frégates moyennes de 6000 tonnes de la classe Thaon di Revel, classées comme patrouilleurs hauturiers, ou OPV, par l’Italie, pour atteindre une flotte de 7 navires livrés d’ici à 2026, sur les 10 prévus à terme.

Au-delà de ces programmes en cours d’exécution, la Marine italienne a annoncé le lancement du programme de destroyer antiaérien lourd DDX pour remplacer, en 2029, les deux destroyers de la classe Durand de la Penne, et peut-être, au-delà, les deux destroyers Horizon de la classe Andrea Doria.

Outre la livraison des trois derniers OPV de la classe Thaon di Revel, la Marine Militare va également remplacer, dans les dix années à venir, les quatre OPV de la classe Commandanti par des OPV océaniques issus du programme European Patrol Corvette, alors que les deux patrouilleurs de la classe Sirio, et les quatre de la classe Cassiopea, le seront par les OPV du programme PPX.

OPV Thaon di Revel Marine italienne
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Les trois LPD amphibies de 8.000 tonnes de la classe San Giorgio seront, quant à eux, remplacés par trois nouveaux navires amphibies de 16.000 tonnes de 2028 à 2030, alors que les dix chasseurs de mines des classes Lerici et Gaeta, le seront par quatre navires de guerre des mines océaniques du programme CNG-A et par cinq (+3 en option) navires de guerre des mines côtiers CNG-C.

Enfin, le grand navire logistique Volcano de 27.000 tonnes, sera rejoint par un sister-ship pour remplacer le pétrolier-ravitailleur Stromboli de 9.000 tonnes, alors que deux autres exemplaires de cette classe sont prévus d’être commandés à l’avenir.

De fait, si la Marine Militare reste, aujourd’hui, inférieure en volume, et en capacités, aux deux grandes marines européennes, la Royal Navy et la Marine nationale, elle représente, sans conteste possible, la plus puissante force navale du bassin méditerranéen. Elle pourrait bien, par ailleurs, devenir la plus imposante flotte de surface en Europe, si la planification française et britannique, restent inchangées dans les années à venir.

Deux nouvelles frégates Fremm Evo pour la Marine italienne

En effet, avec deux porte-avions, quatre destroyers lourds DDx, dix frégates lourdes Bergamini et dix frégates moyennes Thaon di Revel, elle fera jeu égal avec les deux porte-aéronefs, six destroyers Type 45/83, huit frégates lourdes Type 26, cinq frégates moyennes Type 31 et, bien que non commandées à ce jour, autant de frégates moyennes Type 32.

Fremm Evo tribord
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Elle surclassera aussi sensiblement la Marine nationale avec son unique porte-avions, ses deux destroyers antiaériens, ses huit frégates lourdes Aquitaine et Alsace, ses cinq frégates moyennes amiral Ronarc’h et ses six frégates légères océaniques, surtout si les cinq frégates légères furtives de la classe Lafayette, ne sont pas remplacées.

Dès lors, l’annonce faite, cette semaine, concernant la commande de deux frégates Fremm supplémentaires, pour la Marina Militare, pourrait encore épaissir le trait, et la placer définitivement sur la première marche du podium européen, tout au moins pour ce qui concerne la flotte de surface hauturière.

Surtout que ces deux frégates, qui amèneront la flotte de Fremm classe Bergamini à 12 navires en Italie, seront dotées de capacités plus évoluées que les frégates précédentes. Baptisée Fremm Evolution, ou Fremm Evo, ces frégates auront les mêmes caractéristiques structurelles que les Fremm italiennes dédiées à la lutte anti-sous-marine, avec une longueur de 144 mètres pour un tonnage en charge de 6.600 tonnes.

Elles seront, ainsi, armées de deux systèmes VLS Sylver 50 pour 16 missiles Aster 15 et 30, de quatre missiles antinavires Teseo, de quatre missiles anti-sous-marins Milas, et de deux tubes lance-torpilles triples armés de torpilles anti-sous-marines Mu90. Elles emporteront, en matière d’artillerie, de deux canons de 76 mm Strales, et deux canons téléopérés de 25 mm Breda. Le hangar aviation de la frégate permettra d’accueillir deux hélicoptères, ou un hélicoptère et des drones.

La Fremm Evo sera plus attractive sur la scène internationale, équipée pour la lutte antidrone et la guerre électronique et cyber

Si l’armement principal des Fremm Evo reste inchangé, vis-à-vis des Fremm ASM italiennes, les différences seront à chercher dans les systèmes embarqués. Ainsi, celles-ci seront équipées du nouveau radar AESA à face plane Kronos dual bandes X et C, capable de détecter, suivre et engager des cibles balistiques, capacité dont la nécessité a été mise en évidence en mer Rouge ces derniers mois.

fregate bergamini Marina militare
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Le système de combat SADOC 4, ainsi que des systèmes évolués de guerre électronique et de guerre cyber, seront déployés à bord de ces frégates, pour en étendre les performances et la résilience cyber. En outre, les moyens de lutte contre la menace drones, qu’ils soient aériens, de surface ou sous-marins, seront sensiblement renforcés.

Enfin, les systèmes de production d’énergie électrique, et de refroidissement, seront modernisés, permettant d’en améliorer les performances au combat, et d’accroitre les possibilités d’évolution du navire, par l’intégration de nouveaux systèmes.

Ce faisant, les nouvelles Fremm Evo italiennes, apporteront des capacités renforcées à la Marina Militare. Elles conféreront, surtout, à l’industrie navale italienne, Fincantieri et Leonardo en tête, un nouveau cheval de bataille pour s’imposer lors des compétitions internationales.

En effet, la Fremm Evo a un dernier argument à faire valoir, mais il est de taille : son prix. Ainsi, les deux frégates ont été commandées pour un montant total de 1,5 Md€, soit 30 % moins chères que les Type 26 britanniques et que les Constellation américaines, et à peine plus chères que les FDI Amiral Ronarc’h françaises, pourtant beaucoup plus compactes (mais disposant de capacités opérationnelles similaires).

Y aura-t-il des équipages italiens pour ces nouvelles frégates, ou sont-ce seulement des démonstrateurs commerciaux pour l’exportation ?

On le voit, la nouvelle Fremm Evo italienne, représentera un adversaire difficile à surpasser, lors des compétitions à venir, ce d’autant que Fincantieri s’est taillé, ces dernières années, une réputation d’efficacité pour respecter prix et délais, lors des contrats exports.

equipage fregate classe bergamini

On peut, d’ailleurs, se demander si cette commande, passée pour la Marina Militare, n’a pas pour principal objectif, que de concevoir et montrer une nouvelle version de la FREMM italienne, afin de conserver un modèle commercialement attractif sur la scène internationale ?

Rappelons, en effet, que la Marine italienne peine déjà, aujourd’hui, pour constituer, entrainer et déployer les équipages de ses frégates. Ainsi, en mars 2023, s’exprimant devant le séant italien, le chef d’état-major de la Marina Militare, l’amiral Enrico Credendino, avait reconnu qu’il était, alors, incapable de fournir un équipage complet à toutes ses frégates. Un an plus tard, son successeur, l’amiral Guiseppe Cavo Dragone, a reconnu qu’il manquait à la Marina Militare, 10.000 marins et officiers, pour satisfaire aux ambitions tracées.

Bien que disposant d’effectifs proches de ceux de la Marine nationale, la Marine italienne rencontre d’importantes difficultés pour trouver des volontaires acceptants d’embarquer à bord de ses frégates, sachant que dans le pays, un militaire peut refuser une affectation qu’il jugerait trop contraignante ou inadaptée à sa propre situation.

Or, la flotte de frégates et destroyers italiens, au-delà de 2030, sera plus étendue qu’elle ne l’est aujourd’hui, en particulier avec l’entrée en service des PPA Thaon di Revel. Et, si les nouveaux navires annoncent des effectifs théoriques plus réduits que les unités qu’ils remplacent, l’expérience opérationnelle récente en mer Rouge, a montré que la réduction artificielle des équipages atteint rapidement ses limites, et peut même représenter un sérieux handicap pour la résilience au combat des navires, voire une menace directe concernant son efficacité et sa sécurité au combat.

Conclusion

Dès lors, et sachant que les tensions RH au sein de la Marina Militare ne semblent pas destinées à s’améliorer dans les années à venir, on peut, raisonnablement, douter de la possibilité, pour celle-ci, de constituer les équipages supplémentaires pour mettre en œuvre ces navires supplémentaires.

Fincanteiri Bergamini fremm
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Dans ce contexte, il est tout à fait possible que l’annonce de cette semaine, concernant la commande des deux Fremm Evo pour la Marine italienne, ne vise, au final, qu’à soutenir les possibilités d’exportation de Fincantieri et Leonardo, alors que l’industriel pourrait commencer à manquer d’activité à partir de 2032, quand la Marina Militare aura terminé sa grande transformation.

Une révision de la dissuasion française s’imposera-t-elle dès 2025 ?

La dissuasion française constitue, aujourd’hui, l’un des piliers de la posture de défense du pays, tout en conférant à Paris son autonomie stratégique lui garantissant une liberté de position et de ton rare, y compris dans le camp occidental.

Son incontestable efficacité, depuis 1964, sera préservée, pour les quatre décennies à venir, par la modernisation de ses deux composantes stratégiques, avec l’arrivée du nouveau missile de croisière supersonique aéroporté ASN4G, dès 2035, et l’entrée en service des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SNLE 3G, à cette même échéance.

C’est, tout du moins, ainsi que la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, présente le sujet, qui va consacrer plus de 50 Md€ à cette mission sur son exécution, avec l’objectif de remplacer, presque à l’identique et à partir de 2035, les moyens actuels, par des capacités largement modernisées, donc plus efficaces.

Toutefois, ces dernières années, les menaces pouvant viser, potentiellement, la France, comme ses intérêts vitaux, censées protéger par la dissuasion nationale, ont considérablement évoluer, dans leur nature, leur origine et leur volume.

Alors que de nombreuses voix s’élèvent, outre-Manche comme outre-Atlantique, appelant à une révision profonde et rapide des postures de dissuasion britanniques et américaines, pour répondre à ces évolutions, il est, peut-être, nécessaire de faire de même en France, sans attendre la fin de la LPM en cours, pour transformer l’outil au cœur de la sécurité stratégique du pays, et de ses intérêts vitaux.

La dissuasion française, sa modernisation et le principe de stricte nécessité

Bâtie sur le principe de stricte nécessité, la dissuasion française a pour fonction de donner aux autorités du pays, les moyens nécessaires et suffisants, pour s’intégrer efficacement dans le discours stratégique mondial, et ce, de manière strictement autonome, tout en assurant la sécurité et l’intégrité du pays.

Rafale M armé d'un missile ASMPA nucléaire au catapultage
La FaNu permet à la France de déployer des missiles nucléaires ASMPA à partir de Rafale M embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle. Toutefois, avec un unique porte-avions, la Marine nationale ne peut deployer cette capacité que 50 % du temps, au mieux.

Celle-ci se décompose, aujourd’hui, en deux forces aux capacités complémentaires. La première est la Force aérienne stratégique, forte de deux escadrons de chasse équipés de chasseurs Rafale et d’une cinquantaine de missiles nucléaires supersoniques ASMPA-R, d’une portée de plus de 500 km, et transportant une tête nucléaire TNA de 100 à 300 kilotonnes.

À cette capacité mise en œuvre par l’Armée de l’air, s’ajoute, ponctuellement, la Force Aéronavale Nucléaire, ou FaNu, permettant à des Rafale M de la flottille 12F, de mettre en œuvre ce même missile ASMPA-R, à partir du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle.

La seconde est la Force Océanique Stratégique, disposant de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ou SNLE, de la classe le Triomphant. Celle-ci conserve, à chaque instant, un de ces navires à la mer, pour évoluer caché dans les profondeurs océaniques, et lancer, à la demande présidentielle, ses 16 missiles balistiques M51.3, d’une portée de 10.000 km, et transportant chacun 6 à 10 têtes nucléaires à trajectoire indépendante TNO de 100 kt.

Ensemble, ces deux capacités confèrent aux autorités françaises en vaste champ opérationnel et lexical stratégique, la composante aérienne formant la force visible pour répondre aux déploiements de forces ou à la menace d’un adversaire potentiel, et la composante sous-marine, en assurant l’adversaire d’une destruction presque complète, s’il venait à frapper la France ou ses intérêts vitaux, et ce, même si la France était elle-même frappée massivement par des armes nucléaires.

FOST SNLE Le terrible classe Le triomphant
Avec quatre SNLE classe Le Triomphant, la France dispose en permance d’un navire en patrouille, susceptible de déclencher un tir nucléaire stratégique de riposte contre un pays ayant attaqué le Pays, y compris avec des armes nucléaires stratégiques.

Contrairement à ce qui est parfois avancé, la dissuasion française est aujourd’hui correctement dimensionnée, et certainement efficace, pour contenir la menace d’un pays comme la Russie, et ce, en dépit d’un nombre beaucoup plus important de vecteurs et de têtes nucléaires pour Moscou.

En outre, cette dissuasion, face à la Russie, toujours, est également suffisante pour être étendue à d’autres pays européens alliés, le cas échéant. Son efficacité est, en effet, liée à sa capacité de destruction chez l’adversaire, et non au périmètre qu’elle protège, même si, dans ce domaine, la perception de la détermination française pour protéger ses alliés, y compris en assumant le risque nucléaire, joue également un rôle déterminant.

De fait, aujourd’hui, la dissuasion française remplie pleinement, et parfaitement sa mission, et peut même, le cas échéant, le faire sur un périmètre plus étendu. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la LPM 2024-2030, sa modernisation, avec l’arrivée du missile ASN4G pour remplacer l’ASMPA-R, et du SNLE 3G pour remplacer les SNLE classe Triomphant, est prévue à partir de 2035, avec un périmètre strictement identique.

L’apparition de nouvelles menaces change les données de l’équation stratégique française

Toutefois, ces dernières années, sont apparues de nouvelles menaces, susceptibles de profondément bouleverser l’équilibre stratégique sur lequel est aujourd’hui bâtie la dissuasion française, et qui est transposé, au travers de la LPM 2024-2030, dans la dissuasion NG française, à partir de 2035.

ICBM KN-22 Pyonguang
première présentation publique du missile ICBM KN-22 à Pyongyang en 2020

Ainsi, alors que la menace stratégique pouvant viser la France et ses intérêts vitaux, jusqu’à présent, était avant tout constituée par l’arsenal stratégique russe, d’autres pays, aujourd’hui, se sont dotés de moyens comparables, susceptibles d’atteindre la France, ses territoires ultramarins ou ses intérêts.

C’est en particulier le cas de la Corée du Nord, qui a développé un missile ICBM pouvant atteindre l’Europe, le Hwasong-15, d’une portée de 13.000 km, et qui pourrait, prochainement, être doté de têtes nucléaires à trajectoire indépendante MIRV.

L’Iran, pour sa part, dispose déjà de missiles balistiques susceptibles d’atteindre le sol européen, avec le Shahab-5 d’une portée estimée au-delà de 4500 km. Si le pays ne dispose pas, pour l’heure, d’un arsenal nucléaire, plusieurs services de renseignement, y compris le Mossad israélien, estiment que Téhéran ne serait plus qu’à quelques mois de pouvoir s’en doter.

Dans les deux cas, ces pays pourraient enregistrer, dans les mois et années à venir, des progrès substantiels dans leurs programmes nucléaires et balistiques, avec une aide technologique possible venue de Russie, en échange du soutien de Téhéran et Pyongyang à l’effort militaire russe contre l’Ukraine.

Bombardier Tu-160M
Les forces aériennes stratégiques russes disposeront d’une cinquantaine de bombardiers supersoniques à très long rayon d’action Tu-160M et M2 d’ici à 2040.

La Russie, justement, développe et modernise rapidement son arsenal nucléaire, avec l’entrée en service de nouveaux vecteurs, comme les SNLE de la classe Boreï, les bombardiers stratégiques Tu-160M et les ICBM RS-28 Sarmat, équipés du planeur hypersonique Avangard.

Surtout, les armées russes se dotent très rapidement de nouvelles capacités nucléaires non stratégiques, qu’il s’agisse de missiles balistiques à courte et moyenne portée, ou de missiles de croisières super ou hypersoniques, tous pouvant alternativement être équipés de charges militaires conventionnelles ou nucléaires.

Enfin, la Chine produit un effort sans équivalent, pour accroitre et étendre ses capacités de frappe nucléaire, son arsenal devant être triplé d’ici à 2035, pour atteindre 1000 vecteurs opérationnels.

DF41 ICBM Chine
le missile balsitique ICBM DF41 chinois représente un immense progrès vis-à-vis des DF-5 à carburant liquide en silo, employés jusqu’à présent.

Pékin se dote, notamment, de capacités stratégiques renouvelées, avec le nouveau missile ICBM à carburant solide DF-41, qui existe en version mobile et en silos, et le missile SLBM JL-3 qui arme les nouveaux SNLE Type 09IV chinois. Comme Moscou, toutefois, les forces chinoises s’équipent aussi d’un nombre croissant de vecteurs à plus courte portée, et d’une puissance de destruction non stratégique, à vocation conventionnelle ou nucléaire.

L’émergence de nouvelles menaces stratégiques non nucléaires doit également être considérée et traitée

À ces nouvelles menaces stratégiques nucléaires, pouvant directement menacer la France et ses intérêts vitaux, s’ajoutent, également, de nouvelles capacités au potentiel de destruction stratégique, mais armées de charges conventionnelles et/ou faiblement létales.

L’exemple le plus célèbre, pour illustrer ces nouvelles menaces, est l’arrivée des drones d’attaque à longue portée, mis en évidence avec les drones Shahed-136 iraniens et Geran-2 russes, employés par les forces de Moscou pour frapper les installations civiles clés en Ukraine.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
Les drones d’attaque, comme le Shahed 136 iraniens, se sont montrés très efficaces pour frapper les infrastructures civiles ukrainiennes.

Bien que vulnérables et transportant une charge militaire relativement réduite, ces drones disposent de deux atouts les transformants en menace potentiellement stratégique, pour un pays comme la France.

D’abord, leur portée, pouvant dépasser les 2000 km aujourd’hui, probablement davantage demain, leur permet d’atteindre des cibles très distantes, pour mener des frappes destructrices contre les infrastructures civiles d’un pays, comme le réseau de communication, le réseau de transport, les réserves de carburant, les capacités industrielles et énergétiques, voire les centres de commandement et de coordination militaires et civils, y compris politiques.

Or, au-delà de la possibilité d’atteindre dans la profondeur des infrastructures clés, cette portée augmente, au carré, le nombre d’infrastructures potentiellement ciblées, rendant leur protection presque impossible par des moyens antidrones classiques. Ainsi, si un drone d’une portée de 500 km peut atteindre, potentiellement, les cibles présentes sur 200.000 km² du territoire adverse, une portée de 1000 km, porte cette surface à 800.000 km².

Surtout, ces drones sont relativement simples et rapides à concevoir et à construire, et ils sont peu onéreux. Ainsi, un drone de la famille Geran-2, serait produit pour 2 à 3 millions de roubles en Russie, soit 20 à 30 k$. Ce faisant, une flotte de 5000 de ces drones, susceptibles de saturer, endommager ou détruire la plupart des grandes infrastructures d’un pays comme la France, peut-être construire en une année, et pour à peine 150 m$.

Usine drones d'attaque Geranium-2
La Russie prévoit de construire plus de 8000 Geran-2, version russe modifiée du Shahed 136, sur la seule année 2024.

Ainsi, certains pays hostiles ou sous influence, peuvent se doter, à moindres frais, et sur des courts délais, de capacités de frappes au potentiel de destruction quasi stratégique, contre un pays très développé, qu’il serait presque impossible de contrer, et ce, sans même devoir franchir le seuil nucléaire.

Cette capacité, et d’autres comme les armes à impulsion électromagnétique, les attaques cyber, voire les moyens chimiques ou biologiques, peuvent engendrer, à relativement court terme, un profond bouleversement de la menace stratégique susceptible de viser, potentiellement, la France, contre laquelle la dissuasion, dans son format actuel, et tel que prévu dans les décennies à venir, pourrait ne pas suffire.

De nombreuses voix appellent à l’extension et la transformation de la dissuasion américaine

Si les questions portant sur la dissuasion, sont très rarement débattues sur la scène publique en France, en particulier par les militaires et les Think Tank qui travaillent pour le ministère des Armées, ce n’est pas le cas, bien au contraire, aux États-Unis.

SSBN CLasse Columbia US Navy
L’US Navy prévoit de n’acquerir que 12 SSBN de la classe Columbia. Un nombre jugé très insuffisant par la Heritage Foundation, qui préconise un retour à 16 navires, comme pendant la guerre froide.

Ainsi, le think tank conservateur américain Heritage Foundation, vient de publier une analyse stratégique pour anticiper la nouvelle Nuclear Posture Review (NPR), qui doit être rédigée et débattue en 2025, par la nouvelle administration américaine, qui sortira des urnes en novembre 2024.

Comme évoqué ici, la Heritage Foundation porte un regard critique sur le renouvellement, entamé aujourd’hui presque à l’identique des moyens de la dissuasion américaine, avec le développement de l’ICBM Sentinel, du bombardier stratégique B-21 Raider, ainsi que du nouveau SSBN classe Columbia, alors même que la menace, elle, a considérablement évoluée, en volume comme en nature, ces dix dernières années.

Sans surprise, la principale préoccupation du think tank américain, concerne la montée en puissance très rapide des moyens de frappe nucléaire chinois, venant déstabiliser le statu quo russo-américain hérité de la guerre froide.

Toutefois, là aussi, les analystes américains pointent la transformation des moyens stratégiques et nucléaires non stratégiques russes, et l’émergence de nouvelles menaces avérées (ICBM nord coréens), ou en devenir (programme nucléaire iranien), avec le risque d’une propagation rapide des armes nucléaires dans les décennies à venir.

silos missiles chine
La construction de plusieurs centaines de silos pour missiles ICBM a été observée en Chine

Pour répondre à ces menaces, et bien que d’obédience républicaine, donc proche de Donald Trump, dont le programme Défense demeure très incertain, la Heritage Foundation préconise l’augmentation rapide des moyens de dissuasion américains, avec le retour à une flotte de SNLE à 16 navires, le développement d’une version mobile de l’ICBM Sentinel, et l’augmentation du nombre de B-21 Raider.

Surtout, elle préconise le développement et le déploiement rapide de capacités nucléaires non stratégiques, notamment en Europe, pour contenir l’émergence de ce type de menaces sur les théâtres européens, Pacifiques et, potentiellement, moyen-oriental.

La modernisation itérative de la dissuasion française pour 2035 répond-elle à la réalité de l’évolution de la menace ?

Les arguments avancés par le Think Tank américain, pour appeler à une révision de la dissuasion américaine, dans son format comme dans sa composition, se transposent, évidemment, à la dissuasion française, elle aussi visant une modernisation itérative, des moyens dont elle dispose aujourd’hui.

Ainsi, même si elle intégrera probablement, à l’avenir, des drones de combat de type Loyal Wingmen furtifs pour accompagner les missions Poker, la composante aérienne de la dissuasion française demeurera armée d’un missile sol-air à moyenne portée et forte puissance, comme l’ASMPA-R aujourd’hui, mis en œuvre par des avions de combat tactiques Rafale, comme aujourd’hui, et soutenus par des avions de chasse d’escorte et des appareils de soutien, tanker et Awacs, comme aujourd’hui.

Rafale B missile ASMPA
Le missile nucléaire supersonique ASMPA-R (Rénové) sera remplacé, à partir de 2035, par le missile ASN4G, qui pourrait être doté d’un planeur hypersonique.

En outre, si les équipements seront beaucoup plus modernes, et performants, le nombre d’appareils, de missiles, et de têtes nucléaires, ne semble pas destiner à évoluer, alors que la répartition de la menace, elle, est appelée à sensiblement s’étendre.

De même, la force océanique stratégique à venir, prévoit toujours de s’appuyer sur 4 SNLE, permettant de disposer d’un navire en patrouille à tout instant, d’un navire en alerte à 24 heures, d’un navire à l’entrainement, mobilisable en quelques semaines, et d’un navire en maintenance.

Pourtant, l’arrivée de la Chine dans l’équation stratégique mondiale, et, dans une moindre mesure, de la Corée du Nord, obligera la FOST à diviser ses moyens, pour contenir simultanément ces menaces à la limite de la portée de ses missiles, notamment en déployant, au besoin, un SNLE dans une zone de patrouille mieux adaptée.

En outre, la montée en puissance des flottes sous-marines russes et chinoises, en particulièrement des flottes de sous-marins nucléaires d’attaque ou lance-missiles, SSN et SSGN, viendra accroitre le risque de compromission de l’unique navire en patrouille français, ce d’autant que le nombre de drones de patrouille sous-marine, conçus précisément pour accroitre les opportunités de détection, va nécessairement bondir dans les années à venir.

SNLE 3G Naval Group
Le conception et la construction des 4 SNLE 3G, destinés à remplacer, à partir de 2035, les SNLE classe le Triomphant, sera le chantier industriel et technologique le plus complexe réalisé en France dans les dix années à venir.

Enfin, l’absence de capacités de frappes de basse intensité, dites « Low Yield » en anglais, et de « de frappe nucléaire non stratégique », dans la nomenclature russe et en chinois, pourrait considérablement affaiblir la posture dissuasive française dans les années à venir, qu’il s’agisse de répondre à ce type de déploiement visible, de la part d’un adversaire potentiel, voire de contenir, au besoin, la menace de frappes stratégiques non nucléaires, par l’intermédiaire d’une flotte massive de drones d’attaque, à la portée budgétaire et technologique d’un grand nombre de pays.

Conclusion

On le voit, si la dissuasion française a rempli parfaitement son rôle, jusqu’à aujourd’hui, la trajectoire retenue, pour son évolution, dans les décennies à venir, bénéficierait, très certainement, d’une nouvelle analyse, prenant en considération, non pas le simple remplacement des moyens existants par des équipements plus modernes et performants, mais aussi la transformation qui est à l’œuvre, concernant la menace stratégique dans le monde.

Cet exercice permettrait, sans le moindre doute, de bâtir une vision plus actuelle sur la réalité des menaces, et leur évolution prévisible dans les années et décennies à venir, et ferait émerger une dissuasion française plus homogène, plus résiliente, et donc plus efficace, pour y faire face.

Enfin, cette démarche bénéficierait certainement d’une exposition publique, certes maitrisée pour préserver la nécessaire confidentialité là où elle est requise, mais qui permettrait de mieux cerner la construction de cette dissuasion, les moyens qui lui sont alloués, et donc, l’effort budgétaire et technologique demandé aux concitoyens, pour s’en doter, et pour assurer la sécurité du pays, comme de ses intérêts vitaux.

Faute de quoi, la France pourrait se voir doter, à l’avenir, d’une dissuasion, certes technologiquement très performante, mais incapable d’assurer efficacement sa mission dans sa globalité, avec, à la clé, des risques existentiels non maitrisés sur le pays, lui-même.

Un nouveau sous-marin chinois équipé d’une croix de saint-André observé aux chantiers navals de Wuchang

À l’instar de la Russie, la flotte de sous-marin chinois se compose de navires à propulsion nucléaire, et de modèles à propulsion conventionnelle. Bien que sensiblement moins performants, en particulier en haute mer, ces derniers s’avèrent toutefois beaucoup plus économiques à produire, et ne nécessitent pas de tranche nucléaire pour former leur équipage.

Pour la Russie, ces sous-marins conventionnels sont principalement employés en zone côtière, et dans certaines mers étroites, comme la mer Baltique ou la mer Noire. La Marine chinoise, elle, les déploie principalement en mer de Chine de sud, pour en protéger les accès, et ainsi assurer la sécurité des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, qui y évoluent, et des grandes unités navales, comme les porte-avions, qui s’y entrainent.

Le dernier modèle de sous-marins chinois à propulsion conventionnelle, le Type 039C, est entré en service, il n’y a de cela que deux ans. De fait, l’observation faite, il y a quelques semaines, d’un nouveau modèle de sous-marin, lancé par les chantiers navals de Wuchang, a de quoi surprendre. D’autant que le nouveau navire, semble bien différent des Type 039, et pourrait représenter la première unité d’une nouvelle classe de sous-marins conventionnels, à capacités océaniques.

La production sous-marine chinoise évolue à toute vitesse

La Marine chinoise a admis au service, ces 20 dernières années, pas moins de 36 nouveaux sous-marins, près de deux chaque année. Parmi eux, 23 sont des modèles à propulsion conventionnelle modernes Type 039/G classe Song, et Type 039A/B classe Yuan, des navires reconnus pour être performants et discrets, notamment équipés d’un système anaérobie AIP de type Stirling, qui en étend l’autonomie en plongée.

Type 039A
La famille des sous-marins Type 039 A/B/C/G représente aujourd’hui l’essentiel de la flotte sous-marine conventionelle chinoise

En 2020, est apparue une nouvelle version de la classe Yuan. Baptisée Type 039C, celle-ci arbore un kiosque redessiné en forme de diamant, comme les nouveaux A26 suédois, dont on suppose qu’il réduit le rayonnement acoustique face aux sonars actifs, à moins qu’il ne s’agisse, autre hypothèse avancée, d’un nouveau système de déploiement d’une traine sonar.

Quoi qu’il en soit, le premier Type 039C n’est entré en service qu’en 2022, alors qu’au moins deux nouveaux exemplaires ont été lancés depuis. On pouvait, dès lors, penser que comme le Type 039B, produit de 2011 à 2019, la nouvelle version du Yuan, serait, elle aussi, produite exclusivement sur l’ensemble de la décennie 2020.

Apparemment, il n’en est rien. En effet, de récents clichés satellites des chantiers navals de Wuchang, ceux-là mêmes qui construisent, le plus discrètement possible, les nouveaux sous-marins chinois, ont montré un tout nouveau modèle apparu à partir de la fin du moins de juin 2024, le long des quais du chantier naval.

Un nouveau sous-marin équipé d’une croix de saint-André est apparu sur les clichés satellites des chantiers navals de Wuchang

Plus long d’au moins 7 mètres que le Type 039B, le nouveau sous-marin semble également plus imposant, avec un tonnage en plongée qui pourrait dépasser les 4000 tonnes, contre 3500 tonnes pour le Yuan.

nouveau sous-marin chinois
cliché publié par @tom shugart sur X, montrant le nouveau sous-marin lancé par les chantiers navals du Wuchang.

Les clichés étant peu détaillés, on ignore si cet allongement a permis aux chantiers navals de Wuchang, d’ajouter un système de lancement vertical de missiles au navire, comme c’est le cas des Dosan Anh Changho sud-coréen, mais aussi, semble-t-il, du nouveau sous-marin Hero Kim Gun-ok nord-coréen.

Plus surprenant encore, le sous-marin chinois est équipé d’un safran en croix de saint-André. Cette configuration, désormais employée sur de nombreux nouveaux modèles de sous-marins occidentaux, dont le Suffren français, confère au navire une meilleure manœuvrabilité, et une discrétion acoustique renforcée. En outre, elle permet au navire d’évoluer plus près du fond, ou du relief, sans risquer de rayer la peinture.

Cette configuration étant également retenue pour les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque Type 09V de la Marine chinoise, on peut supposer que le nouveau sous-marin conventionnel observé sera, comme le SNA, équipé d’un pump-jet, même si les clichés actuels ne peuvent ni confirmer, ni infirmer cette hypothèse.

Une possible nouvelle classe de sous-marins conventionnels océaniques chinois

Ces dernières années, les chantiers navals ont produit, à des fins d’expérimentation, plusieurs démonstrateurs qui n’étaient pas destinés à donner naissance à une nouvelle classe de navire, mais simplement à tester des configurations et des solutions technologiques particulières.

Chiche sous-marin chinois sans kioske
démontrateur de sous-marin sans kioske chinois

Ainsi, en 2018, était apparu un sous-marin dépourvu de kiosque, proche des recherches conceptuelles publiées alors par Naval Group avec le SMX-31. Toutefois, le navire ne faisant que 30 mètres, il est rapidement apparu qu’il était trop compact pour devenir une classe opérationnelle de sous-marin, et certainement trop imposant, pour former une solution de mini-sous-marin de renseignement ou employé par les forces spéciales, à grande échelle.

Le nouveau sous-marin observé avoisinant les 85 mètres, il est probable qu’il s’agisse, cette fois, bel et bien d’un navire à vocation opérationnelle, destiné à devenir l’unité de tête d’une nouvelle classe.

En outre, par sa taille accrue, le sous-marin pourrait avoir des performances étendues, vis-à-vis des Yuan, et entrer dans la catégorie des sous-marins conventionnels à capacités océaniques, comme le Blacksword Barracuda français, le S-81 plus espagnol, et le Taigei japonais.

Ce d’autant qu’il y a quelque temps, les ingénieurs chinois avaient annoncé qu’ils étaient prêts à équiper leurs nouveaux sous-marins à propulsion conventionnelle, de batteries lithium-ion, plutôt que du système AIP du Type 039A. Ces nouvelles batteries, bien plus performantes que les acide-plomb employées jusqu’ici, offrent une autonomie largement accrue en plongée, une puissance délivrée très supérieure, une capacité de recharge beaucoup plus rapide, et une maintenance simplifiée.

Le fait est, si le nouveau navire observé, est effectivement équipé de ces batteries et d’un pump-jet, il pourrait être doté de performances sans équivalents dans la Marine chinoise, venant flirter avec celles des navires occidentaux les plus performants, comme les Taïgei japonais, les Blacksword et Scorpene Evolved français, ou les Type 212 allemands.

La flotte sous-marine chinoise se modernise pour protéger au-delà du premier cercle d’iles autour de la mer de Chine du Sud.

Il faut dire que, pour Pékin, l’enjeu est de taille. En effet, les chantiers navals chinois ne sont pas encore en mesure de produire, à marche forcée, des sous-marins nucléaires d’attaque, comme le font, par exemple, les chantiers navals russes ou américains, produisant entre 1 et 2 nouveaux navires chaque année.

Type 039C sous-marin marine chinoise
le Type 039C est le plus avancé des sous-marins à propulsion convetionnel de la Marine chinoise à ce jour.

De fait, la Marine chinoise n’a d’autres choix que de s’en remettre encore massivement à ses sous-marins à propulsion conventionnelle, y compris pour protéger les accès à la mer de Chine du Sud, ou évoluent notamment les SSBN chinois.

Si le nouveau sous-marin observé est effectivement conforme aux hypothèses évoquées, celui-ci sera en capacité d’évoluer bien plus loin, plus vite, et plus discrètement que les Type 039, lui permettant de venir se déployer autour du second cercle d’iles entourant la mer de Chine, et ainsi, de verrouiller certains accès ouvrant la porte à Taïwan, dans l’hypothèse d’une opération militaire contre l’ile, voire de permettre aux SNLE chinois, de quitter la Mer de Chine, pour se diluer dans le Pacifique.

Les SNA chinois, quant à eux, pourront alors se consacrer pleinement à l’escorte des Capitals ships, notamment des porte-avions, et fermer le rideau de haute mer, au large de Taïwan.

Conclusion

De fait, l’arrivée de ces nouveaux sous-marins, si elle est avérée, pourrait bien ouvrir un tout nouveau champ opérationnel à la Marine chinoise, particulièrement, pour mettre en œuvre un blocus naval autour de l’ile autonome, hypothèse désormais privilégiée par les planificateurs occidentaux, à ce sujet.

Reste qu’il faudra certainement se montrer très patient pour en apprendre davantage sur ce nouveau navire, et sur l’émergence éventuelle d’une nouvelle classe de sous-marins conventionnels à capacités océaniques, au sein de la Marine chinoise. Celle-ci se montre, en effet, de plus en plus avare de commentaires autour de ses moyens, et toujours plus vigilante, quant aux informations pouvant être distillées à ce sujet sur les réseaux sociaux chinois.

En s’attaquant au turboréacteur pour le KF-21, Hanwha Defense vise le Graal des technologies aéronautiques militaires

La conception d’un turboréacteur à hautes performances, capable de propulser efficacement et avec fiabilité, un avion de combat, constitue, aujourd’hui, l’un des savoir-faire les plus confidentiel sans le monde.

Dans les faits, jusqu’il y a peu, seuls quatre pays et cinq entreprises, étaient capables d’un tel exploit : les États-Unis avec General Electric et Pratt&Whitney, la Russie avec Klimov, la Grande-Bretagne avec Rolls-Royce et la France avec Safran. Depuis quelques années, un cinquième pays s’est invité dans ce club fermé, la Chine, et l’avionneur Shenyang, avec le turboréacteur WS-10 qui équipe désormais les nouveaux J-10C, J-15, J-16 et J-20 des forces aériennes et aéronavales chinoises.

Après avoir relevé haut la main le défi de la conception d’un avion de combat moyen moderne, avec le KF-21 Boramae, la Corée du Sud s’attaque, dorénavant, au Graal des technologies de défense aéronautique. En effet, Hanwha Defense a annoncé, à l’occasion du salon de Farnborough, avoir entamé la conception d’un turboréacteur destiné à propulser le Boramae, avec l’ambition d’une entrée en service d’ici à la fin de la décennie.

La Corée du Sud vise l’autonomie stratégique et une place sur le podium des exportateurs d’armes

Contrairement aux pays européens, qui avaient baissé la garde, et leurs investissements en matière de défense, sur la certitude de la fin de la menace symétrique majeure en Europe, et aux États-Unis, longtemps empêtrés dans des guerres insurrectionnelles en Irak et Afghanistan, la Corée du Sud n’a jamais cessé de vivre sous la menace directe de Pyongyang, et de son million de soldats formés pour envahir le pays, selon le bon vouloir de son dictateur au statut démiurgique.

Hanwha Defense K9 Thunder Finlande
Le K9 a été choisi par plusieurs armées européennes, dont la Finlande

Dans ce contexte géopolitique très particulier, Séoul est parvenue, en trois décennies seulement, à développer une des industries de défense les plus performantes de la planète, venant contester un nombre croissant de marchés aux européens, jusque dans leurs prés-carré, au Moyen-Orient et sur le vieux continent.

Pour ce faire, les autorités et industriels sud-coréens se sont appuyés sur le développement économique et technologique fulgurant du pays, ainsi que sur un marché de l’armement international atone, pour obtenir des accords de transferts de technologies très favorables, auprès d’industriels européens en manque de d’activités.

C’est ainsi que Hanwha Ocean a appris à concevoir et construire des sous-marins Type 209 avec le programme KSS-I, dans les années 90, puis à concevoir et intégrer les technologies clés embarquées de ces navires, comme la propulsion AIP, avec le programme KSS-II, dans les années 2000.

À la fin des années 2010, Hanwha Defense était prête à livrer le premier sous-marin du programme KSS-III, la classe Dosan Anh Changho, entièrement conçu et développé dans le pays, et désormais proposé avec insistance par Séoul à la Pologne, dans le cadre du programme Orka, face aux modèles français, allemands, suédois et espagnols.

Au-delà de cet exemple, pourtant très représentatif s’agissant des équipements militaires parmi les plus complexes à concevoir et à construire, la Corée du Sud a développé, ces trente dernières années, une formidable industrie de défense, permettant à ses armées de s’équiper à plus de 80 % d’équipements nationaux, avec l’objectif, à moyen terme, d’atteindre l’autonomie stratégique, et de s’inviter sur le podium mondial des exportateurs d’armes.

Hanwha Defense développe un turboréacteur « proche du GE F-414 » pour son KF-21 Boramae

De fait, il ne reste, aujourd’hui, que quelques technologies clés qui échappent encore à l’industrie de défense sud-coréenne, même si certains des équipements actuels, souffrent encore de problèmes de jeunesse, et d’un manque de fiabilité pouvant poser certains problèmes, surtout à l’exportation.

turboreacteur hanwha defense farnborough
Maquette de turboréacteur présentée par Hanwha Defense lors du salon Farnborough 2024

C’est pour cela que plusieurs partenaires et clients initiaux de Séoul en matière de technologies de défense, comme l’Indonésie et les Philippines, se sont tournés, à nouveau, vers des solutions européennes, après avoir rencontré certains problèmes importants avec leurs avions ou sous-marins made in Korea.

Pour autant, dans une majeure partie des cas, le succès et l’efficacité des équipements de défense sud-coréens, sont incontestables, au point de convaincre leurs utilisateurs, d’augmenter les volumes de leurs commandes, comme c’est le cas, en particulier, du très convaincant canon automoteur K9 Thunder.

Alors que le premier lot de KF-21 Boramae vient d’être commandé par l’Armée de l’Air sud-coréenne, que la construction des nouveaux sous-marins et destroyers a débuté, et que les blindés sud-coréens rencontrent un immense succès sur la scène internationale, il est à présent temps, pour Séoul et son industrie, de s’attaquer à l’une des technologies les plus nivelantes en matière d’équipement de défense : la conception d’un turboréacteur pour avion de combat.

C’est en substance ce qu’a annoncé Hanwha Defense, à l’occasion du salon aéronautique de Farnborough 2024. Le géant industrie sud-coréen a, en effet, déclaré avoir entrepris le développement d’un turboréacteur censé offrir des performances comparables à celles du GE F-414 qui équipe le F/A-18 Super Hornet, mais aussi le Gripen E/F, le Tejas Mk1 et, surtout le KF-21 Boramae, avec l’objectif d’une entrée en service d’ici à la fin de la décennie.

L’indispensable autonomie stratégique visée par Séoul

L’entreprise sud-coréenne avait, d’ailleurs, apporté avec elle, sur son stand, une maquette de ce nouveau turboréacteur, tout en reconnaissant que le projet en était, pour l’heure, dans la phase de maturation technologique, alors que l’étude conceptuelle initiale s’est terminée il y a peu de temps.

FA-50 Philippines
Le FA-50 est propulsé par un turboréacteur F-404, qui a les mêmes dimensions que le F-414

Pour Hanwha Defense, il s’agirait à la fois de remplacer le F-414 à bord du KF-21 Boramae, mais aussi, très certainement, de remplacer le F-404 qui propulse le T-50. Selon le site Breaking Defense, il semblerait que Hanwha Defense envisage également d’employer cette turbine (sans post-combustion, évidemment), pour la propulsion des navires.

Si le projet était un succès, l’exportation des appareils ne dépendrait plus d’autorisations d’exportation accordées par Washington, et pouvant être, parfois, difficiles à obtenir, surtout si l’appareil sud-coréen se retrouve en compétition à un modèle américain.

En outre, l’industrie de défense sud-coréenne maitriserait, de cette manière, la quasi-totalité de la chaine de valeur de ses avions de combat, et des droits technologiques y attenant, lui conférant une grande flexibilité en matière de négociation à l’exportation, qu’elle sait parfaitement exploiter, à en juger par les exemples récents.

Surtout, Séoul disposerait, alors, d’une nouvelle brique pour parfaire son autonomie stratégique, et ne plus dépendre, si besoin, de la protection et de l’industrie de défense américaines, en particulier dans le domaine conventionnel.

J-10C turboracteur WS-10G
Il aura fallu presque 40 années de recherche et d’espionnage à la Chine pour parvenir à concevoir un turboreacteur efficace et fiable, avec le WS-10 de Sheinyang, qui propulse notamment le chasseur monomoteur J-10C.

En effet, à l’instar des européens, les autorités sud-coréennes redoutent qu’en cas de conflit entre les États-Unis et la Chine, autour de Taïwan, Washington concentre ses moyens militaires et industriels, pour contenir la puissante APL.

Ce faisant, Pyongyang pourrait y voir une opportunité, pour attaquer le sud. Il serait alors indispensable aux armées sud-coréennes de résister aux coups de boutoir des armées du nord, et surtout de durer, sachant que, pas davantage que Vladimir Poutine, Kim Jong Un ne s’émouvra des pertes effroyables subies par ses forces, le cas échéant.

Un pas technologique de géant à franchir pour Hanwha Defense

Reste que développer un turboréacteur capable d’équiper efficacement un avion de combat, s’avère, sans le moindre doute, l’un des exercices industriels défense les plus difficiles du moment.

D’ailleurs, pendant près de 60 ans, seuls quatre pays en maitrisaient l’ensemble des aspects. Et si la Chine est parvenue à rejoindre ce club, il n’y a de cela que quelques années, elle dut passer, pour cela, par près de 40 années d’efforts, avec moultes tentatives de rétro-ingénierie, d’espionnage et de construction plus ou moins sans licence, pour en comprendre les subtilités, sans succès.

prototype kf-21 Boramae
Le KF-21 Boramae est aujourd’hui propulsé par deux GE F-414 américains

Ce ne fut, au final, qu’une fois que la recherche chinoise, dans son ensemble, s’est hissée au niveau de celle de ces pays, que les ingénieurs chinois sont enfin parvenus à donner naissance à une famille de turboréacteurs suffisamment fiables et performants, pour en équiper leurs nouveaux avions de combat.

D’autres pays, disposant pourtant d’importants moyens et de compétences technologiques avancées, comme l’Inde ou le Brésil, ont dépensé beaucoup d’argent et d’énergie, pour tenter d’y parvenir, sans résultat.

Et pour cause : si le concept du turboréacteur est relativement simple et accessible, la réalisation du moteur, lui-même, demande des compétences extraordinairement avancées dans de nombreux domaines comme la métallurgie, tant les contraintes mécaniques et thermiques, à l’intérieur de ces moteurs, sont importantes.

Il ne fait aucun doute que les ingénieurs sud-coréens ont d’immenses compétences, comme ils l’ont montré en développant, en toute autonomie, un avion de combat ou un sous-marin AIP, qui semblent tous deux parfaitement capables, en quelques années seulement.

Pour autant, parvenir à developper, d’ici à 2030, un turboréacteur opérationnel et efficace, représente, sans le moindre doute, un défi exceptionnel, que même la Chine et l’Inde, malgré leurs immenses moyens, ne sont pas parvenues à relever pendant plusieurs décennies.

Sans réaction immédiate et majeure, l’Europe perdra sa position dominante sur le domaine des technologies militaires dans 15 à 20 ans.

Si les technologies et équipements de défense issus de l’industrie de défense sud-coréennes, représentent une opportunité clé pour contenir la menace nord-coréenne, voire pour alimenter en équipements, certains alliés, ils n’en représentent pas moins, un danger clair et immédiat, pour les industries de défense européennes.

K1 Corée du sud
La menace permanente que fait peser la Corée du nord sur son voisin du sud, explique en grande partie le dynamisme de l’indsutrie de défense sud-coréenne.

Les industries de défense sud-coréennes ont déjà pris, en quelques années, des positions dominantes sur le marché international, dans le domaine des canons automoteurs avec le K9, s’imposant face au Pzh2000 allemand et au M109 américain, et dans le domaine des chasseurs légers, avec le T/FA-50, face aux modèles européens.

La même dynamique aurait pu être à l’œuvre avec le char de combat K2 Black Panther, ou le véhicule de combat d’infanterie AS-21 Redback, sans la réaction des deux industriels allemands avec le Leopard 2A8, le KF-51 Panther, et le KF-41 Lynx, qui permit d’en contenir les effets.

Désormais, les industriels sud-coréens passent également à l’offensive dans le domaine des sous-marins, en Pologne, aux Philippines et au Canada, comme dans celui des frégates, comme en Australie, des offres qui, jusqu’ici, étaient exclusives aux industriels européens.

Et le catalogue sud-coréen ne cesse de s’étoffer, notamment dans le domaine des missiles balistiques, de croisière, et missiles sol-air à courte, moyenne et longue portée, dans celui des hélicoptères, des drones et des munitions de différents types et usages.

Il est vrai que les industriels sud-coréens peuvent s’appuyer, simultanément, sur le soutien des autorités, y compris pour accompagner les contrats à l’exportation, d’une recherche très dynamique, et d’entreprises ayant souvent une offre mixte, civile et militaire.

KSS III Dosan Anh Changho
Malgrès certaines faiblesses et limitations, liées à sa fonction principale de sous-marins lance-missiles, la classe Dosan Anh Changho demeure un excellent sous-marin, en particulier pour répondre aux besoins spécifiques de la Marine sud-coréennes.

En outre, les programmes sud-coréens ont un tempo beaucoup plus court qu’en Europe, quitte à en passer par des itérations plus rapprochées, pour un développement séquentiel des technologies attendues. Enfin, les sud-coréens savent parfaitement aller chercher les technologies manquantes sur étagères, pour soutenir la dynamique d’un programme et éviter les blocages, même si des développements internes sont engagés dans ce domaine.

En d’autres termes, c’est le tempo qui guide le pilotage du programme, et pas certains objectifs politiques ou purement industriels. Ce pragmatisme se retrouve, d’ailleurs, à de nombreux niveaux dans l’ensemble des programmes de défense du pays.

Ce faisant, la BITD sud-coréenne lance des nouveaux produits à un rythme soutenu, les armées assurant leur utilisation et expérimentation, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler celle qui était employée, en particulier, par la France, dans les années 50 et 60, précisément lorsque le pays visait, lui aussi, l’autonomie stratégique.

Cette doctrine permit à l’industrie sud-coréenne de venir tangenter, en bien des domaines, et parfois dépasser, les compétences et offres des industriels européens, alors qu’il n’y a de cela que vingt ans, les armées sud-coréennes employaient plus de 70 % d’équipements importés des États-Unis et d’Europe.

On imagine aisément, en prolongeant les trajectoires sud-coréennes et européennes, de quelques années, quelle pourrait être la situation dans une quinzaine, ou une vingtaine d’années, et ses conséquences sur l’autonomie stratégique européenne en général, française en particulier, si les européens ne décident pas de changer radicalement de stratégie, de méthode et de moyens, pour relever ce défi.

La Marine italienne commande 5 navires de guerre des mines du programme CNG/C pour 2,6 Md€

Depuis une vingtaine d’années, Rome a produit d’immenses efforts pour faire de la Marina Militare, la Marine italienne, la première force navale en Méditerranée, et de son industrie navale, l’une des plus performantes, y compris sur la scène internationale.

Ainsi, les industriels comme Fincantieri et Leonardo, se sont imposés lors de nombreuses compétitions internationales, avec en point d’orgue, la conception et la construction des nouvelles frégates de la classe Constellation de l’US Navy, dérivée des FREMM de la classe Bergamini codéveloppées avec le français Naval Group.

La flotte de surface de la Marina Militare a, aujourd’hui, presque terminé sa transformation générationnelle, avec le porte-aéronef Trieste, les frégates Bergamini, ou encore les OPV lourds de la classe Thaon di Revel. Il ne lui manquait plus qu’à entamer le remplacement ses chasseurs de mines entrés en service entre 1985 et 1996, pour cela.

C’est désormais chose faite, avec l’annonce de la commande de cinq grands navires de guerre des mines, dans le cadre du programme Cacciamine Nuova Generazione Costieri, ou CNG/C.

Nouvelles mines navales, la surveillance des fonds sous-marins et robotisation, les navires de guerre des mines se transforment pour répondre aux nouveaux enjeux

Après la fin de la guerre froide, les craintes de devoir faire face à des menaces de type mines navales, s’étaient rapidement estompées, entrainant la réduction, tout aussi rapide, du format des flottes de dragueurs et chasseurs de mines, au sein des flottes de l’OTAN.

Marine italienne classe Gaeta
chasseur de mine de la classe gaeta de la Marine italienne

Les navires restants, eux, connurent cependant une intense activité, qu’il s’agissait de détecter et supprimer des munitions héritées du passé, ou de sécuriser des zones d’engagement, comme dans le golfe Persique.

Toutefois, pendant près d’une vingtaine d’années, la nature de la menace restait sensiblement la même, et les chasseurs de mines conçus à la fin de guerre froide, comme les Lerici italiens, ou les Eridan européens, ont été appelés à jouer les prolongations.

Ces dernières années, cependant, la guerre des mines navales, a sensiblement évolué. En intensité, d’abord, avec le retour des déploiements massifs de mines navales, comme observé en mer Noire. Ainsi, selon les rapports, plusieurs centaines de mines auraient été déployées par la Russie, mais aussi par la Marine ukrainienne, le long des côtes du pays, les premiers pour imposer un blocus naval, les seconds pour prévenir un assaut amphibie.

Si les mines déployées en mer Noire sont toujours des modèles classiques hérités de la guerre froide, les industriels de nombreux pays, ont développé, ces dernières années, des systèmes de nouvelle génération, plus intelligents, plus mobiles, et beaucoup plus difficile à contrecarrer par des moyens traditionnels.

Enfin, au-delà de la menace posée par les mines elles-mêmes, les navires en charge d’y faire face, devront également participer à la protection des infrastructures sous-marines, en particulier pour ce qui concerne les câbles de transport de données, et les gazoducs et oléoducs, qui font la jonction entre les pays producteurs d’hydrocarbures, et leurs clients.

guerre des mines programme RMCM Naval group
première sortie à la mer du M940 du programme RMCM.

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle génération de navires de guerre des mines, destinés à remplacer les chasseurs de mines des années 80 et 90, fait, aujourd’hui, son apparition, intégrant de nombreux outils robotisés, pour traiter ces nouvelles menaces.

C’est notamment le cas du programme rMCM qui rassemble les Pays-Bas, la Belgique et la France, pour remplacer les chasseurs de mines Tripartites, conçus par ces trois mêmes pays. C’est aussi, désormais, le cas de l’Italie, avec le programme Cacciamine Nuova Generazione Costieri.

La Marine italienne commande 5 nouveaux navires de guerre des mines avec le programme CNG/C

Ainsi, le 26 juillet 2024, la Direction des armements navals du Secrétariat général de la défense et Direction nationale de l’armement italienne, a signé, avec Intermarine S.p.A. et Leonardo S.p.a., un contrat pour la conception et la construction de cinq nouveaux navires de guerre des mines côtiers.

Doté d’une enveloppe de 1,6 Md€, dont 1,165 Md€ pour Intermarine en charge du navire, et 430 m€ pour Leonardo en charge des systèmes de combat, ce contrat prévoit la conception et la construction des cinq navires qui prendront la relève des deux chasseurs de mines de la classe Lerici et des 8 chasseurs de mines de la classe Gaeta, au sein de la Marina Militare, à la fin de la décennie.

Intermarine S.p.A catalogue guerre des mines
Gamme de navire de guerre des mines de Internarine S.p.A

Une option de 1 Md€ est attachée au contrat, selon la même répartition entre Intermarine et Leonardo, pour financer l’ensemble des « finitions » qui seront nécessaires à la mise en œuvre des navires.

Long de 63 mètres pour un tonnage de 1300 tonnes, les CNG/C seront conçus pour opérer dans les espaces maritimes spécifiques à la Marine italienne, en Méditerranée, mer Rouge, golfe Persique et mer Baltique.

Ils feront largement appel à l’automatisation et à la robotisation, tant pour réduire les risques lorsqu’ils évolueront dans un environnement à forte menace, comme à proximité de mines navales, que pour réduire le volume de l’équipage, un enjeu majeur par la Marina Militare.

Intermarine S.p.A, un champion internationalement reconnu de la conception des navires de guerre des mines

Les nouvelles unités navales seront construites aux chantiers navals Intermarine de Sarzana (La Spezia), avec d’importantes retombées attendues dans le domaine économique et en matière d’emploi.

Mais les ambitions d’Intermarine S. p. A, comme de Leonardo, ne se limitent certainement pas aux seuls besoins de la Marine italienne. En effet, les chasseurs de mines d’Intermarina ont, par le passé, rencontré un immense succès sur la scène internationale.

chasseur de mines classe Osprey US Navy
L’US Navy a commandé 12 chasseurs de mines de la classe Lerici à Intermarina, formant la classe Osprey.

C’est en particulier le cas de la classe Lerici, et de sa variante évoluée, la classe Gaeta, commandées, à ce jour, à plus de 40 exemplaires de 1985 à aujourd’hui, par pas moins de huit marines mondiales, dont douze exemplaires pour l’US Navy formant la classe Osprey, six navires pour la Royal Australian Navy formant la classe Huon, ou encore six navires commandés récemment pour la Marine Taïwanaise.

Nul doute qu’Intermarine entendra renouveler, avec le programme CNG/C, le succès de la classe Lerici, sur la scène internationale, d’autant que, désormais, Rome dispose d’une présence largement accrue en matière d’industrie de défense sur la scène internationale, grâce aux succès récents de Leonardo et de Fincantieri.

Le drone de combat de General Atomics du programme CCA volera dès 2025.

En avril 2024, l’US Air Force attribua à la start-up Anduril, et à l’avionneur General Atomics, les deux premiers contrats dans le cadre du programme Collaborative Combat Aircraft, ou CCA. Grillant la priorité aux géants américains du secteur aéronautique, Lockheed Martin, Boeing et Northrop Grumman, les deux entreprises doivent, à présent, produire un prototype qui sera évalué par l’US Air Force en 2026. Le ou les drones de combat retenus, passeront alors en production, pour une entrée en service en 2028.

Toutefois, cette procédure ne concerne que la première tranche des 1000 drones de combat que l’US Air Force entend recevoir d’ici à la fin de la décennie. Une seconde tranche, à nouveau ouverte aux grands avionneurs américains, interviendra bientôt. Bien décidé à se tailler la part du lion de ce contrat, General Atomics Aeronautical Systems, ou GA-ASI, met tout en œuvre pour séduire l’US Air Force, et répondre à ses attentes, y compris en termes de calendrier.

Un drone de combat faisant la synthèse du XQ-67a et du programme Gambit pour l’US Air Force

Pour séduire l’US Air Force, GA-ASI peut s’appuyer sur ses compétences et expériences passées en matière de drones. L’avionneur est, rappelons-le, à l’origine de la déferlante drones qui s’est abattue en occident à partir du milieu des années 90, avec les drones MALE MQ-1 Predator, puis le MQ-9 Reaper, en service d’abord au sein des armées américaines, puis des armées alliées.

General atomics MQ-9 USAF
Le drone de combat de General Atomics du programme CCA volera dès 2025. 60

L’entreprise, comme ses drones, se sont forgés une réputation de fiabilité au fil des années, y compris sur les théâtres difficiles, même si, rapidement, l’offre concurrente est apparue, souvent sensiblement plus économique que les drones américains.

Outre les drones MALE, GA-ASI a participé à de nombreux programmes de recherche et développement, comme avec le MQ-20 Avenger, largement employé par l’US Air Force, pour ses différents programmes visant à developper les systèmes embarqués, mais aussi les intelligences artificielles appelées à piloter ces drones.

Plus récemment, l’avionneur a conçu le XQ-67a pour le compte de l’Air Force Research Laboratories, dans le cadre du programme Off-Board Sensing Station (OBSS), préparant l’émergence du programme Collaborativ Combat Aircraft, ou CCA, dont il est question maintenant. Le drone a effectué son premier vol en février 2024.

En parallèle, GA-ASI développa le concept de famille de drones Gambit, permettant, sur la base d’un module central unifié, d’assembler différents types de drones, du MALE au supersonique de combat, simplement en remplaçant certains composants standardisés (ailes, moteur, systèmes embarqués). Le XQ-67a a été conçu sur les paradigmes de Gambit, en faisant le premier drone de cette famille, parfois désigné comme Gambit 1.

C’est précisément sur la base de ces deux programmes, que General Atomics entend développer le drone de combat qui sera proposé à l’US Air Force, dans le cadre du programme CCA. Reprenant à la fois les acquis du XQ-67a, et les concepts de la famille Gambit, l’avionneur a annoncé que son prototype, commandé par l’US Air Force, il n’y a de ça que deux mois, effectuera son premier vol à la mi-2025.

General Atomics anticipe et dimensionne déjà ses capacités de production industrielles pour répondre aux besoins de l’US Air Force

Être le premier à prendre l’air, dans une compétition potentielle à deux participants, est un grand avantage concurrentiel. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer comment le Bell V-280 Valor s’est très largement imposé face au Sikorsky SB-1 Defiant, dans la compétition FLRAA de l’US Army, après avoir pris l’air, et entamé les essais avec un an d’avance sur son compétiteur.

GA-ASi Gambit
Drone de combat de la famille Gambit

Pourtant, l’avionneur n’entend pas s’arrêter là. Ainsi, à l’occasion du salon de Farnborough, David Alexander, le CEO de l’entreprise, a détaillé les efforts que son entreprise entend réaliser, pour adapter, dès à présent, l’outil industriel de l’entreprise, et ainsi, être prêt à produire, et à livrer, dès que l’US Air Force sera satisfaite de son prototype, et la commande officielle notifiée.

On peut penser qu’ici, ce n’est pas tant la menace d’Anduril, que celle d’un retour d’un où plusieurs des grands avionneurs traditionnels américains, dans le programme CCA, que GA-ASI anticipe. Déjà, tout indique que le prototype qui sera présenté par Anduril, aura des performances et des capacités, donc une fonction opérationnelle, non seulement différente, mais complémentaire à celle de son propre modèle.

D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’US Air Force a indiqué qu’il était tout à fait possible que les deux avionneurs de la sélection initiale, soient ensemble retenus pour la première tranche de drones à livrer.

Dans le même temps, celle-ci a également insisté sur le fait que les avionneurs traditionnels, Lockheed, Boeing et Northrop, n’étaient pas exclus du programme, et continuaient à participer et concourir, pour les tranches suivantes de drones.

MQ-20 avenger
MQ-20 Avenger de GA-ASI

Or, pour GA-ASI, comme pour Anduril, la principale menace que peuvent représenter ces entreprises, ne réside pas dans leurs propres drones, mais dans leurs capacités à mobiliser un outil industriel susceptible de produire, en grande quantité, les drones attendus par l’US Air Force.

En préparant et en dimensionnant dès à présent son propre outil industriel, pour produire une centaine, voire davantage, de drones chaque année, GA-ASI veut certainement s’assurer qu’il conservera, ainsi, l’avantage concurrentiel que lui a conféré la sélection pour la première tranche du programme CCA.

Un basculement indispensable pour GA-ASI, alors que les livraisons de MQ-1C Gray Eagle et de MQ-9 diminuent sensiblement.

Il faut dire que pour General Atomics, son avenir, voire sa pérennité, se jouent dans ce programme. En effet, les livraisons des MQ-1C Gray Eagle de l’US Army, et des MQ-9A Reaper de l’US Air Force, arrivent à leurs termes. Par ailleurs, rien n’indique que les armées américaines feront de nouvelles commandes majeures de drones MALE dans les années à venir, alors que le potentiel à l’exportation tend, lui aussi, à s’amenuiser, avec l’augmentation des offres concurrentes, et les taux d’équipements croissants dans les armées alliées.

Il est donc urgent, pour GA-ASI, de transformer son outil industriel, ainsi que son offre, pour répondre aux évolutions de la demande, et le programme CCA représente, incontestablement, l’opportunité parfaite pour y parvenir. Encore faut-il parvenir à récréer, et préserver, la même avance technologique et industrielle qui lui permit d’imposer ses MQ-1 et MQ-9 aux États-Unis et ailleurs, pendant 30 ans.

Boeing MQ-28 Ghost bat
Boeing MQ-28 Ghost Bat

Ce d’autant que les autres avionneurs américains, n’entendent pas rester sur le bas-côté, comme ce fut le cas concernant les drones MALE. Ainsi, Boeing a développé d’importantes compétences avec le programme MQ-25 Stingray de drones ravitailleurs embarqués de l’US Navy, ainsi qu’avec le drone de combat Loyal Wingmen MQ-28 Ghost Bat, codéveloppé pour et avec l’Australie.

Northrop Grumman, lui aussi, a de sérieuses capacités à faire valoir, avec l’expérience acquise autour du drone HALE (High Altitude Long Endurance) RQ-4 Global Hawk, du drone de surveillance maritime MQ-4C Triton de l’US Navy, et du démonstrateur embarqué furtif XQ-47B. Lockheed Martin, pour sa part, a développé le drone de reconnaissance furtif RQ-170 Sentinel, employé depuis 2007 pour différentes missions d’espionnage et de reconnaissance en zone contestée, par l’US Air Force, et a participé à plusieurs programmes « XQ » pour la DARPA.

Toutefois, GA-ASI, comme Anduril du reste, peuvent s’appuyer sur un atout qui sera difficile à Lockheed, Boeing et Northrop de reproduire. Ces entreprises, proches de la Startup, dont la structure est beaucoup plus légère et versatile que celles des avionneurs traditionnels, sont en mesure, en effet, de produire des solutions plus rapidement, et surtout pour beaucoup moins cher, que leurs concurrents américains.

De fait, en anticipant le déploiement de son outil industriel, et en s’appuyant sur ses atouts propres, GA-ASI pourrait bien, en effet, garder à distance, ou tout au moins préserver des parts de marchés, des appétits des géants aéronautiques US, ce qui ne serait probablement pas pour déplaire à l’US Air Force, qui commence, à peine, mais commence tout de même, à prendre conscience des abus réalisés par certains avionneurs, concernant les contrats récents.

Après le NGAD, le Tempest britannique est-il aussi menacé par l’échéance 2027 et les arbitrages budgétaires ?

Star du salon aéronautique de Farnborough, le chasseur de 6ᵉ génération Tempest du programme Global Air Combat Program, ou GCAP, est présenté, aujourd’hui, comme le programme le plus avancé des 4 initiatives occidentales en ce sens, avec le NGAD de l’US Air Force, le F/A-XX de l’US Navy, et le SCAF européen.

Rassemblant la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon, le financement du développement du Tempest, dont la construction du démonstrateur aurait déjà débuté, apparait sécurisé, les trois pays s’étant engagés jusqu’en 2035, en ce sens.

Pourtant, au-delà des déclarations évidemment dithyrambiques de BAe et Leonardo, autour de ce programme, lors du salon de Farnborough, d’autres échos, venus de Londres, présentent une trajectoire beaucoup plus incertaine.

En effet, la British Army, longtemps lourdement négligée par les autorités britanniques, au profit de la Royal Air Force et de la Royal Navy, a besoin de beaucoup de crédits, et très rapidement, pour répondre à l’évolution de la menace, et surtout à son calendrier. Et les 12 Md£ devant être investis par Londres dans le programme GCAP, sont directement dans la ligne de mire de l’état-major des forces terrestres britanniques.

La British Army, une armée de papier, selon son ancien chef d’état-major, le général Patrick Sanders

Il faut dire, qu’en effet, la British Army est dans une situation lamentable. Entre les arbitrages budgétaires défavorables ces 20 dernières années, ayant lourdement ralenti le renouvellement des équipements majeurs, la réduction de son format à 72.500 hommes et femmes, le plus faible depuis le début du XIXᵉ siècle, et la terrible pression opérationnelle imposée par les engagements en Irak et en Afghanistan, la British Army est aujourd’hui exsangue, et n’est plus que le fantôme de la force militaire qu’elle représentait dans les années 90.

British army irak
La British Army a souffert d’arbitrages budgétaires défavorables et d’une activité opérationelle intense ces deux dernirèes decennies, venus lourdement éroder ses moyens et capacités opérationelles.

Ainsi, selon le général Sanders, son chef d’état-major jusqu’il y a peu, la British Army serait, dans les faits, capable de déployer, en Europe, guère plus d’un bataillon à court termes, et une à deux brigades de combat, au-delà, très loin de la division promise à l’OTAN.

Non seulement la British Army n’a-t-elle plus le format requis pour satisfaires aux engagements britanniques au sein de l’OTAN, mais elle n’a plus, non plus, les équipements nécessaires pour soutenir une action de combat de haute intensité, surtout dans la durée.

Son corps blindé se compose, en effet, de moins de 200 chars lourds Challenger 2, à l’efficacité toute relative en Ukraine, de 1350 véhicules blindés chenillés Warrior et Bulldog, conçus dans les années 70, d’un millier de véhicules blindés 4×4 Mastiff, Jackal, Foxhound ou encore Ridgeback, et d’une soixantaine de pièces d’artillerie de 155 mm Archer et AS90, ainsi qu’une quarantaine de lance-roquettes multiples M270.

Non seulement ces équipements sont souvent dépassés, mais ils souffrent, par leur âge, d’une faible disponibilité et d’une maintenance aussi lourde qu’onéreuse, venant encore davantage handicaper les capacités opérationnelles de la British Army.

Plusieurs programmes ont été lancés pour moderniser et renforcer les forces terrestres britanniques, avec l’acquisition de 589 véhicules de combat blindé et de reconnaissance Ajax et dérivés, 623 véhicules de transport de troupes 6×6 Boxer, et, plus récemment, un nombre important, mais toujours confidentiel, de canons portés RCH-155 de KNDS Deutschland. Toutefois, les calendriers de ces programmes s’étendent jusqu’au-delà de 2030.

Les alertes lancées, au sujet de la British Army, par le général Sanders, jugeant que celle-ci ne pourrait pas combattre aujourd’hui plus de deux mois face à un adversaire symétrique, lui ont, d’ailleurs, probablement couté son poste. Celui-ci a été remercié au bout de deux ans seulement, en juin 2024, contre les quatre années traditionnelles de ses trois prédécesseurs.

Pour le chef d’état-major de la British Army, le général Roland Walker, l’échéance de 2027 s’applique dorénavant aussi en Europe

Son successeur, le général Roland Walker, a pris ses fonctions le 15 juin 2024. S’il a bien compris jusqu’où ne pas aller, pour ne pas suivre la même trajectoire que son prédécesseur, il doit, lui aussi, faire face à une situation des plus préoccupantes.

Challenger 3
La British Army n’aura plus de 148 Challenger 3 dans les années à venir

Ce d’autant que, selon lui, l’échéance de 2027, retenue par Washington et le Pentagone, comme le début d’une période de forte conflictualité potentielle face à la Chine autour de Taïwan, s’applique également à l’Europe, face à la menace Russe.

Pour lé général britannique, en effet, quelle que soit la conclusion du conflit en Ukraine, Moscou sera parvenu, en 2027, à reconstituer un corps de manœuvre suffisant pour envisager une action contre certains membres de l’OTAN, comme les Pays Baltes.

Or, si une confrontation s’engage entre Washington et Pékin, autour de Taïwan, celle-ci entrainera, sans le moindre doute, un basculement majeur des forces armées américaines vers ce théâtre, créant un appel d’air que Moscou pourrait d’autant plus vouloir exploiter, que les européens seront incapables de s’y opposer efficacement.

Or, comme son prédécesseur, le général Walker est conscient des limitations qui touchent aujourd’hui la British Army, y compris pour ce qui concerne ses engagements vis-à-vis de l’OTAN.

Pour y répondre, il entend massivement accroitre l’efficacité et la létalité des forces britanniques, afin qu’une brigade de combat tactique de la British Army, une unité de 7000 hommes, soit en mesure de s’opposer et de vaincre une division mécanisée russe, comme la 18ᵉ armée combinée, qui rassemble 20.000 hommes. Et il doit le faire, dans les 3 ans à venir, pour être en mesure d’accroitre suffisamment le potentiel dissuasif d’une OTAN privée de renforts américains, à partir de 2027.

Comme le programme NGAD, le Tempest du programme GCAP se retrouve menacé par l’évolution des menaces et leur calendrier prospectif

Le général Walker a ainsi annoncé qu’il allait doubler le potentiel opérationnel de la British Army d’ici à 2027, et le tripler pour 2030. Il ne s’agit pas, comme on pourrait le penser, de s’appuyer sur une augmentation du format de l’Armée britannique, mais d’en améliorer l’efficacité au combat, pour qu’un soldat, ou un char britannique, puisse prendre l’ascendant sur trois soldats ou trois chars russes.

programme GCAP Tempest
Le programme GCAP vise à concevoir un chasseur lourd à long rayon d’action, qui doit prendre le relais des Typhoon au sein de la Royal Air Force.

Reste que pour y parvenir, la British Army va avoir besoin de beaucoup de crédits, et de les avoir très rapidement. Or, pour l’heure, de solution budgétaire, il n’y a pas. Certes, le nouveau gouvernement travailliste britannique, s’est engagé, au travers d’une nouvelle revue stratégique, à respecter l’objectif d’amener l’effort de défense du pays de 2,2 à 2,5 % du PIB, sur un calendrier relativement court, établit il y a quelques semaines par Rishi Sunak.

Toutefois, cette hausse, qui ne pourra-être que progressive, semble déjà préemptée par de nombreux programmes, comme les sous-marins SSN AUKUS et SSBN Dreadnought, les frégates Type 26 et Type 30, l’achat d’une nouvelle tranche de F-35B, et, bien évidemment, la poursuite du programme GCAP pour developper le chasseur de 6ᵉ génération.

C’est précisément ce dernier, et ses 12 Md£, qui apparaissent être dans le viseur de la British Army. Celle-ci mènerait, en effet, une campagne d’influence intensive, auprès du gouvernement et de la chambre des Lords, pour que ce programme soit reporté, et que ses crédits soient fléchés vers la modernisation rapide des forces terrestres britanniques.

Le discours avancé par les officiers généraux de la British Army, pour convaincre leurs interlocuteurs, met en avant l’urgence de la transformation à effectuer, pour répondre aux enjeux sécuritaires à courte échéance, ainsi que les nombreux arbitrages budgétaires, ces deux dernières décennies, en faveur de la Royal Air Force et Royal Navy, et au détriment de la modernisation de la British Army.

Pour Leonardo, aucune information n’indique que le programme GCAP puisse être menacé

Bien évidemment, pour l’heure, rien n’est décidé. D’ailleurs, selon Leonardo, interrogé à ce sujet au salon Farnborough, aucune information en ce sens a été transmise par les autorités britanniques, aux industriels ou aux gouvernements engagés dans le programme GCAP.

SSN-AUKUS
Contrairement au programme GCAP, l’avenir du programme SSN-AUKUS n’a pas été conditionné par les conclusions de la nouvelle Révue Stratégique britannique ordonnée par le premier ministrer Keir Starmer.

Pour autant, lorsque interrogé sur l’avenir du programme GCAP, et sur la détermination de son nouveau gouvernement à le mener à son terme, le premier ministre travailliste Keir Starmer, a déclaré que le sujet serait arbitré à l’occasion de la nouvelle Revue stratégique ordonnée à peine eut-il posé ses valises au 10, Downing Street.

Le chef d’État ajouta qu’il ne souhaitait pas, par ses annonces, influencer les conclusions de la Revue Stratégique qui se veut plus approfondie et aboutie que jamais, pour redonner une trajectoire adaptée aux enjeux en évolutions rapides dans le monde, aux forces de défense britanniques.

Pour autant, il n’a pas pris les mêmes précautions au sujet du programme SSN-AUKUS, qui rassemble la Grande-Bretagne, l’Australie et les États-Unis, pour la conception et la fabrication des futurs remplaçants des sous-marins nucléaires d’attaque SSN Astute de la Royal Navy, et les futurs SNA de la Royal Australian Navy.

Ce « deux poids, deux mesures » pour des programmes ayant pourtant de nombreux points communs, par leurs calendriers et leurs compositions internationales, donne évidemment du poids aux échos laissant penser que le programme NGAD serait, effectivement, menacé.

Les menaces s’accumulent contre les programmes d’avions de combat de 6ᵉ génération

Il faut dire que sur les quatre programmes d’avions de combat de 6ᵉ génération en cours en occident, trois font d’ores-et-déjà l’objet de réserves pouvant, à termes, menacer leur exécution.

Programme F/A-XX vision de boeing
Le programme F/A-XX de l’US Navy ne disposera que de 50 m$ en 2025, 31 fois moins qu’en 2024.

Outre le GCAP, deux de ces programmes sont développés outre-atlantique. Le programme NGAD, de l’US Air Force, devait permettre de concevoir le successeur du F-22 Raptor, et entrer en service à partir de 2030. Or, comme abordé dans plusieurs de nos récents articles, celui-ci est aujourd’hui sous une double épée de Damoclès.

La première est budgétaire, alors que plusieurs programmes stratégiques de l’US Air Force font l’objet d’importants dépassements budgétaires, en particulier le programme de missiles ICBM Sentinel, qui est passé, en quatre ans, de 77 à 140 Md$. Ne pouvant anticiper une hausse suffisante de ses crédits d’acquisitions dans les années à venir, l’USAF doit donc procéder à des arbitrages douloureux, et le programme NGAD semble devoir faire les frais de cette situation.

Il en va, sensiblement, de même pour le programme F/A-XX de l’US Navy, devant concevoir le successeur du F/A-18 E/F Super Hornet, à partir de 2040. Son budget annuel est ainsi passé de 1,5 Md$ en 2024, à 50 m$ en 2025, après être passé successivement sous les ciseaux de taille de l’US Navy, puis du Congrès.

Il s’agirait, ici, de libérer les crédits nécessaires à la préparation des infrastructures et des moyens dans le Pacifique, ainsi que de moderniser les infrastructures industrielles des chantiers navals américains, pour relever le défi chinois.

NGAD CCA Loyal Wingmen
Des drones de combat, controlés par des avions de combat de 4ème et 5ème génération, pourraient être la réponse privilégiée par l’US Air Force, face au défi chinois.

Toutefois, au-delà des aspects budgétaires, une autre explication semble émerger, ces dernières semaines, expliquant le coup d’arrêt, brutal et simultané, des deux programmes d’avions de combat de 6ᵉ génération américain. En effet, l’US Air Force semble s’interroger sur la pertinence des paradigmes employés pour la conception de son NGAD, alors que le besoin pointe de plus en plus vers l’utilisation de drones de combat, plutôt que d’avions pilotés.

La convergence de calendrier, entre la remise en question des deux programmes américains, mais aussi celle, encore floue, mais sensible, du programme britannique, est certainement la conséquence de l’accélération des tensions en Europe et dans le Pacifique.

On peut toutefois se demander si les doutes qui touchent, aujourd’hui, l’US Air Force et l’US Navy, n’ont pas contaminé, à leur tour, la Royal Air Force, et les autorités militaires britanniques ?

Dassault Aviation anticipe-t-il une contamination au programme SCAF ?

De fait, le programme SCAF, qui rassemble l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et la France, apparait comme le seul à ne pas être directement menacé, par des arbitrages budgétaires ou une remise en cause conceptuelle profonde.

Toutefois, si la confiance semble être de mise dans le discours des autorités des quatre pays, celle-ci apparait beaucoup moins vivement exprimée, lorsqu’il s’agit de la perception qu’en à Dassault aviation, qui doit pourtant concevoir le NGF, l’avion de combat au cœur du programme SCAF.

Drone de combat Neuron Rafale Dassault Aviation
Dassault Aviation, lui aussi, semble plus déterminé et confiant, pour concevoir le Rafale F5 et son drone de combat, qu’au sujet du programme SCAF.

Lors de la présentation des résultats de l’entreprise, il y a quelques jours, son PdG, Eric Trappier, s’est ainsi montré réservé, quant à l’avenir du programme, insistant sur le fait que les accords actuels ne concernaient que la Phase 1B, de préparation à la conception du démonstrateur.

Et d’ajouter que concernant la Phase 2, qui doit permettre de construire le démonstrateur à partir de 2026, aucun accord industriel, notamment sur le partage des tâches, n’existe à ce jour, ni aucun engagement gouvernemental ferme, pour en assurer les financements. Alors que la France traverse la période la plus trouble de son histoire récente, autour des forces politiques du pays, ce manque de visibilité et d’engagement, pose effectivement de nombreuses questions.

Dans le même temps, Eric Trappier semble, en revanche, beaucoup plus confiant pour ce qui concerne la conception de la nouvelle version F5 du Rafale, et de son drone de combat de type Loyal Wingmen, les deux devant entrer en service au début de la prochaine décennie.

Or, l’association de drones de combat, Loyal Wingmen et Remote Carrier, avec des appareils de contrôle pouvant appartenir à la 5ᵉ, voire la 4ᵉ génération, comme le F-35 et le F-15EX, semble être précisément au cœur de la perspective qui prend de l’ampleur outre-atlantique, et qui menace directement, l’avenir de NGAD, peut-être aussi de F/A-XX.

De là à penser que Dassault Aviation considère qu’une évolution du Rafale, et un accent porté sur le ou les drones de combat qui pourraient l’accompagner, sont plus prometteurs que le programme SCAF, lui-même, il n’y a probablement qu’un petit pas à faire.

Conclusion

Alors, la 6ᵉ génération d’avions de combat, vers laquelle pontaient les programmes NGAD, F/A-XX, GCAP et SCAF, verra-t-elle vraiment le jour ? Ou, sera-t-elle abandonnée sous l’action conjointe des contraintes budgétaires, de l’urgence opérationnelle, et de l’émergence très rapide des drones de combat comme alternative de l’aviation tactique ?

NGF du programme SCAF
Le NGF du programme SCAF va-t-il, lui aussi, être touché par la transformation conceptuelle touchant l’aviation de chasse, entamée outre-atlantique ?

Il est certainement trop tôt pour répondre à cette question, dans un sens, comme dans l’autre. L’hypothèse la plus probable, aujourd’hui, serait que ces programmes soient reportés pour libérer les crédits nécessaires afin de répondre à l’évolution des menaces en Europe et dans le Pacifique, pour reprendre dans quelques années.

Même reportés, cependant, il est désormais très possible que les visions et objectifs qui guidaient la conception de ces appareils, jusqu’à maintenant, soient appelés à sensiblement évoluer, en lien avec le basculement, de plus en plus évident, vers l’utilisation de drones, pour remplacer les avions de combat au-dessus du champ de bataille, et pour transformer l’avion piloté, en plateforme de contrôle et de commandement de ces drones.

D’une manière ou d’une autre, il est certain qu’il sera nécessaire, à plus ou moins courte échéance, d’entamer la conception des successeurs des F-22, F-15EX, Rafale et autres Typhoon, même si ces derniers se dotent de la capacité de contrôler des drones.

Pour autant, les appareils émergents, auront-ils encore la qualification, les performances et la forme, d’un avion de chasse, comme ceux présentés pour illustres les programmes de 6ᵉ génération, aujourd’hui ? C’est loin d’être garanti.

Le Rafale est face à un marché potentiel export de 324 appareils d’ici à 2035.

Avec plus de 300 avions de combat commandés à l’exportation à ce jour, le Rafale de Dassault Aviation est devenu, depuis 2015, un grand succès international pour l’avionneur et l’ensemble de l’industrie aéronautique de défense française.

Le fer de lance commercial de Dassault a, ainsi, d’ores et déjà dépassé le total des ventes exports du Mirage 2000 de 281 appareils, et vise désormais à faire mieux que le Mirage F1, vendu à 450 exemplaires sur la scène internationale.

Et le Rafale pourrait bien y parvenir. En effet, l’avion français fait face à un marché très porteur dans les dix années à venir, avec un marché adressable atteignant les 324 avions potentiels à l’exportation.

Alors qu’Eric Trappier, le PdG de Dassault Aviation, vient d’annoncer que le groupe reprenait la signature de nouveaux contrats, après avoir réorganisé sa production et sa supply chain, pour produire 2 appareils par mois aujourd’hui, et 3 par mois, en 2025, il est intéressant de se pencher plus précisément sur ces marchés et compétitions à venir, auxquelles le Rafale participe, avec de réelles chances du succès.

24 appareils en Europe : Grèce et Serbie

Traditionnellement, le marché européen a toujours été le marché le plus difficilement adressable par les avions de Dassault aviation. Ainsi, le Mirage III n’avait été acquis que par l’Espagne et la Suisse, le Mirage V par la seule Belgique, le Mirage F1 par l’Espagne, à nouveau, et la Grèce, et le Mirage 2000, uniquement par Athènes.

RAfale grèce
Rafale B des forces aériennes helléniques

Jusqu’il y a peu, le Rafale semblait destiné à s’inscrire dans cette même trajectoire, en particulier face au raz de marée F-35, choisi, à ce jour, par 15 des 21 forces aériennes dotées d’une aviation de chasse sur le vieux continent, la Grèce venant d’annoncer la commande de 20 appareils.

Après le Mirage F1 et le Mirage 2000, Athènes et les forces aériennes helléniques, justement, semblaient bien destinés à être le seul utilisateur export du Rafale en Europe, pour 24 appareils commandés à ce jour. Pourtant, celui-ci parvint à s’imposer en Croatie, face au Gripen et F-16V, pour 12 appareils, dont le premier a été livré cette année.

Et la carrière européenne du chasseur français devrait ne pas s’arrêter là. D’abord, avec la Serbie, Belgrade ayant annoncé l’acquisition prochaine de 12 appareils annoncée en avril 2024 par le président Vucic, à l’occasion de la visite officielle du président français dans le pays. (voir mise à jour du 31 août)

Ensuite, à nouveau, en Grèce, Athènes ayant, de longue date, annoncé son intention de se doter d’un second escadron de Rafale, soit 12 chasseurs supplémentaires. La confirmation faite par Olaf Scholz, il y a quelques jours, concernant la probable exportation de 40 Eurofighter Typhoon vers la Turquie, accélèrera très certainement l’exécution de cette troisième commande hellénique.

140 Rafale en Asie : Forces aériennes et Marine indiennes

Le plus important marché adressable dans les dix années à venir, par le Rafale, se situe incontestablement en Asie, alors que le continent a déjà vu l’Inde commander 36 Rafale en 2016, et l’Indonésie, 42 appareils, en 2022.

Rafale inde
Rafale C des forces aériennes indiennes (Photo by Manjunath Kiran / AFP)

La plus immédiate des commandes viendra assurément d’Inde, alors que New Delhi finalise un contrat pour acquérir 22 Rafale M et 6 Rafale B, pour la Marine indienne. Tout indique, désormais, que ce contrat, annoncé à l’occasion de la visite officielle du premier ministre indien, Narendra Modi, à Paris, lors des célébrations du 14 juillet 2023, sera officialisé avant la fin de l’année.

C’est aussi en Inde que se négocie, aujourd’hui, le contrat export potentiel le plus important pour le Rafale. En effet, dans le cadre du programme MRCA-2, New Delhi entend fabriquer localement 114 avions de combat modernes, pour remplacer les Jaguar de l’IAF.

Bien qu’opposé à de nombreux autres appareils, dont le F-15EX américain, le Typhoon européen, le Gripen suédois, ou encore le Su-35s russe, le Rafale fait office de favori dans cette compétition, en particulier par l’avance que lui confère le premier contrat de 36 appareils de 2016.

130 chasseurs au Moyen-Orient et en Afrique : Arabie Saoudite, EAU, Qatar, Oman, Égypte

Le Moyen-Orient et l’Afrique ont été, traditionnellement, le marché porteur pour Dassault Aviation. Ainsi, outre le Qatar et les EAU, des pays comme l’Égypte, la Libye, le Maroc, l’Irak, ou l’Afrique du Sud, ont été des clients majeurs des Mirage français dans les années 70 et 80.

Rafale Qatar
Rafale B et C des forces aériennes du Qatar

C’est également le cas, aujourd’hui, pour le Rafale. L’Égypte a été le premier client export du chasseur français en 2015, pour 24 appareils, suivi, peu de temps après, par le Qatar, également pour 24 avions. Depuis, les commandes se sont succédé, pour amener le parc qatari à 36 Rafale, et la flotte égyptienne à 54 appareils.

Il y a deux ans, les Émirats arabes unis devinrent le plus important client historique de Dassault aviation, et au passage, de toute la BITD française, avec une commande de 80 Rafale F4 pour 14 Md€.

Ce marché moyen-oriental et africain est, semble-t-il, loin de devoir se tarir. Ainsi, Dassault est aujourd’hui en discussion avec l’Arabie Saoudite, pour 54 chasseurs. Dassault aviation se montre, comme toujours, très discret au sujet de ses négociations en cours. Toutefois, l’annonce de l’accord donné par Berlin pour à nouveau, livrer des Eurofighter Typhoon vers le Royaume, ne semble pas avoir mis fin aux discussions avec Ryad.

Le Caire prévoit, pour sa part, d’accroitre sa flotte de Rafale à 80 appareils, contre 54 aujourd’hui. Néanmoins, l’Égypte ne prévoit d’acquérir les exemplaires supplémentaires, que d’ici à quelques années, le temps, pour le pays, de reconstituer certaines réserves budgétaires.

Rafale egypte
Rafale B des forces aériennes egyptiennes

Comme l’Égypte, le Qatar serait en négociation, pour une troisième commande de Rafale, en application de l’option sur 12 appareils attachée à la précédente commande. De même, récemment, une information a émergé concernant une possible commande supplémentaire de Rafale venant des Émirats arabes unis.

En effet, le pays étant plus que jamais éloigné de la possibilité d’acquérir des F-35A américains pour remplacer ses 80 F-16, Abu Dhabi semble considérer une commande d’un escadron de Rafale supplémentaire, soit 20 appareils, et peut-être davantage.

Enfin, il y a quelques mois, des informations ont indiqué que le Sultanat d’Oman, s’intéressait de près au Rafale, et envisagerait d’acquérir 12 à 18 appareils, dans les années à venir.

30 avions de combat en Amérique du Sud : Colombie et Pérou

Pour terminer, deux pays sud-américains, pourraient prochainement commander le chasseur français. Le premier est la Colombie, qui doit, à présent, remplacer très rapidement ses Kfir C10 par 18 appareils neufs, après qu’une brouille entre le président Petro et l’ambassadeur israélien en Colombie, a amené Bogotá à annuler plusieurs contrats d’armements avec le pays, dont celui qui permettait la maintenance de ses chasseurs.

Dassault Mirage 2000P forces aériennes Peruviennes
Mirage 2000P des forces aériennes péruviennes

Le second pays sud-américain, qui pourrait sous peu commander des Rafale, est le Pérou, qui doit à présent remplacer ses Mirage 2000. Ainsi, Lima envisagerait une commande de 12 Rafale pour remplacer ses 11 Mirage 2000P, ainsi qu’une coopération industrielle avec la Corée du Sud, pour se doter de KF-21 Boramae, pour remplacer ses Mig-29 et Su-25.

Un marché complémentaire, mais plus disputé, de 250 appareils supplémentaires d’ici à 2040

Au total, donc, ce sont pas moins de 324 Rafale supplémentaires qui pourraient être commandés à l’exportation, dans les années à venir. Bien évidemment, il est possible que certains de ces contrats échappent à Dassault Aviation. Cependant, il est désormais plus que probable que d’ici à 2035, le Rafale aura dépassé les 450 exemplaires exportés du Mirage F1, et pourrait même venir flirter avec les scores d’exportation des Mirage III et V.

Ce, surtout que d’autres compétitions pourraient apparaitre dans un futur plus ou moins proche. Ainsi, en Afrique et au Moyen-Orient, l’Irak a déjà indiqué son intérêt pour le chasseur de Dassault, alors que le Maroc devra remplacer ses Mirage F1.

En Amérique du Sud, le Chili va devoir remplacer ses F5 et ses F16, alors que l’Équateur devra faire de-même concernant ses Atlas Cheetah sud-africains.

Mirage F1 Maroc
Mirage F1 des forces aériennes marocaines

En Asie, La Malaisie veut durcir sa flotte de chasse, alors que l’Indonésie pourrait bien commander des Rafale supplémentaires, alors que Jakarta veut se doter d’une flotte de chasse de 177 appareils dans les années à venir.

Même en Europe, le Rafale pourrait trouver de nouveaux débouchés, en dépit de l’omniprésence du F-35. Ainsi, la Bulgarie et l’Autriche, n’ont toujours pas statué en matière de modernisation de leurs flottes de chasse. En outre, certains pays, comme la Belgique, s’étant initialement équipés du F-35A, pourraient voir un certain intérêt à se tourner vers le Rafale, en flotte complémentaire, tant pour diversifier leur flotte, que pour se rapprocher de l’industrie aéronautique de défense française, dans le cadre des programmes à venir, alors que leurs budgets défense sont appelés à croitre pour respecter les critères de l’OTAN.

Au total, ce pourrait être jusqu’à 250 appareils supplémentaires, qui pourraient être adressables par Dassault Aviation et le Rafale, d’ici à 2035, même si le taux d’incertitude les concernant est beaucoup plus élevé qu’au sujet des pays précédemment évoqués, notamment du fait de la présence du F-35A américain, sur certains de ces marchés.

Chaque Rafale exporté rapportera 150 m€ aux caisses de l’État, et plus de 300 m€ à la balance commerciale française.

Ce potentiel export, représenté par le Rafale aujourd’hui, constitue un enjeu majeur et stratégique pour Dassault et la Team Rafale, qui pourraient renouveler la prise de marché qui fut celle du Mirage III/V, et qui permit à l’industrie aéronautique de défense française de rester un acteur majeur de la scène internationale, pendant plus de 50 ans.

Mirage III suisse
Mirage III des forces aériennes helvétiques

Rappelons, en effet, qu’il existe une évidente relation entre le choix d’un avion de combat, et le fait d’avoir utilisé un avion venant du même constructeur, précédemment. Ainsi, sur les 8 pays utilisateurs du Mirage 2000, 5 ont déjà commandé le Rafale (Égypte, Émirats arabes unis, Grèce, Inde, Qatar), et un sixième semble suivre la même trajectoire (Pérou).

Dès lors, en étendant le nombre de pays utilisateurs du Rafale, Dassault sécurise son avenir, et avec lui, celui de l’industrie aéronautique militaire française, pour plusieurs décennies, sans même parler des revenus récurrents générés par l’entretien et la modernisation des appareils vendus.

Dans le même temps, ce succès est une véritable aubaine pour le budget de l’État. En effet, un unique Rafale exporté rapportera, sur l’ensemble de sa durée de vie, de 300 à 400 m€ de recettes pour les industries françaises, recettes qui s’inscrivent directement dans la balance commerciale française, qui en a bien besoin aujourd’hui.

Chaque appareil va surtout générer, sur l’ensemble de sa vie opérationnelle, de 120 à 160 m€ de recettes fiscales et sociales, venant directement équilibrer les comptes publics. Ainsi, si les ventes exports de Rafale atteignent les 500 exemplaires, celles-ci rapporteront, au budget de l’État français, 75 Md€ (2024), sur l’ensemble de la durée des appareils.

Conclusion

Les neuf dernières années, après la première commande égyptienne, ont été des plus spectaculaires pour le Rafale, comme pour Dassault Aviation. Après 15 années d’échecs commerciaux et de doutes, le chasseur français s’est, soudainement, transformé en véritable succès international, permettant à l’industrie de défense française, de se classer sur la seconde marche du podium du marché international de l’armement.

Comme nous venons de le voir, ces 9 dernières années folles, ayant permis à Dassault Aviation de vendre plus de 300 Rafale sur la scène internationale, pourraient bien être suivies par neuf autres années, tout aussi soutenues, avec, là encore, un potentiel d’exportation similaire. On ne peut qu’espérer, aujourd’hui, que les incertitudes politiques dans le pays, ne viennent pas faire dérailler cette trajectoire aussi prometteuse.

Mise à jour du 31 août 2024 : depuis la rédaction de cet article, la Serbie a officiellement commandé 12 avions rafale, neuf monoplaces et trois bis place, auprès de la France, à l’occasion de la visite officielle du président Emmanuel Macron à Belgrade.